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Archives de Catégorie: LES FILMS DE ROBERT REDFORD

« RANDONNEURS AMATEURS » (2015)

walkÀ ses débuts dans la cour des grands, Nick Nolte fut acclamé comme un « nouveau Robert Redford » (à tort. Excepté la blondeur, ils n’ont que peu de points communs). Quand Redford se retira du projet « LES NERFS À VIF », Scorsese le remplaça par Nolte. Ils se croisèrent brièvement dans « SOUS SURVEILLANCE » en 2012. « RANDONNEURS AMATEURS » marque la première vraie rencontre des deux hommes.

La confrontation est intéressante d’emblée : à 80 ans, Redford s’accroche encore à son image de star et à sa mythologie de citadin fasciné par la nature (« JEREMIAH JOHNSON »), alors que – son cadet de cinq ans – Nolte a totalement abdiqué son emploi d’antan et affiche un physique de grizzly au faciès couperosé.

Le film est une comédie « pour seniors » dans la lignée thématique de « LA VIE, L’AMOUR… LES VACHES », l’ultime aventure d’anciens copains qui ne se sont jamais beaucoup aimés, et qui vont apprendre à se connaître au cours d’un périple dans les Appalaches. C’est souvent drôle et touchant, parfois embarrassant (les blagues à répétition sur les déjections enterrées dans les bois ou les culottes XXL) et le tandem fonctionne étonnamment bien. Toujours classe, un peu en retrait, pratiquant en finesse l’autodérision, Redford fait preuve d’une belle présence, même si on le sent plus frêle. Nolte est en roue-libre dans ce rôle d’ex-ivrogne râleur et tire-au-flanc. Les rôles de femmes sont anecdotiques, mais on est content de revoir Emma Thompson en épouse attentive mais sclérosante et Mary Steenburgen en gérante d’un motel sexy. Bien sûr, tout cela ne nous rajeunit pas !

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ROBERT REDFORD, NICK NOLTE ET MARY STEENBURGEN

Un film tranquille et prévisible, tourné dans de beaux paysages, au dialogue parfois heureux, une réflexion (légère) sur le vieillissement et le refus du renoncement et surtout le plaisir de voir deux vétérans des seventies se confronter pacifiquement. Pour nostalgiques uniquement.

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« TRUTH » (2015)

Il y a 40 ans, Robert Redford, jeune reporter, enquêtait à Washington dans « LES HOMMES DU PRÉSIDENT » et finissait par provoquer la destitution du président Nixon. Quatre décennies plus tard, le même Redford, un peu moins jeune mais toujours d’attaque, mène un combat similaire contre le président Bush et… échouera, mettant un terme à sa propre carrière. C’est toute la différence entre les deux films, tous deux tirés de faits réels, mais reflétant l’évolution du monde.TRUTH

« TRUTH », inspiré du livre de la productrice de news TV incarnée par Cate Blanchett, conte l’investigation d’une équipe de journalistes de la chaîne CBS, menée par le légendaire Dan Rather (Redford, donc), sur le passé militaire controversé de Bush, entre ses deux mandats. À cause d’un dossier mal bouclé, de documents à l’authenticité douteuse, l’échec de l’émission sera cuisant et décrédibilisera tous les reporters. Rather finira même son parcours par de plates excuses en direct…

Parfaitement documenté, prenant grâce à sa construction en forme d’engrenage, « TRUTH » n’en demeure pas moins un peu désincarné et mécanique dans son déroulement. L’idée de prendre une icône du 7ème Art pour incarner une légende du journalisme n’était pas sotte, mais on a beaucoup de mal à fusionner les deux personnalités, même si – à 80 ans – Redford est irréprochable. Blanchett est très bien aussi en fonceuse trop pressée qui rappelle la Faye Dunaway de « NETWORK ». De bons acteurs comme Dennis Quaid, Elisabeth Moss ou Rachael Blake sont sous-utilisés. Stacy Keach, à peine reconnaissable, est excellent en ex-militaire pas très fiable.

