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Archives de Catégorie: LES FILMS DE TOM BERENGER

« REACH ME » (2014)

REACHClairement influencé par « SHORT CUTS » de Robert Altman et par la mode des films « choraux », mais aussi, encore et toujours par Tarantino (ce couple de tueurs ! ), John Herzfeld signe avec « REACH ME » un film dont la seule surprise est sa date de tournage : on jurerait qu’il a été produit vingt ans plus tôt !

Tout tourne autour d’un livre écrit par un auteur mystérieux (Tom Berenger) capable de changer la vie de ses lecteurs et de modifier leur vision du monde. À partir de là, c’est une construction en mosaïque, faisant évoluer divers groupes de personnages qui finissent par se retrouver tous au même endroit, au même moment à la fin de l’histoire. Vu, revu, rabâché, tout cela ne présente pas grand intérêt à vrai dire et ce petit côté désuet, hors du temps, n’aide pas à accrocher le spectateur.

Cependant, parce que Herzfeld sait filmer et qu’il a réuni une brochette d’acteurs qu’on aime, « REACH ME » se laisse regarder, sans passion excessive mais sans trop de difficulté non plus. Kyra Sedgwick et Lauren Cohan (« WALKING DEAD ») sont bien séduisantes, Sylvester Stallone dans un rôle à la Lancaster dans « LE GRAND CHANTAGE » semble s’amuser beaucoup et son dernier face-à-face avec un Berenger en bonne forme, vaut vraiment le coup d’œil. Thomas Jane est très bien en flic-cowboy addict à la violence, Danny Aiello est un prêtre alcoolo, et parmi les petits rôles on a le bonheur de retrouver Danny Trejo – le temps qu’il se fasse descendre – et Sally Kellerman dans une fugace figuration. Clin d’œil à Altman ?

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THOMAS JANE, SYLVESTER STALLONE ET TOM BERENGER

Il ne faut rien attendre de ce film complètement creux et déconnecté de son époque, dont l’apparente maestria tourne à vide, mais pour tuer le temps et pour revoir des visages familiers, on peut lui consacrer 90 minutes de sa vie, sans trop de regret.

 

« BAD COUNTRY » (2014)

bad« BAD COUNTRY » se passe dans les années 80 et il est interprété par Willem Dafoe, Matt Dillon et Tom Berenger, trois vedettes de cette période. Couverts de moustaches-postiches, ils incarnent respectivement un flic de Bâton-Rouge dans le Sud des U.S.A., un indic et un caïd cajun.

Il y a tout pour plaire dans ce polar à petit budget, mais pour son unique film en tant que réalisateur, Chris Brinker (hélas, décédé avant la sortie) ne parvient pas à trouver son style. La mise-en-scène est d’une totale platitude, la photo inégale, le scénario n’arrive jamais à passionner ni même à donner une dimension ‘bigger than life’ à ses protagonistes. C’est donc d’un œil relativement indifférent qu’on suit ce film qu’on aurait aimé plus violent, plus stylisé, moins propret. On décèle çà et là des éclairs de réussite, comme ce « showdown » final renvoyant à « ROLLING THUNDER » ou « LES ANGES DE LA NUIT », mais tout cela reste au ras des pâquerettes et ne va jamais au fond des choses. Même la relation amour/haine entre le flic et la balance n’est pas approfondie alors qu’elle aurait dû être au cœur de l’histoire.

Si Matt Dillon manque comme toujours d’épaisseur et semble se cacher derrière sa pilosité luxuriante, on a plaisir à retrouver Dafoe en ‘tough guy’ énervé. Son personnage n’est pas très bien dessiné (il a une curieuse scène avec son père malade devant le commissariat, qui semble échappée d’un autre scénario), mais l’acteur a toujours de la gueule. Dans le rôle du parrain néonazi implacable à l’élégance surannée, et à l’accent français bizarroïde, Berenger paraît plus habité qu’il ne l’a été depuis bien longtemps. On applaudit à sa bagarre avec Dafoe à poings nus, qui vient nous rappeler que « PLATOON » c’était il y a trente ans, et que les vétérans se portent à merveille.

« BAD COUNTRY » peut se laisser regarder distraitement, à condition de ne rien en attendre d’extraordinaire.

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WILLEM DAFOE ET TOM BERENGER

 

« LONESOME DOVE CHURCH » (2014)

dove« LONESOME DOVE CHURCH » n’a aucune relation avec l’œuvre littéraire de Larry McMurtry, qui donna lieu à une minisérie célébrée, des sequels à répétition et même une série TV.

Ceci établi, il n’y a hélas, pas grand-chose d’autre à dire sur ce DTV aux moyens misérables, à la photo cafardeuse, aux décors sans aucune patine. C’est du western bas-de-gamme, joué par un casting catastrophique et basé sur un scénario linéaire et prévisible de la première à la dernière image. Ne parlons même pas du rythme léthargique, à décourager le fan le plus complétiste du genre.

