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Archives de Catégorie: LES FILMS DE WILLEM DAFOE

« AQUAMAN » (2018)

Avec « AQUAMAN », adapté d’un vieux comics DC, James Wan a, semble-t-il, passé un cap dans l’esthétique (si on peut dire) des films de super-héros. On peut affirmer, sans se tromper de beaucoup, que 100% des plans sont truqués, d’une façon ou d’une autre, et que les progrès technologiques ont à la fois libéré l’imagination des concepteurs de CGI et créé une sorte de monstre de Frankenstein numérique.AQUAMAN.jpg

Dès les premières séquences, surtout celles où Nicole Kidman et Temuera Morrison apparaissent « rajeunis » de trente ans, on sent qu’on va avoir du mal. Ensuite, le pressentiment se confirme : le scénario va de morceau de bravoure en bastons homériques (et sous-marines) et Aquaman fils d’un gardien de phare et d’une échappée d’Atlantis (sic) apparaît comme un avatar barbu et tatoué du roi Arthur et surtout de Thor. Il connaît d’ailleurs les mêmes problèmes avec son demi-frère. On peut tenir le coup une demi-heure, s’amuser des décors délirants, des hippocampes géants hennissant comme des chevaux, des requins harnachés pour le combat, ou des apparitions de Dolph Lundgren avec ses cheveux roses. Mais c’est long. Tellement long ! Et quand arrive ce que tout le monde redoute, c’est-à-dire la bataille finale censée être le climax du film, on s’embourbe dans une orgie de plans bourrés d’effets jusqu’à la gueule, pratiquement illisibles, voire écœurants comme des pâtisseries trop grasses et sucrées. Jason Momoa est un Aquaman physiquement acceptable et plutôt sympathique, mais il s’amuse manifestement plus qu’il n’amuse. Patrick Wilson joue une sorte de ‘Loki’ peroxydé, Willem Dafoe un « grand vizir » faisant double-jeu et Amber Heard est agréable à contempler malgré sa crinière rouge et ses tenues grotesques.

« AQUAMAN » ne peut pas être jugé sur ses critères « normaux ». Il va même au-delà du jeu vidéo pour devenir une sorte d’énorme cartoon aux couleurs fluo, au goût plus que douteux, qui s’adresse aux enfants en bas âge pas trop regardants.

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« LE CRIME DE L’ORIENT-EXPRESS » (2017)

Tout le monde a gardé en mémoire le classique de Sidney Lumet sorti en 1974, aussi une nouvelle version de « LE CRIME DE L’ORIENT-EXPRESS » ne s’imposait-elle pas urgemment. En se souvenant de la discutable composition d’Albert Finney en Hercule Poirot, on peut toutefois se dire que Kenneth Branagh – également réalisateur – pouvait améliorer le score.ORIENT.jpg

Son Poirot est plus jeune, moins empâté, moins clownesque, on le voit même se battre et manier le revolver ! Pas très convaincant, à vrai dire. Si cette nouvelle adaptation d’Agatha Christie vaut le coup d’œil, ce sera pour l’effort accompli d’insuffler du spectacle dans ce qui n’est fondamentalement qu’un huis clos ludique mais immobile. Branagh utilise intelligemment les CGI pour les décors et les paysages, ne recule devant aucun mouvement de caméra audacieux et parvient à glisser dans le scénario une avalanche, un déraillement et même un prologue autour du mur des lamentations dans le seul but de définir le nouveau Poirot. Celui-ci, plus humain, moins asexué (il a eu jadis, un grand amour dont il garde la photo) et légèrement dépressif, est plus intéressant que ce qu’avaient fait Finney, le cabotin Peter Ustinov ou David Suchet du même personnage. Mais il perd en pittoresque ce qu’il gagne en profondeur. Autour de lui, un cast de jeunes comédiens sans aucun intérêt (Tom Bateman, Josh Gad) et heureusement, des vétérans en bonne forme comme Michelle Pfeiffer excellente et jouant enfin son âge, Johnny Depp en infâme crapule, Penélope Cruz en bigote au physique ingrat (sic !), Judi Dench au regard toujours aussi perçant, Willem Dafoe en faux fasciste allemand ou l’inoxydable Derek Jacobi en majordome.

