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Archives de Catégorie: LES FILMS DE PHILIP SEYMOUR HOFFMAN

« LA GUERRE SELON CHARLIE WILSON » (2007)

« LA GUERRE SELON CHARLIE WILSON » est vraiment l’enfant naturel de son auteur, le très politique Aaron Sorkin et de son réalisateur, le caustique Mike Nichols.

Le film relate l’histoire (vraie) d’un membre du Congrès U.S. (Tom Hanks) qui, avec l’aide d’une milliardaire texane (Julia Roberts horriblement mal distribuée) et d’un agent de la CIA indiscipliné (Philip Seymour Hoffman), va débloquer des sommes astronomiques pour armer les rebelles afghans contre l’armée russe.WILSON

C’est un film déroutant, difficile à aimer sans une réelle connaissance des événements décrits en toile de fond. Ça va très vite, trop certainement, les échanges de répliques gardent un rythme tellement soutenu, qu’on a souvent tendance à décrocher. Le ton oscille entre l’ultra-sérieux et l’humour iconoclaste, sans jamais se fixer. Pourtant, peu à peu, on saisit les tenants et aboutissants, on s’attache à ce personnage haut-en-couleur qui permet à Hanks une prestation moins terne que d’habitude. Et il y a Hoffman, excellent comme toujours en agent secret d’origines grecques, mal fagoté mais omniscient et blasé. Seule Julia Roberts – actrice généralement moyenne, à une ou deux exceptions près – ne fait rien d’un rôle qui aurait pu (dû) être flamboyant et sexy. On imagine ce qu’une Julianne Moore aurait pu en tirer !

Un film brillant par moments, lassant à d’autres, truffé de scènes remarquables (les deux visites au camp de réfugiés), de tunnels dialogués assommants, le tout enrobé d’un cynisme pas toujours très sympathique. On a plaisir à retrouver les jolies Amy Adams en assistante compétente et Emily Blunt, ainsi que Ned Beatty en sénateur aisément grugé.

Un curieux film donc, à voir d’un œil distrait pour son ton semi-satirique et son rythme épuisant.

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« MISSION : IMPOSSIBLE III » (2006)

MI3Chacun a son « MISSION : IMPOSSIBLE » favori. « MISSION : IMPOSSIBLE III » représente – aux yeux de votre serviteur – ce qu’on peut espérer de mieux de ce genre de spectacle. Moins « glacé et sophistiqué » que les deux précédents opus, c’est un Grand-8 d’une stupéfiante virtuosité, qui enchaîne les morceaux de bravoure sans jamais déraper dans le n’importe quoi pyrotechnique (talon d’Achille de ce genre de production) et qui parvient à maintenir jusqu’au bout un suspense sans aucun fléchissement.

Le grand apport de J.J. Abrams est d’avoir introduit du cœur dans la machinerie habituelle en donnant à Tom Cruise des motivations sentimentales (l’enlèvement de sa femme Michelle Monaghan). Il s’amuse à créer un « McGuffin », le ‘Rabbit foot’ dont on ne saura jamais rien et surtout à peaufiner un personnage de méchant absolument terrifiant, suivant ainsi à la lettre deux des principaux préceptes hitchcockiens de base. Dans le rôle du trafiquant international, Philip Seymour Hoffman est prodigieux de cruauté, de brutalité et d’intelligence dévoyée. Contrairement à nombre de caricatures qui l’ont précédé dans cet emploi, il est crédible à 100% et donc franchement inquiétant. Si Cruise joue les supermen avec son énergie coutumière, il est très bien entouré par l’inamovible Ving Rhames, par Maggie Q, Laurence Fishburne dans un rôle ambigu et par la ravissante Kari Russell dans une « guest » mémorable. Dommage que l’excellent Eddie Marsan soit gaspillé dans une fugace silhouette d’homme-de-main. À noter la rapide apparition d’Aaron Paul, héros de « BREAKING BAD » en beau-frère glandeur.

KERI RUSSELL, TOM CRUISE, MICHELLE MONAGHAN, PHILIP SEYMOUR HOFFMAN ET VING RHAMES

KERI RUSSELL, TOM CRUISE, MICHELLE MONAGHAN, PHILIP SEYMOUR HOFFMAN ET VING RHAMES

Parmi les grands moments de ce 3ème opus, on retiendra l’attaque du début, la bataille sur le pont, phénoménale, et… à peu près tout le reste !

