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Archives de Catégorie: LES FILMS DE ROBERT DE NIRO

« JOKER » (2019)

JOKERResponsable de grosses comédies « trash » pas bien reluisantes, Todd Phillips ne nous avait pas préparés au choc frontal qu’est « JOKER », une variation sur le personnage du méchant de Batman, qu’il aborde ici sous un angle psychiatrique et scorsesien.

Il y a énormément d’éléments puisés dans « TAXI DRIVER » et « LA VALSE DES PANTINS » dans « JOKER » et la présence de Robert De Niro, dans un rôle à la Johnny Carson, n’est certes pas une coïncidence. En deux heures, le film décortique la descente aux enfers d’un clown dépressif et schizophrène (Joaquin Phoenix), un inadapté social vivant avec sa mère (Frances Conroy) très dérangée elle aussi, et qui va finir par devenir un criminel incontrôlable. Phillips s’amuse à contourner et à recracher les bases créées par la vieille BD de Bob Kane : il imagine même une parenté (réelle ou fantasmée) avec la famille Wayne. Il situe son film en 1981, mais c’est bien de l’Amérique, voire du monde d’aujourd’hui qu’il nous parle. Ce monde où les miséreux se mettent en tête de détruire les ultra-riches et prennent pour modèle et porte-drapeau un fou furieux qui n’en demandait pas tant. Quand Joker flingue des agresseurs dans le métro, comme Paul Kersey 50 ans plus tôt, ce ne sont plus des loubards crasseux, mais des golden boys de Wall Street en goguette ! Les cartes ont été redistribuées et c’est dans cette ère en mutation qu’évolue le protagoniste. Phoenix frise le génie dans ce rôle, sa seule présence génère un stress permanent, une insécurité. Le scénario suit la décomposition mentale et physique du Joker et ménage de vraies surprises (sa relation apparemment si idyllique avec sa jolie voisine) et des moments réellement dérangeants (la fin de la mère à l’hôpital, son passage en direct dans le show de De Niro). C’est donc hypnotisé qu’on assiste à ce terrible spectacle d’une âme à la dérive et aussi, à sa rencontre avec un petit garçon mutique nommé… Bruce Wayne.

« JOKER » est une œuvre unique, qui transcende son matériau de base (on est à des années-lumière d’un film de super-héros DC !) et tend un miroir d’un vomitif réalisme à notre société. Pas gai, mais terrassant de justesse.

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JOAQUIN PHOENIX

 

« JACKIE BROWN » (1997)

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PAM GRIER

Inspiré d’un roman d’Elmore Leonard, « JACKIE BROWN » est le 3ème long-métrage de Quentin Tarantino, qui aborde pour la première fois son scénario sous un angle psychologique et humain plus que gratuitement spectaculaire et m’as-tu-vu.JACKIE.jpg

Foxy Brown revient 20 ans après la mode des blaxploitations, elle se prénomme maintenant Jackie et c’est toujours une Pam Grier, un peu mûrie mais encore très séduisante, qui l’incarne. Le film tout entier est en quelque sorte l’hommage d’un fan à son idole de jeunesse et QT offre à l’actrice le rôle de sa vie. L’histoire en elle-même n’a rien de palpitant : c’est la double arnaque ourdie par une hôtesse de l’air au bout du rouleau, pour dérober 500 000 $ à une crapule (Samuel L. Jackson) qui l’exploite, tout en se débarrassant du flic (Michael Keaton) qui lui colle aux basques. Comme d’habitude, c’est un peu longuet, digressif, bavard à l’extrême, les scènes durent trop longtemps, et le film donne la sensation de délayer inutilement un sujet qui aurait fait un excellent 90 minutes. Mais c’est brillamment filmé, quelques trouvailles de construction sont bluffantes, la bande-son est un véritable régal qui renvoie aux belles années de Pam Grier. Et le casting est royal : l’actrice n’a jamais été meilleure, on pense surtout à ce face à face avec son complice Robert Forster (lui aussi en état de grâce), où ils parlent librement de la peur de vieillir. Un moment tellement authentique et émouvant, qu’on le croirait improvisé. Jackson oscillant entre le cabotinage et la menace est également très bien employé, Bridget Fonda est formidable en junkie bronzée et insolente, Keaton très drôle en flic qui a tort de se croire plus futé que tout le monde. Mais le grand bonheur de « JACKIE BROWN », c’est Robert De Niro, extraordinaire dans un contremploi de malfrat imbécile et borné, à peine sorti de prison et déjà schnouffé jusqu’à l’os. Il est absolument hilarant.

