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Archives de Catégorie: LES FILMS D’YVES MONTAND

« LE CERCLE ROUGE » (1970)

ROUGEDepuis une voire deux décennies, Jean-Pierre Melville est devenu intouchable et son œuvre dans son entier, est considérée comme objet de culte. Parmi les films plus révérés, que ce soit en France ou à l’étranger : « LE CERCLE ROUGE », une histoire de braquage de bijouterie placée sous le signe du destin et de la fatalité.

Loin de nous l’idée – ou même le désir – de déboulonner l’idole au Stetson, mais force est de reconnaître que le film nécessite une bonne dose de nostalgie et d’indulgence pour être apprécié aujourd’hui comme il se doit de l’être. Si on est happé dès le début par l’image bleuâtre, les visages blêmes, la quasi-absence de dialogue, 140 minutes, c’est long pour n’importe quel film. Surtout pour ceux qui éradiquent délibérément les péripéties, l’humour et la psychologie au profit de l’atmosphère. « LE CERCLE ROUGE » dilate jusqu’au point de rupture un scénario très ténu, il met au défi le spectateur le plus patient avec la scène de braquage la plus interminable de l’Histoire du polar, et frôle fréquemment le ridicule avec des répliques empesées (« Les hommes naissent innocents, mais ça ne dure pas »), d’une lourdeur sentencieuse qui ferait presque sourire. Si Yves Montand est remarquable en ex-flic alcoolique en quête de dignité, si Bourvil curieusement emperruqué, surprend en flic dur-à-cuire (même si honnêtement, il n’est pas toujours très convaincant), Alain Delon et Gian Maria Volonte’ n’ont hélas, pas grand-chose à jouer et traversent le film en spectres taiseux, n’offrant que le minimum syndical. C’est ce sous-emploi d’un magnifique quatuor qui déçoit le plus, au fond.

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GIAN MARIA VOLONTÈ, ALAIN DELON, BOURVIL ET YVES MONTAND

Beaucoup de récriminations donc, envers « LE CERCLE ROUGE », film-culte parmi les cultes, emblématique du cinéma singulier de Melville, où flics et voyous sont vêtus comme Bogart dans les années 40. Certes ! Il n’empêche que le film a ses moments, comme la crise de delirium tremens de Montand ou les poursuites et fusillades en forêt et que la BO lancinante d’Éric de Marsan est toujours aussi hypnotique. On se sent un peu sacrilège de ne plus aimer « LE CERCLE ROUGE » autant que par le passé (ceci n’engage bien évidemment que l’auteur de ces lignes), mais c’est ainsi. Les films vieillissent, nous aussi. Et parfois pas au même rythme.

Et puis, à chacun ses Melville, n’est-ce pas ? « LE DOULOS », « LE DEUXIÈME SOUFFLE » et « L’ARMÉE DES OMBRES » sont là pour nous consoler de toutes les déconvenues…

 

« GARÇON ! » (1983)

GARÇON2On le sait, « GARÇON ! » se traîne la réputation d’avoir été le « film de trop » du tandem Claude Sautet/Yves Montand et un semi-échec qui clôtura leur belle collaboration. Pourtant l’idée était intéressante, l’affiche alléchante et à l’arrivée… rien ne fonctionne vraiment.

En fait, c’est comme si se côtoyaient deux films en un, sans jamais se rencontrer et en se nuisant l’un l’autre. Tout ce qui concerne le personnage de Montand, serveur dans une grande brasserie parisienne, un hâbleur charismatique, un « fanfaron » à l’italienne, est formidable. La description des dessous de cet univers survolté, chaleureux, en mouvement perpétuel est d’une folle énergie. En revanche, la sous-intrigue où Montand ex-danseur de claquettes cherchant à ouvrir un parc d’attraction en bord de mer, est mal fichue et gâche le plaisir. On dirait que l’acteur incarne deux rôles distincts dans deux films différents ! Pour couronner le tout, il semble particulièrement mal à l’aise, tout en tics, en mimiques et en grimaces, bien loin de « CÉSAR ET ROSALIE » ou « VINCENT, FRANÇOIS, PAUL ET LES AUTRES… ». Alors oui, il reste d’excellents passages à la brasserie : le numéro de Bernard Fresson, magnifique en chef gueulard mais bon bougre, la présence attachante de Jacques Villeret et de beaux visages de femmes comme Nicole Garcia, Annick Alane ou Marie Dubois. Le dialogue de Jean-Loup Dabadie pétille (même si on aimerait que les personnages terminent leurs phrases de temps en temps !) et on trouve quelques pépites dans un ensemble disparate.

