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Archives de Catégorie: LES FILMS DE WARREN OATES

« POLICE FRONTIÈRE » (1982)

border2Le scénariste Walon Green, Warren Oates, le Mexique… On pense automatiquement à « LA HORDE SAUVAGE ». Mais hélas, l’éclectique Tony Richardson n’est pas Sam Peckinpah et « POLICE FRONTIÈRE » aurait pu être un très bon film en d’autres mains. Complètement hors de son élément, le réalisateur anglais gâche un matériau potentiellement intéressant.

Le scénario tourne autour de la prise de conscience d’un petit flic frontalier au Texas (Jack Nicholson), qui se dresse contre la corruption de sa hiérarchie participant au trafic d’êtres humains à la frontière mexicaine. Dès le prologue et la piteuse façon dont est filmé un tremblement de terre, on sent que quelque chose ne va pas. Richardson ne sait pas filmer l’action (le « shoutout » final est incroyablement bâclé et mal fichu alors qu’on l’attend depuis le début), il demeure en superficie quant à la psychologie de ses personnages et ôte toute vigueur et colonne vertébrale au film.

Heureusement, Nicholson parfaitement sobre et contenu, porte « POLICE FRONTIÈRE » sur les épaules. Pauvre type velléitaire, marié à une idiote vulgaire et dépensière, il se met en quête de rédemption en voulant sauver une jeune clandestine (Elpidia Carillo) et son bébé. C’est ce fil narratif assez ténu qui maintient tout de même l’intérêt jusqu’au bout, ainsi que l’évolution subtile de cet antihéros lent d’esprit mais de plus en plus attachant à mesure qu’il retrouve sa dignité. Autour de lui, Valerie Perrine est excellente dans le rôle (difficile) de sa gourde d’épouse, Oates fait tapisserie en capitaine corrompu et Harvey Keitel est étonnamment nuancé en ripou manipulateur.

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JACK NICHOLSON, ELPIDIA CARILLO ET HARVEY KEITEL

Pour les magnifiques extérieurs de désert, pour la BO de Ry Cooder, pour quelques scènes touchantes entre Nicholson et Carillo, « POLICE FRONTIÈRE » vaut d’être vu. Mais il laisse une sensation de gâchis très agaçante. Il n’en aurait pas fallu beaucoup…

 

« THE TEST » : James Coburn dans « Stoney Burke »

STONEY COBURN

JAMES COBURN ET JACK LORD

« THE TEST » est un excellent épisode de la série « STONEY BURKE », réalisé par Leonard Horn et photographié par le grand chef-opérateur Conrad Hall.

En voulant monter un mustang particulièrement nerveux, Jack Lord a un grave accident et se retrouve paralysé des deux jambes. Son médecin, James Coburn, ne trouve aucune lésion sur les radios et en conclue que ‘Stoney’ souffre de séquelles psychosomatiques. Au lieu de s’apitoyer sur son sort, il va le secouer, le défier, le bousculer, jusqu’à ce que son patient émerge de sa torpeur et parvienne à se tenir debout.

L’épisode tient dans le face-à-face et les confrontations entre deux remarquables acteurs : Lord, d’une subtilité inattendue dans ce rôle de ‘tough guy’ qui révèle une faille béante de son caractère et laisse s’insinuer en lui une peur invalidante. Et Coburn, ex-sportif lui-même, dur et refusant toute empathie, qui oblige littéralement son patient à reprendre sa vie en mains, quitte à le pousser à bout. Avec un bon dialogue, une situation forte, les deux acteurs donnent vraiment le meilleur d’eux-mêmes. Un vrai plaisir !

STONEY COBURN2

WARREN OATES, JACK LORD ET JAMES COBURN

Parmi les autres comédiens, le « récurrent » Warren Oates apparaît fugitivement en cowboy rigolard et l’enfant-vedette Richard Eyer (« LA MAISON DES OTAGES ») joue un jeune paraplégique courageux. À noter que Oates et Coburn allaient se recroiser deux ans plus tard dans « MAJOR DUNDEE » de leur ami commun Sam Peckinpah dont ils devaient devenir les acteurs-fétiches.

