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Archives de Catégorie: LES FILMS DE PAUL NEWMAN

« LE POLICEMAN » (1981)

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PAUL NEWMAN

« LE POLICEMAN » s’inscrit dans une série de films sur la vie quotidienne des flics de quartier, comme « LES POULETS » ou « LES FLICS NE DORMENT PAS LA NUIT ». Le réalisateur Daniel Petrie vient de la TV et ça se voit, mais le film, bien qu’un peu trop long, tient plutôt bien le passage des ans.BRONX

Le scénario qui tricote habilement plusieurs sous-intrigues, les fait se rejoindre à la fin, met en avant un vieux flic en uniforme (Paul Newman), humain et tolérant, face à une ville, New-York et tout particulièrement le Bronx, en pleine décomposition. Son enquête sur le meurtre de deux patrouilleurs se résoudra d’elle-même sans qu’il n’en sache rien et il vengera sa petite amie morte d’overdose sans même en être conscient. Rien d’héroïque donc, mais un mood dépressif et naturaliste qui fait toute l’identité du film. À 56 ans, Newman trouve un de ses meilleurs rôles de la maturité. Il abandonne la plupart de ses tics de jeu pour incarner ce vétéran usé avec une réelle chaleur. Il forme un joli tandem avec son co-équipier, le jeune Ken Wahl qui rappelle un peu celui du film français « ADIEU POULET » (1975). Autour d’eux, un beau cast : Ed Asner en commissaire bourru, Danny Aiello en flic facho et surtout Pam Grier formidable en prostituée complètement détruite par la drogue et qui vire serial killeuse. L’univers décrit et sordide et désespérant, les décors sont plombants et la photo est franchement laide par moment, ce qui sied d’ailleurs tout à fait à l’humeur générale. « LE POLICEMAN » (titre anglo-français sans aucune signification) est un film honorable sinon enthousiasmant, qui aurait sans doute nécessité un solide réalisateur comme Richard Fleischer ou Robert Aldrich pour s’élever au-dessus du lot.

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PAM GRIER, PAUL NEWMAN ET KEN WAHL

 

« HOMBRE » (1967)

HOMBRE.jpg« HOMBRE » c’est un peu un remake de « LA CHEVAUCHÉE FANTASTIQUE » de John Ford à la sauce Elmore Leonard, auteur du roman original. C’est-à-dire un film plus âpre, dépourvu d’héroïsme westernien tous-publics et dont le « héros » est à peu près aussi peu sympathique et chaleureux que ceux des ‘spaghetti westerns’ qui venaient de déferler sur les écrans U.S. La personnalité de ‘Russell’, les gros-plans de visages en sueur, l’ambiance mexicaine, signent l’influence des films italiens.

L’équipe Martin Ritt-Paul Newman se reforme donc pour la sixième et dernière fois, pour dresser le portrait d’un étrange individu tiraillé entre deux cultures : un faux Indien, pas tout à fait visage pâle, qui bouge comme un Apache, ne lève le petit doigt pour personne et ne parle qu’en dernière extrémité. Newman fait un intéressant travail sur la gestuelle, sur les postures et l’économie de mouvements. Malgré de remarquables comédiens tous au top de leur forme, il domine le film en demeurant pratiquement immobile et mutique, jusqu’à la toute dernière scène. Autour de lui, Diane Cilento superbe en femme mûre et combative dont l’humanité débordante réveillera celle de Newman, Fredric March en vieux grigou rapace et sans cœur, Barbara Rush comme toujours remarquable en épouse opportuniste du vieil homme, Martin Balsam grimé en Mexicain et surtout Richard Boone qui s’éclate visiblement en hors-la-loi cruel et vicieux au rire graveleux. Rare de trouver dans un western un « bad guy » aussi complexe et imprévisible. Le plaisir des paysages désertiques en Scope, les confrontations psychologiques dans le huis clos d’une diligence ou d’une cabane désaffectée et la découverte progressive des motivations du protagoniste principal, font de « HOMBRE » autant un film d’action qu’un drame adulte et prenant. C’est – en mode sobre et effacé – un des plus beaux rôles de Newman.

