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Archives de Catégorie: LES FILMS D’HUMPHREY BOGART

« PLUS FORT QUE LE DIABLE » (1953)

BEAT2« PLUS FORT QUE LE DIABLE » est un des films les plus libres, les plus improvisés, les plus inconsistants de l’œuvre de John Huston, une sorte de remake/autopastiche du « FAUCON MALTAIS » à la sauce italienne.

Ici, le « McGuffin » n’est pas une statuette de rapace, mais de l’uranium africain convoité par une bande d’aigrefins exilés. Du classique de 1941, on retrouve Humphrey Bogart et Peter Lorre et – sous d’autres traits – une jolie mythomane, un gros homme transpirant. Le scénario, coécrit avec Truman Capote, n’en est pas vraiment un. C’est une succession de saynètes sans queue ni tête, excellemment dialoguées, mais ne menant absolument nulle part. On complote, on braille beaucoup, on s’empoigne, on joue aux cartes, sans grande conséquence. En fait, on ne fait qu’attendre que l’histoire démarre enfin, ce qui n’arrive jamais. Ou alors, peut-être, après le mot « fin »…

C’est aussi plaisant que soporifique. Tout le monde a l’air en vacances au soleil. Si Jennifer Jones trouve son meilleur rôle en Anglaise farfelue et menteuse pathologique, ses partenaires semblent faire de la figuration, à commencer par Bogart qui n’a strictement rien à jouer et se contente de tirer sur sa clope, d’écarquiller les yeux de temps en temps et de ricaner. Robert Morley sur-cabotine en chef des escrocs, Lorre ne fait que passer à l’arrière-plan avec un petit air navré et Gina Lollobrigida se fait encore plus discrète dans un rôle transparent.

ROBERT MORLEY, HUMPHREY BOGART ET JENNIFER JONES

ROBERT MORLEY, HUMPHREY BOGART ET JENNIFER JONES

Drôle de chose que « PLUS FORT QUE LE DIABLE », un non-film comme anesthésié par la chaleur méditerranéenne, une réunion de vieux copains partis s’amuser aux frais de la princesse en se moquant gentiment du genre – le ‘film noir’ – qui a fait leur succès, sans se fatiguer ni même chercher à justifier leur salaire. À voir par curiosité et pour quelques répliques désopilantes.

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« LE VIOLENT » (1950)

HUMPHREY BOGART ET GLORIA GRAHAME

HUMPHREY BOGART ET GLORIA GRAHAME

« LE VIOLENT » est certainement le meilleur film de Nicholas Ray, il contient une des plus puissantes interprétations d’Humphrey Bogart et traite d’une relation amoureuse adulte et réaliste, empreinte de sadomasochisme, de domination et de folie sous pression.VIOLENT3

Le scénario, d’une extraordinaire précision, mêle une enquête policière classique au portrait d’un scénariste hollywoodien amer et sarcastique, très probablement bipolaire (même si le terme n’existait pas à l’époque) et passant par des états extrêmes à la moindre contrariété. Le visage marqué de Bogart change d’une seconde à l’autre, passe de la tendresse bourrue à la brutalité la plus bestiale, la plus incontrôlable, littéralement frémissant de paranoïa. Des scènes comme le tabassage d’un conducteur énervé ou la crise de rage aveugle dans un restaurant, font froid dans le dos et donnent la mesure de l’acteur que pouvait être Bogart quand il investissait un personnage au lieu de jouer sur ses acquits. Impressionnant.

En Gloria Grahame, il trouve peut-être sa partenaire la plus assortie. Même ironie, même singularité physique, même tempo dans le jeu. Comme dans le film, la rencontre des deux comédiens semblait couler de source. Avec quelle finesse laisse-t-elle glisser son amour total pour ‘Dix’ vers la suspicion, puis vers la peur la plus abjecte. Un superbe tandem d’acteurs dans des rôles suffisamment riches pour leur permettre de s’épanouir à 100%, loin des clichés habituels.

