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Archives de Catégorie: LES FILMS DE ROBERT DE NIRO

« LES INCORRUPTIBLES » (1987)

INCOSTrente ans après sa sortie, l’affiche de « LES INCORRUPTIBLES » laisse toujours interdit : Brian DePalma tourne un scénario de David Mamet sur une BO d’Ennio Morricone, avec une brochette d’acteurs à peine croyable. Le film n’est pas l’adaptation de la série TV des années 60, mais revient au livre de souvenirs d’Eliot Ness pour en faire un concentré quasi-westernien de la chute d’Al Capone.

Car « LES INCORRUPTIBLES » emprunte bien plus aux « 7 MERCENAIRES » ou aux classiques d’Howard Hawks qu’aux codes du film de gangsters. Le scénario élimine toutes les scènes de transition ou d’explication pour enchaîner les morceaux de bravoure, quitte à beaucoup trop dilater certains moments-clés et à trop en ellipser d’autres, moins spectaculaires. Cela donne un grand spectacle tonitruant, violent et fastueux, à la psychologie très sommaire et où la légende a complètement pris le pas sur la réalité. Un choix payant, vu le résultat, mais qui laisse toujours un peu frustré à la fin de la projection.

Si Kevin Costner est un honnête Ness sans grand charisme, il est magnifiquement entouré : Sean Connery savoureux vieux flic goguenard poussant son chant du cygne, Andy Garcia en tireur d’élite taiseux, Patricia Clarkson en épouse stoïque ou Billy Drago en horrible Nitti au rictus de chacal. À cause d’un temps de présence trop réduit (on oscille entre le caméo et le second rôle), Robert De Niro a opté pour un jeu grimaçant et caricatural pour camper un Capone suant de démagogie et de vulgarité. Il est indéniablement intéressant à regarder, sans jamais approfondir son portrait du caïd.

« LES INCORRUPTIBLES » n’est composé que de beaux moments de cinéma (l’assaut autour d’un camion de whisky à la frontière canadienne, l’embuscade à la gare, la fin sanglante de ‘Malone’, etc.) et de jolies répliques ‘hard boiled’ qui portent bien la griffe de Mamet. C’est un bel objet de luxe, distrayant et soigné jusqu’au moindre détail. Alors pourquoi n’arrive-t-on pas à l’adorer malgré les re-visions au fil des années ? Trop fabriqué peut-être, sans aspérité. À cause du trop lisse Costner aussi, auquel on ne parvient pas à s’identifier. Quoi qu’il en soit, la réunion au même générique des noms cités plus haut vaut à elle seule qu’on voie et revoie le film.

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SEAN CONNERY, KEVIN COSTNER ET ROBERT DE NIRO

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« LE PARRAIN, 2ème PARTIE » (1974)

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JOHN CAZALE ET AL PACINO

Tourné deux ans après le chef-d’œuvre de Francis Ford Coppola par lui-même et son équipe, « LE PARRAIN, 2ème PARTIE » est une entreprise aussi épique en proportions, que culottée dans le fond et la forme.GODF2

C’est en fait un film-miroir à de nombreux points-de-vue : d’abord parce qu’il suit à un demi-siècle de distance deux actions parallèles (la jeunesse et l’ascension du pauvre émigré Vito Corleone et le règne et le déclin de son héritier Michael) qui n’arrêtent pas de se refléter l’une dans l’autre. Ensuite parce qu’il crée des ponts incessants avec le premier film, avec pour seul but de déboulonner les mythes qu’il avait créés et d’ôter toute dimension shakespearienne à Michael, transformé ici en monstre froid et fratricide, obnubilé par le pouvoir, mais dépourvu de toute espèce de grandeur. Par essence, le film est donc moins immédiatement attachant que le précédent, même si on en retrouve des vestiges de l’ambiance dans les parties consacrées à Vito. Mais la partie Michael s’enfonce progressivement dans un climat mortifère, enfermant le personnage dans ses névroses et sa solitude absolue. Le dernier gros-plan est glaçant.

Le film est porté à bout de bras par la performance extraordinaire d’Al Pacino, dont le visage imperturbable ressemble de plus en plus à un masque mortuaire. Il a des moments de pur génie. C’est Robert De Niro qui incarne Vito jeune, reprenant les maniérismes de Brando sans jamais les imiter vraiment. Une vraie prouesse ! On retrouve avec bonheur Robert Duvall, pas assez utilisé, Talia Shire et surtout John Cazale magnifique dans le rôle du « pauvre Fredo », brebis galeuse de la famille aussi minable que pathétique. Sa fin sur le lac hante longtemps la mémoire. Parmi les seconds rôles : Gastone Moschin magnifique en parrain de la « Main Noire », Lee Strasberg en traître d’anthologie, Michael V. Gazzo. On regrette seulement que le rôle de ‘Kay’, tenu par Diane Keaton soit si mal exploité, n’ayant qu’une ou deux vraies scènes à défendre et les moins bonnes répliques.