« TRUTH » accroche l’intérêt le temps qu’il dure, mais ne laisse aucun souvenir marquant. C’est du bon travail, propre et soigné, mais dépourvu de personnalité, de point-de-vue ou d’émotion. À voir comme une tranche d’Histoire américaine pas très reluisante, mais synthétisant bien l’époque qu’elle décrit. Même le baroud d’honneur final de Blanchett ne changera pas le cours de choses, ni l’opinion qu’on pouvait se faire de son personnage : Frank Capra est mort et bien mort !

 

« THE RIGHT KIND OF MEDICINE » : Robert Redford dans « Alfred Hitchcock présente »

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ROBERT REDFORD

« THE RIGHT KIND OF MEDICINE » est un épisode de la 7ème saison de « ALFRED HITCHCOCK PRÉSENTE », réalisé par Alan Crosland, Jr.

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WANTED : CHARLIE MARX !

Charlie Marx (Robert Redford), une petite gouape, commet un hold-up et tue plusieurs personnes pendant l’opération. Blessé à la jambe, il se rend chez un vieux médecin de quartier qu’il connaît bien. Celui-ci lui prescrit des pilules antidouleur. Redford va les acheter à la pharmacie du coin et finit par repartir avec un tout autre médicament que celui qu’il était venu chercher. D’une façon ou d’une autre, justice sera bientôt rendue.

Bâti sur une seule et unique idée, l’épisode se traîne et tire à la ligne. Il semble bien plus long que ses modestes 24 minutes (génériques et présentation de ‘Hitch’ inclus). Mais c’est l’occasion de voir le jeune Redford souvent seul à l’image, intense et insolent, dans un rôle de « sauvageon » vaguement sociopathe comme il en a beaucoup campé à la télé à ses débuts. Il joue très bien la douleur et la panique et occupe l’espace avec autorité. Autour de lui quelques seconds rôles familiers comme Russell Collins en pharmacien ronchon et Bert Remsen en flic.

 

« BRUBAKER » (1980)

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ROBERT REDFORD

Treize ans après avoir signé « LUKE LA MAIN FROIDE », classique absolu du film de prison, l’honnête Stuart Rosenberg retourne derrière les barreaux pour « BRUBAKER », inspiré de faits réels, pour un résultat convaincant mais moins inspiré.BRUBAKER

La première demi-heure est la plus efficace : Robert Redford entre comme forçat dans un pénitencier de l’Arkansas et découvre l’horreur totale : corruption, viols, meurtres, tortures, etc. L’acteur ne prononce que quelques monosyllabes jusqu’au moment où il révèle son vrai visage : il est le nouveau directeur du bagne ! Effaré par ce qu’il a vécu de l’intérieur, il entreprend de réformer l’endroit de A à Z, mais se confronte bientôt au « système » et à ses ramifications qui remontent très loin dans les sphères politiques.

Magnifiquement photographié par le français Bruno Nuytten, musiqué par Lalo Schifrin, « BRUBAKER » est un bon gros film hollywoodien, carré et bien construit, mais qui demeure en surface et parvient – intentionnellement ou pas – à enjoliver malgré tout une sordide réalité. Un peu à l’image de Redford sobre et taiseux, qui paraît toujours « un peu trop beau pour être vrai » et ressemble plus à la superstar qu’il était alors, qu’à un fonctionnaire zélé. Il est, paradoxalement, une des meilleures raisons de revoir le film aujourd’hui, mais aussi son plus évident point faible. D’autant plus qu’autour de lui, c’est un superbe défilé de seconds rôles plus authentiques les uns que les autres : M. Emmet Walsh et Murray Hamilton plus visqueux que jamais, Yaphet Kotto formidable dans un rôle ambigu, David Keith parfait en taulard à la « rock’n roll attitude » ou Morgan Freeman en prisonnier rendu fou par l’isolement. Ils sont nombreux et ils méritent tous d’être cités.

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YAPHET KOTTO, ROBERT REDFORD, DAVID KEITH ET MORGAN FREEMAN

Le scénario est édifiant, les questions soulevées méritent évidemment de l’être et certaines séquences dégagent une belle puissance (l’exhumation des cadavres dans le champ, l’épilogue). Mais quelque chose cloche… On n’y croit jamais tout à fait, l’émotion n’est pas toujours au rendez-vous. Comme si le message était étouffé et décrédibilisé par l’emballage.

