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Archives de Catégorie: LES FILMS ET SÉRIES TV D’ALFRED HITCHCOCK

« LE CRIME ÉTAIT PRESQUE PARFAIT » (1954)

DIALEssentiellement mémorable pour avoir été tourné en 3-D et pour être l’adaptation fidèle d’une pièce à succès, « LE CRIME ÉTAIT PRESQUE PARFAIT » n’est certes pas un fleuron de la filmographie d’Alfred Hitchcock, malgré l’iconique présence de son actrice-fétiche Grace Kelly.

En se refusant – et c’est très louable – à aérer artificiellement la pièce, Hitchcock confine son film dans un décor d’appartement en rez-de-chaussée (hormis un ou deux décors ponctuels) et enchaîne les séquences/actes très dialoguées entre tous ses personnages. C’est parfois brillant, comme ce premier face-à-face entre Ray Milland et Anthony Dawson qu’il engage pour tuer son épouse ou fastidieux comme les bavardages entre Miss Kelly et son amant, le fade Robert Cummings. Dès les premières séquences, on ressent le manque d’une vedette charismatique du style Cary Grant pour jouer le diabolique mari aux noirs desseins. Milland, un peu âgé pour le rôle, d’une froideur rébarbative, ne parvient jamais à intéresser vraiment. Seuls deux comédiens tirent leur épingle du jeu, les moins connus d’ailleurs : Dawson, excellent avec son visage émacié à la John Carradine, en loser prêt à tout pour escroquer son prochain et John Williams, savoureux en vieux flic londonien un peu lent à la détente, mais perspicace.

On peut, bien sûr, se laisser porter par la mécanique imparable du récit, par le vieux thème cher au réalisateur du « faux coupable » et savourer une résolution amusante, bien qu’un peu compliquée avec ses histoires de clés escamotées. Mais c’est, dans l’ensemble, assez ennuyeux, voire poussiéreux. Et le seul souvenir qu’on en gardera (même en 2-D) sera l’agression de Grace Kelly et le coup de ciseau mortel.

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RAY MILLAND, ANTHONY DAWSON ET GRACE KELLY

À noter que « Hitch » fait sa traditionnelle apparition sur une photo au mur de l’appartement à une table d’anciens étudiants.

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HITCH THE LAST…

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SORTIE FRANÇAISE DE LA DERNIÈRE SAISON DE « ALFRED HITCHCOCK PRÉSENTE » AVEC UN EXCELLENT ÉPISODE BRONSONIEN !

 

« WATER’S EDGE » : John Cassavetes dans « Suspicion »

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ANN SOTHERN

« WATER’S EDGE » est un épisode de la 3ème saison de « SUSPICION », réalisé par Bernard Girard d’après une nouvelle de Robert Bloch.

Le début du téléfilm n’est pas sans évoquer le postulat de départ de « LA NUIT DU CHASSEUR » de Charles Laughton : un escroc qui, à sa sortie de prison, cherche à séduire la veuve de son codétenu mort derrière les barreaux, pour récupérer un gros magot jamais retrouvé par la police. La première bonne idée est d’avoir entendu l’époux (Rayford Barnes) parler de sa « blonde » avec des étoiles dans les yeux, jusqu’à faire fantasmer son ami (John Cassavetes), pour qu’ensuite celui-ci découvre que cette femme rêvée est devenue une grosse serveuse mal fagotée et vulgaire (Ann Sothern). La tête de Cassavetes quand il réalise le fossé séparant le mythe de la réalité est impayable !

Ensemble ces deux losers vont parvenir à dénicher le fameux butin dans une cabane grouillante de rats, mais l’appât du gain les poussera à se dresser l’un contre l’autre.

