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Archives de Catégorie: LES FILMS DE SIMONE SIGNORET

« LES DIABOLIQUES » (1955)

DIABOLIQUES

VÉRA CLOUZOT

Écrit par les « rois du suspense » Boileau & Narcejac, réalisé par Henri-Georges Clouzot, « LES DIABOLIQUES » est considéré encore aujourd’hui – et à juste titre – comme le maître-étalon du thriller psychologique.DIABOLIQUES2

Situé en grande partie dans un cours privé pour garçons à Saint-Cloud, le scénario confronte le directeur de l’établissement (Paul Meurisse) un odieux individu dominateur et violent, sa faible femme riche mais cardiaque (Véra Clouzot) et sa maîtresse (Simone Signoret), une des profs, au caractère bien trempé. Devenues complices, l’épouse et la concubine décident d’assassiner l’infâme. Bien sûr, tout ceci n’est que le point de départ et le suspense se développe de coups de théâtre en chausse-trappes, jusqu’à frôler le fantastique. La mise-en-scène est extrêmement rigoureuse et efficace (voir comment Clouzot parvient à placer la bouteille de whisky empoisonnée au centre de tous les plans, avant que Meurisse ne la remarque, créant une tension  extrême sur presque rien). Ce n’est qu’après la révélation finale qu’on peut éventuellement se dire que tout cela était tout de même très tiré par les cheveux (toute cette machination élaborée au millimètre près pour… ça ?) et que les méchants avaient certainement des moyens moins tordus pour parvenir à leurs fins. Mais ce n’est pas grave ! L’important n’est pas la crédibilité mais le plaisir du jeu.

Signoret est parfaite en femme dure et déterminée, obsédée par l’argent. Meurisse impeccable en salaud haïssable et avaricieux. Moins rouée que ses partenaires et handicapée par son accent, Véra Clouzot parvient à se montrer à la fois pathétique et irritante. Autour de ce beau trio, de grands seconds rôles comme Charles Vanel en ex-flic fouineur, Pierre Larquey et Michel Serrault en profs cancaniers, Noël Roquevert en voisin atrabilaire, grandiose de médiocrité. L’œil exercé reconnaîtra également un tout jeune Johnny Hallyday en élève dans la séquence de la photo de classe.

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SIMONE SIGNORET, MICHEL SERRAULT, VÉRA CLOUZOT, PIERRE LARQUEY ET JOHNNY HALLYDAY

« LES DIABOLIQUES », superbement photographié par Armand Thirard, est un bel exercice de style, qui s’offre le luxe d’un épilogue magnifique, ironique et inquiétant, qui remet en question tout ce qu’on vient de voir.

À noter qu’il y eut un remake américain en 1996, réalisé par Jeremiah Chechick, avec Isabelle Adjani, Sharon Stone, Chazz Palminteri et Kathy Bates (dans le rôle de… Charles Vanel). Un désastre sur toute la ligne !

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« LA MOUETTE » (1968)

SEAGULL

SIMONE SIGNORET

« LA MOUETTE » est une belle adaptation de la pièce de Tchekhov, qui permet d’en saisir toutes les subtiles nuances. La première surprise est déjà qu’elle soit signée Sidney Lumet, réalisateur extraordinairement éclectique, qui fait preuve d’une finesse et d’une fluidité dans la mise-en-scène plus anglaises qu’américaines.SEAGULL3

Sur trois époques, le film décrit le quotidien d’une famille d’artistes russes du 19ème siècle dans leur maison de campagne. La mère (Simone Signoret) est une actrice égotique, son mari (James Mason) un écrivain connu. Le fils (David Warner) voudrait être auteur de théâtre, mais sa mère demeure indifférente et moqueuse. La jeune Nina, jamais sortie de son terroir (Vanessa Redgrave) s’amourache de Mason et rêve d’une vie d’actrice.

Les rêves, les illusions, les amours sincères, tout sera piétiné, doucement et poliment, mais sans le moindre espoir de retour, pendant ces séjours apparemment chaleureux, mais en réalité d’une terrible cruauté.

