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Archives de Catégorie: LES FILMS DE VIGGO MORTENSEN

« LOIN DES HOMMES » (2014)

Écrit et réalisé par le français David Oelhoffen, d’après « L’HÔTE », une nouvelle d’Albert Camus, « LOIN DES HOMMES » se situe en Algérie en 1954 et prend pour protagoniste un instituteur espagnol né là-bas (Viggo Mortensen), chargé d’escorter un paysan accusé de meurtre (Reda Kateb) vers son exécution certaine.LOIN copie.jpg

Le scénario, habile, est focalisé sur la relation évolutive entre les deux hommes, et ne montre de la guerre que ce qu’ils en voient pendant leur périple. On pense parfois à certains westerns comme « 3 :10 POUR YUMA » par la beauté des paysages, la photo cristalline et le caractère rugueux des personnages. Le discours politique et historique reste à l’arrière-plan, constamment présent, mais jamais pesant. Ce qui surprend le plus, à vrai dire, c’est l’aisance avec laquelle Mortensen joue son rôle en français et en arabe, presque sans accent, au point de faire complètement oublier qu’il est une vedette américaine au sein d’une coproduction. Il donne une belle humanité et une réelle profondeur à cet homme pacifique, idéaliste, marqué par son passé militaire et son veuvage. Son face à face avec Kateb, parfaitement crédible en pauvre fermier inculte, prêt à donner sa vie pour sa famille, est le centre d’intérêt du film, au-delà des péripéties et des séquences de combat.

« LOIN DES HOMMES » offre une perspective dynamique et esthétiquement soignée à cette « guerre » généralement traitée de façon semi-documentaire au cinéma. Maîtrisé et souvent émouvant, le film est surtout à voir – nous l’avons dit – pour la performance de Mortensen, qui trouve un de ses plus jolis rôles. Sa scène avec une jeune prostituée est une des plus belles choses qu’il ait faites à l’écran.

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« GREEN BOOK : SUR LES ROUTES DU SUD » (2018)

Réalisé en solo par Peter, un des frères Farelly, écrit par le fils d’un des protagonistes, « GREEN BOOK : SUR LES ROUTES DU SUD », situé en 1962, raconte l’improbable amitié entre un chauffeur « rital » inculte et raciste et son client, un célèbre pianiste noir qui a décidé de faire une tournée dans le Sud profond, avec ce que cela comporte de risques.5245ENT_GreenBook-Poster-ComingSoon_Blauw_700x1000.indd

On pense bien sûr immédiatement à un avatar de « MISS DAISY ET SON CHAUFFEUR » inversé, mais le scénario vaut mieux que cela. Oui, c’est fondamentalement un « feel good movie » et on prend un plaisir simple à voir évoluer la relation entre l’artiste snob, solitaire et déconnecté du réel et le « tough guy » aux manières de voyou à qui on ne la fait pas. Mais c’est extrêmement bien dialogué, parfaitement rythmé, les situations auxquelles sont confrontées les deux hommes sont toujours intéressantes et dramatiquement fortes. Mais outre une mise-en-scène classique et une reconstitution d’époque impeccable, ce qui séduit dans « GREEN BOOK », c’est l’extraordinaire qualité des deux vedettes : Viggo Mortensen, épaissi, qui adopte un accent du Bronx irréprochable, et donne une belle humanité à ce personnage apparemment tout d’un bloc, qu’on voit changer et évoluer à vue d’œil au cours de ce long voyage de deux mois en voiture. Et puis Mahershala Ali, tellement bon, qu’on ne sent même pas la composition. Chacune de leurs engueulades, le moindre moment de complicité sont un véritable régal et la fin, peut-être trop idyllique, est tout de même bien réconfortante. Linda Cardellini est, comme toujours, très charmante dans son rôle plus effacé d’épouse italienne chaleureuse et intuitive.

