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Archives de Catégorie: LES FILMS DE ROBERT DE NIRO

« THE COMEDIAN » (2016)

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ROBERT DE NIRO

Imaginons Rupert Pupkin (le héros de « LA VALSE DES PANTINS ») qui aurait connu son heure de gloire et se retrouverait à 73 ans, courant le cachet dans des cabarets miteux. C’est bien sûr la présence de Robert De Niro dans un rôle de « stand-up comedian » qui fait penser à ce pont entre le film de Scorsese et « THE COMEDIAN », réalisé par Taylor Hackford.COMEDIAN2

Sous forme de chronique douce-amère et souvent abrasive de la vie de cette « grande gueule » au bord de la vieillesse, perdu dans un monde qu’il ne comprend plus, le film est une heureuse surprise, malgré un scénario déstructuré qui se contente pour l’essentiel d’aligner les morceaux de bravoure : le mariage lesbien de la nièce, l’impro scatologique à l’hospice en Floride, la remise de prix à la moribonde Cloris Leachman (extraordinaire !), le face-à-face dans un restaurant new-yorkais entre les vieux compères De Niro et Harvey Keitel, etc. C’est un festival de bons mots, de situations embarrassantes, d’éclats de rire et de temps en temps d’émotion et de réflexion sur le temps qui passe. Que du bonheur, autrement dit, d’autant qu’on retrouve le De Niro qu’on aime et qui se fait si rare : intense, impliqué, audacieux et dépourvu de toute vanité de star. On applaudit des deux mains ! Il est très bien entouré par Leslie Mann en jeune femme névrosée, Danny De Vito en frère patient, Patty LuPone géniale en belle-sœur survoltée, Edie Falco en impresario stoïque. En bonus : l’apparition de Billy Crystal dans son propre rôle et de Charles Grodin – à peine reconnaissable – l’ancien partenaire de ‘Bob’ dans « MIDNIGHT RUN ».

« THE COMEDIAN » n’a rien d’un grand film, mais pour peu qu’on aime les vieilles stars en pleine possession de leurs moyens, l’univers pathétique et cocasse des comiques aux carrières fluctuantes et pour quelques vacheries anthologiques balancées au micro par un De Niro en roue-libre, il faut absolument voir ce film roboratif.

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PATTY LuPONE, DANNY DE VITO, ROBERT DE NIRO ET CHARLES GRODIN

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AUJOURD’HUI, IL A 75 ANS !

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« ANGEL HEART – AUX PORTES DE L’ENFER » (1987)

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MICKEY ROURKE

Écrit et réalisé par Alan Parker, d’après une Série Noire, « ANGEL HEART – AUX PORTES DE L’ENFER » est une somptueuse adaptation du mythe de Faust à l’univers du ‘film noir’ et des légendes vaudous.ANGEL

Cela démarre de façon traditionnelle : un « privé » un peu minable (Mickey Rourke) est engagé par un gentleman excentrique (Robert De Niro) pour retrouver un crooner disparu depuis la WW2 qui aurait une dette envers lui. Mais à mesure que l’enquête progresse, que notre héros se délocalise de New York à New Orleans, le scénario se complexifie, les meurtres rituels se multiplient et on perd rapidement pied. L’intérêt principal du film ne vient évidemment pas de ses aspects « polar » très convenus, mais de la véritable identité des deux protagonistes. Le patronyme de l’employeur : ‘Louis Cyphre’ ne laisse pas grand doute sur ce qu’il est réellement et les crises d’absence de plus en plus fréquentes du détective font sourdre un doute sur le moindre de ses actes. C’est un jeu pervers et très finement mené, où l’image a souvent plus de poids et en dit infiniment plus que le dialogue. La photo de Michael Seresin est tout simplement magnifique, plongeant dans les années 50 avec une telle perfection qu’on en oublie le pourtant énorme travail de déco effectué sur chaque séquence.

