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Archives de Catégorie: LES FILMS DE TOMAS MILIAN

ADDIO, TOMAS !

MILIAN RIP

QUATRE RAISONS PARMI TANT D’AUTRES POUR LESQUELLES ON N’OUBLIERA PAS TOMAS MILIAN DE SITÔT. UN PILIER DU WESTERN ITALIEN !

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TOMAS MILIAN : R.I.P.

MILIAN

TOMAS MILIAN (1933-2017), ACTEUR CUBAIN QUI FIT CARRIÈRE EN ITALIE, AUSSI BIEN DANS LE FILM D’AUTEUR QUE DANS LE CINÉMA LE PLUS POPULAIRE.

 

LES 8 RECONNAISSANTS…

8 - copieDécidément nos voisins d’outre-Rhin prennent de plus en plus d’assurance par rapport aux Italiens tenants du titre de rois de l’arnaque vidéo, depuis des décennies. En vérité, il devient difficile de trouver de belles jaquettes trafiquées, des photomontages hasardeux, des escroqueries à deux lires de l’autre côté des Alpes.

C’est pourquoi on ne peut que tirer son chapeau à la sortie de « THE GR8FUL EIGHT » (prononcer « Grateful). Non seulement le titre de cette compilation de huit ‘spaghetti westerns’ ne veut strictement rien dire (« LES 8 RECONNAISSANTS » ?), mais l’éditeur a ouvertement plagié le visuel des « 8 SALOPARDS » de Quentin Tarantino, avec bien sûr le chiffre « 8 » mais aussi avec ce délicat mélange de noir & blanc et de rouge et la présence de montagnes à l’arrière-plan. Pas enneigées d’accord, mais presque !

Les huit « Gr8ful » (encore une approximation linguistique !) ne sont au nombre que de quatre : Tomás Milian, Franco Nero, Klaus Kinski et Burt Reynolds, mais sans doute a-t-on considéré qu’ils en valaient bien le double.

 

« DES FILLES POUR L’ARMÉE » (1964)

FILLES2Pendant la WW2 en Grèce, un jeune lieutenant italien (Tomás Milian) est chargé d’escorter une douzaine de jeunes femmes grecques volontaires pour devenir prostituées dans les bordels à soldats en Albanie. Tel est le postulat de départ du magnifique film humaniste qu’est « DES FILLES POUR L’ARMÉE », qui part d’une situation potentiellement triviale et se mue progressivement en pure tragédie.

D’abord provocantes et volontiers vulgaires, les filles se révèlent peu à peu dans toute leur misère. C’est pour échapper à la famine qu’elles ont accepté de se vendre à bas prix et de brader leur jeunesse. Milian va tomber amoureux de l’une d’elles, la plus fière (Marie Laforêt, superbe) et tenter de préserver le peu de dignité qu’il leur reste. Photographié par le grand Tonino Delli Colli dans un beau noir & blanc contrasté, nimbé de la poignante BO de Mario Nascimbene, et filmé avec dynamisme par Valerio Zurlini, le film est une sorte de ‘road movie’ existentiel qui aborde de lourds sujets comme l’asservissement, la condition féminine ou les souillures de la guerre. Hormis le personnage de l’officier fasciste ignoble, tout le monde a ses raisons comme dirait Jean Renoir, et l’émotion ne fait que croître à mesure que la violence prend le pas sur l’espoir.

FILLES

TOMAS MILIAN, ANNA KARINA, MARIE LAFORÊT, MARIO ADORF ET VALERIA MORICONI.

Milian est remarquable d’intériorité dans un rôle contemplatif. Lea Massari joue la plus mystérieuse et pragmatique des passagères, Mario Adorf est parfait en chauffeur truculent. Son histoire avec l’opulente Valeria Moriconi est la plus touchante, la mieux développée. Anna Karina sort du rang en victime-née au regard pathétique.

« DES FILLES POUR L’ARMÉE » vaut donc beaucoup mieux que son titre français qui aurait mieux convenu à une bidasserie avec Edwige Fenech. Son âpreté, son refus entêté du mélodrame facile en font une œuvre puissante dont bien des séquences resteront en mémoire.

