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Archives de Catégorie: LES FILMS DE TOMMY LEE JONES

« LOVE STORY » (1970)

La seule et unique raison qu’on puisse trouver aujourd’hui à regarder « LOVE STORY » jusqu’au bout, c’est d’essayer d’imaginer que ce terrible pensum ait pu bouleverser le monde entier il y a un demi-siècle et rapporter des millions de dollars. Écrit par Erich Segal, d’après son propre best-seller, réalisé par l’honnête faiseur Arthur Hiller, c’est un nanar de la plus belle eau, où on peine à trouver quoi que ce soit à sauver.LOVESTORY

Le réalisateur plagie maladroitement le style Claude Lelouch (jusqu’à engager son compositeur Francis Lai !), il tourne en son direct parfois inaudible, multiplie les plans « volés » souvent flous, et engage deux trentenaires pour jouer des étudiants qui en ont dix de moins. L’histoire de ce couple d’amoureux, lui gosse de riche rebelle à son milieu, elle fille de pâtissier, n’est pas palpitante, même quand la maladie vient s’en mêler. L’interprétation d’Ali MacGraw, une des pires de mémoire de cinéphile, vient sceller le cercueil du film. Gauche, appliquée, à contretemps, étonnamment peu photogénique, elle plombe le film tout entier et ferait passer son partenaire Ryan O’Neal pour un génie shakespearien. Deux vétérans jouent les papas inquiets : Ray Milland et John Marley, ce qui donne un peu de tenue à la distribution et on aperçoit très brièvement un tout jeune Tommy Lee Jones, en roommate de O’Neal à la fac. Que dire ? Le temps peut être cruel pour certaines œuvres, mais on ne parvient pas à imaginer que « LOVE STORY » ait pu passer un jour pour un bon film. Même pas pour un témoin de son époque. Disons que son succès tient du miracle, tout comme le fait qu’on parvienne à le visionner dans son entier cinquante ans plus tard.

À noter que huit ans après, John Korty réalisa une sequel, « OLIVER’S STORY », toujours écrite par Erich Segal et où O’Neal retrouvait son rôle aux côtés de la plus compétente Candice Bergen.

 

« LÉGITIME VIOLENCE » (1977)

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WILLIAM DEVANE

Écrit par Paul Schrader, réalisé par John Flynn, « ROLLING THUNDER » (le titre français « LÉGITIME VIOLENCE » a été complètement oublié) est un des tout premiers films prenant pour héros des POW (prisonniers de guerre) rentrant au pays chargés de leurs traumatismes et de leurs pulsions suicidaires.ROLLING.jpg

William Devane, dans le rôle de sa vie, joue un major torturé pendant sept ans au Vietnam qui, de retour chez lui, trouve sa femme avec un autre homme avant de se faire agresser et mutiler par des voyous pour de l’argent. Ceux-ci prennent la fuite après avoir massacré sa famille. Flanqué d’une jeune paumée (Linda Haynes) folle de lui et d’un ancien codétenu (Tommy Lee Jones) tout aussi déboussolé que lui, Devane va chercher à rendre justice lui-même. Un scénario simple, dans la lignée des polars noirs de cette époque (on pense à « APPORTEZ-MOI LA TÊTE D’ALFREDO GARCIA » ou à « JUSTICE SAUVAGE »), une image granuleuse et verdâtre du grand Jordan Cronenweth, plongent dans une ambiance glauque au possible, au sein d’une Amérique sordide peuplée d’abrutis et de ploucs à chapeaux texans. Les histoires de Schrader ont rarement été des hymnes à la joie et son major pourrait être le grand frère du Travis Bickle de « TAXI DRIVER ». On suit donc ce voyage au bout de l’enfer émaillé de séquences très violentes, qui s’achève dans un bordel pouilleux au Mexique, lors d’un showdown cathartique mais guère héroïque qui laissera pas mal de sang sur les murs.

Profondément ancré dans son époque, sans une once d’espoir ou même d’humour, « ROLLING THUNDER » est devenu un film-culte, probablement grâce à son jusqu’au-boutisme. Devane y est vraiment exceptionnel, tout comme Jones dans un rôle plus effacé mais dont le rire dément lors de la fusillade fait froid dans le dos. Des trognes comme James Best ou Luke Askew complètent parfaitement le tableau.

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LINDA HAYNES ET TOMMY LEE JONES

 

« LES DISPARUES » (2003)

MISSINGL’ex-acteur Ron Howard est une personnalité sympathique et un réalisateur aussi fécond qu’éclectique. Mais force est de reconnaître que son œuvre n’est guère emballante et que son talent est pour le moins fluctuant. Aussi est-on surpris, voire « cueilli » par la réussite quasi-totale de son western « LES DISPARUES ».

