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Archives de Catégorie: LES FILMS D’ERROL FLYNN

« THE LAST OF ROBIN HOOD » (2013)

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KEVIN KLINE

Tout le monde connaît plus ou moins la légende d’Errol Flynn, aventurier invétéré, amateur incorrigible de nymphettes, soiffard épique… Cela participe d’une image « bigger than life » flamboyante qui a perduré jusqu’à aujourd’hui. Maintenant, a-t-on vraiment envie de savoir ce qui se cachait réellement derrière le mythe ?LAST

À la vision de « THE LAST OF ROBIN HOOD », inspiré du livre de la mère de sa dernière maîtresse (mineure), on peut se poser la question. On assiste en effet à un travail de démythification/démolition en règle, qui présente l’acteur comme un has-been libidineux et pas spécialement sympathique. L’interprétation de Kevin Kline n’est nullement en cause puisque son « imitation » de Flynn est impeccable et que la ressemblance physique est parfois troublante. Il faut dire aussi qu’à 66 ans, Kline semble bien plus en forme que Flynn ne l’était à 50 ! Face à lui, Dakota Fanning, qui a définitivement perdu la magie qu’elle dégageait dans son enfance, ne fait guère d’étincelles dans un rôle de fausse ingénue. C’est Susan Sarandon, actrice généralement pas très emballante, qui rafle la mise dans un personnage horrible et pathétique de mère alcoolique qui tente d’exister à travers sa fille. Un rôle qu’aurait certainement tenu Shelley Winters il y a trente ans.

Écrit sans recherche, tourné sans imagination comme un vulgaire téléfilm d’après-midi, « THE LAST OF ROBIN HOOD » en dit trop ou pas assez sur les derniers mois de la vie du « capitaine Blood ». Les tournages de « UNE FEMME MARQUÉE » ou « LES RACINES DU CIEL » sont mentionnés sans qu’on s’y attarde, le bref face-à-face entre Flynn et Stanley Kubrick au sujet d’un projet commun intitulé… « LOLITA » est excessivement frustrant tant il demeure anecdotique (la fascination de Flynn pour Nabokov aurait mérité d’être développée). Bref, c’est un film routinier et sans envergure sur une légende hollywoodienne qui était exactement l’inverse.

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SUSAN SARANDON ET DAKOTA FANNING

 

« TU NE M’ÉCHAPPERAS PAS » (1947)

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IDA LUPINO ET ERROL FLYNN

« TU NE M’ÉCHAPPERAS PAS » ne serait qu’un mélodrame poussiéreux et bien peu attractif, s’il n’était pas avant tout un des films les plus atypiques de la filmographie d’Errol Flynn.ESCAPE

L’acteur y joue un musicien bohème vivant avec une fille-mère fantasque (Ida Lupino) à Venise. À la suite de quiproquos boulevardiers à souhait, il fait la connaissance de la fiancée (Eleanor Parker) de son frère (Gig Young) et décide de composer un ballet pour elle. Tout ce joli monde se retrouve à Londres et là, la comédie touristique se transforme en drame, dans un fog où on s’attend presque à voir surgir Jack l’Éventreur.

Bien sûr, tout a été tourné à Hollywood et les transparences abondent. Bien sûr, on s’attend toujours à ce que Flynn se lance dans une bagarre épique, mais… non ! Clairement sous-utilisé et très mal distribué (il faut l’avoir vu composer au piano, l’air inspiré ou jouer de l’accordéon avant de faire la manche !), l’acteur – privé de sa mythique moustache – ne parvient pas à imposer son personnage d’artiste charmeur et égoïste et il est éclipsé par la toujours formidable Lupino, qui arrive à donner une certaine épaisseur à son rôle de « beatnik » des années 1900 et à faire croire à son idolâtrie inconditionnelle pour cet homme qui ne la mérite pas. Eleanor Parker n’a guère l’occasion de développer un personnage de mondaine capricieuse indigne de son talent.

À voir à la rigueur pour ce joli trio de stars de la Warner donc, pour le kitsch insensé des paysages des Dolomites recréés en studio et pour se rendre compte que le contremploi n’était peut-être pas une si bonne idée que cela pour Errol Flynn.

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ELEANOR PARKER, GIG YOUNG ET ERROL FLYNN

 

« UNE FEMME MARQUÉE » (1958)

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ERROL FLYNN

Le titre original de « UNE FEMME MARQUÉE » est « TROP, TROP TÔT ». Mais il aurait tout aussi bien pu s’intituler « L’alcool en héritage ».TOOMUCH

