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Archives de Catégorie: LES FILMS D’HUMPHREY BOGART

« LE TRÉSOR DE LA SIERRA MADRE » (1948)

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HUMPHREY BOGART

« LE TRÉSOR DE LA SIERRA MADRE » est un des deux ou trois meilleurs films de John Huston, il offre un de ses plus grands rôles à Humphrey Bogart et propose une parabole âpre et lucide de la folie de l’or qui corrompt tous les hommes, détruit les amitiés et gâche des existences. Tout cela sous couvert de film d’aventures compact et truffé de grands morceaux de bravoure dans les paysages mexicains. Ceux-là même qu’un Peckinpah – clairement influencé par ce film – exploitera en couleurs deux décennies plus tard.SIERRA2

Trois gringos, un vieil homme truculent (Walter Huston) et deux clochards yankees exilés (Humphrey Bogart et Tim Holt) s’associent pour aller prospecter l’or dans les montagnes proches de Durango. D’abord solidaires et cordiaux, ils vont trouver un filon qui va détériorer leur relation jusqu’à la paranoïa la plus totale et même jusqu’au meurtre. Tourné dans un splendide noir & blanc, parsemé de saisissants gros-plans de visages ravinés, crasseux et barbus, le film se focalise sur la rapide chute de Bogart dans les tréfonds de la noirceur humaine. Le pauvre type malchanceux du début se mue progressivement en brute haineuse gangrénée par la fièvre et l’avidité. Un très grand numéro d’acteur pour ‘Bogie’ qui annonce à la fois ses personnages diamétralement opposés de « AFRICAN QUEEN » et « OURAGAN SUR LE CAINE ». Walter Huston est également remarquable en vieux grigou revenu de tout, qui a su préserver son humanité. À noter que John apparaît en touriste généreux et qu’on reconnaît un tout jeune Robert Blake en petit vendeur mexicain de tickets de loterie.

« LE TRÉSOR DE LA SIERRA MADRE » tend un miroir fidèle et dépourvu d’empathie à ce que l’homme est capable de faire pour une poignée d’or. Et le fou-rire homérique qui clôt l’aventure apporte un certain souffle de dérisoire grandeur à cette histoire amère et cruelle.

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TIM HOLT, HUMPHREY BOGART, WALTER HUSTON ET ROBERT BLAKE

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« LE FAUCON MALTAIS » (1941)

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HUMPHREY BOGART

Inspiré d’un roman de Dashiell Hammett, « LE FAUCON MALTAIS » est le premier film réalisé par le scénariste John Huston et celui qui fit passer un Humphrey Bogart de 42 ans du stade de second rôle à celui de star à part entière.FALCON.jpeg

La première moitié est un polar à peu près traditionnel : à San Francisco, une jeune femme (Mary Astor) engage un détective privé (Bogart) pour retrouver sa sœur. Mais rien n’est aussi simple et après deux morts violentes, ‘Sam Spade’ découvre qu’il a mis le pied dans un nid de vipères impliquant une bande d’aventuriers à la recherche d’une statuette de faucon noir d’une valeur inestimable. Ces bases établies, les protagonistes campés avec verve et cynisme, le film se fige dans sa seconde partie, composée essentiellement d’échanges de dialogues théâtraux (et brillants) dans deux ou trois intérieurs. La fascination qu’exerce encore « LE FAUCON MALTAIS » bien qu’il soit indéniablement trop bavard, confus et encombré de personnages essentiels dont on parle sans cesse sans jamais les voir, provient d’abord de la personnalité de Bogart. Enquêteur vif à la répartie caustique, au poing leste, au machisme goguenard, il crée un prototype d’antihéros inédit à l’époque. Sa relation avec Astor, menteuse pathologique et manipulatrice, est un pur régal d’ambiguïté. Autour du couple mythique, d’immenses seconds rôles : Sidney Greenstreet génial en « gros homme » patelin et gloussant obsédé par l’oiseau, Peter Lorre étonnant en crapule efféminée, Elisha Cook, Jr. en jeune porte-flingue dangereux ou Ward Bond en flic sympathique. À noter, le bref caméo de Walter Huston, importante vedette de l’époque et père de John, dans un rôle de capitaine de bateau blessé à mort.

