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Archives de Catégorie: LES FILMS DE MICHAEL FASSBENDER

« LE BONHOMME DE NEIGE » (2017)

« LE BONHOMME DE NEIGE » est l’adaptation du best-seller du norvégien Jo Nesbø par le suédois Tomas Alfredson (« MORSE » et « LA TAUPE »).SNOWMAN

C’est un polar enneigé, une traque classique au serial killer, dans la lignée de films comme « MILLÉNIUM » ou de la série TV « WALLANDER », c’est-à-dire des productions anglo-saxonnes où des comédiens internationaux endossent des noms et des rôles de « locaux ». Si le démarrage est saisissant et les protagonistes sont intrigants, le film ne décolle jamais vraiment. On le suit sans déplaisir, comme on lit un « pavé », c’est un honnête passe-temps bien interprété et filmé avec soin sinon avec génie. À dire vrai, cela ressemble au concentré d’une minisérie télé et seule la conclusion parvient à créer un réel suspense, même si le spectateur aguerri aura identifié le coupable depuis un bon moment.

Toujours plus intériorisé et fondu dans ses rôles, Michael Fassbender atteint ici les limites de sa méthode d’auto-effacement : il a beau être excellent, juste et subtil, il frôle par moments la transparence pure et simple. Autour de lui de bons seconds rôles comme J.K. Simmons en « vieux dégueulasse », Val Kilmer totalement méconnaissable en flic ivrogne dans des flash-backs, la minaudante Charlotte Gainsbourg, et trois superbes comédiens comme Chloë Sevigny, Toby Jones ou Sofia Helin (« BRON/BROEN ») gaspillés dans de toutes petites apparitions.

« LE BONHOMME DE NEIGE » est un film confortable et sans aspérité, qu’on suit avec un intérêt fluctuant, mais qu’on rechigne tout de même à abandonner en route. Pas le chef-d’œuvre du siècle donc, mais un polar d’atmosphère correctement confectionné, auquel manque cruellement un vrai grain de folie.

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« À CEUX QUI NOUS ONT OFFENSÉS » (2016)

« À CEUX QUI NOUS ONT OFFENSÉS » d’Adam Smith est un très curieux film sur l’univers des « gens du voyage », très dépaysant au début (on se croirait presque dans un film post-apocalyptique !) et qui se focalise sur la confrontation entre un chef de clan (Brendan Gleeson) et son fils (Michael Fassbender) qui aimerait changer de mode de vie, mais qui en est empêché par son père à la personnalité écrasante.TRESPASS

L’essentiel du scénario se passe dans un campement de caravanes à ciel ouvert, le rythme monotone est brisé par de rares séquences d’action, cambriolages, poursuites de voitures et autres, mais ce qui intéresse manifestement le réalisateur est cette relation père-fils toxique et sans issue, qui si elle n’est pas rompue d’une façon ou d’une autre, se propagera et atteindra le petit-fils.

On a beaucoup de mal à se passionner pour ces personnages décalés, étranges, marginaux, vivant selon leurs propres codes, d’autant que les comédiens n’ont pas, a priori, le physique de l’emploi. Mais la distribution est vraiment brillante et permet de suivre le film jusqu’au bout : Fassbender, sobre, intériorisé, passif dans un rôle complexe d’héritier illettré et pétri de contradictions, Gleeson puissant, manipulateur, haïssable et fascinant, Lyndsey Marshal en épouse patiente, Rory Kinnear en flic exaspéré et surtout Sean Harris, époustouflant en débile mental crasseux aux pulsions pyromanes.

« À CEUX QUI NOUS ONT OFFENSÉS » se laisse voir, mais demande un peu de patience. Quelques séquences surnagent (Fassbender essayant d’acheter honnêtement un chiot) et certains face-à-face valent le coup d’œil… et l’effort.

 

« EDEN LAKE » (2008)

EDEN.jpgPour donner une vague idée de l’électrochoc provoqué par la vision de « EDEN LAKE », imaginons que la séquence du viol de « DÉLIVRANCE » ne durerait pas quelques minutes, mais toute la durée du film ! D’ailleurs, le point de départ du scénario semble être un clin d’œil au chef-d’œuvre de John Boorman : le couple de ‘yuppies’ s’en va visiter un lac pour la dernière fois avant qu’il ne soit asséché, comme les quatre citadins avec la rivière sauvage.

