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Archives de Catégorie: LES FILMS DE TOM CRUISE

« DES HOMMES D’HONNEUR » (1992)

FEW.jpgÉcrit par Aaron Sorkin d’après sa propre pièce, « DES HOMMES D’HONNEUR » de l’éclectique Rob Reiner est une parfaite machine hollywoodienne, 100% efficace, menée à un train d’enfer et ne relâchant jamais la tension pendant deux bonnes heures.

Pourtant, le sujet n’est pas évident : la mort d’un marine bizuté par deux soldats, sur ordre d’un ou plusieurs officiers. Un jeune avocat de l’U.S. Navy (Tom Cruise) doit les défendre et pour cela, affronter un colonel intimidant (Jack Nicholson) réputé intouchable. La force du film est d’avoir donné plusieurs facettes à tous les personnages, jusqu’au plus modeste et d’avoir utilisé les défauts de Cruise, son côté tête-à-claques, son narcissisme, pour enrichir son rôle. Il est incroyablement bien entouré par un des plus beaux castings des années 90 : Demi Moore excellente en co-défenseuse, Kevin Pollak, Kevin Bacon en procureur subtil et honnête, J.T. Walsh impeccable comme d’habitude, Kiefer Sutherland détestable à souhait, et des visages connus comme Cuba Gooding, Jr., Noah Wyle dans de courtes apparitions. Mais le clou du spectacle, c’est bien sûr Nicholson, dans un rôle assez court en minutage, mais qui domine le film tout entier. En officier glacial, cassant et sûr de son bon droit, il électrise littéralement l’écran à la moindre réplique. Son face à face final avec Cruise, au tribunal, évoque ce que faisait Bogart dans « OURAGAN SUR LE CAINE » et constitue par la seule puissance de l’acteur, le morceau de bravoure de « DES HOMMES D’HONNEUR ». C’est une grande scène, magnifiquement dialoguée, où Nicholson menace d’imploser d’une seconde à l’autre face à son pire ennemi, qui n’est pas Cruise, mais son propre ego.

Réalisé au cordeau, sans signe particulier, entièrement au service de l’histoire, c’est une des grandes réussites de l’inégal Reiner et le portrait complexe et inquiétant de ces hommes censés « monter la garde » et sauver nos vies. Passionnant.

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TOM CRUISE, KEVIN BACON, DEMI MOORE ET JACK NICHOLSON

 

« YOUNG GUNS » (1988)

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KIEFER SUTHERLAND ET EMILIO ESTEVEZ

« YOUNG GUNS » de Christopher Cain, partant d’une bio très romancée de Billy the Kid, tente de concilier deux genres : le western, genre moribond depuis longtemps, et le film de ‘djeuns’ façon « OUTSIDERS ». L’idée n’est pas aussi absurde qu’elle ne paraît.GUNS.jpg

D’abord parce que le casting est excellent : Emilio Estevez est un parfait Billy, psychopathe hilare et narcissique, Kiefer Sutherland joue son bras-droit lettré et sentimental, Lou Diamond Phillips a fière allure en métis farouche et Dermot Mulroney est drôle en hors-la-loi crasseux et demeuré. Sans oublier quelques vétérans du genre qu’on est bien content de revoir : Jack Palance en horrible méchant comme lui seul savait les jouer, Terence Stamp en rancher anglais paternel ou Brian Keith dans un bref caméo en chasseur-de-primes destructeur. Le mélange de générations apporte beaucoup au film et semble même l’ancrer dans un semblant d’authenticité.

Hélas, « YOUNG GUNS » ne tient pas vraiment ses promesses. Pas tant par la faute d’un scénario plutôt adroit, malgré de vaines digressions, qu’au niveau de la réalisation qui semble aujourd’hui désuète et plombée d’effets inutiles. Les vilains ralentis lors des fusillades gâchent complètement la fin, par exemple et, curieusement, la photo de Dean Semler n’est pas à la hauteur de ses travaux antérieurs, donnant parfois à l’image un aspect téléfilm pas très attractif. Malgré ses nombreux manques et défauts, « YOUNG GUNS » se laisse regarder pour son montage très rythmé, pour la prestation survoltée d’Estevez qu’on n’a jamais vu aussi déchaîné et pour quelques duels bien fichus.

