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Archives de Catégorie: LES FRANCHISES

« LE HOBBIT » (2012, 2013 & 2014)

HOBBIT2Dix ans après le succès de sa trilogie du « SEIGNEUR DES ANNEAUX », Peter Jackson se lance dans l’adaptation de « LE HOBBIT » de J.R.R. Tolkien, relatant les aventures de Bilbo (Ian Holm) quand il était jeune (Martin Freeman). Autrement dit, et plus prosaïquement, une prequel.HOBBIT

Premier film de cette nouvelle trilogie, « UN VOYAGE INATTENDU » fait réintégrer progressivement l’univers de l’auteur, via un début sorti d’un conte de fées pour enfants, avec héros trouillard, nains paillards et magicien facétieux. Mais le ton s’assombrit rapidement et la quête de cette petite troupe d’exilés (les nains veulent récupérer leur royaume annexé par un dragon) tourne souvent au cauchemar. On est happé par l’imaginaire débridé, des CGI impressionnants et surtout par un scénario structuré aux enjeux forts, tout l’inverse des films de super-héros. On ne voit pas passer les trois heures, on a le souffle coupé par certains morceaux de bravoure (les Trolls mangeurs de chair humaine, l’attaque des Orcs au bord d’une falaise) et on s’abandonne totalement à cet univers qui devient étonnamment familier. On retrouve – dans de plus ou moins brèves apparitions – des revenants d’il y a dix ans, comme Cate Blanchett, Christopher Lee, Elijah Wood et Andy Serkis (ou du moins, ce qu’il en reste, sous les traits du malsain Gollum). Et Ian McKellen domine la distribution en Gandalf rusé et bon-enfant.

« LA DÉSOLATION DE SMAUG » et « LA BATAILLE DES CINQ ARMÉES », sont de nouvelles réussites et se focalisent cette fois sur l’arrivée des Nains et du Hobbit dans la cité au cœur de la montagne, où le dragon Smaug est endormi depuis 60 ans, enseveli sous des tonnes de pièces d’or et de joyaux. Le scénario est un peu plus moralisateur, puisqu’il démontre à quel point l’appât de l’or peut corrompre n’importe quel idéal et transformer le plus pur des héros en paranoïaque avaricieux. Le roi des Nains (Richard Armitage) domine la distribution et se montre remarquable dans la dualité de ce personnage qui cède sporadiquement à ses démons. Une fois encore, comment ne pas être terrassé par l’imaginaire des créateurs ? De Tolkien cela va sans dire, mais aussi de l’équipe de Peter Jackson. La splendeur du dragon lui-même, auquel Benedict Cumberbatch prête sa voix fielleuse, les armées d’Orcs à perte de vue, la colère de Cate Blanchett repoussant les forces du Mal, l’affrontement avec la bête, dans une déferlante d’or fondu, etc. C’est réellement une fête pour l’œil et pour l’esprit, tout en demeurant – grâce au personnage de Bilbo – à hauteur d’homme. Ou du moins de Hobbit ! À noter la présence lumineuse d’Evangeline Lilly en guerrière Elfe rebelle et fière et celle de Luke Evans, excellent en modeste pêcheur réglant un grief familial avec Smaug. À voir absolument donc, sauf pour les arachnophobes qui risquent d’y trouver des images qui hanteront leurs cauchemars pour longtemps ! La trilogie – qui n’est au fond qu’un seul long-métrage de neuf heures, tronçonné en épisodes – s’achève par une énorme bataille autour du château à l’ampleur visuelle phénoménale et s’achève par un épilogue renouant les fils d’une histoire dont la suite fut tournée… dix ans plus tôt.HOBBIT3

Peter Jackson peut s’enorgueillir d’avoir bouclé avec brio et intelligence ces six films extraordinaires à tous points-de-vue, qui ont su transcrire à la perfection l’imagination sans garde-fou de Tolkien.

 

« JOKER » (2019)

JOKERResponsable de grosses comédies « trash » pas bien reluisantes, Todd Phillips ne nous avait pas préparés au choc frontal qu’est « JOKER », une variation sur le personnage du méchant de Batman, qu’il aborde ici sous un angle psychiatrique et scorsesien.

