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Archives de Catégorie: LES FILMS DE MICKEY ROURKE

« KILLSHOT » (2008)

KILLSHOT.jpgDès qu’un film est adapté d’un polar d’Elmore Leonard, le cinéphile est automatiquement aimanté, surtout si le générique est aussi singulier que celui de « KILLSHOT ». À la réalisation de ce thriller ‘hard boiled’, le réalisateur anglais du très surfait « SHAKESPEARE IN LOVE » (sic !), à la photo l’immense Caleb Deschanel, en vedettes Diane Lane et Mickey Rourke, deux revenants de « RUSTY JAMES », 25 ans plus tôt.

Au résultat ? Une plutôt bonne surprise, un suspense linéaire, tourné au Canada, où on retrouve des éléments de « MR MAJESTYK » (le « working class hero » confronté à des tueurs de la mafia) et pas mal de petites touches originales. Le tueur joué par Rourke est un métis indien, une brute avec un vieux fond d’humanité. Arborant un visage abimé, balafré, presque dérangeant par moments, Rourke est excellent dans la minéralité inquiétante. Il forme un très bon duo avec Joseph Gordon-Levitt en sale petite gouape psychopathe qu’il identifie à son jeune frère défunt. Thomas Jane et Diane Lane sont un couple crédible de témoins à abattre. Parmi les seconds rôles : Rosario Dawson en pauvre fille fan d’Elvis et Hal Holbrook qui apparaît le temps de se faire occire.

« KILLSHOT » n’a rien d’un grand polar, mais il avance droit devant, comme ces séries B des seventies dont l’influence se fait encore ressentir aujourd’hui. Certaines scènes d’exécution de sang-froid mettent mal à l’aise et la confrontation finale, très westernienne, est une franche réussite aux enjeux parfaitement définis.

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THOMAS JANE, JOSEPH GORDON-LEVITT, MICKEY ROURKE ET DIANE LANE

À voir donc, car « KILLSHOT » est très peu connu et n’a pas marqué l’Histoire du genre. Pourtant, il possède quelques réelles qualités et Mickey Rourke, quoi qu’il fasse et quelle que soit le faciès qu’il présente, a toujours quelque chose à offrir.

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« LES IMMORTELS » (2011)

Le réalisateur indien Tarsem Singh était déjà connu pour ses délires visuels, ses excès psychédéliques sans garde-fou avec des résultats variant du pire (pratiquement tout ce qu’il a fait au cinéma) au meilleur (« THE CELL »). Alors lui donner accès aux CGI pour « LES IMMORTELS » était l’assurance d’un film visuellement… spécial. Ce qui est bien sûr le cas !IMMORTALS

La mythologie revue par l’esthétique du jeu vidéo, c’est quelque chose de particulier. On se croirait parfois dans le « SATYRICON » de Fellini à la sauce grecque, boosté aux pixels numériques. Les choix de Singh sont déroutants : tous les extérieurs se passent sur d’immenses falaises abruptes, les Dieux de l’Olympe – eux aussi au bord de leur falaise ! –semblent échappés d’une opérette gay, les batailles sont irréelles, pourries de ralentis systématiques. Bref, on n’est guère convaincus, même si certains décors ont indéniablement de la gueule et que ce vieux Mickey Rourke fait la blague dans le rôle du très cruel roi Hypérion, pansu et balafré. Ses partenaires sont hélas, moins réjouissants : le transparent Henry Cavill qui rappelle les héros de péplums italiens des sixties, Freida Pinto en Phèdre hindoue ou le toujours pénible Stephen Dorff. On est tout de même content de revoir John Hurt en mentor rusé et Stephen McHattie en roi pas très malin.

« LES IMMORTELS » est une sorte de bande-démo de tout ce qu’on peut faire aujourd’hui en post-production, 3-D incluse. En tant que prouesse technique, cela vaut le coup d’œil, mais en tant que film, c’est d’une vacuité et d’une confusion insensées.

