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Archives de Catégorie: LES FILMS D’INGMAR BERGMAN

« TOUTES SES FEMMES » (1964)

toutesPartant du principe que même les plus grands artistes ont le droit de se vautrer de temps en temps, que nul n’est parfait et qu’un réalisateur aussi grand soit-il, ne peut pas être performant dans tous les domaines, force est de reconnaître qu’Ingmar Bergman n’est pas au top de sa forme dans « TOUTES SES FEMMES », une curieuse farce théâtrale coécrite avec Erland Josephson, un de ses acteurs-fétiche. Le maestro suédois a, paraît-il, voulu rendre hommage au maestro italien Fellini qu’il admirait, avec ce scénario bouffon et surjoué, où un critique fat et imbu de lui-même (Jarl Kulle, extrêmement pénible) s’introduit dans la demeure d’un grand violoncelliste pour écrire sa bio. Il rencontre ses sept femmes qui vont le renseigner sur les mœurs du génie. Que dire ? Présenté en tableaux délicieusement photographiés par Sven Nykvist, « TOUTES SES FEMMES » déroule son histoire tout de même très maigre, sur un ton de comédie désuète dont la raison d’être nous échappe complètement. Tout le monde minaude, pousse des cris, on court dans des décors volontairement artificiels, on fait des apartés caméra. On ne voit jamais le visage du maître des lieux et la fin laisse entendre que ce clan féminin consomme régulièrement des « génies », qu’elles épuisent avant de les remplacer. Bon…

C’est un film irritant, fatigant tant ses 80 minutes semblent en durer 120 et surtout, jamais drôle ni léger. On ne sait pas bien ce qui a pu donner l’idée à Bergman d’aller se perdre dans un univers qui n’est clairement pas le sien, mais on lui sait gré de n’avoir pas insisté dans cette voie-là. L’admirateur de l’homme de Fårö va s’empresser d’oublier et d’enterrer cet échec incompréhensible. Même la beauté de Bibi Andersson, Eva Dahlbeck et Harriett Andersson ne parvient pas à maintenir éveillé. C’est dire.

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JARL KULLE, EVA DAHLBECK ET HARRIETT ANDERSSON

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HAPPY BIRTHDAY, GUNNAR !

BJORNSTRAND

GUNNAR BJÖRNSTRAND (1909-1986), ACTEUR SUÉDOIS À L’IMMENSE VERSATILITÉ. 140 FILMS, DONT VINGT AVEC INGMAR BERGMAN.

 

INGMAR x 39 !

Pour le visiteur de « BDW2 » amoureux de l’œuvre d’Ingmar Bergman (oui, ça paraît bizarre, mais ce n’est pas forcément antinomique !), les prestigieuses éditions américaines Criterion pour célébrer le centenaire du réalisateur, mort à l’âge de 89 ans, annoncent pour fin novembre, la sortie d’un imposant coffret Blu-ray comprenant pas moins de 39 films.

Des classiques archi-connus, des œuvres plus rares, des versions cinéma et télévision pour certains, pléthore de suppléments d’époque, plus un gros livre. Le tout pour environ 200 $. Bien sûr, cela sous-entend qu’il faut être prêt à casser sa tirelire et à visionner des heures de (grand) cinéma en suédois sous-titré anglais. Ou alors espérer un jour, un équivalent en France.BERGMAN

Notons – encore et toujours – l’absence inexpliquée de « FACE À FACE » (1976), avec Liv Ullmann et Erland Josephson, film totalement introuvable en vidéo, hormis une ou deux éditions anciennes et de qualité déplorable. Pourquoi cette absence ? Gageons que Criterion doit être sur le coup !

 

« LE LIEN » (1971)

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BIBI ANDERSSON ET ELLIOTT GOULD

« LE LIEN » est un film relativement peu connu d’Ingmar Bergman, le premier qu’il tourna en grande partie en langue anglaise. Le scénario évoque lointainement celui de « LA FEMME INFIDÈLE » de Chabrol – sorti deux ans plus tôt – et décrit étape par étape un adultère terriblement banal, du commencement jusqu’à la fin… ouverte.TOUCH2

Bibi Andersson, mère de famille sans histoire, épouse d’un médecin (Max Von Sydow), tombe amoureuse d’un archéologue américain un peu fantasque (Elliott Gould) séjournant en Suède. Rien d’extraordinaire, une observation acérée du quotidien, des comportements humains face à une passion maladroitement exprimée, parfois difficile à comprendre. L’homme est compliqué, caractériel, héritier d’une histoire familiale tourmentée (la Shoah) et la situation va progressivement s’envenimer, quitter la zone de confort de la jeune femme pour l’entraîner vers des territoires inconnus. Comme toujours chez Bergman, tout réside dans le détail, les gros-plans éclairés par Sven Nykvist décortiquent la moindre amorce d’émotion sur les visages des comédiens. Sensuelle, juvénile, parfois impalpable, Bibi Andersson porte le film sur les épaules avec une intensité de chaque instant. La scène d’ouverture, près du lit de mort de sa mère à l’hôpital, est d’une simplicité, d’une frontalité qui en décuplent l’effet. Von Sydow tient parfaitement le rôle peu gratifiant du cocu complaisant. Gould, alors en plein dans sa période de gloire aux U.S.A., est très inattendu dans ce rôle d’individu troublé, imprévisible, égoïste. Le trio fonctionne vraiment très bien sans qu’aucun protagoniste ne tire la couverture à lui.

