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Archives de Catégorie: LES FILMS D’EDWARD G. ROBINSON

« COINCÉE » (1955)

TIGHT2« COINCÉE » est un thriller « en chambre », inspiré d’une pièce de théâtre, ce qui explique qu’il se déroule pour les trois-quarts dans une chambre d’hôtel où un procureur (Edward G. Robinson) tente de convaincre une prisonnière (Ginger Rogers) de témoigner contre un gros caïd insaisissable.

Si la première moitié est sympathique mais plan-plan et statique, les relations entre l’héroïne et le flic (Brian Keith) chargé de la garder s’affinent progressivement jusqu’à devenir le centre d’intérêt du récit. Le scénario, plein de surprises, s’offre un « twist » très efficace dans son dernier quart, qui relance le suspense. On a même droit à une excellente scène entre Rogers et sa sœur, qui ne fait guère avancer l’histoire, mais en dit long sur le passé du personnage. Clairement trop âgée à 44 ans, pour ce rôle d’ex-mannequin aux mauvaises fréquentations, la partenaire préférée de Fred Astaire compense par une vraie gouaille et un timing redoutable dans les échanges du tac-au-tac. Face à elle, Robinson est très routinier et se repose sur ses vieux tics de comédien. Brian Keith est remarquable dans un rôle complexe dont il traduit parfaitement les tourments. On reconnaît Lorne Greene (« BONANZA ») jouant le gangster-en-chef.

« COINCÉE » n’a rien d’un grand film, mais Phil Karlson a du métier, le sens du cadre et du montage, le noir & blanc est très beau. Un film à découvrir avant tout pour son scénario plein de détours et de virages en épingle à cheveux et pour un dialogue très travaillé. Le cinéma populaire U.S. des années 50 dans ce qu’il savait produire de meilleur avec un minimum de moyens.

TIGHT

EDWARD G. ROBINSON, GINGER ROGERS ET BRIAN KEITH

 

« DALTON TRUMBO » (2015)

TRUMBO2On a déjà vu des films sur le thème du blacklistage des 10 d’Hollywood comme l’excellent « LE PRÊTE-NOM » ou le moyen « LA LISTE NOIRE », mais aucun (hormis le peu connu « ONE OF THE HOLLYWOOD TEN » en 2000), ne s’était focalisé sur la personnalité réelle d’un des acteurs de cette terrible période de l’Histoire américaine. Avec cet hommage au grand scénariste « DALTON TRUMBO », c’est chose faite.

Gare toutefois à la mise-en-place : la première demi-heure ressemble à un biopic scolaire et platement chronologique, on s’y amuse à reconnaître des acteurs célèbres plus ou moins ressemblants, on lit des dates sur l’écran, on s’indigne mollement. Bref, on s’apprête à s’ennuyer poliment pendant deux heures. À tort ! À partir de l’emprisonnement de Trumbo, le scénario se concentre sur sa personnalité paradoxale, ses ambiguïtés, le montre comme le génie manipulateur (la façon dont il gruge Otto Preminger et Kirk Douglas pour qu’ils remettent enfin son nom au générique de leurs films) et l’homme caustique, agressif, surdoué et combatif qu’il fut. Et le film bénéficie heureusement de la présence de Bryan Cranston proprement extraordinaire, dont l’identification confine à la réincarnation pure et simple. Il était temps que le génial acteur de « BREAKING BAD » retrouve un rôle à sa mesure, après plusieurs années décourageantes ! Ici, il écrase tout autour de lui, bouffe l’écran, donne vie à cet individu complexe et multiple constamment en ébullition. Les relations avec sa fille aînée (Elle Fanning) sont très joliment observées.

TRUMBO

BRYAN CRANSTON ET DEAN O’GORMAN

Le film n’est pas tendre avec certaines icônes hollywoodiennes comme John Wayne (odieux), Edward G. Robinson (pitoyable) et surtout Hedda Hopper à laquelle Helen Mirren apporte une aura méphistophélique. Ils en prennent pour leur grade ! Preminger (bien croqué) et Douglas (un Dean O’Gorman un peu freluquet) sont dépeints avec ironie certes, mais moins de férocité vengeresse. Très bien photographié, esthétiquement parfait, « DALTON TRUMBO » contient de très beaux moments de révolte et d’émotion, n’oublie jamais un humour en filigrane. Mais le cœur du projet tient tout entier dans le magnifique travail de Cranston dont la précision et la profondeur laissent pantois.

 

« LE CRIMINEL » (1946)

ORSON WELLES

ORSON WELLES

Le thème de la jeune femme innocente épousant sans le savoir un dangereux criminel fait immédiatement penser à certains classiques d’Hitchcock, mais la façon de filmer, la photo et l’atmosphère générale sont indiscutablement wellesiennes.STRANGER3

« LE CRIMINEL » est un excellent suspense situé dans une petite ville américaine de province où s’est réfugié un ancien nazi sous une fausse identité. Pisté depuis l’Allemagne par un enquêteur opiniâtre, il est peu à peu acculé et rattrapé par son passé.

