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Archives de Catégorie: LES FILMS D’OSCAR ISAAC

« MENSONGES D’ÉTAT » (2008)

BODY.jpg« MENSONGES D’ÉTAT » apparaît toujours comme le dernier vraiment bon film en date de Ridley Scott. C’est un thriller d’espionnage situé en Jordanie et décrivant avec une minutie parfois effrayante, parfois écœurante, les agissements de la CIA pour capturer un leader terroriste jusque-là indélogeable.

Parfaitement intégré sur place, l’agent Leonardo Di Caprio s’allie avec Mark Strong, chef des services secrets jordaniens et doit compter avec son propre boss, Russell Crowe, un tireur de ficelles cynique et planche-pourrie qui le manœuvre depuis les U.S.A. Sur ces bases solides, Scott sort l’artillerie lourde pour signer un film frénétique, fiévreux, profondément ancré dans son époque. Dans « MENSONGES D’ÉTAT », la fin justifie sans arrêt les moyens, la parole donnée ne signifie plus rien et les quelques vestiges d’honneur motivant encore le jeune espion finiront par voler en éclats. Sur deux heures de projection, le rythme ne faiblit jamais, le suspense est maintenu par l’instabilité permanente des protagonistes. Tout le monde manipule tout le monde, des vies sont sacrifiées, les pièges sont d’une sophistication hallucinante et coûtent cher en vies humaines.

Caprio est très bien, malgré un visage encore trop poupin qui le rend par moments à peine crédible. Mais il est exceptionnel dans sa séquence de torture. Crowe se délecte d’un rôle ambigu et antipathique, mais ils se font voler la vedette par Strong, un acteur pourtant souvent transparent, méconnaissable sous sa perruque. Celui-ci tient un rôle fascinant de maître-barbouze impassible et glacial, aux méthodes d’un autre âge. À noter la trop brève apparition d’Oscar Isaac dans la première partie.

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MARK STRONG ET LEONARDO DI CAPRIO

Le film d’espionnage – à l’image de notre monde – a bien changé depuis Hitchcock et 007. Il fait l’état des lieux d’une terre en proie au chaos dont l’équilibre ne tient qu’à un fil. Un fil très mince.

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« ANNIHILATION » (2018)

Écrit et réalisé par Alex Garland, auteur de talent dont on avait apprécié « EX MACHINA » son premier long-métrage, « ANNIHILATION » est un pur film de science-fiction, au scénario (tiré d’un roman) ambitieux et construit de façon originale et surprenante.ANNIHILATION

Car on a, en gros, trois films en un : le premier tiers est froid, désincarné, place les enjeux (une entité mystérieuse logée dans un phare, qui se propage et menace la planète tout entière), le second est un ‘survival’ où cinq femmes armées de fusils d’assaut traversent une jungle mutante, à la recherche de l’origine du Mal et enfin le dernier est une confrontation poétique et métaphysique aux accents de ballet chorégraphique. C’est dire qu’on n’est pas en terrain connu et qu’on peut se laisser embarquer dans ce film dont la structure constamment en mouvement épouse la thématique et ouvre l’esprit.

Bien sûr, on pourra reprocher un léger abus des CGI avec ce qu’ils ont d’artificiel et d’irritant, mais l’imaginaire de l’auteur compense cette frustration. C’est truffé d’idées démentes : les plantes poussant avec des formes humanoïdes, le sanglier mutant qui a « absorbé » la terreur de sa dernière victime humaine, jusqu’à hurler avec sa voix (à faire dresser les cheveux sur la tête !), pas toutes réussies mais en tout cas insolites et parfois dérangeantes (quelques plans « gore » bien répugnants). C’est un peu lent de façon générale, mais « ANNIHILATION » parvient à faire oublier ses défauts et ses coquetteries par une authentique inspiration et par de splendides trouvailles visuelles, comme ce doppelgänger de l’héroïne à la fin, absolument fascinant.

Dans un casting homogène, tout au service du scénario, on est content de retrouver Natalie Portman en scientifique déterminée et peu souriante, Oscar Isaac en soldat au comportement ambigu et Jennifer Jason-Leigh égale à elle-même en psychologue peu aimable. Plus singulier au fond par sa forme que par son fond, « ANNIHILATION » est étonnamment crédible et cohérent. Car Garland a compris qu’un alien ne fait jamais aussi peur que lorsqu’il n’a pas de forme définitive et qu’il a le pouvoir de nous changer au lieu de nous détruire. En tout cas, un film qui reste en mémoire de façon entêtante et confirme le bien qu’on pensait de son géniteur.

 

« ROBIN DES BOIS » (2010)

ROBIN2Les films de Ridley Scott gagnent souvent à être revus et la plupart du temps en ‘director’s cut’. C’est le cas de « ROBIN DES BOIS » qui s’avère plutôt agréable dans sa version de 156 minutes, même si son principal handicap semble être le scénario de Brian Helgeland.