Comme toujours dans cette série artificiellement « gonflée » à 52 minutes, le temps paraît long, les séquences durent jusqu’à plus-soif et les péripéties sont beaucoup trop rares. Fort heureusement, le face-à-face entre les deux acteurs principaux vaut le détour : Cassavetes, toujours très « Actors Studio » est parfait en voyou fébrile, les épaules agitées de tics nerveux et Sothern est magnifique en souillon à la langue bien pendue, moins idiote qu’elle n’en a l’air. Ils ont visiblement plaisir à jouer ensemble et parviennent à donner vie à cet épisode bien fichu, mais au suspense bien laborieux.

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JOHN CASSAVETES

 

« LE PROCÈS PARADINE » (1947)

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GREGORY PECK ET ALIDA VALLI

Produit et écrit par David O. Selznick, réalisé par Alfred Hitchcock, « LE PROCÈS PARADINE » est un ‘courtroom drama’ des plus classiques, mais dont le véritable thème est le coup de foudre destructeur ressenti par un avocat anglais (Gregory Peck) pour sa cliente (Alida Valli) accusée d’avoir empoisonné son mari aveugle.PARADINE 2

Si l’aspect policier à proprement parler n’est guère palpitant, la relation entre ces deux personnages l’est beaucoup plus. Lui, as du barreau roué, qui se transforme en amoureux transi, naïf et crédule, elle marmoréenne, impénétrable et intoxicante. Les seconds rôles sont également bien dessinés : Ann Todd en épouse lucide et patiente, Charles Laughton plus visqueux et poupin que jamais en juge sans cœur, Louis Jourdan très bien en majordome du défunt et la toujours parfaite Ethel Barrymore en épouse malmenée et touchante de l’infâme Laughton.

Bien sûr, Peck – au jeu inhabituellement nuancé – est, à trente ans, bien trop jeune pour ce rôle, d’autant qu’Ann Todd a sept ans de plus que lui ! La teinture grisonnante censée le vieillir n’est pas très convaincante. Mais ses face-à-face avec Valli (c’est ainsi qu’elle est créditée au générique, sans prénom !) sont d’une belle densité, sans qu’on n’en saisisse jamais totalement les tenants et aboutissants.

Par son sens du cadrage et du montage, Hitchcock sait rendre les longues séquences de prétoire passionnantes et vivantes et le film se laisse regarder avec plaisir, même si le ‘whodunit’ n’a rien d’original et de surprenant. C’est ce qu’on imaginait dès le début du film ! À condition de passer outre une BO de Franz Waxman beaucoup trop invasive, des scènes dialoguées qui se traînent un peu, « LE PROCÈS PARADINE » est un honnête Hitchcock, certes pas un de ses classiques, mais une œuvre soignée et nimbée de mystère, essentiellement grâce au choix d’Alida Valli à la froideur hypnotique.

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LOUIS JOURDAN ET GREGORY PECK

 

« DRY RUN » : Robert Vaughn dans « Alfred Hitchcock présente »

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WALTER MATTHAU ET ROBERT VAUGHN

« DRY RUN » est un épisode de la 5ème saison de « ALFRED HITCHCOCK PRÉSENTE » réalisé par John Brahm.

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WALTER MATTHAU

Après une introduction dans le bureau très « business man » d’un mafioso en col blanc amateur de piranhas (David White, le boss dans la sitcom « MA SORCIÈRE BIEN-AIMÉE »), un jeune ‘hitman’ (Robert Vaughn) se voit confier pour mission de rencontrer un rival (Walter Matthau) et de le supprimer. Le rendez-vous a lieu dans une cave à vins. Le scénario devient alors un long face-à-face, un dialogue à huis clos entre Matthau, grande gueule et pas né de la dernière pluie, et l’ambitieux Vaughn qui se laisse tenter par la trahison : 10 000 dollars pour éliminer White et devenir le bras-droit de Matthau ! Évidemment, le jeunot succombera à la tentation et… aux balles de Matthau, qui lui faisait passer un test de loyauté pour le compte de White.

On devine la chute pratiquement depuis le début du film. Et le scénario souffre d’une ÉNORME invraisemblance : méfiant et paranoïaque, Matthau ne fouille même pas Vaughn pour voir s’il est armé !

