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Archives de Catégorie: LES FILMS D’ERNEST BORGNINE

« WILLARD » (1971)

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« BEN » ET BRUCE DAVISON

Bien qu’il soit réalisé d’anonyme façon par Daniel Mann, qu’il souffre d’une vilaine photo de téléfilm seventies et d’un budget visiblement insuffisant, « WILLARD » a bien traversé l’épreuve des années et s’affirme aujourd’hui comme un classique mineur de l’horreur « quotidienne ».WILLARD

Impossible au début de ne pas penser à « PSYCHOSE », par la personnalité de Bruce Davison, grand dadais introverti et complexé, surtout dans sa relation malsaine à sa mère (Elsa Lanchester), qui le harcèle et l’étouffe. Mais peu à peu cet émule de Norman Bates évolue et devient une sorte de « maître des rats » avec lesquels il communique et dont il va se servir pour se venger de ses ennemis et reprendre sa vie en main. Le scénario traîne un peu en longueur, mais ne cède jamais à la facilité ou aux effets gratuits. Davison crée un personnage crédible, attachant malgré sa folie sous-jacente et sa pleutrerie. Mais on découvre progressivement qu’il n’est pas le véritable protagoniste du film. Le « héros » c’est ‘Ben’ un rat noir surdoué, rebelle et rancunier qu’il a le tort de contrer. En quelques plans très simples, l’animal est entouré d’une aura maléfique voire d’un… certain charisme ! Dans une galerie de seconds rôles caricaturaux écrits de façon très « camp », on a plaisir à revoir Sondra Locke en gentille collègue sensible et surtout l’inoxydable Ernest Borgnine extraordinaire de vulgarité en patron de Willard truculent et odieux. À condition de fermer les yeux sur une facture vraiment ingrate et désuète, on peut prendre grand plaisir à la vision de « WILLARD ».

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SONDRA LOCKE ET ERNEST BORGNINE

À noter qu’une sequel fut tournée sous le titre de « BEN » par Phil Karlson et qu’un remake sera tourné bien des années plus tard avec Crispin Glover dans le rôle-titre.

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« TANT QU’IL Y AURA DES HOMMES » (1953)

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MONTGOMERY CLIFT

Fred Zinnemann parvient à condenser en deux heures le « pavé » de James Jones situé à Hawaii juste avant (et pendant) l’attaque de Pearl Harbor. Le scénario de « TANT QU’IL Y AURA DES HOMMES » est un curieux mélange de ‘soap opera’ sentimental dépourvu de mièvrerie et de description assez âpre de la vie en garnison.FROM2

C’est surtout le portrait d’un authentique rebelle joué par Montgomery Clift. Un soldat individualiste, insoumis et endurant, qui se fait haïr de tous avant de susciter le respect pour sa détermination à rester lui-même. Un des rôles les plus marquants de l’acteur au sommet de son magnétisme. Mais le film suit également en parallèle la passion du sergent Burt Lancaster, militaire viril et charismatique, mais aussi timoré et dénué d’ambition, pour la femme (Deborah Kerr) de son capitaine. Le nombre de personnages est conséquent, mais tous parviennent à trouver leur place et leur épaisseur psychologique. C’est une œuvre ample et intelligente contournant adroitement la censure d’époque pour brosser des portraits d’une grande lucidité : Donna Reed, prostituée exilée rêvant de respectabilité, même post-mortem, Ernest Borgnine brute épaisse à la violence bestiale. Seul Frank Sinatra déçoit par la banalité de son jeu, dans un rôle de « bon copain » constamment ivre. C’est pourtant lui qui obtint l’Oscar cette année-là !

Imposante mosaïque dont on peut déplorer qu’il fut tourné en noir & blanc et en format « carré », « TANT QU’IL Y AURA DES HOMMES » fait partie des grandes réussites de Zinnemann. Malgré certains aspects légèrement désuets, il suscite toujours de l’émotion, de l’indignation. Ses morceaux de bravoure (le combat à poings nus où Clift retrouve l’envie de boxer, sa confrontation au couteau avec Borgnine dans une ruelle sombre) n’ont rien perdu de leur puissance émotionnelle et des images célébrissimes comme l’étreinte de Lancaster et Kerr dans une crique déserte, font toujours leur effet. L’excellent casting est complété par une ribambelle de seconds rôles familiers comme Claude Akins, Robert J. Wilke, Jack Warden, George Reeves ou la toujours belle Jean Willes.

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BURT LANCASTER, DEBORAH KERR, JEAN WILLES, MONTGOMERY CLIFT ET ERNEST BORGNINE

Un beau film qui ne vieillit pas vraiment, mais se patine avec élégance, à voir de toute façon pour les monstres sacrés indémodables que furent ‘Monty’ Clift et Burt Lancaster.