Hormis quelques choix musicaux franchement bizarres, une ou deux redondances, « LE LIEN » prend une place singulière mais logique dans l’œuvre d’Ingmar Bergman.

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MAX VON SYDOW, ELLIOTT GOULD ET BIBI ANDERSSON

 

HAPPY BIRTHDAY, INGMAR !

BERGMAN

INGMAR BERGMAN (1918-2007), AUTEUR ET RÉALISATEUR À L’OEUVRE ORIGINALE, HOMOGÈNE ET EXIGEANTE, AU CINÉMA ET AU THÉÂTRE.

 

« MONIKA » (1953)

MONIKA« MONIKA », sous ses dehors de fable bucolique et sensuelle sur le premier amour de deux adolescents et leur découverte de la liberté, est – à n’en pas douter une seconde – bel et bien une œuvre d’Ingmar Bergman.

Un jeune manutentionnaire rêveur (Lars Ekborg) tombe amoureux d’une toute jeune fille fantasque (Harriet Andersson). Malheureux chez eux, ils s’enfuient en bateau sur une presqu’île et passent un été magique, seuls au soleil, à faire l’amour, à se découvrir l’un l’autre, à échafauder des projets. Mais ce séjour au jardin d’Éden s’obscurcit à mesure que l’automne approche : la violence d’abord, avec l’intrusion de l’ex de ‘Monika’, qui s’achève en bagarre sanglante, puis la « vraie vie » qui fait irruption quand elle apprend qu’elle est enceinte. Ils décident alors de retourner en ville et de se marier. À partir de là, la belle et pure histoire d’amour part en lambeaux, rattrapée par la médiocrité du quotidien, l’amour qui s’effiloche, la paresse et les trahisons de Monika.

La dégringolade est minutieusement décrite par un Bergman à l’œil affuté, cruel et peut-être légèrement misogyne. La charmante et potelée Monika, qu’on ne voit plus avec les yeux de l’amour, apparaît soudain moins sexy, moins intelligente, plus vulgaire et ingrate. Et quand le pauvre mari cocu se retrouvera seul avec son bébé dans les bras, il repensera à ce si bel été au paradis avec nostalgie. Mais le reflet que lui renvoie le miroir dans la rue, n’est plus celui d’un gamin amoureux, mais d’un homme presque déjà vieux.

« MONIKA » est un beau film dont les thèmes font progressivement surface, dont les personnages se révèlent peu à peu tels qu’ils sont. Harriet Andersson est extraordinaire de joie-de-vivre, mais aussi de stupidité crasse. Elle maintient constamment l’équilibre pour ne pas rendre Monika haïssable. Lars Ekborg (qui évoque parfois Leonardo DiCaprio) est d’une sobriété et d’une profondeur jamais prises en défaut. Encore un film sur le couple, en fin de compte, sur les illusions perdues, sur la fin de la jeunesse, d’un pessimisme qui laisse des traces.

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LARS EKBORG ET HARRIET ANDERSSON

 

« SOURIRES D’UNE NUIT D’ÉTÉ » (1955)

sourires2« SOURIRES D’UNE NUIT D’ÉTÉ » représente ce qui pourrait se rapprocher le plus d’une comédie au sein de l’œuvre d’Ingmar Bergman. Situé à la fin du 19ème siècle, c’est un marivaudage bourgeois enjoué et sensuel où les drames amoureux sont traités avec une tendre dérision et où les personnages sont plus souvent ridicules qu’émouvants ou tragiques.

Dans ce scénario très théâtral dans sa forme – une succession de tableaux – les couples se font, se défont, les amoureux changent de partenaires, la tragédie se transforme en farce et même la violence, comme cette séance de roulette russe, est désamorcée par des accessoires inoffensifs.

Filmé avec rigueur, dans un magnifique noir & blanc de Gunnar Fisher, le film a bien la forme et l’esthétique d’un Bergman, mais sa légèreté et son autodérision sont très désarmants. Le caméléon Gunnar Björnstrand est comme toujours excellent en avocat vieillissant marié à une gamine (Ulla Jacobsson) qu’il n’ose déflorer. Harriet Andersson déborde littéralement d’énergie et d’érotisme dans un rôle de soubrette délurée. Mais c’est la radieuse Eva Dahlbeck qui crève l’écran en actrice rusée et tireuse de ficelles, sorte de Mme de Merteuil bienveillante. Le spectateur à l’œil exercé, pourra reconnaître dans un plan large, lors de la représentation au théâtre, une toute jeune Bibi Andersson en comédienne.

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EVA DAHLBECK ET HARRIET ANDERSSON

Sans compter parmi les chefs-d’œuvre du maître suédois, « SOURIRES D’UNE NUIT D’ÉTÉ » séduit de plus en plus à mesure qu’il progresse, on s’attache aux protagonistes et on ressent la lourde sensualité qui enrobe tout le film et définit leurs relations aussi bien, si ce n’est mieux, que de froides analyses psychologiques. Un film à part, minutieusement confectionné, aussi attractif que son casting sans la moindre faille.