À noter que le personnage de Pat Garrett, partie intégrante de la légende du Kid, n’apparaît que fugitivement dans deux scènes, symboliquement incarné par Patrick, le fils de John Wayne. Deux ans plus tard, un « YOUNG GUNS II » sortira dans les salles. Avec un œil d’aigle, et en étant prévenu, on peut reconnaître Tom Cruise, recouvert de postiches, dans une figuration en cowboy dûment révolvérisé.

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LOU DIAMOND PHILLIPS, JACK PALANCE ET TERENCE STAMP

 

« MISSION : IMPOSSIBLE – FALLOUT » (2018)

Trois ans après le précédent opus, Christopher McQuarrie reprend les rênes du 6ème film de la franchise avec « MISSION : IMPOSSIBLE – FALLOUT », qui réunit la vieille équipe progressivement formée depuis 1996 et inspirée de la série TV des sixties.MI6.jpg

Si on peut être un peu rebuté au début par une photo pas très jolie et un scénario confit de clichés vieux comme le monde (récupérer trois ogives nucléaires avant la fin du monde), on adhère rapidement aux séquences d’action : bagarres à mains nues ultra-brutales, poursuites ahurissantes en voiture et à moto dans Paris où les CGI sont quasi-indécelables, courses folles sur les toits de Londres et pour finir, suspense infernal au Cachemire où l’action s’emballe dans un véritable feu d’artifices qui laisse pantois. Bien sûr, il faut fermer les yeux sur les scènes dialoguées vraiment faiblardes (on pense à cet embarrassant monologue de Ving Rhames faisant l’éloge de Tom Cruise), se montrer indulgent envers des « twists » et voltefaces qu’on voit venir à des kilomètres, mais comment résister à ce rythme infernal et à ce pur plaisir de cinéma qu’est ce n°6 débridé, probablement un des plus achevés de la série avec le n°3 ? Bien sûr, Cruise, Rhames et Simon Pegg commencent à être physiquement « too old for this shit », mais ils assurent avec vaillance. Rebecca Ferguson et l’excellent Sean Harris retrouvent leurs rôles du film précédent, Angela Bassett continue de galvauder son talent dans un personnage de « chef » peau-de-vache. La bonne surprise vient du généralement fade Henry Cavill, très bien dans un emploi d’espion-tueur aux multiples visages.

À voir donc ce « MISSION : IMPOSSIBLE – FALLOUT », qui redonne un coup de jeune à la franchise, enterre les derniers 007 avec brio et surtout, réussit ce que ce genre de production échoue à accomplir depuis longtemps : passer sans arrêt d’un pays à l’autre sans jamais faire « ballade touristique pour spectateur yankee en mal d’exotisme ».

 

« LA FIRME » (1993)

firme2« LA FIRME » fait partie des bonnes adaptations de John Grisham au cinéma. C’est un film carré, ultra-professionnel, très hollywoodien dans sa facture, dans lequel on peine tout de même à discerner la griffe de Sydney Pollack.

Engagé dans une firme d’avocats de Memphis, le jeune Tom Cruise découvre que celle-ci gère totalement le quotidien de ses employés, jusqu’à s’octroyer droit de vie et de mort sur eux. Et surtout que leur principal client est… la mafia dont ils calquent les méthodes expéditives. Coincé entre ses patrons véreux, le FBI et des tueurs lancés à ses trousses, il va s’efforcer de faire imploser le système sans sortir de la légalité. Une bonne trame, sans surprise, mais bien scénarisée, qui maintient l’intérêt sans problème, même si la dernière partie traîne trop en longueur.

La grosse malfaçon de « LA FIRME », c’est Cruise. Avec ses deux expressions, son jeu mécanique, sans la moindre intériorité, il irrite rapidement et influence la généralement fiable Jeanne Tripplehorn, franchement agaçante dans leurs scènes à deux, les moins bien écrites du film. Heureusement, le cast de seconds rôles est d’une richesse exceptionnelle : Gene Hackman magnifique en as du barreau corrompu, dégoûté de lui-même, Holly Hunter drôle en assistante pas très distinguée mais ultra-compétente, Ed Harris en agent du FBI soupe-au-lait, et David Strathairn, Wilford Brimley, Hal Holbrook, Gary Busey parfait en privé truculent, Dean Norris, etc. : un vrai défilé ! On s’étonne pourtant que le généralement subtil Pollack ait choisi Paul Sorvino et Joe Viterelli, caricaturaux à souhait, pour jouer des mafiosi de répertoire à la fin.