Point déplaisant donc, ce whodunit éventé donc chacun connaît le fin-mot, ce qui annihile tout espoir de surprise ou de coup de théâtre. C’est une variation virtuose autour d’un sujet archi-connu et surtout, une remise au goût du jour d’un personnage emblématique qui n’a malgré tout, jamais vraiment trouvé son interprète idéal. Quelqu’un devrait essayer Toby Jones, un de ces jours…

 

« AT ETERNITY’S GATE » (2018)

Coproduction anglo-franco-suisse, « AT ETERNITY’S GATE » de Julian Schnabel revient sur la période où Vincent Van Gogh vécut à Arles puis à Auvers-sur-Oise. Le cinéma a souvent exploré la vie du peintre hollandais qui arbora les visages de Kirk Douglas, Jacques Dutronc ou Tim Roth.GATE.jpg

À 64 ans, Willem Dafoe est bien trop âgé pour incarner celui qui mourut à 37 ans, mais sa prestation est tellement intense et habitée, qu’il emporte l’adhésion en quelques plans. C’est grâce à lui et à son implication qu’on parvient à supporter les partis-pris radicaux de la réalisation : caméra portée nauséeuse, plans subjectifs, montage chaotique, censés nous faire voir le monde par les yeux (fatigués) de Vincent. L’idée en vaut une autre, mais le systématisme du procédé finit par irriter voire exaspérer et appauvrit un film qui aurait gagné à plus de sobriété et moins d’effets redondants. Reste que les gros-plans du visage exalté de Dafoe sont souvent saisissants et que la fin révèle une autre version de sa mort tout à fait inédite et fascinante. Autour de l’acteur dont la seule présence crée un parallèle avec le Christ, surtout quand il en parle avec le prêtre joué par le toujours remarquable Mads Mikkelsen dans une séquence, un cast en grande partie français, et des personnages dont on peine parfois à saisir la finalité. À quoi sert le monologue de Niels Arestrup, ex-militaire tatoué, par exemple ? Pourquoi Emmanuelle Seigner – difficilement reconnaissable – a-t-elle un rôle aussi peu développé ? Tout comme Mathieu Amalric en Dr. Gachet ? Seul s’en sort l’excellent Rupert Friend en Théo effacé et calme et surtout le décidément parfait Oscar Isaac qui compose un Gauguin loin de toute caricature.

Passionnant sur le fond, décevant sur la forme, « AT ETERNITY’S GATE » se laisse regarder si on est fasciné par l’œuvre et le destin de Van Gogh. Et pour Willem Dafoe dont c’est un des plus beaux accomplissements.

 

« SEVEN SISTERS » (2017)

Réalisée par un spécialiste norvégien de l’horreur, cette coproduction européenne tournée à Bucarest n’a, a priori, rien de très attractif. On met d’ailleurs un certain temps à entrer dans cet univers de science-fiction où la surpopulation oblige l’ambitieuse Glenn Close à interdire aux familles d’avoir plus d’un enfant et à « congeler » les éventuels suivants.SISTERS

