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Archives de Catégorie: LES FILMS DE MERYL STREEP

« BIG LITTLE LIES » : saison 1 (2017) & saison 2 (2019)

LIES2Créée par David E. Kelley (« ALLY McBEAL »), d’après un roman de Liane Moriarty, « BIG LITTLE LIES » démarre par un meurtre commis lors d’une soirée costumée : on ne sait pas qui est mort, qui l’a tué et encore moins pourquoi. Pendant 7×52 minutes, cette saison 1 va lever le voile, tout doucement.
Ne surtout pas se fier aux deux premiers épisodes, qui font penser à « DESPERATE HOUSEWIVES » et pire, à la série « REVENGE ». Ça vaut bien mieux que cela. Située à Monterey – la ville de Zorro ! – cette histoire de plusieurs couples quadragénaires aisés, apparemment heureux, entraîne inexorablement dans ce que la vie de famille peut avoir de plus sordide et de plus dangereux. L’arrivée d’une étrangère (Shailene Woodley) et de son jeune fils, va servir d’accélérateur et provoquer l’implosion de ce microcosme trop joli pour être vrai. La série doit beaucoup à ses interprètes : Reese Witherspoon, mère autoritaire et casse-pieds, étonnamment attachante, Laura Dern extraordinaire en business woman odieuse et surtout Nicole Kidman, dans le rôle le plus intéressant : celui d’une femme battue, recluse par son mari complètement cinglé (Alexander Skarsgård terrifiant !) qui la suffoque littéralement. Si on ajoute de remarquables seconds rôles comme Zoë Kravitz ou Robin Weigert en psy impliquée, c’est vraiment du haut-de-gamme.
Tournée dans de beaux décors côtiers, dans de magnifiques demeures, « BIG LITTLE LIES » montre l’envers d’un décor idyllique et s’efforce de démontrer que définitivement, l’argent ne fait pas le bonheur. Malgré la qualité des différentes sous-intrigues et l’aspect « policier » bien traité (même s’il n’est pas difficile de deviner le fin mot de l’histoire), la série est surtout marquante pour la partie de Kidman qui démonte la mécanique de la violence conjugale avec un réalisme extrêmement dérangeant.

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LAURA DERN, REESE WITHERSPOON, SHAILENE WOODLEY, ALEXANDER SKARSGARD ET NICOLE KIDMAN

BLL2.jpgTournée deux ans plus tard, la seconde partie de « BIG LITTLE LIES » est plus une continuation qu’une suite. L’aspect « policier » a quasiment disparu (d’ailleurs, le rôle de la femme-flic n’apparaît qu’en filigrane) pour laisser place aux résurgences du passé des héroïnes et aux conséquences de la violence familiale/conjugale dans leur existence. Le danger, c’est de sombrer dans le « soap opera » de luxe, et c’est parfois le cas. Sans l’ossature du suspense, on n’a que les personnages pour soutenir un scénario un peu trop étiré et leurs drames conjugaux, pour réalistes qu’ils soient, n’en sont pas moins souvent banals.
Mais cette saison 2 est à voir absolument, ne serait-ce que pour admirer deux grandes comédiennes en action. D’abord Laura Dern, moins caricaturale que dans la saison 1 qui, confrontée à la faillite à cause de son imbécile de mari, va devenir littéralement enragée : « Je ne veux pas ne pas être riche ! », hurle-t-elle, confrontée à ses pires angoisses. Grand numéro d’actrice qui éclipse plus d’une fois ses partenaires ! Mais le vrai bonus de ces 7×52 minutes, c’est la présence de Meryl Streep. Physiquement changée par sa dentition, ses lunettes, sa diction, elle parvient à surprendre encore, dans un rôle monstrueux de mamie-gâteau, dissimulant un véritable monstre de duplicité, une harpie passive-agressive, prête à tout pour arracher ses enfants à Nicole Kidman. Admirable composition de la star de 70 ans, qui parvient encore à se renouveler et à se fondre dans un rôle. Tout le monde est parfait dans cette saison, et heureusement. Car le scénario piétine souvent, se répète, retarde sans raison valable des informations cruciales afin de « faire durer », et ne possède pas l’efficacité évidente des précédents épisodes. Mais l’ensemble forme un tout passionnant, porté par la chanson-générique de Michael Kiwanuka, parfaitement fondue aux images et à l’atmosphère.

