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Archives de Catégorie: LES FILMS DE MERYL STREEP

« MAMMA MIA ! » (2008)

MAMMA.jpgAdapté d’un « musical » à succès, lui-même vaguement scénarisé autour des inoxydables chansons du groupe suédois Abba, « MAMMA MIA ! » de Phyllida Lloyd, pour être apprécié, ne doit surtout pas être appréhendé comme un film « normal » et nécessite un mode d’emploi.

C’est en fait un énorme show de variétés rétro, hommage tonitruant et décomplexé aux seventies, entièrement tourné sur une île grecque dont les couleurs, déjà féériques, sont retravaillées en post-production jusqu’à devenir quasiment fluo. On peut être rebuté au début par cette bonne humeur forcée de tous les interprètes, par les cris stridents du cast féminin, par les grimaces laborieuses d’Amanda Seyfried et surtout, par la minceur de l’intrigue : la veille de ses noces dans l’hôtel grec de sa mère (Meryl Streep en totale roue-libre), Amanda convoque trois anciens amants de celle-ci, ignorant lequel est son père. Les larrons étant interprétés par Pierce Brosnan, excellent à contremploi, Stellan Skarsgård royal en baroudeur et Colin Firth savoureux en banquier sortant du placard à 50 ans, le spectacle est assuré. Et comme Streep est entourée de vieilles copines hystériques jouées par Christine Baranski et Julie Walters, ce n’est pas triste non plus.

Pour peu qu’on laisse son sens critique au vestiaire et qu’on accepte le voyage, « MAMMA MIA ! » s’avère un moment délassant, une sorte d’avant-goût des vacances teinté de nostalgie. Les numéros musicaux qui n’arrêtent pas de s’enchaîner, sont très bien intégrés et on s’étonne de connaître – sans en avoir été conscient auparavant – autant de tubes de Abba par cœur ! Les effets secondaires d’un matraquage qui eut lieu des décennies plus tôt ?

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CHRISTINE BARANSKI, MERYL STREEP, JULIE WALTERS, COLIN FIRTH, PIERCE BROSNAN ET STELLAN SKARSGARD

Quoi qu’il en soit, les allergiques au disco régressif doivent absolument passer leur chemin. Mais les amateurs de sucreries industrielles joliment fabriquées peuvent y trouver leur bonheur. Et le générique de fin, avec ces quinqua-sexagénaires en tenue moulantes à paillettes se trémoussant sur les notes de Abba, vaut à lui seul le déplacement !

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« MAMMA MIA ! HERE WE GO AGAIN » (2018)

Que l’équipe de « MAMMA MIA ! » ait eu envie de se retrouver, dix ans après, au soleil de la Grèce pour remettre le couvert, on peut aisément le comprendre. Mais on aurait aimé participer à la fête, ce qui n’est pas vraiment le cas. « MAMMA MIA ! HERE WE GO AGAIN » d’Ol Parker est tellement mal conçu dès le départ, qu’il s’auto-plombe d’emblée.mamma2 copie

Ça commence par l’annonce de la mort de Donna (Meryl Streep) et par le deuil de sa fille (Amanda Seyfried) et du fiancé de la défunte (Pierce Brosnan). Difficile de partir dans les délires disco du n°1 sur ces bases-là. De fait, la réalisation est plutôt réaliste et terre-à-terre, les péripéties sont tristounettes et même les chansons d’Abba – pas toutes très connues – sont trop peu nombreuses et tombent comme des cheveux sur la soupe. Le scénario s’obstine à nous raconter en flash-back la jeunesse de Donna et de ses trois amants, qu’on nous avait déjà narrée verbalement dans le film de 2008. Sensation de piétinement donc, d’autant que les jeunes comédiens censés incarner Brosnan, Colin Firth et Stellan Skarsgård sont totalement insipides. C’est heureusement plus probant du côté féminin avec un choix judicieux d’actrices, hormis hélas, Lily James qui n’a rien, mais RIEN à voir avec Streep.

