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Archives de Catégorie: LES INCLASSABLES

« MARTYRS » (2008)

Écrit et réalisé par le français Pascal Laugier, coproduit par le Canada, « MARTYRS » est-il un bon film ? Difficile de répondre à chaud. C’est en tout cas – et même pour l’amateur aguerri de cinéma d’horreur – un des plus insoutenables qu’il soit donné de voir et sans aucun doute un des plus perturbants, dépassant le précédent détenteur du titre : l’également français « IRRÉVERSIBLE ».MARTYRS.jpg

Le scénario démarre par la vengeance d’une jeune femme torturée pendant des années dans un sous-sol (Mylène Jampanoï), puis après un éprouvant massacre, l’horreur qui tombe sur les épaules de son amie et complice (Morjana Alaoui), qui va aller jusqu’aux tréfonds de la souffrance et de l’épouvante. Que dire sans spoiler ? C’est vraiment et extraordinairement choquant du début à la fin, la moindre séquence semble aller encore plus loin que la précédente et cette descente aux enfers, sans la moindre lueur d’espoir, s’achève dans la démence la plus totale, nous laissant sur un énorme point d’interrogation. Celui-là même qui hante l’humanité depuis la nuit des temps.

Si on parvient à s’extirper de l’atmosphère poisseuse, à s’ébrouer pour reprendre pied dans la réalité, on peut déjà affirmer que « MARTYRS » est très bien réalisé, du rythme interne à la qualité des maquillages « gore ». Que l’auteur ne recule devant rien, qu’il va crânement au bout de son propos, quitte à s’aliéner une grande partie du public. Car, répétons-le, le spectacle est terrible, traumatisant pour les âmes sensibles, et touche aux terreurs les plus profondes. Pascal Laugier a certainement passé un cap dans la dramatisation de la souffrance au cinéma en la dépouillant de tout esprit ludique ou cathartique. Impossible à recommander sans un avertissement : on n’en ressort pas tout à fait indemne. À vos risques et périls !

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« L’AMOUR POURSUITE » (1990)

LARGE.jpegDans les années 80, Alan Rudolph avait signé deux films assez curieux, envoûtants comme des impros de jazz : « CHOOSE ME » et « WANDA’S CAFÉ ». « L’AMOUR POURSUITE » endosse à peu près les mêmes défauts (lenteur, absence de structure dramatique, stylisation excessive) mais sans une once du charme de ses prédécesseurs

C’est un mélange peu harmonieux de film de privé des forties et d’hommage à la mode eighties. Un scénario flasque, qui démarre sur un malentendu (notre héros bien ringard commence sa filature en se trompant d’individu) et s’enlise dans une vague histoire de bigamie totalement inintéressante, et de « privée » collant aux basques de notre enquêteur. Oui, c’est aussi consternant que ça en a l’air ! Tom Berenger n’a jamais été doué pour la comédie et ça se confirme ici. Adoptant une « grosse voix » ridicule, une coiffure gominée, alignant les grimaces et les airs ahuris, il est mauvais comme un cochon, aussi mal casté que mal dirigé. Les actrices sont belles, mais pas très gâtées non plus : Anne Archer frise le carton rouge en femme fatale à l’œil trouble, Annette O’Toole et Kate Capshaw font ce qu’elles peuvent de personnages ineptes à peine silhouettés. Seule s’en sort – mais en étant très indulgent – Elizabeth Perkins en détective au cœur d’artichaut. On aperçoit aussi Ted Levine et même Neil Young (sic !) qui ne relèvent pas le niveau.

On sent par instants ce qu’a voulu accomplir Rudolph, un peu ce qu’avait mieux réussi Peter Bogdnovich dans certains de ses films : un polar ultra-cool, non-violent, plein de charme et de romance. « L’AMOUR POURSUITE » en est bien loin, hélas ! C’est un spectacle inerte, amorphe, ennuyeux à mourir au bout de seulement dix minutes et qui ne fait que s’aggraver ensuite. À éviter donc.

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ANNE ARCHER, TOM BERENGER, TED LEVINE ET ELIZABETH PERKINS

 

« INCASSABLE » (2000)

INCASSABLE.jpgQuel étrange projet que « INCASSABLE » écrit et réalisé par M. Night Shyamalan, juste après le succès du « SIXIÈME SENS ». C’est une fable refermée sur elle-même, tentant de philosopher sur la « mythologie » des comic books et particulièrement celle des superhéros justiciers.