 

« WILLIE BOY » (1969)

WILLIEOn se souvient d’Abraham Polonsky comme d’un homme de gauche blacklisté sous le maccarthisme et réalisateur en 1948 d’un unique film : « L’ENFER DE LA CORRUPTION ». Aussi, c’est avec curiosité qu’on regarde « WILLIE BOY » qui marqua son retour aux U.S.A. pour écrire et réaliser un western.

Bénéficiant d’une enviable réputation auprès des cinéphiles européens, le film supporte assez mal la re-vision objective. On sent en filigrane une résolution forcenée de détourner les codes du genre, d’asséner un discours politique et « adulte » au travers du destin d’un Indien traqué pour de mauvaises raisons. Sans compter cette relation sado-maso entre un shérif-adjoint rustre (Robert Redford) et une chargée des affaires indiennes imbue de sa personne (Susan Clark). Résultat, on ne voit pas suffisamment les uns et beaucoup trop les autres.

L’action se déroule en 1909, les « Injuns » sont parqués dans des réserves et commencent déjà à se transformer en reliques de l’Histoire. Le scénario est étrange, ellipsant des moments importants de façon anarchique, ce qui fait davantage penser à des coupes-montage qu’à une véritable volonté d’auteur. Des personnages apparaissent et disparaissent sans réel développement (le vieux tueur d’Indiens Barry Sullivan, le chasseur-de-primes John Vernon et surtout le jeune Robert Lipton qui aurait dû être le véritable protagoniste du film). Et les rôles de « Natives » sont tenus par des « visages pâles ». Si Robert Blake – qui ressemble étonnamment à Charles Bronson, jusque dans ses maniérismes – est à peu près crédible, Katharine Ross est à côté de la plaque. Enterrée sous un fond-de-teint couleur châtaigne et une perruque noire qui lui mange la moitié du visage, elle est une des « squaws » les moins crédibles de l’Histoire du western.

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ROBERT BLAKE, KATHARINE ROSS ET ROBERT REDFORD

Une fois encore, Redford endosse crânement un rôle parfaitement antipathique de « deputy » poseur et froid, fils d’un pionnier collectionneur de scalps indiens. Un homme entre deux ères. On aurait aimé voir développer sa relation à Willie à peine esquissée, plutôt que perdre du temps avec ses confrontations embarrassantes avec sa maîtresse. Son surnom ‘Coop’ renvoie à Gary Cooper, son physique avantageux lui donne l’allure d’un héros du Far-West de légende, mais le personnage est corrompu, cynique et sans âme.

Parmi les bons points de « WILLIE BOY », une photo sublime de Conrad Hall, des cadrages époustouflants, un ultime face-à-face très réussi entre le chasseur et sa proie et le plaisir de revoir de grands seconds rôles comme Charles McGraw. Mais le film demeure bancal, trop verbeux et privilégiant son message au détriment du spectacle. Au bout du compte, une petite réévaluation à la baisse… Hélas !

 

« L’HOMME QUI MURMURAIT À L’OREILLE DES CHEVAUX » (1998)

HORSEDans la lignée romantique et élégiaque de films comme « OUT OF AFRICA » et « SUR LA ROUTE DE MADISON », Robert Redford signe avec « L’HOMME QUI MURMURAIT À L’OREILLE DES CHEVAUX » un film ample et ambitieux, qui transparaît avec le recul comme un adieu de l’ex ‘Sundance Kid’ aux rôles qui ont fait sa gloire, un ultime baroud d’honneur du séducteur des seventies avant de changer d’emploi à 62 ans.

Situé d’abord à New York puis dans l’immensité du Montana, le scénario relate le terrible accident de cheval d’une adolescente (Scarlett Johansson) qui perd une jambe, alors que son animal est gravement blessé et traumatisé. Au lieu de l’achever (le cheval !), la mère de la jeune fille (Kristin Scott Thomas) conduit l’équidé et l’ado dépressive dans la ferme d’un ‘horse whisperer’ (Redford), un homme capable de communiquer avec les chevaux. S’ensuivra une thérapie « de groupe » qui remettra tout le monde sur pied et pendant laquelle se nouera une idylle entre la business woman pendue à son portable et le cowboy taiseux.

