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Archives de Catégorie: LES INCLASSABLES

« THE HOUSEMAID » (2010)

Remake de « LA SERVANTE », classique coréen de 1960, « THE HOUSEMAID » de Sang-soo Im en reprend le scénario, accentuant la dimension sociale du sujet et optant pour une esthétique soignée.HOUSEMAID.jpg

L’histoire, c’est celle de Do-yeon Jeon, une jeune femme pauvre engagée comme nourrice au sein d’une riche famille dont l’épouse est enceinte. Elle devient bientôt la maîtresse du « patron », le narcissique Jung-jae Lee, et finit par tomber enceinte. À partir de ce moment, elle devient une menace pour l’ordre établi et la proie de l’épouse flouée (Woo Seo) et de sa mère impitoyable (Ji-Young Park) qui vont tout faire pour la chasser et la détruire.

La force des films coréens, qu’ils soient policiers, historiques ou psychologiques, c’est qu’ils n’obéissent à aucun code occidental, qu’ils échappent à tous les clichés imposés par Hollywood depuis des décennies, et qu’ils demeurent donc imprévisibles, surprenants, voire choquants, même pour le cinéphile le plus aguerri. C’est encore le cas de « THE HOUSEMAID », œuvre glacée à la lenteur trompeuse, qui décrit des personnages absolument monstrueux, comme cette famille de nantis prêts à dévorer quiconque menacerait leur confort et leur situation dans l’échelle sociale. On suit donc ce drame feutré et sensuel comme on regarderait un suspense. La photo est magnifique, les cadrages sont tous recherchés mais sans ostentation et les comédiens tous remarquables. Mention spéciale tout de même à Ji-Young Park en marâtre digne des sorcières de Walt Disney, à Yuh Jung Yun exceptionnelle dans le rôle difficile de la vieille gouvernante ambiguë mais rattrapée par le remords et Jung-jae Lee fascinant en maître de maison aussi séduisant qu’il est lâche et ignoble.

Du beau cinéma intimiste qui en dit long sans rien asséner et envoûte durablement.

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« DOWNSIZING » (2017)

De « CITIZEN RUTH » à « NEBRASKA » en passant par « SIDEWAYS » ou « MONSIEUR SCHMIDT », le cinéma d’Alexander Payne, à la fois exigeant et abordable, conceptuel et simple, parvient à faire entendre sa voix singulière dans un cinéma U.S. de plus en plus formaté.DOWN.jpg

« DOWNSIZING », vendu comme une grosse comédie dans laquelle Matt Damon se retrouve réduit à la taille de 12 cm, est un film qui ne cesse de surprendre et de décontenancer, ce qui s’avère au final une vraie qualité. Dans un monde – vraiment pas très éloigné du nôtre – où l’unique solution de survie est de réduire la population aux dimensions des insectes, « DOWNSIZING » laisse sa narration évoluer toute seule d’une thématique à l’autre, paraît improvisé, écrit au fil de la plume et se joue des attentes. Ainsi, quand l’auteur semble prendre parti pour cette communauté néo-hippie en Norvège, c’est pour mieux la ridiculiser dans un revirement inattendu. La seule façon d’apprécier pleinement « DOWNSIZING » est de se laisser porter et de garder un esprit ouvert.

Matt Damon n’a jamais été meilleur qu’en M. Tout le monde malchanceux et indécis, Christoph Waltz est délectable en voyou richissime, odieux et sympathique, Kristen Wiig, Udo Kier et la rayonnante Laura Dern (dans un caméo) font des prestations inspirées. Mais c’est la jeune Hong Chau qui s’accapare la vedette dans un rôle magnifique, drôle et émouvant de survivante au caractère de cochon. Sa relation avec Damon cimente le film tout entier. À voir donc, ce « DOWNSIZING » qui vaut beaucoup mieux que son affiche et n’a vraiment rien à voir avec une comédie style « CHÉRIE, J’AI RÉTRÉCI LES GOSSES ! ». Pas pour tous les goûts, c’est évident, mais le message écolo, finement distillé, est d’une lucidité et d’une clarté imparables.

 

« MAD DOGS » (1996)

DOGS.jpegQu’est-ce que c’est que « MAD DOGS » ? Difficile de répondre à cette, pourtant simple, question. C’est une sorte de fable totalement irréelle et hors du temps, sur une bande de gangsters d’opérette s’entretuant dans des boîtes de nuit arts-déco, se menaçant suavement, le tout sur des chansons de Sinatra ou Paul Anka.

