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Archives de Catégorie: LES FILMS D’HUMPHREY BOGART

« OURAGAN SUR LE CAINE » (1954)

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HUMPHREY BOGART

Adapté d’un roman de Herman Wouk, réalisé par Edward Dmytryk, « OURAGAN SUR LE CAINE » a laissé un grand souvenir dans la mémoire du cinéphile, même si en le revoyant aujourd’hui, il semble que seule l’extraordinaire prestation d’Humphrey Bogart et à un degré moindre, de José Ferrer, mérite réellement cet enthousiasme rétrospectif.caine2

La première demi-heure, mettant en scène le jeune premier Robert Francis et sa fiancée May Wynn est insupportable, les deux comédiens étant aussi incompétents et tête-à-claques l’un que l’autre. Leurs misères sentimentales avec future belle-mère au milieu, semblent provenir d’un autre film. Et pas des meilleurs. La mise en train du scénario à bord du ‘Caine’ est fastidieuse, inutile. Heureusement, l’heure qui suit voit arriver Bogart jouant le nouveau capitaine. Petit, chétif, le visage ravagé, le regard fuyant, il compose un ‘Queeg’ absolument saisissant. Sous ses airs de « Capitaine Bligh » tyrannique, c’est pauvre type miné par les combats, démoli et pathétique qui craque à la moindre pression. Il a des moments oscarisables, des expressions qu’on ne lui connaissait pas. Face à lui, peu font le poids, hormis Fred McMurray en officier faux-jeton et « fouteur de merde » d’une lâcheté à toute épreuve. Son ultime face-à-face avec Ferrer, jouant l’avocat du mutin Van Johnson, est d’une tension inouïe.

Mais ce film lourd, empesé, beaucoup trop long et plombé par une terrible musique « patriotique », vaut principalement pour la séquence du procès (qui fit l’objet d’une pièce de théâtre à elle toute seule)  et bien sûr, pour le témoignage de Bogart, qu’on voit littéralement se décomposer sous nos yeux, jusqu’à n’être plus qu’une pauvre chose apeurée et ridicule, sous le regard consterné de ses pairs. C’est d’une virtuosité hors-pair. Parmi les seconds rôles, on reconnaît Lee Marvin en marin nommé ‘Meatball’ (« Boulette de viande ») qui change de tenue et de pilosité à chaque apparition et son acolyte Claude Akins. Ils forment une sorte de tandem comique tout au long du film, le temps de courtes saynètes. Marvin a tout de même SON moment, quand il dépose au procès, tout propre et rasé de frais dans son bel uniforme.

« OURAGAN SUR LE CAINE » vaut donc d’être vu pour Bogart, c’est incontestable, mais tout ce qui concerne Robert Francis est à jeter aux orties. Et cela occupe hélas, beaucoup, beaucoup de temps !

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JOSÉ FERRER, VAN JOHNSON, ROBERT FRANCIS, FRED McMURRAY, LEE MARVIN ET CLAUDE AKINS

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« TOMBE LES FILLES ET TAIS-TOI ! » (1972)

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DIANE KEATON ET WOODY ALLEN

Adapté de la pièce de théâtre qui fit connaître Woody Allen du grand public U.S., « TOMBE LES FILLES ET TAIS-TOI ! » (horrible titre français s’il en fut) réutilise le casting original et c’est Herbert Ross qui se charge de la mise en images et de « l’aération » du huis clos de la pièce.PLAY

Après avoir vu évoluer l’écriture et le personnage d’Allen de film en film au fil des décennies, ce « Allan Felix » semble bien simpliste et caricatural : un critique de cinéma immature, terrifié par les femmes, hypocondriaque et préférant se réfugier dans les fantasmes adolescents plutôt qu’affronter la vie d’adulte. Il est gaffeur, maladroit (le pénible et peu drôle numéro avec le séchoir à cheveux), ridicule, attachant à la longue, mais à trop vouloir accumuler les bons mots, les situations comiques, le scénario empêche toute profondeur. Cela reste truffé de bonnes idées, déjà présentes dans la pièce, comme les apparitions de l’ami imaginaire qui prend les traits d’Humphrey Bogart (excellente imitation de Jerry Lacy) et ce final calqué sur « CASABLANCA », adroitement amené.