À voir donc, ce « GREEN BOOK », road movie prônant la tolérance et fustigeant le racisme ordinaire sans jamais se montrer trop démonstratif. Un cinéma un peu conventionnel certes, mais très agréable.

 

« YOUNG GUNS II » (1990)

GUNS2 2.jpgProduit deux ans après le premier opus, « YOUNG GUNS II » nous fait retrouver le trio Emilio Estevez, Kiefer Sutherland et Lou Diamond Phillips, le scénariste, le directeur photo Dean Semler (un peu plus inspiré, cette fois) mais gagne au change avec un nouveau réalisateur : Geoff Murphy.

Le scénario est très proche de celui de « PAT GARRETT & BILLY THE KID » de Peckinpah, ce qui est logique puisqu’il relate exactement les mêmes évènements, mais l’approche est plus ludique, même si le film est beaucoup plus sombre que le précédent. La vraie trouvaille est d’avoir raconté pour la énième fois l’histoire de William H. Bonney, mais cette fois-ci par… lui-même. En effet, l’auteur part du principe que Garrett n’a pas tué le Kid cette nuit-là à Fort Sumner, mais l’a laissé fuir. Devenu âgé, celui-ci décide de tout raconter à un avocat, dans les années 1950. Bien réalisé en Scope, doté d’un casting à toute épreuve, « YOUNG GUNS II » dépasse, et de loin, son prédécesseur et réussit à peu près tout ce que le n°1 avait raté. Estevez est parfaitement à l’aise dans ce personnage irresponsable et imbu de sa propre légende, William L. Petersen (remplaçant Patrick Wayne) est un Garrett mystérieux et impénétrable, Christian Slater est très agaçant comme d’habitude. Parmi les seconds rôles, on reconnaît la délicieuse Jenny Wright en « madame » très sexy, James Coburn – qui joua Garrett pour Peckinpah – dans le rôle de John Chisum le temps de deux séquences. Quelle gueule ! Il y a aussi Viggo Mortensen sous-utilisé et Scott Wilson. Vraiment une distribution qui vaut à elle seule le détour.

Les deux « YOUNG GUNS » forment un tout homogène et posent un regard vraiment original sur une des plus durables mythologies de l’Ouest, sans chercher à la nier totalement. Le second est plus achevé, plus soigné, et s’octroie même quelques moments d’une belle émotion.

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EMILIO ESTEVEZ, JENNY WRIGHT ET JAMES COBURN

 

« U.S.S. ALABAMA » (1995)

USSAffichant ses références directement dans le dialogue, « U.S.S. ALABAMA » est un des plus puissants films « de sous-marin » qui se puisse voir et très certainement une des deux ou trois plus incontestables réussites de Tony Scott.

Le scénario, admirablement vissé, pose rapidement ses enjeux, dessine deux protagonistes irréconciliables et les confronte avec la WW3 en ligne de mire. Le drame se noue progressivement, les dissensions puis la haine montent entre l’officier blanchi sous le harnais (Gene Hackman) et son second plus jeune et plus « intellectuel » (Denzel Washington). Et quand il s’agit de lâcher des missiles nucléaires sur la Russie et de déclencher l’Holocauste, les deux hommes vont au clash.

Quand un film est parfait, il est parfait. Et ce n’est pas parce que Scott n’a jamais eu auprès des cinéphiles la légitimité d’un John McTiernan que son film n’en est pas moins infiniment meilleur que « À LA POURSUITE D’OCTOBRE ROUGE ». La photo est aussi belle qu’efficace (Dariusz Wolski), la BO de Hans Zimmer remplit une fois de plus son office et le montage est une véritable leçon de suspense.

Le casting est extraordinaire : Hackman magistral dans un rôle complexe, jamais traité avec manichéisme ni campé comme un banal « méchant ». Washington est égal à lui-même mais parfaitement distribué. Leurs affrontements sont d’une tension hors du commun. Et pour ce qui est des seconds rôles, c’est carrément la fête : Viggo Mortensen excellent en officier littéralement écrasé par le doute, James Gandolfini, George Dzundza, Matt Craven et même Jason Robards qui apparaît à la fin, non-mentionné au générique en amiral.

