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Archives de Catégorie: LES FILMS DE MORGAN FREEMAN

« UN ÉTÉ MAGIQUE » (2012)

MAGICCinéaste jadis éclectique, Rob Reiner se cantonne aujourd’hui dans le « feel good movie » pour seniors et signe des films tranquilles et plaisants, mais très inconsistants, à l’image de « UN ÉTÉ MAGIQUE ».

Souvent incarné par Jack Nicholson, le personnage du vieux ronchon acariâtre et alcoolisé est cette fois dévolu à Morgan Freeman. Cloué dans un fauteuil roulant, il campe un auteur de romans western à la dérive depuis la mort de sa femme. Installé dans une maison de Belle Isle pendant l’été par son neveu, il rencontre une femme divorcée (Virginia Madsen) et ses trois filles et va retrouver goût à la vie. Le scénario est une enfilade de clichés, les confrontations entre protagonistes sont feutrées et tournent souvent court, asphyxiées par les bons sentiments. Ainsi Freeman baisse-t-il trop rapidement sa garde pour révéler son grand cœur et sa profonde humanité. Résultat : peu de « suspense » quant au déroulement de l’histoire et à l’évolution des relations et un sentiment général de confort, qui frise parfois l’assoupissement.

Reste que Freeman, quoi qu’il fasse, est toujours un plaisir à contempler. Ses scènes avec la petite Emma Fuhrmann (formidable de naturel) centrées sur l’imaginaire et l’art de l’écriture, sont bien vues et touchantes et ses « dialogues » avec son chien extrêmement drôles. On sent bien que c’est un « film de vacances » pour l’acteur, mais il l’habite avec son humanité habituelle et vaut à lui seul le coup d’œil. Face à lui, Miss Madsen paraît à 53 ans, un peu âgée pour son rôle, mais elle dégage néanmoins une sensualité chaleureuse et fonctionne bien en tandem avec Freeman.

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VIRGINIA MADSEN ET MORGAN FREEMAN

« UN ÉTÉ MAGIQUE » est plaisant le temps qu’il dure, mais s’oubliera certainement très vite. À voir pour les acteurs donc, comme un passe-temps inoffensif et ensoleillé.

 

« BRUBAKER » (1980)

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ROBERT REDFORD

Treize ans après avoir signé « LUKE LA MAIN FROIDE », classique absolu du film de prison, l’honnête Stuart Rosenberg retourne derrière les barreaux pour « BRUBAKER », inspiré de faits réels, pour un résultat convaincant mais moins inspiré.BRUBAKER

La première demi-heure est la plus efficace : Robert Redford entre comme forçat dans un pénitencier de l’Arkansas et découvre l’horreur totale : corruption, viols, meurtres, tortures, etc. L’acteur ne prononce que quelques monosyllabes jusqu’au moment où il révèle son vrai visage : il est le nouveau directeur du bagne ! Effaré par ce qu’il a vécu de l’intérieur, il entreprend de réformer l’endroit de A à Z, mais se confronte bientôt au « système » et à ses ramifications qui remontent très loin dans les sphères politiques.

Magnifiquement photographié par le français Bruno Nuytten, musiqué par Lalo Schifrin, « BRUBAKER » est un bon gros film hollywoodien, carré et bien construit, mais qui demeure en surface et parvient – intentionnellement ou pas – à enjoliver malgré tout une sordide réalité. Un peu à l’image de Redford sobre et taiseux, qui paraît toujours « un peu trop beau pour être vrai » et ressemble plus à la superstar qu’il était alors, qu’à un fonctionnaire zélé. Il est, paradoxalement, une des meilleures raisons de revoir le film aujourd’hui, mais aussi son plus évident point faible. D’autant plus qu’autour de lui, c’est un superbe défilé de seconds rôles plus authentiques les uns que les autres : M. Emmet Walsh et Murray Hamilton plus visqueux que jamais, Yaphet Kotto formidable dans un rôle ambigu, David Keith parfait en taulard à la « rock’n roll attitude » ou Morgan Freeman en prisonnier rendu fou par l’isolement. Ils sont nombreux et ils méritent tous d’être cités.