Voilà un film – et ce n’est pas si courant – qui livre exactement ce qu’il promettait et même un peu plus et qui revitalise une franchise à laquelle on ne croyait plus trop après les exploits de John Woo. Dans le genre, Abrams atteint une sorte de perfection et signe un petit miracle d’équilibre.

 

« LES MARCHES DU POUVOIR » (2011)

IDES« LES MARCHES DU POUVOIR » est le 4ème film ou téléfilm réalisé par George Clooney, il est adapté d’une pièce de théâtre et confirme que s’il traite toujours de sujets potentiellement puissants et éminemment politiques, le beau George n’a pas tout à fait l’étoffe d’un réalisateur. Sa mise-en-scène est platement illustrative, ne transcende jamais le sujet.

C’est une fable située au cœur d’une primaire dans le parti démocrate, en vue des présidentielles. Le personnage central est un jeune conseiller (Ryan Gosling) dynamique et idéaliste, entièrement dévoué à son candidat (Clooney, who else ?) et qui va se laisser manipuler par les requins cyniques qui l’encerclent, jusqu’à en perdre sa naïveté et finalement son âme.

Tout cela n’a rien d’original et le traitement demeure superficiel, mais le film est sauvé par la qualité de son casting. Si Gosling est juste et sobre, mais toujours étrangement transparent, si Clooney campe – délibérément ? – un gouverneur désincarné, quasi-emblématique, les seconds rôles sont formidables : en tête, l’irremplaçable Philip Seymour Hoffman, en directeur de campagne rude et obsédé par la loyauté. Et le toujours remarquable Paul Giamatti jouant son adversaire et alter-ego machiavélique et débonnaire. On aurait aimé un vrai face-à-face entre les deux « monstres ». Dommage ! Evan Rachel Wood est très bien en stagiaire sacrifiée sur l’autel du pouvoir et Marisa Tomei compose une journaliste sans foi ni loi, aussi odieuse que rusée.

« LES MARCHES DU POUVOIR » se laisse voir sans déplaisir, mais il paraît trop court, le sujet semble à peine survolé, sans réelle profondeur. On dirait qu’on en apprend davantage sur les coulisses de la politique U.S. dans les 26 minutes d’un épisode de « VEEP » que dans les 90 d’un tel film.

GEORGE CLOONEY, EVAN RACHEL WOOD, RYAN GOSLING ET PHILIP SEYMOUR HOFFMAN

GEORGE CLOONEY, EVAN RACHEL WOOD, RYAN GOSLING ET PHILIP SEYMOUR HOFFMAN

 

« GOD’S POCKET » (2014)

GODS2Situé dans le quartier populaire de New York qui sert de titre au film, « GOD’S POCKET » est réalisé par l’acteur John Slattery, rendu célèbre par le rôle de ‘Roger Sterling’ dans l’exceptionnelle série TV « MAD MEN ».

C’est une chronique bâtie autour de la mort inopinée d’un jeune homme sur le chantier où il travaille, un petit voyou odieux qui n’a pas volé son sort. Mais ce décès va déclencher toute une série d’événements tragi-comiques, entre le pittoresque « à l’italienne » et le sordide le plus total. La tonalité du film ira en s’assombrissant, jusqu’au final âpre et déconcertant.

On pense souvent à « SNITCH » (ou « MONUMENT AVE. »), le film méconnu de Ted Demme sorti en 1998. Le scénario est intelligent, subtil, la mise-en-scène au service des comédiens. C’est la photo systématiquement sombre et sans contraste, qui gâche le plaisir et rend tout le film uniforme, voire monotone. Dommage…

Dans un de ses derniers rôles, Philip Seymour Hoffman occupe l’espace avec son désespoir contagieux, véritable masse compacte de stress et de malheur accumulés. Il est très bien entouré par Christina Hendricks (elle aussi échappée de « MAD MEN ») jouant sa femme obnubilée, John Turturro en petit escroc sympathique, Eddie Marsan génial comme toujours en croque-mort avaricieux. C’est Richard Jenkins qui sort du rang, dans un personnage de chroniqueur alcoolique et désabusé, qui sera littéralement broyé par ‘God’s Pocket’, dont il était pourtant le thuriféraire depuis des années.