 

« LES VIKINGS » (1958)

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FUNÉRAILLES VIKINGS…

Alors qu’il s’apprête à fêter ses 60 ans, « LES VIKINGS » a étonnamment peu vieilli et s’affirme encore aujourd’hui comme un grand film d’aventures pour public de tous âges et une des plus belles réussites de l’éclectique et inégal Richard Fleischer.VIKINGS

On ne peut qu’être conquis par la photo magnifique de Jack Cardiff, par les paysages nordiques superbement choisis et cadrés, par l’authenticité des costumes. Le scénario est simple et linéaire, teinté de mélodrame classique (les frères ennemis amoureux de la même femme), se construit en allers-retours entre la Norvège et l’Angleterre, précédant un climax d’une demi-heure lors de l’attaque du château du roi Aella. Bien sûr, certains menus détails font parfois tiquer, comme les perruques des Vikings vraiment peu convaincantes ou la BO de Mario Nascimbene très inspirée, mais trop invasive. Sans oublier des coupes-montage abruptes (le traître anglais joué par James Donald disparaît dès le début de la bataille finale pour ne jamais revenir !). Mais ce ne sont que broutilles comparées au plaisir enfantin que procure ce film coloré, violent et lyrique.

Kirk Douglas domine le moindre plan où il apparaît dans un personnage complexe de fils de chef égotique, défiguré par un faucon et littéralement rongé par la haine et la frustration. Ses cicatrices et son œil crevé sont très réalistes et l’acteur assume cette « laideur » avec un mélange d’aplomb et de masochisme étonnant. Face à lui, Tony Curtis semble un peu falot et ne joue que sur une seule tonalité. Janet Leigh n’a jamais été plus resplendissante et Ernest Borgnine s’en donne à cœur-joie en chef rigolard et bon-vivant.

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KIRK DOUGLAS, ERNEST BORGNINE, JANET LEIGH ET TONY CURTIS

« LES VIKINGS » est à voir et à revoir avec les mêmes yeux ébahis à chaque fois. C’est de la très belle ouvrage, méticuleusement produite et une des plus grandes prestations de Douglas, également producteur de la chose. Chapeau !

 

« LE VOL DU PHÉNIX » (1965)

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JAMES STEWART ET HARDY KRÜGER

Tourné entre deux grands classiques de Robert Aldrich, « QU’EST-IL ARRIVÉ À BABY JANE ? » et « 12 SALOPARDS », « LE VOL DU PHÉNIX » ne bénéficie pas de la même réputation et il est souvent oublié quand on se remémore la carrière du grand réalisateur iconoclaste.VOL

Il faut dire qu’un huis clos dans le désert d’une durée de 140 minutes peut faire peur. Car au fond, le film se passe presque entièrement autour de la carcasse d’un appareil échoué dans les sables et décrit les efforts des survivants du crash pour reconstruire un avion à partir des décombres du précédent. Le scénario prend son temps, trop parfois, mais à mesure que le suspense augmente parce que l’eau diminue, que des personnages disparaissent, on est de plus en plus immergé dans l’action – ou la non-action, c’est selon – et en empathie avec les protagonistes, échantillon d’Humanité pas toujours très reluisant mais esquivant habilement le cliché. Ainsi le pilote campé par James Stewart n’est qu’un vieux ronchon entêté et moyennement compétent. Lors d’une confrontation, l’ingénieur allemand (Hardy Krüger) lui balance qu’il fait « de la bêtise une vertu » ! Son copilote est un alcoolique bègue (Richard Attenborough), et ses passagers forment un groupe hétéroclite de crétins insolents (Ian Bannen, formidable), d’officiers psychorigides (Peter Finch), de maniaco-dépressifs (Ernest Borgnine en roue-libre, qui disparaît assez vite) ou d’illuminés (Dan Duryea). À noter que le personnage le plus ignoble, le soldat couard et écœurant joué par Ronald Fraser sera un des rares à s’en sortir ! Encore un pied-de-nez aux clichés de la part d’Aldrich… On reconnaît également George Kennedy et Gabriele Tinti dans des rôles anecdotiques.

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ERNEST BORGNINE, IAN BANNEN ET DAN DURYEA

Clairement trop long et – par essence – trop statique et bavard, « LE VOL DU PHÉNIX » porte néanmoins la griffe du « gros Bob » et contient quelques répliques étrangement prémonitoires sur ce vieux monde dont hériteront les « petits génies de l’informatique ».

 

« LA CITÉ DES DANGERS » (1975)

PAUL WINFIELD ET BURT REYNOLDS

PAUL WINFIELD ET BURT REYNOLDS

« LA CITÉ DES DANGERS » est le second et dernier film que Robert Aldrich tourna avec Burt Reynolds – alors au sommet de sa carrière – pour la société de production (Roburt) qu’ils avaient créée.HUSTLE2

À partir d’une enquête très banale sur la mort par overdose d’une jeune femme impliquée dans le monde de la prostitution et de la pornographie, le scénario délaisse rapidement le ‘whodunit’ télévisuel (on conclue très rapidement à un suicide) pour se focaliser sur le portrait du flic chargé de l’affaire. Reynolds incarne ce héros complètement déphasé : un passéiste, un idéaliste dont le cœur penche très nettement à gauche et qui mène sa carrière en sourdine, sans faire de vague. Même chose pour sa vie sentimentale, puisqu’il vit avec une call-girl… française (Catherine Deneuve) sans s’engager vraiment. Pas à pas, dégoût après dégoût, il va se lasser de la question que tout le monde lui pose : « Le père de cette fille morte, c’est quelqu’un ? ». Car il a compris depuis longtemps que les puissants s’en sortent toujours alors que les « gens de peu » sont systématiquement spoliés et écrasés. Un personnage original et touchant, qui offre un de ses plus beaux rôles à Reynolds. Six ans après, il réalisera d’ailleurs lui-même « L’ANTIGANG » où il jouera à nouveau un flic sensible amoureux d’une prostituée.