Il n’y a rien à comprendre, rien à ressentir, juste à contempler de vieux cabots en liberté qui semblent prendre du bon temps dans de beaux costards, et à se retenir de zapper car si on est dans le mood, ce n’est pas désagréable. Juste complètement inconsistant et dépourvu de raison d’être. Réalisé par Larry Bishop, qui s’est octroyé un rôle beaucoup trop présent (on pense au syndrome Shyamalan ou Tarantino), « MAD DOGS » est à voir uniquement pour son casting qui réserve de jolies surprises intergénérationnelles. Le film est dominé par Jeff Goldblum qui n’a jamais autant goldblumisé qu’en tireur d’élite ultra-cool. C’est un festival de sourires énigmatiques, de phrases inachevées, d’yeux mi-clos. Absolument pas dirigé, il s’en donne à cœur-joie mais il faut bien admettre que son personnage est totalement incompréhensible. Richard Dreyfuss est très bien en vieux caïd sorti de l’asile, Gabriel Byrne excellent en prétendant à moitié cinglé, on retrouve avec bonheur Burt Reynolds et Henry Silva aussi hilares l’un que l’autre en « gâchettes », on entrevoit énormément de visages familiers dans des caméos. Et Ellen Barkin et Diane Lane jouent des sœurs sexy et vénéneuses.

Cela fait du beau linge et autant de raisons de se montrer curieux envers « MAD DOGS ». Mais pas d’emballement : pour quelques secondes volées çà, et là, quelques répliques sympathiques, il faut supporter ce scénario décousu et aberrant, souvent ennuyeux à mourir.

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BURT REYNOLDS, ELLEN BARKIN, JEFF GOLDBLUM ET HENRY SILVA

 

« HIROSHIMA MON AMOUR » (1959)

« HIROSHIMA MON AMOUR » est le premier long-métrage de fiction d’Alain Resnais, marqué dans sa première partie par sa formation de réalisateur de documentaires. Les images insoutenables de l’après-bombe à Hiroshima ne sont pas sans évoquer celles de « NUIT ET BROUILLARD ».HIROSHIMA.jpg

Se basant sur un scénario – et surtout des dialogues – de Marguerite Duras, Resnais confronte dans la ville japonaise, une actrice française en tournage (Emmanuelle Riva) et un architecte nippon (Eiji Okada) le temps d’une brève rencontre, où le passé de la jeune femme pendant l’occupation allemande, va remonter, avec ses traumatismes de honte et de disgrâce. Il est très difficile de parler objectivement d’un tel film, devenu depuis un classique quasi-intouchable du cinéma hexagonal. Pourtant, si on peut se laisser envoûter sporadiquement par la voix « off » monocorde, le jeu catatonique des acteurs, les plans de la ville désertée, il n’est pas interdit de s’y ennuyer copieusement et parfois même, d’avoir envie de sourire. Le dialogue de Duras (« Tu me tues… Tu me fais du bien ». « Tu n’as rien vu à Hiroshima »), l’accent souvent impénétrable d’Okada, la diction hachée de Riva, peuvent sombrer dans le ridicule et la préciosité à n’importe quel moment. Et pour peu qu’on ne soit pas réceptif…

Pas d’avis tranché donc, puisqu’on est constamment partagé entre respect et dérision en visionnant « HIROSHIMA MON AMOUR ». Mais reconnaissons au film une forte identité, un vrai culot narratif, surtout en considérant son année de tournage, et quelques beaux gros-plans du visage à la fois serein et tourmenté d’Emmanuelle Riva. À noter, la fugitive apparition d’un tout jeune et tout mince Bernard Fresson, dans le rôle de l’amant allemand de Riva, dans quelques flash-backs.

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EMMANUELLE RIVA ET EIJI OKADA

 

« THE HERO » (2017)

Dans « THE HERO », le prénom du personnage central est un clin d’œil à Lee Marvin et son nom de famille un autre à Sterling Hayden. Cela situe bien l’homme qu’incarne Sam Elliott : une ex-star du western has-been, porté sur les joints et la bouteille et ressassant sa gloire passée.HERO

Le film de Brett Haley relate le moment où ‘Lee Hayden’ apprend qu’il est atteint d’un cancer, sa rencontre avec une jeune femme au caractère bien trempé (Laura Prepon) et ses tentatives de renouer avec sa fille (Krysten Ritter). C’est une sorte de chronique sans réelle structure, qui colle aux basque d’un Sam Elliott usé et au bout du rouleau, un personnage qui lui ressemble énormément – même s’il n’a lui-même jamais été une grande star – et où il peut donner toute la mesure de son registre qui est considérable. En fait, cela finit presque par ressembler à un documentaire sur l’acteur moustachu qui trouve à 73 ans son rôle le plus profond. Il a des scènes extraordinaires comme ces deux lectures diamétralement opposées d’un même texte d’essai pour un film ou cette remise d’un prix plutôt ringard où il est complètement « déchiré ».