 

« ANGEL HEART – AUX PORTES DE L’ENFER » (1987)

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MICKEY ROURKE

Écrit et réalisé par Alan Parker, d’après une Série Noire, « ANGEL HEART – AUX PORTES DE L’ENFER » est une somptueuse adaptation du mythe de Faust à l’univers du ‘film noir’ et des légendes vaudous.ANGEL

Cela démarre de façon traditionnelle : un « privé » un peu minable (Mickey Rourke) est engagé par un gentleman excentrique (Robert De Niro) pour retrouver un crooner disparu depuis la WW2 qui aurait une dette envers lui. Mais à mesure que l’enquête progresse, que notre héros se délocalise de New York à New Orleans, le scénario se complexifie, les meurtres rituels se multiplient et on perd rapidement pied. L’intérêt principal du film ne vient évidemment pas de ses aspects « polar » très convenus, mais de la véritable identité des deux protagonistes. Le patronyme de l’employeur : ‘Louis Cyphre’ ne laisse pas grand doute sur ce qu’il est réellement et les crises d’absence de plus en plus fréquentes du détective font sourdre un doute sur le moindre de ses actes. C’est un jeu pervers et très finement mené, où l’image a souvent plus de poids et en dit infiniment plus que le dialogue. La photo de Michael Seresin est tout simplement magnifique, plongeant dans les années 50 avec une telle perfection qu’on en oublie le pourtant énorme travail de déco effectué sur chaque séquence.

Malgré la relative brièveté des apparitions de De Niro, c’est son face-à-face avec Rourke – qui passait alors pour son successeur n°1 – qui passionne dans « ANGEL HEART ». Le cheveu long, noir de jais, la barbe lui dévorant le visage, De Niro adopte des manières, des moues, qu’on ne lui connaissait pas. Le gros-plan où il dévore un œuf dur, censé symboliser l’âme humaine, est authentiquement saisissant. C’est du cabotinage oui, mais contrôlé et en harmonie avec le personnage. Rourke trouve un de ses meilleurs rôles en enquêteur de plus en plus sale et déglingué à mesure qu’avancent ses investigations. Une vraie dégringolade aux enfers, cristallisée par ses plans d’ascenseur descendant sans arrêt jusqu’au générique de fin. À leurs côtés, Lisa Bonet est très bien en prêtresse vaudou sexy et on aperçoit des figures familières comme Charlotte Rampling dans une « guest » sans relief, Dann Florek, Pruitt Taylor Vince ou Kathleen Wilhoite en infirmière allumeuse.

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LISA BONET ET ROBERT DE NIRO

« ANGEL HEART » mérite d’être vu plusieurs fois, car on s’aperçoit que Parker ne « triche » pas avec son ‘twist’ final et qu’il dissémine çà et là de nombreux indices très lisibles (à condition de déjà connaître la fin) permettant au spectateur d’éventuellement deviner le fin-mot de l’histoire. Un beau morceau de cinéma ambitieux sans jamais être prétentieux et qui a très bien vieilli.

 

« THE PLEDGE » (2001)

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JACK NICHOLSON

Adapté d’un polar suisse, « THE PLEDGE » est, de loin, le meilleur film réalisé par Sean Penn, une œuvre complexe, tourmentée, obsédante qui s’enfonce progressivement dans le cauchemar, s’émancipant des passages obligés d’un genre qu’il est censé illustrer.pledge2

Sur la piste d’un serial killer tueur de fillettes, le vieux flic Jack Nicholson promet à la mère de la dernière victime (Patricia Clarkson, superbe) de retrouver l’assassin. Il jure même sur le salut de son âme. Est-ce à cause de cela qu’il fait mine d’ignorer son départ à la retraite et poursuit l’enquête ? Qu’il achète une station-service pour surveiller les va-et-vient des suspects potentiels ? Qu’il y accueille une jeune femme (Robin Wright) et aussi et surtout sa fille pour qu’elle serve d’appât ? Qu’il commence à entendre des voix dans sa tête ?

Le paradoxe de ce suspense psychologique suffocant, c’est que Nicholson a beau avoir raison à 100% depuis le début et suivre la bonne méthode (celle du pêcheur à la ligne qu’il est), il n’en est pas moins en train de devenir complètement fou. Et même presque aussi monstrueux que celui qu’il traque, puisqu’il joue plus ou moins consciemment avec les sentiments, voire la vie, de deux innocentes qu’il manipule. La conclusion sera terrible, désespérée, d’une sombre ironie, d’une noirceur sans échappatoire. Autour d’un Nicholson omniprésent, d’une rigueur sans la moindre faille, d’une intensité extraordinaire, Penn a réuni de bons acteurs comme Benicio Del Toro en Indien attardé mental, Aaron Eckhart en flic tête-à-claques et une brochette de stars dans des caméos comme Helen Mirren, Vanessa Redgrave, Harry Dean Stanton et surtout Mickey Rourke bouleversant dans une courte séquence. À vrai dire, leurs apparitions sont plus distractives qu’autre chose, et le film aurait fort bien pu s’en passer, mais on est toujours content de les retrouver.

