RSS

Archives de Catégorie: LES FILMS D’ELI WALLACH

« THE GHOST WRITER » (2010)

GHOST.jpgÉcrit par Robert Harris, d’après son propre roman, « THE GHOST WRITER » de Roman Polanski fut tourné principalement en Allemagne tout en étant censé se dérouler sur une île aux U.S.A.

À la suite de la mort suspecte de son prédécesseur, Ewan McGregor est engagé pour écrire les mémoires d’un ex-premier ministre anglais (Pierce Brosnan). Lors de son enquête, l’auteur va découvrir un passé trouble sous la façade publique de son sujet et se retrouve au cœur d’un complot impliquant les proches de Brosnan et jusqu’à la CIA. Excellent sujet, bien développé, dans des décors froids et désincarnés, sous un temps hivernal et pluvieux, propices à générer une angoisse sourde et de plus en plus prégnante. Le seul (petit) souci, est qu’on n’a jamais la sensation d’être sur le sol américain (et pour cause !) et que le film y perd en crédibilité et semble parfois en apesanteur. Heureusement McGregor, présent dans chaque séquence, est parfaitement distribué en écrivaillon peu téméraire, pris dans un engrenage fatal. Brosnan apparaît trop peu pour donner une réelle épaisseur à son rôle de politicard nerveux, Olivia Williams est remarquable en épouse qui joue les « femmes de », alors qu’elle est beaucoup plus que cela, Tom Wilkinson plus ambigu que jamais survient tard mais d’impressionnante façon. Et, bonheur inattendu, on aperçoit très brièvement le cher Eli Wallach jouant un insulaire observateur.

En acceptant le rythme lancinant d’un film qui prend son temps pour installer ses enjeux, dévoiler le dessous des cartes, et ne cède qu’une ou deux fois au vrai suspense « policier », « THE GHOST WRITER » est un des meilleurs films de la seconde partie de carrière de Polanski qui filme avec acuité les plages désertes, la pluie battante et les visages blafards de personnages hantés, manipulés, condamnés à plus ou moins brève échéance.

GHOST2

EWAN McGREGOR, PIERCE BROSNAN, OLIVIA WILLIAMS ET ELI WALLACH

 

« DESENTERRANDO SAD HILL » (2017)

« DESENTERRANDO SAD HILL » est un documentaire de Guillermo de Oliveira, relatant par le menu la déconcertante aventure d’une équipe de bénévoles espagnols qui ont travaillé sans compter à exhumer le (faux) cimetière de Sad Hill près de Burgos, où fut tournée la fin du « BON, LA BRUTE, LE TRUAND » de Sergio Leone en 1966 pour finalement le reconstruire dans son intégralité.SADHILL

On suit avec amusement et stupeur cette bande de doux dingues dans leurs efforts herculéens pour redonner à l’endroit son allure d’il y a un demi-siècle et les images captées sur place sont entrelardées d’interviews d’Ennio Morricone à l’intelligence aiguë, de l’historien ultra-spécialisé Christopher Frayling, du monteur du film et last but not least, de Clint Eastwood lui-même dont l’apparition finale sur un écran, lors de l’inauguration, confine pour les spectateurs à une expérience mystique. Parfois, cela traîne en longueur, cela se répète, on se demande ce que viennent faire les interventions de James Hetfield de « Metallica », mais à d’autres moments, on se laisse cueillir par la candeur de l’aventure, par ce besoin obsessionnel de retomber en enfance à tout prix, de rendre hommages à des parents qui travaillèrent sur le tournage. Ce mélange de ridicule et de grandeur fait tout le charme de ce docu sincère et éminemment sympathique, qui fait perdurer à sa façon l’œuvre de Leone et la hisse au niveau des plus grands monuments du 7ème Art. Le visage illuminé du public, lors de la projection du film en plein-air, alors qu’éclatent les notes mythiques de « Extasy of gold » donne envie d’applaudir. Comment ne pas aimer le cinéma, après cela ?