L’idée en vaut une autre, mais encore faut-il trouver le ton juste. Et Shyamalan prend tout cela tellement au sérieux, qu’il en devient solennel, sentencieux, voire… un peu ridicule. Pas une once d’humour dans ce scénario où un « M. tout le monde » (Bruce Willis) découvre à 45 ans qu’il a des superpouvoirs grâce à Samuel L. Jackson, un handicapé obsédé par la BD. Ce ne sont pas tant les invraisemblances qui dérangent dans « INCASSABLE », elles font partie intégrante de ce genre. C’est plutôt que l’auteur semble ne pas respecter sa propre logique, ni le cahier des charges qu’il a lui-même mis au point (le héros ne s’est vraiment pas rendu compte jusqu’à maintenant qu’il pouvait soulever d’énormes poids ?). Tout cela est extrêmement lent, on peste contre la mollesse du personnage d’un Willis comme anesthésié, qui se « révèle » dans une séquence d’une ahurissante banalité : vêtu d’un ciré à capuche, il va casser la gueule d’un serial killer qui s’est attaqué à une famille. C’est tout ? Oui, c’est tout. Quant au coup de théâtre final, il est tellement tiré par les cheveux et maladroitement écrit, qu’on peut ne pas le comprendre immédiatement. Dans la colonne des points positifs : une belle photo d’Eduardo Serra (qui fit ses armes en France), de jolis mouvements de caméra et surtout un Jackson incroyablement sobre. En épouse déçue, Robin Wright traîne sa sinistre mine habituelle et forme un bien triste couple avec Willis.

« INCASSABLE » a ses fans. Peut-être faut-il adorer les superhéros pour entrer dans cette histoire alambiquée et naïve jusqu’à l’infantilisme. C’est possible… Mais la façon qu’a Shyamalan d’en parler est tout de même d’une rare prétention.

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SAMUEL L. JACKSON, ROBIN WRIGHT ET BRUCE WILLIS

 

« ASPHALTE » (2015)

Écrit et réalisé par Samuel Benchetrit, « ASPHALTE » offre d’entrée deux surprises : d’abord le format carré de l’image en 1.33 :1. guère usité de nos jours, ensuite le soulagement de constater que, ce qui démarrait comme un drame social sur la vie dans une cité HLM, dérive rapidement sur autre chose.ASPHALT.jpg

Le scénario, doucement farfelu, suit trois histoires en parallèle d’habitants de la dite cité : Gustave Kervern, vieux garçon négligé cloué sur une chaise roulante à la suite d’un AVC, Isabelle Huppert actrice alcoolique et has-been se liant à son jeune voisin Jules Benchetrit et enfin, et surtout une gentille dame algérienne (Tassadit Mandi) qui recueille chez elle un astronaute américain (Michael Pitt) dont la capsule spatiale a atterri sur le toit de son immeuble (sic !). On commence déroutés, prêts à zapper une fois de plus devant un film français confiné et bavard, mais… non. On se laisse prendre par l’humour en demi-teintes, frôlant souvent l’absurde, et surtout par la poésie délicate de cette histoire pleine d’humanité et de générosité, qui pose un œil attendri sur les laissés-pour-compte de notre société.

Des trois parties, celle de Kervern et de l’infirmière Valeria Bruni Tedeschi (agaçante comme toujours), est la plus faible, la moins touchante. La partie d’Isabelle Huppert parfaite en paumée décavée, inconsciente du temps qui passe, est bien écrite, et celle de l’astronaute est remarquable. Cet improbable naufragé de l’espace en combinaison spatiale qui mange le couscous de la vieille dame en attendant que la NASA vienne le récupérer, est truffée de détails poignants, réels, dans un contexte extravagant. Pitt est très bien en grand gaillard à faciès de bébé et Mandi est extrêmement attachante et drôle. Un bien joli moment entre deux personnages séparés par la barrière de la langue, mais qui finissent par se comprendre. À se demander après coup, si la fascination de la vieille femme pour les soaps américains à la TV qu’elle distingue mal de la réalité, ne lui aurait pas fait inventer de toutes pièces ce « fils de substitution », quand le sien croupit en prison…

Une bonne surprise donc, que ce « ASPHALTE » sorti de nulle part, rattaché à aucun genre, mais qui parvient à faire entendre sa petite musique humaniste.

 
 

« CATFIGHT » (2016)

Écrit et réalisé par Onur Tukel, « CATFIGHT » apparaît au premier abord comme une comédie noire décrivant la haine féroce, sur plusieurs décennies, entre deux « camarades » de fac : Sandra Oh, une bourgeoise snob et égoïste et Anne Heche, artiste lesbienne et égocentrique.CATFIGHT

Mais le film se révèle rapidement plus ambitieux qu’il n’en a l’air. Cela se passe dans un futur proche ou une réalité parallèle. Les U.S.A. sont en guerre et les jeunes partent se faire massacrer par centaines. Et les affrontements entre les deux femmes, de plus en plus brutaux, voire sanglants, deviennent une évidente parabole sur la guerre. Leur relation explosive et jamais résolue démonte les mécanismes immuables enclenchant malheur et désolation. Pris dans cet engrenage, on cesse assez vite de sourire, même jaune, pour contempler avec un certain effarement, ces femmes qui perdent tout : enfants, famille, argent, place dans la société, dans le seul but d’assouvir cette inimitié absurde dont on ne connaîtra jamais les fondements. Les confrontations physiques sont d’une violence insensée, amplifiées par le bruitage des coups qui rappelle les spaghetti westerns. On a rarement vu des bagarres d’une telle violence entre deux femmes à l’écran et celles-ci durent longtemps, jusqu’au malaise. « CATFIGHT » n’est donc pas une grosse comédie de baston, mais il s’attaque frontalement à pas mal de tares de la vie contemporaine. La critique acide du monde l’art moderne par exemple, est d’une causticité inouïe, tout comme le regard que porte l’auteur sur les inégalités sociales. Et ne parlons même pas de ce talk show politique quotidien où intervient un « péteur » qui vient détendre l’atmosphère et émettant de bruyantes flatulences, et que le public adore.