Visiblement fabriqué avec peu de moyens, dans un nombre réduit de décors, le film tient à la personnalité de ses deux acteurs principaux : Edward G. Robinson faussement patelin et inoffensif en chasseur de nazis implacable et surtout Orson Welles lui-même, d’une royale ambiguïté en criminel de guerre épouvantable (la preuve ? Non seulement il a participé à l’élaboration des camps de la mort, mais en plus il tue le chien de sa femme !) déguisé en honnête professeur. Le jeu fiévreux et incroyablement intense de Welles le rend inquiétant et instable.

Entre eux, Loretta Young, la jeune épouse du monstre, qui va servir d’appât. Les yeux immenses de l’actrice servent parfaitement son personnage de plus en plus horrifié. L’ultime confrontation entre les trois protagonistes en haut de l’horloge réhabilitée par Welles semble annoncer « VERTIGO ».

Simple, linéaire et efficace, « LE CRIMINEL » est transcendé par la photo magnifique de Russell Metty, toute en ombres portées, en contrejours dramatiques et en clairs obscurs reflétant l’âme noire de l’imposteur. Certes pas un des films les plus célébrés de Welles, mais un bon suspense mâtiné de ‘film noir’.

EDWAR G. ROBINSON, ORSON WELLES ET LORETTA YOUNG

EDWAR G. ROBINSON, ORSON WELLES ET LORETTA YOUNG

 

« HERITAGE » : Edward G. Robinson & Robert Blake dans « Zane Grey Theatre »

« HERITAGE » est un bel épisode de la série anthologique « ZANE GREY THEATRE », réalisé par David Lowell Rich.

Edward G. Robinson joue un émigré hongrois devenu fermier en Amérique et indifférent à la guerre de sécession où son fils unique est parti combattre du côté sudiste. Un soir, celui-ci (Robert Blake) surgit avec deux autres soldats en fuite, après avoir fait sauter un dépôt de munitions. Bien qu’ils soient brouillés, le père cache son fils et ses compagnons, alors qu’il est lui-même menacé par une patrouille nordiste. Les deux hommes s’affrontent et le fils déballe tout : il pense que son père a toujours préféré sa terre à sa famille et l’accuse même d’avoir provoqué la mort de sa mère. Le vieil homme devra faire le sacrifice suprême pour convaincre le jeune homme de son amour.

EDWARD G. ROBINSON ET ROBERT BLAKE

EDWARD G. ROBINSON ET ROBERT BLAKE

C’est un beau face-à-face entre deux acteurs importants du cinéma U.S. : le vétéran Robinson, à l’accent hongrois impeccable, au visage si expressif, qui joue pendant ces 26 minutes avec autant d’authenticité et d’émotion que s’il était dans un long-métrage. Et le jeune Blake, tout empreint de la méthode de l’Actors Studio, qui se montre largement au niveau du vieux monstre sacré. Belle idée que de les réunir.

À noter pour l’anecdote qu’un des sudistes en cavale est joué par… Edward G.. Robinson, Jr. le véritable fils de la star !

 

« LE PETIT CÉSAR » (1930)

CESAR2« LE PETIT CÉSAR » est un des premiers films de gangsters, tourné « à chaud » en plein dans la période qu’il décrit et mettant en lumière un personnage calqué sur Al Capone avec lequel Edward G. Robinson accuse une certaine ressemblance physique.

Le moins qu’on puisse dire est que le scénario ne cherche pas à mythifier l’ascension de ce caïd de province venu prendre le pouvoir dans la grande ville. Campé avec une hargne entêtée par Robinson, ce ‘Caesar’ est une brute arriviste et inculte, dont la seule stratégie consiste à descendre ceux qui se trouvent sur sa route. Il ne suscite aucune empathie, aucune fascination, ce n’est qu’une bête féroce dont la seule action positive aura été de ne pas tuer son meilleur ami alors qu’il en avait l’occasion. Robinson se délecte visiblement à jouer cet infâme individu, que certaines situations rendent plus complexe qu’il ne paraît au premier abord : sobre comme un chameau, on ne le voit jamais avec une femme à ses côtés, même lorsqu’il est au faîte de son pouvoir. C’est une véritable crise de jalousie qu’il fait à son vieil ami Douglas Fairbanks, Jr. quand celui-ci lui dit qu’il est amoureux d’une femme. Sans oublier sa relation avec son homme-de-main efféminé ‘Otero’, des plus ambiguës.