L’enjeu principal (la fête d’inauguration de l’hôtel rénové) ne suffit évidemment pas à maintenir l’intérêt. Il faut attendre l’arrivée tardive de Cher (jouant la… mère de Donna !), tellement kitsch qu’elle en devient presque… poétique et son interprétation de « Fernando » en duo avec Andy Garcia, pour retrouver un peu de la magie bariolée et joyeusement crétine du premier film. Avec en bonus, un générique de fin où tous les comédiens, y compris Meryl Streep revenue d’entre les morts, se déchaînent sur une piste de danse. Si seulement tout le film avait ressemblé à cela ! À éviter soigneusement donc, hormis le dernier quart d’heure où la sauce prend enfin. Trop tard certes, mais mieux vaut tard que jamais.

À noter : l’impasse que font les auteurs de l’âge de tous les personnages. Si on commence à tenter de calculer le temps écoulé entre les flash-backs et le temps présent, on se retrouve devant des gouffres d’une vingtaine d’années ! Mieux vaut ne pas chercher, donc…

 

« MANHATTAN » (1979)

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WOODY ALLEN

Il y a une implacable logique dans l’évolution de la longue carrière de réalisateur de Woody Allen. Après ses premiers films influencés par sa formation de comique et de « gagman », il commence à affiner son trait avec « ANNIE HALL », penche vers Bergman avec « INTÉRIEURS » et signe une sorte de mélange des deux tendances avec « MANHATTAN » un de ses films les plus emblématiques, hommage à New York filmé dans un glorieux noir & blanc par Gordon Willis.MANHATTAN2

Le scénario suit quelques mois de la vie d’une demi douzaine de citadins bourgeois (des « bobos », comme on ne les nommait pas encore), des intellectuels nantis et névrosés comme il se doit, qui changent de partenaires, se quittent, se retrouvent, geignent sans arrêt et passent à côté de l’essentiel. C’est une tranche de vie bien sûr excessivement bavarde, parfois irritante quand l’auteur se complait dans l’autocélébration systématique de ses prouesses sexuelles (la crise de la quarantaine et ses insécurités ?), mais qui parvient souvent à faire sourire par des « one liners » abrasifs et à émouvoir grâce au personnage de Mariel Hemingway, adolescente précoce dont les sentiments sincères sont bafoués par son amant volage et trop sûr de lui. Outre la photo en Scope, vraiment magnifique, et la musique de Gershwin qui colle à l’ambiance de « Big Apple », « MANHATTAN » apparaît comme une continuation sophistiquée de « ANNIE HALL » où Woody retrouve son alter-ego féminin, Diane Keaton, dans un rôle assez proche. C’est un film un peu informe, mais indéniablement émouvant, encore plus avec le recul du temps. Parmi les seconds rôles, on aperçoit Meryl Streep en ex-femme lesbienne très (trop ?) antipathique, Michael Murphy en meilleur copain veule et adultère. Dans une fugitive silhouette, on reconnaît Tisa Farrow, sœur de Mia, qui ne fait que passer, comme une prémonition de la suite de la filmographie de Allen. Et si on a l’esprit mal tourné, comme un mauvais présage !

« MANHATTAN », par l’égocentrisme forcené et affiché de Woody Allen, par la médiocrité foncière  de son « héros », n’est pas aussi attachant que d’autres œuvres de cette période de sa carrière, mais il contient des instants magiques, de très jolis dialogues et a pris, avec les années, une véritable et belle patine.

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MARIEL HEMINGWAY, DIANE KEATON, WOODY ALLEN ET MERYL STREEP

 

« DOUTE » (2008)

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PHILIP SEYMOUR HOFFMAN

Adapté de sa propre pièce de théâtre et réalisé par John Patrick Shanley, « DOUTE » est un concentré de dilemmes moraux, de complexité humaine, qui – à partir de la thématique des prêtres pédophiles – organise une série de confrontations impitoyables et renverse les clichés en faisant du suspect un individu sympathique et de son accusatrice un « dragon » intolérant.DOUBT.jpg

Si au début on est d’emblée accroché par la question : « l’a-t-il fait ? », peu à peu l’intérêt se focalise sur l’humanité des protagonistes et le film devient universel. Et c’est lorsqu’on commence à trouver ses repères et à se sentir en terrain familier que survient LA grande scène entre Meryl Streep et Viola Davis, la mère de l’enfant « abusé », qui fait voler en éclats les certitudes et balaie tout manichéisme. Du grand art !