 

« LES DÉSAXÉS » (1961)

MISFITS2

ELI WALLACH, MARILYN MONROE, CLARK GABLE ET MONTGOMERY CLIFT

« LES DÉSAXÉS » de John Huston. Voilà bien l’exemple-type du classique du cinéma U.S., du cult-movie adulé de tous, qu’il ne faudrait jamais revoir.MISFITS.jpg

Car ce qui capte l’intérêt – morbide – ce n’est pas le scénario théâtral et pesamment symbolique d’Arthur Miller, sur la fin d’une certaine Amérique et les laissés-pour-compte du progrès, mais bien la contemplation du délabrement physique et moral de ses trois vedettes : un Clark Gable qui fait une bonne décennie de plus que ses 60 ans, perclus et grimaçant, une Marilyn Monroe hagarde et confuse dans la plupart de ses apparitions même quand la scène ne le nécessite pas, et Montgomery Clift – le seul à vraiment s’en sortir – puisqu’il joue justement un égaré qui a pris trop de coups sur la tête. Des comédiens jadis charismatiques et rayonnants de séduction, filmés sans pitié par Huston connu pour son regard acéré et guère avantagés par la photo fade et sans relief du pourtant génial Russell Metty qu’on a connu plus inspiré. Sur deux heures, « LES DÉSAXÉS » fait se croiser à Reno, la ville des divorces, quelques paumés à la dérive, puis les envoie dans une pathétique chasse au mustang dans le désert, dont nul ne sortira indemne. Il y a quelque chose de naïf, d’insistant, de pénible dans l’écriture de Miller qui a bâti son histoire autour de sa femme Marilyn. Ce sera, on le sait, son dernier film, le dernier de Gable aussi. Deux mythes hollywoodiens qui s’effacent tristement, sans éclat.

Si Clift a de jolis moments où son visage abimé fait merveille, c’est Eli Wallach qui accomplit le plus beau travail dans un rôle d’ex-pilote de la WW2, un « gars sympa » dissimulant en réalité une âme noire et mesquine. Thelma Ritter est elle aussi excellente en bonne fille enjouée, tout aussi pitoyable que ses compagnons du week-end. Ils méritent à eux deux qu’on voie ou revoie le film.

MISFITS3

MONTGOMERY CLIFT, CLARK GABLE ET ELI WALLACH

Un drôle de film donc, qui ennuie profondément, agace parfois et gêne souvent. Il y a des légendes qu’on n’a pas forcément envie de voir se déliter, et c’est précisément ce que fait John Huston. Il semblerait que les coulisses du tournage soient plus intéressantes que le film lui-même…

 
Image

ELI WALLACH… 4 ANS DÉJÀ !

ELI

 

« LE PARRAIN, 3ème PARTIE » (1990)

GF3

ANDY GARCIA ET AL PACINO

La dernière scène du « PARRAIN, 2ème PARTIE » concluait magnifiquement la saga de la famille Corleone par un gros-plan de Michael, vieilli avant l’âge, contemplant ses péchés et la vie de solitude qui s’ouvrait maintenant à lui. Aussi accueille-t-on avec méfiance « LE PARRAIN, 3ème PARTIE », tourné seize ans plus tard.GF3 2

Considéré – à juste titre – comme le parent pauvre de la trilogie, ce film opportuniste et superflu retrouve pourtant l’essentiel des forces créatrices de la saga. Mais malgré la signature de Francis Coppola et Mario Puzo au scénario, de Gordon Willis à la photo, on dirait qu’on a filmé à la va-vite un texte bâclé, inachevé. La première moitié respecte les codes en démarrant sur une cérémonie suivie d’une fête. Mais déjà, on ressent des approximations (Michael semble d’abord ne pas connaître du tout le fils « bâtard » de Sonny, mais affirme plus tard s’être toujours senti responsable de lui), on s’étonne de dialogues lourds et sans grâce, comme les face-à-face très embarrassants entre Al Pacino et Diane Keaton. On se perd ensuite dans les méandres d’un scandale financier impliquant le Vatican, qui occupe beaucoup trop de place. Heureusement, la seconde partie située en Sicile retrouve par moments le ton et la verve « opératique » des opus précédents. Mais là encore sans subtilité, sans finesse, sans cette dimension mythologique certes critiquable, mais qui fut l’essence même de la saga. Bien sûr, il y a de beaux moments : tout ce qui concerne le personnage d’Eli Wallach, vieux parrain faussement sénile et traître impitoyable sous ses allures de papy gâteau. Le montage lyrique de la fin entre l’opéra à Palerme et le carnage organisé par le nouveau ‘padrino’ (calqué évidemment sur le premier film dans le concept). Et surtout, il y a Pacino. Malgré la médiocrité des répliques qu’il a à dire, il a rarement été aussi superbe que dans ce décevant n°3 : sa crise de diabète en plein orage, où il se met à hurler le nom de Fredo, ce frère qu’il fit assassiner, sa confession au futur pape Raf Vallone pendant laquelle il s’effrite complètement, son cri muet à la fin, sont des moments prodigieux, électrisants, qui rachètent presque le film tout entier.

