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Archives de Catégorie: LES FILMS DE MICKEY ROURKE

« DINER » (1982)

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MICKEY ROURKE ET ELLEN BARKIN

Premier et peut-être meilleur film de Barry Levinson, qu’il a écrit et réalisé d’après ses souvenirs de jeunesse à Baltimore à la fin des années 50, « DINER » est un petit bijou doux-amer, une chronique drolatique mais teintée d’une profonde nostalgie.DINER

Le scénario s’articule autour du mariage de Steve Guttenberg hâbleur mais toujours puceau, pour lequel se réunissent ses copains d’enfance : Mickey Rourke, garçon-coiffeur perdant tout son argent au jeu, Kevin Bacon surdoué asocial et suicidaire, Daniel Stern déjà marié et malheureux, Paul Reiser casse-pieds patenté et Tim Daly, le moins paumé de la bande. Tous arrivent à l’âge où il va falloir rapidement sortir de l’adolescence, pour ne pas rester sur le bas-côté de la route. Mais aucun n’est prêt à abandonner ses habitudes, ses repas au « diner » local, ses discussions interminables sur le sport ou les chanteurs à la mode. Et on sent à mesure que la cérémonie approche, que tous ne s’en sortiront pas et qu’une époque d’insouciance est en train de s’achever. C’est très finement écrit, la plupart des séquences – même les plus triviales – sont sous-tendues de stress et d’angoisse du lendemain. La photo sombre et parfois ingrate participe de ce mood à la fois joyeux et profondément dépressif. La musique « vintage » et les chansons sont pour beaucoup dans l’atmosphère de « DINER », les décors sont parfaits, immersifs au possible. Mais le vrai miracle réside dans l’homogénéité du casting : on a vraiment l’impression que les acteurs se connaissent depuis toujours. Tout le monde est remarquable, avec une préférence pour Rourke, formidable en loser-né, suave et narcissique, Ellen Barkin en épouse délaissée à la dérive, Bacon exceptionnel dans un rôle complexe, vaguement inquiétant. On devrait tous les citer tant leur alchimie est aveuglante. « DINER » n’a pas pris une ride, il amuse, file le cafard et séduit autant qu’au jour de sa sortie. Et des moments comme la scène de ménage entre Stern et Barkin pour des 33-tours mal rangés, ou le questionnaire sportif auquel Guttenberg soumet sa fiancée pour décider s’il l’épouse ou pas, s’impriment à jamais dans la mémoire pour leur justesse et leur pathétique dérisoire. Un grand petit film, en somme.

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KEVIN BACON, PAUL REISER, MICKEY ROURKE ET STEVE GUTTENBERG

 

« L’IRLANDAIS » (1987)

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LIAM NEESON ET MICKEY ROURKE

Réalisé par l’intéressant Mike Hodges, d’après un roman de Jack Higgins, « L’IRLANDAIS » (titre français bien décevant comparé à l’original : « UNE PRIÈRE POUR LES MOURANTS ») est un polar qui démarre bien, offre des enjeux très forts, des personnages intrigants, pour pécher trop vite par la faute d’un scénario statique, malhabile, qui finit par lasser tout intérêt.PRAYER

