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Archives de Catégorie: LES FILMS DE PAUL NEWMAN

« LE PIÈGE » (1973)

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PAUL NEWMAN

Comment ne pas être attiré par un film d’espionnage scénarisé par Walter Hill, réalisé par John Huston et avec Paul Newman en tête d’affiche ? On sait que « LE PIÈGE » a très mauvaise réputation, mais peut-être a-t-il pris une patine avec les années ? Peut-être vaut-il la peine d’être réévalué ?PIÈGE

Cette histoire d’espion infiltré au sein d’une organisation spécialisée dans le trafic d’agents-doubles est plutôt maligne, mais le scénario met un temps infini à démarrer, il s’enlise dans des scènes de prison interminables et s’effiloche complètement à l’arrivée à Malte pour un dénouement bavard et abscons. Sans parler de la mise-en-scène excessivement paresseuse d’un Huston en toute petite forme et la BO jolie mais lancinante de Maurice Jarre qui finit par taper sur le système.

Pourtant, malgré tout, le voyage n’est pas qu’ennuyeux. L’atmosphère automnale des séquences irlandaises et très bien captée par une photo raffinée et des détails incongrus comme cette « Greta », espèce d’infirmière et mère-fouettarde flanquée d’un colosse muet, marquent les esprits. Jenny Runacre crée vraiment une silhouette frappante dans tous les sens du terme !

Newman lui, se promène en service minimum, l’air de s’ennuyer ostensiblement, le sourire goguenard quoique rare, mais le charme intact. Il a face à lui la très étrange Dominique Sanda, jouant son « contact », une sorte d’ectoplasme très jolie à regarder mais inexpressive et se mouvant comme une automate. On peine à croire qu’elle soit la fille du si british et expressif Harry Andrews. James Mason s’amuse en méchant suave et faux-jeton, un rôle qu’il a beaucoup joué depuis « LA MORT AUX TROUSSES », l’excellent Ian Bannen est sous-employé en espion qui venait du froid.

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JENNY RUNACRE, PAUL NEWMAN ET DOMINIQUE SANDA

« LE PIÈGE » est un tout petit Huston, un modeste thriller touristique mollasson et qui laisse volontiers du temps au temps. À voir à l’extrême rigueur pour ses paysages et la longue scène de l’évasion de Newman en Irlande, plutôt bien troussée.

 

« CE MONDE À PART » (1959)

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BARBARA RUSH ET PAUL NEWMAN

Adapté d’un best-seller, « CE MONDE À PART » est une sorte d’aïeul du ‘daytime soap’ télévisuel, une saga intimiste centrée sur l’ascension sociale d’un jeune avocat ambitieux né du « mauvais côté de la barrière » dans la très bourgeoise Philadelphie et prêt à tout pour arriver au sommet, poussé par une mère obsédée.MONDE

Mêlant quelques extérieurs à des décors de studio, le film est bien confectionné, gère étonnamment bien sa copieuse durée et se distingue surtout par la qualité de sa direction d’acteurs. Bien qu’il dérape de temps en temps dans la pose « jamesdeanienne » (son péché mignon), Paul Newman assure parfaitement son rôle ambigu de faux candide endurci par les désillusions qui saura retrouver son âme juste à temps. Il est fort bien entouré par l’éblouissante Barbara Rush jouant l’amour de sa vie, jeune fille de bonne famille déterminée, Robert Vaughn excellent en fils de famille revenu manchot de la guerre de Corée et sombrant dans la clochardisation (il fut nommé à l’Oscar pour ce rôle), Brian Keith parfait en géniteur secret de Newman et tout à fait crédible en sexagénaire, alors qu’il n’avait que 38 ans, ou Paul Picerni en procureur sympathique. Mention à Billie Burke, fabuleuse en vieille milliardaire gloussante très près de ses sous. On admire avec quelle élégance, et quel sens de l’ellipse, le scénario esquive la censure en traitant de sujets brûlants comme l’homosexualité avec le personnage d’Adam West au début, ou la frustration sexuelle d’Alexis Smith mariée à un vieillard. La manière dont les choses sont subtilement montrées sans jamais être « dites » est assez admirable !

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PAUL NEWMAN, ROBERT VAUGHN ET ALEXIS SMITH

« CE MONDE À PART » ne prétend pas à la grandeur cinématographique mais remplit très honnêtement son rôle d’adaptation littéraire carrée et efficace. On peut s’y plonger confortablement sans crainte de s’ennuyer et jouir du spectacle d’excellents acteurs mis en scène par de solides techniciens hollywoodiens. Et l’autopsie de cette société gangrénée par les réseaux familiaux et les petits arrangements politiques entre vieillards âpres au gain, est encore aujourd’hui très abrasive.