Un bel échantillon d’une série méconnue, mais intelligente et très soigneusement produite.

 

« THE WEAPONS MAN » : J.D. Cannon & Henry Silva dans « Stoney Burke »

HENRY SILVA

HENRY SILVA

« THE WEAPONS MAN » est un épisode de la série « STONEY BURKE » écrit et réalisé par Leslie Stevens.

Lors d’un show de rodéo, un Indien (Henry Silva) tue accidentellement un spectateur d’une flèche dans la gorge. Le shérif demande l’aide d’un expert en armes de tous genres (J.D. Cannon) qui connaissait la victime pendant la WW2 et est persuadé qu’il s’agit d’un meurtre délibéré. L’enquête démontrera que Silva est japonais et non indien et qu’il cherchait à venger son père.

L’épisode trouve tout son intérêt dans le personnage de Cannon, sorte de Sherlock Holmes omniscient, pète-sec et surdoué qui s’aliène instantanément notre brave – mais peu brillant – héros Jack Lord, appelé comme consultant. Leurs échanges sont amusants, tout comme la courte scène où Warren Oates tente de vendre à Cannon un Derringer qui a soi-disant appartenu à Annie Oakley.

J.D. CANNON, JACK LORD, FRANK DeKOVA, WARREN OATES ET HENRY SILVA

J.D. CANNON, JACK LORD, FRANK DeKOVA, WARREN OATES ET HENRY SILVA

Dans un contexte ethnique qui tient de la pure bouillabaisse sino-japonaise sommairement documentée, Silva prête son masque inquiétant à un archer « zen » au nom japonais, avec son habituelle présence. Lors d’une bagarre finale à mains nues avec Cannon, les doublures sont tellement visibles que la scène en devient hilarante.

Parmi les seconds rôles, l’inévitable Frank DeKova joue un chef comanche se produisant dans des spectacles forains et Philip Ahn, figure familière de tant de films, incarne un moine japonais.

 

« AN ECHO OF ANGER » : Warren Oates dans « Shane »

WARREN OATES

WARREN OATES

« AN ECHO OF ANGER » est un remarquable épisode de la série « SHANE », réalisé par Gary Nelson.

Quatre hommes, un oncle et ses trois neveux, tous montagnards, arrivent en ville pour tuer Shane qu’ils accusent d’avoir assassiné un des leurs quelques mois plus tôt. Mais Shane nie les faits et il s’avère que l’un des hommes ment pour sauver « l’honneur de la famille » : son cousin abattu avait lâchement pris la fuite lors d’une bagarre et il fallait lui inventer une mort plus glorieuse.

BERT FREED ET DAVID CARRADINE

BERT FREED ET DAVID CARRADINE

Le scénario décortique avec une terrible lucidité l’engrenage absurde de la vendetta. Quand à la fin, dans la rue principale, sept hommes s’affrontent jusqu’à la mort, c’est sans aucune raison. Juste « pour l’honneur ». Et les quatre pécores gisant dans la poussière, Shane et ses amis contemplent les corps et les pages d’une bible volant au vent, conscients qu’ils sont morts pour rien.

Rêche, direct, sans fioriture, l’épisode exploite parfaitement les personnages récurrents : c’est la première fois que Jill Ireland doit faire face au fait qu’elle est inconsciemment amoureuse de Shane. La première fois aussi que Bert Freed, censé être l’Ennemi, se range du côté des bons pour chasser les envahisseurs.

Ceux-ci sont impeccablement castés : en tête Cliff Osmond en patriarche borné et bigot. Et Warren Oates dans un rôle assez fouillé. Il joue le plus intelligent de la fratrie (ce n’est pas vraiment un exploit, mais tout de même), une brute en apparence, mais avec un fond de sensibilité. Dans la scène où il pénètre dans la chambre de Jill Ireland pour lui déclarer sa flamme, il est à la fois inquiétant, dangereux et étonnamment doux et presque… touchant. La marque du grand comédien qu’il a toujours été dans n’importe quelle situation.

Et David Carradine imprime vraiment sa personnalité dans ce personnage effacé, taiseux et pudique.

LE SHOWDOWN...

