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Archives de Catégorie: LES FRANCHISES

« ANIMAL KINGDOM » (2010)

AK.jpgÉcrit et réalisé par David Michôd, « ANIMAL KINGDOM » est une production australienne dont le scénario n’est pas sans évoquer « COMME UN CHIEN ENRAGÉ » (1986), dont il reprend les grands thèmes. Mais le traitement est radicalement différent : alors que le film de James Foley misait tout sur l’esthétique et la mythologie, celui-ci s’ancre dans un réalisme aride et dépourvu de tout sentimentalisme.

C’est un film noir, très noir, sur la famille. En l’occurrence un clan de braqueurs dirigé par une sorte de « Ma Baker », génialement incarnée par Jacki Weaver, au sein duquel vient s’immiscer un neveu (James Frecheville) qui va apporter la destruction et la violence sans le vouloir. L’ambiance est glauque, les sentiments sont primaires, la mort est brusque et survient n’importe quand, sans le moindre effet spectaculaire. Le seul personnage un tant soit peu intelligent et attachant (Joel Edgerton) disparaît délibérément très tôt, pour ne laisser en lice que des brutes épaisses, des drogués paranoïaques, des abrutis. Sur un rythme très lent, accentué par l’utilisation inhabituelle du ralenti, « ANIMAL KINGDOM » englue progressivement dans un enchaînement d’évènements inéluctables dont personne ne sortira indemne. Et l’ado abruti de télé du début va apprendre « à la dure » à devenir adulte. Magnifiquement interprété par un casting homogène et par un refus du cliché « à l’Américaine », le film bénéficie de la présence de Ben Mendelsohn en tueur de sang-froid, Guy Pearce excellent en flic sensible, de Sullivan Stapleton en junkie constamment sur les nerfs. Mais c’est Jacki Weaver qui s’imprime dans la mémoire, véritable monstre à visage humain, qui condamne à mort avec le bon sourire d’une maman compréhensive et s’avère plus dangereuse qu’un serpent à sonnette. À noter tout particulièrement : l’épilogue stupéfiant clôturant l’histoire.

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JACKI WEAVER, GUY PEARCE, JAMES FRECHEVILLE, BEN MENDELSOHN ET SULLIVAN STAPLETON.

Une série TV du même titre, dirigée par Michôd, fut tournée entre 2016 et 2019, avec Ellen Barkin reprenant le personnage de ‘Janine’.

 

« ROBOCOP 3 » (1993)

Tourné trois ans après le n°2, à nouveau scénarisé par Frank Miller, « ROBOCOP 3 » de Fred Dekker (dont c’est le dernier film à ce jour) est un pauvre ersatz du film de Paul Verhoeven, une sorte d’avatar aseptisé et infantile de l’univers créé en 1987, qui marque la fin d’une possible franchise.R3.jpg

Si on retrouve Nancy Allen (qui s’auto-caricature sans vergogne), Robert DoQui et Felton Perry des opus précédents, Peter Weller lui, a laissé la place à Robert John Burke dans le rôle-titre. Et on se rend alors compte qu’il n’est finalement pas si évident de jouer un robot humain ! Le successeur bouge mal, ses postures sont souvent ridicules, ses mouvements prêtent à sourire : on préfère nettement l’ancien modèle ! Outre une photo de téléfilm, des costumes et coiffures à pleurer de ringardise et une bataille rangée finale qui semble directement pompée sur celle de « DEATH WISH 3 », « ROBOCOP 3 » se traîne péniblement et hélas, Burke n’est pas le seul à s’être planté. Tous les seconds rôles sont épouvantables, qu’il s’agisse de John Castle en méchant de service, Bruce Locke en cyborg samouraï (sic !), Rip Torn qui n’a jamais été aussi cabotin, Bradley Whitford ou Jill Hennessy, c’est un défilé incessant de visages inexpressifs ou grimaçants, sans la moindre épaisseur. Serait-ce le réalisateur qui aurait eu des petits manques en matière de direction d’acteurs ? Seuls s’en sortent à peu près CCH Pounder et Daniel von Bargen en leaders de la résistance. Et encore ! C’est parce qu’on les aime bien…

Malgré son sous-texte « révolutionnaire » bien naïf et puéril, « ROBOCOP 3 » est une authentique catastrophe qui galvaude éhontément les bases établies par Verhoeven pour accoucher d’une bouillie aussi stupide que laide à contempler.