Mais les choses s’améliorent progressivement et la performance de Noomi Rapace, qui joue les « SEVEN SISTERS » du titre à elle toute seule, tient du véritable tour-de-force. Bien soutenue par ses F/X totalement indécelables, elle parvient à différencier les sept sœurs jumelles, non seulement par l’aspect physique (coiffures, postures, démarche, etc.) mais surtout par la personnalité et la façon de s’exprimer. Ce sont bel et bien sept personnages distincts qu’on voit évoluer à l’écran ! Le film vaudrait déjà d’être vu pour cet exploit dramatique, mais il fonctionne en plus sur un scénario intelligent, qui mêle un mouvement incessant et jamais gratuit à une vision abrasive d’un monde en fin de course, régi par des lois monstrueuses. Les coups de théâtre successifs de la dernière partie sont très bien gérés et là encore, toujours nécessaires. Il est évident qu’autour de Noomi Rapace et de ses avatars, il ne reste pas beaucoup de place à d’autres comédiens pour exister. Une Glenn Close septuagénaire joue la « méchante » de service avec délectation, mais on l’a trop souvent vue dans cet emploi pour qu’elle parvienne à donner du relief au personnage. Willem Dafoe est excellent en grand-père protecteur. La scène du « petit doigt » est glaçante.

Sans être un chef-d’œuvre de la SF, « SEVEN SISTERS » n’en demeure pas moins un film malin et maîtrisé, aux séquences d’action sans défaut. À voir de toute façon pour Noomi Rapace, minuscule par la taille, mais grande par le talent, qui multiplie par trois le travail accompli jadis par Jeremy Irons dans « FAUX SEMBLANTS » ou plus récemment Tom Hardy dans « LEGEND ».

 

« DANGER IMMÉDIAT » (1994)

CLEAR2Tourné deux ans après « JEUX DE GUERRE » par la même équipe, « DANGER IMMÉDIAT » est une grosse machine hollywoodienne, une sorte de 007 made-in-U.S.A., le second degré en moins, multipliant les voyages à l’étranger, les morceaux de bravoure pyrotechniques.

Doté d’un scénario beaucoup plus désincarné que le précédent (on ne peut tout de même pas impliquer la famille du héros à chaque fois !), Philip Noyce ne parvient pas à passionner pour cette aventure de ‘Jack Ryan’. Nommé directeur par intérim de la CIA, le voilà confronté aux cartels colombiens de la drogue. Il faut attendre le dernier quart – en Colombie, justement – pour que l’action se mette vraiment en branle et que le film prenne toute sa dimension. C’est un peu tard hélas, car ce qui précède est passablement confus et ennuyeux, Harrison Ford adopte un style de jeu surprenant à la James Stewart, sorte de bureaucrate peu sûr de lui, qui se métamorphose subitement en avatar d’Indiana Jones à la fin. Mal à l’aise, il n’arrive pas à s’imposer et semble toujours à la traîne. Dommage que Willem Dafoe, excellent en mercenaire loyal n’apparaisse pas suffisamment pour prendre la relève. De bons seconds rôles comme Harris Yulin, Henry Czerny, Patrick Bauchau ou Donald Moffat en président particulièrement veule, n’ont pas grand-chose à défendre. Heureusement qu’ils ont du métier pour compenser ! À noter que Anne Archer et Thora Birch, femme et fille de Jack Ryan apparaissent sans aucune raison valable, hormis le clin d’œil au précédent film. Quant à la BO de James Horner, on dirait un pot-pourri de tous ses anciens films.

Ce fut la seconde et dernière apparition de Ford dans ce rôle apparemment payant mais, au fond, sans grand intérêt. Il faut dire que les auteurs poussent le bouchon un peu loin en voulant nous faire croire qu’un directeur de la CIA puisse être un honnête homme, à la limite de la naïveté, prêt à prendre lui-même les armes pour aller sauver des POW sur le terrain. D’accord, c’est Han Solo et Indiana Jones, mais quand même !

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HARRISON FORD, DONALD MOFFAT ET WILLEM DAFOE

 

« AMERICAN DREAMZ » (2006)

DREAMZ2« AMERICAN DREAMZ » est une satire de l’univers de la télé-réalité, via une émission de « télé-crochet musical » qui passionne l’Amérique. On y voit un producteur cynique (Hugh Grant) recruter les candidats les plus « vendeurs », des « freaks » comme il les appelle, dont la nullité n’a d’égal que leur pittoresque.

