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Archives de Catégorie: LES FILMS DE TELLY SAVALAS

« LES CHASSEURS DE SCALPS » (1968)

SCALPIl y a quelque chose dans « LES CHASSEURS DE SCALPS » de Sydney Pollack, qui annonce nettement le plus populaire « SOLEIL ROUGE » de Terence Young, sorti trois ans plus tard. Un humour débonnaire, un message finement antiraciste et des personnages hauts-en-couleur.

Le trappeur Burt Lancaster « hérite » d’un esclave noir (Ossie Davis) et voit une année de travail envolée, quand des guerriers comanches, puis des comancheros dérobent ses peaux. Avec son nouvel acolyte, il se lance à leur poursuite. L’anecdote est mince, mais propice au développement de caractères. Et tant que Lancaster et Davis sont ensemble à l’image, c’est un délice : le premier superbe en rustre sympathique et entêté au verbe fleuri, le second exceptionnel en roublard opportuniste et beau-parleur, bien plus intelligent que son « propriétaire ». Le dialogue est brillant, d’une drôlerie irrésistible et l’alchimie entre les acteurs est formidable. Hélas, ils sont trop vite séparés par les aléas du scénario et c’est le couple Shelley Winters-Telly Savalas qui occupe alors le devant de la scène. Ils sont infiniment moins drôles, cabotinent en roue-libre de façon répétitive et vite exaspérante. À cause de ce déséquilibre, le film connaît un terrible « ventre mou » en son milieu, qui ne se dissipe que lorsque Burt et Ossie se retrouvent enfin. C’est regrettable, mais certaines répliques aident à avaler la pilule : « Si on te mettait dans une porcherie, tu deviendrais vice-président des gorets » ou :  « Parce que t’es battu pour la première fois de ta vie, tu te pavanes comme une squaw enceinte ». Éclats de rire assurés, d’autant que Lancaster est dans une forme éblouissante. Parmi les rôles secondaires, on reconnaît des visages familiers comme Dabney Coleman ou Paul Picerni. Malgré ce scénario bancal, une photo tristounette et une BO d’Elmer Bernstein qu’il a dû écrire pendant son sommeil, « LES CHASSEURS DE SCALPS » demeure un western sympathique, bourré de bonnes idées, dont on est prêt à pardonner les manques et les vices-de-forme.

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OSSIE DAVIS, TELLY SAVALAS ET BURT LANCASTER

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« MONGO’S BACK IN TOWN » (1971)

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JOE DON BAKER

Inspiré d’un roman de E. Richard Johnson, repris de justice et écrivain, « MONGO’S BACK IN TOWN » est un téléfilm tourné par Marvin J. Chomsky (« HOLOCAUSTE »), avec un budget excessivement restreint, mais un vrai point-de-vue et un casting de tout premier ordre.

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SALLY FIELD ET TELLY SAVALAS

Mongo Nash (Joe Don Baker), tueur-à-gages, sort de prison après cinq ans et retrouve son frère Charles Cioffi qui veut l’engager pour éliminer un rival menaçant sa mainmise sur la fausse monnaie. Mais rien n’est aussi simple qu’il n’y paraît et ‘Mongo’ se retrouve au cœur d’une machination infernale. Le pitch est simple, sans grande originalité, mais le traitement de l’image et du son fait de ce téléfilm un véritable objet de curiosité. D’abord, c’est d’une noirceur très inaccoutumée à la TV de cette époque, tout se passe pendant les fêtes de Noël, sous une pluie battante et ininterrompue. Ensuite, les décors sont tellement fauchés et minimalistes, qu’on se croirait parfois sur une scène de théâtre d’avant-garde. Et enfin, la BO de Michael Melvoin apporte une atmosphère de cauchemar éveillé très angoissante. L’attraction n°1, c’est Joe Don Baker, exceptionnel en brute épaisse. Un antihéros sans humour, sans charme, capable de terroriser une pauvre fille sans défense (Sally Field) pour en faire son esclave et de tabasser son ex pour lui soutirer un renseignement. Un portrait de tueur sans concession, que l’acteur incarne avec une sorte de perversité taciturne et fataliste. Il crève vraiment l’écran. Autour de lui, Telly Savalas et Martin Sheen forment un tandem de flics sans grande épaisseur, Anne Francis est une barmaid désabusée. « MONGO’S BACK IN TOWN » serait certainement plus connu et diffusé s’il avait été tourné pour le cinéma. Mais il n’a pas complètement disparu dans les limbes encore aujourd’hui et s’est imprimé dans la mémoire de certains cinéphiles amoureux du ‘film noir’. Les six premières minutes, totalement dépourvues de dialogue, sont un petit chef-d’œuvre en soi (il faut avoir vu Baker démolir l’étalage d’un faux aveugle qui le laisse faire sans réagir !). La réalisation suffocante, tout en gros-plans et en pénombre de Chomsky apporte beaucoup à la fascination exercée par le film.