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YAPHET KOTTO, ROBERT REDFORD, DAVID KEITH ET MORGAN FREEMAN

Le scénario est édifiant, les questions soulevées méritent évidemment de l’être et certaines séquences dégagent une belle puissance (l’exhumation des cadavres dans le champ, l’épilogue). Mais quelque chose cloche… On n’y croit jamais tout à fait, l’émotion n’est pas toujours au rendez-vous. Comme si le message était étouffé et décrédibilisé par l’emballage.

 

« L’AFFRONTEMENT » (1983)

Le titre français de « HARRY & SON », « L’AFFRONTEMENT » est assez trompeur, laissant imaginer que le film de Paul Newman est un face-à-face dramatique entre un père et son fils.HARRY

En fait, les deux hommes s’aiment, ont des conflits comme tout le monde, souffrent parfois d’incommunicabilité, mais jamais jusqu’à la déchirure ou la séparation. Le scénario est écrit en demi-teintes, il prend son temps, se perd souvent en digressions et en personnages secondaires pas toujours utiles ou suffisamment développés. Plus académique que les autres longs-métrages réalisés par l’acteur, le film est une tranche de vie sans réelle ossature, qui décrit le quotidien d’un grutier ronchon qui se remet mal du décès de sa femme et perd son job pour raison de santé. Il vit avec son fils qu’il considère comme un « glandeur » alors que celui-ci vise une carrière de romancier.

Fluide et bien confectionné, « L’AFFRONTEMENT » doit beaucoup à Newman, grisonnant et buriné, qui traîne sa silhouette déhanchée et fatiguée, grommelle ses répliques et s’offre quelques magnifiques gros-plans. Robby Benson, sympathique et juste, n’en est pas moins superficiel et très limité, empêchant la relation père-fils de passionner vraiment. Autour d’eux, de fabuleux seconds rôles comme Ellen Barkin enceinte jusqu’aux yeux, Morgan Freeman dans une séquence en contremaître coléreux, Ossie Davis, Wilford Brimley et surtout Joanne Woodward qui retrouve, le temps d’une ou deux scènes, sa vieille complicité avec Newman. Un vrai plaisir de les revoir ensemble à l’écran.

Un film simple, sans aucune affèterie, manquant d’un vrai centre de gravité ou de moments forts, mais qui peut séduire et même émouvoir si on se laisse bercer par la petite musique qu’il distille sans en avoir l’air.

ROBBY BENSON, PAUL NEWMAN ET ELLEN BARKIN

ROBBY BENSON, PAUL NEWMAN ET ELLEN BARKIN

 

« INSAISISSABLES » (2013)

Devant un produit tel que « INSAISISSABLES », il ne faut surtout jamais chercher à appréhender ce qu’on voit comme un film « normal », c’est-à-dire avec un scénario, des comédiens mis en scène par un réalisateur. C’est tout à fait autre chose.NOW

À la base, cela se voudrait une histoire d’arnaque/vengeance à grande échelle bourrée de chausse-trappes et de coups de théâtre. OK ! Jusqu’ici tout va bien, comme dirait l’autre. Mais à l’arrivée, on se retrouve plutôt devant une espèce de grand show de variétés du style « Le Plus Grand Cirque Du Monde », filmé en travellings circulaires et/ou aériens qui s’enchaînent sans rime ni raison, sur un montage tellement épileptique qu’on a à peine le temps d’identifier les décors et les personnages.