Le traitement délibérément hollywoodien choisi par Redford pourrait rendre tout cela ridicule. Sa façon de se filmer lui-même en ‘Marlboro Man’ buriné, le cheveu blond irisé par le contrejour, le geste magnifié par le ralenti, frise le narcissisme. Mais étonnamment, la magie opère tout de même. Malgré une Scott Thomas sans grand relief et une durée très copieuse. On ne s’ennuie jamais, on entre dans un rythme contemplatif sans résistance et on suit les progrès du cheval, qu’on voit peu à peu renaître à la vie, parallèlement à la gamine.

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ROBERT REDFORD ET KRISTIN SCOTT THOMAS

Il faut dire que le format Scope (à partir de l’arrivée au ranch, seulement) est magnifiquement utilisé, que les paysages sont glorieux et que les face-à-face entre Redford et le cheval sont réellement émouvants. Les seconds rôles comme Chris Cooper et Dianne Wiest sont parfaits et Sam Neill campe le mari (presque) trompé sans jamais le réduire à un bête repoussoir.

Le film est confit de clichés et de facilités, mais il dégage un vrai charme désuet. Et on se souvient d’un bref échange de répliques entre Johansson et Redford. « De quoi avez-vous peur, Tom Booker ? », demande-t-elle. « De vieillir, je suppose », répond-il. Adios, Sundance !

 

« PIEDS NUS DANS LE PARC » (1967)

PIEDSScénarisé par Neil Simon d’après sa propre pièce de Broadway (déjà interprétée quatre ans plus tôt par Robert Redford, Mildred Natwick et Herb Edelman), « PIEDS NUS DANS LE PARC » n’est rien d’autre que du théâtre filmé, paresseusement « aéré » et doté d’un prologue gentiment sexy dans un palace new-yorkais.

Esthétiquement parlant, c’est totalement indigent, d’une pauvreté visuelle sans rémission. On se console (un peu) avec quelques bonnes réparties du tac-au-tac, des gimmicks répétitifs mais drolatiques (les personnages arrivant essoufflés après avoir gravi les six étages) et le charme de Redford et de  Jane Fonda dans tout l’éclat de leur jeunesse. La pièce elle-même est vieillotte, proche du « boulevard » le plus basique et la morale en est franchement réactionnaire : pour vivre un mariage heureux et durable, la femme doit renoncer vite-fait à une partie de sa personnalité et se soumettre à son époux. C’est clairement énoncé et la fin démontre que la jeune mariée excentrique a bien compris la leçon. Cela laisse aujourd’hui, un drôle d’arrière-goût dans la bouche !

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ROBERT REDFORD, JANE FONDA ET MILDRED NATWICK

Le film vaut à la rigueur un coup d’œil curieux pour voir l’utilisation qui est faite de Redford. Dans un rôle de « bobo » (même si cela s’appelait autrment à l’époque) coincé et imbu de lui-même, il tente de se fondre dans le moule des jeunes premiers des sixties comme Rock Hudson et consorts, mais on le sent légèrement mal à l’aise. Cela ajoute paradoxalement de la justesse à son interprétation. Miss Fonda, peu faite pour la fantaisie, affiche un jeu plus mécanique et appliqué mais révèle des jambes à damner un saint. Mais les deux sont éclipsés par Mildred Natwick, redoutable voleuse de scènes, en belle-doche effarouchée qui redécouvre les petits plaisirs de la vie. Charles Boyer est un brin pénible en séducteur du 3ème âge et Herb Edelman très drôle en installateur du téléphone.

À voir dans la dynamique de carrière d’un Redford qui se cherchait encore. C’est après « LA POURSUITE IMPITOYABLE » et avant « LE CAVALIER ÉLECTRIQUE » un des trois films qu’il tourna avec Jane Fonda.