À noter : Newman se nomme « John Russell » dans « HOMBRE », qui était le patronyme d’un acteur de TV connu pour la série « LAWMAN » et qui connut une gloire tardive en apparaissant dans « PALE RIDER » de Clint Eastwood, pour qui il tourna également « JOSEY WALES, HORS-LA-LOI » et « HONKYTONK MAN ».

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PAUL NEWMAN, DIANE CILENTO, RICHARD BOONE ET BARBARA RUSH

 

« LA TOUR INFERNALE » (1974)

TOUR.jpg45 ans après sa sortie, « LA TOUR INFERNALE » est encore la référence n°1 du film-catastrophe pré-CGI, le seul probablement qui restera dans l’Histoire. La question est : a-t-il vieilli ? Oui, bien sûr. Le scénario linéaire et moralisateur (les fornicateurs sans doute adultères sont les premiers à mourir), la photo de téléfilm (de luxe !), les clichés antédiluviens et certaines transparences d’un autre âge, ne passent pas toujours très bien la rampe. Mais John Guillermin et Irwin Allen (producteur et coréalisateur pour les séquences d’action) ont du savoir-faire et le film tient la route malgré tout.

L’attrait principal, outre les plans d’incendie impressionnants, est la distribution, qui aligne des vétérans du vieil Hollywood (William Holden, Jennifer Jones, Fred Astaire), des stars de TV (Robert Wagner, Richard Chamberlain, Robert Vaughn), un sportif (O.J. Simpson) et trois superstars contemporaines : Paul Newman, Steve McQueen et Faye Dunaway. Ça fait du beau linge, mais il ne faut pas s’attendre à les voir accomplir des prouesses. Ils tiennent des rôles très unidimensionnels, surtout physiques, qui n’exploitent qu’un faible pourcentage de leur charisme. Newman peine à donner de l’épaisseur et même de l’homogénéité à ce rôle d’architecte un brin prima donna sur les bords. Il oscille d’une scène à l’autre entre le quidam paralysé par la trouille et le casse-cou. McQueen ne se fatigue pas trop, mais rafle la mise parce qu’il a le seul personnage héroïque du film. Les autres comédiens sont tous sous-utilisés et passent leur temps à grimacer d’angoisse avec un ventilo dans la figure. Mais cela fait tout de même plaisir de les voir tous réunis ! Mais franchement, faire jouer à Vaughn un politicien visqueux, n’est-ce pas un pléonasme ?

On peut revoir « LA TOUR INFERNALE » donc, sans trop de crainte d’être déçu. Le spectacle dure pas loin de trois heures, mais ce qui aide à tenir, c’est de voir du VRAI feu, des cascadeurs prenant de VRAIS risques, des vedettes visiblement malmenées, au visage marqué par la fatigue, bien loin des acrobaties devant des écrans verts qu’on nous sert depuis trop longtemps. Rien que pour ça…

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STEVE McQUEEN, FAYE DUNAWAY ET PAUL NEWMAN

 

« LE RIDEAU DÉCHIRÉ » (1966)

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JULIE ANDREWS ET PAUL NEWMAN

« LE RIDEAU DÉCHIRÉ » est tellement décrié et depuis si longtemps par la critique, les cinéphiles et par Alfred Hitchcock lui-même, sans compter Paul Newman, qu’on n’espère pas un instant avoir une bonne surprise. Et on a tort ! Bien qu’il soit esthétiquement un peu désuet, c’est un très bon suspense d’espionnage au scénario riche en rebondissements, en voltefaces et en chausse-trappes.TORN2

L’histoire de ce savant U.S. (Newman) offrant ses services à l’Allemagne de l’Est en pleine guerre froide, est prétexte à suspense, ambiguïté et même à un pied-de-nez à 007. Si celui-ci tue comme il respire sans se salir les mains, Hitchcock compose une longue séquence (la mise à mort de ‘Gromek’) dans une ferme, dans le seul but de montrer comme il est atroce et difficile de tuer un être humain quel qu’il soit. C’est un des grands morceaux de bravoure du « RIDEAU DÉCHIRÉ » avec l’admirable face-à-face entre Newman – pas si traître que cela, évidemment – et un vieux chercheur dont il « pille » le cerveau et avec la fuite angoissante vers la Suède.