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NICOLE GARCIA, YVES MONTAND, JACQUES VILLERET ET BERNARD FRESSON

Parce qu’il n’a tourné que 14 longs-métrages et que la plupart sont de franches réussites, on peine à accabler Claude Sautet. Mais le fait est que « GARÇON ! », film qui – selon son propre aveu – lui échappa en partie, est un des plus faibles de sa carrière et une grande occasion manquée. À voir pour l’ambiance, pour Fresson, Villeret, pour la scène émouvante chez Lasserre. Si tout le film avait été de cette qualité-là !

 

« LA MENACE » (1977)

MENACE2« LA MENACE » est le second des trois polars qu’Alain Corneau tourna avec Yves Montand en vedette. Et s’il n’est pas un mauvais film, ce qui gêne d’emblée, c’est qu’il ressemble à une resucée de « POLICE PYTHON 357 » sorti l’année précédente, en utilisant le même genre de mécanique policière.

La première demi-heure est prenante, mais surtout parce qu’elle est dominée par Marie Dubois, dans une de ses plus impressionnantes prestations à l’écran : elle campe une femme délaissée, humiliée, suicidaire avec une rage et une férocité qu’on n’avait jamais décelées chez elle. Malgré la brièveté de son rôle, elle mérite à elle seule qu’on voie le film. Ensuite, c’est hélas, moins enthousiasmant. Montand joue son personnage de manipulateur sans jamais parvenir à le rendre sympathique. Il affiche l’expression de quelqu’un qui vient de mordre dans un citron pas mûr et n’en change pratiquement jamais. Carole Laure elle, traverse l’action en ravissant zombie impavide. Et Jean-François Balmer occupe une (trop) grande partie du métrage, en flic nasillard et imbu de lui-même. Parmi les petits rôles, on retrouve toujours avec plaisir Jacques Rispal en camionneur ivrogne. « LA MENACE » est bien trop long et dépourvu d’âme et d’émotion. Contempler Montand en train de monter méthodiquement son arnaque pour détourner les soupçons sur lui et innocenter sa maîtresse, devient rapidement lassant. La dernière partie au Canada, dépourvue de dialogue est franchement fastidieuse et fait regretter la dernière fois qu’on avait vu l’acteur au volant d’un poids-lourd, c’est-à-dire dans « LE SALAIRE DE LA PEUR ». Un scénario trop compliqué, un dialogue dépourvu d’humour, des plans de nudité totalement gratuits, des acteurs – hormis Marie Dubois – sans véritable rôle à défendre, des décors de Bordeaux à peine exploités, la liste de griefs est longue. Et dans la trilogie Montand-Corneau, celui-ci est définitivement le maillon faible. À voir par nostalgie éventuellement, mais c’est bien tout.

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MARIE DUBOIS ET YVES MONTAND

 

« LE CHOIX DES ARMES » (1981)

CHOIX2« LE CHOIX DES ARMES » est le troisième film (et polar) qu’Alain Corneau tourna avec Yves Montand. Le dernier, aussi. Et le plus élaboré. Loin d’être anecdotique, le scénario confronte deux générations de voyous (les caïds époque « grisbi » et ceux de l’ère « banlieue ») et de flics (le vieux commissaire roublard et le jeune poulet pressé d’en découdre).

On suit d’abord deux destinées parallèles qui finissent par se croiser : l’intrusion d’un jeune chien fou (Gérard Depardieu) évadé de prison dans l’univers feutré d’un ex-gangster embourgeoisé (Montand) qui a coupé tous ses liens avec le Milieu pour élever des chevaux avec sa femme (Catherine Deneuve). Il y a beaucoup – un peu trop, peut-être – de malentendus, de chassés-croisés, d’allers-retours, de « comme par hasard », mais l’histoire fonctionne et maintient l’intérêt pendant deux heures, malgré deux ou trois baisses de régime. Bien sûr, Corneau n’évite pas toujours la caricature (les vieux malfrats corses, les loubards en cuir avec leur cran d’arrêt, Jean Rougerie clownesque, qui semble échappé d’une grosse comédie), bien sûr Michel Galabru et Gérard Lanvin sont des flics bien peu convaincants, mais certains seconds rôles sont magnifiquement écrits, comme Jean-Claude Dauphin en balance junkie, Richard Anconina en vieux pote serviable mais pas téméraire. Mais si « LE CHOIX DES ARMES » tient tellement bien le coup aujourd’hui encore, c’est grâce à Depardieu en état de grâce, dans un des rôles de sa vie : ‘Mickey’, le loulou enfantin et inflammable, terrifiant mais attachant, stupide mais loyal. Un très beau personnage que l’acteur incarne des pieds à la tête sans forcer son jeu. Il crève l’écran. Montand est égal à lui-même, l’air coincé, pas vraiment crédible en ancien dur-à-cuire marseillais. Ses face-à-face avec Depardieu sont toutefois remarquables. Quant à Deneuve, elle traverse le film sans s’y impliquer tout à fait, comme une sorte de ‘guest star’ de passage.