« GOD’S POCKET » manque clairement d’ampleur (on ne sent jamais vraiment la présence de New York, la vie du quartier), mais il contient quelques séquences surprenantes et un humour pince-sans-rire parfois efficace. À voir pour le casting, de toute façon.

PHILIP SEYMOUR HOFFMAN ET CHRISTINA HENDRICKS

PHILIP SEYMOUR HOFFMAN ET CHRISTINA HENDRICKS

 

« BOOGIE NIGHTS » (1997)

BOOGIESous forme de fresque scorsesienne, « BOOGIE NIGHTS » dépeint le passage des insouciantes seventies aux républicaines eighties, via l’univers de l’industrie porno à L.A. et le destin d’un jeune homme particulièrement bien doté par la Nature. Le regard de Paul Thomas Anderson pour affuté qu’il soit, n’est pas très bienveillant et s’avère même franchement moralisateur par moments. Il décrit ses personnages comme des pantins à cervelle d’oiseau, se vautrant dans la corruption et la drogue comme des pourceaux dans la fange. Et le dernier tiers, celui de la déchéance, du retour au réel, est d’une terrible âpreté. Malgré la nullité abyssale de leur « travail », qu’ils soient réalisateurs, acteurs, techniciens, ils se prennent très au sérieux, attrapent la grosse tête et s’imaginent – tels les tristes héros de la téléréalité à venir – que leur petite notoriété underground va leur apporter la gloire dans tous les domaines. Mais le scénario met un point d’honneur à récompenser les méritants (Don Cheadle rêvant d’ouvrir un commerce et futur papa sera exaucé) et châtiera les pervertis (le producteur devenant la « chienne » de son codétenu en prison). Les quelques rescapés finiront par se retrouver pour fonder une espèce de famille bizarroïde. C’est indéniablement brillant, parfois trop ostensible dans sa mise-en-scène à l’épate, faite de plans-séquences et de longs plans au steadycam. Mais la bande-son est exceptionnelle et parvient à se situer dans le temps année après année. Et le cast est vraiment haut-de-gamme. Dans le rôle de l’étalon, Mark Wahlberg est parfait, mélange de candeur et de bêtise, attachant et pathétique. Autour de lui, le gratin des acteurs des années 90 : Julianne Moore en actrice instable et maternelle jusqu’à la névrose, Philip Seymour Hoffman formidable en perchman gay transi d’amour, William H. Macy parfait en assistant perpétuellement cocufié en public. Star n°1 et quasi-symbole vivant des seventies, Burt Reynolds est magnifique en réalisateur de nanars grotesques, persuadé qu’il a en lui le potentiel d’un nouvel Orson Welles.

PHILIP SEYMOUR HOFFMAN, MARK WAHLBERG, THOMAS JANE, BURT REYNOLDS, RICKY JAY ET JULIANNE MOORE

PHILIP SEYMOUR HOFFMAN, MARK WAHLBERG, THOMAS JANE, BURT REYNOLDS, RICKY JAY ET JULIANNE MOORE

« BOOGIE NIGHTS » retrace la fin d’une ère, glisse un discours sur la mort annoncée d’un certain cinéma tué par l’avènement de la vidéo. Il est truffé de bonnes scènes (le deal qui tourne mal chez Alfred Molina), mais on demeure un peu extérieur, voire insatisfait. Peut-être parce que l’œil de l’auteur manque de générosité et d’empathie et qu’il nous fait contempler ces misérables individus avec une sorte de mépris amusé.

 

« LA 25ème HEURE » (2003)

25H2Scénarisé par l’auteur du roman dont il est inspiré, réalisé par un Spike Lee débarrassé de tous ses tics habituels, drapé dans une splendide BO de Terence Blanchard qui lui donne des airs de tragédie, « LA 25ème HEURE » (ressorti en vidéo sous le titre « 24 HEURES AVANT LA NUIT »), s’il n’est pas un chef-d’œuvre, y ressemble tout de même beaucoup.