Pendant 141 minutes, « LA MOUETTE » ne cesse d’enchaîner les dialogues, de fouiller la psychologie frivole, tourmentée, parfois stupide de ses personnages et la comédie de mœurs fonce lentement vers le drame.

Entièrement tourné en Suède, joliment photographié par Gerry Fisher, le film tient en grande partie sur son casting : Warner au mal-être presque contagieux dans ce rôle de « fils de » voué à l’échec, Redgrave naïve et solaire, broyée par la réalité, Signoret parfaitement à l’aise dans ce rôle de castratrice insensible, Mason égal à lui-même c’est-à-dire odieux et charmant. On retrouve également un Denholm Elliott étrangement emperruqué en docteur. Grâce à ces « pointures », on ne s’ennuie jamais et le texte de Tchekhov prend littéralement vie. À découvrir…

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JAMES MASON, DAVID WARNER ET VANESSA REDGRAVE

 

« LES SORCIÈRES DE SALEM » (1957)

SALEM2 copieAdapté par Jean-Paul Sartre d’une pièce d’Arthur Miller écrite en 1953, « LES SORCIÈRES DE SALEM » s’inspire de faits réels survenus dans le Massachusetts au 17ème siècle, dans une communauté protestante.

Passé le petit décalage de voir des comédiens français jouer des Américains, le film immerge rapidement dans son ambiance pesante, quasi-bergmanienne et place ses enjeux progressivement, jusqu’au procès. Raymond Rouleau (qui tient également le rôle central du juge, sans être crédité au générique) soigne sa photo, ses cadres, ses décors, il « tient » ses acteurs avec une telle poigne, qu’il dément la mauvaise réputation d’Yves Montand au début de sa carrière : dans la dernière partie, il annonce d’étonnante façon son interprétation dans « L’AVEU ». En fermier honnête, mais rejeté par sa femme puritaine et frigide (Simone Signoret) et tenté par une jeune fille sensuelle et délurée (Mylène Demongeot), il domine le film et son humanité lui évite les pièges du simple pamphlet anti-maccartiste qu’il aurait facilement pu être au final. Demongeot est exceptionnelle en simulatrice machiavélique, ses scènes de « possession » font froid dans le dos. Signoret laisse filtrer toutes les contradictions de son personnage ingrat avec une admirable rigueur. Autour de ce superbe trio, des visages familiers comme Pierre Larquey, Jean Gaven, Pascale Petit et même Michel Piccoli qui apparaît dans deux courtes scènes.

Une belle réussite que « LES SORCIÈRES DE SALEM » donc, qui n’a pour seul défaut – mais il est de taille – de durer trop longtemps : 145 minutes. La partie suivant le procès, l’emprisonnement et les états d’âme de Proctor semblent durer des heures et s’enlisent dans un traitement théâtral que le film avait réussi à éviter jusque-là. C’est vraiment dommage !

Mais cela demeure une œuvre austère et maîtrisée, esthétiquement admirable (photo de Claude Renoir) et un thème au sous-texte politique encore tout à fait valide aujourd’hui.

SALEM copie

MYLÈNE DEMONGEOT, YVES MONTAND ET SIMONE SIGNORET

 

« LE TRAQUÉ » (1950)

TRAQUÉÉcrit par l’auteur, l’année suivante, de « CASQUE D’OR », réalisé par Frank Tuttle responsable de « TUEUR À GAGES », classique du ‘film noir’ U.S., « LE TRAQUÉ » est une curieuse coproduction tournée à Paris avec une distribution internationale, où tout le monde parle anglais, même les Français entre eux et où le personnage central est un gangster américain comme échappé d’un autre film.

Dane Clark, sorte de (très) pâle avatar de Bogart, l’imper inclus, s’évade avant son procès et, blessé, demande l’aide de son ex-maîtresse Simone Signoret, pour gagner la frontière belge. L’inspecteur Fernand Gravey (« Gravet » au générique) est à leurs trousses.