Car au-delà du ‘biopic’ de Diana Barrymore, fille du grand John, le film est un pamphlet antialcoolique aussi puissant que « LE POISON » ou « LE JOUR DU VIN ET DES ROSES ». Le scénario est bâti en deux parties bien distinctes : la première, dominée par Errol Flynn, décrit la descente aux enfers d’une star déchue, minée par ses addictions. Et c’est aussi troublant que fascinant de contempler Flynn, incarnant Barrymore, qui fut son ami et mentor dans la « vraie vie », alors que lui-même se trouvait dans une situation professionnelle et un état physique similaires. Bouffi, à bout de souffle, Flynn offre pourtant une des plus exceptionnelles prestations de sa carrière. À tirer les larmes. Quand il disparaît à mi-parcours, c’est sa fille, Dorothy Malone, qui entame sa propre déchéance. L’actrice incarne Diana depuis la collégienne en socquettes, jusqu’à la pochtronne pathétique avec une précision et une absence de vanité inouïes. Elle porte à bout de bras des scènes tellement crues qu’elles en deviennent gênantes : son numéro d’imitation minable dans une boîte sordide, par exemple aurait dû lui valoir une carrière bien plus proéminente. Parmi les seconds rôles, on retient John Dennis excellent en factotum garde-chiourme du vieux Barrymore et Murray Hamilton en producer patient.

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DOROTHY MALONE ET ERROL FLYNN

Assez platement réalisé, « UNE FEMME MARQUÉE » marche sur les travées de « SUNSET BOULEVARD » sans en avoir le brio. Mais il vaut largement le coup d’œil pour ses deux têtes d’affiche au sommet de leur talent. Flynn a-t-il mieux joué que dans la scène terrible où, ivre-mort, le visage ensanglanté, il affronte son garde-du-corps avec un tesson de bouteille ?

 

« À L’ABORDAGE ! » (1952)

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MAUREEN O’HARA ET ERROL FLYNN

Plus de quinze ans après, le capitaine Blood reprend la mer. Bien sûr, il a bu quelques tonneaux de rhum entretemps et certainement lutiné des jolies filles dans tous les ports, mais il est toujours là, en pleine forme ! « À L’ABORDAGE ! » capitalise sur l’image mythifiée d’Errol Flynn, alors que le « film de pirates » n’était plus tellement à la mode et parvient à retrouver l’innocence et l’énergie des classiques du genre.AGAINST

Le film démarre sur les chapeaux de roues : Errol en train de se faire fouetter ! C’est en fait un leurre pour le crédibiliser, alors qu’il va infiltrer une bande de pillards de Madagascar, dirigés par Anthony Quinn et la fougueuse ‘Spitfire’ campée par l’irremplaçable Maureen O’Hara. Sur 80 courtes minutes pleines à craquer, le film emporte immédiatement l’adhésion. Le technicolor de Russell Metty est rutilant, les décors (vrais ou peints) sont magnifiquement évocateurs et l’humour pince-sans-rire n’est jamais absent. Il faut vraiment avoir vu Flynn harcelé par ces dames : la dangereuse Maureen et Alice Kelly, princesse indienne un peu sotte qui réclame sans cesse des baisers en disant : « Again ! ». On ne s’ennuie jamais, les scènes d’action et de duels à l’épée sont très bien réglées et montées et Flynn, qu’on devine déjà un peu fatigué, ne démérite pas une seconde. Face à lui, Quinn tient la distance dans un rôle de brute rigolarde mais implacable. Mildred Natwick est drôle en gouvernante au caractère bien trempé.

Sans atteindre la grandeur épique des premiers films de Flynn, « À L’ABORDAGE » est tout de même un grand plaisir de cinéphile ayant gardé son âme d’enfant. Et quand c’est au tour de Maureen de lancer le dernier « Again ! », on a envie d’applaudir !

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ERROL FLYNN, ANTHONY QUINN ET MAUREEN O’HARA

 

« LES RACINES DU CIEL » (1958)

ROOTS2Rien qu’à la lecture du générique, « LES RACINES DU CIEL » incite à la méfiance. Romain Gary a adapté son Goncourt pour Darryl Zanuck, lequel donne le rôle principal féminin à Juliette Gréco, place Errol Flynn en tête d’affiche (alors qu’il n’a qu’un rôle secondaire) et confie la réalisation à John Huston dans une des pires périodes de sa longue carrière.

À l’arrivée, pétri de bonnes intentions et défendant un beau message écologiste ô, combien prémonitoire, le film manque d’ossature, de souffle épique et surtout d’une tête d’affiche charismatique pour jouer ce « Che Guevara des éléphants ». Trevor Howard, honnête acteur à tout faire du cinéma anglais manque de panache et de folie pour incarner ce Robin des Bois protecteur de la nature, affrontant les trafiquants d’ivoire et les politiciens corrompus. Même remarque pour le reste de la distribution : Gréco dont on dira pour rester courtois, qu’elle est à côté de la plaque, Orson Welles dans un ‘caméo’ inutilement tonitruant. Seuls s’en sortent à peu près Grégoire Aslan en immonde profiteur et surtout Flynn. En ex-officier anglais ivrogne, il trimballe partout son seul ami : un pois sauteur du Mexique appelé « Toto » ! Empâté, le teint rougeaud, ce n’est certes plus l’Errol Flynn des grandes années, mais il compose un personnage haut-en-couleurs et amusant.

« LES RACINES DU CIEL » est un film boiteux, mal fagoté, hésitant entre l’aventure hollywoodienne et le pamphlet dénonciateur. Il souffre de scènes franchement embarrassantes (la fessée en public de la grande tueuse de pachydermes, l’arrivée improbable du reporter Eddie Albert). Hormis une bonne séquence d’action autour d’une rivière grouillant d’éléphants et de braconniers, le film est globalement ennuyeux et terne.