Pourtant, la première moitié est très prometteuse et Mickey Rourke, teint en roux, est crédible en assassin professionnel au bout du rouleau, traqué par la police, un caïd local et par ses employeurs de l’IRA. Il traîne une grise mine, un spleen d’écorché vif, bien entouré par Bob Hoskins en ex-baroudeur devenu prêtre, Alan Bates – un peu trop grimaçant, mais qui semble bien s’amuser – en gangster/croque-mort, Liam Neeson en cadre de l’IRA au cœur trop sensible, Alison Doody en exécutrice impassible. Sammi Davis est très gauche en aveugle mais Christopher Fulford crève l’écran dans un rôle de psychopathe répugnant : un vrai méchant comme on adore les haïr ! Tous ces éléments, ajoutés à une bonne BO de Bill Conti ne parviennent toutefois pas à réellement faire décoller le film. Les séquences impliquant les policiers sont d’une lourdeur invraisemblable, l’action semble trop souvent se résumer à d’incessants aller-retour entre le funérarium et l’église et, malgré quelques très bonnes scènes d’action et de belles confrontations, « L’IRLANDAIS » ne parvient jamais à passionner. C’est vraiment dommage, car le potentiel, et cela se sent tout du long, était considérable, et – nous l’avons dit – le casting de tout premier ordre. Mais la mayonnaise ne prend pas, le rythme demeure constamment plombé et la fin, autour d’une bombe prête à exploser est torchée à la va-vite, expédiée. À voir pour Rourke, encore dans sa grande époque, qui parvient à créer un personnage opaque et attachant à la fois.

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ALAN BATES, MICKEY ROURKE ET SAMMI DAVIS

 

« LA FIÈVRE AU CORPS » (1981)

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KATHLEEN TURNER ET WILLIAM HURT

Premier film réalisé par le scénariste Lawrence Kasdan, « LA FIÈVRE AU CORPS » se revoit aujourd’hui avec un double décalage : c’est un film des années 80 calqué sur l’ambiance et la structure narrative d’un ‘film noir’ des années 40, principalement « ASSURANCE SUR LA MORT » de Billy Wilder.BODY

Le principal apport provient d’abord d’un érotisme débridé, décomplexé, qui jette l’un contre l’autre, en pleine canicule sur la Floride, une femme mariée (Kathleen Turner) et un avocaillon « queutard » (William Hurt). Une love story essentiellement physique, qui aboutit à l’éternelle question : et si on tuait le mari riche et encombrant ? La machination montée par les amants maudits est ingénieusement conçue, l’obsession sexuelle intelligemment filmée et le couple Turner/Hurt – alors totalement inconnus – fonctionne à plein régime. Elle, prédatrice affûtée, imprévisible, à la sensualité débordante, lui pauvre type obnubilé, aisément manipulable (« Vous n’êtes pas trop malin, c’est une qualité que j’apprécie chez un homme », lui dit-elle lors de leur première rencontre). De bons seconds rôles aussi : Richard Crenna, parfait en époux odieux, Ted Danson étonnant en procureur excentrique et un tout jeune Mickey Rourke dans deux séquences en pyromane sympathique. Mais la vraie vedette de « LA FIÈVRE AU CORPS » ne se compte pas dans le casting, plutôt dans la bande-son. En effet, la BO de John Barry est pour 80% dans l’atmosphère particulière du film. À la fois sexy et menaçante, elle parvient à créer un pont entre les époques et à flouter la frontière entre le suspense pur et dur et le quasi-pastiche. On sera un peu moins enthousiasmé par la photo de Richard H. Kline, un peu trop filtrée et parfois inutilement.

40 ans plus tard et malgré ses quelques défauts, « LA FIÈVRE AU CORPS » demeure un joli exercice de style qui nous entraîne dans ses méandres scénaristiques, ses coups de théâtre avec une réelle élégance.

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MICKEY ROURKE ET KATHLEEN TURNER

 

« NIGHTMARE CINEMA » (2018)

NC.jpg« NIGHTMARE CINEMA » est un film d’horreur en 5 sketches, qui revient aux fondamentaux des vieux « CREEPSHOW » et « TALES FROM THE CRYPT » d’antan. Par définition, c’est inégal, mais on peut y trouver sporadiquement matière à réjouissance et même, même… y exhumer un véritable petit chef-d’œuvre.

