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Archives de Catégorie: LES FILMS DE PHILIP SEYMOUR HOFFMAN

« DOUTE » (2008)

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PHILIP SEYMOUR HOFFMAN

Adapté de sa propre pièce de théâtre et réalisé par John Patrick Shanley, « DOUTE » est un concentré de dilemmes moraux, de complexité humaine, qui – à partir de la thématique des prêtres pédophiles – organise une série de confrontations impitoyables et renverse les clichés en faisant du suspect un individu sympathique et de son accusatrice un « dragon » intolérant.DOUBT.jpg

Si au début on est d’emblée accroché par la question : « l’a-t-il fait ? », peu à peu l’intérêt se focalise sur l’humanité des protagonistes et le film devient universel. Et c’est lorsqu’on commence à trouver ses repères et à se sentir en terrain familier que survient LA grande scène entre Meryl Streep et Viola Davis, la mère de l’enfant « abusé », qui fait voler en éclats les certitudes et balaie tout manichéisme. Du grand art !

Situé en 1964 dans une école religieuse de Brooklyn, « DOUTE » offre à quatre très grands comédiens un terrain de jeu idéal : Mme Streep donc, formidable en nonne endurcie et sûre de son bon droit, quitte à biaiser ses croyances pour parvenir à ses fins. Philip Seymour Hoffman (qu’on n’a pas fini de regretter) magnifique en prêtre ambigu, sensible et lucide qu’il est bien difficile de juger, même si l’incertitude plane jusqu’au bout. Amy Adams qui parvient à exister face aux deux « monstres », dans un rôle de sœur juvénile et innocente. Et puis l’exceptionnelle Viola Davis, qui – le temps de deux séquences – parvient à s’imposer comme rôle-pivot et même à avaler Streep toute crue lors de leurs face-à-face. Ce qui n’est pas donné à tout le monde ! C’est un véritable bonheur de contempler ces très grands interprètes à l’œuvre et c’est tout à l’honneur de Shanley de les avoir laissé évoluer en s’effaçant. À noter aussi, la photo à la fois contrastée de délicate de Roger Deakins, le chef-opérateur des frères Coen. Un beau film qui laisse des traces et qui donne à réfléchir bien au-delà de son anecdote.

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MERYL STREEP ET VIOLA DAVIS

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« LE TALENTUEUX MR. RIPLEY » (1999)

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MATT DAMON

« LE TALENTUEUX MR. RIPLEY » est, après « PLEIN SOLEIL » quatre décennies plus tôt, la seconde adaptation d’un suspense psychologique de la grande Patricia Highsmith.RIPLEY2.jpg

Écrit et réalisé par Anthony Minghella, situé dans l’Italie des années 50, le film suit pas à pas ‘Tom Ripley’, un jeune homme timide et opportuniste (Matt Damon) chargé par un millardaire new-yorkais de ramener son fils (Jude Law) de la côte italienne où il dilapide sa jeunesse. Mais ‘Ripley n’est pas un garçon facile à cerner. D’abord, il tombe amoureux de celui qu’il doit convaincre de le suivre, puis il s’identifie à lui, ensuite c’est l’engrenage criminel. Et l’habileté machiavélique du récit est de nous avoir fait pénétrer dès le prologue dans le cerveau d’un assassin schizophrène et sociopathe, au point qu’on ne se rend compte que très tard de sa dangerosité. Il faut dire que c’est certainement le meilleur travail de Damon et qu’il parvient à endosser les innombrables nuances de ce personnage démultiplié avec une finesse inouïe. Les extérieurs de Rome, Venise, San Remo ou Naples sont magnifiquement exploités par la photo chaleureuse de John Seale et tous les comédiens ont quelque chose à défendre : de Cate Blanchett en mondaine trop crédule, Philip Seymour Hoffman odieux comme lui seul savait l’être en oisif tête-à-claques, James Rebhorn parfait en père facile à berner. Seule Gwyneth Paltrow, irritante comme dans la plupart de ses rôles, ne donne aucune épaisseur à cette ‘Marge’ snob et geignarde.