Reste Tom Berenger. Un Berenger de 65 ans bien tassés, qui a curieusement vieilli comme… Gabin : le cheveu blanc, l’embonpoint rubicond, les mimiques fatiguées de celui qui a tout vu. C’est a priori une bonne idée de l’avoir distribué en ex-pistolero devenu un prêcheur itinérant, mais l’acteur a perdu 90% de son charisme d’antan et se traîne, manifestement peu concerné par l’entreprise, l’air distrait et l’œil vague. Le comédien jouant son fils (Greyston Holt) étant totalement transparent, le duo qui aurait dû constituer le centre d’intérêt du film est à peu près inexistant.

« LONESOME DOVE CHURCH » ressemble à un téléfilm, malgré son format Scope, il ne parvient jamais à susciter le plus petit début d’intérêt. La meilleure idée ? Ce revolver planqué dans la bible que trimballe Berenger ! Un vieux, vieux cliché du western, qu’il soit américain (« 5 CARTES À ABATTRE ») ou italien (« BLACK KILLER »).

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TOM BERENGER

 

« TRAINING DAY » (2001)

training2« TRAINING DAY » s’est affirmé avec le temps comme un des polars majeurs du cinéma U.S. des années 2000. Préfigurant d’un an la série « THE SHIELD » et le film « DARK BLUE », il exploite sans aucune retenue ou garde-fou le personnage du « ripou », du flic des rues sans foi ni loi.

Première idée géniale : donner le rôle de ce monstre charismatique et sociopathe à Denzel Washington qui renvoyait plutôt jusque-là l’image d’un Sidney Poitier moderne. Ici, l’auréole vole en éclats et son ‘Alonzo’ est une figure méphistophélique, vivante image de la corruption et de la décadence d’une Amérique sans repères moraux. Seconde grande idée : concentrer l’action sur une seule journée, celle de la formation d’un ‘rookie’ (Ethan Hawke) désireux d’entrer aux Stups et tombant dans la toile d’araignée tendue par l’officier chargé de le former.

Le scénario est ultra-bétonné, les coups de théâtre sont imprévisibles et les séquences d’action magnifiquement stressantes. On assiste pendant deux heures qui passent en un éclair, à la perte de l’innocence d’un idéaliste, on s’effare d’un système pourri jusqu’à la moelle. La scène où Alonzo rend visite aux « Rois Mages » trois flics haut-placés dans la hiérarchie (Harris Yulin, Raymond J. Barry et Tom Berenger, tous trois extraordinaires) dans un restaurant, laisse deviner l’étendue de la dégénérescence.

Outre un rythme jamais pris en faute, un dialogue d’une rare acuité, « TRAINING DAY » bénéficie d’un fabuleux cast de seconds rôles parmi lesquels on reconnaît Scott Glenn en « narco », la belle Eva Mendes et l’inquiétant Nick Chinlund.

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DENZEL WASHINGTON, NICK CHINLUND, ETHAN HAWKE ET TOM BERENGER

Il faut avoir le cœur bien accroché pour profiter de ce polar littéralement faustien, qui n’oublie jamais le spectacle au premier degré et propose un face-à-face vraiment impressionnant entre Washington qui se délecte manifestement de ce rôle grandiose d’abjection impunie et Hawke, qui lui tient tête et traduit de subtile façon les changements successifs de son « bleu » pendant sa descente aux enfers.

« TRAINING DAY » fait partie de ces films déjà bons à leur sortie et qui ne font que se bonifier avec les années. À revoir, donc !

 

« LES INDIANS » (1989)

INDIANS2Le film de sport est un genre en soi aux U.S.A. et le « film de baseball » en est un des principaux sous-genres. Pour l’apprécier, encore faut-il 1) s’intéresser à ce sport anti-cinégénique au possible 2) comprendre quelque chose à ses règles. « MAJOR LEAGUE », qui a pour principale originalité de ne pas compter Kevin Costner à son générique, est un film-culte dans son pays. Difficile de comprendre pourquoi.

Le concept est piqué directement aux « PRODUCTEURS » de Mel Brooks : la nouvelle propriétaire d’un club de Cleveland engage les plus mauvais joueurs sur le marché pour couler délibérément son équipe, ce qui servirait ses intérêts personnels. Mais les ringards vont s’avérer moins nuls que prévu. Pour le ton général, on frise la grosse comédie sans vraiment y aller à fond comme dans « LA CASTAGNE ». Le seul véritable attrait réside dans le casting, composé d’acteurs attachants : Tom Berenger et Charlie Sheen se retrouvent trois ans après « PLATOON » pour tenir des rôles sympathiques de losers séduisants. Ils traversent le film sans se fatiguer beaucoup. Dennis Haysbert est drôle en joueur adepte du vaudou, Wesley Snipes joue les pitres de service et Rene Russo – arborant un glorieux brushing millésimé eighties – joue l’ex de Berenger. Tout le monde semble prendre du bon temps…

Le scénario est flasque et décousu, les personnages ne sont pas assez développés, les enjeux vraiment insuffisants. Il est fort probable que « MAJOR LEAGUE » soit plus attractif si on connaît et qu’on aime le baseball, car les matchs sont longs, très longs, ils occupent une grosse partie du métrage et font perdre le fil des sous-intrigues dont on finit par se désintéresser.

