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Archives de Catégorie: LES FILMS ET SÉRIES TV D’ALFRED HITCHCOCK

« DRY RUN » : Robert Vaughn dans « Alfred Hitchcock présente »

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WALTER MATTHAU ET ROBERT VAUGHN

« DRY RUN » est un épisode de la 5ème saison de « ALFRED HITCHCOCK PRÉSENTE » réalisé par John Brahm.

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WALTER MATTHAU

Après une introduction dans le bureau très « business man » d’un mafioso en col blanc amateur de piranhas (David White, le boss dans la sitcom « MA SORCIÈRE BIEN-AIMÉE »), un jeune ‘hitman’ (Robert Vaughn) se voit confier pour mission de rencontrer un rival (Walter Matthau) et de le supprimer. Le rendez-vous a lieu dans une cave à vins. Le scénario devient alors un long face-à-face, un dialogue à huis clos entre Matthau, grande gueule et pas né de la dernière pluie, et l’ambitieux Vaughn qui se laisse tenter par la trahison : 10 000 dollars pour éliminer White et devenir le bras-droit de Matthau ! Évidemment, le jeunot succombera à la tentation et… aux balles de Matthau, qui lui faisait passer un test de loyauté pour le compte de White.

On devine la chute pratiquement depuis le début du film. Et le scénario souffre d’une ÉNORME invraisemblance : méfiant et paranoïaque, Matthau ne fouille même pas Vaughn pour voir s’il est armé !

Mais ce n’est pas très grave. L’affrontement feutré entre deux « pointures » aussi différentes dans leur style que le roué Matthau et le glacial et cérébral Vaughn vaut largement le détour, au même titre qu’une très belle photo en clair-obscur de Lionel Lindon (collaborateur régulier de John Frankenheimer au cinéma). À voir donc !

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WALTER MATTHAU ET ROBERT VAUGHN

 

« BAD ACTOR » : Robert Duvall dans « Alfred Hitchcock présente »

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ROBERT DUVALL

« BAD ACTOR » est un épisode de la 7ème et dernière saison de « ALFRED HITCHCOCK PRÉSENTE », réalisé par John Newland.

Le titre en est particulièrement savoureux, puisqu’il est censé définir le personnage principal, incarné par Robert Duvall, un des grands acteurs de sa génération… et des suivantes. Il campe une sorte de synthèse de l’acteur new-yorkais dans la dèche : mal fagoté, alcoolique, aigri et égocentrique, il emprunte quelques tics à Marlon Brando (son goût du tam-tam et des T-shirts) et se montre parfaitement odieux.

Quand il apprend qu’un rival (Charles Robinson) a été choisi à sa place pour un rôle principal à Broadway, Duvall l’entraîne chez lui et l’étrangle. Il fait disparaître le corps avec des hachoirs et de l’acide. Reste la tête, qu’il n’a pas le temps de dissoudre avant l’arrivée inopinée de sa fiancée, de son agent et d’un flic recherchant le malheureux. Le manque de sang-froid de l’acteur finira par le perdre.

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CHARLES ROBINSON, ROBERT DUVALL ET WILLIAM SHALLERT

Le scénario de Robert Bloch est bizarrement simpliste et dépourvu d’une chute surprenante. On s’attend dès le début à ce que Duvall se fasse coincer et comme on ne ressent aucune empathie pour lui, le suspense est minimal. Un épisode un peu faiblard donc, à voir pour son acteur principal comme toujours investi et totalement crédible.

 

« LA TAVERNE DE LA JAMAÏQUE » (1939)

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MAUREEN O’HARA

« LA TAVERNE DE LA JAMAÏQUE » est le dernier film anglais d’Alfred Hitchcock avant son grand départ pour les U.S.A. et la première des trois adaptations qu’il tourna d’après l’œuvre de Daphné du Maurier.TAVERNE3

Si le film – récemment restauré – est visuellement magnifique et démontre de brillante manière la maîtrise du tournage en studio du réalisateur et son sens du montage, on peut être dérangé par un gros vice-de-forme du scénario qui dévoile trop rapidement l’identité du chef des naufrageurs, laissant le héros « infiltré » et la jeune première avec constamment deux trains de retard sur le public. Cela désamorce sévèrement le suspense et dévitalise une bonne partie de l’action.

