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Archives de Catégorie: LES INCLASSABLES

« GEORGY GIRL » (1966)

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LYNN REDGRAVE ET JAMES MASON

« GEORGY GIRL » de Silvio Narizzano est un des grands classiques du ‘swinging London’ des années 60, inspiré d’un roman de Margaret Forster. C’est un peu une aïeule de Bridget Jones, dans un contexte tout à fait différent.GIRL.jpg

Le film tourne tout entier autour de la personnalité et de la performance de Lynn Redgrave, grande fille bien en chair, complexée et délurée en même temps, qui vit avec une belle coloc (Charlotte Rampling) qui quant à elle, multiplie les amants et finit par tomber enceinte. Mais son mari (Alan Bates), employé de banque irresponsable, lassé de la froideur de son épouse, finit par tomber amoureux de… Georgy ! C’est une comédie de mœurs vive et enlevée, drôle et cruelle parfois, qui fait s’attacher à des gens pas très intelligents mais qui tentent de garder une certaine joie de vivre malgré tout. Redgrave est vraiment sympathique et énergique dans le rôle-titre, apportant une vraie profondeur à cette « bonne fille » pas gâtée par la vie, mais toujours prête à aller de l’avant. Bates tient un vrai contremploi de jeune crétin jovial à l’humour lourdingue (on aurait plutôt imaginé quelqu’un comme Albert Finney)  et Rampling assume crânement un rôle totalement antipathique de jolie garce égoïste et sans cœur. Et puis il y a James Mason, parfait en employeur un brin ridicule du père majordome de Georgy, et amoureux de celle-ci depuis des années.

Tout ce petit monde s’agite, s’engueule, se marie, dans un rythme effréné et sur une chanson mémorable des Seekers. Il n’y a rien d’exceptionnel ou d’inoubliable dans « GEORGY GIRL », mais on retrouve le mood si particulier des années 60 capturé par ces images noir & blanc, dans ce Londres disparu.

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CHARLOTTE RAMPLING, ALAN BATES ET LYNN REDGRAVE

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« LES ACTEURS » (2000)

Les films de Bertrand Blier sont pratiquement un genre en soi. Ils ont tous (à deux ou trois exceptions près)  les mêmes qualités et les mêmes défauts : une écriture excessivement libre, poussant sa logique jusqu’à l’absurde, un dialogue acéré, mais aussi une propension à s’essouffler à mi-chemin et à perdre le public en route. « LES ACTEURS » ne fait pas exception à la règle.ACTEURS.jpg

Cela démarre par un trio de comédiens dans de savoureux avatars d’eux-mêmes : André Dussollier, Jacques Villeret et Jean-Pierre Marielle. Ils déjeunent à la Maison du Caviar et tout se met à déraper quand le serveur n’apporte pas un pot d’eau chaude réclamé par le susceptible Marielle. Ensuite, les rencontres s’enchaînent. Avec de bonnes surprises comme Sami Frey très drôle, Gérard Depardieu dans une auto-parodie décomplexée et surtout Jean Yanne fabuleux en médecin des assurances indélicat. L’épisode Pierre Arditi-Jean-Claude Brialy traîne en longueur, l’apparition d’un Alain Delon fantomatique est incongrue, pas drôle du tout, et met un peu mal à l’aise. Le dernier tiers part dans tous les sens, alterne les moments brillants et les saynètes qui tombent complètement à plat. Mais il y a des choses étonnantes malgré tout, comme Jean-Paul Belmondo jouant un abruti constamment mort de rire et se laissant insulter par Michel Serrault hors de lui. C’est surréaliste ! L’auteur ose même aller jusqu’à l’émotion brute, sans fard, avec le monologue de Maria Schneider qui lui colle à la peau ou la conclusion où Blier lui-même et Claude Brasseur parlent au téléphone à leurs célèbres pères disparus.

On ne sait pas trop si « LES ACTEURS » est une réussite ou pas. C’est trop désordonné, sans colonne vertébrale. Mais il vaut certainement le coup d’œil pour la richesse de sa distribution, son goût du délire et pour le trio Dussollier-Marielle-Villeret très savoureux. Dommage qu’ils disparaissent progressivement du scénario.

 

« VELVET BUZZSAW » (2019)

Cinq ans après son intéressant « NIGHT CALL », Dan Gilroy retrouve ses acteurs Jake Gyllenhaal et Rene Russo pour « VELVET BUZZSAW », un film excessivement étrange qu’il est préférable de visionner sans rien en savoir à l’avance.VELVET

Cela démarre comme une satire féroce du monde de l’Art à L.A., avec ses critiques tout-puissants, ses galeristes magouilleurs, ses agents âpres au gain, ses artistes usurpateurs, etc. Quand Zawe Ashton, l’assistante de Russo, découvre par hasard l’œuvre d’un artiste inconnu mort dans son immeuble, elle dérobe ses toiles et décide de les exploiter. Tout ce petit monde de rapaces s’excite, le défunt devient la sensation du moment. Mais c’est oublier un peu vite qu’avant sa mort, il avait cherché à détruire son travail. Des événements bizarres et des morts violentes commencent à s’accumuler.

