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Archives de Catégorie: LES INCLASSABLES

« SIESTA » (1987)

SIESTA

ELLEN BARKIN

Adapté d’un roman de Patrice Chaplin, « SIESTA » est le premier long-métrage de la clipeuse Mary Lambert à qui on devra « SIMETIERRE ». Le thème, celui d’une NDE (Near Death Experience), aurait fait un excellent « court » de 26 minutes, mais le scénario est délayé, étiré jusqu’aux extrêmes limites du possible et le dialogue prétentieux, n’arrange pas les choses.SIESTA2

Il est facile de se gausser d’un tel film, de ses tics « années 80 », de ses vaines coquetteries, de son montage antédiluvien, mais qu’on le veuille ou non, et malgré tout, la magie opère par instants, par flashes. La BO de Miles Davis y est sûrement pour quelque chose, tout comme l’atmosphère presque palpable de ces villages espagnols écrasés de soleil, de ces bâtisses en ruines où erre Ellen Barkin. Seule vraie raison de découvrir « SIESTA », la singulière comédienne à la blondeur sauvage et au corps félin, habite littéralement chaque image. Son rôle n’est pas facile (ATTENTION : SPOILER !), c’est celui d’une âme à la dérive, d’une morte qui ignore qu’elle l’est et qui avance à l’aveugle dans un cauchemar de plus en plus opaque et suffocant. Elle croise une bande de mondains décadents échappés de « LA DOLCE VITA » : l’agaçant Julian Sands, Jodie Foster affublée d’un accent anglais improbable et même Grace Jones qui abrite un rat dans sa robe. Elle retrouve son amant Gabriel Byrne pas très bien casté en bellâtre espagnol et la femme de celui-ci, Isabella Rossellini excessivement jalouse. On aperçoit aussi Martin Sheen en mari largué. Oui, qu’on le veuille ou non, « SIESTA » possède une réelle identité, offre plusieurs fulgurances, mais il est vraiment très daté, parfois un brin ridicule dans ses excès. À voir toutefois, pour Barkin dans sa robe rouge, fantôme parmi les fantômes, sur les notes obsédantes du grand Miles. Quelques bons grains en somme, dans beaucoup trop d’ivraie !

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GABRIEL BYRNE, ISABELLA ROSSELLINI ET ELLEN BARKIN

 

« ACCIDENT » (1967)

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DIRK BOGARDE ET JACQUELINE SASSARD

« ACCIDENT » est un des quatre films que Joseph Losey tourna sur un scénario du grand dramaturge Harold Pinter, qui a adapté un roman de Nicholas Mosley.ACCIDENT

Cela se passe à Oxford et prend pour centre d’intérêt une étudiante autrichienne (la française Jacqueline Sassard) qui réveille la libido de trois hommes apparemment rangés : son professeur Dirk Bogarde dont l’épouse (Vivien Merchant) attend un troisième enfant, l’étudiant Michael York qu’elle tient à distance et le recteur Stanley Baker devenu son amant. Le film démarre sur un accident de voiture qui coûte la vie de York et se poursuit en flash-back sur les circonstances qui ont mené à ce drame. Mais rien n’est aussi simple que ce résumé. Pinter oblige, on erre dans le non-dit, on patauge dans les passions réprimées, les pulsions enfouies, les amours refoulées. Les personnages passent un week-end ensemble à la campagne, où des choses infimes s’expriment par des regards qui se détournent, des sourires esquissés. Ça pourrait être fastidieux, mais la photo de Gerry Fisher est vraiment belle, les gros-plans de Losey sont expressifs et tous les comédiens donnent le meilleur d’eux-mêmes dans des rôles pas toujours clairement définis. Bogarde, roi de l’ambiguïté, à la fois intelligent, pleutre et hypocrite, Baker en macho pas très finaud, Sassard à l’impavide visage de Sphynx, Merchant magnifique comme toujours en épouse au foyer subtile. On voit Delphine Seyrig dans une séquence à Londres, en ex-maîtresse de Bogarde aussi belle que creuse, comme un spectre du passé.

Il serait exagéré d’affirmer que « ACCIDENT » est passionnant. On s’y ennuie poliment, on se laisse porter sans résistance, séduits par la maîtrise du tandem Losey/Pinter et la placide perversion de leur univers feutré.