Mais ce n’est pas très grave. L’affrontement feutré entre deux « pointures » aussi différentes dans leur style que le roué Matthau et le glacial et cérébral Vaughn vaut largement le détour, au même titre qu’une très belle photo en clair-obscur de Lionel Lindon (collaborateur régulier de John Frankenheimer au cinéma). À voir donc !

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WALTER MATTHAU ET ROBERT VAUGHN

 

« BAD ACTOR » : Robert Duvall dans « Alfred Hitchcock présente »

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ROBERT DUVALL

« BAD ACTOR » est un épisode de la 7ème et dernière saison de « ALFRED HITCHCOCK PRÉSENTE », réalisé par John Newland.

Le titre en est particulièrement savoureux, puisqu’il est censé définir le personnage principal, incarné par Robert Duvall, un des grands acteurs de sa génération… et des suivantes. Il campe une sorte de synthèse de l’acteur new-yorkais dans la dèche : mal fagoté, alcoolique, aigri et égocentrique, il emprunte quelques tics à Marlon Brando (son goût du tam-tam et des T-shirts) et se montre parfaitement odieux.

Quand il apprend qu’un rival (Charles Robinson) a été choisi à sa place pour un rôle principal à Broadway, Duvall l’entraîne chez lui et l’étrangle. Il fait disparaître le corps avec des hachoirs et de l’acide. Reste la tête, qu’il n’a pas le temps de dissoudre avant l’arrivée inopinée de sa fiancée, de son agent et d’un flic recherchant le malheureux. Le manque de sang-froid de l’acteur finira par le perdre.

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CHARLES ROBINSON, ROBERT DUVALL ET WILLIAM SHALLERT

Le scénario de Robert Bloch est bizarrement simpliste et dépourvu d’une chute surprenante. On s’attend dès le début à ce que Duvall se fasse coincer et comme on ne ressent aucune empathie pour lui, le suspense est minimal. Un épisode un peu faiblard donc, à voir pour son acteur principal comme toujours investi et totalement crédible.

 

« LA TAVERNE DE LA JAMAÏQUE » (1939)

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MAUREEN O’HARA

« LA TAVERNE DE LA JAMAÏQUE » est le dernier film anglais d’Alfred Hitchcock avant son grand départ pour les U.S.A. et la première des trois adaptations qu’il tourna d’après l’œuvre de Daphné du Maurier.TAVERNE3

Si le film – récemment restauré – est visuellement magnifique et démontre de brillante manière la maîtrise du tournage en studio du réalisateur et son sens du montage, on peut être dérangé par un gros vice-de-forme du scénario qui dévoile trop rapidement l’identité du chef des naufrageurs, laissant le héros « infiltré » et la jeune première avec constamment deux trains de retard sur le public. Cela désamorce sévèrement le suspense et dévitalise une bonne partie de l’action.

Cela se laisse voir malgré tout, pour la beauté des images, de ces Cornouailles revues et corrigées par les décorateurs, pour une séquence de naufrage étonnamment violente, voire choquante et pour le numéro de cabotinage sans aucun garde-fou de Charles Laughton, également producteur du film. Gros bébé jouisseur et dérangé, il arbore un faux-nez, des sourcils broussailleux qui lui donnent l’air d’un masque de carnaval. Sa gestuelle et sa façon de parler évoquent étrangement Hitchcock lui-même ! La prestation est très excessive et pas toujours cadrée, mais justifiée par son ultime séquence. À ses côtés, une superbe Maureen O’Hara de 19 ans joue avec fougue un joli personnage qui n’a pas froid aux yeux et Leslie Banks (oui, le comte Zaroff !) est totalement méconnaissable sous son maquillage en pirate pas tout à fait ignoble.

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CHARLES LAUGHTON ET MAUREEN O’HARA

« LA TAVERNE DE LA JAMAÏQUE » n’est pas un grand Hitchcock, mais il vaut d’être vu pour sa beauté plastique, pour ses décors minutieusement composés et pour des plans de tempête à couper le souffle.