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JULIETTE GRÉCO, ERROL FLYNN ET TREVOR HOWARD

On est en droit de se poser une question : si son nom apparaît en tête de générique, pourquoi n’avoir pas donné le rôle de ‘Morel’ à Errol Flynn ? Il aurait certainement donné une autre aura au projet tout entier… Et quitte à prendre un avatar de Robin des Bois comme héros, qui aurait pu mieux le jouer qu’Errol-le-magnifique ?

 

« DU SANG SUR LA NEIGE » (1943)

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ERROL FLYNN

Produit en pleine WW2, « DU SANG SUR LA NEIGE » apparaît comme une sorte d’aïeul au plus récent « CLIFFHANGER » et a comme atout principal l’attelage gagnant Raoul Walsh/Errol Flynn.SANG2

Ce dernier joue un policier canadien d’origines allemandes, qui se fait passer pour un traître vendu à un officier nazi venu (en sous-marin !) bombarder un lieu hautement stratégique. Mais le double-jeu d’Errol est vite éventé et sa fiancée est prise en otage et emmenée pour un long trajet en traineau dans le blizzard.

Film simple, linéaire, porté par de beaux extérieurs, une mise-en-scène dynamique et sans chichi et culminant par une excellente séquence de suspense à bord d’un bombardier. Ce qui est amusant aujourd’hui, c’est de voir comment sont décrits les nazis : Helmut Dantine – par ailleurs impeccable – joue le jeune commandant impitoyable et inhumain. Il vole presque la vedette à Flynn, qui demeure toujours en retrait dans un rôle d’observateur ambigu qui n’agit qu’en dernière extrémité. Quant aux hommes de Dantine, ce sont des éphèbes blondinets très peu virils ! Le reste du casting est étonnamment terne et sans second rôle bien typé. On reconnaît (fugitivement) le débutant John Forsythe et Jay Silverheels, le ‘Tonto’ de la série « THE LONE RANGER ».

Le film ne marquera certes pas les filmographies du réalisateur et de la star de la Warner, mais il n’ennuie jamais, comporte d’excellentes scènes d’action et propose un environnement rarement exploité à Hollywood.

Pour la petite Histoire, rappelons-nous que, longtemps après sa mort, Errol Flynn fut réellement soupçonné (à tort) d’avoir été un espion nazi pendant la guerre !

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HELMUT DANTINE, JULIE BISHOP ET ERROL FLYNN

 

« LES AVENTURES DE ROBIN DES BOIS » (1938)

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OLIVIA DE HAVILLAND ET ERROL FLYNN

Ainsi, « LES AVENTURES DE ROBIN DES BOIS » aurait 75 ans ? C’est difficile à croire quand on voit la qualité cristalline de l’image, le rythme endiablé du montage, la perfection des cascades, mais pas si incroyable, quand on se réjouit de sa naïveté d’une autre ère, de sa bonne humeur sans arrière-pensée et du manque délibéré de profondeur des personnages.HOOD

Le Technicolor est tout simplement époustouflant. C’est, à égalité avec Errol Flynn, dans le rôle de sa vie, la star du film. Michael Curtiz parvient à raconter une histoire plutôt sombre (la révolte des gueux opprimés contre un roi usurpateur) avec la jovialité d’une fable pour enfants. Et Flynn est dirigé dans ce sens : les mains sur les hanches, l’air bravache, il parvient à n’être jamais ridicule avec son petit chapeau à plume et ses collants verts. Il passe son temps à éclater de rire en rejetant la tête en arrière. Tous les Zorro, Pardaillan et autres bretteurs du cinéma lui doivent quelque chose. Olivia De Havilland est parfaite en ‘Marian’ au caractère bien trempé, fondant devant Robin. Claude Rains à l’œil rusé, est le traître parfait, Melville Cooper est très drôle en shériff couard et Basil Rathbone est l’incarnation même du mot « félon ». Ses joutes verbales et ses affrontements, épées à la main avec Flynn, sont des merveilles. Parmi les seconds rôles : Una O’Connor géniale en duègne gloussante, Alan Hale qui joue un ‘Little John’ idéal.

Les 100 minutes du film passent à une vitesse folle, il n’y a quasiment aucun temps mort, tant le scénario semble avoir été construit comme un enchaînement ininterrompu de morceaux de bravoure. « LES AVENTURES DE ROBIN DES BOIS » est un véritable bain de jouvence, pratiquement un symbole de ce que le vieil Hollywood de légende savait faire de mieux. En le revoyant aujourd’hui, on réalise à quel point tous les George Lucas, Steven Spielberg lui sont redevables.

Et quel plaisir de voir Errol Flynn oser des postures ou des mimiques dignes de Douglas Fairbanks et l’époque du Muet, et s’en sortir avec les honneurs.

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CLAUDE RAINS, BASIL RATHBONE, MELVILLE COOPER ET ERROL FLYNN