Écrit et réalisé par James Watkins, « EDEN LAKE » est un œuvre d’une violence, d’une barbarie inouïes. Kelly Reilly et Michael Fassbender gentil couple en week-end vont devoir affronter les pires monstres qui se puissent imaginer : une bande d’adolescents menés par Jack O’Connell, psychopathe en herbe, qui vont les entraîner dans un engrenage sanglant de mort et de tortures. La montée du suspense et de l’horreur est admirablement menée, atteignant dans sa conclusion, des sommets rarement atteints. Il ne faut pas compter ici sur les clichés et conventions du cinéma de genre, « EDEN LAKE » est solidement enraciné dans un réalisme atroce et totalement crédible. L’idée de génie étant que le Mal absolu est incarné par un ado. « They’re just kids ! » sanglote une mère à la fin. Le dernier gros-plan, face au miroir, démontre sans emphase que le diable peut prendre toutes les formes, tous les âges.

Kelly Reilly trouve le rôle de sa vie, une prestation extrêmement physique qui voit la gentille institutrice proprette se métamorphoser en gibier traqué, couvert de boue, de vase et de sang. Fassbender donne une épaisseur à un rôle de M. Tout le monde confronté à la violence bestiale, faisant passer toutes les nuances de sa descente aux enfers. Quant à O’Connell, il est proprement terrifiant, bien davantage que tous les serial killers de ‘slashers’ où les clowns maléfiques de Stephen King.

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KELLY REILLY, JACK O’CONNELL ET MICHAEL FASSBENDER

« EDEN LAKE » fait penser à « THE DESCENT » dans sa perfection formelle, dans le portrait en décomposition de son héroïne et dans l’état de choc dans lequel il laisse le spectateur non-averti. Un petit bijou de terreur.

 

« ALIEN : COVENANT » (2017)

Suite directe de « PROMETHEUS » (2012) située dix ans après, « ALIEN : COVENANT » confirme après seulement quelques minutes que le maestro Ridley Scott a bel et bien perdu sa « magic touch » et ce dernier opus fait repenser avec nostalgie au chef-d’œuvre de 1979 et à sa première sequel signée James Cameron.COVENANT

Le film démarre d’emblée par un long dialogue entre un androïde (Michael Fassbender) et son créateur (Guy Pearce qui apparaissait vieilli dans le film précédent), établissant la thématique générale de l’épisode : « Si c’est vous qui m’avez créé » demande le robot, « Qui vous a créé, vous ? ». À partir de là, le scénario malaxe, remixe, retourne les données de la saga dans une réflexion de plus en plus alambiquée et inintéressante sur les origines des aliens. Conclusion ? Il y a des moments où trop réfléchir nuit !

« ALIEN : COVENANT » souffre d’un casting extrêmement faible d’où ne ressort aucun personnage, pas même Katherine Waterston, pâle avatar larmoyant de ‘Ripley’. On entrevoit Noomi Rapace et James Franco non-mentionnés au générique. Seul Fassbender a un rôle – et même deux – à peu près développé. Il atteint même le Nirvana de l’acteur narcissique dans une scène où il s’embrasse lui-même sur la bouche !

Bien sûr, quelques paysages numériques sont magnifiques, la nécropole est superbe, mais les effets horrifiques sont gâchés par l’invasion de CGI. Les aliens bougent mieux que par le passé, c’est certain, mais en revanche, ils n’ont aucune épaisseur, aucune réalité et la trouille s’en trouve grandement amenuisée. Vraie déception donc que « ALIEN : COVENANT », film de SF bavard au scénario boursouflé qui fait regretter amèrement la simplicité des origines de la franchise. Après « CARTEL », « EXODUS » et « SEUL SUR MARS », le cas de Sir Ridley commence à devenir alarmant !

 

« X-MEN : APOCALYPSE » (2016)

Si les précédents films de la franchise, comprenant le ‘spin-off’ centré sur Wolverine commençaient à devenir lassants et confus et semblaient évoluer en circuit fermé, « X-MEN : APOCALYPSE » est une excellente surprise, d’autant plus qu’on n’en espérait pas tant.XMEN

Bryan Singer reprend les commandes et signe peut-être le film le plus lisible, le mieux scénarisé de la série. D’abord, le méchant est vraiment fascinant : incarné par un Oscar Isaac méconnaissable mais puissant, c’est un mutant venu de l’Égypte ancienne, portant le joyeux nom d’Apocalypse qu’il est fermement déterminé à honorer.

Tous les personnages sont bien développés : de Michael Fassbender en ‘Magnéto’ toujours tiraillé entre bien et mal, Jennifer Lawrence en ‘Mystique’ qui ne parvient pas à faire oublier Rebecca Rominj-Stamos, Rose Byrne en agent (humaine !) de la CIA, jusqu’à Hugh Jackman, qui apparaît dans un caméo des plus sanglants et sauvages.

Pour une fois dans un film de super-héros, le final – s’il peut se résumer à une baston géante – n’en demeure pas moins accrocheur et les enjeux demeurent présents, nullement engloutis par l’habituelle orgie de CGI. Le film reste intéressant jusqu’au bout et c’est vraiment très rare et précieux.