La vraie grosse différence entre le film de René Clément, ambigu et tout en non-dits et celui-ci, est que Minghella met franchement en avant l’homosexualité de ‘Ripley’, son attirance fusionnelle et létale pour ‘Dickie’ et le dépeint pratiquement comme une victime de sa propre folie. Il est d’ailleurs très intéressant de comparer les deux films, de constater les pistes choisies par l’un, ignorées par l’autre. « LE TALENTUEUX MR. RIPLEY » est un véritable trip chatoyant et sensuel dans les méandres bourbeux du cerveau d’un psychopathe au visage angélique.

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CATE BLANCHETT, JUDE LAW ET PHILIP SEYMOUR HOFFMAN

 

« LA GUERRE SELON CHARLIE WILSON » (2007)

« LA GUERRE SELON CHARLIE WILSON » est vraiment l’enfant naturel de son auteur, le très politique Aaron Sorkin et de son réalisateur, le caustique Mike Nichols.

Le film relate l’histoire (vraie) d’un membre du Congrès U.S. (Tom Hanks) qui, avec l’aide d’une milliardaire texane (Julia Roberts horriblement mal distribuée) et d’un agent de la CIA indiscipliné (Philip Seymour Hoffman), va débloquer des sommes astronomiques pour armer les rebelles afghans contre l’armée russe.WILSON

C’est un film déroutant, difficile à aimer sans une réelle connaissance des événements décrits en toile de fond. Ça va très vite, trop certainement, les échanges de répliques gardent un rythme tellement soutenu, qu’on a souvent tendance à décrocher. Le ton oscille entre l’ultra-sérieux et l’humour iconoclaste, sans jamais se fixer. Pourtant, peu à peu, on saisit les tenants et aboutissants, on s’attache à ce personnage haut-en-couleur qui permet à Hanks une prestation moins terne que d’habitude. Et il y a Hoffman, excellent comme toujours en agent secret d’origines grecques, mal fagoté mais omniscient et blasé. Seule Julia Roberts – actrice généralement moyenne, à une ou deux exceptions près – ne fait rien d’un rôle qui aurait pu (dû) être flamboyant et sexy. On imagine ce qu’une Julianne Moore aurait pu en tirer !

Un film brillant par moments, lassant à d’autres, truffé de scènes remarquables (les deux visites au camp de réfugiés), de tunnels dialogués assommants, le tout enrobé d’un cynisme pas toujours très sympathique. On a plaisir à retrouver les jolies Amy Adams en assistante compétente et Emily Blunt, ainsi que Ned Beatty en sénateur aisément grugé.

Un curieux film donc, à voir d’un œil distrait pour son ton semi-satirique et son rythme épuisant.

 

« MISSION : IMPOSSIBLE III » (2006)

MI3Chacun a son « MISSION : IMPOSSIBLE » favori. « MISSION : IMPOSSIBLE III » représente – aux yeux de votre serviteur – ce qu’on peut espérer de mieux de ce genre de spectacle. Moins « glacé et sophistiqué » que les deux précédents opus, c’est un Grand-8 d’une stupéfiante virtuosité, qui enchaîne les morceaux de bravoure sans jamais déraper dans le n’importe quoi pyrotechnique (talon d’Achille de ce genre de production) et qui parvient à maintenir jusqu’au bout un suspense sans aucun fléchissement.

Le grand apport de J.J. Abrams est d’avoir introduit du cœur dans la machinerie habituelle en donnant à Tom Cruise des motivations sentimentales (l’enlèvement de sa femme Michelle Monaghan). Il s’amuse à créer un « McGuffin », le ‘Rabbit foot’ dont on ne saura jamais rien et surtout à peaufiner un personnage de méchant absolument terrifiant, suivant ainsi à la lettre deux des principaux préceptes hitchcockiens de base. Dans le rôle du trafiquant international, Philip Seymour Hoffman est prodigieux de cruauté, de brutalité et d’intelligence dévoyée. Contrairement à nombre de caricatures qui l’ont précédé dans cet emploi, il est crédible à 100% et donc franchement inquiétant. Si Cruise joue les supermen avec son énergie coutumière, il est très bien entouré par l’inamovible Ving Rhames, par Maggie Q, Laurence Fishburne dans un rôle ambigu et par la ravissante Kari Russell dans une « guest » mémorable. Dommage que l’excellent Eddie Marsan soit gaspillé dans une fugace silhouette d’homme-de-main. À noter la rapide apparition d’Aaron Paul, héros de « BREAKING BAD » en beau-frère glandeur.