Un peu surfait, un peu creux au final quand on y repense, « JACKIE BROWN » vaut le coup d’œil pour la nostalgie qu’il dégage et l’amour évident que l’auteur porte à ses personnages.

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SAMUEL L. JACKSON, ROBERT DE NIRO ET ROBERT FORSTER

 

« THE IRISHMAN » (2019)

IRISHMANÉcrit par Steve Zaillian, réalisé par un Martin Scorsese de 77 ans, « THE IRISHMAN » est une œuvre ambitieuse de plus de trois heures, replongeant le réalisateur dans l’univers qu’il maîtrise le mieux, celui des gangsters, et lui faisant retrouver son alter-ego Robert De Niro pour la première fois depuis « CASINO ».

C’est un film tellement ample, tellement libre dans la forme, qu’on peine à l’englober à première vision. « THE IRISHMAN » est moins immédiatement enthousiasmant que « LES AFFRANCHIS », par exemple. La forme, celle des flash-backs, le mélange de réalité « fictionnée » et ce regard sur l’Histoire de l’Amérique, on les déjà vus et aimés dans les films précédents du réalisateur. Et le parti-pris de rajeunir des comédiens largement septuagénaires grâce aux CGI peut sembler discutable. De Niro par exemple, ne fait pas réellement « plus jeune », il affiche un visage cireux, des cheveux noirs de jais, sans qu’on puisse vraiment évaluer l’âge qu’il est censé avoir. Mais on s’y habitue ! Le scénario suit la vie d’un tueur de la mafia de Detroit, homme-de-main d’un caïd joué par un Joe Pesci étonnamment sobre et retenu, qui gravit les échelons et devient le bras-droit de Jimmy Hoffa (Al Pacino) et son seul ami. Mais, comme le dit le vieil adage : « Un traître, c’est toujours un ami », n’est-ce pas ? Le personnage de Frank Sheeran n’est pas très reluisant et il faut toute la sobriété et l’humanité d’un De Niro au sommet de son art, pour le rendre un tant soit peu attachant. Ses longs face à face avec Pacino (enfin !) sont de purs régals, leur complicité crevant l’écran. Et Pacino est magnifique dans un rôle où s’était déjà illustré Jack Nicholson. On est en terrain familier, c’est certain, et le film n’est pas exempt de longueurs peu nécessaires. Mais la dernière partie, la fin de vie des protagonistes, réduits à l’état de vieillards impotents, a quelque chose de tragique voire d’universel. « THE IRISHMAN » est impossible à juger à première vision, tant il oscille entre long-métrage et mini-série de luxe. Il clôt en beauté la trilogie gangstérienne de Scorsese, après « LES AFFRANCHIS » et « CASINO », permet de revoir, probablement pour la dernière fois, de grands acteurs dans ce qu’ils savent faire de meilleur. À voir sans hésiter une seconde, donc. Et puis… à revoir à tête reposée !

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AL PACINO ET ROBERT DE NIRO

 

« TROUBLE JEU » (2005)

HIDE.jpg« TROUBLE JEU » de John Polson commence très bien. Un suspense psychologique impliquant un père (Robert De Niro) et sa fille (Dakota Fanning) qui quittent New York pour la campagne, après le suicide de l’épouse et mère (Amy Irving).

