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Archives de Catégorie: LES FILMS DE TOMAS MILIAN

« HAVANA » (1990)

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ALAN ARKIN ET ROBERT REDFORD

« HAVANA » est le 7ème et dernier film que Sydney Pollack tourna avec Robert Redford en vedette. Et, c’est triste à dire, cela ne fut pas leur chant du cygne. C’est – pour faire court – une espèce de remake de « CASABLANCA » relocalisé à Cuba en 1959, lors de la chute du régime de Batista. On se croirait par moments dans « LE PARRAIN – DEUXIÈME PARTIE » !havana

La Havane est joliment reconstituée à Saint-Domingue, la photo d’Owen Roizman est glorieuse et on devine par flashes, hélas trop brefs, quel grand film romantique cela aurait pu et dû être. Mais « HAVANA » est plombé par son scénario infiniment trop délayé (144 minutes !) qui décourage le plus endurant, par un dialogue ridiculement ampoulé et fleuri dans les face-à-face entre Redford et Lena Olin, au point qu’il en devient fréquemment abscons. Comme les deux comédiens sont des « poissons froids », on ne peut pas dire qu’ils créent une quelconque alchimie ensemble. Elle a beau être suédoise, comme Ingrid Bergman dans le film de Michael Curtiz, c’est bien le seul point commun qu’elle ait avec elle. À 54 ans, Redford possède toujours sa silhouette de gravure de mode, mais présente un visage marqué aux rides profondes qui sied bien à ce personnage de gambler complètement artificiel, qu’il joue avec un détachement un peu las. Le cast est intéressant : Alan Arkin en directeur de casino cynique, Tomás Milian en tortionnaire rigolard, Mark Rydell excellent en Meyer Lansky dans une séquence. Mais ces gens de talent n’ont pas grand-chose à jouer et ne font que remplir le vide.

On regrette de ne pas aimer « HAVANA », tentative de recréer la magie hollywoodienne de l’âge d’or, mais malgré des paysages somptueusement filmés, de sublimes contrejours et des décors magnifiques, cela demeure complètement « bidon » et dépourvu d’âme. On aurait préféré que le tandem Pollack/Redford se sépare sur une œuvre digne de leur passé commun.

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ROBERT REDFORD ET LENA OLIN

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« LA LONGUE NUIT DE L’EXORCISME » (1972)

LONGUE2Le titre italien du film de Lucio Fulci est « NE TORTUREZ PAS UN CANETON » et n’a qu’un très très lointain rapport avec l’intrigue (on aperçoit la tête d’une poupée de Donald Duck à un moment donné !), le titre français, lui : « LA LONGUE NUIT DE L’EXORCISME » est un petit chef-d’œuvre en soi, puisqu’il n’y a pas l’ombre d’un exorciste ou d’une possession diabolique dans le scénario ! C’est en fait une sorte de ‘whodunit’ situé dans un village du sud de l’Italie, centré sur le meurtre de plusieurs garçonnets retrouvés étranglés. Il y a pléthore de fausses-pistes, de personnages louches, des relents de magie noire, une espèce de souillon-sorcière qui plante des épingles dans des pantins de cire, des carabiniers incompétents, un journaliste fouineur, une nymphomane sexy. Il y a de quoi faire !

Plus qu’un scénario fastidieux et pas très bien agencé, c’est l’ambiance qui séduit dans ce film. Les maisons blanchies à la chaux, les montagnes pelées, les scènes du début avec les gamins voyeurs. L’atmosphère est bien plantée et Fulci a réuni un étonnant casting hétéroclite : Florinda Bolkan joue une sorte de « fiancée du pirate » épileptique et échevelée avec férocité, Tomás Milian, étrangement sobre et effacé, est le reporter intuitif, Barbara Bouchet apparaît nue comme d’habitude, mais nul ne s’en plaindra. Irène Papas est totalement sous-employée dans une quasi-silhouette et Marc Porel joue son fils curé.

Tout cela est trop long, trop prévisible, mais Fulci pimente son récit de scènes très violentes comme l’agression de Bolkan dans un cimetière à coups de barre-à-mine et de chaînes d’acier et insère quelques plans ‘gore’ comme il les aime, qui tombent un peu comme des cheveux sur la soupe. Malgré ses défauts, « LA LONGUE NUIT DE L’EXORCISME » maintient l’intérêt par l’originalité de ses extérieurs et l’envie – pas trop obsédante, il faut bien l’avouer – d’avoir le fin-mot de l’histoire.

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FLORINDA BOLKAN, BARBARA BOUCHET, TOMAS MILIAN ET IRÈNE PAPAS

 

« THE YARDS » (2000)

YARDS2Six ans après le remarqué « LITTLE ODESSA », « THE YARDS » est le second long-métrage de James Gray, qui n’a rien perdu de sa noirceur foncière ni de son penchant pour les familles dysfonctionnelles enracinées dans le crime.

Avec en toile de fond l’industrie du rail new-yorkaise, le scénario confronte une jeune génération de malfrats à ses aînés corrompus jusqu’à l’os et prêts à dévorer leurs propres enfants pour garder le pouvoir. Chez Gray, le fond est en adéquation avec la forme : tout est sombre, l’image est sous-exposée, l’humour absent, les relations humaines sont viciées par la culpabilité et la trahison. C’est étouffant, mais tellement maîtrisé, cohérent et jusqu’au-boutiste qu’on ne peut s’empêcher d’être happé par cet univers dépressif et sans aucune lueur d’espoir. Le traitement transcende l’anecdote policière en tragédie antique.

