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Archives de Catégorie: LES FILMS DE VIGGO MORTENSEN

« DAYLIGHT » (1996)

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SYLVESTER STALLONE

« DAYLIGHT » de Rob Cohen était apparu à sa sortie comme un avatar tardif des films-catastrophe des seventies, comme un mélange de « LA TOUR INFERNALE » et « L’AVENTURE DU POSÉIDON ». Un tunnel new-yorkais effondré remplaçant à lui tout seul la tour et le paquebot. Après tout ce temps, le film a pris une certaine patine, (due en grande partie à l’absence de CGI et d’écrans verts), voire une forme d’authenticité.DAYLIGHT.jpg

Cela n’empêche évidemment pas le scénario de n’être qu’une enfilade ininterrompue de clichés (la famille dysfonctionnelle qui se réconcilie dans l’épreuve, le héros hanté par son passé, le chien qui s’en sort malgré tout, etc.), mais au final, le film n’est pas désagréable et contient de formidables morceaux de bravoure, comme le passage des ventilateurs au suspense stressant ou le sauvetage de Stan Shaw coincé sous un véhicule, avec l’eau qui monte inexorablement. Deux heures, c’est trop long, mais tout le monde pourra y trouver son compte, à condition de bien savoir quel genre de film on regarde. Sylvester Stallone, bien dirigé, est impeccable dans son rôle de héros humble en quête de rédemption, Amy Brenneman déploie une belle énergie dans un emploi très physique, on retrouve même la grande Claire Bloom qui aura décidément tout fait dans sa longue carrière. À noter, le rôle court mais amusant de Viggo Mortensen en star des médias égocentrique et vaniteuse que sa morgue ne suffira pas à sauver. « DAYLIGHT » a donc étonnamment bien passé l’épreuve des ans, certes pas grâce à son scénario, mais par l’implication évidente de ses acteurs qui « morflent » visiblement beaucoup à patauger dans l’eau, sous l’eau et dans la boue gluante. On souffre pour eux ! La réalisation est tout à fait honnête, la photo est belle et parfaitement lisible et la BO de Randy Edelman apporte une bonne dose d’émotion à l’ensemble. Idéal pour un après-midi pluvieux.

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VIGGO MORTENSEN, SYLVESTER STALLONE ET AMY BRENNEMAN

À noter : le dernier plan du film, qui se veut témoin de la résilience de New York est un panorama des… Twin Towers, qui prend aujourd’hui une bien sombre résonance.

 

« L’IMPASSE » (1993)

CARLITO.jpg10 ans après « SCARFACE », Brian De Palma retrouve Al Pacino à nouveau gangster hispanique, cette fois portoricain, dans le New York des années 70. Inspiré de deux romans d’Edwin Torres, « L’IMPASSE » n’a pas du tout la même tonalité que l’histoire de Tony Montana, et brosse le portrait d’un homme vieillissant, en quête de rédemption.

Très bien construit, violent mais sans complaisance, c’est certainement un de deux ou trois meilleurs films de De Palma, qui exécute plusieurs morceaux de bravoure avec une virtuosité époustouflante : on pense à la séquence du billard au début, à quelques face à face entre comédiens et à la longue traque finale jusqu’à la gare, s’achevant sur le quai. Le scénario n’étant qu’un long flash-back, le suspense en est amoindri, mais le personnage de Carlito Brigante en ressort plus émouvant. C’est un des grands rôles de Pacino, qui fait passer toutes les nuances de cet homme mûri, assagi, mais encore taraudé par ses mauvais penchants. Son association avec Sean Penn (méconnaissable) fait des étincelles. Celui-ci joue un avocat cocaïné, corrompu jusqu’à la moelle, contaminé par le crime, une véritable vermine qui entraîne tout le monde dans sa chute. Autour d’eux, de formidables acteurs : Penelope Ann Miller dans le rôle de sa vie, danseuse ratée réduite à faire du striptease, Luis Gúzman parfait en malfrat planche-pourrie, John Leguizamo en jeune loup donnant une idée de ce qu’a pu être Carlito dans sa jeunesse et surtout Viggo Mortensen, magnifique dans une seule scène en ex-complice cloué sur un fauteuil roulant.

Le film n’est pas exempt de petites longueurs (144 minutes, quand même !), d’incohérences (le laïus de Pacino au tribunal montre une facette exubérante et cabotine de sa personnalité qu’on ne reverra jamais par la suite), mais « L’IMPASSE » demeure un sacré bon film de gangsters, pétri d’humanité et de noirceur.