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TOM BERENGER, WESLEY SNIPES, DENNIS HAYSBERT, CORBIN BERNSEN ET CHARLIE SHEEN

À noter que le film connut deux sequels. Une première cinq ans plus tard, avec à peu près la même équipe aux commandes et une bonne partie de la distribution et une autre en 1998 où ne subsistent que Corbin Bernsen et Haysbert.

 

« BREAKING POINT » (2009)

PrintDans la morne plaine qu’est devenue la fin de carrière de Tom Berenger, « BREAKING POINT » est une relative bonne surprise. Traitant de corruption dans l’univers de la justice à New York, de déchéance et de rédemption, le scénario lorgne du côté des meilleurs Sidney Lumet sans en avoir bien sûr la rigueur implacable.

L’image uniformément bleutée, le format Scope, une excellente BO pas toujours attendue et de belles scènes d’action, donnent une bonne tenue au film et l’arrachent au marécage habituel du DTV. La qualité d’un casting hétéroclite est LA bonne surprise de cette production étonnamment soignée. Seul le scénario un peu alambiqué, aux flash-backs pas très bien intégrés et cédant souvent aux clichés les plus prévisibles, l’empêchent de vraiment se distinguer.

En petite forme physique, Berenger joue un avocat endeuillé, bourrelé de remords, ancien drogué et dépressif. Son apparence alourdie et barbouillée convient parfaitement au rôle. Autour de lui, deux rappeurs assurent plutôt bien : Busta Rhymes haïssable à souhait en ‘gangsta’ psychopathe qui balance les bébés par les fenêtres et Sticky Fingaz impeccable en ex-champion déchu. Armand Assante est comme toujours un plaisir à voir en procureur venimeux.

On n’est pas dans le docudrama ultra-réaliste façon seventies, ni même dans le nouveau polar coup-de-poing à la « NARC », mais l’un dans l’autre, « BREAKING POINT » remplit très correctement son contrat et fait passer un bon moment, avec plusieurs jolies montées d’adrénaline.

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TOM BERENGER, BUSTA RHYMES ET ARMAND ASSANTE

 

« ROUGH RIDERS » (1997)

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TOM BERENGER

John Milius a toujours été un auteur et un réalisateur à part à Hollywood. Personnalité haute-en-couleur, amateur d’exploits guerriers, d’Histoire américaine, de héros « bigger than life » et de violence explicite, il trouve avec « ROUGH RIDERS » un sujet idéal pour lui. Ce sera d’ailleurs – à ce jour – son ultime réalisation.ROUGH

Énorme téléfilm de trois heures proposé en deux parties, c’est le récit de la guerre que menèrent les U.S.A. contre l’Espagne à Cuba en 1898, où se dessina le destin de Teddy Roosevelt. La première partie met les éléments en place, réunit l’armée hétéroclite des « rough riders » composée de hors-la-loi en fuite, de fils de riches, de shérifs, de vieux soldats, etc. un peu à la manière des « 7 MERCENAIRES ». La seconde est presque entièrement consacrée à l’assaut de la colline de San Juan. C’est celle-ci qui emporte l’adhésion et laisse pantois. Milius, bénéficiant d’énormes moyens (matériel, figuration, décors), décrit comme rarement on l’a vu, la confusion du champ de bataille, la folie de la guerre, mélange de gloire et de dérisoire, l’omniprésence de la mort qui fauche n’importe qui, même des personnages principaux, en deux secondes. On regrette le format carré un peu étriqué de l’image, car certaines séquences sont largement dignes du grand écran et méritaient le Cinémascope.

Pour couronner le tout, le casting est superbe : le plus étonnant est Tom Berenger, qui s’est vraiment fondu physiquement, vocalement, dans le rôle de Roosevelt. Habituellement taiseux et effacé, l’acteur joue les matamores, hurle ses répliques, insuffle une nuance de ridicule dans cette figure héroïque qui le rend totalement humain. Un beau travail de composition. À ses côtés : Gary Busey formidable en général à moitié cinglé et truculent, Sam Elliott en shérif devenu capitaine, Chris Noth excellent, sans oublier des vétérans comme Geoffrey Lewis, Brian Keith (jouant le président McKinley, lui qui incarna Roosevelt âgé dans « LE LION ET LE VENT » du même Milius !), George Hamilton ou R. Lee Ermey.

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BRAD JOHNSON, SAM ELLIOTT ET TOM BERENGER

À noter que Berenger, également coproducteur de « ROUGH RIDERS », a rappelé William Katt son partenaire de « LES JOYEUX DÉBUTS DE BUTCH CASSIDY & LE KID » pour jouer un correspondant de guerre et Francesco Quinn, qui fut G.I. à ses côtés dans « PLATOON ».