« THE THING IN THE WOODS » d’Alejandro Brugués est une sorte de slasher sanglant, lorgnant sur le pastiche et se jouant des clichés du genre. C’est moyennement intéressant et à éviter pour les arachnophobes. Mais c’est du déjà-vu sans grand intérêt. « MIRARE » de Joe Dante est un cran nettement au-dessus et conte l’horrible histoire d’une jeune femme dont le visage est abîmé par une cicatrice, et qui accepte de passer sous le bistouri du chirurgien esthétique Richard Chamberlain, pour complaire à son futur époux. Mais l’affaire tourne au pur cauchemar paranoïaque et la chute finale renvoie aux bonnes vieilles BD de « CREEPY » ou « EERIE ». « MASHIT » (le titre est assez bien choisi, pour le coup ! ) de Riyûhei Kitamura est une pénible histoire d’exorcisme au sein d’un collège religieux, réalisée avec les pieds et totalement assommante. « THIS WAY TO EGRESS » de David Slade (l’excellent « 30 JOURS DE NUIT ») vaut à lui seul qu’on voie le film : c’est un pur cauchemar en noir & blanc à la David Lynch, où la remarquable Elizabeth Reaser semble évoluer dans une dimension parallèle suintante de sang, où tout se déforme en permanence, tout se décompose sous ses yeux. Une NDE ? Un no man’s land entre vie et mort ? Aucune explication rationnelle  ne sera proposée. Et tant mieux ! C’est admirablement filmé, proprement terrifiant sans effet inutile et les images marquent durablement. Une merveille ! « DEAD » de Mick Garris part d’une bonne idée de jeune garçon entre la vie et la mort qui voit des « dead people », mais le scénario est infiniment trop dilué et finit par lasser, malgré l’inquiétante composition d’Annabeth Gish en maman-fantôme ambiguë.

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ELIZABETH REASER

Sans oublier les apparitions de Mickey Rourke – de plus en plus méconnaissable – dans le rôle d’un projectionniste peroxydé qui semble personnifier la mort elle-même, dont le cinéma sert de fil rouge très artificiel à ces courts-métrages sans aucun point commun. Un film sans colonne vertébrale donc, à voir pourtant pour le magnifique segment de David Slade.

 

« EXPENDABLES : UNITÉ SPÉCIALE » (2010)

XPDCo-écrit et réalisé par un Sylvester Stallone de 64 ans, « EXPENDABLES : UNITÉ SPÉCIALE » est, ni plus ni moins qu’un remake de l’excellent « CHIENS DE GUERRE », mais à la sauce Rambo. Autrement dit, du fun pur et dur, congestionné de testostérone et pétaradant à tout-va.

Ce n’est rien d’autre que du cinéma pop-corn, bête à pleurer, mais tout à fait distrayant, ne serait-ce que grâce à la bande de mercenaires menée par ‘Sly’, des tas de muscles surarmés et ne s’exprimant qu’en « macho bullshit » et à coups d’armes lourdes, comme dans « PREDATOR ». Totalement décomplexé, Stallone fait tout péter à une cadence infernale, coupe les ennemis en deux en une rafale et tire à deux pistolets à la vitesse d’une mitrailleuse. Malgré l’extrême violence des combats, on ne peut s’empêcher de sourire devant ce spectacle naïf, voire couillon, mais truffé de petits instants qui valent de l’or. Jason Statham, très en verve, joue le sidekick comique mais létal du chef. Leur duo est franchement drôle. Autour d’eux, c’est un défilé : Dolph Lundgren en ami/ennemi psychopathe, Jet-Li complexé par sa taille, Mickey Rourke en tatoueur sentencieux, Eric Roberts en méchant ignoble. Lors d’une séquence au début, Stallone s’est même offert le luxe d’un trio jusqu’alors inédit : lui-même, Bruce Willis et Arnold Schwarzenegger réunis dans une église. Les vacheries qu’ils se balancent avec Schwarzie valent à elles seules qu’on voie le film. « EXPENDABLES » est un film idéal pour vieux adolescents, à voir au 36ème degré, sans chercher à y trouver un quelconque message à peu près sérieux sur l’ingérence des U.S.A. ou sur les agissements de la CIA.

