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Archives de Catégorie: LES FILMS DE ROBERT DE NIRO

« TROUBLE JEU » (2005)

HIDE.jpg« TROUBLE JEU » de John Polson commence très bien. Un suspense psychologique impliquant un père (Robert De Niro) et sa fille (Dakota Fanning) qui quittent New York pour la campagne, après le suicide de l’épouse et mère (Amy Irving).

À cette époque, Dakota était la plus extraordinaire enfant-actrice d’Hollywood, une comédienne à part entière à l’intensité hors du commun. Aussi, quand l’accent est mis sur le côté étrange et inquiétant de son visage, tout fonctionne à merveille. On sent peu à peu que l’auteur est influencé par « SHINING » (l’ami imaginaire de l’enfant, l’évolution du père), mais aussi par les scénarios de M. Night Shyamalan. Le film n’est en réalité qu’une énorme fausse-piste, elle-même entrelardée de fausses-pistes secondaires, pour aboutir à un twist ahurissant. Tout cela et bel et bon, d’autant plus que De Niro – sobre et impliqué – a de magnifiques face-à-face avec la fillette, qui s’avère son égale au niveau de jeu. Hélas, tout ne demeure pas au beau fixe. On sent rapidement que l’histoire est artificiellement délayée, qu’il plane comme un parfum de « triche » dans la narration et que tout cela manque de rigueur. Heureusement, autour des deux vedettes vraiment remarquables, on retrouve d’excellents seconds rôles : Dylan Baker en shérif, Melissa Leo et Robert John Burke en voisins endeuillés, Famke Janssen en psychologue intuitive ou Elisabeth Shue. Du bien beau linge, qui aide à fermer les yeux sur les longueurs, les redites, et le sentiment que « TROUBLE JEU » se voit plus malin qu’il n’est réellement.

Mais c’est bien réalisé, la BO inspirée de celle de « ROSEMARY’S BABY » met immédiatement mal à l’aise et malgré tous ses manques et défauts, le film se laisse regarder avec plaisir et parfois un réel intérêt. À voir, ne serait-ce que pour Dakota Fanning dont certains sourires font littéralement froid dans le dos. À dix ans !

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DAKOTA FANNING, ROBERT DE NIRO ET FAMKE JANSSEN

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« TAXI DRIVER » (1976)

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ROBERT DE NIRO

Écrit par Paul Schrader, réalisé par Martin Scorsese, « TAXI DRIVER » peut être vu comme une variation psychiatrique du mythe américain du « vigilante ». Généralement personnifié comme un héros positif, le justicier est présenté ici comme un psychopathe malade de solitude, une bombe à retardement, un jeune homme inculte, probablement autiste, revenu déboussolé du Vietnam et prêt à tout et n’importe quoi pour trouver un but à son existence. Assassiner un politicien ou sauver une fille mineure des griffes de ses proxénètes. Aucune différence pour lui.TAXI2.jpg

Nimbé de la BO intoxicante de Bernard Herrmann, éclairé au néon par Michael Chapman, « TAXI DRIVER » est un ‘bad trip’ dans le cerveau malade de Robert De Niro, littéralement fondu dans son rôle jusqu’à devenir réellement inquiétant. L’acteur de 33 ans dégage un mal-être, une folie mal contenue, qui crèvent l’écran, bien au-delà des gimmicks (« You’re talking to me ? ») devenus anthologiques avec le temps. Tel un fauve urbain efflanqué, imprévisible, incapable de trouver le sommeil, ‘Travis Bickle’ arpente les rues de New York dans son vieux taxi jaune, en quête d’une rencontre, d’un contact humain, d’une raison de vivre… ou de mourir.  Le film tourne entièrement autour de la performance de De Niro qui parvient à générer un vrai malaise dans lequel n’entre aucune empathie. À ses côtés, Cybill Shepherd « trop belle pour lui », Jodie Foster parfaite en prostituée de douze ans et Harvey Keitel qu’on a vu mieux employé, bizarrement emperruqué en « mac ».

Lent, lancinant, parfois abscons, « TAXI DRIVER » a très bien vieilli, hormis peut-être quelques improvisations trop longues (la danse entre Keitel et Foster, interminable et inutile, les scènes entre Shepherd et son collègue Albert Brooks rétrospectivement superflues). Mais tant de décennies après, il parvient à capturer l’air du temps de ces années 70 d’une Amérique à la dérive, ayant perdu tous ses repères.