 

« BUTCH CASSIDY & LE KID » (1969)

PAUL NEWMAN ET ROBERT REDFORD

PAUL NEWMAN ET ROBERT REDFORD

« BUTCH CASSIDY & LE KID » est un film qui a marqué son temps pour de multiples raisons : à l’époque du ‘spaghetti western’ émergeant aux U.S.A., du trop-plein de westerns à la TV et à la même période que Peckinpah et sa « HORDE SAUVAGE » (dont la fin est étonnamment similaire à celle-ci), il a opté pour une autre voie, celle de la légèreté, du mythe et du charme. George Roy Hill a également sauvé la carrière déclinante de Paul Newman et révélé au grand public Redford qui végétait depuis pas mal d’années.BUTCH

Aujourd’hui, le film a incontestablement vieilli. Les trois ou quatre séquences de « montage » sur la BO très datée de Burt Bacharach, la photo parfois trop « jolie » de Conrad Hall, plombent un peu la première partie, malgré de vrais moments de poésie et un bel humour pince-sans-rire dans le dialogue. Mais l’essentiel de l’intérêt vient du trio de comédiens, tous les trois au sommet de leur séduction physique et de leur charisme : Newman, décontracté comme il ne l’a jamais été en chef de bande rigolard et pas trop futé, Katharine Ross plus belle que belle dans le rôle idéalisé de l’égérie des hors-la-loi et Redford rugueux et moustachu en pistolero taciturne et introverti. Ensemble à l’écran ils font des étincelles et le seul fait de les voir se mouvoir, rire, se chamailler, s’enlacer, suffit à notre bonheur. Quelques bons seconds rôles comme Strother Martin excellent en vieux briscard truculent ou Cloris Leachman en prostituée trop bavarde.

Démarrant en comédie enjouée, le film s’assombrit progressivement, à l’image de l’humeur des protagonistes qui perdent leur innocence (belle fusillade avec des bandidos où Butch est forcé de tuer pour la première fois), leur insouciance, avec cette meute de chasseurs éternellement à leurs basques, inéluctables comme si la mort elle-même les talonnait. La partie bolivienne s’enfonce davantage dans un mood dépressif et fataliste et quand la fin – depuis longtemps prévue par leur compagne – arrive, c’est presque une délivrance.

PAUL NEWMAN, KATHARINE ROSS ET ROBERT REDFORD

PAUL NEWMAN, KATHARINE ROSS ET ROBERT REDFORD

C’est ce mouvement général descendant qui fait de « BUTCH CASSIDY & LE KID », malgré ses défauts et ses complaisances stylistiques, un petit chef-d’œuvre se jouant avec maestria des grands mythes westerniens, qu’on semble redécouvrir à chaque vision.

 

« L’ARNAQUE » (1973)

ROBERT REDFORD

ROBERT REDFORD

En 1969, « BUTCH CASSSIDY & LE KID » avait ravivé la carrière de Paul Newman et fait entrer Robert Redford dans la liste « A » des superstars U.S. Normal que quatre ans après, le même réalisateur George Roy Hill ait voulu les réunir pour un film populaire. Même si le projet en question ne semblait pas idéal pour reformer le tandem.STING

En effet, à 37 ans Redford paraît un peu âgé pour jouer les « kids » têtes brûlées et le rôle dévolu à Newman est relativement secondaire et n’a que peu d’interaction avec celui de son cadet. Mais qu’importe ! « L’ARNAQUE » est une production luxueuse, reconstituant avec faste l’époque de la Grande Dépression, et illustrant un scénario purement ludique.

Il s’agit en fait d’un coup monté par des arnaqueurs professionnels pour ruiner un affreux gangster (Robert Shaw) qui a fait abattre un des leurs. Tout le film n’est donc qu’une sorte de représentation théâtrale destinée à un seul spectateur afin de le ferrer puis à le pousser à jouer 500 000 $ sur un pari truqué. Un peu comme dans la série « MISSION : IMPOSSIBLE », mais en beaucoup plus sophistiqué et alambiqué. Car le scénario est bâti en poupées-gigognes : une arnaque à l’intérieur d’une autre arnaque, elle-même au cœur d’une troisième, etc.

Tout reposant sur les coups de théâtre et les chausse-trappes, le film supporte mal les re-visions, qui font ressortir les côtés mécaniques et artificiels de l’histoire. Mais on peut y trouver tout de même matière à réjouissance. D’abord par le numéro de Newman, pas si évident qu’il n’en a l’air, puisqu’il joue un personnage jouant lui-même un rôle de composition. C’est assez virtuose ! Redford se balade en jeunot traqué de toutes parts. Et on retrouve de grands seconds rôles comme Charles Durning en ripou infâme, Charles Dierkop en garde-du-corps taiseux et bien sûr Shaw à la présence écrasante en caïd brutal. À noter le casting culotté des deux seules femmes : Eileen Brennan et Dimitra Arliss, fabuleuses comédiennes, mais loin d’être des canons de beauté.

PAUL NEWMAN ET ROBERT SHAW

PAUL NEWMAN ET ROBERT SHAW

« L’ARNAQUE » est une distraction bien fichue mais dépourvue de substrat humain, à voir pour la beauté des décors et le charisme rigolard de son duo de stars au sommet de leur gloire. Sans oublier la BO « ragtime » de Scott Joplin, arrangée par Marvin Hamlisch, qui donne à tout le film son rythme enjoué, malicieux et nostalgique à la fois et dont la popularité a fini par supplanter celle du film lui-même.