Il y a énormément d’éléments puisés dans « TAXI DRIVER » et « LA VALSE DES PANTINS » dans « JOKER » et la présence de Robert De Niro, dans un rôle à la Johnny Carson, n’est certes pas une coïncidence. En deux heures, le film décortique la descente aux enfers d’un clown dépressif et schizophrène (Joaquin Phoenix), un inadapté social vivant avec sa mère (Frances Conroy) très dérangée elle aussi, et qui va finir par devenir un criminel incontrôlable. Phillips s’amuse à contourner et à recracher les bases créées par la vieille BD de Bob Kane : il imagine même une parenté (réelle ou fantasmée) avec la famille Wayne. Il situe son film en 1981, mais c’est bien de l’Amérique, voire du monde d’aujourd’hui qu’il nous parle. Ce monde où les miséreux se mettent en tête de détruire les ultra-riches et prennent pour modèle et porte-drapeau un fou furieux qui n’en demandait pas tant. Quand Joker flingue des agresseurs dans le métro, comme Paul Kersey 50 ans plus tôt, ce ne sont plus des loubards crasseux, mais des golden boys de Wall Street en goguette ! Les cartes ont été redistribuées et c’est dans cette ère en mutation qu’évolue le protagoniste. Phoenix frise le génie dans ce rôle, sa seule présence génère un stress permanent, une insécurité. Le scénario suit la décomposition mentale et physique du Joker et ménage de vraies surprises (sa relation apparemment si idyllique avec sa jolie voisine) et des moments réellement dérangeants (la fin de la mère à l’hôpital, son passage en direct dans le show de De Niro). C’est donc hypnotisé qu’on assiste à ce terrible spectacle d’une âme à la dérive et aussi, à sa rencontre avec un petit garçon mutique nommé… Bruce Wayne.

« JOKER » est une œuvre unique, qui transcende son matériau de base (on est à des années-lumière d’un film de super-héros DC !) et tend un miroir d’un vomitif réalisme à notre société. Pas gai, mais terrassant de justesse.

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JOAQUIN PHOENIX

 

« RAMBO – LAST BLOOD » (2019)

LASTOn ne juge pas un Rambo comme un film normal. Parce qu’un Rambo, ce n’est pas un film : c’est un Rambo. Ce genre de personnage iconique qu’on a vu naître, s’égarer, retrouver le droit chemin, vieillir… en même temps que nous.

Réalisé par Adrian Grünberg (« KILL THE GRINGO » d’heureuse mémoire), « RAMBO – LAST BLOOD » évoque le scénario de Sylvester Stallone pour « HOMEFRONT ». On retrouve John Rambo 11 ans après le précédent opus, maintenant âgé de 73 ans, vivant dans le ranch de son père avec une gouvernante mexicaine et sa fille qu’il a élevée comme la sienne. Enlevée par des dealers mexicains, elle perdra la vie, lançant l’effroyable vengeance du vieux guerrier. Le scénario est simpliste et la première moitié met du temps à démarrer. Mais ce n’est pas trop grave : on est content qu’on nous laisse tout loisir de prendre des nouvelles de Stallone, comme d’un parent vieillissant. Il tient toujours la forme, affiche un visage étrange, comme artificiel, se meut avec difficulté, mais le charisme n’a pas disparu et quand l’action se déchaîne enfin, il se montre à la hauteur. Le dernier tiers – l’assaut du ranch par une armée de tueurs – est d’une violence insensée, d’une barbarie cathartique à la limite du grand guignol. On décapite, on coupe les jambes à la machette, on arrache les os des thorax et pour clore les réjouissances notre héros très en colère prélèvera à mains nues le cœur de son ennemi encore vivant. Autant d’images inacceptables de complaisance dans n’importe quelle série B, mais bien dans la logique du personnage qui n’est pas seulement un justicier, mais avant tout un « chien de guerre » que rien n’arrête une fois lâché contre ses adversaires.

Il va sans dire que l’intérêt principal vient de Stallone, qui s’en prend autant plein la gueule que Rocky mais manie toujours aussi bien l’arc, les flèches et le couteau de chasse. Les seconds rôles mexicains sont très bien et on retrouve avec plaisir la jolie Paz Vega dans un rôle sous-développé de journaliste aidant Rambo dans sa quête. À noter un générique-fin émouvant, montrant des plans des 4 opus précédents au ralenti. Toute une vie, comme dirait Lelouch ! À voir, par habitude, par affection, par nostalgie. Mais à voir.