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LAURA DERN ET MERYL STREEP

 

« IRONWEED – LA FORCE DU DESTIN » (1987)

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JACK NICHOLSON

Écrit par William Kennedy d’après son propre roman, réalisé par l’Argentin Hector Babenco, « IRONWEED – LA FORCE DU DESTIN » se situe pendant la Grande Crise, et suit quelques jours de la vie d’un clochard hanté par les fantômes de son passé.IRONWEED

Difficile de juger objectivement un tel film : Jack Nicholson y est extraordinaire de justesse et d’émotion. Des scènes comme la visite à sa famille qu’il n’a pas vue depuis 20 ans, le montrent plus sincère et sans artifice qu’il n’a jamais été. Meryl Streep est également magnifique en ancienne pianiste à la dérive, rendue à moitié folle par la misère et la souffrance, Tom Waits est bouleversant en « bum » rongé par le cancer. Mais comment dire ? Au bout d’à peine une demi-heure (sur 140 minutes quand même !), on se demande déjà pourquoi on s’inflige le déprimant spectacle du désespoir, de la crasse, de la maladie, d’autant plus que le scénario, languide et déstructuré, ne génère que très peu d’intérêt. Ce sont les comédiens qui maintiennent le navire à flot et encore, pas toujours. La photo est belle, la reconstitution historique irréprochable, mais c’est infiniment trop long, trop lent et surtout complaisant, comme ce numéro de Streep chantant dans un bar ou ces fantasmes récurrents de Nicholson revoyant tous les défunts croisés au cours de sa vie. Parmi les seconds rôles, Carroll Baker est excellente en ex-épouse loyale et douce, Diane Venora apparaît peu mais fait impression en fille amère et agressive.

« IRONWEED » aurait pu être un grand film sur les laissés-pour-compte de l’American Dream, sur les destins brisés, mais il n’est finalement qu’un écrin sans éclat aux performances d’acteurs de Streep et Nicholson, avec leurs dents gâtées, leurs cheveux crasseux et leur démarche titubante. Quand enfin arrive le mot « FIN » on se demande quel était le but de ce périple pénible et cafardeux. À part justement offrir des rôles juteux à des stars qui avaient déjà à peu près tout joué dans leurs carrières.

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MERYL STREEP, JACK NICHOLSON ET CARROLL BAKER

 

« THE LAUNDROMAT : L’AFFAIRE DES PANAMA PAPERS » (2019)

LAUNDROMAT2.jpgSteven Soderbergh a toujours fait dans l’expérimental, que ce soit dans la forme ou dans le fond. Ou les deux. Et sans être d’ailleurs, toujours très convaincant ! « THE LAUNDROMAT : L’AFFAIRE DES PANAMA PAPERS », produit par Netflix, ne fait pas exception à la règle.

Inspiré d’un livre de Jake Bernstein, c’est une sorte de docu-fiction sur la finance, les comptes « offshore », le blanchement d’argent, les sociétés-écran, l’évasion fiscale et autres réjouissances contemporaines. Le scénario adopte une narration spéciale : les personnages s’adressent directement à la caméra, les plans-séquences tournés devant un fond vert s’enchaînent dans une vaine virtuosité technique, on passe d’un sketch à l’autre, perdant complètement de vue certains protagonistes. Après un début à peu près traditionnel suivant Meryl Streep en veuve déterminée à retrouver les responsables de la mort de son mari, le film s’éparpille, passe du coq à l’âne, pour aligner les courts-métrages sur le même thème certes, mais sans réelle relation les uns avec les autres. Seul dénominateur commun : le tandem d’avocats pourris jusqu’à l’os, (sur)joués par Gary Oldman et Antonio Banderas, au cœur du système de corruption généralisée. C’est lourd, didactique au possible, ridicule parfois, et il est difficile de vraiment capter « l’humeur » générale du film. Outre Streep, dans un double rôle sans raison d’être particulière, qui semble s’amuser beaucoup, on constate avec tristesse le vieillissement de stars comme Sharon Stone, méconnaissable dans un rôle inepte d’agent immobilier sous-alimentée, Oldman qui a définitivement changé d’emploi, David Schwimmer et Robert Patrick en victimes d’une escroquerie. Seule Rosalind Chao offre une bonne prestation, très inquiétante de souriante froideur.

LAUNDROMAT

MERYL STREEP

En tant que documentaire, « THE LAUNDROMAT » peut présenter quelque intérêt pour le néophyte. En tant qu’œuvre cinématographique, c’est un drôle d’objet informe et sans colonne vertébrale, dont on ne sait finalement que penser ou que faire.