Le scénario n’est pas exempt de défauts. Ainsi, la grande Lila Kedrova semble tenir la vedette d’un film dans le film. Filmée en gros-plans, très longuement, en totale liberté, elle détourne l’intérêt du couple principal sans aucune raison valable en plein climax. La volonté de s’offrir une actrice récemment oscarisée ? Quoi qu’il en soit, son rôle pourrait être entièrement coupé sans que cela ne modifie le déroulement d’un iota.

Newman est intéressant, malgré une propension à grimacer et à prendre des postures très « Actors studio » totalement hors-sujet, Julie Andrews joue les potiches dans un rôle vraiment pas suffisamment développé, Tamara Toumanova est extraordinaire en vieille ballerine au visage d’épervier et Wolfgang Kieling est inquiétant à souhait en agent de la Stasi collant.

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LILA KEDROVA ET TAMARA TOUMANOVA

« LE RIDEAU DÉCHIRÉ » vaut vraiment d’être revu d’un œil neuf et dépourvu de préjugé. C’est un des derniers bons films d’Hitchcock et il fait passer deux heures stressantes et très distrayantes.

 

« DOUX OISEAU DE JEUNESSE » (1962)

sweet2En 1958, Richard Brooks tournait l’adaptation de « LA CHATTE SUR UN TOIT BRÛLANT » de Tennessee Williams avec Liz Taylor et Paul Newman, magnifique transposition théâtrale portée par le charisme des vedettes.

Quatre ans plus tard, l’auteur-réalisateur tente de réitérer le miracle avec « DOUX OISEAU DE JEUNESSE ». Mais échoue hélas, sur à peu près tous les plans.

On retrouve bien sûr les protagonistes sordides du dramaturge sudiste : les stars décaties et schnouffées, les gigolos mythomanes, les politiciens pourris jusqu’à l’os : tout y est. Mais le film ne décolle pas. Tout y semble surjoué, aussi artificiel que les affreux extérieurs tournés en studio. C’est une logorrhée ininterrompue de bars en chambres d’hôtel, entrecoupée de flash-backs totalement superflus. On a vraiment du mal à retrouver la griffe de Brooks, à s’intéresser à cette brochette de détraqués plus malsains les uns que les autres.

En bellâtre narcissique et indécrottablement stupide, Newman use et abuse de tous les tics de la « Méthode ». Geraldine Page, qui créa le rôle sur scène, est excessive et envahissante, mais elle campe le personnage le plus intéressant du film. Ed Begley en fait des tonnes en politicard démagogue et Rip Torn joue son fiston aux méthodes dignes du KKK. Shirley Knight ne donne aucun relief à un rôle-clé qui passe inaperçu.

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PAUL NEWMAN ET GERALDINE PAGE

Sérieusement « allégé » pour échapper à la censure (à la fin Newman aurait dû être châtré au lieu d’avoir simplement le nez cassé), « DOUX OISEAU DE JEUNESSE » prouve que toutes les pièces ne sont pas forcément faites pour être transposées à l’écran. On a un mal fou à ressentir la moindre empathie pour ces « monstres » comme ils se définissent eux-mêmes et à partager leurs dérisoires rêves de gloire. Un seul thème parvient à surnager et presque à émouvoir, celui de la vie qui passe trop vite, de la jeunesse qu’on gaspille et qu’on ne retrouve jamais. Depuis « UN TRAMWAY NOMMÉ DÉSIR », Tennessee Williams savait comme personne, trouver les mots pour exprimer ce mal-être.