Mais le cœur du film, ce qui a le moins vieilli, c’est encore la relation évolutive de Woody et de Diane Keaton, l’épouse compatissante de son meilleur ami (Tony Roberts). Les deux acteurs fonctionnent si parfaitement ensemble, qu’ils apportent de l’humanité et de la tendresse au film tout entier. Tous leurs face-à-face sont un vrai régal et rehaussent ce film sympathique mais extrêmement daté et mécanique dans sa progression. « PLAY IT AGAIN, SAM » aurait pu être le troisième film de Allen en tant qu’auteur-réalisateur, il n’aurait pas déparé dans sa filmographie, et peut-être aurait-il pu y apporter un peu plus de fantaisie et de légèreté. Dans un casting assez réduit, on reconnaît la belle Susan Anspach (« CINQ PIÈCES FACILES ») jouant l’ex-femme de Woody.

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DIANE KEATON, WOODY ALLEN ET JERRY LACY

 

« LE TRÉSOR DE LA SIERRA MADRE » (1948)

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HUMPHREY BOGART

« LE TRÉSOR DE LA SIERRA MADRE » est un des deux ou trois meilleurs films de John Huston, il offre un de ses plus grands rôles à Humphrey Bogart et propose une parabole âpre et lucide de la folie de l’or qui corrompt tous les hommes, détruit les amitiés et gâche des existences. Tout cela sous couvert de film d’aventures compact et truffé de grands morceaux de bravoure dans les paysages mexicains. Ceux-là même qu’un Peckinpah – clairement influencé par ce film – exploitera en couleurs deux décennies plus tard.SIERRA2

Trois gringos, un vieil homme truculent (Walter Huston) et deux clochards yankees exilés (Humphrey Bogart et Tim Holt) s’associent pour aller prospecter l’or dans les montagnes proches de Durango. D’abord solidaires et cordiaux, ils vont trouver un filon qui va détériorer leur relation jusqu’à la paranoïa la plus totale et même jusqu’au meurtre. Tourné dans un splendide noir & blanc, parsemé de saisissants gros-plans de visages ravinés, crasseux et barbus, le film se focalise sur la rapide chute de Bogart dans les tréfonds de la noirceur humaine. Le pauvre type malchanceux du début se mue progressivement en brute haineuse gangrénée par la fièvre et l’avidité. Un très grand numéro d’acteur pour ‘Bogie’ qui annonce à la fois ses personnages diamétralement opposés de « AFRICAN QUEEN » et « OURAGAN SUR LE CAINE ». Walter Huston est également remarquable en vieux grigou revenu de tout, qui a su préserver son humanité. À noter que John apparaît en touriste généreux et qu’on reconnaît un tout jeune Robert Blake en petit vendeur mexicain de tickets de loterie.

« LE TRÉSOR DE LA SIERRA MADRE » tend un miroir fidèle et dépourvu d’empathie à ce que l’homme est capable de faire pour une poignée d’or. Et le fou-rire homérique qui clôt l’aventure apporte un certain souffle de dérisoire grandeur à cette histoire amère et cruelle.

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TIM HOLT, HUMPHREY BOGART, WALTER HUSTON ET ROBERT BLAKE

 

« LE FAUCON MALTAIS » (1941)

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HUMPHREY BOGART

Inspiré d’un roman de Dashiell Hammett, « LE FAUCON MALTAIS » est le premier film réalisé par le scénariste John Huston et celui qui fit passer un Humphrey Bogart de 42 ans du stade de second rôle à celui de star à part entière.FALCON.jpeg

