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Archives de Catégorie: LES FILMS DE PETER FALK

« CRIME, SOCIÉTÉ ANONYME » (1960)

CRIME 2Portant la signature de deux réalisateurs, Burt Balaban et Stuart Rosenberg, « CRIME, SOCIÉTÉ ANONYME » est un film de gangster tourné en Scope noir & blanc, format qui seul le différencie de la série TV « LES INCORRUPTIBLES » à laquelle il fait souvent penser.

Le ton est didactique et pseudo-documentaire. Le film expose les rouages du Syndicat du Crime new-yorkais à la fin des années 30 et la lutte d’un procureur (auteur du livre dont est inspiré le film) pour le démanteler en cherchant un « repenti » prêt à tout balancer. Il n’y a pas vraiment de personnage principal, même Stuart Whitman en tête d’affiche n’a qu’un rôle pas très reluisant de musicien faible et pleutre, mouillé jusqu’au cou avec la lie de la pègre. Une voix « off » relie les séquences et les époques entre elles de façon artificielle et comme on ne s’identifie à aucun protagoniste, quel que soit le côte de la loi, on s’ennuie fréquemment.

Dans son premier rôle d’importance (son nom est précédé d’un « introducing » au générique-début), un Peter Falk de 33 ans fait le show à lui tout seul. Impossible de ne pas penser à Joe Pesci dans les films de Scorsese en le voyant camper un tueur-à-gages déshumanisé, un assassin froid et sans état d’âme, un violeur infâme. Il a des moments absolument extraordinaires d’intensité et se montre parfaitement crédible dans cet emploi pourtant à mille lieux de celui qui le rendra célèbre quelques années plus tard. À ses côtés on aperçoit Simon Oakland en flic honnête, Vincent Gardenia en avocat du milieu et même la grande Sarah Vaughan, le temps d’une chanson. Diane Ladd et Seymour Cassel, débutants apparaissent fugitivement dans des figurations de quelques secondes.

CRIME

PETER FALK, SIMON OAKLAND ET STUART WHITMAN

On peut éventuellement apprendre quelques détails sur l’époque de Lepke et Anastasia, sur les débuts du crime organisé U.S., mais « CRIME, SOCIÉTÉ ANONYME » demeure superficiel et sans réel point-de-vue.

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« UN SEUL DEVIENDRA INVINCIBLE » (2002)

INVINCIBLEUn quart de siècle après ses débuts dans la réalisation avec le maintenant classique « LE BAGARREUR », Walter Hill filme à nouveau des hommes très musclés en train de combattre dans des cages grillagées sous le regard de malfrats et de magouilleurs qui ont misé gros sur la victoire de l’un ou de l’autre.

Mais « UN SEUL DEVIENDRA INVINCIBLE » (titre français d’une débilité ahurissante) mêle cette fois le film de boxe avec le film de prison, sur un scénario rudimentaire mais plutôt malin, qui n’est pas sans évoquer la thématique du remarquable téléfilm de Michael Mann : « COMME UN HOMME LIBRE ». Le champion du monde des poids-lourds (Ving Rhames dans son meilleur rôle, inspiré des champions « grandes gueules » des années 60 et même ultérieurs) est emprisonné à la suite d’un viol. Il finit par accepter d’affronter le champion du pénitencier (Wesley Snipes) afin d’accélérer sa libération. Un vieux mafieux fan de boxe (Peter Falk) organise le tout.

Les enjeux sont clairement établis, les personnages existent sans être pour autant spécialement sympathiques, les séquences de combat sont hyper-efficaces, malgré quelques affèteries inutiles (comme cette utilisation incompréhensible et distractive du noir & blanc) et le résultat se laisse regarder sans aucun ennui.

INVINCIBLE2

PETER FALK, WES STUDI, VING RHAMES ET WESLEY SNIPES

Outre les deux vedettes en pleine forme, surtout Rhames en brute épaisse arrogante, on apprécie un casting suintant le concentré de testostérone, des « gueules » comme échappées des grands films populaires des seventies : Michael Rooker en gardien prudent, Wes Studi en taulard servant de go-between et bien sûr le vieux Peter Falk dans un de ses derniers rôles. Blanchi et chenu, marchant avec deux cannes, il campe ce caïd à moitié gâteux mais toujours autoritaire, avec une verve intacte. Le scène où il menace le directeur de la prison, l’air de rien, en lui narrant une anecdote, est un grand moment « falkien » !

Du bon cinoche d’action, simple et sans prétention, parfaitement maîtrisé par un orfèvre du genre qui opérait là un appréciable comeback.

 

« BONFIRE » : Peter Falk dans « Suspicion »

HITCH FALK

DINA MERRILL

« BONFIRE » est un épisode de la série anthologique produite et présentée par Alfred Hitchcock, « SUSPICION » réalisé par Joseph Pevney.