Deneuve – égale à elle-même dans un contexte qui la rend presque « exotique » – n’est pas le seul import français, puisqu’on entend Aznavour (en anglais !) et qu’on voit un extrait de « UN HOMME ET UNE FEMME ».

Comme souvent, Aldrich a réuni un casting exceptionnel : Ben Johnson superbe en vétéran de Corée, père inconsolable de la victime, transformé en ‘vigilante’, Eileen Brennan magnifique dans le rôle de sa femme meurtrie, Paul Winfield excellent en coéquipier intelligent de Burt, Ernest Borgnine en commissaire rigolard et Eddie Albert en avocat partouzeur décomplexé.

BURT REYNOLDS, CATHERINE DENEUVE ET BEN JOHNSON

BURT REYNOLDS, CATHERINE DENEUVE ET BEN JOHNSON

C’est un beau film, surprenant, ambigu dans son propos et jamais manichéen. Un des meilleurs Aldrich des seventies, porté par une belle photo contrastée de Joe Biroc. À peine pourra-t-on déplorer une BO un brin ringarde par instants de Frank De Vol qui surligne pesamment les moments d’émotion comme dans un vieux mélo (un clin d’œil aux goûts cinéphiliques du héros ?) et de brefs flash-backs redondants. Mais cela ne suffit pas à gâcher le plaisir procuré par cette « CITÉ DES DANGERS ».

 

ERNIE ET CHARLEY…

CB ERNIE

CHARLEY ET ERNIE AU MEXIQUE…

« Je ne me souviens pas de grand-chose du film (« DANS LA GUEULE DU LOUP »), à part que ce petit gars intense et nerveux nommé Charles Bronson y tenait un petit rôle de docker non-crédité au générique ».

Voici ce que raconte d’abord Ernest Borgnine sur notre ami Charley dans son autobiographie publiée en 2009. Au fil des années, les deux hommes tournèrent encore « VERA CRUZ », « L’HOMME DE NULLE PART » et « 12 SALOPARDS » ensemble, sans jamais avoir de vraie scène en face-à-face, ce qu’on ne peut que déplorer.

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LES MÊMES DANS « JUBAL »

Plus loin dans son livre, Ernie raconte une anecdote amusante :  pendant le tournage de « VERA CRUZ » au Mexique, lui et Bronson tombèrent en panne de cigarettes. Aussi accros à la nicotine l’un que l’autre, ils prirent leurs chevaux et sans quitter leurs costumes de hors-la-loi, se rendirent au village voisin pour se ravitailler. En chemin, ils furent arrêtés par un camion plein à craquer de soldats très énervés à la poursuite de malfaiteurs, qui leur braquèrent des fusils dessus. Les deux acteurs se mirent à crier : « Artistas ! Artistas ! » pour expliquer qu’ils n’étaient pas vraiment des bandidos mais qu’ils tournaient un film dans les environs. Il fallut que des villageois viennent témoigner en leur faveur pour que les militaires ôtent enfin les doigts de leurs détentes.

« Ça m’a fichu une trouille de tous les diables », avoue Borgnine. « À Charlie aussi, j’en suis sûr, même s’il est trop dur-à-cuire et taciturne pour l’admettre ».

Une légende, ça se travaille…

 

« CONSPIRATION DU SILENCE »

MARVIN ANNIVPas question de laisser passer l’anniversaire de notre mascotte Lee Marvin, sans trouver un petit cadeau-souvenir aux visiteurs de « BDW2 ».

Aujourd’hui, ce sera donc une nouvelle petite arnaque venue d’Espagne : « CONSPIRATION DU SILENCE ». Autrement dit, une réédition datant de la fin des années 60 de « UN HOMME EST PASSÉ » (1955), le chef-d’œuvre de John Sturges.

On notera que contrairement aux Belges qui avaient carrément placé Marvin en tête d’affiche (alors qu’il n’avait –  rappelons-le – qu’un petit rôle), les Ibères ne l’ont promu pudiquement qu’en 3ème place sur l’affiche. Mais notons aussi que celle-ci est plutôt inventive : la silhouette sombre de Spencer Tracy, se tenant au milieu de la voie ferrée se découpe sur des montagnes escarpées où sont taillés les visages d’Ernest Borgnine, Robert Ryan et Lee Marvin, les méchants de l’histoire. Véritable Mont Rushmore de la vilénie, autrement dit !

Les trois comédiens ainsi pétrifiés arborent leurs rides et/ou cheveux blancs des années 70, mais sont aisément identifiables.