Le message est clair : quand les marchands du temple ne respectent plus l’Art ni l’artiste, quand les spéculateurs souillent sans scrupules l’essence même de la Création, alors… l’Art se venge ! Message intéressant, original, mais il faut bien le dire, un peu naïf et pas très subtil. Mais le déroulement est intrigant, maintenant une tonalité entre satire et film d’horreur plutôt inédite et en brossant un panorama très caustique de cet univers frelaté. Gyllenhall est très bien en critique gay précieux et tête-à-claques, Russo commence à ressembler à Katharine Hepburn, John Malkovich surjoue comme d’habitude en peintre imbu de lui-même, Toni Collette affublée d’une perruque blonde est amusante en entremetteuse « fouteuse de merde ». Un joli cast de bons acteurs qui rendent le spectacle distrayant et même captivant par moments.

À voir donc ce « VELVET BUZZSAW »(allusion au tatouage que Rene Russo arbore sur l’épaule) qui n’a rien d’un chef-d’œuvre, mais qui parvient à trouver sa petite musique et à vraiment surprendre quand sa narration bifurque vers le fantastique. À tenter.

 

« BANANAS » (1971)

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WOODY ALLEN

« BANANAS » est le second long-métrage réalisé par Woody Allen. On y retrouve son attirance pour le slapstick (son combat permanent contre les machines, sa maladresse maladive) et un goût de l’absurde bien canalisé.bananas

Le scénario suit sa propre logique et narre le destin d’un new-yorkais qui, après une déception amoureuse s’en va pour l’île (imaginaire) sud-américaine de San Marcos, se fait enrôler parmi les rebelles en lutte contre la dictature, jusqu’à devenir lui-même le président après avoir éliminé tous ses ennemis. De retour aux U.S.A., il est jugé, relâché et retrouve sa petite amie (Louise Lasser). Oui, c’est n’importe quoi, mais sur cette trame très relâchée, Allen s’amuse à satiriser l’American Way of Life, la télévision de plus en plus envahissante (et en profite pour anticiper de plusieurs décennies sur la téléréalité) et à peu près tout le reste, du MLF à la technologie. Il y a à prendre et à jeter, bien sûr. C’est filmé avec les pieds, monté à la tronçonneuse, la BO de Marvin Hamlisch est souvent crispante, mais « BANANAS » se laisse regarder, parce qu’on y trouve en cherchant bien des prémices de « ANNIE HALL », des plans de New York annonçant « MANHATTAN » et parce qu’à 36 ans, l’acteur Woody Allen maîtrise déjà parfaitement sa personnalité de cinéma et que quelques plans parviennent à arracher des sourires. Peut-être pas des rires, mais des sourires ! Dans un cast sans grand éclat, Louise Lasser incarne bien la femme des années 70 filmée avec cruauté mais aussi tendresse. Parmi de nombreuses silhouettes, on reconnaît un tout jeune Sylvester Stallone en voyou qui agresse une vieille dame dans le métro. Étonnante rencontre qui surprend et ravit.

À voir, surtout pour le complétiste de l’œuvre allénienne donc, car « BANANAS » n’est tout de même que l’embryon d’un style en devenir.

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ANTHONY CASO, SYLVESTER STALLONE, WOODY ALLEN ET LOUISE LASSER

 

« LA SPLENDEUR DES AMBERSON » (1942)

SPLENDEUR.jpg« LA SPLENDEUR DES AMBERSON » est le second long-métrage réalisé par Orson Welles après le triomphe de « CITIZEN KANE » et déjà, pour lui, le début de la longue chute que fut sa carrière. En effet, on le sait, le film fut drastiquement massacré par la RKO, passant de 148 à… 88 minutes. Qu’en reste-t-il, aujourd’hui ?

C’est une fable excessivement étrange sur une famille riche haïe par tous les habitants de la ville qu’ils possèdent en partie. Un jeune homme (Joseph Cotten) se voit rejeté par la femme qu’il aime (Dolores Costello) une Amberson, et quand il revient en ville vingt ans après, riche veuf accompagné de sa fille (Anne Baxter), c’est pour voir le fils (Tim Holt) de son amour de jeunesse, s’interposer et empêcher cet amour de renaître. Ce n’est pas tant le sujet qui compte ici, mais l’ambiance créée par le chef-opérateur Stanley Cortez (et quelques autres, paraît-il), qui fait de la demeure une sorte de maison hantée où aucune vie ne parvient à pénétrer. Les célèbres contreplongées de Welles deviennent suffocantes et les névroses des personnages s’accentuent progressivement, jusqu’à cette impressionnante crise de nerfs d’Agnes Moorehead, exceptionnelle en vieille fille frustrée et manipulatrice. Cotten a rarement été meilleur qu’en amoureux transi, Holt est vraiment tête-à-claques et les seconds rôles sont tous au diapason d’une direction d’acteurs excessive et enfiévrée.