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LEE STRASBERG, AL PACINO, ROBERT DE NIRO ET DIANE KEATON

Ambitieux, monté avec une époustouflante maestria, grouillant de détails et d’images inoubliables, « LE PARRAIN, 2ème PARTIE », véritable entreprise de démythification en règle, est une œuvre ample et puissante. Mais ce qui en fait la spécificité est également ce qui l’empêche d’atteindre l’espèce de perfection du premier opus. À l’image de Michael Corleone, c’est un film froid, cérébral, désincarné. Mais la vision rapprochée des deux films demeure une expérience d’une richesse inouïe. Et on ne dira jamais assez l’importance primordiale de la musique de Nino Rota et Carmine Coppola.

 

« SLEEPERS » (1996)

SLEEPERS2Écrit et réalisé par Barry Levinson, d’après le livre autobiographique controversé de Lorenzo Carcaterra, « SLEEPERS » est un mélodrame new-yorkais d’une belle ampleur romanesque, axé sur la vengeance de quatre amis d’enfance qui furent violés et abusés pendant des mois par les gardiens d’une maison de redressement.

Dès le début, on pense à « IL ÉTAIT UNE FOIS EN AMÉRIQUE » ou au « PAPE DE GREENWICH VILLAGE » : vignettes sur le quotidien des petits voyous de ‘Hell’s kitchen’, mafieux pittoresques, un prêtre comme échappé d’un film Warner des années 30, etc. Et puis à l’arrivée en prison, le ton s’assombrit jusqu’à devenir presque insoutenable par moments (les flash-backs sur les viols collectifs, à peine suggérés mais très pénibles) et la seconde partie démonte finement la machination destinée à faire payer la note aux tortionnaires.

C’est long – 140 minutes, tout de même ! – mais jamais lent, jamais pesant. On s’attache aux protagonistes. Il faut dire que Levinson a réuni un cast extraordinaire : Jason Patric, Brad Pitt, Ron Eldard et Billy Crudup jouent les quatre copains devenus adultes. Ils sont parfaitement assortis. Robert De Niro est d’une sobriété habitée dans le rôle de l’ex-délinquant devenu prêtre dont le rôle est crucial, Vittorio Gassman est excellent en ‘padrino’ apparemment rangé des voitures mais toujours très influent, Dustin Hoffman est réjouissant en avocat alcoolique et peu fiable et Kevin Bacon est superbe en maton sadique et pédophile.

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JASON PATRIC, ROBERT DE NIRO, KEVIN BACON, VITTORIO GASSMAN ET DUSTIN HOFFMAN

Il manque un petit quelque chose à « SLEEPERS » pour être un vraiment grand film (le style, peut-être ?), mais la photo de l’immense Michael Ballhaus, la BO de John Williams et son ancrage insistant dans la thématique du « COMTE DE MONTE CRISTO » en font néanmoins un vrai spectacle complexe et gratifiant où l’indignation le dispute à l’émotion. À peine pourra-t-on rechigner devant quelques invraisemblances trop énormes, comme l’incroyable revirement du gardien Terry Kinney pendant le procès, qui n’a aucune raison valable de craquer de la sorte. C’est LA grosse faiblesse du scénario.

Un film un peu méconnu qui mérite d’être réévalué à la hausse. Maintenant, quant à savoir s’il est vraiment inspiré d’évènements réels ou pas, ça n’a au fond aucune espèce d’importance…

 

« DIRTY PAPY » (2016)

Il y a deux façons radicalement opposées d’appréhender un film comme « DIRTY PAPY » : la consternation totale devant le spectacle de Robert De Niro se vautrant dans une comédie ‘trashy’ à la « AMERICAN PIE » ou « VERY BAD TRIP », de le voir se masturber devant un porno, raconter des blagues scatologiques, comparer son pénis à celui de son petit-fils et autres délicatesses. Ou alors décider d’emblée de faire preuve de bonne humeur et profiter du voyage, même s’il n’est pas du meilleur goût.PAPY

En gros, c’est un ‘road movie’ confrontant un septuagénaire qui vient de perdre sa femme avec son petit-fils (Zac Efron) qu’il veut sauver d’une vie tracée à l’avance, en l’entraînant dans un week-end de débauche. L’idée n’est pas plus mauvaise qu’une autre, mais l’écriture laisse grandement à désirer et se repose entièrement sur le bagout de ses acteurs plus ou moins inspirés. Ainsi, Jason Mantzoukas est-il insupportable et beaucoup trop présent en dealer déjanté, mais Mo Collins est-elle très drôle en fliquette cinglée et grimacière. On a même droit à une courte – et assez pathétique – apparition de Danny Glover en « vet » moribond.