 

« LE PIÈGE » (1973)

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PAUL NEWMAN

Comment ne pas être attiré par un film d’espionnage scénarisé par Walter Hill, réalisé par John Huston et avec Paul Newman en tête d’affiche ? On sait que « LE PIÈGE » a très mauvaise réputation, mais peut-être a-t-il pris une patine avec les années ? Peut-être vaut-il la peine d’être réévalué ?PIÈGE

Cette histoire d’espion infiltré au sein d’une organisation spécialisée dans le trafic d’agents-doubles est plutôt maligne, mais le scénario met un temps infini à démarrer, il s’enlise dans des scènes de prison interminables et s’effiloche complètement à l’arrivée à Malte pour un dénouement bavard et abscons. Sans parler de la mise-en-scène excessivement paresseuse d’un Huston en toute petite forme et la BO jolie mais lancinante de Maurice Jarre qui finit par taper sur le système.

Pourtant, malgré tout, le voyage n’est pas qu’ennuyeux. L’atmosphère automnale des séquences irlandaises et très bien captée par une photo raffinée et des détails incongrus comme cette « Greta », espèce d’infirmière et mère-fouettarde flanquée d’un colosse muet, marquent les esprits. Jenny Runacre crée vraiment une silhouette frappante dans tous les sens du terme !

Newman lui, se promène en service minimum, l’air de s’ennuyer ostensiblement, le sourire goguenard quoique rare, mais le charme intact. Il a face à lui la très étrange Dominique Sanda, jouant son « contact », une sorte d’ectoplasme très jolie à regarder mais inexpressive et se mouvant comme une automate. On peine à croire qu’elle soit la fille du si british et expressif Harry Andrews. James Mason s’amuse en méchant suave et faux-jeton, un rôle qu’il a beaucoup joué depuis « LA MORT AUX TROUSSES », l’excellent Ian Bannen est sous-employé en espion qui venait du froid.

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JENNY RUNACRE, PAUL NEWMAN ET DOMINIQUE SANDA

« LE PIÈGE » est un tout petit Huston, un modeste thriller touristique mollasson et qui laisse volontiers du temps au temps. À voir à l’extrême rigueur pour ses paysages et la longue scène de l’évasion de Newman en Irlande, plutôt bien troussée.

 

« CE MONDE À PART » (1959)

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BARBARA RUSH ET PAUL NEWMAN

Adapté d’un best-seller, « CE MONDE À PART » est une sorte d’aïeul du ‘daytime soap’ télévisuel, une saga intimiste centrée sur l’ascension sociale d’un jeune avocat ambitieux né du « mauvais côté de la barrière » dans la très bourgeoise Philadelphie et prêt à tout pour arriver au sommet, poussé par une mère obsédée.MONDE

Mêlant quelques extérieurs à des décors de studio, le film est bien confectionné, gère étonnamment bien sa copieuse durée et se distingue surtout par la qualité de sa direction d’acteurs. Bien qu’il dérape de temps en temps dans la pose « jamesdeanienne » (son péché mignon), Paul Newman assure parfaitement son rôle ambigu de faux candide endurci par les désillusions qui saura retrouver son âme juste à temps. Il est fort bien entouré par l’éblouissante Barbara Rush jouant l’amour de sa vie, jeune fille de bonne famille déterminée, Robert Vaughn excellent en fils de famille revenu manchot de la guerre de Corée et sombrant dans la clochardisation (il fut nommé à l’Oscar pour ce rôle), Brian Keith parfait en géniteur secret de Newman et tout à fait crédible en sexagénaire, alors qu’il n’avait que 38 ans, ou Paul Picerni en procureur sympathique. Mention à Billie Burke, fabuleuse en vieille milliardaire gloussante très près de ses sous. On admire avec quelle élégance, et quel sens de l’ellipse, le scénario esquive la censure en traitant de sujets brûlants comme l’homosexualité avec le personnage d’Adam West au début, ou la frustration sexuelle d’Alexis Smith mariée à un vieillard. La manière dont les choses sont subtilement montrées sans jamais être « dites » est assez admirable !

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PAUL NEWMAN, ROBERT VAUGHN ET ALEXIS SMITH

« CE MONDE À PART » ne prétend pas à la grandeur cinématographique mais remplit très honnêtement son rôle d’adaptation littéraire carrée et efficace. On peut s’y plonger confortablement sans crainte de s’ennuyer et jouir du spectacle d’excellents acteurs mis en scène par de solides techniciens hollywoodiens. Et l’autopsie de cette société gangrénée par les réseaux familiaux et les petits arrangements politiques entre vieillards âpres au gain, est encore aujourd’hui très abrasive.