Il y a de beaux moments, comme les séquences où Montand « visite » le passé de Mickey au cœur d’une banlieue sinistre, la scène à la mer avec la petite fille, d’autres moins emballants. Mais cela demeure globalement un beau polar glacé et suintant le désespoir. La BO solennelle et lancinante de Philippe Sarde est pour beaucoup dans l’atmosphère lugubre du film.

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GÉRARD DEPARDIEU, CATHERINE DENEUVE ET YVES MONTAND

 

« LE HASARD ET LA VIOLENCE » (1974)

HASARDDepuis sa sortie, « LE HASARD ET LA VIOLENCE » se traîne une réputation de navet intersidéral. Aussi, au vu du générique, le cinéphile curieux (et audacieux) serait-il tenté de revoir l’objet sans œillères, ne serait-ce que pour le couple Yves Montand-Katharine Ross, et – pourquoi pas – de le réhabiliter.

Hélas, le film de Philippe Labro n’a pas usurpé sa « notoriété » et c’est avec une consternation croissante qu’on suit pendant 79 petites mais très longues minutes ce « film d’auteur » à des lieux du cinéma « à l’Américaine » généralement revendiqué par l’auteur. Montand, criminologue réputé, débarque à Nice pour écrire un essai sur la violence. Il se fait amocher dans des WC par un karatéka onaniste (sic !) et rencontre une doctoresse du coin qui ressemble à l’égérie de Butch Cassidy et du Sundance Kid. Ensuite, cela devient de plus en plus abscons : on apprend que ce bon Yves fut jadis emprisonné injustement, il aide un prisonnier à s’évader et se refait bastonner sur une plage de galets, au cours d’une bagarre tellement mal filmée qu’elle en devient hilarante. Aucun coup ne porte ! Tout ceci agrémenté d’un montage « à effet » antédiluvien, d’une BO insupportable et de seconds rôles italiens mal doublés tous plus atroces les uns que les autres. Ce film est donc un authentique cas d’école. Montand avec son unique expression crispée et mal à l’aise, semble se demander pourquoi il a accepté un tel scénario. Il s’est sûrement consolé à tenir dans ses bras la sublime Katharine, totalement incongrue en médecin niçoise, avec l’accent américain et sœur d’un musicien qui lui, n’a aucun accent. Why not, après tout ? On n’en est plus à ça près. Le journaliste et écrivain Labro a réalisé sept longs-métrages tous très discutables, mais celui-ci est très certainement le plus indéfendable. À moins d’être amoureux de Katharine Ross, ça va sans dire… Mais il faut être très TRÈS amoureux !

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KATHARINE ROSS ET YVES MONTAND

 

HAPPY BIRTHDAY, YVES !

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YVES MONTAND (1921-1991), CHANTEUR ET ACTEUR, IMAGE DU MÂLE FRANÇAIS DES ANNÉES 60 ET 70, DE GRANDS RÔLES CHEZ SAUTET ET GAVRAS.