Dans un New York scarifié par le 11 septembre, hanté par un diffus sentiment d’insécurité et de vulnérabilité, le scénario suit les dernière heures de liberté d’un dealer qui s’apprête à passer sept ans en prison. Accompagné de sa fiancée qu’il soupçonne de l’avoir balancé, aidé par ses deux meilleurs amis, il va passer par tous les états, avant que l’aube ne se lève enfin. Lent et profond, empreint de solennité et d’émotion, le film saisit à la gorge, rend attachants des personnages qu’on devrait mépriser, intègre de longs flash-backs avec une habileté rare et s’achève par un extraordinaire épilogue qui n’est pas sans rappeler la fin de « LA DERNIÈRE TENTATION DU CHRIST ».

Edward Norton, acteur si inégal et si souvent décevant, trouve le rôle de sa vie. Calme et mystérieux, maître de lui, il occupe l’espace avec une présence et une autorité absolues. À ses côtés, le très sous-estimé Barry Pepper est remarquable en trader à l’intensité fiévreuse, Philip Seymour Hoffman donne une texture inouïe à son rôle de petit prof introverti, effrayé par la vie, Rosario Dawson n’a jamais été meilleure (et plus belle) et Brian Cox est bouleversant en père dépassé et meurtri. Un casting vraiment haut-de-gamme.

EDWARD NORTON, BRIAN COX, BARRY PEPPER, ROSARIO DAWSON ET PHILIP SEYMOUR HOFFMAN

EDWARD NORTON, BRIAN COX, BARRY PEPPER, ROSARIO DAWSON ET PHILIP SEYMOUR HOFFMAN

Magnifique à regarder et à entendre, d’une richesse thématique bluffante, « LA 25ème HEURE » est un très grand film qui a su capter, sans en parler vraiment, l’ambiance très particulière qui régnait dans cette Amérique traumatisée et humiliée. À noter un fabuleux morceau de bravoure : le monologue xénophobe et raciste de Norton devant le miroir des W-C d’un bar, qui s’achève en apothéose sur celui qu’il hait le plus au monde : lui-même. Superbe.

 

« OWNING MAHOWNY » (2003)

PHILIP SEYMOUR HOFFMAN

PHILIP SEYMOUR HOFFMAN

Inspiré de faits réels survenus au Canada, « OWNING MAHOWNY » est un curieux film glacial et hypnotisant, qui fait pénétrer dans l’âme tourmentée et obsessionnelle d’un joueur compulsif pris dans un engrenage infernal qu’il a lui-même enfanté.OWNING

Incapable de résister une seconde à son addiction, Mahowny finit par escroquer la banque où il travaille de plus de 10 millions de dollars qu’il perd dans un casino d’Atlantic City. Le rythme est lent, lancinant même, l’ambiance désincarnée, mais le film est littéralement porté à bout de bras par Philip Seymour Hoffman d’une intériorité totale, qui permet de s’identifier à un personnage opaque et jusqu’au-boutiste, prêt à tout sacrifier à son obsession suicidaire. Les longues scènes où on le voit gagner des millions de dollars aux tables de jeu, puis les reperdre aussitôt dans un inexorable mouvement de balancier, sont des modèles du genre.

S’il occupe 90% de l’espace avec cette présence qui n’appartient qu’à lui et qui donne la sensation parfois dérangeante qu’on lit ses pensées les plus intimes comme un livre ouvert, Hoffman est très bien entouré par John Hurt, inhabituel en directeur de casino rapace et flamboyant et par Minnie Driver, jouant avec finesse sa petite amie stoïque, malgré une inexcusable perruque qui l’handicape considérablement. Maury Chaykin fait un grand numéro en ‘bookie’ ringard mais inquiétant.

JPHN HURT, PHILIP SEYMOUR HOFFMAN ET MINNIE DRIVER

JOHN HURT, PHILIP SEYMOUR HOFFMAN ET MINNIE DRIVER

« OWNING MAHOWNY » (comme il est dit dans le dialogue, ‘Mahowny’ est un anagramme de ‘How many’) est une œuvre singulière, pas facile à pénétrer et à aimer par son extrême froideur et par le peu de sympathie que génère le rôle-titre, mais il est sauvé par Hoffman, dont la maîtrise et l’intelligence font toujours des étincelles.