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STANLEY BAKER, VIVIEN MERCHANT ET DIRK BOGARDE

 

« WELCOME BACK » (2015)

ALOHAÉcrit et réalisé par Cameron Crowe, dont le dernier bon film : « PRESQUE CÉLÈBRE », remonte à déjà 20 ans, « WELCOME BACK » (oui, c’est le titre français !) est une « rom-com » touristique, mâtinée de film d’espionnage, un film sans structure, sans fondations, qui donne l’impression d’être la seconde moitié d’une histoire qu’on aurait prise en route.

Bradley Cooper, ex-militaire au service d’un milliardaire mégalo (Bill Murray), revient à Hawaii où se trouve son ex (Rachel McAdams) et il rencontre une capitaine farfelue (Emma Stone) dont il tombe amoureux. Pour le reste – une vague intrigue de satellites, de trafic d’armes – impossible de s’y intéresser ne serait-ce qu’une seconde : c’est une bouillie bavarde, pleine de sous-entendus incompréhensibles. Alors ? Pourquoi aller jusqu’au bout ? Honnêtement, on ne trouve guère de bonnes raisons, hormis le charme des deux comédiennes, vraiment craquantes dans des rôles ultra-légers qu’elles pourraient jouer dans leur sommeil. Stone est particulièrement adorable, vive et drôle. Ensuite, on retrouve des comédiens sympathiques comme John Krazinski en soldat taiseux qui s’exprime par télépathie (la meilleure scène du film est un dialogue muet sous-titré avec Cooper), Alec Baldwin en général colérique ou la belle Ivana Milicevic de la série TV « BANSHEE » dans une quasi-figuration. Il y a aussi les paysages hawaiiens, bien mis en valeur, une ambiance détendue, alanguie, sensuelle parfois, et de fugitifs instants d’émotion qui parviennent à surnager par miracle.

« WELCOME BACK » est un non-film, un néant sur pellicule dont on ne fait que se demander pourquoi il existe, pour quelle raison il a été produit…

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BRADLEY COOPER ET RACHEL McADAMS

 

« GROOM SERVICE » (1995)

ROOMS.jpg« GROOM SERVICE » est un film à sketches réalisé par 4 réalisateurs à la mode de l’époque en totale liberté, avec en guise de fil rouge, la soirée agitée d’un groom d’hôtel confronté à ses clients déjantés. Autant le dire tout de suite, et ce dès les premières images, ce film est un désastre du début à la fin : décousu, pas drôle, vainement hystérique, aucun segment ne vient relever l’autre, et le jeu survolté, grimaçant et cartoonesque de Tim Roth tape très rapidement sur les nerfs.

« THE MISSING INGREDIENT » d’Allison Anders, voit le groom « violé » par un groupe de sorcières pour lui soutirer du sperme nécessaire à une cérémonie païenne. On y voit Madonna, quelques seins nus, on aperçoit Lili Taylor, Valeria Golino et Sammi Davis qui méritent mieux que cela. L’humour est pachydermique, la chute inexistante. « THE WRONG MAN » d’Alexandre Rockwell voit notre groom sautillant et minaudant, face à un couple de détraqués sexuels (David Proval et Jennifer Beals) jouant des jeux dangereux avec un Magnum .357. C’est plus que nul : c’est consternant ! On dirait un vieux sketch de la série française « MERCI BERNARD ! » filmé sous acide. Vraiment terrifiant. « THE MISBEHAVERS » de Robert Rodriguez est un tout petit cran au-dessus (ce n’est pas très difficile, il faut dire…) et voit ce pauvre Roth forcé de jouer les baby-sitters pour les enfants d’un malfrat mexicain (Antonio Banderas) menaçant. La situation dégénère, comme il se doit, et cela finit par la chambre en feu, un cadavre de prostituée planqué dans un matelas et du vomi partout. Pas de quoi crier au génie, mais il arrive qu’on s’arrache un sourire une fois ou deux.

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QUENTIN TARANTINO, TIM ROTH ET PAUL CALDERON

Et enfin « THE MAN FROM HOLLYWOOD » de Quentin Tarantino où notre groom atterrit dans la chambre d’un réalisateur à la mode (Tarantino lui-même, hélas !) et ses invités, parmi lesquels Bruce Willis. Bâti autour d’un vieil épisode de « ALFRED HITCHCOCK PRÉSENTE » avec Steve McQueen, le scénario est – il fallait s’y attendre – une diarrhée verbale ininterrompue de « QT » qui s’octroie la vedette avec un égocentrisme insensé. Sans doute ce qu’il a fait de pire dans sa carrière ! L’ensemble est une perte de temps complaisante et stupide.