 

« LA GUERRE EST FINIE » (1966)

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YVES MONTAND ET INGRID THULIN

Écrit par Jorge Semprun, d’après ses souvenirs personnels, réalisé par Alain Resnais, révélé trois ans plus tôt par « L’ANNÉE DERNIÈRE À MARIENBAD », « LA GUERRE EST FINIE » est un très curieux film à la fois politique et intimiste, centré sur la personnalité d’un « révolutionnaire professionnel » espagnol (Yves Montand) rentrant à Paris après six mois à Madrid, et se questionnant sur ses motivations, sa lassitude et sa foi dans sa cause.GUERRE

C’est un film curieux parce qu’entre des séquences assez assommantes et lourdement didactiques entre « camarades » autour d’une table, au fin-fond d’une banlieue sinistre, où se décide l’avenir de l’Espagne, on a droit à des scènes d’amour ultra-stylisées et quasi-oniriques. Si le scénario est linéaire, extrêmement bavard, Resnais brise parfois la ligne droite par des flash-forwards déconcertants, servant (peut-être) à souligner la routine quotidienne de son ‘Diego’ et les raisons de sa fatigue. Malgré plusieurs tunnels assez pénibles, le film tient tout de même par son atmosphère paranoïaque, par le noir & blanc réaliste de Sacha Vierny qui permet de redécouvrir le Paris des années 60 et aussi par son casting éclectique.

Montand, crispé, anxieux, perpétuellement mal à l’aise, crée un personnage assez concret, dont on perçoit les tourments grâce à ses expressions réprimées et furtives. Ingrid Thulin est émouvante en femme amoureuse envers et contre tout. La toute jeune Geneviève Bujold est absolument ravissante en léniniste exaltée. Parmi les seconds rôles, Jacques Rispal, Paul Crauchet et Jean Bouise sont des « copains » exilés plus vrais que nature, Michel Piccoli moustachu joue un flic des douanes suspicieux et Bernard Fresson apparaît brièvement à la toute fin, en chauffeur débutant.

« LA GUERRE EST FINIE » ne plaira certes pas à tout le monde, mais il a pris une certaine patine avec les années et, même si on n’est pas passionné par les coulisses de l’Espagne franquiste, on pourra toujours admirer un Montand dans sa meilleur période et de magnifiques comédiennes joliment photographiées.

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GENEVIÈVE BUJOLD, YVES MONTAND ET PAUL CRAUCHET

 

« LES SORCIÈRES DE SALEM » (1957)

SALEM2 copieAdapté par Jean-Paul Sartre d’une pièce d’Arthur Miller écrite en 1953, « LES SORCIÈRES DE SALEM » s’inspire de faits réels survenus dans le Massachusetts au 17ème siècle, dans une communauté protestante.

Passé le petit décalage de voir des comédiens français jouer des Américains, le film immerge rapidement dans son ambiance pesante, quasi-bergmanienne et place ses enjeux progressivement, jusqu’au procès. Raymond Rouleau (qui tient également le rôle central du juge, sans être crédité au générique) soigne sa photo, ses cadres, ses décors, il « tient » ses acteurs avec une telle poigne, qu’il dément la mauvaise réputation d’Yves Montand au début de sa carrière : dans la dernière partie, il annonce d’étonnante façon son interprétation dans « L’AVEU ». En fermier honnête, mais rejeté par sa femme puritaine et frigide (Simone Signoret) et tenté par une jeune fille sensuelle et délurée (Mylène Demongeot), il domine le film et son humanité lui évite les pièges du simple pamphlet anti-maccartiste qu’il aurait facilement pu être au final. Demongeot est exceptionnelle en simulatrice machiavélique, ses scènes de « possession » font froid dans le dos. Signoret laisse filtrer toutes les contradictions de son personnage ingrat avec une admirable rigueur. Autour de ce superbe trio, des visages familiers comme Pierre Larquey, Jean Gaven, Pascale Petit et même Michel Piccoli qui apparaît dans deux courtes scènes.

Une belle réussite que « LES SORCIÈRES DE SALEM » donc, qui n’a pour seul défaut – mais il est de taille – de durer trop longtemps : 145 minutes. La partie suivant le procès, l’emprisonnement et les états d’âme de Proctor semblent durer des heures et s’enlisent dans un traitement théâtral que le film avait réussi à éviter jusque-là. C’est vraiment dommage !

Mais cela demeure une œuvre austère et maîtrisée, esthétiquement admirable (photo de Claude Renoir) et un thème au sous-texte politique encore tout à fait valide aujourd’hui.

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MYLÈNE DEMONGEOT, YVES MONTAND ET SIMONE SIGNORET

 

« VIVRE POUR VIVRE » (1967)

vivreTourné dans la foulée du succès de « UN HOMME ET UNE FEMME », « VIVRE POUR VIVRE » est passionnant à revoir aujourd’hui, comme instantané de son époque, mais surtout en tant qu’autopsie expiatoire et légèrement masochiste de l’adultère avec son cortège de mensonges, de trahisons, de mesquineries.