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JASON STATHAM, MICKEY ROURKE, SYLVESTER STALLONE ET ARNOLD SCHWARZENEGGER

À noter que le film sortit d’abord dans une durée de 103 minutes, qui fut suivi d’un ‘director’s cut’ avec dix minutes de matériel supplémentaire. Le succès donna naissance à deux suites.

 

« THE COURIER » (2012)

COURIER.jpg« THE COURIER », réalisé par Hany Abu-Assad, est un thriller se voulant sophistiqué, sous ses faux-airs de DTV. C’est en fait, à bien y regarder, un décalque de « ANGEL HEART » d’Alan Parker, situé comme lui à New Orleans, avec un ‘twist’ final similaire et même la présence de Mickey Rourke pour faire bonne mesure. On sent également le désir d’imposer le personnage invisible de ‘Evil Sivel’ comme un avatar du Keyser Söze de « USUAL SUSPECT ». C’est raté !

Que dire ? La moitié du temps, cela ressemble à un téléfilm sans rime ni raison, mais par la grâce d’un excellent casting, on parvient tout de même à y trouver un certain intérêt sporadique. Jeffrey Dean Morgan, en « underplay » très maîtrisé, est parfait en « livreur » professionnel, un antihéros constamment couvert de plaies et d’ecchymoses. Autour de lui : l’étrange Josie Ho en coéquipière, Til Schweiger en agent du FBI peu sympathique, Mark Margolis en père de substitution omniscient, et surtout le tandem Lili Taylor et Miguel Ferrer jouant un couple de tueurs-à-gages sadiques tout à fait inquiétant. On ne sait pas trop que penser en revanche de la prestation de Rourke. Il est filmé de dos pendant les deux-tiers du film sans aucune raison valable et apparaît ensuite hideusement grimé en « sosie » d’Elvis Presley pour un face à face rigoureusement abscons avec Morgan, censé révéler le fin-mot de l’histoire. Le dialogue est tellement emberlificoté, les flash-back sont si illisibles, qu’on a presque envie de rire.

« THE COURIER » (exploité en vidéo en France sous le titre… « THE SPECIALIST » !) est un drôle de polar beaucoup trop ambitieux pour ses maigres moyens et confondant mystère et confusion. À voir éventuellement pour ses acteurs, quelques extérieurs de New Orleans rarement filmés et… c’est à peu près tout.

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JEFFREY DEAN MORGAN, LILI TAYLOR ET MICKEY ROURKE

 

« MAN ON FIRE » (2004)

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DENZEL WASHINGTON ET DAKOTA FANNING

« MAN ON FIRE » n’est pas un polar comme les autres. Si le thème semble classique au premier abord, il est complètement transcendé par le traitement visuel de Tony Scott. On connaît son goût des effets, ralentis, arrêts sur image, surimpressions, qui ont souvent galvaudé son œuvre. Mais ici, le montage éclaté n’a rien d’une vaine coquetterie, il devient l’identité même du film et substitue l’émotion viscérale et l’esthétique à une narration fluide et consensuelle.FIRE.jpg

C’est une des plus franches réussites de Scott et un des plus beaux rôles de Denzel Washington, qu’on se délecte de voir passer de l’ex-tueur alcoolique au Terminator transfiguré par la haine. Ce rôle de garde-du-corps réapprenant à aimer la vie à travers une fillette qu’il est chargé de protéger lui colle à la peau. Il faut dire que la gamine est interprétée par l’incroyable Dakota Fanning aux déconcertantes expressions d’adulte. Leurs scènes ensemble génèrent une émotion brute assez rare à capter à l’image.