 

« FAR WEST STORY » (1972)

FARWESTTourné en plein déclin du ‘spaghetti western’ par un des maîtres du genre, Sergio Corbucci, « FAR WEST STORY » est un drôle de mélange entre le « Zapata Western » (avec la présence de Tomás Milian et de son béret basque en défenseur du petit peuple mexicain) et du gros pastiche qui tache à la Trinita, alors très en vogue.

C’est aussi une tentative de tourner un dérivé de « BONNIE & CLYDE » dans un décor westernien. Techniquement soigné, sur une photo « à l’Américaine » et une BO enjouée et entêtante d’Ennio Morricone, le film n’est pas déplaisant et même souvent amusant, même s’il demeure anecdotique et scénaristiquement assez faible. S’il mérite un coup d’œil, ce ne sera pas tellement pour Milian, qui dans un rôle de va-nu-pied macho, bestial et mal embouché, ne fait que répéter ce qu’il fit déjà si bien dans ses précédents westerns, ni pour Telly Savalas qui n’a pas grand-chose à faire en méchant shérif revanchard et… aveugle. Non, s’il faut voir « FAR WEST STORY », ce sera pour la délicieuse Susan George à peine sortie des « CHIENS DE PAILLE », excellente et constamment surprenante dans un personnage de garçon manqué amoureuse folle du vaurien et prête à tout pour lui complaire. Jusqu’à un certain point… C’est son parcours qui intéresse, qui émeut par instants et qui fait du film en fin de compte – et à notre grande surprise – un western féministe. L’ultime plan est un véritable régal (« Tu es ma femme… Mon amie… Ma mère ! »).

Parmi les seconds rôles, on reconnaît Eduardo Farjado (le méchant de « DJANGO ») et surtout Laura Betti en maquerelle immonde et l’incroyable Rosanna Yanni en rousse hystérique qui semblent toutes deux échappées d’un Fellini.

SUSAN GEORGE, ROSANNA YANNI, TOMAS MILIAN ET TELLY SAVALAS

SUSAN GEORGE, ROSANNA YANNI, TOMAS MILIAN ET TELLY SAVALAS

Si on n’espère pas tomber sur un digne successeur de « DJANGO », du « GRAND SILENCE » ou de « COMPAÑEROS », « FAR WEST STORY » peut apporter 90 minutes de détente pas très distinguées, mais sympathiques. Pour les beaux yeux de Susan George, de toute façon…

 

« TROIS POUR UN MASSACRE » (1969)

TEPEPA2« TROIS POUR UN MASSACRE » (titre français pas très fin de « TEPEPA ! ») se situe chronologiquement entre « EL CHUNCHO » auquel il emprunte pas mal d’éléments et « IL ÉTAIT UNE FOIS… LA RÉVOLUTION » qui lui piquera lui aussi des petites choses.

Épique par la longueur – dans sa version italienne, cela va sans dire – et le propos, c’est un « Zapata western » très bien réalisé et produit, qui exploite à merveille des schémas classiques et des décors déjà bien souvent utilisés. C’est un film « de gauche », qui prend pour héros Tomás Milian (who else ?), un modeste peone devenu chef révolutionnaire et déçu par Madero. Un « cocu » de la revolución, incapable d’accepter que tout redevienne comme avant. Un naïf et un guerrier, mais aussi une brute et un violeur, capable du meilleur et du pire.

Le scénario le confronte à un ‘gringo’, comme le tueur de « EL CHUNCHO » ou le dynamiteur irlandais du film de Leone : ici c’est un médecin anglais (John Steiner) qui a manifestement un compte régler avec lui, ce qui nous vaut des flash-backs d’une femme courant au ralenti, dont le grand Sergio saura se souvenir. L’ambivalence des sentiments qu’éprouvent les deux hommes l’un pour l’autre est au cœur du film, tout comme l’évolution en filigrane du « muchacho » orphelin qui à la fin, prendra très probablement la relève de Tepepa.

TOMAS MILIAN, JOHN STEINER ET ORSON WELLES

TOMAS MILIAN, JOHN STEINER ET ORSON WELLES

« TEPEPA » est un beau film ample et généreux, qui prend le temps de développer ses personnages. Il pâtit en revanche d’un rythme parfois trop relâché et d’un dialogue alourdi de didactisme militant. C’est dommage car il n’était nul besoin de surligner le message des auteurs.