Le thème renvoie à « LA PRISONNIÈRE DU DÉSERT », mais ici, les « searchers » sont une guérisseuse (Cate Blanchett) dure-à-cuire et son père (Tommy Lee Jones) qu’elle hait depuis qu’il a abandonné sa famille pour s’intégrer à la nation indienne, trente ans plus tôt. Ensemble, ils partent à la recherche de la fille aînée de Blanchett, kidnappée par un sorcier apache (Eric Schweig) pour être vendue au Mexique. Le sujet est classique, mais les portraits sont précis, acérés, et la tonalité, mélangeant ultra-violence et mysticisme est tout à fait originale. Le film doit beaucoup – pratiquement tout, en fait – à la confrontation sans mièvrerie de Jones, personnage étrange, tiraillé entre ses deux identités, et Blanchett, mère-courage inflexible et endurante. Leur lent rapprochement pendant la traque dans les paysages arides, évite le cliché et le sentimentalisme et donne au film son ossature. Ils sont bien entourés par des apparitions de Aaron Eckart en rancher qui connaît une fin atroce, Val Kilmer en officier de cavalerie sans foi ni loi, une toute jeune Elisabeth Moss en jeune mère kidnappée. Mais c’est Schweig qui crève l’écran, dans son rôle de « brujo » bestial et hideux. Défiguré par un maquillage efficace, il crée un véritable monstre et chacune de ses apparitions flirte ouvertement avec le fantastique, apportant au film une dimension horrifique inattendue.

« LES DISPARUES » replonge avec délectation dans l’ambiance des meilleurs westerns des années 50 ou 60, pimentée par une description de la violence assez crue et par une vision de l’humanité âpre et sans la moindre concession. Un très beau film ample et sauvage, qui supporte parfaitement les re-visions.

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CATE BLANCHETT, TOMMY LEE JONES ET ERIC SCHWEIG

 

« TROIS ENTERREMENTS » (2005)

BURIALS.jpgTommy Lee Jones est passé quatre fois derrière la caméra, pour deux films cinéma et deux téléfilms. « TROIS ENTERREMENTS » est son premier long-métrage. C’est une fable initiatique, réminiscente de « APPORTEZ-MOI LA TÊTE D’ALFREDO GARCIA » de Sam Peckinpah, mais dotée d’une morale plus positive.

Jones y joue un éleveur texan dont le meilleur ami, un ouvrir mexicain, est abattu par erreur par un jeune flic frontalier (Barry Pepper). Devant l’indifférence de la police, il prend les choses en main et kidnappe le meurtrier. Il oblige celui-ci à déterrer le cadavre putréfié de sa victime et à traverser le désert à cheval pour l’enterrer dans sa ville natale. L’anecdote n’a que peu d’importance, en réalité. C’est le parcours vers la rédemption de Pepper, sinistre individu immature et violent, qui intéresse les auteurs. Le scénario, apparenté au road movie, est parfois inutilement éparpillé en flash-backs, en digressions (l’histoire de Melissa Leo, serveuse à la cuisse légère), et le film en paraît souvent longuet et manquant de colonne vertébrale. Mais les deux acteurs principaux sont tellement bons et physiquement impliqués, que le film reste prenant et même émouvant (la séquence avec l’ermite aveugle qui cherche à mourir). Égal à lui-même, se reposant beaucoup sur sa diction hachée et l’expressivité de son visage buriné, Jones laisse la vedette au remarquable Pepper dont l’évolution vers l’humanité est parfaitement dépeinte. Melissa Leo est parfaite comme toujours, January Jones également en épouse soumise de Pepper.

« TROIS ENTERREMENTS » est une sorte de balade indolente et généreuse, non dépourvue d’humour, qui s’achève dans un no man’s land pour une conclusion absurde mais finalement très logique. Un joli film imparfait mais très attachant.

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JANUARY JONES, BARRY PEPPER, TOMMY LEE JONES ET MELISSA LEO

 

« MEN IN BLACK 3 » (2012)

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JOSH BROLIN

« MEN IN BLACK 3 », sorti dix ans après le précédent opus et réalisé une fois encore par Barry Sonnenfeld, est la preuve qu’on peut éviter les rabâchages et les redondances en se munissant d’un accessoire imparable : un bon scénario. Signé Etan Cohen (à ne pas confondre avec Ethan Coen !), celui-ci remixe les éléments établis dans les films précédents, insuffle un brin d’émotion dans le délire et boucle la boucle de la relation Tommy Lee Jones-Will Smith d’épatante façon.MIB3 copie.jpg

Cette sequel étonnante, puisqu’elle ne cesse de surprendre agréablement, mêle le voyage temporel à l’univers de science-fiction déjanté de la franchise. Et se retrouvant catapulté en 1969, Will Smith – plutôt meilleur que d’habitude – doit sauver la vie de son vieux coéquipier ronchon, alors âgé de 29 ans (Josh Brolin). Une manière amusante pour Jones, qui a pris un gros coup de vieux physiquement, de tenir la vedette d’un film en apparaissant très peu dedans ! Outre ses rebondissements incessants, ses dérapages dans l’absurde (le discours hallucinant d’Emma Thompson au début du film)  et de très bons F/X, « MEN IN BLACK 3 » vaut d’être vu pour le travail de Brolin, qui offre une imitation de Tommy Lee Jones saisissante, jusque dans le moindre maniérisme, sans parler de son accent. La perfection ! On oublie complètement qu’il ne s’agit pas du même interprète au bout de quelques minutes.