À noter : il fut diffusé en France sous les titres « LE RETOUR DE MONGO » et « LE RETOUR DU TUEUR ».

 

« MAY GOD HAVE MERCY » : Telly Savalas dans « Le fugitif »

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CAROL ROSSEN ET DAVID JANSSEN

« MAY GOD HAVE MERCY » est un excellent épisode de la 2ème saison de la mythique série « LE FUGITIF », réalisé par Don Medford.

Alors qu’il travaille comme infirmier dans un hôpital, David Janssen est blessé et arrêté. Mais quand son ennemi juré Barry Morse (particulièrement inquiétant et émacié dans cet épisode) arrive pour l’extrader, quelqu’un se dénonce à sa place : Telly Savalas ! Ancien ami de Janssen, il a une dette morale envers lui et, venant d’apprendre qu’il n’en a plus que pour dix mois à vivre, décide de s’accuser de l’assassinat de l’épouse du Dr. Kimble. Mais Morse n’est pas dupe…

Très bien construit et dialogué, l’épisode vaut pour ses ‘guests’ : Savalas remarquable en homme meurtri par la mort de sa fille dont il est en partie responsable, Carol Rossen également parfaite dans le rôle de sa femme, Norman Fell en flic provincial et Jud Taylor absolument odieux en infirmier dragueur au rire de hyène. Janssen comme toujours, traîne sa misère avec la même expression abattue, traquée. On se demande vraiment quel autre acteur aurait pu incarner aussi idéalement ce personnage de victime-née.

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TELLY SAVALAS ET BARRY MORSE

À noter que le film fut tourné la même année que « LA PLUS GRANDE HISTOIRE JAMAIS CONTÉE » dans lequel Savalas, pour jouer Ponce-Pilate avait entièrement rasé son crâne pour la première fois.

 

« LES NERFS À VIF » (1962)

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ROBERT MITCHUM

« LES NERFS À VIF » est certainement le meilleur film de la carrière globalement navrante de J. Lee-Thompson. Avec une rigueur qu’on ne lui connaissait pas, un soin dans l’image (magnifique noir & blanc de Sam Leavitt) et dans la bande-son (obsédante BO de Bernard Herrmann), il traite frontalement un scénario implacable sur la vengeance et l’autodéfense qui s’achève en plein bayou dans un affrontement bestial entre l’homme civilisé (Gregory Peck) et la bête humaine (Robert Mitchum).cape2

Bien sûr, car on ne se refait pas, tout n’est pas parfait : Peck affiche encore et toujours une pauvreté de jeu décourageante. Raide, amidonné, il ne fait pas grand-chose de son rôle d’honnête homme poussé aux pires extrémités. Pire encore, les comédiennes : de la crispante Polly Bergen à Barrie Chase dans une sorte de démo hors-sujet de la Méthode Actors Studio, en passant par la jeune Lori Martin, censée jouer une gamine mais qui ressemble plutôt à une adulte bizarroïde en format poche, elles forment un drôle de panel de la femme des années 60. Heureusement, Mitchum vient sauver les meubles dans une de ses plus hallucinantes prestations. Son ‘Max Cady’, espèce de brute dégénérée, tabasseur de femmes, à l’intelligence dévoyée et au sadisme placide est – à égalité avec le pasteur de « LA NUIT DU CHASSEUR » – son méchant le plus terrifiant. Refusant toute vision charismatique ou ‘bigger than life’, l’acteur crée un méchant visqueux, imprévisible, obsédé sexuel, malsain au possible, comme peu de stars de sa carrure ont osé le faire. Et quand à la fin, il se met à ramper torse-nu dans le marais, il n’est plus qu’un prédateur affamé, un saurien dangereux. Il ajoute à lui seul, une dimension quasi-surnaturelle au film tout entier. Parmi les excellents seconds rôles, on reconnaît avec plaisir Martin Balsam en flic loyal et Telly Savalas emperruqué en « privé » lucide.

L’utilisation systématique de la musique d’Herrmann donne au film un lointain parfum hitchcockien, mais on est loin de la maîtrise du maestro anglais. Thompson semble s’être principalement concentré sur le personnage de Mitchum et avoir laissé les autres à la dérive. Cela – ajouté à plusieurs grosses invraisemblances – rend « LES NERFS À VIF » un peu flottant et très inégal. Mais le film vaut largement d’être vu pour son ambiance du Sud, sa photo superbe et, répétons-le, pour un Robert Mitchum à filer la chair de poule.