Situé en 1964 dans une école religieuse de Brooklyn, « DOUTE » offre à quatre très grands comédiens un terrain de jeu idéal : Mme Streep donc, formidable en nonne endurcie et sûre de son bon droit, quitte à biaiser ses croyances pour parvenir à ses fins. Philip Seymour Hoffman (qu’on n’a pas fini de regretter) magnifique en prêtre ambigu, sensible et lucide qu’il est bien difficile de juger, même si l’incertitude plane jusqu’au bout. Amy Adams qui parvient à exister face aux deux « monstres », dans un rôle de sœur juvénile et innocente. Et puis l’exceptionnelle Viola Davis, qui – le temps de deux séquences – parvient à s’imposer comme rôle-pivot et même à avaler Streep toute crue lors de leurs face-à-face. Ce qui n’est pas donné à tout le monde ! C’est un véritable bonheur de contempler ces très grands interprètes à l’œuvre et c’est tout à l’honneur de Shanley de les avoir laissé évoluer en s’effaçant. À noter aussi, la photo à la fois contrastée de délicate de Roger Deakins, le chef-opérateur des frères Coen. Un beau film qui laisse des traces et qui donne à réfléchir bien au-delà de son anecdote.

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MERYL STREEP ET VIOLA DAVIS

 

« JULIE & JULIA » (2009)

Réalisé par la peu enthousiasmante Nora Ephron, « JULIE & JULIA » – inspiré de deux histoires vraies, comme l’indique le générique – suit deux parcours en parallèle : celui de Julia Child et son périple parisien après la WW2, où elle apprend la grande cuisine et, un demi-siècle plus tard, celui de Julie, jeune blogueuse new-yorkaise mal dans sa peau, qui fait le pari d’expérimenter toutes les recettes de son aînée pendant une année et retrouve ainsi une raison d’être.JULIE

A priori, rien de palpitant et d’ailleurs, le film ne l’est pas. En revanche, il est joliment confectionné, bien dialogué, un peu longuet (pourquoi deux heures ?) mais toujours plaisant et spirituel. Il doit beaucoup à une Meryl Streep en verve, qui fait une excellente imitation de la vraie Mrs. Child (qui a enregistré des centaines d’émissions télé dans les années 50), géante excentrique à la voix haut-perchée, dont elle restitue avec humour et tendresse la fantaisie naturelle et l’excentricité. Son duo avec Stanley Tucci, jouant son mari stoïque et patient, fonctionne à plein régime et donne un vrai charme au film tout entier. Amy Adams est très mignonne, possède un bon timing en comédie, mais son rôle est évidemment moins gratifiant et fait un peu pâle figure.

La bonne idée du scénario est de confronter deux femmes qui finalement, ne se croiseront jamais et de laisser entendre qu’il n’est pas forcément bénéfique, ni nécessaire, de rencontrer ses idoles. L’image qu’on s’en fait et l’influence qu’elles peuvent avoir sur nos vies, n’ont rien à voir avec leur véritable personnalité. Bonne leçon pour les groupies…

 

« UN ÉTÉ À OSAGE COUNTY » (2013)

Adapté d’une pièce de théâtre, « UN ÉTÉ À OSAGE COUNTY » s’inscrit dans la lignée maintenant traditionnelle des films de « retour à la maison » : une réunion de famille – ici à la suite du suicide du père – qui tourne au OK-Corral en huis clos, l’espace d’un week-end.OSAGE.jpg