Œuvre mutilée à jamais, incomplète mais visuellement magnifique, « LA SPLENDEUR DES AMBERSON » est un film-culte pour les cinéphiles européens. En l’état, il n’est pas aisé de s’en faire une opinion tranchée tant il s’avère inégal. Mais les plans sont superbes, les cadrages inventifs et malgré l’ennui qui pointe parfois, des images restent imprimées dans la mémoire.

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JOSEPH COTTEN, TIM HOLT ET AGNES MOOREHEAD

 

« VICKY CRISTINA BARCELONA » (2008)

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PENÉLOPE CRUZ

« VICKY CRISTINA BARCELONA » est le dernier des trois films que Woody Allen tourna avec Scarlett Johansson en vedette. C’est un marivaudage ibérique pas très consistant, sur le séjour de deux amies américaines (Rebecca Hall et Johansson) à Barcelone, où elles tombent amoureuses du même homme, un peintre bohème aux mœurs dissolues (Javier Bardem) et toujours obsédé par son ex-femme (Penélope Cruz).VICKY.jpg

C’est très touristique, bien plus que d’habitude chez Allen, cela voudrait en dire long sur l’amour, la passion, la déception amoureuse, l’obsession, mais au bout du compte, les chassés-croisés des personnages ressemblent à des « amours de vacances » sans conséquence, des caprices de bourgeois désœuvrés en villégiature. Difficile de se passionner pour le sort de Vicky, cartésienne, dépourvue d’humour ou de fantaisie, qui prend un « coup de chaud » avant le confort d’un mariage sans passion ou de Cristina, artiste dans l’âme, mais sans talent, et n’écoutant que sa sensualité exacerbée. Encore moins pour Bardem, sorte d’imposteur chaud-lapin au charme incendiaire. Seul un personnage attise l’intérêt, celui de Penélope Cruz, qui incarne un archétype féminin que Allen connaît par cœur, celui de la « femme-kamikaze » si souvent croisée dans son œuvre, une bipolaire au tempérament de feu, un génie autoproclamé aux redoutables crises de folie et à la sexualité débridée. L’actrice apparaît tard dans le film, mais crève l’écran et redonne un regain d’énergie à toute l’entreprise.

« VICKY CRISTINA BARCELONA » manque de chair et de profondeur, c’est une étude superficielle sur l’éternelle quête amoureuse qui, au bout du compte, ne mène nulle part. Seul l’épisode du ménage-à-trois formé par Bardem, Cruz et Johansson génère un trouble véritable et traite le sujet avec originalité : le couple d’espagnols ne fonctionne en fait que lorsqu’un tiers fait tampon entre eux ! Un petit Woody point déplaisant à regarder, mais sans plus.

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SCARLETT JOHANSSON ET PENÉLOPE CRUZ

 

« L’AMI AMÉRICAIN » (1977)

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BRUNO GANZ

« L’AMI AMÉRICAIN » est une coproduction franco-allemande, écrite et réalisée par Wim Wenders, d’après un roman de la grande Patricia Highsmith. Il fait partie de cette mouvance appelée le « néo-noir », navigant dans les eaux troubles d’une intrigue policière tortueuse et d’un traitement résolument « film d’auteur ».AMI

À Hambourg, un encadreur (Bruno Ganz) leucémique est manipulé par un escroc américain (Dennis Hopper) et un gangster français (Gérard Blain) pour commettre deux assassinats qui assureront la sécurité financière de sa femme (Lisa Kreuzer) et de son fils, quand il sera mort. Mais évidemment, rien n’est simple, l’amitié s’en mêle. L’intrigue est fascinante, elle est idéalement mise en valeur par la photo extraordinaire de Robby Müller, à la fois réaliste et ultra-stylisée, utilisant des taches de couleurs vives (rouge, orange, vert) dans des extérieurs lugubres ou la peinture des véhicules. Cela donne à cette histoire une ambiance de rêve éveillé tout à fait hypnotisante. Il faut bien sûr accepter la lenteur, les zones d’ombre jamais élucidées, le manque d’information sur les protagonistes, mais si on se laisse porter, « L’AMI AMÉRICAIN » vaut vraiment le déplacement. Des morceaux de bravoure comme le meurtre dans le RER parisien ou la longue séquence du train, sont absolument magnifiques. Si l’identification avec Ganz se fait immédiatement et que l’intériorité de l’acteur a rarement été aussi bien exploitée, Dennis Hopper incarne un « Tom Ripley » déconcertant, à moitié fou, enfantin parfois, dont le jeu frôle parfois le n’importe quoi dans ses impros. Mais le duo avec Ganz fonctionne très bien. Parmi les seconds rôles, plusieurs réalisateurs dont Nicholas Ray en faussaire ou Samuel Fuller en caïd à gros cigare.

Il faut aborder « L’AMI AMÉRICAIN » comme un voyage complètement original, sans repères, et se laisser porter par la machiavélique imagination de Mme Highsmith et par l’atmosphère à couper au couteau créée par le chef-opérateur. Adhésion non assurée, c’est certain, mais le film mérite qu’on tente l’aventure.

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DENNIS HOPPER, NICHOLAS RAY ET BRUNO GANZ