Il ne se passe pas grand-chose et le « suspense » tient en fait dans une question : Lee va-t-il se faire soigner ou se laisser mourir ? La présence et l’implication d’Elliott sont telles que cela suffit et qu’on suit cet égoïste sympathique et nonchalant avec intérêt et empathie.

À noter deux brèves apparitions de Katharine Ross (Mme Elliott à la ville) incarnant l’ex-femme de l’acteur.

« THE HERO » est un joli film sensible et parfois incisif, à voir de toute façon parce qu’en un demi-siècle de carrière, Sam Elliott s’est trop souvent contenté de jouer les ‘tough guys’. Il méritait manifestement mieux.

 
 

« MOTHER » (2017)

Dans la filmo de Darren Aronofsky, on trouve de beaux films comme « REQUIEM FOR A DREAM », « THE WRESTLER » et surtout « BLACK SWAN », mais il s’y nichent également des pensums prétentieux comme « THE FOUNTAIN » ou des ratages absolus comme « NOÉ ». « MOTHER » c’est un peu les deux pour le prix d’un !MOTHER

La première partie, montrant un jeune couple (Jennifer Lawrence et Javier Bardem) qui subit une sorte de « home invasion » par un autre couple de sexagénaires (Ed Harris et Michelle Pfeiffer), est intrigante, prenante, n’obéit à aucune règle narrative préétablie. C’est truffé de détails bizarres, inquiétants, frôlant le fantastique. C’est la paranoïa qui règne et l’angoisse va crescendo. Hélas, les envahisseurs disparaissent et la seconde heure est une tout autre paire de manches. Le scénario s’embourbe dans une symbolique de plus en plus lourde et démonstrative sur l’égoïsme destructeur de l’Artiste, sur tout ce qu’il est capable de brûler sans pitié pour parvenir à ses fins, sur sa soif de célébrité, etc. Le problème c’est qu’on comprend vite (trop vite) où l’auteur veut en venir et que l’histoire ne progressant plus du tout, on se retrouve otages d’une succession de scènes stressantes où la maison est assiégée par des fans en délire. L’ambiance est celle d’un cauchemar de fièvre et en cela, c’est plutôt réussi. Mais voir la pauvre Jennifer en train de gémir, de hurler, de rouler des yeux effarés pendant d’interminables minutes, tient de la torture mentale. On n’a qu’une envie : arriver au générique de fin et retrouver un peu de calme !

Reste que Pfeiffer a rarement été meilleure qu’en sangsue envahissante et fielleuse, que Harris est remarquable comme toujours et que la première heure vaut largement le détour. Mais ensuite, Aronofsky part en roue-libre et son propos finalement naïf (la pierre précieuse symbolisant l’Amour !) et dépourvu de vraie profondeur ne risque pas de passionner les foules.

 

« THE ONE I LOVE » (2014)

« THE ONE I LOVE » de Charlie McDowell est une fable à petit budget sur le couple en crise, qui démarre comme une comédie douce-amère à la Woody Allen et évolue en épisode de « THE TWILIGHT ZONE » (série à laquelle il est directement fait allusion dans le dialogue).ONE

Mark Duplass et Elizabeth Moss sont au bord de la séparation. Le psy Ted Danson les envoie en week-end dans une sorte de « cottage » où d’étranges événements commencent à survenir. Dans une dépendance, le couple rencontre ses doubles : comme des versions améliorées d’eux-mêmes et chacun retombe amoureux de cet avatar de son conjoint. Jusque-là, tout va bien, c’est même assez spirituel et parfois drôle dans l’accumulation de quiproquos. Mais quand le quatuor commence à dialoguer, le film s’effondre complètement et part littéralement en quenouilles. D’un modeste et drolatique exercice de style, « THE ONE I LOVE » devient un pensum bavard, confus, voire incompréhensible, avec des dérives fantastiques mal amenées. Et le dernier tiers, bavard, hermétique, gâche complètement l’opinion plutôt positive qu’on pouvait avoir du reste du film.

Mark Duplass, acteur transparent et dépourvu de charme, n’apporte aucune complexité ou ambiguïté à son personnage. Il ne fait clairement pas le poids face à la toujours charmante et piquante Elizabeth Moss qui parvient à insuffler un peu de vie à ce film conceptuel qui étire laborieusement son maigre sujet de court-métrage. Pour elle à la rigueur. Mais vraiment à la rigueur…