Les décors de Mexico sont exploités à fond, en esquivant habilement les plans touristiques, le scénario de Brian Helgeland est d’une redoutable efficacité et les enjeux dramatiques ne font que s’amplifier au fur et à mesure. Malgré un rôle « à ellipses », la petite Fanning domine le casting, mais celui-ci est néanmoins composé de bons acteurs comme Christopher Walken en ex-collègue rangé des voitures, Mickey Rourke – qui ne fait que passer – en avocat pourri, Radha Mitchell en mère désemparée et Giancarlo Giannini en flic. Mélange étonnamment harmonieux de mélodrame sentimental, de blockbuster ultra-violent et portrait intime d’un homme rongé par ses péchés, « MAN ON FIRE » est un film attachant et fascinant par bien des aspects. Tony Scott tourna encore quatre films jusqu’à sa mort, dont trois avec Washington, sans jamais retrouver cet état de grâce.

À noter que le roman de A.J. Quinnell fut déjà adapté en 1987, sous le même titre, dans un film réalisé par… Élie Chouraqui avec Scott Glenn et Jade Malle dans les rôles principaux. Peu mémorable, en revanche.

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DAKOTA FANNING, DENZEL WASHINGTON ET RADHA MITCHELL

 

« KILLSHOT » (2008)

KILLSHOT.jpgDès qu’un film est adapté d’un polar d’Elmore Leonard, le cinéphile est automatiquement aimanté, surtout si le générique est aussi singulier que celui de « KILLSHOT ». À la réalisation de ce thriller ‘hard boiled’, le réalisateur anglais du très surfait « SHAKESPEARE IN LOVE » (sic !), à la photo l’immense Caleb Deschanel, en vedettes Diane Lane et Mickey Rourke, deux revenants de « RUSTY JAMES », 25 ans plus tôt.

Au résultat ? Une plutôt bonne surprise, un suspense linéaire, tourné au Canada, où on retrouve des éléments de « MR MAJESTYK » (le « working class hero » confronté à des tueurs de la mafia) et pas mal de petites touches originales. Le tueur joué par Rourke est un métis indien, une brute avec un vieux fond d’humanité. Arborant un visage abimé, balafré, presque dérangeant par moments, Rourke est excellent dans la minéralité inquiétante. Il forme un très bon duo avec Joseph Gordon-Levitt en sale petite gouape psychopathe qu’il identifie à son jeune frère défunt. Thomas Jane et Diane Lane sont un couple crédible de témoins à abattre. Parmi les seconds rôles : Rosario Dawson en pauvre fille fan d’Elvis et Hal Holbrook qui apparaît le temps de se faire occire.

« KILLSHOT » n’a rien d’un grand polar, mais il avance droit devant, comme ces séries B des seventies dont l’influence se fait encore ressentir aujourd’hui. Certaines scènes d’exécution de sang-froid mettent mal à l’aise et la confrontation finale, très westernienne, est une franche réussite aux enjeux parfaitement définis.

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THOMAS JANE, JOSEPH GORDON-LEVITT, MICKEY ROURKE ET DIANE LANE

À voir donc, car « KILLSHOT » est très peu connu et n’a pas marqué l’Histoire du genre. Pourtant, il possède quelques réelles qualités et Mickey Rourke, quoi qu’il fasse et quelle que soit le faciès qu’il présente, a toujours quelque chose à offrir.

 

« LES IMMORTELS » (2011)

Le réalisateur indien Tarsem Singh était déjà connu pour ses délires visuels, ses excès psychédéliques sans garde-fou avec des résultats variant du pire (pratiquement tout ce qu’il a fait au cinéma) au meilleur (« THE CELL »). Alors lui donner accès aux CGI pour « LES IMMORTELS » était l’assurance d’un film visuellement… spécial. Ce qui est bien sûr le cas !IMMORTALS