C’est en fait une sorte de ‘prequel’ à la légende du héros immortalisé par Errol Flynn. Le cheminement d’un simple soldat des croisades usurpant l’identité d’un noble tué dans une embuscade, pour rentrer en Angleterre. Cela évoque un peu l’histoire de Martin Guerre et la première moitié est assez captivante. Mais à force de rajouter des sous-intrigues, des personnages secondaires et des flash-backs excessivement confus, on finit par perdre le fil et par se désintéresser de l’affaire. Tout ce qui concerne le passé de Robin alourdit l’ensemble et aurait pu être coupé sans grand dommage.

Heureusement, Sir Scott manie ses caméras en maestro et son film est magnifique à regarder, ses batailles sont épiques et sa distribution est absolument somptueuse : Russell Crowe est un vrai/faux Robin convaincant, même s’il semble parfois légèrement léthargique. Cate Blanchett est une Marianne endurante et combative, Max Von Sydow est égal à lui-même en vieux chevalier aveugle, Oscar Isaac (en roi Jean) et Mark Strong sont de détestables félons dignes des classiques de cape et d’épée d’antan. On ne s’attardera pas trop sur Léa Seydoux et son éternelle expression maussade.

Ambitieuse, très longue, un tantinet boursouflée, cette énième mouture de « ROBIN DES BOIS » n’est pas un ratage, elle contient même d’intéressantes réflexion sur le mythe de ce leader révolutionnaire qui ne dit pas son nom. Mais le mieux étant souvent l’ennemi du bien, on aurait aimé plus de simplicité et de retenue.

ROBIN

CATE BLANCHETT, RUSSELL CROWE, MAX VON SYDOW ET OSCAR ISAAC.

 

« X-MEN : APOCALYPSE » (2016)

Si les précédents films de la franchise, comprenant le ‘spin-off’ centré sur Wolverine commençaient à devenir lassants et confus et semblaient évoluer en circuit fermé, « X-MEN : APOCALYPSE » est une excellente surprise, d’autant plus qu’on n’en espérait pas tant.XMEN

Bryan Singer reprend les commandes et signe peut-être le film le plus lisible, le mieux scénarisé de la série. D’abord, le méchant est vraiment fascinant : incarné par un Oscar Isaac méconnaissable mais puissant, c’est un mutant venu de l’Égypte ancienne, portant le joyeux nom d’Apocalypse qu’il est fermement déterminé à honorer.

Tous les personnages sont bien développés : de Michael Fassbender en ‘Magnéto’ toujours tiraillé entre bien et mal, Jennifer Lawrence en ‘Mystique’ qui ne parvient pas à faire oublier Rebecca Rominj-Stamos, Rose Byrne en agent (humaine !) de la CIA, jusqu’à Hugh Jackman, qui apparaît dans un caméo des plus sanglants et sauvages.

Pour une fois dans un film de super-héros, le final – s’il peut se résumer à une baston géante – n’en demeure pas moins accrocheur et les enjeux demeurent présents, nullement engloutis par l’habituelle orgie de CGI. Le film reste intéressant jusqu’au bout et c’est vraiment très rare et précieux.

Bien écrit, soigneusement photographié, interprété avec un admirable sérieux, malgré le délire de l’environnement, « X-MEN : APOCALYPSE » vaut donc largement le détour et il s’avère même capable de réconcilier avec les productions Marvel dont on pensait avoir fait le tour. Des séquences comme la destruction d’Auschwitz ou le sauvetage à super-vitesse des occupants du château par Evan Peters, sont assez stupéfiantes.

 

« MOJAVE » (2015)

Que William Monahan ait à son palmarès les excellents scénarios de « KINGDOM OF HEAVEN » et « LES INFILTRÉS » ne doit pas leurrer le gogo trop confiant : « MOJAVE » qu’il a réalisé lui-même est une véritable catastrophe !MOJAVE

Ça se passe à Hollywood, où un réalisateur tourmenté (Garrett Hedlund) rencontre dans le désert un vagabond serial killer (Oscar Isaac habillé comme Django dans un western italien) qui va le harceler jusqu’au face-à-face final. On sent bien que cela se voudrait autobiographique, métaphysique (si, si…) et existentiel, on perçoit de lointains échos de « HITCHER », mais c’est d’une telle inertie, d’une prétention si extravagante, qu’on s’assoupit dès les premières minutes. Le dialogue ampoulé, beaucoup trop littéraire est assommant et la première rencontre entre les deux protagonistes autour d’un feu de camp westernien paraît durer des heures.

Au bout d’un court moment, on aurait juste envie de se voir une petite série B ‘gore’ et perverse avec des personnages taillés dans la masse, des affrontements bien sanglants et un final apocalyptique. À la place, on n’a qu’un petit film maladroit et ennuyeux à mourir. Si le tête-à-claques Hedlund ne fait strictement rien de son rôle de bellâtre suicidaire, si Louise Bourgoin n’a clairement rien à faire là en actrice (française, pourquoi ?) jouant Shakespeare devant un rideau turquoise (sic !), si Mark Wahlberg apparaît fugitivement en producer partouzeur et Walton Goggins joue… on ne sait pas trop quoi, la vraie déception vient d’Oscar Isaac, acteur jusqu’ici irréprochable, qui ne donne aucune dimension machiavélique à son rôle de tueur cradingue et verbeux. Il n’est pas aidé par le dialogue certes, mais quand même !