« LE FAUCON MALTAIS » n’est pas exempt de défauts et une certaine monotonie s’installe parfois. C’est un jeu de dupes entre crapules amorales et dérisoires, pour un objet-prétexte cousu « dans l’étoffe dont sont faits les rêves » (pour citer la magnifique dernière réplique) qui leur échappe constamment. Mais le film mérite qu’on passe outre ces petites scories, pour jouir de son dialogue étincelant et pour voir naître sous nos yeux un grand réalisateur du cinéma U.S. et également le fameux mythe Bogart, aussi original qu’indémodable.

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HUMPHREY BOGART, ELISHA COOK, JR., SIDNEY GREENSTREET, PETER LORRE ET MARY ASTOR

 

« PLUS FORT QUE LE DIABLE » (1953)

BEAT2« PLUS FORT QUE LE DIABLE » est un des films les plus libres, les plus improvisés, les plus inconsistants de l’œuvre de John Huston, une sorte de remake/autopastiche du « FAUCON MALTAIS » à la sauce italienne.

Ici, le « McGuffin » n’est pas une statuette de rapace, mais de l’uranium africain convoité par une bande d’aigrefins exilés. Du classique de 1941, on retrouve Humphrey Bogart et Peter Lorre et – sous d’autres traits – une jolie mythomane, un gros homme transpirant. Le scénario, coécrit avec Truman Capote, n’en est pas vraiment un. C’est une succession de saynètes sans queue ni tête, excellemment dialoguées, mais ne menant absolument nulle part. On complote, on braille beaucoup, on s’empoigne, on joue aux cartes, sans grande conséquence. En fait, on ne fait qu’attendre que l’histoire démarre enfin, ce qui n’arrive jamais. Ou alors, peut-être, après le mot « fin »… C’est aussi plaisant que soporifique. Tout le monde a l’air en vacances au soleil. Si Jennifer Jones trouve son meilleur rôle en Anglaise farfelue et menteuse pathologique, ses partenaires semblent faire de la figuration, à commencer par Bogart qui n’a strictement rien à jouer et se contente de tirer sur sa clope, d’écarquiller les yeux de temps en temps et de ricaner. Robert Morley sur-cabotine en chef des escrocs, Lorre ne fait que passer à l’arrière-plan avec un petit air navré et Gina Lollobrigida se fait encore plus discrète dans un rôle transparent.

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HUMPHREY BOGART ET JENNIFER JONES

Drôle de chose que « PLUS FORT QUE LE DIABLE », un non-film comme anesthésié par la chaleur méditerranéenne, une réunion de vieux copains partis s’amuser aux frais de la princesse en se moquant gentiment du genre – le ‘film noir’ – qui a fait leur succès, sans se fatiguer ni même chercher à justifier leur salaire. À voir par curiosité et pour quelques répliques désopilantes.

 

WOODY, BOGIE, KIRK, ET LES AUTRES…

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BOGIE GOES TO ITALY…

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« LE VIOLENT » (1950)

HUMPHREY BOGART ET GLORIA GRAHAME

HUMPHREY BOGART ET GLORIA GRAHAME

« LE VIOLENT » est certainement le meilleur film de Nicholas Ray, il contient une des plus puissantes interprétations d’Humphrey Bogart et traite d’une relation amoureuse adulte et réaliste, empreinte de sadomasochisme, de domination et de folie sous pression.VIOLENT3

Le scénario, d’une extraordinaire précision, mêle une enquête policière classique au portrait d’un scénariste hollywoodien amer et sarcastique, très probablement bipolaire (même si le terme n’existait pas à l’époque) et passant par des états extrêmes à la moindre contrariété. Le visage marqué de Bogart change d’une seconde à l’autre, passe de la tendresse bourrue à la brutalité la plus bestiale, la plus incontrôlable, littéralement frémissant de paranoïa. Des scènes comme le tabassage d’un conducteur énervé ou la crise de rage aveugle dans un restaurant, font froid dans le dos et donnent la mesure de l’acteur que pouvait être Bogart quand il investissait un personnage au lieu de jouer sur ses acquits. Impressionnant.

