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Archives de Catégorie: LES FILMS D’ELEANOR PARKER

« TU NE M’ÉCHAPPERAS PAS » (1947)

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IDA LUPINO ET ERROL FLYNN

« TU NE M’ÉCHAPPERAS PAS » ne serait qu’un mélodrame poussiéreux et bien peu attractif, s’il n’était pas avant tout un des films les plus atypiques de la filmographie d’Errol Flynn.ESCAPE

L’acteur y joue un musicien bohème vivant avec une fille-mère fantasque (Ida Lupino) à Venise. À la suite de quiproquos boulevardiers à souhait, il fait la connaissance de la fiancée (Eleanor Parker) de son frère (Gig Young) et décide de composer un ballet pour elle. Tout ce joli monde se retrouve à Londres et là, la comédie touristique se transforme en drame, dans un fog où on s’attend presque à voir surgir Jack l’Éventreur.

Bien sûr, tout a été tourné à Hollywood et les transparences abondent. Bien sûr, on s’attend toujours à ce que Flynn se lance dans une bagarre épique, mais… non ! Clairement sous-utilisé et très mal distribué (il faut l’avoir vu composer au piano, l’air inspiré ou jouer de l’accordéon avant de faire la manche !), l’acteur – privé de sa mythique moustache – ne parvient pas à imposer son personnage d’artiste charmeur et égoïste et il est éclipsé par la toujours formidable Lupino, qui arrive à donner une certaine épaisseur à son rôle de « beatnik » des années 1900 et à faire croire à son idolâtrie inconditionnelle pour cet homme qui ne la mérite pas. Eleanor Parker n’a guère l’occasion de développer un personnage de mondaine capricieuse indigne de son talent.

À voir à la rigueur pour ce joli trio de stars de la Warner donc, pour le kitsch insensé des paysages des Dolomites recréés en studio et pour se rendre compte que le contremploi n’était peut-être pas une si bonne idée que cela pour Errol Flynn.

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ELEANOR PARKER, GIG YOUNG ET ERROL FLYNN

 

« LE GRAND SECRET » (1952)

ABOVEPendant deux heures, « LE GRAND SECRET » raconte les préparatifs du bombardement d’Hiroshima, à travers le quotidien du pilote de l’avion ‘Enola Gay’.

L’idée est de suivre parallèlement les manœuvres militaires et de montrer la vie privée du lieutenant-Colonel (Robert Taylor) en train de se détériorer progressivement à cause du secret absolu auquel il est tenu et qui mine son épouse (Eleanor Parker).

Bien sûr, deux heures c’est longuet, surtout quand on connaît la fin. Non seulement du « projet » lui-même mais aussi parce que la construction en flash-back et en voix « off » nous a révélé dès le début que notre valeureux héros a survécu sans dommage au largage de la bombe. Ce que tout le monde n’est pas censé savoir, en tout cas soixante ans plus tard…

À 41 ans, Taylor paraît bien usé et son visage prématurément marqué rappelle celui d’Errol Flynn au même âge, lui aussi ex « beau gosse » de la Warner à la vie épuisante. L’acteur fait son job de façon routinière, mais il est très bien dans ses moments de tourments solitaires et parvient à créer un personnage solide. Face à lui, malgré un rôle ingrat de « pleureuse », Eleanor Parker parvient à rendre touchant cette femme bafouée, malmenée et maintenue à distance. Le couple – qui se retrouvera deux fois par la suite – fonctionne bien à l’écran. Parmi les seconds rôles, le toujours fiable James Whitmore en homme des services secrets efficace.

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ELEANOR PARKER ET ROBERT TAYLOR

« LE GRAND SECRET » est un film carré, sans chichi, une sorte de justification et rationalisation des événements traités ici de façon hollywoodienne et heureusement, pas trop cocardière. Le regard de Taylor juste après l’explosion et son « My God » sont certes bien modestes, mais c’est toujours mieux que rien.

 

« SECRETS DE FEMMES » (1950)

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RUTH ROMAN

À partir d’un sujet mélodramatique à souhait et surtout très capillotracté, « SECRETS DE FEMMES » parvient envers et contre tout à passionner et à tenir la distance sans faillir jusqu’au dénouement.SECRETS

Eleanor Parker gentille ménagère, Patricia Neal reporter dure-à-cuire et Ruth Roman ex-danseuse déchue sont persuadées qu’un petit garçon qui a réchappé à un crash aérien pourrait être leur enfant. Chacune a accouché le même jour et laissé le bambin à un centre d’adoption. Pendant que les secours s’activent pour ramener le petit ‘Johnny’ perdu dans la montagne, les trois femmes partent dans des flash-backs évoquant les circonstances de l’abandon.