À cette époque, Dakota était la plus extraordinaire enfant-actrice d’Hollywood, une comédienne à part entière à l’intensité hors du commun. Aussi, quand l’accent est mis sur le côté étrange et inquiétant de son visage, tout fonctionne à merveille. On sent peu à peu que l’auteur est influencé par « SHINING » (l’ami imaginaire de l’enfant, l’évolution du père), mais aussi par les scénarios de M. Night Shyamalan. Le film n’est en réalité qu’une énorme fausse-piste, elle-même entrelardée de fausses-pistes secondaires, pour aboutir à un twist ahurissant. Tout cela et bel et bon, d’autant plus que De Niro – sobre et impliqué – a de magnifiques face-à-face avec la fillette, qui s’avère son égale au niveau de jeu. Hélas, tout ne demeure pas au beau fixe. On sent rapidement que l’histoire est artificiellement délayée, qu’il plane comme un parfum de « triche » dans la narration et que tout cela manque de rigueur. Heureusement, autour des deux vedettes vraiment remarquables, on retrouve d’excellents seconds rôles : Dylan Baker en shérif, Melissa Leo et Robert John Burke en voisins endeuillés, Famke Janssen en psychologue intuitive ou Elisabeth Shue. Du bien beau linge, qui aide à fermer les yeux sur les longueurs, les redites, et le sentiment que « TROUBLE JEU » se voit plus malin qu’il n’est réellement.

Mais c’est bien réalisé, la BO inspirée de celle de « ROSEMARY’S BABY » met immédiatement mal à l’aise et malgré tous ses manques et défauts, le film se laisse regarder avec plaisir et parfois un réel intérêt. À voir, ne serait-ce que pour Dakota Fanning dont certains sourires font littéralement froid dans le dos. À dix ans !

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DAKOTA FANNING, ROBERT DE NIRO ET FAMKE JANSSEN

 

« TAXI DRIVER » (1976)

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ROBERT DE NIRO

Écrit par Paul Schrader, réalisé par Martin Scorsese, « TAXI DRIVER » peut être vu comme une variation psychiatrique du mythe américain du « vigilante ». Généralement personnifié comme un héros positif, le justicier est présenté ici comme un psychopathe malade de solitude, une bombe à retardement, un jeune homme inculte, probablement autiste, revenu déboussolé du Vietnam et prêt à tout et n’importe quoi pour trouver un but à son existence. Assassiner un politicien ou sauver une fille mineure des griffes de ses proxénètes. Aucune différence pour lui.TAXI2.jpg

Nimbé de la BO intoxicante de Bernard Herrmann, éclairé au néon par Michael Chapman, « TAXI DRIVER » est un ‘bad trip’ dans le cerveau malade de Robert De Niro, littéralement fondu dans son rôle jusqu’à devenir réellement inquiétant. L’acteur de 33 ans dégage un mal-être, une folie mal contenue, qui crèvent l’écran, bien au-delà des gimmicks (« You’re talking to me ? ») devenus anthologiques avec le temps. Tel un fauve urbain efflanqué, imprévisible, incapable de trouver le sommeil, ‘Travis Bickle’ arpente les rues de New York dans son vieux taxi jaune, en quête d’une rencontre, d’un contact humain, d’une raison de vivre… ou de mourir.  Le film tourne entièrement autour de la performance de De Niro qui parvient à générer un vrai malaise dans lequel n’entre aucune empathie. À ses côtés, Cybill Shepherd « trop belle pour lui », Jodie Foster parfaite en prostituée de douze ans et Harvey Keitel qu’on a vu mieux employé, bizarrement emperruqué en « mac ».

Lent, lancinant, parfois abscons, « TAXI DRIVER » a très bien vieilli, hormis peut-être quelques improvisations trop longues (la danse entre Keitel et Foster, interminable et inutile, les scènes entre Shepherd et son collègue Albert Brooks rétrospectivement superflues). Mais tant de décennies après, il parvient à capturer l’air du temps de ces années 70 d’une Amérique à la dérive, ayant perdu tous ses repères.