Si « U.S.S. ALBAMA » n’est pas un chef-d’œuvre, il n’est en tout cas pas passé loin de se qualifier. Le film offre deux heures d’action pure, sans céder au spectaculaire décérébré et donne même à gamberger. Ce qui en fait un oiseau rare.

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GENE HACKMAN MATT CRAVEN, DENZEL WASHINGTON ET JASON ROBARDS

À noter que certains « hommages » aux comics U.S., aux films des années 50 et à la série « STAR TREK » furent écrits par un Quentin Tarantino non crédité. On s’en serait volontiers passé, pour tout dire, tant les répliques paraissent plaquées et hors-propos.

 

« THE PROPHECY » (1995)

PROPHECY« THE PROPHECY » est l’unique réalisation du scénariste Gregory Widen. Et le moins qu’on puisse dire est qu’il n’a pas opté pour la voie la plus facile !

Son film relate une « guerre au paradis » entre les anges déchus, le diable, avec des âmes pour enjeu et pour simplifier encore les choses, un (presque) prêtre devenu flic !

Dès les premières séquences, on sent que ça va être difficile d’adhérer. On n’y comprend pas grand-chose, les points-de-vue sont trop nombreux, et le ton est solennel, mêlant sans complexe une bouillie biblique avec la culture amérindienne. C’est souvent franchement ridicule, parfois intrigant, parfois presque drôle tant c’est décalé, mais c’est tellement décousu, confus et bordélique, qu’on se désintéresse vite de l’histoire pour se focaliser sur un joli casting d’acteurs qu’on aime généralement beaucoup. Ils ne sont hélas, pas au top de leur forme, en particulier Christopher Walken dans le rôle de l’archange Gabriel, sorte de vampire vêtu de noir, à l’odorat de chien de chasse, qui déploie toute sa panoplie de tics et de trucs : clins d’œil complices, cris intempestifs, apartés drolatiques, etc. Autour de lui, Elias Koteas incarne un flic sans aucun relief, Virginia Madsen est comme toujours d’une photogénie à brûler la pellicule et Viggo Mortensen apparaît vers la fin en Lucifer soupe-au-lait.

Un Scope bien utilisé, de beaux extérieurs de l’Arizona, quelques bagarres sanglantes peuvent aider à faire passer la pilule. Mais « THE PROPHECY » demeure un film sans queue (fourchue ou pas) ni tête qui ne trouve jamais la juste tonalité.

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VIGGO MORTENSEN, ELIAS KOTEAS, CHRISTOPHER WALKEN ET VIRGINIA MADSEN

À noter que le film donna naissance à… quatre sequels sorties en 1998, 2000 et 2005 (pour les deux derniers en date). Rien que des DTV. Walken n’apparaît que dans les deux premiers films.

 

« LES PROMESSES DE L’OMBRE » (2007)

1Sheet_Master.qxdSur la vingtaine de longs-métrages qu’il a signé, David Cronenberg n’a tourné que deux « polars », dans la foulée l’un de l’autre. Même s’ils traitent de sujets complètement différents, les deux œuvres demeurent intimement liées par leur personnage central, campé à chaque fois par Viggo Mortensen jouant un homme hanté par la violence et dissimulant sa véritable identité jusqu’à ne plus très bien savoir qui il est réellement.

