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Archives de Catégorie: LES FILMS ET SÉRIES TV D’ALFRED HITCHCOCK

« SABOTAGE » (1936)

SABOTAGE.jpgAdapté d’un roman de Joseph Conrad, « SABOTAGE » est un des films les plus connus de la période anglaise d’Alfred Hitchcock. C’est un modeste suspense focalisé sur un saboteur (Oscar Homolka), directeur d’un cinéma à Londres et surveillé par un agent du Scotland Yard (John Loder). Celui-ci tombe amoureux de la jeune épouse (Sylvia Sidney) du traître. Les choses s’accélèrent quand Homolka envoie le frère de sa femme déposer une bombe à sa place…

Le scénario est bien empaqueté en 76 minutes, les protagonistes sont intrigants, sans qu’on ne sache rien de leur rencontre ou de leur passé (comment la jolie Sylvia s’est-elle retrouvée mariée à ce type si bizarre ?). Homolka est particulièrement étrange avec son visage sourcilleux, son œil clair halluciné et sa voix douce à la Michel Lonsdale. Il forme un couple déséquilibré avec Miss Sidney, expressive et à fleur de peau. Le film suit son bonhomme de chemin, s’attarde sur le flic « undercover » (il se fait passer pour un marchand de fruits et légumes) et son amour naissant pour l’héroïne, mais il ne devient réellement prenant qu’avec le long morceau de bravoure de la dernière partie, où le jeune frère (Desmond Tester) transporte la bombe – à son insu, bien entendu – à travers un Londres embouteillé et grouillant de monde, alors que l’heure tourne inexorablement. Hitchcock commence à maîtriser des techniques de manipulation de public, qu’il affinera par la suite jusqu’à devenir et pour toujours, le « maître du suspense ». Il réutilisera d’ailleurs ce même genre de situation dans un épisode de « ALFRED HITCHCOCK PRÉSENTE », où un gamin se balade avec une arme à la main, sans savoir qu’elle est chargée.

Sans rien révolutionner, « SABOTAGE » se laisse voir avec plaisir, ne serait-ce que pour ses extérieurs londoniens donnant une idée de la vie quotidienne il y a 80 ans et des poussières.

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SYLVIA SIDNEY ET OSCAR HOMOLKA

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« CORRESPONDANT 17 » (1940)

FOREIGN.jpg« CORRESPONDANT 17 » ne fait pas partie des films les plus connus d’Alfred Hitchcock, dont il ressert pourtant tous les ingrédients habituels. Il a surtout pour avantage d’avoir été tourné « à chaud », alors que la Grande Bretagne allait s’engouffrer dans la WW2.

Le héros est américain, c’est un reporter intrépide, une sorte de Tintin yankee naïf et courageux, qui infiltre un nid d’espions à Londres et à Amsterdam. Il tombe, évidemment, amoureux de la fille du chef des traîtres à la patrie et devra combattre de cruelles barbouzes ainsi que ses propres dilemmes moraux. Malgré le contexte historique brûlant et potentiellement passionnant, le film ne parvient pas à accrocher complètement. La faute probablement au choix de Joel McCrea, acteur dépourvu de charisme et de présence, d’une telle neutralité à l’écran, qu’il se fait voler la vedette par George Sanders (qu’on s’étonne de le voir jouer un personnage positif, avec sa tête de félon), jouant son pendant anglais, dès qu’ils partagent une scène. En fait, son seul trait de personnalité mémorable est… de perdre constamment ses chapeaux melons ! Laraine Day est très charmante et photogénique, de bons seconds rôles comme Edmund Gwenn ou Eduardo Ciannelli remplissent leur office.

Mais il manque clairement un centre de gravité à « CORRESPONDANT 17 » pour se hisser au niveau des grands Hitchcock. Pourtant, après un début très fastidieux, un milieu légèrement plus animé, force est de reconnaître que la dernière partie prend enfin de l’envergure et que la chute de l’avion en pleine mer est étonnamment réaliste et remarquablement réalisée, au point d’être encore tout à fait crédible aujourd’hui. Le travail sur les transparences est vraiment impressionnant. Le maître du suspense a fait beaucoup mieux, mais à tout prendre, il a aussi fait bien pire.

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LARAINE DAY, GEORGE SANDERS, JOEL McCREA ET ALFRED HITCHCOCK

 

« LA CORDE » (1948)

CORDE.jpgAdapté d’une pièce de théâtre elle-même inspirée de faits réels, « LA CORDE » d’Alfred Hitchcock est surtout mémorable pour sa prouesse technique : un tournage en continu, constitué de quelques plans de 10 minutes, reliés entre eux par des « trucs » plus ou moins habiles. Cela renforce la fluidité et restitue au mieux la sensation d’assister à une représentation théâtrale. Le décor de studio aux « découvertes » peu réalistes, ajoute encore à ce confinement.

