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Archives de Catégorie: LES INCLASSABLES

« À CEUX QUI NOUS ONT OFFENSÉS » (2016)

« À CEUX QUI NOUS ONT OFFENSÉS » d’Adam Smith est un très curieux film sur l’univers des « gens du voyage », très dépaysant au début (on se croirait presque dans un film post-apocalyptique !) et qui se focalise sur la confrontation entre un chef de clan (Brendan Gleeson) et son fils (Michael Fassbender) qui aimerait changer de mode de vie, mais qui en est empêché par son père à la personnalité écrasante.TRESPASS

L’essentiel du scénario se passe dans un campement de caravanes à ciel ouvert, le rythme monotone est brisé par de rares séquences d’action, cambriolages, poursuites de voitures et autres, mais ce qui intéresse manifestement le réalisateur est cette relation père-fils toxique et sans issue, qui si elle n’est pas rompue d’une façon ou d’une autre, se propagera et atteindra le petit-fils.

On a beaucoup de mal à se passionner pour ces personnages décalés, étranges, marginaux, vivant selon leurs propres codes, d’autant que les comédiens n’ont pas, a priori, le physique de l’emploi. Mais la distribution est vraiment brillante et permet de suivre le film jusqu’au bout : Fassbender, sobre, intériorisé, passif dans un rôle complexe d’héritier illettré et pétri de contradictions, Gleeson puissant, manipulateur, haïssable et fascinant, Lyndsey Marshal en épouse patiente, Rory Kinnear en flic exaspéré et surtout Sean Harris, époustouflant en débile mental crasseux aux pulsions pyromanes.

« À CEUX QUI NOUS ONT OFFENSÉS » se laisse voir, mais demande un peu de patience. Quelques séquences surnagent (Fassbender essayant d’acheter honnêtement un chiot) et certains face-à-face valent le coup d’œil… et l’effort.

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« LA NUIT DU LENDEMAIN » (1969)

NIGHT.jpgDernier film de la longue traversée du désert de Marlon Brando avant son comeback inespéré trois ans plus tard, « LA NUIT DU LENDEMAIN » de l’anglais Hubert Cornfield, est un des pires fleurons de sa filmographie, qui compte un nombre conséquent de navets, oubliés pour la plupart.

Tourné au Touquet, le film conte le kidnapping d’une jeune fille riche (Pamela Franklin) par une bande de bras-cassés incompétents et névrosés : un faux chauffeur emperruqué (Brando), une junkie affublée d’à peu près le même postiche blond que lui (Rita Moreno), son mollasson de frère (Jess Hahn) et un psychopathe sadique (Richard Boone) qui n’attend qu’une occasion pour les trahir. L’essentiel du scénario est confiné dans une maison du bord de mer où se planquent les malfaiteurs avec leur otage. Que dire ? C’est d’une lenteur mortifère, si on ne devait garder que les séquences réellement utiles à l’avancée du récit, le film durerait à peine vingt minutes. Les dialogues – visiblement tous improvisés – sont d’une pauvreté et d’une bêtise sans nom. Les colères de Brando tombent comme des cheveux (factices) sur la soupe et Boone qui paraît s’amuser beaucoup, fait rigoureusement n’importe quoi. Il paraîtrait que le tournage fut un cauchemar et que Boone remplaça Cornfield après que celui-ci ait été éjecté par Brando. C’est bien possible, tant le résultat est décousu, sans queue ni tête. Quant au « twist » final qui ose nous refaire le coup du « tout cela n’était qu’un rêve », on a peine à y croire !

Rien à sauver, pas même une idée ou une ambiance. C’est le zéro et l’infini. À noter que l’acteur Al Lettieri qui tient un petit rôle de pilote, est également crédité comme « producteur associé ». Il retrouvera Brando deux ans plus tard dans « LE PARRAIN » où il jouera ‘Sollozzo’ son plus redoutable rival.

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MARLON BRANDO ET RITA MORENO

 

« LES DÉSAXÉS » (1961)

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ELI WALLACH, MARILYN MONROE, CLARK GABLE ET MONTGOMERY CLIFT

« LES DÉSAXÉS » de John Huston. Voilà bien l’exemple-type du classique du cinéma U.S., du cult-movie adulé de tous, qu’il ne faudrait jamais revoir.MISFITS.jpg