Cela se laisse voir malgré tout, pour la beauté des images, de ces Cornouailles revues et corrigées par les décorateurs, pour une séquence de naufrage étonnamment violente, voire choquante et pour le numéro de cabotinage sans aucun garde-fou de Charles Laughton, également producteur du film. Gros bébé jouisseur et dérangé, il arbore un faux-nez, des sourcils broussailleux qui lui donnent l’air d’un masque de carnaval. Sa gestuelle et sa façon de parler évoquent étrangement Hitchcock lui-même ! La prestation est très excessive et pas toujours cadrée, mais justifiée par son ultime séquence. À ses côtés, une superbe Maureen O’Hara de 19 ans joue avec fougue un joli personnage qui n’a pas froid aux yeux et Leslie Banks (oui, le comte Zaroff !) est totalement méconnaissable sous son maquillage en pirate pas tout à fait ignoble.

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CHARLES LAUGHTON ET MAUREEN O’HARA

« LA TAVERNE DE LA JAMAÏQUE » n’est pas un grand Hitchcock, mais il vaut d’être vu pour sa beauté plastique, pour ses décors minutieusement composés et pour des plans de tempête à couper le souffle.

 

« A MATTER OF MURDER » : Telly Savalas dans « Suspicion »

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DARREN McGAVIN ET PAT CROWLEY

« A MATTER OF MURDER » est un épisode de la 2ème saison de la série « SUSPICION », réalisé par David Lowell Rich.

Le ton en est très singulier, puisqu’il frise le vaudeville criminel et fait évoluer des personnages délibérément caricaturaux dans un suspense quasi-burlesque. Darren McGavin a assassiné sa femme, mais avant qu’il n’ait pu se débarrasser du cadavre au fond d’un lac, sa Rolls Royce est volée par le gang de Telly Savalas. Quand celui-ci découvre le corps dans le coffre, les quiproquos commencent à s’enchaîner. Manipulé par sa maîtresse Pat Crowley, le peu futé McGavin va tenter d’égarer le flic Patrick McVey, pendant que Savalas essaie de refiler la « patate chaude » et de se disculper des soupçons de kidnapping pesant sur sa tête.

C’est indéniablement drôle, on suit ces va-et-vient avec un sourire constant et on se réjouit du numéro de Savalas qui exerce sa verve comique en malfrat constamment excédé, il est vrai mal entouré par une bande de bras-cassés. McGavin est également amusant en apprenti-criminel lent à la détente et trop sûr de lui.

À noter que c’est la toute première fois que Telly Savalas apparaît entièrement chauve à l’écran, avant même « LA PLUS GRANDE HISTOIRE JAMAIS CONTÉE ».

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TELLY SAVALAS

 

« THE SECOND VERDICT » : Martin Landau dans « Suspicion »

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FRANK GORSHIN

« THE SECOND VERDICT » est un épisode de la 2ème saison de « SUSPICION ». C’est aussi le tout premier film réalisé par Lewis Teague (« CUJO ») et – tant qu’à faire – un des meilleurs épisodes de toute la série.

Martin Landau, jeune avocat idéaliste, fait acquitter Frank Gorshin soupçonné de meurtre. Psychopathe avéré, le jeune homme avoue à Landau qu’il était en réalité bel et bien coupable. Tourmenté, l’avocat en parle à un ex-client, le gangster John Marley, qui lui propose de remettre les choses d’équerre à sa façon. Mais rien, évidemment, ne se déroulera comme prévu.

Alors que généralement les téléfilms de cette série de 46 minutes semblent délayés, celui-ci paraît presque trop court, tant les enjeux sont passionnants, les rebondissements bien amenés et le cast impeccable : Landau, par un clin d’œil du destin, connaît exactement les mêmes remises en question que son personnage de « CRIMES ET DÉLITS » tourné 25 ans plus tard, même si les circonstances diffèrent. Il est intense et fébrile comme lui seul sait l’être. Face à lui, Gorshin (le Sphynx de la série « BATMAN ») est un effrayant cinglé et emprunte le rire de hyène de Richard Widmark. On a également droit à l’excellente Sharon Farrell en épouse idiote du tueur, Harold J. Stone en patron du cabinet d’avocats et à Marley parfait en caïd bienveillant et reconnaissant.