LE SHOWDOWN…

 

« INCIDENT OF THE PROPHECY » : Warren Oates dans « Rawhide »

CLINT EASTWOOD ET WARREN OATES

CLINT EASTWOOD ET WARREN OATES

« INCIDENT OF THE PROPHECY » est un épisode de la 6ème saison de « RAWHIDE », réalisé par Thomas Carr. Et un épisode tout à fait intéressant, ce qui n’est pas si fréquent dans cette série terriblement inégale.

Clint Eastwood, son copain cowboy Warren Oates et d’autres vachers du convoi s’amusent à tirer sur la cloche d’un village. Un quidam est tué accidentellement et son frère, le prêcheur Dan Duryea maudit les deux tireurs. Puis il se met à les suivre partout, en jouant de l’harmonica, tel un ange de la mort, jusqu’à ce que Oates en tombe littéralement malade, persuadé de sa mort prochaine.

Par son rythme lent, par le personnage de Duryea tout de noir vêtu et jouant son air lancinant, par le thème de la vengeance bien amené grâce à un ‘twist’ final complètement inattendu, le film évoque parfois un ‘spaghetti western’ avant la lettre. Eastwood et Oates (dans un des quatre rôles qu’il tint dans « RAWHIDE ») forment un tandem sympathique. Le second est particulièrement excellent en brave type superstitieux surnommé ‘Rabbit’ à cause de la patte de lapin qu’il traîne partout avec lui, de plus en plus miné par les incidents inexpliqués qui ne cessent de lui tomber dessus. Duryea est inquiétant à souhait en ex-pistolero à moitié cinglé. Parmi les seconds rôles, on aperçoit Harry Dean Stanton qui fait de la figuration dans le rôle d’un des frères de l’homme abattu au début.

DAN DURYEA, CLINT EASTWOOD ET WARREN OATES

DAN DURYEA, CLINT EASTWOOD ET WARREN OATES

 

« COUPS DE FEU DANS LA SIERRA » (1962)

RANDOLPH SCOTT ET JOEL McCREA

RANDOLPH SCOTT ET JOEL McCREA

À revoir aujourd’hui « COUPS DE FEU DANS LA SIERRA », le film de Sam Peckinpah qui a le moins souffert de ses conflits avec les producteurs, qui n’a jamais été mutilé, remonté et qui a toujours été reconnu comme le chef-d’œuvre qu’il est, on ne peut que constater qu’il n’a pas pris une ride et qu’il est l’œuvre la plus « finie » et finalement la plus « pure » de son auteur.COUPS2

Dès les premiers plans, les thèmes sont installés : Joel McCrea n’est pas un héros vieillissant. Il est carrément VIEUX. Blanchi, usé, les vêtements élimés, myope. Et son ancien coéquipier Randolph Scott, à peine plus fringant, est devenu un clown, un tireur de fête foraine emperruqué. Ensemble ils vont tenter une ultime aventure, certes minable, mais qui leur permettra peut-être de mourir la tête haute (adaptation de la magnifique mais intraduisible réplique de ‘Judd’ : « Enter my house justified »). C’est en imaginant ce qu’aurait fait un Burt Kennedy par exemple, d’un tel scénario, qu’on comprend le génie singulier de Peckinpah. Ici, point de pittoresque, d’humour grivois, de personnages cocasses. L’Ouest qu’il décrit est boueux, puant et déprimant. Et la séquence du mariage de la virginale Mariette Hartley à un prospecteur bestial tient du pur cauchemar : prostituées fanées comme témoins, maquerelle obèse comme maîtresse de cérémonie et la révélation subite qu’elle sera très certainement « prêtée » par son mari à ses quatre frangins débiles mentaux. L’Ouest, le vrai…