 

« THE GIVER » (2014)

Adapté d’un roman de Lois Lowry, « THE GIVER » réalisé par Philip Noyce, est un film de science-fiction, ou plutôt une fable d’une extrême naïveté, sur la perte des sentiments, des principes les plus basiques de l’humanité, dans une société « parfaite » régie par des règles inflexibles.GIVER.jpg

Il ne faut surtout pas juger un tel film sur des critères adultes. C’est clairement destiné à un public adolescent, de l’âge du jeune héros Brenton Thwaites, le messie qui va ramener la vie et… la couleur dans cet univers aseptisé. On pense bien sûr à « THX-1138 » et à « ZARDOZ », œuvres anciennes qui avaient déjà exploré ces thèmes, mais « THE GIVER » n’est pas de la même trempe. C’est un conte gentillet, où l’amour finit par triompher, de plus en plus infantile à mesure qu’il progresse et qui finit par passablement irriter le spectateur ayant dépassé les 14 ans. Alors, on se console avec le plaisir de retrouver de vieilles connaissances comme Jeff Bridges dans le rôle-titre, celui du dépositaire de l’Histoire humaine en rébellion contre le régime totalitaire. Visiblement fatigué, la diction plus pâteuse que jamais, Bridges est en service minimum, tout comme Meryl Streep, affreusement emperruquée, dans un rôle de « sage », une fée Carabosse impitoyable. Les deux vieilles stars jouent cela les doigts dans le nez, mais c’est toujours sympathique de les retrouver. La jeune Odeya Rush est ravissante et on reconnaît une Katie Holmes amaigrie et éteinte en maman très peu aimante.

Non, ce n’est pas terrible-terrible « THE GIVER ». C’est un produit proprement confectionné, mais sans âme, qui ressasse de vieux clichés de la SF sans rien apporter de nouveau.

 

« PENTAGON PAPERS » (2017)

« PENTAGON PAPERS » (titre français de « THE POST », pourtant plus explicite) est un film de Steven Spielberg, qui pourrait constituer un parfait double-programme avec « LES HOMMES DU PRÉSIDENT » tourné « à chaud » en 1976, et dont il apparaît comme la prequel idéale.POST

Le scénario raconte en effet l’affrontement entre le rédac-chef du Washington Post (Tom Hanks) et l’administration Nixon qui veut l’empêcher de publier un dossier brûlant sur la guerre du Vietnam impliquant plusieurs présidents. Du moins, c’est la trame de fond. Et il faut s’accrocher un peu, car la première demi-heure est touffue, truffée d’informations absconses inhérentes à l’Histoire récente des U.S.A. et pour tout dire, très fastidieuse. C’est quand se révèle peu à peu le véritable sujet du film, que l’intérêt s’éveille enfin – et juste à temps, avant décrochage – grâce au personnage incarné par Meryl Streep. En parallèle avec l’enquête des journalistes, les empoignades furieuses, les menaces, etc. se dessine progressivement un sous-texte féministe d’une rare finesse. Streep incarne en effet la propriétaire du journal, fille du créateur et veuve de son successeur. Elle a toujours fait figure de charmante potiche, manipulée par une nuée de conseillers mâles et acceptant cette soumission de bonne grâce. Les circonstances la placent subitement en pleine lumière et lui offrent l’occasion de s’affirmer enfin et de prendre sa destinée, et celle du Post, en mains. C’est ce parcours qui passionne et émeut, au-delà du salutaire discours sur la liberté de la presse et l’avenir de la démocratie. Et à 68 ans, Meryl Streep parvient une nouvelle fois à surprendre. Hanks est un ‘Bradlee’ crédible mais assez terne comme à son habitude. Ils sont bien entourés par les vedettes de séries TV Bob Odenkirk (« BETTER CALL SAUL ») et Sarah Paulson (« AMERICAN HORROR STORY »), entre autres.

Pas du grand cinéma, ni même du grand Spielberg, mais un film solide, carré et lisible à plusieurs niveaux.

 

« MAMMA MIA ! » (2008)

MAMMA.jpgAdapté d’un « musical » à succès, lui-même vaguement scénarisé autour des inoxydables chansons du groupe suédois Abba, « MAMMA MIA ! » de Phyllida Lloyd, pour être apprécié, ne doit surtout pas être appréhendé comme un film « normal » et nécessite un mode d’emploi.