Ce qui surprend déjà à la base c’est l’incroyable richesse d’un casting multi-générationnel, puis la réalisation étonnamment soignée et élégante de John Wells et la précision de sa direction d’acteurs, enfin la crudité du langage qui fait oublier les aspects mélodramatiques du scénario. Dans un rôle de harpie droguée jusqu’à l’os à la langue de vipère, rongée par la maladie, Meryl Streep parvient à se renouveler encore. Elle atteint la démesure des stars d’antan comme Joan Crawford ou Bette Davis. Ses face-à-face avec Julia Roberts, jouant sa fille aînée aigrie, sont de grands moments. On n’a d’ailleurs jamais vu cette dernière aussi intense et intéressante. Mais c’est vraiment un film « choral » et tout le monde a de quoi s’exprimer en deux heures : l’extraordinaire Margo Martindale en sœur truculente haïssant son propre fils joué à contremploi par Benedict Cumberbatch en loser lent d’esprit, le toujours parfait Chris Cooper, Sam Shepard dans le rôle trop court du disparu, Julianne Nicholson bouleversante, Abigail Breslin, Dermot Mulroney fabuleux. Sans oublier Misty Upham touchante en femme à tout faire silencieuse et maternelle, un personnage qui renvoie implicitement à « CRIS ET CHUCHOTEMENTS » de Bergman, surtout dans son dernier plan avec Meryl Streep, véritable clin d’œil au maître suédois.

« UN ÉTÉ À OSAGE COUNTY » ne révolutionne rien, pas même au sein du genre qu’il illustre, mais il contient des scènes brillamment écrites et pour qui apprécie les comédiens de haut niveau, c’est parfois un véritable festival. On pense surtout à un repas/déballage, véritable cauchemar domestique qui n’est pas sans rappeler « FESTEN ». À voir, donc.

 

« UN CRIME DANS LA TÊTE » (2004)

CRIME2Éternelle question qu’on se pose en voyant un remake : quel intérêt de refaire un film si ce n’est pas pour améliorer le score ? Pour remettre l’histoire au goût du jour ? Remplacer – comme ici – la guerre de Corée par l’Irak ? Re-tripatouiller le roman d’origine jusqu’à le rendre incompréhensible ?

Toujours est-il que « UN CRIME DANS LA TÊTE » de John Frankenheimer sorti en 1962, n’a pas pris une ride et que la nouvelle mouture de Jonathan Demme ne possède rien qui justifie son existence.

Le postulat a beau être passionnant (le lavage de cerveau de héros de guerre en vue d’un coup d’État), le film s’avère être un pensum interminable où la vie ne pénètre jamais. Le casting, pourtant brillant, paraît amorphe, sous-employé, tellement en retrait que lorsque des pointures comme Meryl Streep, Jon Voight ou Liev Schreiber partagent l’écran, il ne se passe quasiment rien. Même Denzel Washington, dans un rôle en or, semble distant, jouant sur une seule et même tonalité monocorde et franchement ennuyeuse. Comme si tout le monde s’économisait…

Alors bien sûr, on ne peut s’empêcher de comparer : l’étrangeté cauchemardesque, hypnotique du film original à la fadeur parfois télévisuelle de son inutile remake. D’excellents seconds rôles comme Vera Farmiga ou Bruno Ganz (qu’est-il venu faire dans cette galère ?) ne peuvent rien y changer. « UN CRIME DANS LA TÊTE » fait deux heures et paraît en durer une de plus. On se demande comment Demme a pu même louper à ce point le suspense final pendant le meeting électoral. Les enjeux sont forts, ce n’est pas mal filmé… Mais on s’en fiche ! Aucune âme…

CRIME

DENZEL WASHINGTON, MERYL STREEP, LIEV SCHREIBER ET VERA FARMIGA

À noter pour la petite histoire, que Jon Voight et Liev Schreiber joueront un père et son fils dans la série TV « RAY DONOVAN » dix ans plus tard, et que le second se prénommera à nouveau ‘Raymond’ comme dans le présent film.