À noter qu’en 1983 fut tourné « L’ARNAQUE 2 », production de moindre importance avec Jackie Gleason (reprenant le rôle de Newman qu’il affrontait au billard dans… « L’ARNAQUEUR » !), Mac Davis (à la place de Redford) et Oliver Reed enfilant les costumes de Shaw.

 

« L’AFFRONTEMENT » (1983)

Le titre français de « HARRY & SON », « L’AFFRONTEMENT » est assez trompeur, laissant imaginer que le film de Paul Newman est un face-à-face dramatique entre un père et son fils.HARRY

En fait, les deux hommes s’aiment, ont des conflits comme tout le monde, souffrent parfois d’incommunicabilité, mais jamais jusqu’à la déchirure ou la séparation. Le scénario est écrit en demi-teintes, il prend son temps, se perd souvent en digressions et en personnages secondaires pas toujours utiles ou suffisamment développés. Plus académique que les autres longs-métrages réalisés par l’acteur, le film est une tranche de vie sans réelle ossature, qui décrit le quotidien d’un grutier ronchon qui se remet mal du décès de sa femme et perd son job pour raison de santé. Il vit avec son fils qu’il considère comme un « glandeur » alors que celui-ci vise une carrière de romancier.

Fluide et bien confectionné, « L’AFFRONTEMENT » doit beaucoup à Newman, grisonnant et buriné, qui traîne sa silhouette déhanchée et fatiguée, grommelle ses répliques et s’offre quelques magnifiques gros-plans. Robby Benson, sympathique et juste, n’en est pas moins superficiel et très limité, empêchant la relation père-fils de passionner vraiment. Autour d’eux, de fabuleux seconds rôles comme Ellen Barkin enceinte jusqu’aux yeux, Morgan Freeman dans une séquence en contremaître coléreux, Ossie Davis, Wilford Brimley et surtout Joanne Woodward qui retrouve, le temps d’une ou deux scènes, sa vieille complicité avec Newman. Un vrai plaisir de les revoir ensemble à l’écran.

Un film simple, sans aucune affèterie, manquant d’un vrai centre de gravité ou de moments forts, mais qui peut séduire et même émouvoir si on se laisse bercer par la petite musique qu’il distille sans en avoir l’air.

ROBBY BENSON, PAUL NEWMAN ET ELLEN BARKIN

ROBBY BENSON, PAUL NEWMAN ET ELLEN BARKIN

 

« L’HEURE MAGIQUE » (1998)

PAUL NEWMAN ET JAMES GARNER

PAUL NEWMAN ET JAMES GARNER

« L’HEURE MAGIQUE » s’intitule « CRÉPUSCULE » en v.o. Et c’est bien de cela qu’il s’agit. La fin du jour pour un genre, le ‘film noir’, pour ses acteurs aussi, qui ont tous joué des « privés » par le passé, de Paul Newman à James Garner en passant par Gene Hackman et qui reviennent pour un ultime tour de piste, blanchis, usés, au bout du rouleau.HEURE2

Bien écrit et dialogué, délicatement photographié, le film dégage un parfum entêtant de tristesse et de nostalgie. Et c’est Newman qui traîne derrière lui 40 années de glamour hollywoodien et qui joue un anti-héros frêle, à la voix enrouée, à la démarche vacillante. On retrouve par instants des échos du vieux charme ironique de l’acteur, des expressions familières. Mais il incarne une espèce de fantôme de lui-même qui serre parfois le cœur. Heureusement, ses scènes avec Stockard Channing jouant son ex-coéquipière viennent apporter un peu d’humour bienvenu.

Lent mais jamais ennuyeux, « L’HEURE MAGIQUE » doit beaucoup au charisme de ses stars : Hackman et Susan Sarandon jouant un couple d’anciens acteurs unis par un lien mystérieux, Garner qui semble incarner un avatar dévoyé de son personnage de ‘Jim Rockford’, un de ses rares rôles antipathiques. Et de prometteurs jeunes acteurs comme Reese Witherspoon, Liev Schreiber, Giancarlo Esposito excellent en apprenti-détective peu motivé et un tout jeune Jason Clarke en patrouilleur.

On se laisse prendre aisément par le charme suranné de ce film pour cinéphiles qui joue avec les vieux mythes, revisite un genre révolu et fait évoluer des héros fatigués, passés de mode, comme échappés d’un roman de Chandler ou Hammett.

SUSAN SARANDON, PAUL NEWMAN ET STOCKARD CHANNING

SUSAN SARANDON, PAUL NEWMAN ET STOCKARD CHANNING

 

HAPPY BIRTHDAY, PAUL !

NEWMAN

PAUL NEWMAN (1925-2008), DÉMARRANT EN AVATAR DE BRANDO, IL ÉVOLUE D’ANNÉE EN ANNÉE JUSQU’À DEVENIR UN DES PLUS GRANDS ACTEURS U.S.