 

« BUTCH CASSIDY & LE KID » (1969)

PAUL NEWMAN ET ROBERT REDFORD

PAUL NEWMAN ET ROBERT REDFORD

« BUTCH CASSIDY & LE KID » est un film qui a marqué son temps pour de multiples raisons : à l’époque du ‘spaghetti western’ émergeant aux U.S.A., du trop-plein de westerns à la TV et à la même période que Peckinpah et sa « HORDE SAUVAGE » (dont la fin est étonnamment similaire à celle-ci), il a opté pour une autre voie, celle de la légèreté, du mythe et du charme. George Roy Hill a également sauvé la carrière déclinante de Paul Newman et révélé au grand public Redford qui végétait depuis pas mal d’années.BUTCH

Aujourd’hui, le film a incontestablement vieilli. Les trois ou quatre séquences de « montage » sur la BO très datée de Burt Bacharach, la photo parfois trop « jolie » de Conrad Hall, plombent un peu la première partie, malgré de vrais moments de poésie et un bel humour pince-sans-rire dans le dialogue. Mais l’essentiel de l’intérêt vient du trio de comédiens, tous les trois au sommet de leur séduction physique et de leur charisme : Newman, décontracté comme il ne l’a jamais été en chef de bande rigolard et pas trop futé, Katharine Ross plus belle que belle dans le rôle idéalisé de l’égérie des hors-la-loi et Redford rugueux et moustachu en pistolero taciturne et introverti. Ensemble à l’écran ils font des étincelles et le seul fait de les voir se mouvoir, rire, se chamailler, s’enlacer, suffit à notre bonheur. Quelques bons seconds rôles comme Strother Martin excellent en vieux briscard truculent ou Cloris Leachman en prostituée trop bavarde.

Démarrant en comédie enjouée, le film s’assombrit progressivement, à l’image de l’humeur des protagonistes qui perdent leur innocence (belle fusillade avec des bandidos où Butch est forcé de tuer pour la première fois), leur insouciance, avec cette meute de chasseurs éternellement à leurs basques, inéluctables comme si la mort elle-même les talonnait. La partie bolivienne s’enfonce davantage dans un mood dépressif et fataliste et quand la fin – depuis longtemps prévue par leur compagne – arrive, c’est presque une délivrance.

PAUL NEWMAN, KATHARINE ROSS ET ROBERT REDFORD

PAUL NEWMAN, KATHARINE ROSS ET ROBERT REDFORD

C’est ce mouvement général descendant qui fait de « BUTCH CASSIDY & LE KID », malgré ses défauts et ses complaisances stylistiques, un petit chef-d’œuvre se jouant avec maestria des grands mythes westerniens, qu’on semble redécouvrir à chaque vision.

 

« L’ARNAQUE » (1973)

ROBERT REDFORD

ROBERT REDFORD

En 1969, « BUTCH CASSSIDY & LE KID » avait ravivé la carrière de Paul Newman et fait entrer Robert Redford dans la liste « A » des superstars U.S. Normal que quatre ans après, le même réalisateur George Roy Hill ait voulu les réunir pour un film populaire. Même si le projet en question ne semblait pas idéal pour reformer le tandem.STING

En effet, à 37 ans Redford paraît un peu âgé pour jouer les « kids » têtes brûlées et le rôle dévolu à Newman est relativement secondaire et n’a que peu d’interaction avec celui de son cadet. Mais qu’importe ! « L’ARNAQUE » est une production luxueuse, reconstituant avec faste l’époque de la Grande Dépression, et illustrant un scénario purement ludique.