En Gloria Grahame, il trouve peut-être sa partenaire la plus assortie. Même ironie, même singularité physique, même tempo dans le jeu. Comme dans le film, la rencontre des deux comédiens semblait couler de source. Avec quelle finesse laisse-t-elle glisser son amour total pour ‘Dix’ vers la suspicion, puis vers la peur la plus abjecte. Un superbe tandem d’acteurs dans des rôles suffisamment riches pour leur permettre de s’épanouir à 100%, loin des clichés habituels.

Autour d’eux, une belle distribution avec entre autres Hart Smith en agent anxieux et maternel, Robert Warwick en vieux cabotin imbibé de brandy et l’inconnue Martha Stewart en demoiselle des vestiaires bavarde, dans une scène du début, seul moment humoristique du film.

GLORIA GRAHAME, HUMPHREY BOGART ET MARTHA STEWART

GLORIA GRAHAME, HUMPHREY BOGART ET MARTHA STEWART

Œuvre intimiste, lucide, sans concession au sentimentalisme de rigueur, « LE VIOLENT » est un véritable ‘film noir’ où les abysses de l’âme humaine sont plus terribles que le pire des meurtres. Quant à la phrase murmurée par Bogart à la femme de sa vie (« Je suis né quand elle m’a embrassé. Je suis mort quand elle m’a quitté. Je n’ai vécu que quelques semaines. Le temps qu’elle m’a aimé »), elle hante longtemps la mémoire. Chef-d’œuvre.

 

« LE CAÏD » (1942)

HUMPHREY BOGART

HUMPHREY BOGART

« LE CAÏD » est le premier film qu’Humphrey Bogart tourna après « LE FAUCON MALTAIS » qui fit de lui une star à l’âge de 42 ans. Mais il renoue plutôt avec son personnage d’ex-caïd lessivé et abimé par des années de prison, qu’il avait interprété peu de temps auparavant dans « HIGH SIERRA ».CAID3

Sans être du niveau de ces deux classiques, « LE CAÏD » est loin d’être dénué d’intérêt, même s’il est bizarrement construit en trois actes extrêmement différents les uns des autres : le premier est un excellent ‘film noir’ dans la grande tradition, montrant l’impossible réinsertion et la déchéance de Bogart, ancien roi du Milieu en voie de clochardisation. Le second est un film de prison traditionnel détaillant une évasion avec minutie et le troisième vire à la comédie domestique (les séquences incongrues de Bogie et de sa petite amie dans une cabane au milieu des sapins).

La photo de Sid Hickox est magnifique, les séquences d’action sont très bien réalisées, surtout une attaque de fourgon particulièrement brutale et sanglante pour l’époque. Mais c’est la prestation de Bogart qui cimente l’ensemble. En plein dans sa meilleure période – c’est-à-dire le début des années 40 – il compose un personnage usé, amer et aux abois, mais qui n’a rien perdu de son humanité. Sa façon de repousser ce jeune homme admiratif pour qu’il ne suive pas le même chemin que lui, est ce qu’il y a de plus touchant dans le film. Son surnom « Duke » est un transparent hommage au rôle qui le fit connaître dans « LA FORÊT PÉTRIFIÉE » : Duke Mantee. Autour de lui, une distribution un peu fade sans visage très connu. Le jeu légèrement outré d’Irene Manning ne la met pas au niveau des partenaires féminines de légende de Bogart.

IRENE MANNING ET HUMPHREY BOGART

IRENE MANNING ET HUMPHREY BOGART

« LE CAÏD » tient encore très bien la route et c’est un vrai plaisir de revoir Bogart dans la force de l’âge, dans un rôle de transition entre ses gangsters d’antan et ses ‘tough guys’ charismatiques à venir. À noter un plan final des plus symboliques, où le « big shot » est réduit à une cigarette tombée sur le sol et écrasée par un pied qui clôt son parcours sans délicatesse.