Autour d’eux, une belle distribution avec entre autres Hart Smith en agent anxieux et maternel, Robert Warwick en vieux cabotin imbibé de brandy et l’inconnue Martha Stewart en demoiselle des vestiaires bavarde, dans une scène du début, seul moment humoristique du film.

GLORIA GRAHAME, HUMPHREY BOGART ET MARTHA STEWART

GLORIA GRAHAME, HUMPHREY BOGART ET MARTHA STEWART

Œuvre intimiste, lucide, sans concession au sentimentalisme de rigueur, « LE VIOLENT » est un véritable ‘film noir’ où les abysses de l’âme humaine sont plus terribles que le pire des meurtres. Quant à la phrase murmurée par Bogart à la femme de sa vie (« Je suis né quand elle m’a embrassé. Je suis mort quand elle m’a quitté. Je n’ai vécu que quelques semaines. Le temps qu’elle m’a aimé »), elle hante longtemps la mémoire. Chef-d’œuvre.

 

« LE CAÏD » (1942)

HUMPHREY BOGART

HUMPHREY BOGART

« LE CAÏD » est le premier film qu’Humphrey Bogart tourna après « LE FAUCON MALTAIS » qui fit de lui une star à l’âge de 42 ans. Mais il renoue plutôt avec son personnage d’ex-caïd lessivé et abimé par des années de prison, qu’il avait interprété peu de temps auparavant dans « HIGH SIERRA ».CAID3

Sans être du niveau de ces deux classiques, « LE CAÏD » est loin d’être dénué d’intérêt, même s’il est bizarrement construit en trois actes extrêmement différents les uns des autres : le premier est un excellent ‘film noir’ dans la grande tradition, montrant l’impossible réinsertion et la déchéance de Bogart, ancien roi du Milieu en voie de clochardisation. Le second est un film de prison traditionnel détaillant une évasion avec minutie et le troisième vire à la comédie domestique (les séquences incongrues de Bogie et de sa petite amie dans une cabane au milieu des sapins).

La photo de Sid Hickox est magnifique, les séquences d’action sont très bien réalisées, surtout une attaque de fourgon particulièrement brutale et sanglante pour l’époque. Mais c’est la prestation de Bogart qui cimente l’ensemble. En plein dans sa meilleure période – c’est-à-dire le début des années 40 – il compose un personnage usé, amer et aux abois, mais qui n’a rien perdu de son humanité. Sa façon de repousser ce jeune homme admiratif pour qu’il ne suive pas le même chemin que lui, est ce qu’il y a de plus touchant dans le film. Son surnom « Duke » est un transparent hommage au rôle qui le fit connaître dans « LA FORÊT PÉTRIFIÉE » : Duke Mantee. Autour de lui, une distribution un peu fade sans visage très connu. Le jeu légèrement outré d’Irene Manning ne la met pas au niveau des partenaires féminines de légende de Bogart.

IRENE MANNING ET HUMPHREY BOGART

IRENE MANNING ET HUMPHREY BOGART

« LE CAÏD » tient encore très bien la route et c’est un vrai plaisir de revoir Bogart dans la force de l’âge, dans un rôle de transition entre ses gangsters d’antan et ses ‘tough guys’ charismatiques à venir. À noter un plan final des plus symboliques, où le « big shot » est réduit à une cigarette tombée sur le sol et écrasée par un pied qui clôt son parcours sans délicatesse.

 

« LA CUISINE DES ANGES » (1955)

PETER USTINOV, ALDO RAY ET HUMPHREY BOGART

PETER USTINOV, ALDO RAY ET HUMPHREY BOGART

Tourné un peu avant « LA MAISON DES OTAGES », « LA CUISINE DES ANGES » en est le pendant comique. Comme dans le thriller de Wyler, Humphrey Bogart et deux forçats évadés s’immiscent dans l’intimité d’une famille pour les dépouiller. À part qu’ici, le scénario est tiré d’une pièce de boulevard française et qu’au lieu de terroriser les braves gens, les taulards vont les sortir du pétrin.ANGES2

L’action se passe à Cayenne sur l’île du Diable (entièrement tournée en studio, avec quelques jolies ‘matte-paintings’ pour les extérieurs) et Michael Curtiz ne s’est pas trop foulé pour sa mise-en-scène, réduite à une succession de plans plus ou moins larges avec trois ou quatre comédiens dans le cadre, accentuant la théâtralité du film. Cinématographiquement parlant, c’est totalement nul et très poussiéreux. Mais pour peu qu’on soit de bonne humeur et prêt à fermer les yeux sur l’emballage, on se surprend à sourire de temps en temps, à apprécier quelques bonnes répliques et à se réjouir d’une distribution haut-de-gamme qui prend visiblement du bon temps.