Le prologue est excellent : Peter Falk, présenté comme un curieux gigolo à l’accent du Bronx, fait les yeux doux à une riche vieille dame (l’exquise Patricia Collinge) et l’invite à danser jusqu’à ce que son cœur lâche et qu’il la regarde mourir en gardant ses pilules salvatrices serrées dans son poing.

HITCH FALK2

PETER FALK

Puis arrive Dina Merrill, héritière de la maison. Falk s’avère être un prédicateur qui lorgne sur la propriété. Il va tenter de séduire la nouvelle venue, mais rien ne va se passer comme il le prévoyait.

Malgré le face-à-face de deux excellents acteurs, l’épisode est en fait un long dialogue ininterrompu et franchement ennuyeux jamais relancé par le moindre événement. Falk est parfait dans un personnage qui est un mélange d’Elmer Gantry (un des rôles-clé de Burt Lancaster) et du pasteur assassin créé par Mitchum dans « LA NUIT DU CHASSEUR ». Il est passablement inquiétant et a des monologues impressionnants lorsqu’il parle de sa jeunesse dans les mines de Pennsylvanie. Face à lui la bellissime Dina Merrill au physique « hitchcockien » par excellence, lui donne une réplique ironique et distanciée. Difficile de trouver couple plus mal assorti !

« BONFIRE » a beau être très joliment dialogué et interprété, il n’en demeure pas moins au-dessous des standards habituels de la série. Et la « chute » est excessivement décevante.

 

« THE PLAYER » (1992)

TIM ROBBINS

TIM ROBBINS

Robert Altman a débuté à Hollywood, il a tourné des séries TV de « BONANZA » à « COMBAT ! », il a trouvé une forme de succès dans les seventies avec des œuvres iconoclastes, puis est parti pour l’Europe, avant de revenir sur ses terres natales. C’est dire s’il connaît ‘Tinseltown’ comme sa poche, s’il en a compris le fonctionnement, les mœurs, la corruption.PLAYER

« THE PLAYER » fait partie de ses meilleurs films. C’est, sous couvert de polar à suspense (qui envoie des cartes postales menaçantes à un « executive » de studio ?), l’autopsie impitoyable d’un univers frelaté grouillant d’usurpateurs incompétents, de créateurs prêts à vendre leur âme à n’importe quel prix. C’est brillant et drôle, mais d’un cynisme terrifiant, d’une méchanceté terrible. Et le scénario pousse le principe de la « happy ending » jusqu’au bout, jusqu’à l’amoralité la plus totale. On suit tout cela comme une conférence ethnologique particulièrement ludique et Altman parsème son film de caméos de stars amies comme Anjelica Huston, Burt Reynolds, James Coburn, Rod Steiger, Malcolm McDowell, Jack Lemmon et de ses fidèles comme Sally Kellerman, Elliott Gould, Karen Black, etc. dans leurs propres rôles.

Tim Robbins trouve le rôle de sa vie en producteur intrigant et odieux, sa bouille de bébé contrastant avec son « cœur noir ». Dans un cast épatant, on retiendra Fred Ward en flic du studio, Richard E. Grant en scénariste égotique, Cynthia Stevenson dans le seul personnage à peu près sympathique, Vincent D’Onofrio formidable en auteur très en colère. Seule Greta Scacchi déçoit dans un rôle mal défini dont chacune des (hélas, nombreuses) apparitions semble stopper l’action et faire retomber le soufflé.

« THE PLAYER » fourmille littéralement d’actions parallèles, de scènes de foule incroyablement fluides et lisibles malgré leur foisonnement, de clins d’œil subtils à l’Histoire du cinéma et de dérapages incongrus dans la démence (le fou-rire dans le commissariat de Pasadena). On en ressort certes un peu moins fasciné par la mythologie hollywoodienne, mais impressionné par la lucidité masochiste des auteurs.

JAMES COBURN, SUSAN SARANDON ET PETER FALK

JAMES COBURN, SUSAN SARANDON ET PETER FALK

À noter le « film dans le film » à la fin, avec Julia Roberts, Bruce Willis, Peter Falk et Susan Sarandon, qui était censé se tourner « sans star ni happy end » et qui n’est plus à l’arrivée qu’une grosse caricature racoleuse. Un parfait concentré de la pensée altmanienne.

 

« A VERY CAUTIOUS BOY » : Peter Falk dans « Naked city »

MACHA MÉRIL ET PETER FALK

MACHA MÉRIL ET PETER FALK

« A VERY CAUTIOUS BOY » est un épisode assez bizarre de la 2ème saison de la série « NAKED CITY », réalisé par William A. Graham.

Un couple de vieux restaurateurs arméniens est racketté par un avocat de la mafia. Ils engagent un tueur-à-gages (Peter Falk) pour les en débarrasser. Mais une fois le « contrat » rempli, la vieille dame abat tranquillement le ‘hitman’. Celui-ci, agonisant, aura malgré ses blessures, le temps de se venger.