 
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Publié par le 24 juillet 2020 dans COMÉDIES, LES INCLASSABLES

 

« THE HOUSE THAT JACK BUILT » (2018)

JACKÉcrit et réalisé par Lars von Trier, « THE HOUSE THAT JACK BUILT » apparaît comme une sorte de divagation sur la douteuse mythologie du serial killer, qui s’enfonce progressivement dans une imagerie de plus en plus abstraite, qui laisse loin derrière les délires d’un David Lynch avec, en prime, une bonne dose de mauvais goût.

Le scénario est bâti autour d’une discussion « off » entre le tueur (Matt Dillon) et un inconnu auquel il raconte par le menu cinq de ses meurtres les plus atroces. On assiste donc à ces « sketches » tous plus glauques et malsains les uns que les autres, au stockage des cadavres dans une chambre froide, et le tout s’achève par un épilogue ahurissant dans les tréfonds de l’enfer. Que dire ? Cela dure 140 minutes. Soit on zappe directement après la mort d’Uma Thurman, soit on décide d’être curieux et d’aller jusqu’au bout. Le tout est d’être bien prévenu que ça va de pire en pire. C’est indéniablement fascinant, hypnotisant plutôt. Dillon n’a jamais été meilleur qu’en assassin dénué de toute empathie ou même humanité. Il vit ses meurtres gratuits comme la confection d’une œuvre d’art et cette fameuse maison qu’il tente de bâtir tout au long du film sera composée d’un matériau très particulier : les cadavres de toutes ses victimes ! Difficile de se faire une opinion tranchée sur un tel film. On ne peut pas dire que ce soit réellement prétentieux, mais la finalité du projet demeure obscure, l’excès de plans « gore », de scènes atroces (la partie de chasse avec une famille comme gibier, la jeune femme aux seins mutilés), rendent le film quasiment insoutenable par moments. On en ressort avec une vague nausée, un profond désir de ne plus voir de film de serial killers pendant quelque temps. À tenter, ne serait-ce que pour revoir le cher Bruno Ganz dans une de ses ultimes apparitions.

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BRUNO GANZ, UMA THURMAN ET MATT DILLON

 

« THE KINDNESS OF STRANGERS » (2019)

KOSÉcrit et réalisé par la danoise Lone Scherfig, « THE KINDNESS OF STRANGERS » tire son titre d’une réplique de « UN TRAMWAY NOMMÉ DÉSIR » de Tennessee Williams : « J’ai toujours dépendu de la gentillesse d’étrangers ».

Avec une assurance tranquille, l’auteure développe quatre intrigues parallèles, qui ne cessent de se croiser, autour d’un monde en décrépitude où règnent l’égoïsme, l’indifférence, la violence aveugle, où n’importe qui peut se retrouver SDF, où règne une misère aussi concrète que psychologique. Pas de quoi se réjouir donc, mais le panorama est teinté de générosité, d’optimisme jamais béat et d’espoir. Et c’est parce que le scénario ne cède jamais au pathos facile, qu’il parvient à émouvoir profondément. Nous suivons donc une femme battue (Zoe Kazan) fuyant à New York avec ses deux enfants et finissant rapidement à la rue, un jeune homme (Tahar Rahim) sortant de prison, une infirmière solitaire (Andrea Riseborough) au bout du rouleau et un paumé sans attache (Caleb Landry Jones). Par le jeu des coïncidences, leurs destins vont se mêler et une forme d’entraide va naître et les arracher à la misère. L’action tourne autour d’un restaurant russe où tout le monde finit par se retrouver, à tour de rôle ou ensemble. C’est l’ineffable Bill Nighy qui le tient et il est formidable. Un des rares acteurs qui parvienne à faire rire par un imperceptible mouvement de sourcil. Il faut se laisser happer par le charme entêtant de « THE KINDNESS OF STRANGERS », car le jeu en vaut la chandelle. Riseborough est remarquable, forte et fragile, Zoe Kazan est une authentique révélation dans un rôle vraiment pas facile et l’ensemble du casting est à la hauteur.

À découvrir donc, ce film positif sans être jamais naïf, qui apparaît comme ce qui se rapprocherait au plus près d’un conte de fée, au 21ème siècle.