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JODIE FOSTER ET ROBERT DE NIRO

 

« RAGING BULL » (1980)

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JOHNNY BARNES ET ROBERT DE NIRO

Un boxeur encapuchonné qui s’entraîne sur un ring au ralenti, aux notes lyriques de « Cavalleria Rusticana », des lettres de générique rouges-sang, un noir & blanc digne des plus belles photos des années 40. Il ne faut pas longtemps pour comprendre que non seulement « RAGING BULL » n’a pas pris une ride, mais qu’il s’est installé définitivement au panthéon des grandes œuvres du cinéma américain.BULL.jpg

Basé sur l’autobiographie du champion Jake LaMotta, ce n’est pourtant pas un simple biopic qu’a signé Martin Scorsese. Mais un sombre et éprouvant voyage dans la tête d’un sale type. Une brute paranoïaque, jalouse, autodestructrice, dont on suit toutes les étapes de la déchéance, jusqu’aux tréfonds des enfers. La narration éclatée, les effets de montage tellement en avance sur leur temps, la bande-son et surtout l’interprétation, sont époustouflants. Scorsese lui-même n’est jamais parvenu à se surpasser. Et que dire de l’apport de Robert De Niro, dont on a si souvent vanté la prise de poids, mais dont le jeu touche à des cimes de perfection rarement atteintes. Véritable bête fauve passant d’un état à l’autre en une fraction de seconde, il ne cherche jamais à rendre LaMotta sympathique, à l’excuser. Il le montre à nu, dans son humanité fruste et dévoyée, odieux, pathétique, pétri de ses contradictions, littéralement détruit par les compromissions. Un accomplissement de comédien extraordinaire qui fait, qu’aujourd’hui encore, on pardonne (presque) toutes ses errances à De Niro. Face à lui, Joe Pesci formidable en souffre-douleur à la patience limitée, Cathy Moriarty magnifique en épouse de moins en moins stoïque face aux violences de son homme. Tous les seconds rôles, jusqu’au plus minuscule, sont impeccables. On aperçoit John Turturro figurant pendant une soirée.

À voir, à revoir donc, à savourer, à redécouvrir, pour les combats les mieux filmés de l’Histoire du cinéma, pour l’hallucinante modernité de la mise-en-scène et surtout, pour De Niro qui n’a pas usurpé son surnom de « meilleur acteur du monde ».

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ROBERT DE NIRO, JOE PESCI ET CATHY MORIARTY

 

« THE COMEDIAN » (2016)

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ROBERT DE NIRO

Imaginons Rupert Pupkin (le héros de « LA VALSE DES PANTINS ») qui aurait connu son heure de gloire et se retrouverait à 73 ans, courant le cachet dans des cabarets miteux. C’est bien sûr la présence de Robert De Niro dans un rôle de « stand-up comedian » qui fait penser à ce pont entre le film de Scorsese et « THE COMEDIAN », réalisé par Taylor Hackford.COMEDIAN2

Sous forme de chronique douce-amère et souvent abrasive de la vie de cette « grande gueule » au bord de la vieillesse, perdu dans un monde qu’il ne comprend plus, le film est une heureuse surprise, malgré un scénario déstructuré qui se contente pour l’essentiel d’aligner les morceaux de bravoure : le mariage lesbien de la nièce, l’impro scatologique à l’hospice en Floride, la remise de prix à la moribonde Cloris Leachman (extraordinaire !), le face-à-face dans un restaurant new-yorkais entre les vieux compères De Niro et Harvey Keitel, etc. C’est un festival de bons mots, de situations embarrassantes, d’éclats de rire et de temps en temps d’émotion et de réflexion sur le temps qui passe. Que du bonheur, autrement dit, d’autant qu’on retrouve le De Niro qu’on aime et qui se fait si rare : intense, impliqué, audacieux et dépourvu de toute vanité de star. On applaudit des deux mains ! Il est très bien entouré par Leslie Mann en jeune femme névrosée, Danny De Vito en frère patient, Patty LuPone géniale en belle-sœur survoltée, Edie Falco en impresario stoïque. En bonus : l’apparition de Billy Crystal dans son propre rôle et de Charles Grodin – à peine reconnaissable – l’ancien partenaire de ‘Bob’ dans « MIDNIGHT RUN ».

« THE COMEDIAN » n’a rien d’un grand film, mais pour peu qu’on aime les vieilles stars en pleine possession de leurs moyens, l’univers pathétique et cocasse des comiques aux carrières fluctuantes et pour quelques vacheries anthologiques balancées au micro par un De Niro en roue-libre, il faut absolument voir ce film roboratif.

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PATTY LuPONE, DANNY DE VITO, ROBERT DE NIRO ET CHARLES GRODIN

 
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AUJOURD’HUI, IL A 75 ANS !