Il s’agit en fait d’un coup monté par des arnaqueurs professionnels pour ruiner un affreux gangster (Robert Shaw) qui a fait abattre un des leurs. Tout le film n’est donc qu’une sorte de représentation théâtrale destinée à un seul spectateur afin de le ferrer puis à le pousser à jouer 500 000 $ sur un pari truqué. Un peu comme dans la série « MISSION : IMPOSSIBLE », mais en beaucoup plus sophistiqué et alambiqué. Car le scénario est bâti en poupées-gigognes : une arnaque à l’intérieur d’une autre arnaque, elle-même au cœur d’une troisième, etc.

Tout reposant sur les coups de théâtre et les chausse-trappes, le film supporte mal les re-visions, qui font ressortir les côtés mécaniques et artificiels de l’histoire. Mais on peut y trouver tout de même matière à réjouissance. D’abord par le numéro de Newman, pas si évident qu’il n’en a l’air, puisqu’il joue un personnage jouant lui-même un rôle de composition. C’est assez virtuose ! Redford se balade en jeunot traqué de toutes parts. Et on retrouve de grands seconds rôles comme Charles Durning en ripou infâme, Charles Dierkop en garde-du-corps taiseux et bien sûr Shaw à la présence écrasante en caïd brutal. À noter le casting culotté des deux seules femmes : Eileen Brennan et Dimitra Arliss, fabuleuses comédiennes, mais loin d’être des canons de beauté.

PAUL NEWMAN ET ROBERT SHAW

PAUL NEWMAN ET ROBERT SHAW

« L’ARNAQUE » est une distraction bien fichue mais dépourvue de substrat humain, à voir pour la beauté des décors et le charisme rigolard de son duo de stars au sommet de leur gloire. Sans oublier la BO « ragtime » de Scott Joplin, arrangée par Marvin Hamlisch, qui donne à tout le film son rythme enjoué, malicieux et nostalgique à la fois et dont la popularité a fini par supplanter celle du film lui-même.

À noter qu’en 1983 fut tourné « L’ARNAQUE 2 », production de moindre importance avec Jackie Gleason (reprenant le rôle de Newman qu’il affrontait au billard dans… « L’ARNAQUEUR » !), Mac Davis (à la place de Redford) et Oliver Reed enfilant les costumes de Shaw.

 

« L’AFFRONTEMENT » (1983)

Le titre français de « HARRY & SON », « L’AFFRONTEMENT » est assez trompeur, laissant imaginer que le film de Paul Newman est un face-à-face dramatique entre un père et son fils.HARRY

En fait, les deux hommes s’aiment, ont des conflits comme tout le monde, souffrent parfois d’incommunicabilité, mais jamais jusqu’à la déchirure ou la séparation. Le scénario est écrit en demi-teintes, il prend son temps, se perd souvent en digressions et en personnages secondaires pas toujours utiles ou suffisamment développés. Plus académique que les autres longs-métrages réalisés par l’acteur, le film est une tranche de vie sans réelle ossature, qui décrit le quotidien d’un grutier ronchon qui se remet mal du décès de sa femme et perd son job pour raison de santé. Il vit avec son fils qu’il considère comme un « glandeur » alors que celui-ci vise une carrière de romancier.

Fluide et bien confectionné, « L’AFFRONTEMENT » doit beaucoup à Newman, grisonnant et buriné, qui traîne sa silhouette déhanchée et fatiguée, grommelle ses répliques et s’offre quelques magnifiques gros-plans. Robby Benson, sympathique et juste, n’en est pas moins superficiel et très limité, empêchant la relation père-fils de passionner vraiment. Autour d’eux, de fabuleux seconds rôles comme Ellen Barkin enceinte jusqu’aux yeux, Morgan Freeman dans une séquence en contremaître coléreux, Ossie Davis, Wilford Brimley et surtout Joanne Woodward qui retrouve, le temps d’une ou deux scènes, sa vieille complicité avec Newman. Un vrai plaisir de les revoir ensemble à l’écran.

Un film simple, sans aucune affèterie, manquant d’un vrai centre de gravité ou de moments forts, mais qui peut séduire et même émouvoir si on se laisse bercer par la petite musique qu’il distille sans en avoir l’air.

ROBBY BENSON, PAUL NEWMAN ET ELLEN BARKIN

ROBBY BENSON, PAUL NEWMAN ET ELLEN BARKIN