Déconnecté de la réalité, peuplé de personnages qui sont autant de clichés sur pattes, le film a du mal à faire oublier l’absence totale de charisme de Clark, qui a beau singer laborieusement les maniérismes de ‘Bogie’, ne dégage pas grand-chose, pas même du danger. Un peu incongrue dans ce contexte, Signoret à l’aube du vedettariat, fait ce qu’elle peut d’un rôle sans intérêt de « poule à gangsters » fascinée par les mauvais garçons, même si ceux-ci l’entraînent à sa perte. Le manque d’alchimie aveuglant entre elle et son partenaire américain n’aide évidemment pas à rehausser le film.

Cela peut se laisser regarder par pure curiosité, car c’est une rareté récemment exhumée, et aussi dans la perspective du parcours international de Simone Signoret, mais malgré une photo parfois évocatrice, il existe peu de raisons de recommander « LE TRAQUÉ ».

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SIMONE SIGNORET ET DANE CLARK

À noter qu’il existe une version alternative du film tournée en français (donc basée sur un autre négatif) et bizarrement signée… Borys Lewin, monteur réputé, dont ce sera l’unique réalisation. Un crédit résultant probablement d’accords de coproduction.

 

« CHÈRE INCONNUE »(1980)

chere2Adapté d’un roman anglais, « CHÈRE INCONNUE » est un film délicat et sensible, une petite « musique de chambre » mettant en scène trois personnages modestes, coupés de la réalité.

Simone Signoret est restée vieille fille pour s’occuper de Jean Rochefort, son frère infirme cloué sur un fauteuil roulant. Ils n’ont pour seule amie que la boulangère du village voisin, Delphine Seyrig qui vient les voir tous les jours. Quand Signoret se décide à publier une annonce dans le journal local pour correspondre avec un homme, c’est son frère – ignorant son identité – qui va lui répondre. S’ensuit un imbroglio sentimental ambigu et complexe où vont s’entrechoquer les solitudes et les non-dits de toute une vie.

Simple, théâtral, aéré par de beaux extérieurs du Finistère, le film déroule avec finesse ses thèmes, et fait exister trois individus singuliers et touchants, passés à côté de la vie. Étonnant d’ailleurs, en parlant de singularité, à quel point Moshé Mizrahi a choisi trois interprètes possédant les voix les plus spéciales imaginables. Signoret est égale à elle-même, la rudesse de ses manières et de ses traits marqués contrastant avec son hyper-sensibilité. Rochefort se laisse parfois aller à des dérapages pas nécessaires, mais il parvient à demeurer imprévisible, intéressant. Et Delphine Seyrig est absolument magique dans ce personnage de gentille fille un peu sotte mais douce et attachante qui illumine toutes les scènes où elle apparaît.

« CHÈRE INCONNUE » se laisse voir avec un grand plaisir, il distille une émotion subtile et profonde. L’épisode de la troupe de comédiens tombe comme un cheveu sur la soupe, mais ce n’est pas très grave, cela ouvre brièvement le huis clos. À voir donc, pour le plaisir des acteurs, d’un dialogue ciselé (Gérard Brach), d’une BO signée Phlippe Sarde et pour la photo ouatée de Ghislain Cloquet. Rien que du très beau linge, autrement dit…

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SIMONE SIGNORET ET DELPHINE SEYRIG

 

« L’ÉTOILE DU NORD » (1982)

nordEncore une fois, Pierre Granier-Deferre adapte Georges Simenon pour offrir un grand rôle à Simone Signoret. Sans être tout à fait à la hauteur de « LA VEUVE COUDERC » ou « LE CHAT », « L’ÉTOILE DU NORD », adapté par le grand Jean Aurenche, est une belle confrontation de deux personnalités opposées dans le quasi huis-clos d’une pension de famille en Belgique.