Tout n’est pas passionnant, l’histoire de Parker laisse à peu près froid, mais les comédiennes sont remarquables d’intensité et d’implication, donnant chair et émotion à des rôles sans épaisseur particulière. En filigrane, on a une assez juste appréhension de la place de la femme dans l’Amérique des années 50 : Le mari de Neal a divorcé parce qu’elle voulait faire carrière au lieu de lui préparer des petits plats dans sa cuisine. Les deux autres ont été « séduites et abandonnées » sans autre forme de procès.

Patricia Neal est excellente de cynisme et d’intelligence, Ruth Roman a le rôle le plus payant et se taille la part du lion lors de l’épilogue. Seule Eleanor Parker demeure en deçà à cause d’un personnage sans réelle profondeur. Parmi les petits rôles, on aperçoit Paul Picerni le temps d’un gros-plan, Ken Tobey, Ted De Corsia parfait en homme-de-main courtois et John Dehner qui n’apparaît que de dos.

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PATRICIA NEAL, ELEANOR PARKER, LEIF ERICKSON ET RUTH ROMAN

Le sens du cadre et le dynamisme du montage de Robert Wise font oublier les grosses ficelles du scénario et rendent encore aujourd’hui ces « SECRETS DE FEMMES » tout à fait regardables.

 

« SCARAMOUCHE » (1952)

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STEWART GRANGER ET MEL FERRER

Que dire d’un film quand il est parfait ? À part… qu’il est parfait. C’est rarement le cas, il est vrai, mais « SCARAMOUCHE » mérite amplement le qualificatif et plus de 60 ans après sa sortie, il n’a pas pris une ride. Mieux : il s’est bonifié comme un grand cru.SCARAMOUCHE

Il y a du Lagardère, du Cyrano et même un zeste de Zorro dans ce personnage haut-en-couleur de coureur de jupons obsédé par la vengeance, dans la France en pleine révolution. Le Technicolor est splendide, photo et décors sont une fête pour l’œil et le scénario, succession ininterrompue de morceaux de bravoure, de rebondissements, de coups de théâtre inattendus, atteint un summum dans le genre « cape et épée », dosant magnifiquement le mélodrame et la pure comédie.

C’est sans aucun doute un des tout meilleurs rôles de Stewart Granger et de Mel Ferrer : le premier avec son œil qui frise et son énergie débordante, le second parfaitement crédible en fine lame impitoyable. Leur dernier face-à-face donne lieu au plus beau duel jamais filmé à Hollywood. Ils sont bien entourés par des femmes hors du commun : Eleanor Parker, en actrice flamboyante au tempérament de feu et au caractère opportuniste, Janet Leigh plus ravissante que jamais et Nina Foch, parfaite Marie-Antoinette. On aperçoit John Dehner – méconnaissable sans sa moustache – en maître d’armes et Richard Anderson en révolutionnaire fougueux.

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ELEANOR PARKER, STEWART GRANGER ET JANET LEIGH

C’est peu dire qu’on ne voit pas passer les deux heures de projection : ça passe tellement vite qu’on en redemande. Et les auteurs poussent l’élégance jusqu’à rendre la ‘happy end’ drôle et surprenante avec l’apparition d’un certain empereur d’origines corses, le temps d’un plan. « SCARAMOUCHE » est à la fois une Madeleine de Proust, un formidable morceau de cinéma populaire et, disons-le, un chef-d’œuvre.

 

« THE WOMAN IN WHITE » (1948)

GIG YOUNG ET ELEANOR PARKER

GIG YOUNG ET ELEANOR PARKER

Inspiré d’un roman du 19ème siècle, « THE WOMAN IN WHITE » se présente comme une sorte de pot-pourri du mélodrame gothique anglais revu par Hollywood.WOMAN3

Rien ne manque : la somptueuse demeure familiale, la riche héritière, les pique-assiettes félons, les sosies, les complots, etc. C’est un festival d’énormes coïncidences, de clichés éculés enrobés de bavardages. C’est platement réalisé, malgré une photo en clair-obscur parfois inspirée et l’ensemble se traîne de révélations prévisibles en coups de théâtre téléphonés, sans parvenir à éveiller l’intérêt plus de quelques minutes d’affilée.

Seul point vraiment positif, le casting composé de bons acteurs : Eleanor Parker dans un double rôle totalement invraisemblable. Elle est amusante en échappée d’asile enveloppée dans une cape blanche ressemblant à un suaire, roulant des yeux et constamment au bord du collapse nerveux. La toujours très classe Alexis Smith tient un rôle mal défini et Gig Young est un bien pâle jeune premier impétueux. On pourra toujours se distraire avec deux grands cabotins : Sidney Greenstreet en comte italien (sic !) aussi machiavélique qu’il est obèse et l’inénarrable Agnes Moorehead jouant sa femme soumise.

Il est certain qu’un Hitchcock – celui de « REBECCA » au hasard – aurait pu tirer tout le suc d’une histoire aussi rocambolesque, mais entre les mains de Peter Godfrey, « THE WOMAN IN WHITE » n’est qu’un mélo d’une platitude inouïe qui ne suscite qu’un ennui apathique.