Ce 3ème et dernier, jusqu’à présent, épisode de la série de longs-métrages, possède donc le scénario le plus élaboré du triptyque, puisqu’on est captivé du début à la fin, sans jamais cesser de sourire et que, cerise sur le gâteau, les personnages s’offrent même le luxe d’une semblant de profondeur. On ne pouvait pas rêver mieux !

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TOMMY LEE JONES, WILL SMITH ET EMMA THOMPSON

 

« MEN IN BLACK II » (2002)

MIB II.jpgTourné cinq ans après un premier film très réussi, « MEN IN BLACK II » prend les mêmes et… recommence à peu près la même chose ! Le scénario est un démarquage paresseux du n°1, et curieusement les F/X, qui ont tendance à devenir envahissants, semblent moins performants que la première fois.

Dès le prologue, on sent le désir fébrile de surenchère, le plat richement cuisiné mais digeste servi jadis par Barry Sonnenfeld est devenu lourd, trop gras et finit par couper l’appétit. De plus, Tommy Lee Jones – toujours très à l’aise dans l’humour pince-sans-rire – met une bonne demi-heure à faire son entrée et laisse la place libre à Will Smith. Celui-ci est insupportable de cabotinage auto-satisfait et ne parvient jamais à recréer leur complicité d’antan. On assiste donc à une pâle resucée, qui brasse des éléments trop similaires, surexploite des gimmicks introduits en 1997 comme le coéquipier-chien soûlant ou l’usurier campé par Tony Shalhoub. Dans la colonne des points positifs, de très belles comédiennes comme Lara Flynn Boyle en despote extraterrestre au look de top model et la charmante Rosario Dawson dans un joli personnage à facettes. Et, si ! Tout de même ! L’idée géniale et très poétique du petit peuple de créatures vivant dans le casier d’une consigne de gare et idolâtrant ‘Kay’ comme un dieu vivant. La meilleure chose de ce n°2 qui mène à l’excellent dernier plan. À noter l’apparition de Peter Graves dans son propre rôle de présentateur télé lugubre et celle, beaucoup moins amusante de Michael Jackson.

Un n°2 pas déplaisant bien sûr, avec deux ou trois sympathiques morceaux de bravoure, mais dont on ne cesse de questionner la nécessité.

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WILL SMITH, TOMMY LEE JONES ET ROSARIO DAWSON

 

« MEN IN BLACK » (1997)

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TOMMY LEE JONES

Inspiré d’une BD Marvel, « MEN IN BLACK » est un euphorisant mélange de science-fiction, de comédie débridée et de ‘buddy movie’, au scénario aussi délirant que rigoureux et respectant sans faillir sa propre logique, aussi démente soit-elle.MIB2

Dans une Amérique secrètement peuplée de migrants extra-terrestres, le « MIB » est une sorte de FBI exclusivement consacré aux aliens. Will Smith, flic new-yorkais bien noté, se fait enrôler par Tommy Lee Jones, vétéran du MIB et les deux coéquipiers vont devoir sauver le monde en retrouvant une galaxie planquée dans une bille de verre accrochée au cou d’un chat (sic !). Barry Sonnenfeld mène son film à un train d’enfer, les F/X n’ont pas beaucoup vieilli et l’humour pince-sans-rire est un vrai plaisir. Le duo Jones-Smith fonctionne très bien même si, comme d’habitude, on aurait aimé que le second soit plus dirigé. Mais à l’impossible nul n’est tenu ! Autour d’eux, on retiendra Vincent D’Onofrio extraordinaire en cafard géant compressé dans une peau humaine (re-sic !). Sa gestuelle est aussi hallucinante qu’hilarante. Linda Fiorentino est une belle légiste, Rip Torn un « boss » impassible et Tony Shalhoub – à peine reconnaissable – apparaît en usurier vraiment très louche.

« MEN IN BLACK » a gardé sa verve et sa fraîcheur. On rit très souvent, on a même presque peur parfois et l’affrontement final est une vraie prouesse technique, compte tenu qu’il a été tourné il y a plus de vingt ans. À revoir sans hésiter donc, pour le duo, pour l’humour et les savoureux seconds rôles.

À noter qu’il a été tourné deux sequels en 2002 et 2012, par le même Sonnenfeld.

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TOMMY LEE JONES, WILL SMITH, VINCENT D’ONOFRIO ET LINDA FIORENTINO