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Archives de Catégorie: LES FILMS D’INGMAR BERGMAN

« SARABAND » (2003)

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ERLAND JOSEPHSON ET LIV ULLMANN

Trente ans après la fin de « SCÈNES DE LA VIE CONJUGALE », Marianne (Liv Ullmann) décide de rendre visite à Johan (Erland Josephson) qu’elle avait perdu de vue. Curieusement, s’il est à présent octogénaire, elle n’a que 63 ans, alors qu’ils n’avaient que quelques années d’écart dans le premier film.SARABAND.jpg

Aucune importance ! Chez Ingmar Bergman, dont « SARABAND » est le dernier film, tourné pour la télévision, seule comptent les sentiments et leurs ravages sur l’âme humaine. D’ailleurs, Marianne et Johan ne sont pas réellement au centre du scénario. C’est Börje Ahlstedt, le fils de Johan, déjà presque un vieillard lui-même, et sa fille violoncelliste Julia Dufvenius, qui focalisent l’intérêt. Lui, récemment veuf, geignard, à la fois émouvant et vaguement répugnant, elle qui sert de substitut – jusqu’à l’ambiguïté – à sa défunte mère. Car en réalité, c’est cette dernière, cette « Anna » qu’on ne voit qu’en photo, qui est le véritable personnage central de « SARABAND ».

Comme d’habitude, Bergman installe son décor théâtral, y jette son quatuor d’acteurs comme des fauves dans une arène et les laisse s’entredéchirer. Certaines séquences, comme le face à face entre Ullmann et le fils de son ex-mari, rongé par la haine, dans une église, sont d’une violence terrible. Tout comme la dernière scène entre la jeune fille et son père, absolument déchirante. Si Ullmann est restée elle-même, moins névrosée peut-être, plus douce, Josephson est devenu un vieil homme amer et incapable d’empathie. Leur dernière scène, où ils s’endorment nus, côte à côte, est à fendre le cœur.

À 85 ans, Ingmar Bergman achève sa longue carrière par une œuvre-bilan, qui est un adieu à ses thèmes de prédilection et à ses fidèles acteurs, toujours aussi magnifiques. Bouleversant.

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JULIA DUFVENIUS, BÖRJE AHLSTEDT ET LIV ULLMANN

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« SCÈNES DE LA VIE CONJUGALE » (1974)

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ERLAND JOSEPHSON ET LIV ULLMANN

« SCÈNES DE LA VIE CONJUGALE » est un des grands accomplissements de la carrière d’Ingmar Bergman, un film-somme couvrant le seconde décennie d’un mariage et sa fin inéluctable. Un mariage apparemment « parfait » entre Erland Josephson et Liv Ullmann, deux êtres qui ne savent pas s’aimer, se détruisent à petit feu et, une fois séparés, ne peuvent vivre l’un sans l’autre.SCENES.jpg

Avec ses 169 minutes, c’est une épopée intimiste, rythmée en tableaux, d’une acuité parfois douloureuse. Bergman sait retourner le couteau dans les plaies, va au fond des choses sans aucune complaisance, mais en éclairant des zones d’ombre généralement bien enfouies. Le face à face sporadique entre ces deux personnages tourmentés, abimés par leur passé familial, par leur profonde méconnaissance d’eux-mêmes, donne lieu à des scènes quasiment théâtrales qui vont crescendo, passant de la tendresse à la haine pure et parfois jusqu’à la violence physique. Nulle respiration dans tout cela, puisque même les rôles secondaires sont tout aussi dépressifs et névrosés : la cliente que reçoit l’avocate Ullmann pour organiser son divorce a un monologue terrible sur l’absence d’amour. Quant au dîner avec des amis (Bibi Andersson et Jan Malmsjö), il offre le spectacle écœurant d’un couple en plein naufrage sordide. C’est âpre, violent, sans fard, et il faut s’accrocher pour ne pas être atteint tant les thèmes explorés sont universels. À noter la brève apparition d’une actrice-fétiche de l’auteur, la toujours belle Gunnel Lindblom en collègue de Josephson.