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JODIE FOSTER ET ROBERT DE NIRO

 

« RAGING BULL » (1980)

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JOHNNY BARNES ET ROBERT DE NIRO

Un boxeur encapuchonné qui s’entraîne sur un ring au ralenti, aux notes lyriques de « Cavalleria Rusticana », des lettres de générique rouges-sang, un noir & blanc digne des plus belles photos des années 40. Il ne faut pas longtemps pour comprendre que non seulement « RAGING BULL » n’a pas pris une ride, mais qu’il s’est installé définitivement au panthéon des grandes œuvres du cinéma américain.BULL.jpg

Basé sur l’autobiographie du champion Jake LaMotta, ce n’est pourtant pas un simple biopic qu’a signé Martin Scorsese. Mais un sombre et éprouvant voyage dans la tête d’un sale type. Une brute paranoïaque, jalouse, autodestructrice, dont on suit toutes les étapes de la déchéance, jusqu’aux tréfonds des enfers. La narration éclatée, les effets de montage tellement en avance sur leur temps, la bande-son et surtout l’interprétation, sont époustouflants. Scorsese lui-même n’est jamais parvenu à se surpasser. Et que dire de l’apport de Robert De Niro, dont on a si souvent vanté la prise de poids, mais dont le jeu touche à des cimes de perfection rarement atteintes. Véritable bête fauve passant d’un état à l’autre en une fraction de seconde, il ne cherche jamais à rendre LaMotta sympathique, à l’excuser. Il le montre à nu, dans son humanité fruste et dévoyée, odieux, pathétique, pétri de ses contradictions, littéralement détruit par les compromissions. Un accomplissement de comédien extraordinaire qui fait, qu’aujourd’hui encore, on pardonne (presque) toutes ses errances à De Niro. Face à lui, Joe Pesci formidable en souffre-douleur à la patience limitée, Cathy Moriarty magnifique en épouse de moins en moins stoïque face aux violences de son homme. Tous les seconds rôles, jusqu’au plus minuscule, sont impeccables. On aperçoit John Turturro figurant pendant une soirée.

À voir, à revoir donc, à savourer, à redécouvrir, pour les combats les mieux filmés de l’Histoire du cinéma, pour l’hallucinante modernité de la mise-en-scène et surtout, pour De Niro qui n’a pas usurpé son surnom de « meilleur acteur du monde ».

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ROBERT DE NIRO, JOE PESCI ET CATHY MORIARTY

 

« THE COMEDIAN » (2016)

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ROBERT DE NIRO

Imaginons Rupert Pupkin (le héros de « LA VALSE DES PANTINS ») qui aurait connu son heure de gloire et se retrouverait à 73 ans, courant le cachet dans des cabarets miteux. C’est bien sûr la présence de Robert De Niro dans un rôle de « stand-up comedian » qui fait penser à ce pont entre le film de Scorsese et « THE COMEDIAN », réalisé par Taylor Hackford.COMEDIAN2

Sous forme de chronique douce-amère et souvent abrasive de la vie de cette « grande gueule » au bord de la vieillesse, perdu dans un monde qu’il ne comprend plus, le film est une heureuse surprise, malgré un scénario déstructuré qui se contente pour l’essentiel d’aligner les morceaux de bravoure : le mariage lesbien de la nièce, l’impro scatologique à l’hospice en Floride, la remise de prix à la moribonde Cloris Leachman (extraordinaire !), le face-à-face dans un restaurant new-yorkais entre les vieux compères De Niro et Harvey Keitel, etc. C’est un festival de bons mots, de situations embarrassantes, d’éclats de rire et de temps en temps d’émotion et de réflexion sur le temps qui passe. Que du bonheur, autrement dit, d’autant qu’on retrouve le De Niro qu’on aime et qui se fait si rare : intense, impliqué, audacieux et dépourvu de toute vanité de star. On applaudit des deux mains ! Il est très bien entouré par Leslie Mann en jeune femme névrosée, Danny De Vito en frère patient, Patty LuPone géniale en belle-sœur survoltée, Edie Falco en impresario stoïque. En bonus : l’apparition de Billy Crystal dans son propre rôle et de Charles Grodin – à peine reconnaissable – l’ancien partenaire de ‘Bob’ dans « MIDNIGHT RUN ».

« THE COMEDIAN » n’a rien d’un grand film, mais pour peu qu’on aime les vieilles stars en pleine possession de leurs moyens, l’univers pathétique et cocasse des comiques aux carrières fluctuantes et pour quelques vacheries anthologiques balancées au micro par un De Niro en roue-libre, il faut absolument voir ce film roboratif.

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PATTY LuPONE, DANNY DE VITO, ROBERT DE NIRO ET CHARLES GRODIN