Difficile d’appréhender un tel film, puisqu’on sait que la laideur, la vulgarité sont délibérées et font partie du jeu de massacre. Mais force est de reconnaître qu’on ne rit pas très souvent, que les personnages sont odieux et sans substance et que le mauvais goût (les terroristes d’opérette frisent tout de même le carton rouge) dépasse certaines bornes. Mais le pire est encore le manque de rythme et l’absence quasi-totale d’émotion quelle qu’elle soit.

En revanche, on est accroché par l’étonnante qualité du casting : si Grant n’est pas très bien employé en producer tête-à-claques dépourvu de charme et d’humanité, Dennis Quaid est très drôle en président des U.S.A. dépressif et pas très futé. Certaines scènes où il apparaît sont étrangement prémonitoires et pourraient parfaitement parler du monde d’aujourd’hui. Willem Dafoe vieilli de vingt ans par un maquillage efficace, joue son conseiller qui l’utilise comme une marionnette. Les excellentes Marcia Gay Harden, Jennifer Coolidge et Judy Greer sont bêtement gaspillées.

Il y a peu à dire donc, sur ce « AMERICAN DREAMZ » à l’humour pied-de-plomb, qui aurait mérité une écriture plus soignée et subtile. Par moments, on devine que le « pitch » avait un certain potentiel et aurait pu donner lieu à une sorte de « THE PLAYER » dans l’univers de la télévision du 21ème siècle. Mais Paul Weitz n’a pas eu cette ambition et s’est contenté de rires téléphonés et de situations grotesques. À voir à la rigueur pour Quaid qui a deux ou trois scènes formidables.

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DENNIS QUAID, HUGH GRANT ET WILLEM DAFOE

 

« eXistenZ » (1999)

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JENNIFER JASON-LEIGH

« eXistenZ » ne sera sans doute jamais considéré comme le chef-d’œuvre de David Cronenberg, et il est rarement cité dans les articles le concernant, pourtant cela demeure un de ses films les plus distrayants et ludiques (normal, il s’agit de jeux) et une des rares occasions où l’auteur fait preuve d’un réel humour sur lui-même et sur ses fantasmes récurrents.XZ2

Situé dans l’univers des jeux de réalité virtuelle, « eXistenZ » est complètement fou et vertigineux, plongeant de plus en plus profond dans un monde impalpable, qui se dérobe sans cesse, mais finit par devenir plus concret que la « vraie vie ». Mais au fond, y a-t-il une « vraie vie », finalement ? Le coup de génie du scénario est de perdre le spectateur, au point qu’on ne sait jamais vraiment quand a démarré le jeu et surtout s’il est achevé quand arrive le mot « FIN ». On suit donc Jennifer Jason-Leigh et Jude Law dans leur périple mental, où comme toujours chez Cronenberg, la chair se mêle aux machines, où la matière organique est en constante mutation. C’est probablement le film le plus rythmé de son auteur, le plus accessible aussi, malgré sa complexité thématique. Et il a extrêmement bien vieilli grâce à son aspect prémonitoire et à sa lucidité sur l’avenir de l’Humanité.

Le couple vedette, toujours en mouvement, excelle à se perdre dans ce tourbillon de violence, de sensations, endossant sans arrêt de nouvelles identités, modifiant leurs relations, etc. Autour d’eux, de bons seconds rôles comme Willem Dafoe en pompiste traître, Ian Holm en inventeur peu fiable ou Sarah Polley qui apparaît vers la fin.

« eXistenZ » est à voir absolument, en ne cherchant pas forcément la petite bête (même amphibie), mais en se laissant porter, gruger, malmener, en tombant dans tous les pièges tendus par l’auteur et en y prenant un plaisir fou. À noter le stupéfiant morceau de bravoure dans le restaurant chinois où Jude Law fabrique un pistolet à base d’ossements de créatures répugnantes encore couverts de viande gluante et en y encastrant son bridge en guise de munition : inoubliable !

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JUDE LAW ET WILLEM DAFOE