Sofia Coppola fut beaucoup critiquée pour son jeu « amateur » dans le rôle de la fille Corleone et il est vrai que, pour rester poli, elle ne crève guère l’écran. Andy Garcia, ajustant ses maniérismes à ceux de James Caan, crée un parrain nouvelle génération crédible. Diane Keaton pâtit du rôle le plus mal écrit, le plus illogique du tryptique et Talia Shire propose une ‘Connie’ subitement métamorphosée en Lucrèce Borgia drapée de noir. L’absence de Robert Duvall, désavantageusement remplacé par George Hamilton, se fait cruellement ressentir tout au long du film.

GF3 3

ANDY GARCIA, ELI WALLACH ET AL PACINO

Alors oui, on retrouve la musique toujours aussi évocatrice, on revoit des personnages vieillis, blanchis par les ans, par flashes on devine le film que cela aurait pu être avec un scénario moins pied-de-plomb, un dialogue plus allusif, une thématique (la rédemption) moins placée en avant. Cela rend « LE PARRAIN, 3ème PARTIE » visible et parfois presque plaisant. Mais il faut le voir plus comme un épilogue qu’une véritable suite.

 

HELLO, TUCO !

Une photo en hommage à ce vieux grigou de Tuco, qui nous manque depuis exactement trois ans aujourd’hui.WALLACH 3 ANS

Muni d’une corde (il la portait généralement autour du cou !), dans une image extraite de « L’OR DE MACKENNA », Eli Wallach, son œil malicieux, son humour en autodérision et son sens inné du comique ont définitivement marqué le cinéma qu’on aime, des « DÉSAXÉS » au « PARRAIN III » en passant par « LES 7 MERCENAIRES », « LE BON, LA BRUTE, LE TRUAND » (le rôle de sa vie) et tant d’autres personnages inoubliables.

 

« THE TWO JAKES » (1990)

jakesTourné seize ans après « CHINATOWN », « THE TWO JAKES » (sorti en France avec le sous-titre : « PIÈGE POUR UN PRIVÉ ») réunit une bonne partie de l’équipe d’origine, petits rôles inclus, pour une sequel parfaitement inutile, voire dommageable au souvenir qu’on garde du film de Roman Polanski. Car il y a tout dans cette suite, absolument tout sauf… Polanski ! Remplacé par Jack Nicholson derrière la caméra. Ce qui n’est pas tout à fait la même chose.

Le scénario de Robert Towne n’est en fait pas réellement une suite, mais une sorte de radotage. Comme l’entêtement à vouloir revenir sur le passé, à réfléchir sur son propre travail, à se mesurer à l’empreinte qu’on a laissé. Mauvaise idée ! Car « THE TWO JAKES », s’il démarre plutôt bien, si la photo de Vilmos Zsigmond flatte l’œil, s’embourbe rapidement dans ses propres références. Cette fois ce n’est pas l’eau l’enjeu, mais le pétrole. On trouve un autre vieillard machiavélique (Richard Farnsworth remplaçant John Huston), une blonde en péril et un héros, J.J. Gittes de retour de la WW2 malmené et largué par les événements jusqu’à la toute fin.

Le charme canaille de Nicholson s’est évaporé avec les années et les kilos. Son Gittes est empâté, plutôt lent d’esprit, il se laisse piquer la vedette par Harvey Keitel jouant son client portant un lourd secret. On passe le temps avec une belle brochette d’acteurs qu’on aime : Eli Wallach en avocat matois, Madeleine Stowe en harpie hystérique ou Meg Tilly, femme-mystère dont on devine aisément la véritable identité, bien avant ce qui est censé être un « coup de théâtre ».

jakes2

JACK NICHOLSON, MADELEINE STOWE ET HARVEY KEITEL

On s’ennuie ferme et de plus en plus à mesure que le film avance. Alors que tout se dénoue, on se rend compte qu’on n’en a rien à faire et on en veut aux auteurs d’avoir mis deux heures à nous rabâcher ce qu’ils avaient si bien raconté en 1974. « Le passé ne s’en va jamais », dit Gittes dans son dernier plan. La preuve ! Mais pour rester sur une note positive, retenons une magnifique réplique signée Robert Towne et adressée par Gittes à l’avocat Frederic Forrest : « Ce que je fais pour gagner ma vie n’a peut-être rien d’honorable, mais moi je le suis. Dans cette ville, je suis le lépreux à qui il reste le plus de doigts ». Si tout le film avait été de cette veine-là !