Malgré la relative brièveté des apparitions de De Niro, c’est son face-à-face avec Rourke – qui passait alors pour son successeur n°1 – qui passionne dans « ANGEL HEART ». Le cheveu long, noir de jais, la barbe lui dévorant le visage, De Niro adopte des manières, des moues, qu’on ne lui connaissait pas. Le gros-plan où il dévore un œuf dur, censé symboliser l’âme humaine, est authentiquement saisissant. C’est du cabotinage oui, mais contrôlé et en harmonie avec le personnage. Rourke trouve un de ses meilleurs rôles en enquêteur de plus en plus sale et déglingué à mesure qu’avancent ses investigations. Une vraie dégringolade aux enfers, cristallisée par ses plans d’ascenseur descendant sans arrêt jusqu’au générique de fin. À leurs côtés, Lisa Bonet est très bien en prêtresse vaudou sexy et on aperçoit des figures familières comme Charlotte Rampling dans une « guest » sans relief, Dann Florek, Pruitt Taylor Vince ou Kathleen Wilhoite en infirmière allumeuse.

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LISA BONET ET ROBERT DE NIRO

« ANGEL HEART » mérite d’être vu plusieurs fois, car on s’aperçoit que Parker ne « triche » pas avec son ‘twist’ final et qu’il dissémine çà et là de nombreux indices très lisibles (à condition de déjà connaître la fin) permettant au spectateur d’éventuellement deviner le fin-mot de l’histoire. Un beau morceau de cinéma ambitieux sans jamais être prétentieux et qui a très bien vieilli.

 

« THE WIZARD OF LIES » (2017)

« THE WIZARD OF LIES » est un téléfilm HBO basé sur l’escroquerie phénoménale organisée par Bernie Madoff et qui ruina des milliers d’Américains en 2008. Inspiré du livre de Diana Henriques, qui tient son propre rôle d’intervieweuse dans le film, le scénario est bâti de façon éclatée, évoquant parfois le style d’un Scorsese.WIZARD

Après « SLEEPERS », « DES HOMMES D’INFLUENCE » et « PANIQUE À HOLLYWOOD », Barry Levinson retrouve Robert De Niro pour le diriger dans le rôle-titre. Moins rond que le véritable Madoff, moins débonnaire, le visage plus tourmenté, De Niro s’avère néanmoins un excellent choix. Affublé d’un faux nez, il est d’une intensité et d’une sobriété qu’on lui voit rarement ces dernières années et parvient à lever une partie du voile sur la personnalité étrange de ce « sociopathe » affable et monstrueux à la fois, vivant dans le déni le plus total.

Le film suit en parallèle l’escroc rattrapé par ses exactions, traqué par la presse et ceux qu’il a spoliés et sa vie de famille qui vire au cauchemar. Michelle Pfeiffer est remarquable dans le rôle de son épouse d’abord frivole, peu à peu plongée dans un véritable cauchemar qui la laisse à la dérive. Le personnage le plus attachant et pathétique. La séquence du suicide raté de Bernie et Ruth est à la fois drôle et tragique. À leurs côtés, Alessandro Nivola est parfait en fils fragile incapable de supporter la pression des médias et la haine dont il fait injustement l’objet. Les scènes où il se laisse humilier par son père sont très rudes.

Extrêmement bavard, pas toujours très clair chronologiquement parlant, « THE WIZARD OF LIES » offre une approche intéressante et mesurée d’un individu impossible à cerner, difficile à juger, qui suscite malgré lui une certaine empathie à la fin, dans son absolue solitude en prison. À 74 ans, De Niro démontre qu’il n’a pas encore fini de nous surprendre et que des années de navets n’ont pas entamé son génie de la composition.

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ROBERT DE NIRO

 

« LES INCORRUPTIBLES » (1987)

INCOSTrente ans après sa sortie, l’affiche de « LES INCORRUPTIBLES » laisse toujours interdit : Brian DePalma tourne un scénario de David Mamet sur une BO d’Ennio Morricone, avec une brochette d’acteurs à peine croyable. Le film n’est pas l’adaptation de la série TV des années 60, mais revient au livre de souvenirs d’Eliot Ness pour en faire un concentré quasi-westernien de la chute d’Al Capone.