Échec sur toute la ligne donc, que ce « MOJAVE » qui possèdait a priori tous les atouts d’un « cult-movie » mais n’est finalement qu’un pseudo thriller catatonique dépourvu de la plus petite étincelle de vie.

 

« JASON BOURNE : L’HÉRITAGE » (2012)

legacyScénariste des trois premiers films de la franchise « Jason Bourne », Tony Gilroy se retrouve donc aux manettes d’un 4ème un peu spécial, puisque privé de son héros ! Un peu comme si le prochain James Bond avait pour protagoniste l’agent 006. Ça n’empêche nullement le film de s’intituler « JASON BOURNE : L’HÉRITAGE » par ailleurs…

Tourné cinq ans après le précédent opus, celui-ci n’est pourtant pas une sequel, mais une « paralellquel ». C’est-à-dire qu’il se déroule PENDANT les événements de 2007. Bourne étant en cavale, la CIA décide par sécurité d’éliminer tous les témoins des plans ‘Treadstone’ et autres, autrement dit les chercheurs, les super-espions, etc. Le scénario est en fait très simple mais narré de façon excessivement embrouillée.

On suit donc un de ces soldats condamnés dans sa fuite, accompagné d’une jolie savante également traquée. Avec un point de départ aussi tiré par les cheveux et franchement sans aucune raison d’être, on s’étonne de la relative réussite du projet. Le film est aussi prenant que ses prédécesseurs, aussi riche en action et en suspense, on retrouve les mêmes passages obligés (combats à mains nues, cavale sur les toits de Manille, poursuite en moto, etc.), et au bout du compte si tout cela laisse fondamentalement indifférent, on ne s’ennuie guère.

Jeremy Renner a la lourde tâche de remplacer Matt Damon. Acteur sympathique mais singulièrement transparent et peu expressif, il s’en sort à peu près, mais ne suscite pas beaucoup d’empathie. Pourtant le thème de son intelligence « boostée » par des produits chimiques et menaçant de régresser est passionnant et aurait pu être plus exploité. Rachel Weisz est ravissante dans un rôle sans intérêt et un peu agaçant (ces hurlements !). Edward Norton, ectoplasmique, succède à Chris Cooper, Joan Allen et David Strathairn pour jouer les têtes-à-claques de la CIA. Ces deux derniers font une brève apparition dans « JASON BOURNE : L’HÉRITAGE », au même titre qu’Albert Finney et Scott Glenn. Le toujours excellent Oscar Isaac aurait mérité un rôle plus développé.

Ce 4ème film est donc une transition en attendant le comeback de Matt Damon qui se fera quatre ans plus tard. Un bon passe-temps donc, mais pas davantage.

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RACHEL WEISZ, JEREMY RENNER ET OSCAR ISAAC

 

« IN SECRET » (2013)

SECRETInspiré d’une pièce de théâtre elle-même adaptée du roman « THÉRÈSE RAQUIN » d’Émile Zola, « IN SECRET » est une heureuse surprise parvenant à renouveler des thèmes déjà maintes fois explorés par le cinéma ou la TV.

La mise-en-scène est intéressante, filmant en Scope des intérieurs confinés et s’appuyant sur une photo léchée et évocatrice et une BO enveloppante de Gabriel Yared. Le scénario accentue l’avant et l’après : la première partie est sensuelle, pleine de vie et d’érotisme malgré un environnement sclérosant, la seconde est morbide et vire au cauchemar. L’amour fou entre une jeune femme sexuellement frustrée mariée à un malade souffreteux et un jeune bohème sans scrupule dans la France du 19ème siècle, se transforme progressivement en une haine féroce nourrie par le remords et la culpabilité.

Le film doit beaucoup à son trio de vedettes : succédant à Simone Signoret, Kate Nelligan ou… Raquel Welch (dans « SIN » adaptation grecque de George Cosmatos), l’étrange Elizabeth Olsen crée un personnage crédible et complexe. Face à elle, Oscar Isaac donne une belle texture au rôle de l’amant-voyou aux intentions troubles. Jessica Lange est magnifique d’intensité en Mme Raquin étouffante. Il faut voir avec quel métier elle continue d’occuper l’espace alors qu’elle est paralysée et muette, clouée sur un fauteuil roulant.

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OSCAR ISAAC, ELIZABETH OLSEN ET JESSICA LANGE

À noter d’ailleurs, que « LE FACTEUR SONNE TOUJOURS DEUX FOIS », le roman noir de James M. Cain s’est clairement inspiré du chef-d’œuvre de Zola et que Jessica Lange a joué dans une des adaptations au cinéma dans les années 80, créant une vraie filiation inconsciente avec ce « IN SECRET ».

C’est un film d’acteurs avant tout, mais qui jette une lumière particulièrement glauque et jusqu’auboutiste sur une histoire vue et revue.