Après avoir tué un homme pour le voler, Philippe Noiret, baroudeur à la petite semaine revenu d’Égypte, se réfugie dans la pension de Signoret, honorable dame bien sous tous rapports, dont il connaît la fille aînée (Fanny Cottençon) rencontrée sur le bateau. Entre le voyageur verbeux et aussi « bidon » que la fausse bague qu’il trimbale partout, et la vieille femme qu’il entraîne dans ses récits exotiques, va naître une étrange relation qui s’achèvera par quelque chose qui ressemble à de l’amour.

Presque deux heures, c’est un peu long pour une anecdote trop mince, dont les digressions (les flash-backs en Égypte jolis, mais peu nécessaires) et les personnages secondaires ne passionnent guère. On s’ennuie donc poliment, tout en admirant le dialogue ciselé, la déco méticuleuse et les extérieurs ressuscitant à merveille l’ambiance de 1934. Si Noiret offre une prestation efficace mais pantouflarde et, à vrai dire, guère émouvante, il est éclipsé par Signoret qui fait passer une multitude de nuances infinitésimales dans le regard de cette femme éteinte, emmurée vivante dans sa grisaille qui va peu à peu se reprendre à rêver. Sans aucun effet, aucun excès, la comédienne crève l’écran d’impressionnante façon et crée un personnage aux multiples facettes. Cottençon est parfaite en « grue » généreuse, Jean Rougerie formidable en mari médiocre obnubilé par les chemins-de-fer.

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SIMONE SIGNORET, PHILIPPE NOIRET ET FANNY COTTENÇON

« L’ÉTOILE DU NORD » n’est pas un grand film, sans doute parce que trop délayé et n’offrant pas réellement un duel de « monstres » comme Signoret en avait connu avec Delon ou Gabin. Mais c’est du joli travail, tout en finesse, tout à fait regardable.

 

« MANÈGES » (1950)

manegesDeux ans après le déjà pas très joyeux « DÉDÉE D’ANVERS », Yves Allégret retrouve la même équipe (son scénariste, son chef-opérateur, son trio de vedettes) pour un film d’une noirceur absolument effarante, une étude de la cupidité humaine et de la manipulation, dont l’histoire annonce « VOICI LE TEMPS DES ASSASSINS » de Duvivier avec cinq années d’avance.

« MANÈGES » démarre de façon très osée pour l’époque, dans une mosaïque de flash-backs autour d’une jeune femme (Simone Signoret) agonisante sur un lit d’hôpital, entourée de son mari éploré (Bernard Blier) et de sa mère (Jane Marken). Mais alors qu’elle se pense condamnée, Signoret demande, par pure méchanceté, à sa gentille môman de raconter à Blier la sordide vérité sur ce mariage qui l’a mené à la ruine. En fait les deux femmes sont des prédatrices amorales et cyniques, jetant leur dévolu sur des hommes riches pour les plumer et passer aussitôt à une nouvelle victime. Propriétaire d’un manège cossu à Neuilly, Blier aveuglé par l’amour va y perdre jusqu’à sa chemise sans rien comprendre à rien.

Il n’y a pas grand-monde à sauver dans ce film cruel et abrasif, sans le moindre éclat de lumière. Même Blier est tellement naïf et crédule, qu’il en devient stupide et irritant. Son revirement final n’en sera que plus fort et plus brutal. Quant aux personnages de la mère et de la fille, ils sont écrits avec une incroyable misogynie : c’est un duo de hyènes et d’ailleurs Marken – absolument géniale – en a le rire insupportable. Signoret, féline et subtilement vulgaire, trouve un de ses grands rôles en garce absolue et sans la moindre circonstance atténuante : un monstre authentique qui sera rattrapée d’effroyable façon par le destin. À côté de cet exceptionnel trio, Jacques Baumer parvient à exister en palefrenier taiseux, qui fait office de mauvaise conscience à Blier, sans parvenir à rien freiner.

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SIMONE SIGNORET, JANE MARKEN ET BERNARD BLIER

« MANÈGES » est un film de misanthrope, qui pousse le bouchon jusqu’à l’écœurement pur et simple. Mais la qualité des comédiens et du dialogue rend le spectacle fascinant. Noir c’est VRAIMENT noir !