Car « LES INCORRUPTIBLES » emprunte bien plus aux « 7 MERCENAIRES » ou aux classiques d’Howard Hawks qu’aux codes du film de gangsters. Le scénario élimine toutes les scènes de transition ou d’explication pour enchaîner les morceaux de bravoure, quitte à beaucoup trop dilater certains moments-clés et à trop en ellipser d’autres, moins spectaculaires. Cela donne un grand spectacle tonitruant, violent et fastueux, à la psychologie très sommaire et où la légende a complètement pris le pas sur la réalité. Un choix payant, vu le résultat, mais qui laisse toujours un peu frustré à la fin de la projection.

Si Kevin Costner est un honnête Ness sans grand charisme, il est magnifiquement entouré : Sean Connery savoureux vieux flic goguenard poussant son chant du cygne, Andy Garcia en tireur d’élite taiseux, Patricia Clarkson en épouse stoïque ou Billy Drago en horrible Nitti au rictus de chacal. À cause d’un temps de présence trop réduit (on oscille entre le caméo et le second rôle), Robert De Niro a opté pour un jeu grimaçant et caricatural pour camper un Capone suant de démagogie et de vulgarité. Il est indéniablement intéressant à regarder, sans jamais approfondir son portrait du caïd.

« LES INCORRUPTIBLES » n’est composé que de beaux moments de cinéma (l’assaut autour d’un camion de whisky à la frontière canadienne, l’embuscade à la gare, la fin sanglante de ‘Malone’, etc.) et de jolies répliques ‘hard boiled’ qui portent bien la griffe de Mamet. C’est un bel objet de luxe, distrayant et soigné jusqu’au moindre détail. Alors pourquoi n’arrive-t-on pas à l’adorer malgré les re-visions au fil des années ? Trop fabriqué peut-être, sans aspérité. À cause du trop lisse Costner aussi, auquel on ne parvient pas à s’identifier. Quoi qu’il en soit, la réunion au même générique des noms cités plus haut vaut à elle seule qu’on voie et revoie le film.

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SEAN CONNERY, KEVIN COSTNER ET ROBERT DE NIRO

 

« LE PARRAIN, 2ème PARTIE » (1974)

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JOHN CAZALE ET AL PACINO

Tourné deux ans après le chef-d’œuvre de Francis Ford Coppola par lui-même et son équipe, « LE PARRAIN, 2ème PARTIE » est une entreprise aussi épique en proportions, que culottée dans le fond et la forme.GODF2

C’est en fait un film-miroir à de nombreux points-de-vue : d’abord parce qu’il suit à un demi-siècle de distance deux actions parallèles (la jeunesse et l’ascension du pauvre émigré Vito Corleone et le règne et le déclin de son héritier Michael) qui n’arrêtent pas de se refléter l’une dans l’autre. Ensuite parce qu’il crée des ponts incessants avec le premier film, avec pour seul but de déboulonner les mythes qu’il avait créés et d’ôter toute dimension shakespearienne à Michael, transformé ici en monstre froid et fratricide, obnubilé par le pouvoir, mais dépourvu de toute espèce de grandeur. Par essence, le film est donc moins immédiatement attachant que le précédent, même si on en retrouve des vestiges de l’ambiance dans les parties consacrées à Vito. Mais la partie Michael s’enfonce progressivement dans un climat mortifère, enfermant le personnage dans ses névroses et sa solitude absolue. Le dernier gros-plan est glaçant.