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TOM CRUISE, GENE HACKMAN, HOLLY HUNTER ET ED HARRIS

« LA FIRME » se laisse regarder sans passion mais avec l’agréable sensation de chausser des charentaises et de voir un produit d’usine parfaitement manufacturé. Les extérieurs des îles Caïman sont très beaux, les intérieurs cossus joliment filmés et les scènes d’action tiennent la route. À condition de passer outre l’omniprésent Tom et un dialogue souvent plat et fonctionnel, 154 minutes copieuses et point déplaisantes.

 

« LA GUERRE DES MONDES » (2005)

WAR« LA GUERRE DES MONDES », c’est un peu le Spielberg qu’aiment les réfractaires à Steven Spielberg. Un beau remake vigoureux et féroce du classique de 1953 (dont on retrouve les héros Gene Barry et Ann Robinson dans un plan clin d’œil à la fin), où pour la troisième fois, le réalisateur fait débarquer les aliens sur notre bonne vieille terre.

À part que cette fois, ce ne sont pas de gentils « p’tits gris » mélomanes ou des batraciens lumineux avec la voix de Debra Winger, mais des espèces de tritons-vampires suréquipés bien décidés à exterminer l’espèce humaine en utilisant son sang comme engrais. Les séquences d’attaques sont spectaculaires voire dantesques, la bande-son ferait péter les tympans les plus résistants et certaines images comme la découverte de l’avion crashé dans le jardin ou le passage du train enflammé, sont indélébiles. Le père Steven a encore de beaux restes ! L’essentiel du film est un ‘survival’ brutal et soûlant comme une énorme machinerie emballée qui entraîne dans son sillage, annihilant tout esprit critique. Même Tom Cruise, pris dans l’engrenage, n’a presque pas l’occasion de se regarder jouer ! Dommage qu’il soit fait si peu de cas de Dakota Fanning alors l’enfant-star la plus douée du monde, réduite ici à un rôle de scream-queen miniature plutôt agaçante à la longue, comme le fut la petite « Newt » dans « ALIENS, LE RETOUR ». On notera l’excellente apparition de Tim Robbins en paranoïaque dangereux dans une longue séquence claustrophobique au fond d’une cave inondée.

TIM ROBBINS, TOM CRUISE ET DAKOTA FANNING

TIM ROBBINS, TOM CRUISE ET DAKOTA FANNING

Sans être un chef-d’œuvre, « LA GUERRE DES MONDES » regorge de prouesses au niveau des F/X (fabuleux !), du montage et même des idées (ces herbes gorgées de sang). Il se déroule à une vitesse folle, n’évite pas certains pièges mélodramatiques avec le parcours rédempteur du héros, mais connaît des morceaux de bravoure à couper le souffle, comme le naufrage du ferry. Dans la carrière de Spielberg, c’est un peu comme si l’horreur de l’Holocauste de « LA LISTE DE SCHINDLER » était venue contaminer la béatitude élégiaque de « RENCONTRE DU TROISIÈME TYPE ».

 

« MISSION : IMPOSSIBLE III » (2006)

MI3Chacun a son « MISSION : IMPOSSIBLE » favori. « MISSION : IMPOSSIBLE III » représente – aux yeux de votre serviteur – ce qu’on peut espérer de mieux de ce genre de spectacle. Moins « glacé et sophistiqué » que les deux précédents opus, c’est un Grand-8 d’une stupéfiante virtuosité, qui enchaîne les morceaux de bravoure sans jamais déraper dans le n’importe quoi pyrotechnique (talon d’Achille de ce genre de production) et qui parvient à maintenir jusqu’au bout un suspense sans aucun fléchissement.