À voir donc, ce « CATFIGHT » noir, sans issue, d’une méchanceté telle, qu’il en oublie l’humour et le second degré. Et surtout pour Anne Heche et Sandra Oh, impliquées et aussi inquiétantes l’une que l’autre.

 

« THE NEON DEMON » (2016)

La filmographie de Nicolas Winding Refn est composée de hauts et de bas, et c’est trop souvent qu’il cède à son péché mignon, c’est-à-dire l’extrême lenteur, non dénuée d’une certaine prétention.NEON.jpg

« THE NEON DEMON » se situe plutôt dans cette tendance à la complaisance et à l’auteurisme esthétisant, sans pour autant être complètement à rejeter. Comme souvent influencé par David Lynch, Refn marche dans les travées de « MULHOLLAND DR. » pour suivre une très jeune fille (Elle Fanning, impavide) lors de son arrivée à L.A. dans le milieu des top models qui s’arrachent les faveurs des photographes à la mode. Naïve et confiante, notre « Alice au pays des anorexiques » va changer peu à peu, prendre conscience du pouvoir que lui confèrent sa jeunesse et sa beauté naturelle, et se confronter à un univers impitoyable, voire (littéralement) cannibale. C’est loin d’être inintéressant, souvent traversé d’éclairs fulgurants, mais l’absence de rythme s’avère très préjudiciable. Chaque plan ressemble à une photo d’art (Natasha Brier), mais il dure beaucoup trop longtemps et finit par lasser, voire irriter. Tout comme les choix faits au mixage entre le silence total et la musique poussée à fond. Il reste heureusement quelques images marquantes, comme ce puma dans la chambre de motel, toute la fin où la jeune héroïne est assaillie par une meute de harpies jalouses et sans pitié. Mais il y a des moments franchement glauques, comme cette scène « d’amour » nécrophile (et lesbienne, pour faire bonne mesure) dans une morgue. Dans ce maelstrom d’images et de sons qu’on devine pas complètement maîtrisé, on aperçoit Keanu Reeves en gérant de motel malsain et Christina Hendricks en directrice d’agence de mannequins.

À voir à ses risques et périls donc, ce « THE NEON DEMON », visuellement accrocheur, mais scénaristiquement un peu faiblard tout de même.

 

« GEORGY GIRL » (1966)

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LYNN REDGRAVE ET JAMES MASON

« GEORGY GIRL » de Silvio Narizzano est un des grands classiques du ‘swinging London’ des années 60, inspiré d’un roman de Margaret Forster. C’est un peu une aïeule de Bridget Jones, dans un contexte tout à fait différent.GIRL.jpg

Le film tourne tout entier autour de la personnalité et de la performance de Lynn Redgrave, grande fille bien en chair, complexée et délurée en même temps, qui vit avec une belle coloc (Charlotte Rampling) qui quant à elle, multiplie les amants et finit par tomber enceinte. Mais son mari (Alan Bates), employé de banque irresponsable, lassé de la froideur de son épouse, finit par tomber amoureux de… Georgy ! C’est une comédie de mœurs vive et enlevée, drôle et cruelle parfois, qui fait s’attacher à des gens pas très intelligents mais qui tentent de garder une certaine joie de vivre malgré tout. Redgrave est vraiment sympathique et énergique dans le rôle-titre, apportant une vraie profondeur à cette « bonne fille » pas gâtée par la vie, mais toujours prête à aller de l’avant. Bates tient un vrai contremploi de jeune crétin jovial à l’humour lourdingue (on aurait plutôt imaginé quelqu’un comme Albert Finney)  et Rampling assume crânement un rôle totalement antipathique de jolie garce égoïste et sans cœur. Et puis il y a James Mason, parfait en employeur un brin ridicule du père majordome de Georgy, et amoureux de celle-ci depuis des années.

Tout ce petit monde s’agite, s’engueule, se marie, dans un rythme effréné et sur une chanson mémorable des Seekers. Il n’y a rien d’exceptionnel ou d’inoubliable dans « GEORGY GIRL », mais on retrouve le mood si particulier des années 60 capturé par ces images noir & blanc, dans ce Londres disparu.

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CHARLOTTE RAMPLING, ALAN BATES ET LYNN REDGRAVE