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AL PACINO, PENELOPE ANN MILLER, SEAN PENN ET VIGGO MORTENSEN

 

HAPPY BIRTHDAY, VIGGO !

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VIGGO MORTENSEN, UN DES ACTEURS LES PLUS INTELLIGENTS ET VERSATILES DE SA GÉNÉRATION. UNE BELLE CARRIÈRE INTERNATIONALE.

 
 

« GOOD » (2008)

GOOD.jpgRéalisé par l’autrichien Vicente Amorim d’après une pièce de théâtre, « GOOD » est une coproduction anglo-allemande qui démarre à Berlin en pleine montée du nazisme et s’achève dans un camp de la mort.

C’est surtout le portrait d’un professeur d’université et père de famille (Viggo Mortensen), approché par les nazis à cause d’un livre écrit il y a des années et parlant d’euthanasie. Homme effacé et neutre, Viggo va s’inscrire au parti, enfiler l’uniforme et même participer à la « nuit de cristal », tout en se persuadant qu’il ne fait rien de mal, qu’il ne fait que survivre du mieux qu’il peut. Progressivement, le scénario démontre comment un individu banal, foncièrement honnête et plutôt sympathique, finit par perdre son identité jusqu’à devenir un monstre parmi les monstres, sans même s’en rendre compte. La dernière scène – celle de sa terrassante prise de conscience dans l’enceinte d’un camp – est saisissante d’émotion et d’horreur mêlées. Le film très platement réalisé, est magnifiquement porté par Mortensen, très crédible dans ce rôle « d’homme qui n’était pas là » (pour reprendre le titre d’un film des frères Coen), capable de porter des œillères jusqu’au dernier moment, jusqu’à la disparition de son meilleur ami qui était juif. Un personnage complexe auquel on peut parfois s’identifier tout en le trouvant ignoble. À ses côtés d’excellents acteurs anglais comme Jason Isaacs jouant son psy et ami, Anastasia Hille jouant sa première épouse, Jodie Whittaker incarnant la seconde, un rôle odieux qu’elle campe à merveille. Mark Strong apparaît brièvement en dignitaire impassible qui « enrôle » Mortensen au début.

Assez proche du téléfilm dans sa facture, « GOOD » se laisse regarder pour son thème intrigant, son absence de manichéisme et pour son remarquable casting.

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VIGGO MORTENSEN, JODIE WHITTAKER ET JASON ISAACS

 

« LOIN DES HOMMES » (2014)

Écrit et réalisé par le français David Oelhoffen, d’après « L’HÔTE », une nouvelle d’Albert Camus, « LOIN DES HOMMES » se situe en Algérie en 1954 et prend pour protagoniste un instituteur espagnol né là-bas (Viggo Mortensen), chargé d’escorter un paysan accusé de meurtre (Reda Kateb) vers son exécution certaine.LOIN copie.jpg

Le scénario, habile, est focalisé sur la relation évolutive entre les deux hommes, et ne montre de la guerre que ce qu’ils en voient pendant leur périple. On pense parfois à certains westerns comme « 3 :10 POUR YUMA » par la beauté des paysages, la photo cristalline et le caractère rugueux des personnages. Le discours politique et historique reste à l’arrière-plan, constamment présent, mais jamais pesant. Ce qui surprend le plus, à vrai dire, c’est l’aisance avec laquelle Mortensen joue son rôle en français et en arabe, presque sans accent, au point de faire complètement oublier qu’il est une vedette américaine au sein d’une coproduction. Il donne une belle humanité et une réelle profondeur à cet homme pacifique, idéaliste, marqué par son passé militaire et son veuvage. Son face à face avec Kateb, parfaitement crédible en pauvre fermier inculte, prêt à donner sa vie pour sa famille, est le centre d’intérêt du film, au-delà des péripéties et des séquences de combat.

« LOIN DES HOMMES » offre une perspective dynamique et esthétiquement soignée à cette « guerre » généralement traitée de façon semi-documentaire au cinéma. Maîtrisé et souvent émouvant, le film est surtout à voir – nous l’avons dit – pour la performance de Mortensen, qui trouve un de ses plus jolis rôles. Sa scène avec une jeune prostituée est une des plus belles choses qu’il ait faites à l’écran.