KERI RUSSELL, TOM CRUISE, MICHELLE MONAGHAN, PHILIP SEYMOUR HOFFMAN ET VING RHAMES

KERI RUSSELL, TOM CRUISE, MICHELLE MONAGHAN, PHILIP SEYMOUR HOFFMAN ET VING RHAMES

Parmi les grands moments de ce 3ème opus, on retiendra l’attaque du début, la bataille sur le pont, phénoménale, et… à peu près tout le reste !

Voilà un film – et ce n’est pas si courant – qui livre exactement ce qu’il promettait et même un peu plus et qui revitalise une franchise à laquelle on ne croyait plus trop après les exploits de John Woo. Dans le genre, Abrams atteint une sorte de perfection et signe un petit miracle d’équilibre.

 

« LES MARCHES DU POUVOIR » (2011)

IDES« LES MARCHES DU POUVOIR » est le 4ème film ou téléfilm réalisé par George Clooney, il est adapté d’une pièce de théâtre et confirme que s’il traite toujours de sujets potentiellement puissants et éminemment politiques, le beau George n’a pas tout à fait l’étoffe d’un réalisateur. Sa mise-en-scène est platement illustrative, ne transcende jamais le sujet.

C’est une fable située au cœur d’une primaire dans le parti démocrate, en vue des présidentielles. Le personnage central est un jeune conseiller (Ryan Gosling) dynamique et idéaliste, entièrement dévoué à son candidat (Clooney, who else ?) et qui va se laisser manipuler par les requins cyniques qui l’encerclent, jusqu’à en perdre sa naïveté et finalement son âme.

Tout cela n’a rien d’original et le traitement demeure superficiel, mais le film est sauvé par la qualité de son casting. Si Gosling est juste et sobre, mais toujours étrangement transparent, si Clooney campe – délibérément ? – un gouverneur désincarné, quasi-emblématique, les seconds rôles sont formidables : en tête, l’irremplaçable Philip Seymour Hoffman, en directeur de campagne rude et obsédé par la loyauté. Et le toujours remarquable Paul Giamatti jouant son adversaire et alter-ego machiavélique et débonnaire. On aurait aimé un vrai face-à-face entre les deux « monstres ». Dommage ! Evan Rachel Wood est très bien en stagiaire sacrifiée sur l’autel du pouvoir et Marisa Tomei compose une journaliste sans foi ni loi, aussi odieuse que rusée.

« LES MARCHES DU POUVOIR » se laisse voir sans déplaisir, mais il paraît trop court, le sujet semble à peine survolé, sans réelle profondeur. On dirait qu’on en apprend davantage sur les coulisses de la politique U.S. dans les 26 minutes d’un épisode de « VEEP » que dans les 90 d’un tel film.

GEORGE CLOONEY, EVAN RACHEL WOOD, RYAN GOSLING ET PHILIP SEYMOUR HOFFMAN

GEORGE CLOONEY, EVAN RACHEL WOOD, RYAN GOSLING ET PHILIP SEYMOUR HOFFMAN

 

« GOD’S POCKET » (2014)

GODS2Situé dans le quartier populaire de New York qui sert de titre au film, « GOD’S POCKET » est réalisé par l’acteur John Slattery, rendu célèbre par le rôle de ‘Roger Sterling’ dans l’exceptionnelle série TV « MAD MEN ».

C’est une chronique bâtie autour de la mort inopinée d’un jeune homme sur le chantier où il travaille, un petit voyou odieux qui n’a pas volé son sort. Mais ce décès va déclencher toute une série d’événements tragi-comiques, entre le pittoresque « à l’italienne » et le sordide le plus total. La tonalité du film ira en s’assombrissant, jusqu’au final âpre et déconcertant.