Bien écrit, soigneusement photographié, interprété avec un admirable sérieux, malgré le délire de l’environnement, « X-MEN : APOCALYPSE » vaut donc largement le détour et il s’avère même capable de réconcilier avec les productions Marvel dont on pensait avoir fait le tour. Des séquences comme la destruction d’Auschwitz ou le sauvetage à super-vitesse des occupants du château par Evan Peters, sont assez stupéfiantes.

 

« ASSASSIN’S CREED » (2016)

« ASSASSIN’S CREED » ? C’est l’histoire d’un condamné à mort qu’on branche sur une espèce de grue articulée qui le fait entrer dans la peau de son aïeul espagnol, membre d’une secte de tueurs chargée de protéger une pomme contenant l’ADN du libre-arbitre humain.CREED

Comment ça, c’est n’importe quoi ? Apparemment, seuls les aficionados du jeu vidéo dont Justin Kurzel a tiré son film, sont capable d’y comprendre quelque chose, de suivre le scénario et d’en saisir les enjeux, tenants et aboutissants. Pour le commun des mortels, c’est une bouillie mystico-acrobatique où les Templiers (les méchants, manifestement) veulent éradiquer la violence et s’accaparant la pomme de l’Éden (sic !) et sont contrés par des chevaliers encapuchonnés tels des cailleras médiévaux et adeptes de arts martiaux. Ça castagne donc énormément pendant deux heures et le reste du temps, ça cause. Comme on n’y pige rien, on préfère encore quand ça bastonne, d’autant que les séquences d’action situées en 1492 sont jolies à contempler, même si pas toujours très lisibles et que Michael Fassbender en excellente forme physique fait un héros plein d’énergie. À ses côtés, Marion Cotillard (qui fut déjà sa partenaire dans le « MACBETH » du même réalisateur), campe une scientifique exaltée et Jeremy Irons joue son papa planche-pourrie. De toute façon dans cet emploi-là, c’était lui ou Ben Kingsley ou Anthony Hopkins. Pas le choix ! Dans de courtes apparitions, on reconnaît Essie Davis, Charlotte Rampling et ce bon vieux Brendan Gleeson à peine utilisés.

« ASSASSIN’S CREED » est donc à réserver exclusivement aux adeptes d’univers virtuels qui en reconnaîtront les codes et usages. Car une fois passée la surprise de découvrir les décors, les sauts dans le passé, etc. le pauvre spectateur lambda ne manquera pas de s’ennuyer ferme.

 

« CENTURION » (2010)

CENTURION2À la suite du remarquable « THE DESCENT » en 2005, le réalisateur anglais Neil Marshall a grandement déçu avec « DOOMSDAY » et s’est un peu rattrapé avec « CENTURION », avant de se consacrer aux séries TV.

Sans être un chef-d’œuvre, « CENTURION » contient tout de même pas mal d’éléments positifs, une belle maîtrise du tournage en extérieurs (les montagnes glacées d’Écosse) et un indéniable goût pour la violence la plus débridée. Après une assez longue mise en place, le film décolle quand ce qui reste d’une cohorte romaine menée par un centurion inexpérimenté (Michael Fassbender) doit fuir une tribu picte aux mœurs barbares, décidée à les exterminer. C’est un véritable ‘survival’ bien plus riche et complexe qu’il n’en a d’abord l’air : en effet, si on reste du point-de-vue des Romains, le scénario ne décrit pas leurs ennemis comme des bêtes sauvages (comme dans « LE 13ème GUERRIER », par exemple). Après tout, ils sont parfaitement en droit de défendre leur territoire annexé et de venger les exactions des envahisseurs sur la population.

Ainsi, si les soldats traqués sont attachants et bien dessinés, on peut éventuellement se ranger dans l’autre camp et comprendre la pisteuse picte, Olga Kurylenko, certes terrifiante, mais dont le passé peut justifier ses actes les plus atroces. Ce regard dépourvu de manichéisme rend le film passionnant à suivre et la conclusion amère et nihiliste enfonce le clou. Ici pas de bons, pas de méchants. À chacun de choisir qui est qui.

Fassbender est parfait de sobriété dans un personnage évolutif et sensible. Kurylenko bouffe littéralement l’écran dès qu’elle apparaît, et les seconds rôles sont tenus par des pointures comme Dominic West, Ulrich Thomsen ou Liam Cunningham.

Hormis quelques petites facilités (la « sorcière » exilée dans les bois a, quelle heureuse surprise, un physique de top-model), « CENTURION » est un excellent film d’action rugueux et sans chichi, où on s’étripe à tout-va, sans jamais délaisser la progression de l’histoire ou la profondeur des protagonistes.

CENTURION

OLGA KURYLENKO, DOMINIC WEST ET MICHAEL FASSBENDER