Dans son emploi emblématique, Milian excelle. Pas trop cabotin, il traduit parfaitement les tourments de cet homme simple et pas spécialement futé, transcendé par sa mission envers son peuple. Face à lui, Steiner est parfait dans l’impassibilité inquiétante. On peut être plus circonspect devant le numéro plus que bizarre d’Orson Welles, en militaire obèse arborant une moustache à la Fu-Manchu. Dans la version anglaise, sa voix est si basse, qu’on dirait qu’il s’exprime en infrasons ! Par son jeu statique et son masque impénétrable, le mythique Orson fait une non-composition un peu contreproductive.

Malgré ses scories, « TEPEPA » est un grand western italien qui utilise le genre à des fins militantes tout en respectant le grand spectacle. Sans oublier, mais cela va sans dire, une belle BO du maestro Ennio Morricone…

 

« TIRE ENCORE, SI TU PEUX ! » (1967)

TIRE2Quelle étrange expérience cinématographique que « TIRE ENCORE, SI TU PEUX ! ». Sous couvert de ‘spaghetti western’ ultra-violent, le film démarre de façon très conventionnelle, malgré un montage en mosaïque, avec le hold-up d’une cargaison d’or de l’U.S.-Army, suivi de la trahison du chef des hors-la-loi (Piero Lulli) qui massacre ses complices mexicains menés par Tomás Milian. Alors qu’on s’attend à une traditionnelle histoire de vengeance, les bandits sont rapidement éliminés par les habitants d’une ville bizarroïde qui semble uniquement peuplée de lyncheurs et de bourreaux d’enfants. Débarque alors Milian, revenu de « la vallée des ombres de la mort » et qui s’installe inexplicablement en ville alors qu’il a déjà accompli sa vengeance et que l’or ne l’intéresse pas.

Le film dérive lentement vers le fantastique avec cette silhouette de femme cloîtrée dans un grenier, ces deux Indiens mystérieux qui suivent Milian partout après l’avoir ressuscité, vers le ‘gore’ avec cette scène inouïe où des hommes hystériques dépècent un cadavre pour récupérer les balles en or qui l’ont tué. Mais Giulio Questi se vautre volontiers et surtout dans le crypto-gay, qui n’est pas si « crypto » que ça, d’ailleurs ! Roberto Camardiel – qui ressemble étonnamment à Oliver Reed – joue un rancher homosexuel entouré d’une armée de « muchachos » bouclés tout vêtus de noir. Et quand il kidnappe l’éphèbe blondinet Ray Lovelock, fils d’un notable de la ville, celui-ci se suicide après un viol collectif pesamment suggéré faute d’être montré. Et que dire de cette séquence délirante où Milian tel un Christ imberbe aux trois-quarts nu, est crucifié dans une cellule et hurle de terreur devant des stock-shots de chauve-souris et iguanes qui n’ont vraiment rien d’effrayant ?

Le pire côtoie donc le meilleur dans ce film unique en son genre, à la technique fréquemment erratique (la chanson de Marilù Tolo complètement désynchrone, les plans flous à foison), au montage parfois très raide dans l’usage des ellipses. Mais qu’on adhère ou pas, « TIRE ENCORE, SI TU PEUX ! » a au moins le mérite d’être totalement original et imprévisible et de montrer un Milian incroyablement sobre, presque effacé. Un document, autrement dit !

TOMAS MILIAN, ROBERTO CAMARDIEL ET PATRIZIA VARLUZZI

TOMAS MILIAN, ROBERTO CAMARDIEL ET PATRIZIA VALTURRI

À noter que le film fut exploité aux U.S.A. sous le titre « DJANGO KILL », alors qu’il n’y bien sûr aucune trace du brave Django dans le scénario et que Milian joue un personnage anonyme. Quant au curieux titre italien « SI TU ES VIVANT, TIRE ! », il est dérivé d’une réplique de Lulli qui prend Milian pour un spectre et lui crie : « Si tu n’es pas un fantôme, tire ! ». C’est déjà plus clair…