Maîtrisant parfaitement ce style visuel « à l’épate » qui l’a rendu célèbre, Claude Lelouch enrobe ce qui aurait pu n’être qu’une œuvre intimiste, de paillettes et de digressions. Sur les deux heures de projection, on se dit que toute la partie reportages au Congo ou au Vietnam aurait gagné à être raccourcie, que les tics de mise-en-scène sont parfois redondants (les gros-plans de personnes dialoguant sans qu’on entende le son), mais il passe quelque chose d’unique dans ce film, une forme de vérité dans l’émotion, une mise à nu des acteurs qui nous place en position de voyeur.

Yves Montand est idéalement casté dans ce rôle de grand reporter, dragueur impénitent au machisme condescendant, aussi charismatique qu’il est lâche et détestable quand il s’empêtre dans ses lamentables excuses. A-t-on souvent vu un portrait d’homme aussi impitoyable ? À ses côtés, Annie Girardot a rarement été meilleure qu’en épouse trompée, délaissée, qui se fane lentement dans son ombre. Émouvante et subtilement crispante, l’actrice a un monologue en gros-plan totalement inoubliable. La toute jeune Candice Bergen se sort au mieux du rôle casse-gueule de la maîtresse voleuse de mari.

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ANNIE GIRARDOT, YVES MONTAND ET CANDICE BERGEN

À condition de tolérer la caméra constamment en mouvement de Lelouch, de trouver un charme rétro à la BO de Francis Lai et de vouloir faire un bond dans le passé, de revisiter une France disparue qu’on peine à reconnaître aujourd’hui, « VIVRE POUR VIVRE » fait passer un moment plaisant, parfois incisif et – sans se prendre pour Ingmar Bergman – Lelouch propose une vision du couple des plus pertinentes.

 

« COMPARTIMENT TUEURS » (1965)

L'affiche du film "Compartiment Tueurs" de Costa-Gavras (1965)Adapté d’un roman de Sébastien Japrisot, « COMPARTIMENT TUEURS », le premier long-métrage de Costa-Gavras, ancien assistant de René Clément et autres, est une franche réussite et possède une tonalité ironique et cynique, une profonde originalité dans un genre bien usé, qu’on ne retrouvera (presque) plus dans l’œuvre du réalisateur qui empruntera d’autres sentiers tout aussi intéressants.

L’idée du scénario est ingénieuse et alambiquée à souhait et maintient en haleine jusqu’au bout. La mise-en-scène est culotée et truffée de jolies idées de cadrages. On a même droit à une longue poursuite en voiture de nuit dans Paris, à une époque où cela ne se faisait pas beaucoup. C’est donc avec le sourire aux lèvres qu’on suit l’enquête d’Yves Montand flic enrhumé à l’accent du midi prononcé, sur une série de meurtres dont les victimes ont toutes voyagé dans le même wagon-couchettes d’un train de nuit. Si l’histoire est déjà accrocheuse, le vrai charme provient du casting éblouissant : chaque rôle, jusqu’au plus anodin, est tenu par un visage connu, qu’il apparaisse une ou deux minutes (Claude Dauphin, Daniel Gélin, Bernadette Lafont) ou quelques secondes (Marcel Bozzuffi, Georges Géret en plantons esthètes, Claude Berri) : c’est un défilé de comédiens de l’époque venus en copains. Mais les rôles principaux sont également savoureux : Jacques Perrin et Catherine Allégret touchants en jeunes proies pour l’assassin, Simone Signoret magnifique en actrice un peu ringarde et mytho, Jean-Louis Trintignant étonnant en étudiant bisexuel ou Michel Piccoli méconnaissable en obsédé sourcilleux et suant. Mais c’est Montand qui domine la distribution, il est parfait d’exaspération contenue et de fatigue désabusée. Ses face-à-face avec un Charles Denner déchaîné en suspect provocateur sont de grands moments !

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SIMONE SIGNORET, JEAN-LOUIS TRINTIGNANT, YVES MONTAND, MARCEL BOZZUFFI ET GEORGES GÉRET

« COMPARTIMENT TUEURS » est un polar ludique et inventif, à la petite musique très singulière, qu’on peut certainement revoir plusieurs fois tant il est riche en détails incongrus et en petites touches infinitésimales. Ce qu’on appelle des débuts très prometteurs pour une belle carrière de réalisateur.