 

« LA MALÉDICTION » (2006)

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LIEV SCHREIBER

« LA MALÉDICTION » de John Moore est le remake très fidèle du classique de Richard Donner, sorti exactement 30 ans plus tôt. Et quitte à blasphémer (c’est de circonstances), il n’est pas interdit de considérer que cette nouvelle version améliore le score sur pas mal de points et s’avère être une excellente surprise.OMEN.jpg

En oubliant les comparaisons (ce n’est pas facile tant les scénarios sont proches), on peut prendre un réel plaisir à la vision de ce thriller empreint de démonologie et de superstitions, bénéficiant d’une réalisation efficace et d’une photo souvent magnifique. Liev Schreiber est parfait en ambassadeur incrédule élevant, à son insu, le fils du Diable, Julia Stiles est très bien également avec son étrange visage angoissé. Ils forment un couple crédible et attachant. On peut être moins emballé par le rejeton, le jeune Seamus Davey-Fitzpatrick, plus tête-à-claques qu’inquiétant. David Thewlis est impeccable en photographe fouineur et Pete Postlethwaite parfait en prêtre terrorisé. Mais la vraie grande idée du casting est d’avoir offert le rôle de la nounou démoniaque à Mia Farrow. À la maman de Satan dans « ROSEMARY’S BABY », qui retrouve celui-ci pour le protéger à n’importe quel prix. Elle fait froid dans le dos dans la scène de l’hôpital. Un beau raccourci qui relie le film à tous ses prédécesseurs, au même titre que la séquence à Jérusalem qui fait penser irrésistiblement au début de « L’EXORCISTE ».

« LA MALÉDICTION » adapte très intelligemment le scénario des années 70, le dépoussière sans chercher à tout bouleverser. Les puristes feront certainement la fine-bouche, car le film de Donner était une réussite, mais ce remake méritait d’être tourné et existe vraiment par lui-même.

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JULIA STILES, MIA FARROW, DAVID THEWLIS ET LIEV SCHREIBER

 

« HIGHLANDER » (1986)

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CHRISTOPHE LAMBERT ET CLANCY BROWN

À sa sortie, « HIGHLANDER » avait fait sensation, au point de générer plusieurs sequels et même une série TV. À le revoir aujourd’hui, on peut légitimement se demander pourquoi toute cette agitation.HIGHLANDER

Réalisé par le clipeur australien Russell Mulcahy, c’est un récit fantastique bâti sur un postulat capillotracté : une race d’immortels vivant incognito sur terre, s’entretue depuis des siècles (oui, ils sont un chouïa mortels quand même), jusqu’à ce qu’il n’en « reste plus qu’un ». L’écossais du 18ème siècle Christophe Lambert (sic) arrive donc à New York où il doit affronter l’affreux Clancy Brown pour le prix suprême. Ce n’est pas tant l’absurdité du scénario qui étonne, 35 ans après, que la direction d’acteurs catastrophique (même les figurants sont nuls), les prouesses visuelles sans aucune raison d’être et les partis-pris de réalisation totalement gratuits. Avec son accent improbable, ses ricanements haut-perchés et son « regard-qui-tue » involontairement drôle, Lambert peine à convaincre. Un jeune Liam Neeson aurait certainement été autrement plus crédible. Brown en fait des mégatonnes jusqu’à l’overdose, en espèce de monstre de Frankenstein punkoïde et – curieusement – les comédiennes ne sont vraiment pas des prix de beauté. Reste l’apparition-éclair de Sean Connery dans un rôle de mentor vêtu comme un clown, un bretteur égyptien (sic !) au chapeau emplumé qui traverse ce fatras avec un panache dérisoire et s’en va rapidement, après un duel qu’on dirait sorti d’un spectacle de Johnny Hallyday. Parmi les seconds rôles, on reconnaît un jeune Jon Polito en flic morfal.

« HIGHLANDER » a ses fans, il a laissé de bons souvenirs à une certaine génération. Mais hormis les chansons de Queen et la photo très eighties de Gerry Fisher, on voit mal ce qu’on pourrait recommander là-dedans aujourd’hui. À éviter soigneusement donc, si on ne désire pas gâcher de lointaines sensations cinéphiliques.

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SEAN CONNERY ET CHRISTOPHE LAMBERT

 

« LOVE STORY » (1970)

La seule et unique raison qu’on puisse trouver aujourd’hui à regarder « LOVE STORY » jusqu’au bout, c’est d’essayer d’imaginer que ce terrible pensum ait pu bouleverser le monde entier il y a un demi-siècle et rapporter des millions de dollars. Écrit par Erich Segal, d’après son propre best-seller, réalisé par l’honnête faiseur Arthur Hiller, c’est un nanar de la plus belle eau, où on peine à trouver quoi que ce soit à sauver.LOVESTORY

Le réalisateur plagie maladroitement le style Claude Lelouch (jusqu’à engager son compositeur Francis Lai !), il tourne en son direct parfois inaudible, multiplie les plans « volés » souvent flous, et engage deux trentenaires pour jouer des étudiants qui en ont dix de moins. L’histoire de ce couple d’amoureux, lui gosse de riche rebelle à son milieu, elle fille de pâtissier, n’est pas palpitante, même quand la maladie vient s’en mêler. L’interprétation d’Ali MacGraw, une des pires de mémoire de cinéphile, vient sceller le cercueil du film. Gauche, appliquée, à contretemps, étonnamment peu photogénique, elle plombe le film tout entier et ferait passer son partenaire Ryan O’Neal pour un génie shakespearien. Deux vétérans jouent les papas inquiets : Ray Milland et John Marley, ce qui donne un peu de tenue à la distribution et on aperçoit très brièvement un tout jeune Tommy Lee Jones, en roommate de O’Neal à la fac. Que dire ? Le temps peut être cruel pour certaines œuvres, mais on ne parvient pas à imaginer que « LOVE STORY » ait pu passer un jour pour un bon film. Même pas pour un témoin de son époque. Disons que son succès tient du miracle, tout comme le fait qu’on parvienne à le visionner dans son entier cinquante ans plus tard.