Car ce qui capte l’intérêt – morbide – ce n’est pas le scénario théâtral et pesamment symbolique d’Arthur Miller, sur la fin d’une certaine Amérique et les laissés-pour-compte du progrès, mais bien la contemplation du délabrement physique et moral de ses trois vedettes : un Clark Gable qui fait une bonne décennie de plus que ses 60 ans, perclus et grimaçant, une Marilyn Monroe hagarde et confuse dans la plupart de ses apparitions même quand la scène ne le nécessite pas, et Montgomery Clift – le seul à vraiment s’en sortir – puisqu’il joue justement un égaré qui a pris trop de coups sur la tête. Des comédiens jadis charismatiques et rayonnants de séduction, filmés sans pitié par Huston connu pour son regard acéré et guère avantagés par la photo fade et sans relief du pourtant génial Russell Metty qu’on a connu plus inspiré. Sur deux heures, « LES DÉSAXÉS » fait se croiser à Reno, la ville des divorces, quelques paumés à la dérive, puis les envoie dans une pathétique chasse au mustang dans le désert, dont nul ne sortira indemne. Il y a quelque chose de naïf, d’insistant, de pénible dans l’écriture de Miller qui a bâti son histoire autour de sa femme Marilyn. Ce sera, on le sait, son dernier film, le dernier de Gable aussi. Deux mythes hollywoodiens qui s’effacent tristement, sans éclat.

Si Clift a de jolis moments où son visage abimé fait merveille, c’est Eli Wallach qui accomplit le plus beau travail dans un rôle d’ex-pilote de la WW2, un « gars sympa » dissimulant en réalité une âme noire et mesquine. Thelma Ritter est elle aussi excellente en bonne fille enjouée, tout aussi pitoyable que ses compagnons du week-end. Ils méritent à eux deux qu’on voie ou revoie le film.

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MONTGOMERY CLIFT, CLARK GABLE ET ELI WALLACH

Un drôle de film donc, qui ennuie profondément, agace parfois et gêne souvent. Il y a des légendes qu’on n’a pas forcément envie de voir se déliter, et c’est précisément ce que fait John Huston. Il semblerait que les coulisses du tournage soient plus intéressantes que le film lui-même…

 

« BURN AFTER READING » (2008)

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FRANCES McDORMAND

Coréalisé par Joel et Ethan Coen, « BURN AFTER READING » est une sorte de film-somme, un vrai concentré de leur humour si particulier et de leurs scénarios en apparence policiers, mais complètement gangrénés par l’absurde et le non-sens.untitled

L’histoire fait se croiser un agent de la CIA dépressif après son renvoi (John Malkovich), la gérante d’un club de fitness obsédée par la chirurgie esthétique (Frances McDormand) et son collègue débile mental (Brad Pitt), un obsédé sexuel à la libido en folie (George Clooney), sa maîtresse glaciale (Tilda Swinton) qui est aussi l’épouse de Malkovich. Sans oublier J.K. Simmons, boss de la CIA indolent et adepte des méthodes radicales et définitives. Tous ces personnages ont un point commun : ils sont irrémédiablement stupides, crétins, imbus d’eux-mêmes, incompétents, sans scrupules et… à mourir de rire. Si on capte le « mood » du film, « BURN AFTER READING » est une véritable friandise. Les acteurs sont tous au diapason, avec une mention à la géniale McDormand en virago vulgaire et sans filtre, Pitt extraordinaire en prof de gym décervelé mais enjoué et Malkovich qui, au fond, n’est jamais meilleur que dans ses emplois comiques.

« BURN AFTER READING » ne raconte rien qu’une succession de malentendus, d’erreurs, de coïncidences ridicules. La narration est fluide, l’humour pince-sans-rire règne en maître. Si on aime l’esprit de « BIG LEBOWSKI » ou « ARIZONA JUNIOR », celui-ci est dans la droite lignée. Et surtout, surtout ne pas chercher une seconde à chercher une logique ou même un sens caché à tout cela !

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BRAD PITT, GEORGE CLOONEY ET FRANCES McDORMAND

 

« A GHOST STORY » (2017)

De David Lowery, on avait vu le peu convaincant « LES AMANTS DU TEXAS ». Il reprend le même couple d’acteurs, à savoir Casey Affleck et Rooney Mara (pourquoi changer une équipe qui perd ?)  pour « A GHOST STORY », film « d’auteur » par excellence, très bien reçu par la critique.GHOST.jpg

Déjà, le choix du format carré aux angles arrondis inquiète. Besoin de se singulariser ? Et puis rapidement, le malaise se confirme : photo tristounette, rythme mortifère, plans-séquences anormalement longs. On frôle le carton rouge avec celui où Rooney Mara ingurgite une tarte dans son entier puis s’en va vomir. C’est difficilement supportable pendant qu’on le visionne, et encore pire quand on y repense une fois le film achevé. À quoi cela servait-il ? Quel rapport avec le scénario ?