Se situant visuellement entre la longue bande-annonce et le ‘prime time’ de Patrick Sébastien, « INSAISISSABLES », quand on parvient à saisir des bribes narratives, présente des héros magiciens à l’âme de Robins-des-bois, manipulés par un mystérieux Deus Ex Machina et traqués par un duo de flics formé par Mark Ruffalo – qu’on n’a jamais vu aussi mal à l’aise – et… Mélanie Laurent (no comment). La caméra hystérique semble effleurer les acteurs sans jamais les filmer réellement, ce qui ôte toute densité aux protagonistes. Seuls Michael Caine et Morgan Freeman, trop âgés pour sauter partout, prennent le temps de jouer la comédie le temps de quelques scènes, avec ce même air ironique et pas dupe de vétérans qui en ont vu d’autres, venus toucher un gros chèque.

Il existe certainement un public pour ce genre de film, puisqu’il a été un gros succès et qu’une sequel est dores et déjà en tournage. Tant mieux pour tout le monde. Retirons-nous silencieusement de cette chronique en reconnaissant que tout cela n’est tout simplement pas notre cup-of-tea.

 

« A RESTING PLACE » (1986)

JOHN LITHGOW, CCH POUNDER ET MORGAN FREEMAN

JOHN LITHGOW, CCH POUNDER ET MORGAN FREEMAN

Nul n’a oublié le début des « 7 MERCENAIRES », quand Brynner et McQueen conduisent un corbillard à Boot Hill, pour forcer des villageois racistes à enterrer un Indien parmi les blancs. Un thème repris dans un épisode de la série « KUNG FU », avec Chief Dan George.RESTING3

« A RESTING PLACE » développe le sujet sur 90 minutes : John Lithgow un officier de l’U.S. Army, escorte le cercueil d’un soldat tué au Vietnam jusqu’à sa ville natale en Géorgie. Mais le jeune homme était noir et les habitants refusent qu’il soit inhumé dans le cimetière local où ses parents ont pourtant une concession. Lithgow monte un dossier auprès des hommes du défunt et découvre que sa mort est pleine de zones d’ombres.

Sobre, bien écrit, soigneusement filmé, le téléfilm fait monter le suspense quant aux événements qui eurent lieu dans la zone de combat et menèrent à la mort de l’officier. La révélation du pot-aux-roses est un brin confuse et décevante, mais cela suffit à maintenir l’intérêt et à exposer un discours antiraciste sans trop de didactisme bien-pensant.

Au sein d’un remarquable casting de solides acteurs, on est agréablement surpris de voir Lithgow jouant un brave et honnête homme, loin de ses psychopathes habituels. Son visage poupin et son regard naïf servent bien ce personnage assez complexe. CHH Pounder – un peu trop vieillie par le maquillage – et un Morgan Freeman très maigre et chevelu, jouent les parents éplorés mais déterminés. Ils ont une très jolie scène de fou-rire devant le cercueil de leur fils, se remémorant sa petite enfance. Et il y a M. Emmet Walsh en ex-sergent, Richard Bradford en général et la toujours parfaite Frances Sternhagen en bienfaitrice.

JOHN LITHGOW

JOHN LITHGOW

Un téléfilm carré et sans surprise, mais qui aborde un aspect de l’Amérique qu’on préfère généralement occulter.

À noter : le film est exploité en DVD en France sous le titre « LA LOI DU SILENCE » (également titre français d’un classique d’Hitchcock).

 

« LE MASQUE DE L’ARAIGNÉE » (2001)

ALONG2« LE MASQUE DE L’ARAIGNÉE » n’est pas à proprement parler une sequel du « COLLECTIONNEUR » (également chroniqué sur « BDW2 ») c’est plutôt une nouvelle enquête du profileur ‘Alex Cross’ à nouveau incarné par Morgan Freeman. De brèves apparitions d’Anna Maria Horsford (Mme Cross) et Jay O. Sanders (l’agent du FBI) créent  un lien artificiel avec le film de 1997.