Bogart, débarrassé de ses maniérismes habituels, joue de façon joviale et décontractée un faussaire bourru et bonimenteur. Il forme un trio sympathique avec Aldo Ray en brute tatouée et souriante et Peter Ustinov cabotin comme jamais, en perceur de coffres minaudant et grassouillet. La famille est composée de bons comédiens comme Joan Bennett en maman encore sexy, Leo G. Carroll en boutiquier naïf et crédule et Gloria Talbott en ado romantique. Sans oublier l’ineffable Basil Rathbone en infâme cousin fouettard.

Tout ce joli monde circule dans le beau décor, s’interpelle, fait des apartés, accumule les double-takes. Et on finit, sans même s’en rendre compte, par se laisser prendre au jeu et par s’étonner quand arrive le mot « fin », que tout cela soit déjà terminé. Pas si mal, finalement…

Et nous jetterons un voile pudique sur le « remake » pondu par Neil Jordan sous le titre « NOUS NE SOMMES PAS DES ANGES », qui offrait à Sean Penn et Robert De Niro une plateforme aux pires numéros de cabotinage de leur carrière.

JOAN BENNETT, HUMPHREY BOGART ET BASIL RATHBONE

JOAN BENNETT, HUMPHREY BOGART ET BASIL RATHBONE

 

« LA RÉVOLTE » (1937)

HUMPHREY BOGART ET ANN SHERIDAN

HUMPHREY BOGART ET ANN SHERIDAN

« LA RÉVOLTE » s’inscrit dans les films « sociaux » de la Warner des années 30 et milite pour une réforme pénitentiaire visant à séparer les petits délinquants des criminels endurcis.

Pour ce faire, un militaire de carrière (Pat O’Brien) accepte le poste de directeur du bagne de San Quentin. Il se trouve que le frère (Humphrey Bogart) de sa petite amie (Ann Sheridan) y est enfermé depuis peu. Croyant qu’il peut le sauver, O’Brien va prendre des risques qui ne vont pas forcément s’avérer très payants.RÉVOLTE2

Le film est court – à peine 70 minutes, le scénario linéaire, les personnages sont extrêmement simplistes, mais c’est plutôt bien réalisé et monté et la longue séquence de l’évasion est même encore assez spectaculaire aujourd’hui.

Si O’Brien, comédien balourd et peu expressif n’est pas un héros très enthousiasmant dans un rôle bien-pensant et unidimensionnel, on retrouve avec plaisir la pétulante Ann Sheridan en chanteuse de cabaret ironique et Bogart qui, à 38 ans, est un peu âgé pour incarner un voyou qui en a à peine 25 (c’est même précisé dans le dialogue !). Ce détail mis à part, ‘Bogie’ s’acquitte bien de ce rôle de frimeur ombrageux au poing leste et au sourire carnassier. On reconnaît également quelques « tronches » d’époque comme Barton MacLane en maton vicelard, Joe Sawyer excellent en taulard pousse-au-crime et Marc Lawrence, et parmi les figurants dans la cour du pénitencier, le champion d’athlétisme Jim Thorpe (que Burt Lancaster incarnera quelques années plus tard à l’écran) et le ‘bad guy’ de western Robert J. Wilke.

Un bon petit film efficace qui a évidemment beaucoup vieilli, mais parvient à maintenir l’intérêt grâce à sa facture impeccable.

ANN SHERIDAN, PAT O’BRIEN, HUMPHREY BOGART ET JOE SAWYER

ANN SHERIDAN, PAT O’BRIEN, HUMPHREY BOGART ET JOE SAWYER