Deux étudiants (implicitement) homosexuels (John Dall et Farley Granger) tuent gratuitement un copain de fac et cachent le corps dans un coffre de leur appartement. Ils organisent une party où sont invités des proches du défunt et leur professeur (James Stewart) dont les délires nietzschéens ont influencé leur geste fou. Le postulat posé, le film se contente de dérouler un jeu de chat et de souris, de faire grimper le suspense (quelqu’un va-t-il ouvrir le coffre ? Quand Stewart va-t-il comprendre le fin mot de l’histoire ?) et de faire grimper la tension par l’ivresse grandissante d’un des tueurs et l’inquiétude contagieuse de la fiancée du mort.

Honnêtement, ce n’est guère passionnant et c’est seulement à la fin, quand fait surface la question de la responsabilité du professeur, que les enjeux deviennent humains et intéressants. Dall (« GUN CRAZY ») est très bien en assassin amoral et arrogant, Granger par sa seule façon d’être, matérialise la problématique « gay » du scénario complètement occultée par le dialogue malgré d’évidents indices. Et Stewart est amusant même s’il manque d’ambiguïté et de complexité. Un Hitchcock très apprécié des admirateurs du maître, mais qui accuse aujourd’hui le poids des années et peine à passionner. Un exercice de style, disons.

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JOHN DALL, FARLEY GRANGER ET JAMES STEWART

 

« PSYCHOSE » (1960)

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JANET LEIGH

« PSYCHOSE » est, après « SUEURS FROIDES » et « LA MORT AUX TROUSSES », le dernier chef-d’œuvre incontestable de la carrière d’Alfred Hitchcock et certainement un de ceux qui le définissent le mieux tout en ne ressemblant pas vraiment à ceux qui ont fait sa réputation.PSYCHO.jpg

D’un modernisme inattendu dans la mise-en-scène et le découpage, d’une audace affichée quant aux thèmes développés, le film n’a pas pris une ride, malgré des décennies d’imitations, de pastiches et de sequels. Cela demeure un des plus grands films « de trouille » de l’Histoire et un de ceux qui ont osé bousculer les sacrosaintes traditions narratives en éliminant l’héroïne à mi-parcours ou en brossant le portrait plutôt bienveillant d’un serial killer schizophrène. Avec sobriété, dans un noir & blanc proche du téléfilm, Hitchcock compose des images indélébiles : le motel Bates surplombé par la maison se découpant dans la nuit, les vues en plongée de l’escalier, la célébrissime – mais nullement décevante – séquence de la douche, la voiture s’enfonçant dans le marécage, etc. Il faudrait pratiquement citer toutes les scènes. Sans oublier la BO stridente et stressante de Bernard Herrmann qui a rarement fait mieux. À peine déplorera-t-on quelques longueurs inutiles (la visite soporifique chez le shérif John McIntire, l’interrogatoire du privé qui s’éternise au motel) et surtout un épilogue bavard où le psychiatre Simon Oakland explique la pathologie de Norman : inutile, verbeux et contre-productif au possible. Un défaut récurrent quand « Hitch » s’est penché sur la psychiatrie dans ses films !

Mais c’est peu de choses comparé à la perfection du reste. Dans un cast magistral : Anthony Perkins d’une subtilité inouïe dans le rôle de sa vie en fils-à-maman passé de « l’autre côté », Janet Leigh – qu’Hitchcock filme en sous-vêtements à la première occasion – touchante en victime-née, Martin Balsam en détective finaud et Vera Miles, John Gavin.

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ANTHONY PERKINS, MARTIN BALSAM, JANET LEIGH ET JOHN GAVIN

« PSYCHOSE » est une authentique leçon de cinéma, une matrice inoxydable pour plusieurs centaines de séries B d’horreur qui n’ont jamais réussi à l’égaler. Du vrai grand cinoche, autrement dit.

 

« L’ÉTAU » (1969)

TOPAZ.jpgDans tous les films d’Alfred Hitchcock, ou presque, même les plus faibles, il y a quelque chose à retenir : une image, une ambiance, une trouvaille visuelle. Vous qui vous apprêtez à visionner « L’ÉTAU », abandonnez tout espoir. C’est probablement l’œuvre la moins captivante du maestro, un pensum d’espionnage ancré au cœur de la crise cubaine de 1962, entre New York, Cuba et Paris.