Passé la stupeur de voir l’ex « meilleur acteur du monde » se compromettre là-dedans, on peut dire qu’il est, à 74 ans, dans une forme physique éblouissante, que malgré le contexte, il a l’instinct d’être relativement sobre et même parfois touchant, et qu’il assure le show avec un métier incomparable. Face à lui, Efron tient la distance sans plus.

« DIRTY PAPY » c’est du comique bas-de-gamme, qui ratisse du côté du public du 3ème âge mais lorgne aussi vers les ‘djeuns’. On rit parfois, mais ce n’est pas un rire d’excellente qualité. Reste que les paysages de Floride sont photogéniques, que les jolies filles pullulent et que tout cela est bien inoffensif. Si les scènes d’orgies alcoolisées, les bruits de pets, les allusions sexistes et homophobes vous amusent, cela fera parfaitement l’affaire. Pour les palais plus raffinés, mieux vaut probablement passer son chemin et revoir « MIDNIGHT RUN » !

 

« KILLER ELITE » (2011)

elite2Réalisé par un certain Gary McKendry dont c’est le seul long-métrage jusqu’à présent, vaguement inspiré d’un livre lui-même plus ou moins tiré de faits réels (le rôle des SAS dans certains pays arabes en guerre), « KILLER ELITE » est un très curieux salmigondis où Jason Statham reprend son emploi de tueur-à-gages spécialisé dans les meurtres ayant l’air d’accidents, initié quelque temps auparavant dans « THE MECHANIC ».

On lui kidnappe son vieux maître Yoda (Robert De Niro) pour l’obliger à abattre les assassins des fils d’un vieux cheik. Mais évidemment, rien n’est si simple, et la machination totalement incompréhensible remonte très haut. Pour tout dire, on se fiche royalement de l’espèce de scénario qui se déroule pendant presque deux heures. Il n’existe que pour les bastons et poursuites entre « méchants » et… « moins méchants ». Entre tueurs professionnels plutôt sympathiques (tout est relatif) et ex-barbouzes anglaises très déplaisantes. À leur tête, Clive Owen avec une petite moustache peu esthétique et un œil de verre.

C’est excessivement ennuyeux, bourré de clichés absurdes, de répliques risibles (involontairement) et on se désole de voir De Niro jouer les flingueurs à grosse barbe blanche, en plissant les yeux d’un air bonhomme dans un rôle secondaire qui plus est. Statham, exactement égal à lui-même, jusque dans les vêtements, fait ce qu’il sait faire : il est impeccable dans les cascades et le reste du temps ne prend même pas la peine d’épaissir son personnage. Sa relation avec Yvonne Strahovki est indigente et franchement soporifique.

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JASON STATHAM ET ROBERT DE NIRO

Tourné en Australie, « KILLER ELITE » s’oublie à mesure qu’on le visionne. Ça n’a ni queue ni tête, on ne garde aucune scène en mémoire. On se demande vraiment ce que des comédiens comme De Niro, Dominic Purcell ou Adewale Akinnuoye-Agbaje en traître de service, sont allés cachetonner là-dedans. Statham a fait mieux depuis, il a aussi fait pire… Espérons qu’il sache se montrer plus ambitieux dans ses choix.

 

« CASINO » (1995)

CASINO2« CASINO » contient tout ce qu’on aime dans le cinéma de Martin Scorsese : l’univers mafieux, un montage virtuose, une bande-son qui fait passer les presque trois heures en un éclair, des personnages hauts-en-couleur. Son seul défaut en fait, est d’être sorti cinq ans après « LES AFFRANCHIS » et d’en être une sorte d’avatar relocalisé à Las Vegas.

Le film décrit les années 80 dans la ville des jeux, la mainmise des gangsters italiens, la corruption, la drogue, etc. à travers le parcours d’un ‘gambler’ (Robert De Niro) devenu directeur du Tangiers, qui épouse une prostituée obnubilée par l’argent (Sharon Stone) et doit gérer son « meilleur ami », Joe Pesci, un tueur psychopathe aussi incontrôlable qu’insatiable.