La première moitié est un polar à peu près traditionnel : à San Francisco, une jeune femme (Mary Astor) engage un détective privé (Bogart) pour retrouver sa sœur. Mais rien n’est aussi simple et après deux morts violentes, ‘Sam Spade’ découvre qu’il a mis le pied dans un nid de vipères impliquant une bande d’aventuriers à la recherche d’une statuette de faucon noir d’une valeur inestimable. Ces bases établies, les protagonistes campés avec verve et cynisme, le film se fige dans sa seconde partie, composée essentiellement d’échanges de dialogues théâtraux (et brillants) dans deux ou trois intérieurs. La fascination qu’exerce encore « LE FAUCON MALTAIS » bien qu’il soit indéniablement trop bavard, confus et encombré de personnages essentiels dont on parle sans cesse sans jamais les voir, provient d’abord de la personnalité de Bogart. Enquêteur vif à la répartie caustique, au poing leste, au machisme goguenard, il crée un prototype d’antihéros inédit à l’époque. Sa relation avec Astor, menteuse pathologique et manipulatrice, est un pur régal d’ambiguïté. Autour du couple mythique, d’immenses seconds rôles : Sidney Greenstreet génial en « gros homme » patelin et gloussant obsédé par l’oiseau, Peter Lorre étonnant en crapule efféminée, Elisha Cook, Jr. en jeune porte-flingue dangereux ou Ward Bond en flic sympathique. À noter, le bref caméo de Walter Huston, importante vedette de l’époque et père de John, dans un rôle de capitaine de bateau blessé à mort.

« LE FAUCON MALTAIS » n’est pas exempt de défauts et une certaine monotonie s’installe parfois. C’est un jeu de dupes entre crapules amorales et dérisoires, pour un objet-prétexte cousu « dans l’étoffe dont sont faits les rêves » (pour citer la magnifique dernière réplique) qui leur échappe constamment. Mais le film mérite qu’on passe outre ces petites scories, pour jouir de son dialogue étincelant et pour voir naître sous nos yeux un grand réalisateur du cinéma U.S. et également le fameux mythe Bogart, aussi original qu’indémodable.

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HUMPHREY BOGART, ELISHA COOK, JR., SIDNEY GREENSTREET, PETER LORRE ET MARY ASTOR

 

« PLUS FORT QUE LE DIABLE » (1953)

BEAT2« PLUS FORT QUE LE DIABLE » est un des films les plus libres, les plus improvisés, les plus inconsistants de l’œuvre de John Huston, une sorte de remake/autopastiche du « FAUCON MALTAIS » à la sauce italienne.

Ici, le « McGuffin » n’est pas une statuette de rapace, mais de l’uranium africain convoité par une bande d’aigrefins exilés. Du classique de 1941, on retrouve Humphrey Bogart et Peter Lorre et – sous d’autres traits – une jolie mythomane, un gros homme transpirant. Le scénario, coécrit avec Truman Capote, n’en est pas vraiment un. C’est une succession de saynètes sans queue ni tête, excellemment dialoguées, mais ne menant absolument nulle part. On complote, on braille beaucoup, on s’empoigne, on joue aux cartes, sans grande conséquence. En fait, on ne fait qu’attendre que l’histoire démarre enfin, ce qui n’arrive jamais. Ou alors, peut-être, après le mot « fin »… C’est aussi plaisant que soporifique. Tout le monde a l’air en vacances au soleil. Si Jennifer Jones trouve son meilleur rôle en Anglaise farfelue et menteuse pathologique, ses partenaires semblent faire de la figuration, à commencer par Bogart qui n’a strictement rien à jouer et se contente de tirer sur sa clope, d’écarquiller les yeux de temps en temps et de ricaner. Robert Morley sur-cabotine en chef des escrocs, Lorre ne fait que passer à l’arrière-plan avec un petit air navré et Gina Lollobrigida se fait encore plus discrète dans un rôle transparent.

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HUMPHREY BOGART ET JENNIFER JONES

Drôle de chose que « PLUS FORT QUE LE DIABLE », un non-film comme anesthésié par la chaleur méditerranéenne, une réunion de vieux copains partis s’amuser aux frais de la princesse en se moquant gentiment du genre – le ‘film noir’ – qui a fait leur succès, sans se fatiguer ni même chercher à justifier leur salaire. À voir par curiosité et pour quelques répliques désopilantes.

 

WOODY, BOGIE, KIRK, ET LES AUTRES…

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BOGIE GOES TO ITALY…

JOLIES JAQUETTES POUR LA SORTIE DVD EN ITALIE DE QUELQUES FILMS DE BOGART, CONNUS ET MOINS CONNUS...

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