SIDNEY GREENSTREET, ALEXIS SMITH ET ELEANOR PARKER

SIDNEY GREENSTREET, ALEXIS SMITH ET ELEANOR PARKER

 

« MÉLODIE INTERROMPUE » (1955)

MÉLODIE« MÉLODIE INTERROMPUE » est le ‘biopic’ hollywoodien d’une soprano australienne, Marjorie Lawrence (1907-1979) dont la carrière fut brisée en pleine gloire par une attaque de polio.

Le traitement est ouvertement mélodramatique, les moyens sont visiblement copieux et la mise-en-scène de Curtis Bernhardt demeure académique mais efficace. Le scénario alterne les scènes d’opéra in extenso et les moments dramatiques entre la diva et son gentil docteur de mari, jusqu’à sa conclusion optimiste et édifiante. Difficile de se passionner, d’autant qu’il ne se passe vraiment pas grand-chose, mais c’est plaisant à regarder, encore plus si on aime l’opéra et Eleanor Parker. Car pour le coup, c’est un véritable festival ! Le jeu toujours légèrement « over the top » de l’actrice rousse épouse idéalement les contours de ce rôle de prima donna excessive et passionnée et – même si elle est postsynchronisée pour les séquences chantées – elle est tout à fait crédible dans sa gestuelle et ses expressions outrées. Elle frôle souvent le « camp » sans y céder totalement. Face à elle, le brave Glenn Ford peine à exister. Sa personnalité effacée et son regard fuyant empêchent de s’intéresser à son personnage de toute façon trop beau pour être vrai. On reconnaît un jeune Roger Moore dans le rôle du frère de la chanteuse, un garçon de ferme australien (sic !) qui devient son manager. Dans une apparition-éclair de dix secondes, on aperçoit le débutant Stuart Whitman en dragueur de plage qui s’intéresse à la soprano, avant de découvrir son fauteuil roulant et de prendre ses jambes à son cou.

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ELEANOR PARKER, EVELYN ELLIS, GLENN FORD ET ROGER MOORE

« MÉLODIE INTERROMPUE » n’a rien de déshonorant, mais son manque de style et sa relative platitude en font un spectacle désuet qu’on contemple avec plaisir, sans jamais s’émouvoir. À voir pour Eleanor Parker donc, qui s’accapare chaque plan de chaque séquence avec une voracité manifeste.

 

« CELUI PAR QUI LE SCANDALE ARRIVE » (1960)

HOMEAdapté d’un best-seller texan, « CELUI PAR QUI LE SCANDALE ARRIVE » aurait pu n’être qu’un gros mélodrame hollywoodien parmi d’autres. Mais il semble que Vincente Minnelli ait été touché par la grâce, car ce film-fleuve – un de ses meilleurs – est un véritable miracle d’équilibre et d’émotion.

Axé sur la figure dominatrice de Robert Mitchum, un riche propriétaire tyrannique, haï par sa femme depuis qu’elle a découvert qu’il avait un fils illégitime, le scénario se focalise progressivement sur ses deux rejetons : le fils de famille brillantiné couvé par sa mère et le « bâtard », sorte d ‘homme à tout faire débrouillard et rieur. L’écheveau d’événements se resserre tout doucement mais de façon logique et inexorable, jusqu’à la terrible conclusion où la roue de la chance tourne enfin d’émouvante manière.

Magnifiquement filmé dans de beaux extérieurs de forêts et de marécages, truffé de scènes inoubliables comme cette chasse au sanglier ou tout le dénouement d’une tension inouïe, le film transcende son matériau et s’affirme comme un chef-d’œuvre ample et ambitieux sur la famille, le mal qu’on peut faire à ses propres enfants et la rédemption.

S’il est un bémol à faire, ce sera le choix de George Hamilton, catastrophique de bout en bout quand il n’est pas simplement ridicule et emprunté. Heureusement, le reste du cast compense largement : Mitchum égal à lui-même, égoïste et cynique (face-à-face exceptionnel dans son bureau avec Everett Sloane venu lui « vendre » sa fille enceinte), Eleaonor Parker parfaite en épouse amère, névrosée et confite de rancœurs, la jolie Luana Patten très touchante. Mais tous sont éclipsés par George Peppard, dans un personnage qui est un mélange de James Dean pour les tourments identitaires et Steve McQueen pour l’absolue « coolitude ». Dégoulinant de charisme et d’aisance, l’acteur crève l’écran laissant perplexe quant à la suite mitigée de sa carrière. « CELUI PAR QUI LE SCANDALE ARRIVE » est une authentique tranche d’Amérique, déchirée entre passé et présent. Un grand film.

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ROBERT MITCHUM, GEORGE PEPPARD, GEORGE HAMILTON ET ELEANOR PARKER