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Archives de Catégorie: LES FILMS D’ELI WALLACH

« THE TWO JAKES » (1990)

jakesTourné seize ans après « CHINATOWN », « THE TWO JAKES » (sorti en France avec le sous-titre : « PIÈGE POUR UN PRIVÉ ») réunit une bonne partie de l’équipe d’origine, petits rôles inclus, pour une sequel parfaitement inutile, voire dommageable au souvenir qu’on garde du film de Roman Polanski. Car il y a tout dans cette suite, absolument tout sauf… Polanski ! Remplacé par Jack Nicholson derrière la caméra. Ce qui n’est pas tout à fait la même chose.

Le scénario de Robert Towne n’est en fait pas réellement une suite, mais une sorte de radotage. Comme l’entêtement à vouloir revenir sur le passé, à réfléchir sur son propre travail, à se mesurer à l’empreinte qu’on a laissé. Mauvaise idée ! Car « THE TWO JAKES », s’il démarre plutôt bien, si la photo de Vilmos Zsigmond flatte l’œil, s’embourbe rapidement dans ses propres références. Cette fois ce n’est pas l’eau l’enjeu, mais le pétrole. On trouve un autre vieillard machiavélique (Richard Farnsworth remplaçant John Huston), une blonde en péril et un héros, J.J. Gittes de retour de la WW2 malmené et largué par les événements jusqu’à la toute fin.

Le charme canaille de Nicholson s’est évaporé avec les années et les kilos. Son Gittes est empâté, plutôt lent d’esprit, il se laisse piquer la vedette par Harvey Keitel jouant son client portant un lourd secret. On passe le temps avec une belle brochette d’acteurs qu’on aime : Eli Wallach en avocat matois, Madeleine Stowe en harpie hystérique ou Meg Tilly, femme-mystère dont on devine aisément la véritable identité, bien avant ce qui est censé être un « coup de théâtre ».

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JACK NICHOLSON, MADELEINE STOWE ET HARVEY KEITEL

On s’ennuie ferme et de plus en plus à mesure que le film avance. Alors que tout se dénoue, on se rend compte qu’on n’en a rien à faire et on en veut aux auteurs d’avoir mis deux heures à nous rabâcher ce qu’ils avaient si bien raconté en 1974. « Le passé ne s’en va jamais », dit Gittes dans son dernier plan. La preuve ! Mais pour rester sur une note positive, retenons une magnifique réplique signée Robert Towne et adressée par Gittes à l’avocat Frederic Forrest : « Ce que je fais pour gagner ma vie n’a peut-être rien d’honorable, mais moi je le suis. Dans cette ville, je suis le lépreux à qui il reste le plus de doigts ». Si tout le film avait été de cette veine-là !

À noter : l’œil attentif pourra distinguer une fine cicatrice sur la narine de Nicholson, à l’endroit où avait tranché le couteau du « gnome » dans le premier film.

 

LA MORT DE CALVERA…

STAR CINÉ WALLACH

LA MORT DE WALLACH ET COBURN DANS LE NUMÉRO DE « STAR CINÉ VAILLANCE » CONSACRÉ AUX « 7 MERCENAIRES ».

 

« LES AVENTURES DU BRIGADIER GÉRARD » (1970)

GERARD2Produit par le Luxembourg, réalisé par un Polonais, interprété par un casting anglo-italo-américain et inspiré de l’œuvre d’Arthur Conan Doyle, « LES AVENTURES DU BRIGADIER GÉRARD » est un pudding multinational dont l’absurdité saute aux yeux dès les premières images.

Malgré une profusion de moyens et une reconstitution historique soignée, nous nageons dans la grosse comédie burlesque. Le scénario se veut picaresque et suit un brigadier français vantard et crétin à qui Napoléon confie un message pour le général Masséna qui n’est en fait qu’un leurre pour tromper l’ennemi, au cas où Gérard serait capturé. Le reste n’est qu’une succession de rencontres, de duels ridicules, de quiproquos affligeants. Peter McEnery passe tout le film à donner des regards-caméra, à faire des apartés sans arracher le moindre sourire.