À noter que huit ans après, John Korty réalisa une sequel, « OLIVER’S STORY », toujours écrite par Erich Segal et où O’Neal retrouvait son rôle aux côtés de la plus compétente Candice Bergen.

 

« ALIEN – LE HUITIÈME PASSAGER » (1979)

ALIEN« ALIEN – LE HUITIÈME PASSAGER » de Ridley Scott a 40 ans et fait partie de ces films-phares qu’on hésite à revoir de peur d’être déçu. Heureusement, on ne l’est pas, même si l’âge se fait sentir et que le rythme général semble parfois languissant.

Ce mélange de film d’horreur et de SF a marqué le cinéma par son esthétique tout d’abord, par l’extra-terrestre particulièrement effrayant qui décime l’équipage d’un vaisseau spatial et par le souci de « réalisme » de Scott, qui crée des personnages crédibles, quotidiens, parlant tous en même temps comme dans un film d’Altman. Les « héros » de « ALIEN » n’ont justement rien d’héroïque. On a un capitaine pas trop sûr de lui (Tom Skerritt), un scientifique désagréable (Ian Holm), un officier hystérique (Veronica Cartwright), deux ouvriers râleurs et pénibles (Yaphet Kotto et Harry Dean Stanton), et deux autres officiers (John Hurt et Sigourney Weaver) peut-être plus professionnels que les autres. Ayant fait monter à bord du Nostromo un alien potentiellement dangereux, l’équipe va connaître un sort peu enviable. Anecdote simple, sans surprise, mais traitement visuel somptueux et inventif (merci, Hans Giger !), photo noyée de pénombre et fulgurances de violence bien distillées. Dans son premier rôle principal, Weaver crée le personnage qui la suivra toute sa vie : loin de la tough girl qu’elle est devenue par la suite, Ripley est une « première de la classe » sérieuse et posée, qui semble taper sur les nerfs d’à peu près tout le monde. Elle émerge progressivement comme l’héroïne du film et achèvera son parcours dans un face à face avec le monstre.

« ALIEN » a vieilli, c’est normal. Des écrans d’ordinateurs à certains plans de la créature, on ressent parfois trop l’année de tournage. Mais cela reste un beau morceau de cinéma, une pierre blanche dans le genre dont l’influence se fait encore ressentir aujourd’hui.

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SIGOURNEY WEAVER, JOHN HURT, TOM SKERRITT ET IAN HOLM

À noter que le film sortit dans une version de 117 minutes puis connut un « director’s cut » de 116 minutes sensiblement différent en 2003. C’est cette seconde version qui est chroniquée ici.

 

« 2010 – L’ANNÉE DU PREMIER CONTACT » (1984)

2 010.jpg« 2010 – L’ANNÉE DU PREMIER CONTACT », écrit, réalisé et même… photographié par Peter Hyams, se veut une sequel du « 2001 » de Kubrick, tournée 16 ans plus tard. Le scénario est, et ce dès les premières images, tellement raccroché au film original, qu’il n’arrive jamais à trouver sa propre identité.

Si on veut être méchant, on dirait que « 2010 » ressemble à un double épisode de la série TV « COSMOS 1999 » tourné clandestinement dans les décors du chef-d’œuvre de 1968. C’est statique, bavard, confiné, d’une maladresse souvent sidérante. Quelle idée de vouloir expliquer à tout prix ce qu’on ne faisait que pressentir ou deviner dans le Kubrick ? Tout devient plat, naïf et édifiant, comme ce message lénifiant pour la paix sur terre et la fraternité entre les hommes, qui sous-tend toute l’histoire. Le retour de Keir Dullea dans le rôle de ‘Bowman’ ne fait qu’empirer les dégâts. C’est vraiment le genre d’idée qu’il n’aurait jamais fallu avoir ! Que reste-t-il, alors ? Roy Scheider, déjà. Dans la première partie, il retrouve exactement son look des « DENTS DE LA MER » (il a même des dauphins vivants dans son living-room !), ce qui le rend instantanément familier et sympathique. Il reprend le personnage créé par William Sylvester dans « 2001 ». Il n’a pas grand-chose à faire, à part prendre un air anxieux, ce qu’il fait très bien. À ses côtés, une Helen Mirren de 39 ans en officier russe et des visages familiers comme John Lithgow, Bob Balaban ou Dana Elcar.

Ce n’est donc pas un film indispensable, même pour le fan complétiste de l’univers d’Arthur C. Clarke. Ce n’est que la suite scolaire et bien-pensante d’un grand film presque abstrait dont il brouille un peu le souvenir avec ses gros sabots.

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ROY SCHEIDER ET HELEN MIRREN