C’est en fait un énorme show de variétés rétro, hommage tonitruant et décomplexé aux seventies, entièrement tourné sur une île grecque dont les couleurs, déjà féériques, sont retravaillées en post-production jusqu’à devenir quasiment fluo. On peut être rebuté au début par cette bonne humeur forcée de tous les interprètes, par les cris stridents du cast féminin, par les grimaces laborieuses d’Amanda Seyfried et surtout, par la minceur de l’intrigue : la veille de ses noces dans l’hôtel grec de sa mère (Meryl Streep en totale roue-libre), Amanda convoque trois anciens amants de celle-ci, ignorant lequel est son père. Les larrons étant interprétés par Pierce Brosnan, excellent à contremploi, Stellan Skarsgård royal en baroudeur et Colin Firth savoureux en banquier sortant du placard à 50 ans, le spectacle est assuré. Et comme Streep est entourée de vieilles copines hystériques jouées par Christine Baranski et Julie Walters, ce n’est pas triste non plus.

Pour peu qu’on laisse son sens critique au vestiaire et qu’on accepte le voyage, « MAMMA MIA ! » s’avère un moment délassant, une sorte d’avant-goût des vacances teinté de nostalgie. Les numéros musicaux qui n’arrêtent pas de s’enchaîner, sont très bien intégrés et on s’étonne de connaître – sans en avoir été conscient auparavant – autant de tubes de Abba par cœur ! Les effets secondaires d’un matraquage qui eut lieu des décennies plus tôt ?

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CHRISTINE BARANSKI, MERYL STREEP, JULIE WALTERS, COLIN FIRTH, PIERCE BROSNAN ET STELLAN SKARSGARD

Quoi qu’il en soit, les allergiques au disco régressif doivent absolument passer leur chemin. Mais les amateurs de sucreries industrielles joliment fabriquées peuvent y trouver leur bonheur. Et le générique de fin, avec ces quinqua-sexagénaires en tenue moulantes à paillettes se trémoussant sur les notes de Abba, vaut à lui seul le déplacement !

 

« MAMMA MIA ! HERE WE GO AGAIN » (2018)

Que l’équipe de « MAMMA MIA ! » ait eu envie de se retrouver, dix ans après, au soleil de la Grèce pour remettre le couvert, on peut aisément le comprendre. Mais on aurait aimé participer à la fête, ce qui n’est pas vraiment le cas. « MAMMA MIA ! HERE WE GO AGAIN » d’Ol Parker est tellement mal conçu dès le départ, qu’il s’auto-plombe d’emblée.mamma2 copie

Ça commence par l’annonce de la mort de Donna (Meryl Streep) et par le deuil de sa fille (Amanda Seyfried) et du fiancé de la défunte (Pierce Brosnan). Difficile de partir dans les délires disco du n°1 sur ces bases-là. De fait, la réalisation est plutôt réaliste et terre-à-terre, les péripéties sont tristounettes et même les chansons d’Abba – pas toutes très connues – sont trop peu nombreuses et tombent comme des cheveux sur la soupe. Le scénario s’obstine à nous raconter en flash-back la jeunesse de Donna et de ses trois amants, qu’on nous avait déjà narrée verbalement dans le film de 2008. Sensation de piétinement donc, d’autant que les jeunes comédiens censés incarner Brosnan, Colin Firth et Stellan Skarsgård sont totalement insipides. C’est heureusement plus probant du côté féminin avec un choix judicieux d’actrices, hormis hélas, Lily James qui n’a rien, mais RIEN à voir avec Streep.

L’enjeu principal (la fête d’inauguration de l’hôtel rénové) ne suffit évidemment pas à maintenir l’intérêt. Il faut attendre l’arrivée tardive de Cher (jouant la… mère de Donna !), tellement kitsch qu’elle en devient presque… poétique et son interprétation de « Fernando » en duo avec Andy Garcia, pour retrouver un peu de la magie bariolée et joyeusement crétine du premier film. Avec en bonus, un générique de fin où tous les comédiens, y compris Meryl Streep revenue d’entre les morts, se déchaînent sur une piste de danse. Si seulement tout le film avait ressemblé à cela ! À éviter soigneusement donc, hormis le dernier quart d’heure où la sauce prend enfin. Trop tard certes, mais mieux vaut tard que jamais.

À noter : l’impasse que font les auteurs de l’âge de tous les personnages. Si on commence à tenter de calculer le temps écoulé entre les flash-backs et le temps présent, on se retrouve devant des gouffres d’une vingtaine d’années ! Mieux vaut ne pas chercher, donc…