La mythologie revue par l’esthétique du jeu vidéo, c’est quelque chose de particulier. On se croirait parfois dans le « SATYRICON » de Fellini à la sauce grecque, boosté aux pixels numériques. Les choix de Singh sont déroutants : tous les extérieurs se passent sur d’immenses falaises abruptes, les Dieux de l’Olympe – eux aussi au bord de leur falaise ! –semblent échappés d’une opérette gay, les batailles sont irréelles, pourries de ralentis systématiques. Bref, on n’est guère convaincus, même si certains décors ont indéniablement de la gueule et que ce vieux Mickey Rourke fait la blague dans le rôle du très cruel roi Hypérion, pansu et balafré. Ses partenaires sont hélas, moins réjouissants : le transparent Henry Cavill qui rappelle les héros de péplums italiens des sixties, Freida Pinto en Phèdre hindoue ou le toujours pénible Stephen Dorff. On est tout de même content de revoir John Hurt en mentor rusé et Stephen McHattie en roi pas très malin.

« LES IMMORTELS » est une sorte de bande-démo de tout ce qu’on peut faire aujourd’hui en post-production, 3-D incluse. En tant que prouesse technique, cela vaut le coup d’œil, mais en tant que film, c’est d’une vacuité et d’une confusion insensées.

 

« ANGEL HEART – AUX PORTES DE L’ENFER » (1987)

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MICKEY ROURKE

Écrit et réalisé par Alan Parker, d’après une Série Noire, « ANGEL HEART – AUX PORTES DE L’ENFER » est une somptueuse adaptation du mythe de Faust à l’univers du ‘film noir’ et des légendes vaudous.ANGEL

Cela démarre de façon traditionnelle : un « privé » un peu minable (Mickey Rourke) est engagé par un gentleman excentrique (Robert De Niro) pour retrouver un crooner disparu depuis la WW2 qui aurait une dette envers lui. Mais à mesure que l’enquête progresse, que notre héros se délocalise de New York à New Orleans, le scénario se complexifie, les meurtres rituels se multiplient et on perd rapidement pied. L’intérêt principal du film ne vient évidemment pas de ses aspects « polar » très convenus, mais de la véritable identité des deux protagonistes. Le patronyme de l’employeur : ‘Louis Cyphre’ ne laisse pas grand doute sur ce qu’il est réellement et les crises d’absence de plus en plus fréquentes du détective font sourdre un doute sur le moindre de ses actes. C’est un jeu pervers et très finement mené, où l’image a souvent plus de poids et en dit infiniment plus que le dialogue. La photo de Michael Seresin est tout simplement magnifique, plongeant dans les années 50 avec une telle perfection qu’on en oublie le pourtant énorme travail de déco effectué sur chaque séquence.

Malgré la relative brièveté des apparitions de De Niro, c’est son face-à-face avec Rourke – qui passait alors pour son successeur n°1 – qui passionne dans « ANGEL HEART ». Le cheveu long, noir de jais, la barbe lui dévorant le visage, De Niro adopte des manières, des moues, qu’on ne lui connaissait pas. Le gros-plan où il dévore un œuf dur, censé symboliser l’âme humaine, est authentiquement saisissant. C’est du cabotinage oui, mais contrôlé et en harmonie avec le personnage. Rourke trouve un de ses meilleurs rôles en enquêteur de plus en plus sale et déglingué à mesure qu’avancent ses investigations. Une vraie dégringolade aux enfers, cristallisée par ses plans d’ascenseur descendant sans arrêt jusqu’au générique de fin. À leurs côtés, Lisa Bonet est très bien en prêtresse vaudou sexy et on aperçoit des figures familières comme Charlotte Rampling dans une « guest » sans relief, Dann Florek, Pruitt Taylor Vince ou Kathleen Wilhoite en infirmière allumeuse.

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LISA BONET ET ROBERT DE NIRO

« ANGEL HEART » mérite d’être vu plusieurs fois, car on s’aperçoit que Parker ne « triche » pas avec son ‘twist’ final et qu’il dissémine çà et là de nombreux indices très lisibles (à condition de déjà connaître la fin) permettant au spectateur d’éventuellement deviner le fin-mot de l’histoire. Un beau morceau de cinéma ambitieux sans jamais être prétentieux et qui a très bien vieilli.