Le grand apport de J.J. Abrams est d’avoir introduit du cœur dans la machinerie habituelle en donnant à Tom Cruise des motivations sentimentales (l’enlèvement de sa femme Michelle Monaghan). Il s’amuse à créer un « McGuffin », le ‘Rabbit foot’ dont on ne saura jamais rien et surtout à peaufiner un personnage de méchant absolument terrifiant, suivant ainsi à la lettre deux des principaux préceptes hitchcockiens de base. Dans le rôle du trafiquant international, Philip Seymour Hoffman est prodigieux de cruauté, de brutalité et d’intelligence dévoyée. Contrairement à nombre de caricatures qui l’ont précédé dans cet emploi, il est crédible à 100% et donc franchement inquiétant. Si Cruise joue les supermen avec son énergie coutumière, il est très bien entouré par l’inamovible Ving Rhames, par Maggie Q, Laurence Fishburne dans un rôle ambigu et par la ravissante Kari Russell dans une « guest » mémorable. Dommage que l’excellent Eddie Marsan soit gaspillé dans une fugace silhouette d’homme-de-main. À noter la rapide apparition d’Aaron Paul, héros de « BREAKING BAD » en beau-frère glandeur.

KERI RUSSELL, TOM CRUISE, MICHELLE MONAGHAN, PHILIP SEYMOUR HOFFMAN ET VING RHAMES

KERI RUSSELL, TOM CRUISE, MICHELLE MONAGHAN, PHILIP SEYMOUR HOFFMAN ET VING RHAMES

Parmi les grands moments de ce 3ème opus, on retiendra l’attaque du début, la bataille sur le pont, phénoménale, et… à peu près tout le reste !

Voilà un film – et ce n’est pas si courant – qui livre exactement ce qu’il promettait et même un peu plus et qui revitalise une franchise à laquelle on ne croyait plus trop après les exploits de John Woo. Dans le genre, Abrams atteint une sorte de perfection et signe un petit miracle d’équilibre.

 

« M : I-2 – MISSION : IMPOSSIBLE 2 » (2000)

MI2Il en a fait rêver des cinéphiles, ce « M : I-2 – MISSION : IMPOSSIBLE 2 » avant sa sortie, quatre ans après le premier opus de Brian DePalma ! Et il a fait à peu près autant de déçus. De dégoûtés, même. La réputation de demi-Dieu du cinéma d’action de John Woo en a pris un méchant coup dont il ne s’est jamais complètement relevé.

Sur un scénario simplet auquel participa pourtant Robert Towne, le film narre la course effrénée de Tom Cruise à la recherche d’un virus mortel et de son antivirus. Un ‘McGuffin’ bien maigrichon qui ne tient pas la distance et désintéresse presque autant que le triangle de top-models formé par Cruise, Thandie Newton et Dougray Scott, qui ont tous l’air échappés d’une pub pour un parfum masculin ou une voiture de sport. Le petit Tom s’est fait pousser les cheveux afin qu’ils puissent bouger joliment au ralenti, il aligne sa gamme complète de trois expressions et fait se pâmer la « Hunt girl » de service, évidemment chavirée par un tel déferlement de charisme animal.

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TOM CRUISE, ANTHONY HOPKINS ET THANDIE NEWTON

Grotesque ? Pas loin, en tout cas. Et si John Woo étale sa virtuosité, celle-ci tourne à vide dans un autopastiche au narcissisme insensé. Oui, on a même droit aux colombes volant au ralenti ! Alors bien sûr, c’est bien confectionné, le mixage « déchire grave » et les fusillades rappellent celles des grandes heures hongkongaises du maestro chinois. Mais pourquoi ? Pour une longue, très longue course-poursuite pétaradante, égayée par des acteurs ôtant des masques de latex les faisant ressembler à d’autres acteurs et des petits autocollants en alu, censés modifier leur voix (sic !). Le gimmick fonctionnait peut-être dans la série des sixties, mais là c’est franchement risible. Quant à l’amateur de crypto-gay, il se régalera de la bagarre finale entre Ethan Hunt et son rival : en sueur, vêtus de noir, se castagnant sauvagement et se donnant des coups de couteau dans une longue scène entrecoupée de plans d’océan déchaîné d’où giclent d’énormes vagues d’écume blanche !

Incontestablement le pire de la série donc. À noter deux brèves apparitions non-mentionnées au générique d’Anthony Hopkins en boss de l’IMF.

 

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