On s’enlise donc gentiment, on pique du nez, on s’irrite de ce fantôme recouvert d’un drap comme un gamin d’Halloween. Et pourtant… tout n’est pas à jeter dans « A GHOST STORY ». Si on passe sur les coquetteries, l’évidente prétention de l’auteur, on peut trouver poignante l’interminable attente de cet ectoplasme sans visage (bravo à l’absence de vanité d’Affleck !), ces enchaînements abrupts décrivant le temps qui passe, inexorable, ce refus obstiné de disparaître. Oui, même si Lowery teste la patience du public, on trouve quelques pépites dans cette masse inerte qu’est son film. La silhouette du spectre errant dans la maison désertée, remontant le temps, puis le paradoxe ultime des dernières séquences en forme de mise en abyme, font que « A GHOST STORY » mérite tout de même d’être vu. Mais en étant prévenu : ne surtout pas s’attendre à un film d’horreur et se préparer à trouver le temps long. Très long !

 

« THE HOUSEMAID » (2010)

Remake de « LA SERVANTE », classique coréen de 1960, « THE HOUSEMAID » de Sang-soo Im en reprend le scénario, accentuant la dimension sociale du sujet et optant pour une esthétique soignée.HOUSEMAID.jpg

L’histoire, c’est celle de Do-yeon Jeon, une jeune femme pauvre engagée comme nourrice au sein d’une riche famille dont l’épouse est enceinte. Elle devient bientôt la maîtresse du « patron », le narcissique Jung-jae Lee, et finit par tomber enceinte. À partir de ce moment, elle devient une menace pour l’ordre établi et la proie de l’épouse flouée (Woo Seo) et de sa mère impitoyable (Ji-Young Park) qui vont tout faire pour la chasser et la détruire.

La force des films coréens, qu’ils soient policiers, historiques ou psychologiques, c’est qu’ils n’obéissent à aucun code occidental, qu’ils échappent à tous les clichés imposés par Hollywood depuis des décennies, et qu’ils demeurent donc imprévisibles, surprenants, voire choquants, même pour le cinéphile le plus aguerri. C’est encore le cas de « THE HOUSEMAID », œuvre glacée à la lenteur trompeuse, qui décrit des personnages absolument monstrueux, comme cette famille de nantis prêts à dévorer quiconque menacerait leur confort et leur situation dans l’échelle sociale. On suit donc ce drame feutré et sensuel comme on regarderait un suspense. La photo est magnifique, les cadrages sont tous recherchés mais sans ostentation et les comédiens tous remarquables. Mention spéciale tout de même à Ji-Young Park en marâtre digne des sorcières de Walt Disney, à Yuh Jung Yun exceptionnelle dans le rôle difficile de la vieille gouvernante ambiguë mais rattrapée par le remords et Jung-jae Lee fascinant en maître de maison aussi séduisant qu’il est lâche et ignoble.

Du beau cinéma intimiste qui en dit long sans rien asséner et envoûte durablement.

 

« DOWNSIZING » (2017)

De « CITIZEN RUTH » à « NEBRASKA » en passant par « SIDEWAYS » ou « MONSIEUR SCHMIDT », le cinéma d’Alexander Payne, à la fois exigeant et abordable, conceptuel et simple, parvient à faire entendre sa voix singulière dans un cinéma U.S. de plus en plus formaté.DOWN.jpg

« DOWNSIZING », vendu comme une grosse comédie dans laquelle Matt Damon se retrouve réduit à la taille de 12 cm, est un film qui ne cesse de surprendre et de décontenancer, ce qui s’avère au final une vraie qualité. Dans un monde – vraiment pas très éloigné du nôtre – où l’unique solution de survie est de réduire la population aux dimensions des insectes, « DOWNSIZING » laisse sa narration évoluer toute seule d’une thématique à l’autre, paraît improvisé, écrit au fil de la plume et se joue des attentes. Ainsi, quand l’auteur semble prendre parti pour cette communauté néo-hippie en Norvège, c’est pour mieux la ridiculiser dans un revirement inattendu. La seule façon d’apprécier pleinement « DOWNSIZING » est de se laisser porter et de garder un esprit ouvert.

Matt Damon n’a jamais été meilleur qu’en M. Tout le monde malchanceux et indécis, Christoph Waltz est délectable en voyou richissime, odieux et sympathique, Kristen Wiig, Udo Kier et la rayonnante Laura Dern (dans un caméo) font des prestations inspirées. Mais c’est la jeune Hong Chau qui s’accapare la vedette dans un rôle magnifique, drôle et émouvant de survivante au caractère de cochon. Sa relation avec Damon cimente le film tout entier. À voir donc, ce « DOWNSIZING » qui vaut beaucoup mieux que son affiche et n’a vraiment rien à voir avec une comédie style « CHÉRIE, J’AI RÉTRÉCI LES GOSSES ! ». Pas pour tous les goûts, c’est évident, mais le message écolo, finement distillé, est d’une lucidité et d’une clarté imparables.