Un chef-d’œuvre donc, mais un spectacle guère plaisant et d’un pessimisme inouï, qui existe également en minisérie TV de six épisodes totalisant 283 minutes de projection ! Là, vu la densité émotionnelle des images, il doit tout de même falloir être en pleine forme et prendre son élan…

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BIBI ANDERSSON ET LIV ULLMANN

 

« FACE À FACE » (1976)

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LIV ULLMANN

Avec « FACE À FACE », Ingmar Bergman se dépouille de toute velléité esthétique, de toute recherche symbolique, de toute complexité scénaristique, pour se concentrer uniquement sur son thème : la dépression nerveuse. Il prend son sujet à bras-le-corps, après un début trompeusement tranquille, où on sent toutefois couver le malaise.FAF2.jpg

Liv Ullmann est une psychiatre, qui revient habiter chez ses grands-parents qui l’ont élevée, le temps d’un job à la direction d’un hôpital. Mais ce retour en arrière, ajouté à un viol sordide, l’amènent à une tentative de suicide, puis à une désintégration violente de son état mental. Comme souvent chez l’auteur, on ne se rend pas vraiment compte à quel moment le film prend littéralement possession du spectateur et le transforme en voyeur involontaire mais incapable de détourner le regard. « FACE À FACE » est un film âpre, ingrat, honnête, qui va au fond des choses. La dernière partie cathartique, est un monologue de Liv Ullmann face-caméra qui raconte son enfance, ses traumatismes, son mal-être. L’actrice défaite, méconnaissable par moments, modifie sa voix, ses traits, sa gestuelle, passe de la petite fille martyrisée à la vieille femme inflexible. C’est une des plus hallucinantes performances d’actrice enregistrées sur pellicule, qui la hisse au niveau d’une Falconetti dans « LA PASSION DE JEANNE D’ARC » qui seule peut-être, avait atteint un tel degré d’intensité. À ses côtés, Erland Josephson en ami fidèle, tout aussi « « émotionnellement infirme » qu’elle, prêt à tout entendre et Gunnar Björnstrand, vétéran du cinéma bergmanien, en grand-père au seuil de la mort.

« FACE À FACE » n’est pas une œuvre facile, à aucun point-de-vue. On peut le rejeter en bloc tant il met mal à l’aise et oblige à regarder frontalement la condition humaine dans ce qu’elle a de plus désespérant. Mais ne serait-ce que pour constater jusqu’où peut aller une grande actrice quand elle défend un beau texte et qu’elle est dirigée, il faut absolument l’avoir vu.

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LIV ULLMANN ET ERLAND JOSEPHSON

À noter : le film fut décliné à la TV suédoise en quatre parties pour une durée de 176 minutes, autrement dit avec une heure environ de matériel en plus.

 

« TOUTES SES FEMMES » (1964)

toutesPartant du principe que même les plus grands artistes ont le droit de se vautrer de temps en temps, que nul n’est parfait et qu’un réalisateur aussi grand soit-il, ne peut pas être performant dans tous les domaines, force est de reconnaître qu’Ingmar Bergman n’est pas au top de sa forme dans « TOUTES SES FEMMES », une curieuse farce théâtrale coécrite avec Erland Josephson, un de ses acteurs-fétiche. Le maestro suédois a, paraît-il, voulu rendre hommage au maestro italien Fellini qu’il admirait, avec ce scénario bouffon et surjoué, où un critique fat et imbu de lui-même (Jarl Kulle, extrêmement pénible) s’introduit dans la demeure d’un grand violoncelliste pour écrire sa bio. Il rencontre ses sept femmes qui vont le renseigner sur les mœurs du génie. Que dire ? Présenté en tableaux délicieusement photographiés par Sven Nykvist, « TOUTES SES FEMMES » déroule son histoire tout de même très maigre, sur un ton de comédie désuète dont la raison d’être nous échappe complètement. Tout le monde minaude, pousse des cris, on court dans des décors volontairement artificiels, on fait des apartés caméra. On ne voit jamais le visage du maître des lieux et la fin laisse entendre que ce clan féminin consomme régulièrement des « génies », qu’elles épuisent avant de les remplacer. Bon…

C’est un film irritant, fatigant tant ses 80 minutes semblent en durer 120 et surtout, jamais drôle ni léger. On ne sait pas bien ce qui a pu donner l’idée à Bergman d’aller se perdre dans un univers qui n’est clairement pas le sien, mais on lui sait gré de n’avoir pas insisté dans cette voie-là. L’admirateur de l’homme de Fårö va s’empresser d’oublier et d’enterrer cet échec incompréhensible. Même la beauté de Bibi Andersson, Eva Dahlbeck et Harriett Andersson ne parvient pas à maintenir éveillé. C’est dire.