À noter : l’œil attentif pourra distinguer une fine cicatrice sur la narine de Nicholson, à l’endroit où avait tranché le couteau du « gnome » dans le premier film.

 

LA MORT DE CALVERA…

STAR CINÉ WALLACH

LA MORT DE WALLACH ET COBURN DANS LE NUMÉRO DE « STAR CINÉ VAILLANCE » CONSACRÉ AUX « 7 MERCENAIRES ».

 

« LES AVENTURES DU BRIGADIER GÉRARD » (1970)

GERARD2Produit par le Luxembourg, réalisé par un Polonais, interprété par un casting anglo-italo-américain et inspiré de l’œuvre d’Arthur Conan Doyle, « LES AVENTURES DU BRIGADIER GÉRARD » est un pudding multinational dont l’absurdité saute aux yeux dès les premières images.

Malgré une profusion de moyens et une reconstitution historique soignée, nous nageons dans la grosse comédie burlesque. Le scénario se veut picaresque et suit un brigadier français vantard et crétin à qui Napoléon confie un message pour le général Masséna qui n’est en fait qu’un leurre pour tromper l’ennemi, au cas où Gérard serait capturé. Le reste n’est qu’une succession de rencontres, de duels ridicules, de quiproquos affligeants. Peter McEnery passe tout le film à donner des regards-caméra, à faire des apartés sans arracher le moindre sourire.

Que dire ? C’est quasiment irregardable et on passe de la consternation incrédule à l’endormissement le plus profond. Y a-t-il quelque chose auquel se raccrocher ? La beauté de Claudia Cardinale à son zénith, jouant une guerrière ibère farouche, même si la fantaisie débridée n’est pas vraiment sa tasse de thé. Et puis surtout Eli Wallach qui incarne rien moins que… Napoléon. Affublé d’un faux-nez aquilin et d’un maquillage bizarrement blafard, il cède au cabotinage le plus décomplexé – exercice qui ne l’a jamais effrayé – mais n’apparaît pas suffisamment pour sauver les meubles. De toute façon, c’était une cause perdue. Parmi les seconds rôles, on reconnaît Paolo Stoppa en vieil oncle aveugle et Jack Hawkins en brigand des grands chemins.

CLAUDIA CARDINALE, PETER McENERY, ELI WALLACH ET PAOLO STOPPA

CLAUDIA CARDINALE, PETER McENERY, ELI WALLACH ET PAOLO STOPPA

Pas grand-chose à recommander donc dans ces « AVENTURES DU BRIGADIER GÉRARD » fait de bric et de broc sans jamais trouver sa colonne vertébrale et, pire que tout, sans parvenir une seule fois à amuser. Triste spectacle…

 

« LULLABY » (1960)

ANNE JACKSON

ANNE JACKSON

La même année, Eli Wallach incarnait un bandido mexicain dans « LES 7 MERCENAIRES » et un fils-à-maman vieux garçon dans « LULLABY », ce qui en dit long sur son génie de la composition.

« LULLABY » se situe entre le téléfilm et la captation théâtrale et traite d’un des sujets favoris des grosses blagues de fin de banquet : les belles-doches. C’est une comédie certes, mais jamais grossière et même teintée çà et là d’une véritable étude psychologique.

ELI WALLACH ET RUTH WHITE

ELI WALLACH ET RUTH WHITE

Couvé par sa mère (Ruth White), Wallach se marie en secret avec une jeune femme (Anne Jackson, Mme Wallach à la ville) qu’il vient de rencontrer. D’abord violemment opposée au mariage, la « mère juive des enfers » va s’immiscer dans le foyer du couple et, l’air de rien, leur pourrir la vie jusqu’à l’implosion.

Si la facture est des plus rudimentaires, c’est largement compensé par la qualité du trio d’acteurs : Wallach tellement mal à l’aise, complexé et nerveux, qu’il suscite une empathie immédiate pour son personnage, tout en donnant envie de le claquer, tant il est faible et infantile. Anne Jackson toujours aussi drôle, chaleureuse et authentique qui tente de faire front à son ennemie héréditaire. Celle-ci est incarnée par l’extraordinaire Ruth White qui se maintient sur la marge étroite entre la pure caricature et une monstruosité quotidienne des plus crédibles. Les trois comédiens fonctionnent idéalement ensemble, sans une fausse-note et donnent un belle idée de ce qu’ils devaient donner sur les planches de Broadway.

Le couple Wallach a beaucoup travaillé ensemble et ce « LULLABY » est un des fleurons de cette harmonieuse collaboration.

ELI WALLACH

ELI WALLACH