 

« GREEN BOOK : SUR LES ROUTES DU SUD » (2018)

Réalisé en solo par Peter, un des frères Farelly, écrit par le fils d’un des protagonistes, « GREEN BOOK : SUR LES ROUTES DU SUD », situé en 1962, raconte l’improbable amitié entre un chauffeur « rital » inculte et raciste et son client, un célèbre pianiste noir qui a décidé de faire une tournée dans le Sud profond, avec ce que cela comporte de risques.5245ENT_GreenBook-Poster-ComingSoon_Blauw_700x1000.indd

On pense bien sûr immédiatement à un avatar de « MISS DAISY ET SON CHAUFFEUR » inversé, mais le scénario vaut mieux que cela. Oui, c’est fondamentalement un « feel good movie » et on prend un plaisir simple à voir évoluer la relation entre l’artiste snob, solitaire et déconnecté du réel et le « tough guy » aux manières de voyou à qui on ne la fait pas. Mais c’est extrêmement bien dialogué, parfaitement rythmé, les situations auxquelles sont confrontées les deux hommes sont toujours intéressantes et dramatiquement fortes. Mais outre une mise-en-scène classique et une reconstitution d’époque impeccable, ce qui séduit dans « GREEN BOOK », c’est l’extraordinaire qualité des deux vedettes : Viggo Mortensen, épaissi, qui adopte un accent du Bronx irréprochable, et donne une belle humanité à ce personnage apparemment tout d’un bloc, qu’on voit changer et évoluer à vue d’œil au cours de ce long voyage de deux mois en voiture. Et puis Mahershala Ali, tellement bon, qu’on ne sent même pas la composition. Chacune de leurs engueulades, le moindre moment de complicité sont un véritable régal et la fin, peut-être trop idyllique, est tout de même bien réconfortante. Linda Cardellini est, comme toujours, très charmante dans son rôle plus effacé d’épouse italienne chaleureuse et intuitive.

À voir donc, ce « GREEN BOOK », road movie prônant la tolérance et fustigeant le racisme ordinaire sans jamais se montrer trop démonstratif. Un cinéma un peu conventionnel certes, mais très agréable.

 

« YOUNG GUNS II » (1990)

GUNS2 2.jpgProduit deux ans après le premier opus, « YOUNG GUNS II » nous fait retrouver le trio Emilio Estevez, Kiefer Sutherland et Lou Diamond Phillips, le scénariste, le directeur photo Dean Semler (un peu plus inspiré, cette fois) mais gagne au change avec un nouveau réalisateur : Geoff Murphy.

Le scénario est très proche de celui de « PAT GARRETT & BILLY THE KID » de Peckinpah, ce qui est logique puisqu’il relate exactement les mêmes évènements, mais l’approche est plus ludique, même si le film est beaucoup plus sombre que le précédent. La vraie trouvaille est d’avoir raconté pour la énième fois l’histoire de William H. Bonney, mais cette fois-ci par… lui-même. En effet, l’auteur part du principe que Garrett n’a pas tué le Kid cette nuit-là à Fort Sumner, mais l’a laissé fuir. Devenu âgé, celui-ci décide de tout raconter à un avocat, dans les années 1950. Bien réalisé en Scope, doté d’un casting à toute épreuve, « YOUNG GUNS II » dépasse, et de loin, son prédécesseur et réussit à peu près tout ce que le n°1 avait raté. Estevez est parfaitement à l’aise dans ce personnage irresponsable et imbu de sa propre légende, William L. Petersen (remplaçant Patrick Wayne) est un Garrett mystérieux et impénétrable, Christian Slater est très agaçant comme d’habitude. Parmi les seconds rôles, on reconnaît la délicieuse Jenny Wright en « madame » très sexy, James Coburn – qui joua Garrett pour Peckinpah – dans le rôle de John Chisum le temps de deux séquences. Quelle gueule ! Il y a aussi Viggo Mortensen sous-utilisé et Scott Wilson. Vraiment une distribution qui vaut à elle seule le détour.

Les deux « YOUNG GUNS » forment un tout homogène et posent un regard vraiment original sur une des plus durables mythologies de l’Ouest, sans chercher à la nier totalement. Le second est plus achevé, plus soigné, et s’octroie même quelques moments d’une belle émotion.

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EMILIO ESTEVEZ, JENNY WRIGHT ET JAMES COBURN