La mise-en-scène est vieillotte, les décors sont trop théâtraux, mais par sa courte durée et sa sècheresse, « LE PETIT CÉSAR » peut encore se regarder avec plaisir aujourd’hui. Parmi les seconds rôles, Thomas E. Jackson campe un flic aux trousses du gangster avec la froide détermination d’un Eliot Ness.

EDWARD G. ROBINSON ET DOUGLAS FAIRBANKS, JR.

EDWARD G. ROBINSON ET DOUGLAS FAIRBANKS, JR.

Ce film fut le premier d’un triptyque formé par « L’ENNEMI PUBLIC » avec James Cagney et « SCARFACE » avec Paul Muni sortis en 1931 et ’32 à décrire sans complaisance ces caïds qui régnaient alors sur l’Amérique pendant la Prohibition.

 

« KEY LARGO » (1948)

EDWARD G. ROBINSON

EDWARD G. ROBINSON

Écrit par Richard Brooks et John Huston, « KEY LARGO » est un épilogue optimiste à l’ère des films de gangsters de la Warner, confrontant le vieux mythe de l’ennemi public n°1 aux réalités de l’après-WW2.KEY2

Idéalement casté, Edward G. Robinson incarne une sorte de fantôme d’Al Capone qui s’est exilé pendant la guerre et qui revient prendre possession de son territoire, persuadé que le monde n’a pas changé et qu’après cet « interlude », la corruption va bientôt reprendre ses droits. Mais il doit faire face dans le huis clos d’un hôtel en Floride, à l’Amérique Nouvelle, personnifiée par Humphrey Bogart : un vétéran usé et désillusionné, mais prêt à sacrifier sa vie pour ne pas laisser son pays rudement éprouvé, aux mains des profiteurs.

C’est confiné et théâtral, parfois un brin grandiloquent, mais la tension créée par la confrontation de tous ces personnages bloqués par la tempête ne se relâche pas un instant et les comédiens assurent le spectacle avec un métier consommé. Robinson domine le film dans son rôle d’abject individu, brutal et sans honneur, apparemment tout-puissant, mais pourtant déjà obsolète. Face à lui, Bogart s’efface volontairement dans un rôle moins flamboyant, jouant tout dans le masque ce héros meurtri mais révulsé par l’injustice. C’est toujours un plaisir de le revoir aux côtés de Lauren Bacall qui n’a jamais été plus jolie. Tous les seconds rôles ont quelque chose de substantiel à défendre, tout particulièrement Claire Trevor, magnifique en ex-beauté fanée et alcoolique. La scène où Robinson l’oblige à chanter a capela pour un verre de whisky est saisissante.

HUMPHREY BOGART ET LAUREN BACALL

HUMPHREY BOGART, LAUREN BACALL ET EDWARD G. ROBINSON

Hautement symbolique à de multiples niveaux (les Indiens tués à cause des bonnes intentions de l’homme blanc), « KEY LARGO » est un film parfaitement maîtrisé, peut-être un peu trop bavard et explicite, mais chargé d’émotions et d’un authentique suspense. De très grands moments çà et là, comme cette méchante paire de gifles que balance Robinson à Bogart sans que celui-ci ne manifeste aucune réaction. Ou la fusillade sèche et cathartique à bord du ‘Santana’ à la fin.

 

« THE LITTLE GIANT » (1933)

LITTLE GIANTDeux ans après son succès dans « LITTLE CAESAR », Edward G. Robinson pastiche déjà son personnage de caïd dans « THE LITTLE GIANT », une comédie où un avatar d’Al Capone se retire à l’annonce de la fin de la prohibition et va s’installer dans la Haute Société.

Dur-à-cuire craint et respecté à Chicago, il se retrouve perdu dans ce nouvel environnement et devient le « pigeon » d’une famille d’escrocs mondains déterminés à le dépouiller. Il devra revenir à ses bonnes vieilles méthodes pour récupérer son bien.

C’est inoffensif, ironique, bon-enfant, les personnages sont bien croqués, le rythme ne faiblit pas et Robinson excelle dans ce rôle taillé sur-mesure de gangster inculte et brusque mais pas antipathique. Il domine le film sans effort par son énergie et ses expressions cocasses, face à la troublante et délicate Mary Astor (immortelle ‘Birgid O’Shaughnessy’ du « FAUCON MALTAIS » huit ans plus tard) au charme entêtant. Helen Vinson est également très bien en garce indolente et totalement amorale.

Malgré le ton de comédie grinçante qui enrobe tout le scénario, on ressent en permanence la présence de la Grande Crise et l’ambiance incertaine d’une Amérique au bord de la ruine. Un « air du temps » capté presque inconsciemment, dirait-on.

EDWARD G. ROBINSON ET MARY ASTOR

EDWARD G. ROBINSON ET MARY ASTOR