Que dire ? C’est quasiment irregardable et on passe de la consternation incrédule à l’endormissement le plus profond. Y a-t-il quelque chose auquel se raccrocher ? La beauté de Claudia Cardinale à son zénith, jouant une guerrière ibère farouche, même si la fantaisie débridée n’est pas vraiment sa tasse de thé. Et puis surtout Eli Wallach qui incarne rien moins que… Napoléon. Affublé d’un faux-nez aquilin et d’un maquillage bizarrement blafard, il cède au cabotinage le plus décomplexé – exercice qui ne l’a jamais effrayé – mais n’apparaît pas suffisamment pour sauver les meubles. De toute façon, c’était une cause perdue. Parmi les seconds rôles, on reconnaît Paolo Stoppa en vieil oncle aveugle et Jack Hawkins en brigand des grands chemins.

CLAUDIA CARDINALE, PETER McENERY, ELI WALLACH ET PAOLO STOPPA

CLAUDIA CARDINALE, PETER McENERY, ELI WALLACH ET PAOLO STOPPA

Pas grand-chose à recommander donc dans ces « AVENTURES DU BRIGADIER GÉRARD » fait de bric et de broc sans jamais trouver sa colonne vertébrale et, pire que tout, sans parvenir une seule fois à amuser. Triste spectacle…

 

« LULLABY » (1960)

ANNE JACKSON

ANNE JACKSON

La même année, Eli Wallach incarnait un bandido mexicain dans « LES 7 MERCENAIRES » et un fils-à-maman vieux garçon dans « LULLABY », ce qui en dit long sur son génie de la composition.

« LULLABY » se situe entre le téléfilm et la captation théâtrale et traite d’un des sujets favoris des grosses blagues de fin de banquet : les belles-doches. C’est une comédie certes, mais jamais grossière et même teintée çà et là d’une véritable étude psychologique.

ELI WALLACH ET RUTH WHITE

ELI WALLACH ET RUTH WHITE

Couvé par sa mère (Ruth White), Wallach se marie en secret avec une jeune femme (Anne Jackson, Mme Wallach à la ville) qu’il vient de rencontrer. D’abord violemment opposée au mariage, la « mère juive des enfers » va s’immiscer dans le foyer du couple et, l’air de rien, leur pourrir la vie jusqu’à l’implosion.

Si la facture est des plus rudimentaires, c’est largement compensé par la qualité du trio d’acteurs : Wallach tellement mal à l’aise, complexé et nerveux, qu’il suscite une empathie immédiate pour son personnage, tout en donnant envie de le claquer, tant il est faible et infantile. Anne Jackson toujours aussi drôle, chaleureuse et authentique qui tente de faire front à son ennemie héréditaire. Celle-ci est incarnée par l’extraordinaire Ruth White qui se maintient sur la marge étroite entre la pure caricature et une monstruosité quotidienne des plus crédibles. Les trois comédiens fonctionnent idéalement ensemble, sans une fausse-note et donnent un belle idée de ce qu’ils devaient donner sur les planches de Broadway.

Le couple Wallach a beaucoup travaillé ensemble et ce « LULLABY » est un des fleurons de cette harmonieuse collaboration.

ELI WALLACH

ELI WALLACH

 

« ZIG ZAG » (1970)

ZIGZAG2« ZIG ZAG » est un bon thriller estampillé seventies, qui reprend le style de mécanique qui fit le succès de « INVRAISEMBLABLE VÉRITÉ » de Fritz Lang ou « SHOCK CORRIDOR » de Sam Fuller : un homme apprenant qu’il a une tumeur au cerveau réunit des preuves bidonnées pour se faire accuser d’un meurtre qui a fait la « une » des journaux, afin que sa femme touche la récompense. À la suite d’un malaise, il est opéré et retrouve sa santé. Petit souci, il est maintenant condamné à mort !

C’est très tiré par les cheveux, mais ça se suit avec curiosité, grâce à une excellente construction en flash-back, une mise-en-scène nerveuse et un montage efficace. Le problème, c’est qu’à force d’être ingénieux et vicelard, le scénario finit par s’emballer, par aller trop loin dans sa propre logique et qu’il finit par lasser, jusqu’au final bâclé et terriblement décevant. Ce qu’on appelle se prendre les pieds dans le tapis !