Magnifiquement filmé et photographié (Lucien Ballard), scénarisé au cordeau et bénéficiant de quelques-unes des plus belles répliques écrites par Peckinpah, « COUPS DE FEU DANS LA SIERRA » brosse le portrait d’une ancienne légende du Far-West en pleine déchéance, mais d’une dignité impeccable, admirable et pathétique à la fois. McCrea y donne la performance de sa vie. Tout comme Scott d’ailleurs, qu’on n’a jamais vu aussi animé et complexe. Leurs échanges annoncent de façon aveuglante ceux que William Holden et Robert Ryan auraient pu avoir dans « LA HORDE SAUVAGE », s’ils avaient eu des scènes ensemble. Autour des deux vétérans, une fratrie d’enfer : James Drury (« LE VIRGINIEN »), John Anderson, L.Q. Jones, Warren Oates (en crétin illuminé traversé d’éclairs d’intelligence) et John Davis Chandler en frangins totalement repoussants. Jones a « son » moment à lui, une agonie qui prend au dépourvu. Le visage de la brute épaisse, alors qu’il sent venir la mort, retrouve subitement son innocence enfantine. Sublime idée, sublimes secondes gravées sur pellicule.

MARIETTE HARTLEY, WARREN OATES ET L.Q. JONES

MARIETTE HARTLEY, WARREN OATES ET L.Q. JONES

C’est un très grand et beau western, qui contient déjà tous les thèmes que Peckinpah développera plus tard dans sa carrière. À la différence qu’ici il ne s’encombre pas d’artifices comme les ralentis ou le montage syncopé. Le duel final est une pure merveille de mise-en-scène.

À noter que lors d’une scène à cheval où McCrea parle de sa jeunesse à Scott, il mentionne qu’il fut jadis un voyou, membre d’une « horde sauvage ». Oui, tout était bien déjà là !

 

« À L’OUEST DU MONTANA » (1964)

BRIDE2« À L’OUEST DU MONTANA » fait partie des bons westerns écrits et réalisés par Burt Kennedy. Si le postulat de départ est un peu dur à avaler, le scénario tient la route, les personnages sont finement dessinés et la photo capture fort bien la beauté des paysages.

En fait, le film fait bien souvent penser à « COUPS DE FEU DANS LA SIERRA » sorti deux ans plus tôt : la mariage arrangé, le rôle de Buddy Ebsen, ex-héros vieillissant, la présence de Warren Oates, jusqu’à la marche des deux protagonistes côte à côte à la fin, calquée sur celle de Joel McCrea et Randolph Scott. Mais le ton est beaucoup plus léger, le désespoir peckinpien masqué par la truculence et les poncifs du western (bagarre de saloon, voleurs de bétail, etc.) sont bien exploités par le spécialiste Kennedy.

Ce qui manque cruellement au film pour être totalement satisfaisant, c’est une vraie star aux commandes. Ebsen est un sympathique second rôle, mais n’a pas l’étoffe pour jouer ce ‘Lane’ taiseux et ultra-cool. On se dit qu’un John Wayne aurait certainement fait l’affaire à sa place, d’autant plus qu’il se nommait lui aussi ‘Lane’ dans « LES VOLEURS DE TRAIN » de… Burt Kennedy ! Keir Dullea force un peu son jeu en tête brûlée sur la voie de la rédemption. C’est du côté des comparses qu’on se régale plutôt : Oates formidable en mauvais génie trompeusement chaleureux, Marie Windsor en tenancière de saloon encore gironde (combien de saloons a-t-elle tenu au cours de sa carrière ?), William Smith en cowboy à peine silhouetté. On voit aussi ce vieux Paul Fix qui reprend tel quel son rôle de shérif du troisième âge de la série « L’HOMME À LA CARABINE ». Mais c’est Lois Nettleton, émouvante et sensible qui retient le plus l’intérêt en jeune veuve courageuse.

LOIS NETTLETON, BUDDY EBSEN, KEIR DULLEA, WARREN OATES ET WILLIAM SMITH

LOIS NETTLETON, BUDDY EBSEN, KEIR DULLEA, WARREN OATES ET WILLIAM SMITH

« À L’OUEST DU MONTANA » a bien passé l’épreuve des ans. C’est un joli western sentimental et en demi-teintes, qui aurait vraiment mérité un casting plus ambitieux pour tenir ces rôles solides et bien écrits. Ebsen et Dullea ne parviennent jamais à s’imposer complètement. Dommage…

 
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Publié par le 14 février 2015 dans COMÉDIES, LES FILMS DE WARREN OATES, WESTERNS