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SYLVESTER STALLONE

 

« AMITYVILLE, LA MAISON DU DIABLE » (1979)

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JAMES BROLIN

Inspiré d’évènements réels, le livre de Jay Anson dont est tiré « AMITYVILLE, LA MAISON DU DIABLE » est sorti en 1977, c’est-à-dire la même année que « L’ENFANT LUMIÈRE », le roman de Stephen King dont fut tiré « SHINING ». Mêmes thèmes, déroulements similaires, images récurrentes (le père de famille possédé par une demeure hantée et finissant par attaquer sa famille à la hache). Le film de Stuart Rosenberg est sorti un an avant celui de Stanley Kubrick.AMITYVILLE.jpg

Évidemment, les deux œuvres ne boxent pas dans la même catégorie. Celui qui nous préoccupe aujourd’hui est une honnête série B, qui a plutôt bien vieilli, et bénéficie de deux atouts de poids : la BO glaçante de Lalo Schifrin, un modèle du genre, et l’interprétation de James Brolin, qui traduit finement et de façon plus que convaincante, la dégradation physique et mentale d’un sympathique père de famille en serial killer livide et hirsute. Acteur généralement sous-employé, il trouve là son meilleur rôle et fait pardonner une direction d’acteurs par ailleurs très flottante. Si Don Stroud est très bien en viet-vet entré dans les ordres, Margot Kidder grimace tellement que son visage évoque parfois les masques du théâtre Kabuki. Quant à Rod Steiger, il est complètement hors-contrôle en prêtre hurlant sa détresse à chacune de ses apparitions. Il parvient même à en faire des tonnes lorsqu’il devient aveugle et catatonique ! Rosenberg emprunte copieusement à « L’EXORCISTE » (1973) pour certains détails, il traîne parfois en longueur et ne soigne pas énormément sa photo qui manque clairement d’atmosphère et fait souvent téléfilm, mais « AMITYVILLE » n’en demeure pas moins un film intéressant à plusieurs niveaux, à voir de toute façon pour un Brolin qui aurait mérité une plus belle carrière.

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MARGOT KIDDER, DON STROUD ET ROD STEIGER

 

« SCREAM 4 » (2011)

SCREAM4.jpg« SCREAM » est et restera une trilogie. Et ce n’est pas « SCREAM 4 », sequel tardive et opportuniste, qui changera quoi que ce soit à cet état de faits. Et ce, même si l’équipe s’est reconstituée 11 ans après le n°3, y compris l’auteur Kevin Williamson, absent du précédent.

Tout le monde semble bien fatigué et peu inspiré dans cet opus marquant le retour de Neve Campbell, devenue une romancière célèbre, à Woodsboro. Courteney Cox est maintenant une femme au foyer aigrie et irritante, David Arquette a été promu shérif, mais n’a pas amélioré son QI. Et voilà. Les trois acteurs ont vieilli, c’est normal, et s’effacent derrière la nouvelle génération qui occupe une bonne partie de l’espace. Le scénario est paresseux, répétitif. Il commence et se termine plutôt bien, mais il est plombé par une bonne heure de « ventre mou » en son milieu, c’est-à-dire à peu près la moitié du métrage. Et comme Wes Craven est également en service minimum… Le prêchi-prêcha, certes plein de bon sens, au sujet des méfaits d’Internet sur les « d’jeuns » d’aujourd’hui, est lourdingue et asséné sans subtilité. Même les clins d’œil, beaucoup plus rares que dans les autres films, n’ont plus le peps d’antan. Alors que retenir de cet épilogue tristounet ? Le charme inchangé de Campbell, les visages quelque peu massacrés de Cox et de Mary McDonnell dans une apparition-éclair, l’évidente intelligence de Hayden Panettiere en étudiante à la langue acérée et surtout, surtout, le stupéfiant numéro d’actrice de la jeune Emma Roberts dans un rôle à tiroirs qui, lors de la dernière partie, « bouffe » littéralement tous ses partenaires sans effort et justifie presque l’existence du film. Elle parviendrait presque à rendre crédible l’incroyable !

« SCREAM 4 » n’a pas grand-chose de recommandable et achève la franchise sur un échec sans raison d’être.

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EMMA ROBERTS, DAVID ARQUETTE, NEVE CAMPBELL ET COURTENEY COX

 

« SCREAM 3 » (2000)

SCREAM 3« SCREAM 3 » de Wes Craven, tourné trois ans après le n°2, disserte cette fois avec ironie sur les principes fondamentaux des trilogies cinématographiques. Ce n’est plus Kevin Williamson qui écrit, mais le scénario marche dans les travées des précédents films et on retrouve les protagonistes survivants. Certains pas pour longtemps !