Le scénario, adapté d’un roman de Leon Uris, est poussif, mécanique, dépourvu d’enjeux humains. La photo est d’une laideur assez prodigieuse, digne d’un épisode de la série « DES AGENTS TRÈS SPÉCIAUX » et le casting est une catastrophe. Si ‘Hitch’ avait utilisé Sean Connery comme un sous-Cary Grant dans « MARNIE », il fait de même avec le falot Frederick Stafford, dont il fait… un sous-Sean Connery. Et qui joue, en plus, un espion français ! Tout est à l’avenant, Dany Robin est exaspérante en épouse pleurnicharde, John Forsythe passe impassible comme un mannequin de cire, la ravissante Claude Jade n’a rien à faire. Seul John Vernon est à peu près crédible en Cubain menaçant à grosse barbe. Michel Piccoli et Philippe Noiret apparaissent vers le dénouement en traîtres visqueux. Les voir échanger des répliques en anglais a quelque chose de surréaliste.

Rien à sauver dans « L’ÉTAU » donc, généralement catalogué comme pire ratage de la carrière d’Hitchcock. Impossible de prendre sa défense ou de tenter de le réhabiliter. C’est une épreuve de le regarder jusqu’au bout et il a infiniment plus vieilli que les films du réalisateur des années 40 ou 50.

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KARIN DOR, FREDERICK STAFFORD ET JOHN VERNON

 

« OFF SEASON » : épisode de « The Alfred Hitchcock hour » réalisé par William Friedkin

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JOHN GAVIN

« OFF SEASON » est l’ultime épisode de la dernière saison de « THE ALFRED HITCHCOCK HOUR » et on retrouve, cinq ans après, trois noms déjà réunis au générique de « PSYCHOSE » : Alfred Hitchcock en tant qu’hôte, Robert Bloch au scénario et John Gavin en vedette.

Mais surtout ce qui intrigue dans ce téléfilm, c’est qu’il s’agit de la première fiction tournée par un William Friedkin de trente ans, venu du documentaire.

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RICHARD JAECKEL

Gavin joue un flic à la gâchette trop sensible, un psychopathe assermenté forcé de démissionner après avoir abattu un SDF inoffensif. Avec sa fiancée (Indus Arthur), il s’installe en province où il trouve un job de shérif-adjoint. Mais il se persuade que la jeune femme est devenue la maîtresse de l’ex-adjoint (Richard Jaeckel) et décide de ressortir son revolver. Le scénario fonctionne bien sur ces bases simples et solides et la chute – qu’on voit venir assez tôt en étant un tant soit peu attentif – est bien amenée. Le film est solidement réalisé, sans qu’on y décèle le style Friedkin, mais l’habituellement fade Gavin est excellemment dirigé dans ce qui constitue un de ses meilleurs rôles. Avec son physique lisse, « All American », il en devient encore plus inquiétant. Et bien sûr, le voir vivre dans un motel miteux, tenu par un type louche (William O’Connell) renvoie instantanément à « PSYCHOSE ».

Un épisode mémorable donc, pour différentes raisons : le premier de Friedkin et le dernier de la série qui s’achève heureusement sur une note dynamique.

 

« LA MAIN AU COLLET » (1955)

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CARY GRANT

Tourné entre un de ses classiques (« FENÊTRE SUR COUR ») et un intermède farfelu (« MAIS QUI A TUÉ HARRY ? »), « LA MAIN AU COLLET » réunit les qualités des deux styles et permet à Alfred Hitchcock un séjour joliment touristique sur la « Riviera » française.CATCH.jpg

Selon sa vieille trame de l’homme accusé à tort et menant sa propre enquête pour se disculper, Hitchcock offre à un Cary Grant de 51 ans un rôle d’ex-cambrioleur rangé des voitures sur la Côte d’Azur, confronté à un imitateur qui pille les riches touristes dans les palaces de Cannes, faisant porter les soupçons sur lui. L’histoire en elle-même a peu d’intérêt, mais l’emballage est charmant : les paysages sont filmés sous tous les angles possibles et imaginables (beaucoup de plans d’hélicoptère tournés en seconde équipe), les face-à-face sensuels entre Grant surnommé « le chat » et Grace Kelly qu’on n’a jamais vue aussi vive et enjouée, sont de véritables régals. Leur premier baiser sur le seuil d’une chambre d’hôtel inverse les rôles : elle est le prédateur, lui l’objet de désir. Plutôt osé pour l’époque ! C’est un couple incroyablement bien assorti et photogénique, dont l’alchimie est pour 90% de l’attrait du film. Autour d’eux, John Williams excellent en agent d’assurances sympathique, Jessie Royce Landis amusante en mère portée sur le Bourbon et des seconds rôles français allant du meilleur (Charles Vanel) au pire (Roland Lesaffre). La piquante Brigitte Auber pâtit d’un personnage écrit de façon illogique et finalement décevant.

Coloré, spirituel, bien construit, « LA MAIN AU COLLET » est un Hitchcock ludique et plein d’ironie dont les plans d’extérieurs font redécouvrir une France idéalisée, bien changée depuis.

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GRACE KELLY, CARY GRANT ET JOHN WILLIAMS