Le film est porté à bout de bras par la performance extraordinaire d’Al Pacino, dont le visage imperturbable ressemble de plus en plus à un masque mortuaire. Il a des moments de pur génie. C’est Robert De Niro qui incarne Vito jeune, reprenant les maniérismes de Brando sans jamais les imiter vraiment. Une vraie prouesse ! On retrouve avec bonheur Robert Duvall, pas assez utilisé, Talia Shire et surtout John Cazale magnifique dans le rôle du « pauvre Fredo », brebis galeuse de la famille aussi minable que pathétique. Sa fin sur le lac hante longtemps la mémoire. Parmi les seconds rôles : Gastone Moschin magnifique en parrain de la « Main Noire », Lee Strasberg en traître d’anthologie, Michael V. Gazzo. On regrette seulement que le rôle de ‘Kay’, tenu par Diane Keaton soit si mal exploité, n’ayant qu’une ou deux vraies scènes à défendre et les moins bonnes répliques.

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LEE STRASBERG, AL PACINO, ROBERT DE NIRO ET DIANE KEATON

Ambitieux, monté avec une époustouflante maestria, grouillant de détails et d’images inoubliables, « LE PARRAIN, 2ème PARTIE », véritable entreprise de démythification en règle, est une œuvre ample et puissante. Mais ce qui en fait la spécificité est également ce qui l’empêche d’atteindre l’espèce de perfection du premier opus. À l’image de Michael Corleone, c’est un film froid, cérébral, désincarné. Mais la vision rapprochée des deux films demeure une expérience d’une richesse inouïe. Et on ne dira jamais assez l’importance primordiale de la musique de Nino Rota et Carmine Coppola.

 

« SLEEPERS » (1996)

SLEEPERS2Écrit et réalisé par Barry Levinson, d’après le livre autobiographique controversé de Lorenzo Carcaterra, « SLEEPERS » est un mélodrame new-yorkais d’une belle ampleur romanesque, axé sur la vengeance de quatre amis d’enfance qui furent violés et abusés pendant des mois par les gardiens d’une maison de redressement.

Dès le début, on pense à « IL ÉTAIT UNE FOIS EN AMÉRIQUE » ou au « PAPE DE GREENWICH VILLAGE » : vignettes sur le quotidien des petits voyous de ‘Hell’s kitchen’, mafieux pittoresques, un prêtre comme échappé d’un film Warner des années 30, etc. Et puis à l’arrivée en prison, le ton s’assombrit jusqu’à devenir presque insoutenable par moments (les flash-backs sur les viols collectifs, à peine suggérés mais très pénibles) et la seconde partie démonte finement la machination destinée à faire payer la note aux tortionnaires.

C’est long – 140 minutes, tout de même ! – mais jamais lent, jamais pesant. On s’attache aux protagonistes. Il faut dire que Levinson a réuni un cast extraordinaire : Jason Patric, Brad Pitt, Ron Eldard et Billy Crudup jouent les quatre copains devenus adultes. Ils sont parfaitement assortis. Robert De Niro est d’une sobriété habitée dans le rôle de l’ex-délinquant devenu prêtre dont le rôle est crucial, Vittorio Gassman est excellent en ‘padrino’ apparemment rangé des voitures mais toujours très influent, Dustin Hoffman est réjouissant en avocat alcoolique et peu fiable et Kevin Bacon est superbe en maton sadique et pédophile.

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JASON PATRIC, ROBERT DE NIRO, KEVIN BACON, VITTORIO GASSMAN ET DUSTIN HOFFMAN

Il manque un petit quelque chose à « SLEEPERS » pour être un vraiment grand film (le style, peut-être ?), mais la photo de l’immense Michael Ballhaus, la BO de John Williams et son ancrage insistant dans la thématique du « COMTE DE MONTE CRISTO » en font néanmoins un vrai spectacle complexe et gratifiant où l’indignation le dispute à l’émotion. À peine pourra-t-on rechigner devant quelques invraisemblances trop énormes, comme l’incroyable revirement du gardien Terry Kinney pendant le procès, qui n’a aucune raison valable de craquer de la sorte. C’est LA grosse faiblesse du scénario.

Un film un peu méconnu qui mérite d’être réévalué à la hausse. Maintenant, quant à savoir s’il est vraiment inspiré d’évènements réels ou pas, ça n’a au fond aucune espèce d’importance…