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CALEB LANDRY JONES ET ANDREA RISEBOROUGH

 

« ÉCLAIR DE LUNE » (1987)

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CHER

« ÉCLAIR DE LUNE » est une comédie inclassable de l’éclectique Norman Jewison, située dans la communauté italienne de New York et mettant en scène une famille soudée et conflictuelle confrontée à des problèmes graves traités avec le sourire.LUNE

C’est un film unique, charmant, au dialogue acéré et d’une irrésistible drôlerie, à classer avec « LOVE ACTUALLY » dans la catégorie des « rom-coms » que peuvent apprécier même ceux qui détestent le genre. Rythmé par de vieux airs italiens, par la chanson « That’s amore » susurrée par Dean Martin, « ÉCLAIR DE LUNE » se focalise sur Cher, dans le rôle de sa vie, celui d’une jeune veuve cherchant à se caser avec un brave homme qu’elle n’aime pas (Danny Aiello) et rencontrant le frère de celui-ci, Nicolas Cage, dont elle tombe follement amoureuse. Autoritaire, passionnée, chaleureuse, Cher trouve son emploi idéal et domine un casting d’exception : Cage – un peu trop jeune pour son rôle – dont l’excentricité naturelle épouse parfaitement les contours de ce personnage tourmenté, Vincent Gardenia et la géniale Olympia Dukakis en parents au seuil de la vieillesse, Julie Bovasso en belle-sœur encore verte, Feodor Chaliapin, Jr. irremplaçable en grand-père hurlant à la pleine lune avec ses chiens ou John Mahoney en prof sortant avec ses élèves et finissant toujours par dîner seul. Une galerie de personnages attachants, humains, ridicules et magnifiques, qu’on finit par trouver familiers et extraordinairement sympathiques.

Petit miracle d’équilibre, « ÉCLAIR DE LUNE » parvient à émouvoir et à faire rire dans une même scène, un même plan parfois. La photo est subtile, délicate (David Watkin), la BO vraiment parfaite et le film ne connaît aucun temps mort, pas la moindre complaisance. À voir et revoir, surtout les jours de cafard : c’est radical !

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CHER, VINCENT GARDENIA, FEODOR CHALIAPIN, JR., JULIE BOVASSO, OLYMPIA DUKAKIS, LOUIS GUSS ET NICOLAS CAGE

 

« HABEMUS PAPAM » (2011)

PAPAM.jpg« HABEMUS PAPAM » (« NOUS AVONS UN PAPE » en français) de Nanni Moretti est un très curieux film, mi-comédie, mi-drame, situé au Vatican lors de l’élection d’un nouveau pape, suite au décès du précédent. Cela tombe sur un évêque nommé Melville (clin d’œil à l’écrivain ou au cinéaste ?) joué par Michel Piccoli.

Tout irait pour le mieux dans le meilleur des mondes catholiques, si subitement le pape ne refusait pas de se présenter au balcon et fasse une crise de panique aiguë. Alors que le monde entier ignore encore son identité, Piccoli fait une fugue dans Rome et tente de revenir sur son passé, ses échecs, ses renoncements. Moretti lui-même joue un psy engagé pour parler au pape au début et on se dit que c’est ce qui va constituer le cœur du scénario : le vieil ecclésiastique angoissé face à la psychanalyse. Mais pas du tout (et c’est bien dommage, d’ailleurs !) : le psy reste « prisonnier » au Vatican et se met à organiser des jeux sportifs avec les vieux curés qu’il traite en grands enfants indisciplinés, tandis que Piccoli se fond à une troupe théâtrale jouant Tchekhov. Pourquoi ? Ce n’est franchement pas très clair et l’histoire perd trop rapidement son axe. Il y a çà et là des vignettes amusantes, des répliques fortes, des confrontations intéressantes, mais « HABEMUS PAPAM », tout en demeurant très plaisant, ne va nulle part et la conclusion laisse perplexe. Tout ça pour… ça ? Heureusement, à 86 ans, Piccoli est excellent dans ce personnage confus, qui se rend compte – un peu tard – qu’il préfère être guidé qu’être guide et dont l’attitude provoque un véritable séisme au sein de l’Église. Toujours opaque, ironique, légèrement absent, l’acteur porte le film sur les épaules sans avoir l’air d’y toucher et sans donner toutes les clés de son rôle. Une curiosité donc, indéniablement intrigante, mais laissant sur une certaine déception.