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MARTIN LANDAU, JOHN MARLEY (CACHÉ), SHARON FARRELL ET FRANK GORSHIN

Vraiment un remarquable téléfilm, écrit au cordeau, joué à la perfection, qui aurait dû servir de maître-étalon à toute la série.

 

« LA MAISON DU DOCTEUR EDWARDES » (1945)

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UN RÊVE INSPIRÉ DE DALI…

« LA MAISON DU DOCTEUR EDWARDES », sorti dans l’immédiat après-guerre, est une tentative hollywoodienne d’aborder la « psychanalyse pour les nuls », via la technique imparable d’Alfred Hitchcock.SPELLBOUND

Une bonne idée en soi, qui mêle une approche médicale simpliste voire terriblement naïve, avec une sorte d’enquête policière à l’intérieur des rêves d’un imposteur amnésique et potentiellement dangereux. Quand le patient ressemble au jeune Gregory Peck et la psy à la fraîche Ingrid Bergman, il ne faut pas s’attendre à une thérapie trop sérieuse. Ça badine beaucoup, ça skie devant des transparences antédiluviennes, ça s’embrasse à tout-va, ça rêve du Salvador Dali. Les images récurrentes qui hantent Peck (des lignes noires sur un fond blanc) sont très tirées par les cheveux, le dialogue est souvent d’une niaiserie confondante, mais le film fonctionne tout de même. Grâce aux cadrages impeccables de ‘Hitch’, à de jolies trouvailles visuelles, à l’ambiance aseptisée de cette clinique du Vermont, à quelques seconds rôles comme Leo G. Carroll excellent dans un personnage ambigu ou Rhonda Fleming en nympho aux griffes acérées.

Bien sûr, on pourra trouver la BO de Miklós Rózsa envahissante et même franchement contreproductive par moments, on pourra juger la prestation de Peck empesée et inégale. Mais certains moments de pur suspense sont inoubliables (la longue scène du rasoir chez le vieux professeur, la séquence à la gare, etc.) et le sourire de Miss Bergman ferait fondre un glacier, même si son rôle la présente comme une cruche au comportement bien peu professionnel.

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INGRID BERGMAN, GREGORY PECK ET LEO G. CARROLL

Le film a vieilli, incontestablement, mais on se laisse prendre au jeu comme en lisant une BD jaunie qu’on connaît par cœur. Qui pourrait nier le plaisir de ce plan où une grosse main en bois tenant un revolver fait feu, laissant entrevoir une image rouge-sang au milieu d’un film entièrement en noir & blanc ?

 

« A NICE TOUCH » : Anne Baxter dans « Suspicion »

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CHARLENE HOLT

« A NICE TOUCH » est un épisode de la 2ème saison de « SUSPICION », réalisé par Joseph Pevney. Le scénario bâti en flash-backs détaille la rencontre à New York entre une agent de casting snob et cassante (Anne Baxter) et un jeune acteur débutant (George Segal) qu’elle éconduit en l’humiliant.

Le jeune homme va tout faire ensuite pour la séduire, l’utiliser pour obtenir un premier rôle à Hollywood et la manipuler pour qu’elle tue son mari… Un jeu malsain de pervers narcissique (même si on n’utilisait pas encore ce terme dans les sixties) qui joue avec les faiblesses d’une femme complètement soumise.

Dans les gros-plans d’Anne Baxter pendue au téléphone, le visage baigné de larmes, on pense au monologue de Cocteau « LA VOIX HUMAINE », mais la comparaison s’arrête là. Le film est beaucoup trop étiré, redondant, d’une lourdeur insupportable. Il donne vraiment l’impression de n’être qu’un 26 minutes dont on a artificiellement gonflé la durée pour justifier le sous-titre de la série : « THE ALFRED HITCHCOCK HOUR ».

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GEORGE SEGAL ET ANNE BAXTER

Les acteurs font ce qu’ils peuvent mais restent toujours sur la même tonalité, la perversion placide pour Segal, l’aveuglement hystérique pour Baxter. À noter qu’on aperçoit la belle Charlene Holt (« EL DORADO ») à la fin, en épouse de l’acteur, le temps d’une séquence.