Sans avoir la puissance compacte et universelle de « A HISTORY OF VIOLENCE » tourné deux ans plus tôt, « LES PROMESSES DE L’OMBRE » est un superbe ‘film noir’, ancré dans un Londres gangréné par la mafia russe. Les protagonistes sont ‘bigger than life’, surtout ceux incarnés par Mortensen, homme-à-tout-faire impassible et mystérieux et Armin Mueller-Stahl impressionnant en vieux caïd russe à faire froid dans le dos. Leurs deux confrontations sont magistrales et donnent au film une dimension shakespearienne. Cet aspect « théâtral » est d’ailleurs renforcé par le petit nombre de décors et l’ambiance nocturne et confinée. Le style de Cronenberg, direct, frontal, émaillé de plans « gore » atroces, dépourvu de fioritures ou de digressions, rend le film fascinant et immersif. Ce qui l’empêche d’atteindre le niveau du précédent ? Le personnage de Naomi Watts, peut-être, sous-écrit et sans évolution et surtout celui de Vincent Cassel en héritier indigne du vieux mafieux. Le surjeu permanent de l’acteur français était justifié par le rôle, mais il détone trop par rapport à l’ambiance feutrée du film et finit par irriter.

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ARMIN MUELLER-STAHL, NAOMI WATTS ET VIGGO MORTENSEN

Un film à voir pour son étude d’un milieu peu connu, pour quelques séquences sidérantes comme l’attaque dans le bain-douche, d’une sauvagerie inouïe et essentiellement pour Mortensen dans le rôle de sa vie, et parfaitement crédible par son accent, sa gestuelle, ses expressions, dans la peau d’un Russe. Malgré ses rares défauts, un film très riche sur lequel on peut revenir pour en lever les mystères et en explorer ses zones d’ombre.

 

« A HISTORY OF VIOLENCE » (2005)

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VIGGO MORTENSEN

Adapté d’une BD de John Wagner, « A HISTORY OF VIOLENCE » est une sorte de concentré de polar existentiel, un ‘film noir’ situé dans une Amérique intemporelle dont l’ambiance n’est pas sans rappeler des classiques des fifties comme « LES INCONNUS DANS LA VILLE » ou « COMME UN TORRENT » et qui n’hésite pas à utiliser les poncifs du western.HISTORY

Le scénario démarre d’abord, et très habilement, sur les méfaits d’un tandem d’horribles serial killers errants qui attaquent le ‘diner’ de Viggo Mortensen, un honnête et modeste père de famille provincial. Pour sauver sa peau et celle de ses employés, celui-ci se métamorphose en tueur d’élite. Le film tout entier tient dans cette dualité du personnage principal, qui confine à la schizophrénie pure et simple : devenu le brave ‘Tom’ il y a des années, notre héros pense avoir tué ‘Joey’, le tueur psychopathe qu’il fut jadis. Mais David Cronenberg étant ce qu’il est, la violence est traitée comme un virus en sommeil capable de se réanimer à la première opportunité et de s’avérer, qui plus est, hautement contagieux ! Ainsi, les deux scènes d’amour entre Viggo Mortensen et sa femme Maria Bello sont-elles admirablement placées en miroir : la première ludique, conjugale, presque enfantine (avec Tom) et la seconde bestiale, violente, douloureuse (avec Joey). Mortensen, dans un de ses très grands rôles, est extraordinaire à ce double jeu-là. La scène où il admet enfin être Joey et sa façon de dire : « Yes, I’m Joey », filent le frisson.

Fascinant, insondable, l’acteur occupe l’espace avec la présence des plus grands. Il est très bien entouré par Ed Harris en malfrat défiguré aimablement menaçant, Stephen McHattie terrifiant dans le rôle d’un des tueurs du début. Seul William Hurt agace dans son apparition cabotine et « over the top » de caïd doucereux. Le film n’avait vraiment pas besoin de cela. Porté par une BO emphatique de Howard Shore qui accentue l’ambiance de cauchemar éveillé, « A HISTORY OF VIOLENCE » fait partie de ces films parfaitement aboutis qu’on peut voir et revoir en y trouvant toujours matière à réflexion. Sur la violence certes, mais aussi sur le polar, sur la mythologie du tueur de cinéma et… sur la famille. L’épilogue muet laisse sur une interrogation et un malaise durables. Un chef-d’œuvre.

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MARIA BELLO ET ED HARRIS