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MICHEL PICCOLI

 

« FAUX SEMBLANTS » (1988)

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JEREMY IRONS

« FAUX SEMBLANTS » de David Cronenberg fait partie de ces films tellement marquants, tellement extrêmes, que – même s’ils ont un impact immédiat sur le spectateur – ne provoquent pas un désir d’être revus fréquemment. De fait, une re-vision semble prouver que rien n’a été oublié, effacé, malgré l’année de production.RINGERS

Œuvre glaciale, déshumanisée, aux décors presque abstraits, c’est un film conceptuel, une fable ultime sur la gémellité, la schizophrénie, la fusion entre deux frères similaires physiquement mais totalement différents mentalement. Jeremy Irons y trouve le (double) rôle de sa vie. C’est par un port de tête différent, une démarche, un regard, qu’il parvient à donner corps aux deux facettes d’un même être : l’un cynique, ambitieux, manipulateur, l’autre naïf, introverti et finalement drogué jusqu’à la moelle. Le fort et le faible qui, l’un comme l’autre, n’existent pas sans leur double. Le milieu choisi, celui de la gynécologie, la vision répétée d’instruments médicaux de plus en plus bizarres voire effrayants, ajoute au malaise généré par ce film fondamentalement malsain, qui évolue aux confins de la folie. Malgré quelques longueurs, une froideur qui finit tout de même par peser un peu, « FAUX SEMBLANTS » n’a rien perdu de sa force visuelle, porté à bout de bras par Irons, acteur pas toujours emballant, qui époustoufle ici par sa sobriété, sa finesse, même dans les situations les plus jusqu’au-boutistes. À ses (leurs) côtés, Geneviève Bujold incarne une actrice névrosée qui tente d’anéantir cette relation fusionnelle et destructrice.

Il faut voir « FAUX SEMBLANTS » même si ce n’est pas une partie de plaisir, car c’est un cinéma d’auteur exigeant et sans garde-fou, typique de la première partie de carrière de Cronenberg. La dernière séquence, l’ultime face à face des jumeaux est traumatisante. Pour public averti.

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JEREMY IRONS, GENEVIÈVE BUJOLD ET HEIDI VON PALLESKE

 

« DINER » (1982)

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MICKEY ROURKE ET ELLEN BARKIN

Premier et peut-être meilleur film de Barry Levinson, qu’il a écrit et réalisé d’après ses souvenirs de jeunesse à Baltimore à la fin des années 50, « DINER » est un petit bijou doux-amer, une chronique drolatique mais teintée d’une profonde nostalgie.DINER

Le scénario s’articule autour du mariage de Steve Guttenberg hâbleur mais toujours puceau, pour lequel se réunissent ses copains d’enfance : Mickey Rourke, garçon-coiffeur perdant tout son argent au jeu, Kevin Bacon surdoué asocial et suicidaire, Daniel Stern déjà marié et malheureux, Paul Reiser casse-pieds patenté et Tim Daly, le moins paumé de la bande. Tous arrivent à l’âge où il va falloir rapidement sortir de l’adolescence, pour ne pas rester sur le bas-côté de la route. Mais aucun n’est prêt à abandonner ses habitudes, ses repas au « diner » local, ses discussions interminables sur le sport ou les chanteurs à la mode. Et on sent à mesure que la cérémonie approche, que tous ne s’en sortiront pas et qu’une époque d’insouciance est en train de s’achever. C’est très finement écrit, la plupart des séquences – même les plus triviales – sont sous-tendues de stress et d’angoisse du lendemain. La photo sombre et parfois ingrate participe de ce mood à la fois joyeux et profondément dépressif. La musique « vintage » et les chansons sont pour beaucoup dans l’atmosphère de « DINER », les décors sont parfaits, immersifs au possible. Mais le vrai miracle réside dans l’homogénéité du casting : on a vraiment l’impression que les acteurs se connaissent depuis toujours. Tout le monde est remarquable, avec une préférence pour Rourke, formidable en loser-né, suave et narcissique, Ellen Barkin en épouse délaissée à la dérive, Bacon exceptionnel dans un rôle complexe, vaguement inquiétant. On devrait tous les citer tant leur alchimie est aveuglante. « DINER » n’a pas pris une ride, il amuse, file le cafard et séduit autant qu’au jour de sa sortie. Et des moments comme la scène de ménage entre Stern et Barkin pour des 33-tours mal rangés, ou le questionnaire sportif auquel Guttenberg soumet sa fiancée pour décider s’il l’épouse ou pas, s’impriment à jamais dans la mémoire pour leur justesse et leur pathétique dérisoire. Un grand petit film, en somme.

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KEVIN BACON, PAUL REISER, MICKEY ROURKE ET STEVE GUTTENBERG