Le scénario de ce second film d’une franchise qui s’arrêta là (en tout cas avec Freeman dans le rôle) prend le risque de paraître excessivement banal et ressassé. Encore un serial killer Fregoli qui kidnappe une fillette, fait tourner notre héros en bourrique, veut l’utiliser pour devenir une légende médiatique, etc. On a vu cela cent fois et dans la plupart des séries TV. Il faut attendre le dernier tiers pour que subitement l’histoire bifurque sur tout à fait autre chose, change de ‘bad guy’ et prenne un certain intérêt. Mais a-t-on la patience de supporter une heure de lieux-communs ? À voir…

Heureusement, il y a le grand Morgan. Parfaitement à l’aise dans ce rôle écrit sur-mesure, il occupe l’espace avec un métier consommé et donne au film un semblant de profondeur et d’humanité qui lui manquait sévèrement. À ses côtés, la blonde Monica Potter est très bien dans un personnage à facettes, Michael Wincott est glauque à souhait dans le rôle du psychopathe de service, et de bons comédiens comme Dylan Baker, Penelope Ann Miller ou Michael Moriarty apportent leur épaisseur à des rôles unidimensionnels.

MONICA POTTER, MICHAEL WINCOTT ET MORGAN FREEMAN

MONICA POTTER, MICHAEL WINCOTT ET MORGAN FREEMAN

« LE MASQUE DE L’ARAIGNÉE » est un passe-temps inoffensif, dépourvu de toute originalité, hormis peut-être ce ‘twist’ scénaristique qui relance la machine alors que menaçait l’assoupissement. Pas assez pour en faire un bon thriller, mais suffisant pour suivre le film jusqu’au bout.

 

« LE COLLECTIONNEUR » (1997)

MORGAN FREEMAN

MORGAN FREEMAN

Inspiré d’une série de romans dont le héros est un négociateur nommé ‘Alex Cross’, « LE COLLECTIONNEUR » surfe sans complexe sur les acquits du « SILENCE DES AGNEAUX » (les jeunes filles kidnappées et enfermées dans une cave par un serial killer) et « SE7EN » (l’ambiance générale et la présence iconique de Morgan Freeman). C’est dire qu’il ne faut surtout pas espérer de l’originalité en s’engageant dans la vision du film. On est en terrain ultra-balisé !

KISSGary Fleder maîtrisant bien sa technique, ce n’est pas désagréable à regarder, malgré l’empilement de clichés du genre et les « comme par hasard » tout de même un peu gros. L’intérêt est maintenu par le ‘whodunit’ et les fausses-pistes plutôt bien gérées et par la prestation de Freeman. Étonnamment rajeuni par rapport à « SE7EN » tourné deux ans plus tôt, il excelle dans cet emploi de flic calme et cérébral, à l’élégance naturelle. Il porte clairement le film sur les épaules, bien secondé par Ashley Judd dans un rôle moins défini de victime rescapée, qu’elle nourrit de sa personnalité attachante. Très joli casting de seconds rôles, avec entre autres Brian Cox sous-employé en commissaire aux apparitions sporadiques, Tony Goldwyn tout aussi tête-à-claques que dans « GHOST », Roma Maffia, etc.

« LE COLLECTIONNEUR » se laisse donc voir sans déplaisir, à condition de fermer les yeux sur un dénouement absolument grotesque dans les sous-sols d’une ancienne plantation, qui renvoit subitement aux pires séries B de tueurs en série. Ce fâcheux dérapage dans la facilité laisse sur une impression mitigée, alors que le film se tenait parfaitement jusque-là.

CARY ELWES, ASHLEY JUDD, MORGAN FREEMAN, JAY O. SANDERS, BRIAN COX ET ALEX McARTHUR

CARY ELWES, ASHLEY JUDD, MORGAN FREEMAN, JAY O. SANDERS, BRIAN COX ET ALEX McARTHUR

À noter que Freeman reprit le rôle quatre ans plus tard dans « LE MASQUE DE L’ARAIGNÉE » et que le personnage fit un comeback sous les traits du plus jeune Tyler Perry dans « ALEX CROSS » en 2012.