« THE PLEDGE » réunit la plupart des qualités de précédents films de Penn et pratiquement aucun de leurs défauts. Le scénario est parfaitement vissé, les ambiances sont magnifiquement captées par la photo de Chris Menges, et Nicholson qui a campé tant de cinglés dans sa carrière, en donne ici une variante des plus réalistes et émouvantes. Un superbe film à tous points-de-vue.

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JACK NICHOLSON, ROBIN WRIGHT ET MICKEY ROURKE

 

« L’ANNÉE DU DRAGON » (1985)

YEAR« L’ANNÉE DU DRAGON » marque le retour de Michael Cimino après cinq années de purgatoire dues au « désastre industriel » que fut l’imparfait mais sublime « LA PORTE DU PARADIS ». Si ce polar coécrit avec Oliver Stone a gagné en réputation avec le temps, il n’est pas trop difficile de percevoir que le génial réalisateur de « VOYAGE AU BOUT DE L’ENFER » a bel et bien été anéanti par sa déchéance et que le désolant auteur des « DESPERATE HOURS », « LE SICILIEN » ou « SUNCHASER » à venir pointait déjà le bout de son nez.

Dès les premières séquences, on subodore un certain laisser-aller : dans la direction d’acteur flottante de Mickey Rourke, beaucoup trop jeune pour son rôle de flic vétéran du Vietnam. Affublé d’une affreuse teinture grise (jamais raccord), il prend des poses, rabat son chapeau sur ses yeux et surjoue la moindre intention. Le jeu scolaire et sans relief du top model Ariane, le dialogue plat et souvent didactique n’arrangent rien… On craint donc très vite le pire. Heureusement, le personnage de John Lone, jeune parrain chinois arriviste, est bien dessiné et accapare l’intérêt. Des seconds rôles comme Raymond J. Barry et Caroline Kava sont également remarquables dans des rôles qui donnent au film un véritable arrière-plan humain.

Pourtant, l’ambiance frelatée de Chinatown, l’immersion dans l’univers des Triades, certains décors saisissants (le grand restaurant où a lieu la fusillade, l’usine de soja, antichambre des enfers), laissaient espérer beaucoup plus. Mais on a droit à de véritables laïus sur l’Histoire de l’immigration chinoise en Amérique, chiffres à l’appui, à des clichés éculés, à de longues scènes dérivatives (le voyage de Lone en Thaïlande) et à d’assommants face-à-face amoureux dans un loft dominant New York qui plombent le rythme.

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MICKEY ROURKE, RAYMOND J. BARRY, JOHN LONE ET CAROLINE KAVA

Que retenir ? De bonnes scènes d’action comme l’attaque du domicile de Rourke par les tueurs, le formidable affrontement final entre les deux ennemis jurés sur une voie de chemin-de-fer. Mais trop d’approximations, de lourdeurs, de redondances… « L’ANNÉE DU DRAGON » a été réévalué à la hausse depuis plusieurs années. Il n’est pas interdit de le remettre à sa juste place de film-charnière entre l’ex-génie hollywoodien et le réalisateur égaré qu’il est hélas, devenu.

 

« LE PAPE DE GREENWICH VILLAGE » (1984)

ERIC ROBERTS, MICKEY ROURKE ET KENNETH McMILLAN

ERIC ROBERTS, MICKEY ROURKE ET KENNETH McMILLAN

Ce qui avait fait le succès de « MEAN STREETS » était en grande partie l’exploration non-romancée d’un milieu peu connu et la réalisation « éclatée » et à l’époque révolutionnaire du jeune Martin Scorsese.POPE3

Presque dix ans après, « LE PAPE DE GREENWICH VILLAGE » ressemble à un remake hollywoodisé et policé de cette œuvre-phare du film de gangsters moderne. Le scénario est parfaitement agencé, le casting intéressant, mais la mise-en-scène professionnellement irréprochable et pantouflarde du vétéran Stuart Rosenberg paraît inadéquate et poussiéreuse.