On pense souvent à « SNITCH » (ou « MONUMENT AVE. »), le film méconnu de Ted Demme sorti en 1998. Le scénario est intelligent, subtil, la mise-en-scène au service des comédiens. C’est la photo systématiquement sombre et sans contraste, qui gâche le plaisir et rend tout le film uniforme, voire monotone. Dommage…

Dans un de ses derniers rôles, Philip Seymour Hoffman occupe l’espace avec son désespoir contagieux, véritable masse compacte de stress et de malheur accumulés. Il est très bien entouré par Christina Hendricks (elle aussi échappée de « MAD MEN ») jouant sa femme obnubilée, John Turturro en petit escroc sympathique, Eddie Marsan génial comme toujours en croque-mort avaricieux. C’est Richard Jenkins qui sort du rang, dans un personnage de chroniqueur alcoolique et désabusé, qui sera littéralement broyé par ‘God’s Pocket’, dont il était pourtant le thuriféraire depuis des années.

« GOD’S POCKET » manque clairement d’ampleur (on ne sent jamais vraiment la présence de New York, la vie du quartier), mais il contient quelques séquences surprenantes et un humour pince-sans-rire parfois efficace. À voir pour le casting, de toute façon.

PHILIP SEYMOUR HOFFMAN ET CHRISTINA HENDRICKS

PHILIP SEYMOUR HOFFMAN ET CHRISTINA HENDRICKS

 

« BOOGIE NIGHTS » (1997)

BOOGIESous forme de fresque scorsesienne, « BOOGIE NIGHTS » dépeint le passage des insouciantes seventies aux républicaines eighties, via l’univers de l’industrie porno à L.A. et le destin d’un jeune homme particulièrement bien doté par la Nature. Le regard de Paul Thomas Anderson pour affuté qu’il soit, n’est pas très bienveillant et s’avère même franchement moralisateur par moments. Il décrit ses personnages comme des pantins à cervelle d’oiseau, se vautrant dans la corruption et la drogue comme des pourceaux dans la fange. Et le dernier tiers, celui de la déchéance, du retour au réel, est d’une terrible âpreté. Malgré la nullité abyssale de leur « travail », qu’ils soient réalisateurs, acteurs, techniciens, ils se prennent très au sérieux, attrapent la grosse tête et s’imaginent – tels les tristes héros de la téléréalité à venir – que leur petite notoriété underground va leur apporter la gloire dans tous les domaines. Mais le scénario met un point d’honneur à récompenser les méritants (Don Cheadle rêvant d’ouvrir un commerce et futur papa sera exaucé) et châtiera les pervertis (le producteur devenant la « chienne » de son codétenu en prison). Les quelques rescapés finiront par se retrouver pour fonder une espèce de famille bizarroïde. C’est indéniablement brillant, parfois trop ostensible dans sa mise-en-scène à l’épate, faite de plans-séquences et de longs plans au steadycam. Mais la bande-son est exceptionnelle et parvient à se situer dans le temps année après année. Et le cast est vraiment haut-de-gamme. Dans le rôle de l’étalon, Mark Wahlberg est parfait, mélange de candeur et de bêtise, attachant et pathétique. Autour de lui, le gratin des acteurs des années 90 : Julianne Moore en actrice instable et maternelle jusqu’à la névrose, Philip Seymour Hoffman formidable en perchman gay transi d’amour, William H. Macy parfait en assistant perpétuellement cocufié en public. Star n°1 et quasi-symbole vivant des seventies, Burt Reynolds est magnifique en réalisateur de nanars grotesques, persuadé qu’il a en lui le potentiel d’un nouvel Orson Welles.

PHILIP SEYMOUR HOFFMAN, MARK WAHLBERG, THOMAS JANE, BURT REYNOLDS, RICKY JAY ET JULIANNE MOORE

PHILIP SEYMOUR HOFFMAN, MARK WAHLBERG, THOMAS JANE, BURT REYNOLDS, RICKY JAY ET JULIANNE MOORE

« BOOGIE NIGHTS » retrace la fin d’une ère, glisse un discours sur la mort annoncée d’un certain cinéma tué par l’avènement de la vidéo. Il est truffé de bonnes scènes (le deal qui tourne mal chez Alfred Molina), mais on demeure un peu extérieur, voire insatisfait. Peut-être parce que l’œil de l’auteur manque de générosité et d’empathie et qu’il nous fait contempler ces misérables individus avec une sorte de mépris amusé.