Heureusement, George Kennedy trouve là un de ses meilleurs rôles. Sobre, naturel, crédible, il fait preuve d’une présence et d’une rigueur exemplaires et porte le film sur les épaules sans jamais céder au « grand numéro ». Face à lui, l’irremplaçable Eli Wallach joue son avocat d’origines italiennes, perspicace et loyal et Anne Jackson (Mme Wallach à la ville), joue l’épouse de Kennedy avec le talent qu’on lui connaît.

Si on ferme les yeux sur quelques développements superflus et même gravement dommageables, « ZIG ZAG » fait passer un très bon moment, surprend parfois et offre à des seconds rôles hauts-de-gamme des personnages principaux qu’ils n’ont pas si souvent eu l’occasion de jouer. Rien que pour ça…

ELI WALLACH, GEORGE KENNEDY ET ANNE JACKSON

ELI WALLACH, GEORGE KENNEDY ET ANNE JACKSON

 

BLUE SERGIO !

COFFRET BLU-RAY SERGIO LEONE EN MAI AUX U.S.A. RIEN DE NOUVEAU, MAIS UNE JOLIE JAQUETTE...

COFFRET BLU-RAY SERGIO LEONE EN MAI AUX U.S.A. RIEN DE NOUVEAU, MAIS UNE JOLIE JAQUETTE…

 

« BAGUE AU DOIGT, CORDE AU COU » (1968)

STELLA STEVENS

STELLA STEVENS

Avant toute considération, notons avec quelle minutie les traducteurs ont adapté « COMMENT SAUVER UN MARIAGE ET VOUS POURRIR LA VIE » en « BAGUE AU DOIGT, CORDE AU COU ».BAGUE3

Ceci établi, ce petit vaudeville déjà anachronique et poussiéreux en 1968, a gardé un charme certain, entièrement dû à son magnifique casting d’acteurs de comédie au top de leur forme. Quel plaisir de voir face-à-face Dean Martin, parfait dans son emploi préféré de dragueur dévoyé et Eli Wallach hilarant en business man mal marié et influençable. Leurs scènes à deux font véritablement des étincelles, ils se renvoient la balle avec une maestria de vieux pros roués et visiblement heureux de s’amuser ensemble. Ils se sortent très bien d’un scénario boulevardier fait de quiproquos, de coïncidences ÉNORMES, de malentendus inextricables et d’un dialogue tournant autour des femmes, des maîtresses et du mariage comme graal ultime. Ça a beau être vieillot et archi-rabâché, les comédiens font tout passer comme une lettre à la poste.

Dans un rôle qu’on dirait écrit pour Marilyn Monroe – à laquelle elle fait énormément penser – Stella Stevens est éblouissante d’énergie, de fausse naïveté et de sex appeal. Étonnant qu’avec ce physique et ce sens du timing de rêve, elle n’ait pas fait une plus belle carrière de star. En maîtresse soumise et idolâtre de Wallach, Anne Jackson (son épouse à la ville !) est délectable et même émouvante par instants. Tous les petits rôles sont bien servis, tout particulièrement Woodrow Parfrey en quidam terrorisé par sa belle-mère morte et enterrée depuis des années.

STELLA STEVENS, DEAN MARTIN, ELI WALLACH ET ANNE JACKSON

STELLA STEVENS, DEAN MARTIN, ELI WALLACH ET ANNE JACKSON

Du théâtre filmé donc, sans aucune valeur cinématographique, mais qui vaut largement le coup d’œil pour voir « Dino » et « Tuco » faire les imbéciles, pour le décolleté de Miss Stevens et le sourire d’Anne Jackson.

À noter, pour renforcer la filiation plus ou moins consciente à Marilyn Monroe, qu’Eli Wallach fut son partenaire dans son dernier film achevé : « LES DÉSAXÉS » et que Dean Martin lui donnait la réplique dans « SOMETHING’S GOT TO GIVE » tourné peu après et demeuré inachevé.