Les décors de New York sont bien exploités, les dialogues fusent sans arrêt, mais au-delà de l’anecdote somme toute banale, c’est la relation entre Mickey Rourke, petit grenouilleur m’as-tu-vu mais intelligent et son cousin-boulet Eric Roberts, porte-poisse irresponsable, qui est au cœur du film et lui donne son énergie. Étonnant d’ailleurs, de voir ces deux « espoirs » du début des années 80, au début de leur chaotique parcours : le premier très marqué par l’Actors Studio, mais maître de son jeu, qui s’octroie quelques colères dévastatrices (le mobilier en prend pour son grade !) et abuse de ses fameux sourires en coin et le second en totale roue-libre, qui réinvente le sens du mot « cabotinage », roule des yeux, glapit, sautille, frime jusqu’au délire le plus total. L’un comme l’autre, malgré leurs excès, fonctionnent très bien en tandem et laissent même entrevoir la force inaltérable des liens du sang.

GERALDINE PAGE, ERIC ROBERTS, MICKEY ROURKE ET BURT YOUNG

GERALDINE PAGE, ERIC ROBERTS, MICKEY ROURKE ET BURT YOUNG

Autour d’eux, de formidables seconds rôles : Burt Young en caïd psychopathe parfaitement terrifiant, Geraldine Page géniale en vieille pochtronne dure-à-cuire, M. Emmet Walsh en ripou peu téméraire et la très belle Daryl Hannah en fiancée « WASP » exaspérée par l’incorrigible ringardise de l’homme qu’elle aime. Kenneth McMillan compose le personnage le plus fouillé et le plus touchant du film, un vieux perceur de coffres lucide et prévoyant.

« LE PAPE DE GREENWICH VILLAGE » n’est pas un grand film, mais il contient suffisamment de bons éléments pour maintenir l’intérêt jusqu’au bout. À voir pour Rourke et Roberts, jeunes et fougueux, qu’on est tout étonné de revoir avec leurs visages lisses et intacts. L’un comme l’autre connaîtront de multiples transformations au fil des ans…

 

« HOMEBOY » (1988)

MICKEY ROURKE

MICKEY ROURKE

Il serait vain de tenter de tourner un biopic de Mickey Rourke. Il suffit en fait de visionner dans la foulée « JOHNNY BELLE GUEULE », « HOMEBOY » et « THE WRESTLER » pour se faire une bonne idée de son parcours psychologique et de son évolution en tant qu’acteur.HOMEBOY3

Personnage fascinant par son autodestruction entêtée, il campe ici un boxeur au bout du rouleau, amoché par les coups, le visage émacié, la « tronche en biais », boiteux, qui vivote de combats minables en motels pouilleux. Il s’acoquine avec Christopher Walken, un grenouilleur m’as-tu-vu qui tente de l’entraîner dans un sale coup. Mais ‘Johnny Walker’ (c’est son nom) préfère remonter sur le ring, même s’il sait qu’il risque d’y mourir.

Réalisé par le chef-opérateur Michael Seresin qui mélange habilement une inspiration « cassavetsienne » et une esthétique kitsch très eighties, « HOMEBOY » ne raconte pas grand-chose, à part la dérive désespérée de quelques paumés qui s’accrochent les uns aux autres le temps d’un rêve probablement impossible, avant de disparaître dans la nuit. Selon l’humeur, on pourra trouver tout cela chichiteux et complaisant ou poignant et sincère. Car le film est tout cela à la fois.

Rourke est l’âme et la raison d’être du projet. Cowboy Marlboro déglingué, taiseux, détruit par la vie, abêti par les coups, il compose un personnage de chair et de sang avec une belle économie de moyens. Walken walkénise à fond dans un numéro de cabotinage outrancier mais qui sied bien à son rôle. Tous les personnages secondaires sont parfaitement choisis.

CHRISTOPHER WALKEN ET MICKEY ROURKE

CHRISTOPHER WALKEN ET MICKEY ROURKE

« HOMEBOY » n’a rien d’un « ROCKY » ou même d’un « FAT CITY ». L’ambiance fait penser à « MEURTRE D’UN BOOKMAKER CHINOIS », électrisé de temps à autres par des combats brutaux et sanglants. Tout comptes faits, c’est une œuvre qui a plutôt bien vieilli.