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MARTIN BALSAM, TELLY SAVALAS, GREGORY PECK ET ROBERT MITCHUM

 

« A MATTER OF MURDER » : Telly Savalas dans « The Alfred Hitchcock hour »

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DARREN McGAVIN ET PAT CROWLEY

« A MATTER OF MURDER » est un épisode de la 2ème saison de la série « THE ALFRED HITCHCOCK HOUR » réalisé par David Lowell Rich.

Le ton en est très singulier, puisqu’il frise le vaudeville criminel et fait évoluer des personnages délibérément caricaturaux dans un suspense quasi-burlesque. Darren McGavin a assassiné sa femme, mais avant qu’il n’ait pu se débarrasser du cadavre au fond d’un lac, sa Rolls Royce est volée par le gang de Telly Savalas. Quand celui-ci découvre le corps dans le coffre, les quiproquos commencent à s’enchaîner. Manipulé par sa maîtresse Pat Crowley, le peu futé McGavin va tenter d’égarer le flic Patrick McVey, pendant que Savalas essaie de refiler la « patate chaude » et de se disculper des soupçons de kidnapping pesant sur sa tête.

C’est indéniablement drôle, on suit ces va-et-vient avec un sourire constant et on se réjouit du numéro de Savalas qui exerce sa verve comique en malfrat constamment excédé, il est vrai mal entouré par une bande de bras-cassés. McGavin est également amusant en apprenti-criminel lent à la détente et trop sûr de lui.

À noter que c’est la toute première fois que Telly Savalas apparaît entièrement chauve à l’écran, avant même « LA PLUS GRANDE HISTOIRE JAMAIS CONTÉE ».

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TELLY SAVALAS

 

EN ALLEMAGNE…

QUELQUES SORTIES BLU-RAY IMMINENTES EN ALLEMAGNE : COPPOLA, SAVALAS, MIFUNE, BRONSON ET GARNER...

QUELQUES SORTIES BLU-RAY IMMINENTES EN ALLEMAGNE : ALTMAN, SAVALAS, MIFUNE, BRONSON ET GARNER…

 

« FAR WEST STORY » (1972)

FARWESTTourné en plein déclin du ‘spaghetti western’ par un des maîtres du genre, Sergio Corbucci, « FAR WEST STORY » est un drôle de mélange entre le « Zapata Western » (avec la présence de Tomás Milian et de son béret basque en défenseur du petit peuple mexicain) et du gros pastiche qui tache à la Trinita, alors très en vogue.

C’est aussi une tentative de tourner un dérivé de « BONNIE & CLYDE » dans un décor westernien. Techniquement soigné, sur une photo « à l’Américaine » et une BO enjouée et entêtante d’Ennio Morricone, le film n’est pas déplaisant et même souvent amusant, même s’il demeure anecdotique et scénaristiquement assez faible. S’il mérite un coup d’œil, ce ne sera pas tellement pour Milian, qui dans un rôle de va-nu-pied macho, bestial et mal embouché, ne fait que répéter ce qu’il fit déjà si bien dans ses précédents westerns, ni pour Telly Savalas qui n’a pas grand-chose à faire en méchant shérif revanchard et… aveugle. Non, s’il faut voir « FAR WEST STORY », ce sera pour la délicieuse Susan George à peine sortie des « CHIENS DE PAILLE », excellente et constamment surprenante dans un personnage de garçon manqué amoureuse folle du vaurien et prête à tout pour lui complaire. Jusqu’à un certain point… C’est son parcours qui intéresse, qui émeut par instants et qui fait du film en fin de compte – et à notre grande surprise – un western féministe. L’ultime plan est un véritable régal (« Tu es ma femme… Mon amie… Ma mère ! »).

Parmi les seconds rôles, on reconnaît Eduardo Farjado (le méchant de « DJANGO ») et surtout Laura Betti en maquerelle immonde et l’incroyable Rosanna Yanni en rousse hystérique qui semblent toutes deux échappées d’un Fellini.

SUSAN GEORGE, ROSANNA YANNI, TOMAS MILIAN ET TELLY SAVALAS

SUSAN GEORGE, ROSANNA YANNI, TOMAS MILIAN ET TELLY SAVALAS

Si on n’espère pas tomber sur un digne successeur de « DJANGO », du « GRAND SILENCE » ou de « COMPAÑEROS », « FAR WEST STORY » peut apporter 90 minutes de détente pas très distinguées, mais sympathiques. Pour les beaux yeux de Susan George, de toute façon…