La distribution est impeccable. Chez les jeunes : Mark Wahlberg en loser-né, bouc émissaire idéal, Joaquin Phoenix en gouape m’as-tu-vu, Charlize Theron excellente en agneau du sacrifice marqué par le péché mortel. On retrouve avec bonheur des figures du cinéma des années 60 et 70 comme James Caan en « parrain » du chemin de fer chaleureux mais impitoyable, Faye Dunaway en mater familias glaciale, Ellen Burstyn en mère malade et aussi Tomás Milian en rival roué et Tony Musante. Un vrai défilé !

Malgré une certaine lenteur qui se mue parfois en monotonie, « THE YARDS » parvient à maintenir l’intérêt jusqu’à la toute dernière minute grâce à la tension générée par les relations entre les personnages. Il plane au-dessus de toutes les scènes une sensation d’inéluctable brillamment et subtilement gérée. Dans la lignée des « ANGES DE LA NUIT » ou de « KING OF NEW YORK », c’est une œuvre nocturne, austère et pas facile d’accès, qu’on redécouvre avec la patine du temps.

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FAYE DUNAWAY, JAMES CAAN, JOAQUIN PHOENIX ET CHARLIZE THERON

 

ADDIO, TOMAS !

MILIAN RIP

QUATRE RAISONS PARMI TANT D’AUTRES POUR LESQUELLES ON N’OUBLIERA PAS TOMAS MILIAN DE SITÔT. UN PILIER DU WESTERN ITALIEN !

 

TOMAS MILIAN : R.I.P.

MILIAN

TOMAS MILIAN (1933-2017), ACTEUR CUBAIN QUI FIT CARRIÈRE EN ITALIE, AUSSI BIEN DANS LE FILM D’AUTEUR QUE DANS LE CINÉMA LE PLUS POPULAIRE.

 

LES 8 RECONNAISSANTS…

8 - copieDécidément nos voisins d’outre-Rhin prennent de plus en plus d’assurance par rapport aux Italiens tenants du titre de rois de l’arnaque vidéo, depuis des décennies. En vérité, il devient difficile de trouver de belles jaquettes trafiquées, des photomontages hasardeux, des escroqueries à deux lires de l’autre côté des Alpes.

C’est pourquoi on ne peut que tirer son chapeau à la sortie de « THE GR8FUL EIGHT » (prononcer « Grateful). Non seulement le titre de cette compilation de huit ‘spaghetti westerns’ ne veut strictement rien dire (« LES 8 RECONNAISSANTS » ?), mais l’éditeur a ouvertement plagié le visuel des « 8 SALOPARDS » de Quentin Tarantino, avec bien sûr le chiffre « 8 » mais aussi avec ce délicat mélange de noir & blanc et de rouge et la présence de montagnes à l’arrière-plan. Pas enneigées d’accord, mais presque !

Les huit « Gr8ful » (encore une approximation linguistique !) ne sont au nombre que de quatre : Tomás Milian, Franco Nero, Klaus Kinski et Burt Reynolds, mais sans doute a-t-on considéré qu’ils en valaient bien le double.

 

« DES FILLES POUR L’ARMÉE » (1964)

FILLES2Pendant la WW2 en Grèce, un jeune lieutenant italien (Tomás Milian) est chargé d’escorter une douzaine de jeunes femmes grecques volontaires pour devenir prostituées dans les bordels à soldats en Albanie. Tel est le postulat de départ du magnifique film humaniste qu’est « DES FILLES POUR L’ARMÉE », qui part d’une situation potentiellement triviale et se mue progressivement en pure tragédie.

D’abord provocantes et volontiers vulgaires, les filles se révèlent peu à peu dans toute leur misère. C’est pour échapper à la famine qu’elles ont accepté de se vendre à bas prix et de brader leur jeunesse. Milian va tomber amoureux de l’une d’elles, la plus fière (Marie Laforêt, superbe) et tenter de préserver le peu de dignité qu’il leur reste. Photographié par le grand Tonino Delli Colli dans un beau noir & blanc contrasté, nimbé de la poignante BO de Mario Nascimbene, et filmé avec dynamisme par Valerio Zurlini, le film est une sorte de ‘road movie’ existentiel qui aborde de lourds sujets comme l’asservissement, la condition féminine ou les souillures de la guerre. Hormis le personnage de l’officier fasciste ignoble, tout le monde a ses raisons comme dirait Jean Renoir, et l’émotion ne fait que croître à mesure que la violence prend le pas sur l’espoir.

FILLES

TOMAS MILIAN, ANNA KARINA, MARIE LAFORÊT, MARIO ADORF ET VALERIA MORICONI.

Milian est remarquable d’intériorité dans un rôle contemplatif. Lea Massari joue la plus mystérieuse et pragmatique des passagères, Mario Adorf est parfait en chauffeur truculent. Son histoire avec l’opulente Valeria Moriconi est la plus touchante, la mieux développée. Anna Karina sort du rang en victime-née au regard pathétique.

« DES FILLES POUR L’ARMÉE » vaut donc beaucoup mieux que son titre français qui aurait mieux convenu à une bidasserie avec Edwige Fenech. Son âpreté, son refus entêté du mélodrame facile en font une œuvre puissante dont bien des séquences resteront en mémoire.