Comme le film de 1991, « CASINO » est bâti sur le mouvement de balancier : grandeur et décadence. Il affiche d’abord la richesse, l’impunité, l’amoralité récompensée pour finir en déchéance sordide. Scorsese manie les voix « off » en maestro, donnant la parole à plusieurs protagonistes selon les scènes, ce qui permet des accélérations dans le scénario qui évitent tout « ventre mou ». Ses personnages sont encore plus ignobles, indéfendables que ceux des « AFFRANCHIS » où subsistaient quelques vestiges d’Humanité.

De Niro d’une sobriété sans faille campe un individu froid et paranoïaque, jamais attachant, mais qui semble presque sympathique comparé à Pesci, monstrueux dans son emploi préféré. Ces retrouvailles entre les deux acteurs et le retour de Pesci (maladroitement rajeuni par des perruques et des liftings) à sa routine de maniaque dangereux, accentuent hélas, la sensation de redite. Sharon Stone trouve le rôle de sa carrière : elle est époustouflante dans les scènes d’engueulade ou d’ivresse, éclipsant même ses partenaires masculins. Parmi les seconds rôles : James Woods parfait en « mac » visqueux et pleutre, L.Q. Jones excellent en shérif faussement péquenaud.

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SHARON STONE, ROBERT DE NIRO, JOE PESCI ET FRANK VINCENT

« CASINO » est un film incontestablement brillant à tous points-de-vue, tellement riche visuellement et thématiquement qu’il supporte plusieurs visions. Manque juste un petit quelque chose en plus pour le qualifier de chef-d’œuvre. Un peu d’empathie pour ses personnages, peut-être ? Une once de chaleur humaine dans ce ramassis de vermines ? Mais n’est-ce pas justement le talent du réalisateur de créer des fresques clinquantes et démesurées pour montrer la pègre telle qu’elle est réellement, dépourvue du masque flatteur du sentimentalisme hollywoodien ?

 

« RONIN » (1998)

RONIN2Tourné deux ans après le premier « MISSION : IMOSSIBLE » (où figurait déjà Jean Reno), « RONIN » cherche clairement à capitaliser sur le succès de ce nouveau type de film d’espionnage ‘high tech’. Le sujet ? Une bande de mercenaires internationaux court après une mallette convoitée par les Russes et l’IRA. Qu’y a-t-il de si précieux dans la mallette ? On ne le saura jamais. Ce n’est qu’un bon vieux « McGuffin » à l’ancienne !

Réalisé par le vétéran John Frankenheimer qui effectuait là à 68 ans, un comeback inattendu, « RONIN » est un pur exercice de style et une démonstration de savoir-faire qui tient plutôt bien le coup, une fois qu’on a compris qu’il n’y a rien à en attendre scénaristiquement parlant et que la raison d’être du projet tient dans ses poursuites en voiture dans Paris, ses fusillades touristiques à Nice et Arles. Les personnages sont à peine silhouettés, le dialogue est succinct et les parti-pris sont parfois bizarres. Ainsi, tous les intérieurs ressemblent à des décors de studio de vieilles Séries Noires des années 50 : on s’attend presque à voir débouler Gabin flanqué de Paul Frankeur ! Les coups de théâtre sont tellement abscons, qu’on y prête à peine attention. Seuls comptent le rythme, l’action et le mouvement.

Robert De Niro incarne un agent de la CIA « undercover » rusé et pas tombé de la dernière pluie. Il n’a pas grand-chose à faire, mais depuis « HEAT », il manie très bien les fusils de gros calibre. Il a une excellente réplique : après s’être fait ôter – sans anesthésie – une balle de son flanc, il dit : « Maintenant, vous m’excuserez messieurs, mais je vais m’évanouir ». Nathascha McElhone est belle et froide comme il se doit, Reno joue les faire-valoir avec zèle, Stellan Skarsgård est un traître comme on aime les haïr et Sean Bean apparaît brièvement en faux-dur pétochard. À noter la savoureuse apparition de Michel Lonsdale en « homme de l’ombre ».

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STELLAN SKARSGAARD, JEAN RENO, ROBERT DE NIRO ET NATASCHA McELHONE

Avant-dernier long-métrage de la longue carrière de Frankenheimer, « RONIN » ne raconte strictement rien, mais il le fait avec style et panache. Si on a deux heures à tuer et qu’on aime les cascades motorisées et les objectifs à courte focale…