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JARL KULLE, EVA DAHLBECK ET HARRIETT ANDERSSON

 

HAPPY BIRTHDAY, GUNNAR !

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GUNNAR BJÖRNSTRAND (1909-1986), ACTEUR SUÉDOIS À L’IMMENSE VERSATILITÉ. 140 FILMS, DONT VINGT AVEC INGMAR BERGMAN.

 

INGMAR x 39 !

Pour le visiteur de « BDW2 » amoureux de l’œuvre d’Ingmar Bergman (oui, ça paraît bizarre, mais ce n’est pas forcément antinomique !), les prestigieuses éditions américaines Criterion pour célébrer le centenaire du réalisateur, mort à l’âge de 89 ans, annoncent pour fin novembre, la sortie d’un imposant coffret Blu-ray comprenant pas moins de 39 films.

Des classiques archi-connus, des œuvres plus rares, des versions cinéma et télévision pour certains, pléthore de suppléments d’époque, plus un gros livre. Le tout pour environ 200 $. Bien sûr, cela sous-entend qu’il faut être prêt à casser sa tirelire et à visionner des heures de (grand) cinéma en suédois sous-titré anglais. Ou alors espérer un jour, un équivalent en France.BERGMAN

Notons – encore et toujours – l’absence inexpliquée de « FACE À FACE » (1976), avec Liv Ullmann et Erland Josephson, film totalement introuvable en vidéo, hormis une ou deux éditions anciennes et de qualité déplorable. Pourquoi cette absence ? Gageons que Criterion doit être sur le coup !

 

« LE LIEN » (1971)

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BIBI ANDERSSON ET ELLIOTT GOULD

« LE LIEN » est un film relativement peu connu d’Ingmar Bergman, le premier qu’il tourna en grande partie en langue anglaise. Le scénario évoque lointainement celui de « LA FEMME INFIDÈLE » de Chabrol – sorti deux ans plus tôt – et décrit étape par étape un adultère terriblement banal, du commencement jusqu’à la fin… ouverte.TOUCH2

Bibi Andersson, mère de famille sans histoire, épouse d’un médecin (Max Von Sydow), tombe amoureuse d’un archéologue américain un peu fantasque (Elliott Gould) séjournant en Suède. Rien d’extraordinaire, une observation acérée du quotidien, des comportements humains face à une passion maladroitement exprimée, parfois difficile à comprendre. L’homme est compliqué, caractériel, héritier d’une histoire familiale tourmentée (la Shoah) et la situation va progressivement s’envenimer, quitter la zone de confort de la jeune femme pour l’entraîner vers des territoires inconnus. Comme toujours chez Bergman, tout réside dans le détail, les gros-plans éclairés par Sven Nykvist décortiquent la moindre amorce d’émotion sur les visages des comédiens. Sensuelle, juvénile, parfois impalpable, Bibi Andersson porte le film sur les épaules avec une intensité de chaque instant. La scène d’ouverture, près du lit de mort de sa mère à l’hôpital, est d’une simplicité, d’une frontalité qui en décuplent l’effet. Von Sydow tient parfaitement le rôle peu gratifiant du cocu complaisant. Gould, alors en plein dans sa période de gloire aux U.S.A., est très inattendu dans ce rôle d’individu troublé, imprévisible, égoïste. Le trio fonctionne vraiment très bien sans qu’aucun protagoniste ne tire la couverture à lui.

Hormis quelques choix musicaux franchement bizarres, une ou deux redondances, « LE LIEN » prend une place singulière mais logique dans l’œuvre d’Ingmar Bergman.

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MAX VON SYDOW, ELLIOTT GOULD ET BIBI ANDERSSON