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« ANGEL HEART – AUX PORTES DE L’ENFER » (1987)

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MICKEY ROURKE

Écrit et réalisé par Alan Parker, d’après une Série Noire, « ANGEL HEART – AUX PORTES DE L’ENFER » est une somptueuse adaptation du mythe de Faust à l’univers du ‘film noir’ et des légendes vaudous.ANGEL

Cela démarre de façon traditionnelle : un « privé » un peu minable (Mickey Rourke) est engagé par un gentleman excentrique (Robert De Niro) pour retrouver un crooner disparu depuis la WW2 qui aurait une dette envers lui. Mais à mesure que l’enquête progresse, que notre héros se délocalise de New York à New Orleans, le scénario se complexifie, les meurtres rituels se multiplient et on perd rapidement pied. L’intérêt principal du film ne vient évidemment pas de ses aspects « polar » très convenus, mais de la véritable identité des deux protagonistes. Le patronyme de l’employeur : ‘Louis Cyphre’ ne laisse pas grand doute sur ce qu’il est réellement et les crises d’absence de plus en plus fréquentes du détective font sourdre un doute sur le moindre de ses actes. C’est un jeu pervers et très finement mené, où l’image a souvent plus de poids et en dit infiniment plus que le dialogue. La photo de Michael Seresin est tout simplement magnifique, plongeant dans les années 50 avec une telle perfection qu’on en oublie le pourtant énorme travail de déco effectué sur chaque séquence.

Malgré la relative brièveté des apparitions de De Niro, c’est son face-à-face avec Rourke – qui passait alors pour son successeur n°1 – qui passionne dans « ANGEL HEART ». Le cheveu long, noir de jais, la barbe lui dévorant le visage, De Niro adopte des manières, des moues, qu’on ne lui connaissait pas. Le gros-plan où il dévore un œuf dur, censé symboliser l’âme humaine, est authentiquement saisissant. C’est du cabotinage oui, mais contrôlé et en harmonie avec le personnage. Rourke trouve un de ses meilleurs rôles en enquêteur de plus en plus sale et déglingué à mesure qu’avancent ses investigations. Une vraie dégringolade aux enfers, cristallisée par ses plans d’ascenseur descendant sans arrêt jusqu’au générique de fin. À leurs côtés, Lisa Bonet est très bien en prêtresse vaudou sexy et on aperçoit des figures familières comme Charlotte Rampling dans une « guest » sans relief, Dann Florek, Pruitt Taylor Vince ou Kathleen Wilhoite en infirmière allumeuse.

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LISA BONET ET ROBERT DE NIRO

« ANGEL HEART » mérite d’être vu plusieurs fois, car on s’aperçoit que Parker ne « triche » pas avec son ‘twist’ final et qu’il dissémine çà et là de nombreux indices très lisibles (à condition de déjà connaître la fin) permettant au spectateur d’éventuellement deviner le fin-mot de l’histoire. Un beau morceau de cinéma ambitieux sans jamais être prétentieux et qui a très bien vieilli.

 

« THE WIZARD OF LIES » (2017)

« THE WIZARD OF LIES » est un téléfilm HBO basé sur l’escroquerie phénoménale organisée par Bernie Madoff et qui ruina des milliers d’Américains en 2008. Inspiré du livre de Diana Henriques, qui tient son propre rôle d’intervieweuse dans le film, le scénario est bâti de façon éclatée, évoquant parfois le style d’un Scorsese.WIZARD

Après « SLEEPERS », « DES HOMMES D’INFLUENCE » et « PANIQUE À HOLLYWOOD », Barry Levinson retrouve Robert De Niro pour le diriger dans le rôle-titre. Moins rond que le véritable Madoff, moins débonnaire, le visage plus tourmenté, De Niro s’avère néanmoins un excellent choix. Affublé d’un faux nez, il est d’une intensité et d’une sobriété qu’on lui voit rarement ces dernières années et parvient à lever une partie du voile sur la personnalité étrange de ce « sociopathe » affable et monstrueux à la fois, vivant dans le déni le plus total.

Le film suit en parallèle l’escroc rattrapé par ses exactions, traqué par la presse et ceux qu’il a spoliés et sa vie de famille qui vire au cauchemar. Michelle Pfeiffer est remarquable dans le rôle de son épouse d’abord frivole, peu à peu plongée dans un véritable cauchemar qui la laisse à la dérive. Le personnage le plus attachant et pathétique. La séquence du suicide raté de Bernie et Ruth est à la fois drôle et tragique. À leurs côtés, Alessandro Nivola est parfait en fils fragile incapable de supporter la pression des médias et la haine dont il fait injustement l’objet. Les scènes où il se laisse humilier par son père sont très rudes.

Extrêmement bavard, pas toujours très clair chronologiquement parlant, « THE WIZARD OF LIES » offre une approche intéressante et mesurée d’un individu impossible à cerner, difficile à juger, qui suscite malgré lui une certaine empathie à la fin, dans son absolue solitude en prison. À 74 ans, De Niro démontre qu’il n’a pas encore fini de nous surprendre et que des années de navets n’ont pas entamé son génie de la composition.

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ROBERT DE NIRO