L’action est relocalisée à L.A., dans un studio produisant la franchise des « STAB », Neve Campbell vit maintenant en ermite paranoïaque, Courteney Cox et David Arquette se sont séparés et Liev Schreiber, devenu une star de TV disparaît dès le prologue. Quoi de neuf dans ce n°3 ? Pas grand-chose, à vrai dire. Le tueur masqué revient, enchaîne les meurtres, décime le casting de « STAB 3 » en tournage et cherche Sidney qu’il force à revenir à Hollywood. Le whodunit fonctionne bien, impossible de deviner le coupable avant la révélation finale (on n’a pas d’indices, il faut dire)  et les fausses-pistes sont très bien agencées. La réalisation de Craven semble moins rigoureuse, plus bordélique et cède même par moments à la grosse caricature. Mais les « caméos » sont excellents : Roger Corman en boss du studio, Carrie Fisher en sosie de… Carrie Fisher qui n’a pas obtenu le rôle de la princesse Leïa parce qu’elle « n’a pas couché avec George Lucas » ! On aperçoit aussi Kevin Smith. Parmi les rôles secondaires, Lance Henriksen apparaît en producer passablement glauque, Parker Posey est très drôle en actrice interprétant le rôle de Cox dans « STAB », Emily Mortimer qui joue « Sidney » dans le « film dans le film » est crispante comme toujours.

Même si ce n°3 demeure tout à fait plaisant, qu’on ne s’y ennuie pas un instant, force est de reconnaître que la formule commence à s’user et tourne déjà à vide. C’est du déjà-vu certes distrayant et bien fichu, mais la peur s’est totalement évaporée, et les rouages scénaristiques sont tellement voyants qu’on se laisse paresseusement porter sans attendre la moindre surprise. Fin de la trilogie donc, qui se transformera d’ailleurs en tétralogie 11 ans plus tard.

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PARKER POSEY, COURTENEY COX, DAVID ARQUETTE, NEVE CAMPBELL, PATRICK DEMPSEY ET LANCE HENRIKSEN

 

« SCREAM 2 » (1997)

SCREAM2.jpgTourné un an après le n°1 par la même équipe, « SCREAM 2 » de Wes Craven poursuit son entreprise de mise en abyme généralisée, qui s’étend cette fois non seulement au genre « slasher » mais aussi au premier opus. Lors d’une scène à la fac, les étudiants ne débattent-ils pas de la médiocrité des sequels ?

Le scénario est très bien agencé, tortueux à souhait, bourré de fausses-pistes habiles, de suspects improbables, et maintient l’intérêt pendant deux heures, ce qui est a priori un peu long pour cette catégorie de films. Mais c’est ludique, ultra-violent, le prologue est excellent (un double meurtre pendant la projection de « STAB », le film tiré des évènements du premier film !)  et ce qui fait vraiment la différence avec les séries B habituelles, c’est la qualité du casting, de tout premier ordre. On retrouve Neve Campbell et Courteney Cox, parfaites et très photogéniques, David Arquette un peu diminué mais très sympathique, Liev Schreiber qui ne faisait qu’un passage-éclair l’année précédente, en vrai-faux serial killer inquiétant, le quasi-débutant Timothy Olyphant dans un joli numéro de pétage de plombs à la fin, Laurie Metcalf délectable, David Warner qui apparaît brièvement en prof de théâtre, Sarah Michelle Gellar qui disparaît hélas, un peu vite, et pas mal d’autres visages devenus familiers au fil des années, dont Heather Graham qui reprend le rôle de Drew Barrymore dans le « film dans le film ».

Évidemment, le n°2 est encore plus jouissif quand on le voit à la suite du premier, puisque tous les clins d’œil font mouche (l’apparition de Tori Spelling dans « STAB » mérite des applaudissements, si on comprend l’allusion à une réplique assassine du n°1) et les références à des personnages disparus paraissent couler de source. C’est du cinéma pop-corn intelligent et soigné, qui ne méprise pas son public et offre un moment d’évasion très honorable. Ne pas bouder son plaisir, donc.

SCREAM 2 2

COURTENEY COX, NEVE CAMPBELL, LIEV SCHREIBER, TIMOTHY OLYPHANT ET SARAH MICHELLE GELLAR