Pas grand-chose à voir avec l’ambiance généralement néo-réaliste de la série, puisqu’on nage ici en pleine Série Noire déconnectée de toute réalité. Les personnages de flics récurrents de la série apparaissent de temps en temps (le plus jeune part carrément en vacances au début du film !) et l’accent est mis sur ce tueur intrigant : pratiquant les arts martiaux, mutique et solitaire, il se définit lui-même comme « un garçon très prudent » (ainsi que le titre l’indique) et aime tuer ses victimes à mains nues. On le voit s’amouracher d’une jeune chanteuse française campée par la débutante Macha Méril (sous le pseudonume de ‘Macha Magarin’ au générique), dont chaque apparition est accompagnée d’une chanson bien de chez nous comme « Sous Les Ponts De Paris ». À noter la très inquiétante prestation de Ruth White en mamie-gâteau couvant son vieux mari gaga, mais capable de tuer un homme dans le dos sans ciller.

RUTH WHITE ET PETER FALK

RUTH WHITE ET PETER FALK

Un drôle d’épisode donc, qui vaut essentiellement pour le plaisir de voir Falk, dont c’était la troisième apparition dans cette série, dans un rôle inhabituel préfigurant l’archétype du « contract killer » déshumanisé et asocial qui fleurira dans les années à venir au cinéma dans « LE SAMOURAÏ » ou « LE FLINGUEUR ».

 

« LADY BUG, LADY BUG » : Peter Falk dans « Naked city »

PETER FALK

PETER FALK

« LADY BUG, LADY BUG » est un épisode de la 1ère saison de la série « NAKED CITY », réalisé par Stuart Rosenberg qui signera bien plus tard « LUKE LA MAIN FROIDE ».

LEON B. STEVENS ET JOHN McINTIRE

LEON B. STEVENS ET JOHN McINTIRE

Ici, un maître-chanteur (un tout jeune Peter Falk) s’en prend au building du riche business man Leon B. Stevens : il balance une grenade devant et de l’acide au visage d’une jeune locataire. Mais celui-ci refuse de céder au chantage et de verser une rançon. Macho et inflexible, l’homme affronte son jeune fils (Pete Votrian) dégoûté par la dureté de son père. Nos flics tentent de convaincre Stevens de collaborer…

L’épisode tient essentiellement dans la confrontation entre ce « tough guy » brutal et ignorant la peur et son fils qui, si le film avait été tourné quelques années plus tard, aurait probablement été défini comme homosexuel. Là, il est simplement fragile et hypersensible.

C’est simple, direct, efficace et pour le cinéphile, le plaisir provient des brèves apparitions d’un Falk étonnamment physique, qui court comme un dératé, escalade des grilles et finit abattu comme un chien sur la chaussée.

PETER FALK ABATTU EN PLEIN NEW YORK...

PETER FALK ABATTU EN PLEIN NEW YORK…

 

« A DEATH OF PRINCES » : Eli Wallach dans « Naked city »

PAUL BURKE ET ELI WALLACH

PAUL BURKE ET ELI WALLACH

La 2ème saison de l’excellente série « NAKED CITY » démarre d’emblée sur deux gros changements : le jeune héros-flic en chapeau mou n’est plus joué par James Franciscus mais par Paul Burke (également policier dans « L’AFFAIRE THOMAS CROWN ») et les épisodes passent de 26 à 52 minutes.

GEORGE MAHARIS, ELI WALLACH ET JAN MINER

GEORGE MAHARIS, ELI WALLACH ET JAN MINER

« A DEATH OF PRINCES » réalisé par John Brahm est un authentique ‘film noir’, réminiscent de « ULTIME RAZZIA » ou « QUAND LA VILLE DORT ». Eli Wallach joue un ripou de la pire espèce, un psychopathe assermenté qui aime tuer des suspects désarmés, frapper les prisonniers et va jusqu’à organiser un hold-up pendant un combat de boxe, en faisant chanter des employés de la salle.

Magnifiquement incarné par Wallach, dont les yeux brillent littéralement de vice et de perversion, ce personnage fascine et écœure. Il a aussi les meilleures répliques du film. Il faut avoir vu le futur ‘Tuco’ déclamer en italien : « Je crois en un dieu cruel qui m’a façonné à son image ». Épique !

Quelques grands seconds rôles entourent le grand Eli : Jan Miner en caissière terrorisée, George Maharis – affublé d’un faux nez cassé – en boxeur honnête, Harry Bellaver en vieux flic. Et, last but not least, un tout jeune Peter Falk qui apparaît pendant les trois premières minutes, en malfrat abattu de sang-froid par Wallach, alors qu’il se rendait. Le « jeunot » n’est pas même mentionné en générique de fin !

« A DEATH OF PRINCES » confirme la grande qualité de cette série méconnue, en France tout du moins, qui a pavé la route pour les « HILL STREET BLUES » et « NYPD BLUE » à venir.

UN PRESQUE FIGURANT NOMMÉ PETER FALK !

UN PRESQUE FIGURANT NOMMÉ PETER FALK !