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Archives de Catégorie: LES LIVRES ET ARTICLES

« LA FIRME » (1993)

firme2« LA FIRME » fait partie des bonnes adaptations de John Grisham au cinéma. C’est un film carré, ultra-professionnel, très hollywoodien dans sa facture, dans lequel on peine tout de même à discerner la griffe de Sydney Pollack.

Engagé dans une firme d’avocats de Memphis, le jeune Tom Cruise découvre que celle-ci gère totalement le quotidien de ses employés, jusqu’à s’octroyer droit de vie et de mort sur eux. Et surtout que leur principal client est… la mafia dont ils calquent les méthodes expéditives. Coincé entre ses patrons véreux, le FBI et des tueurs lancés à ses trousses, il va s’efforcer de faire imploser le système sans sortir de la légalité. Une bonne trame, sans surprise, mais bien scénarisée, qui maintient l’intérêt sans problème, même si la dernière partie traîne trop en longueur.

La grosse malfaçon de « LA FIRME », c’est Cruise. Avec ses deux expressions, son jeu mécanique, sans la moindre intériorité, il irrite rapidement et influence la généralement fiable Jeanne Tripplehorn, franchement agaçante dans leurs scènes à deux, les moins bien écrites du film. Heureusement, le cast de seconds rôles est d’une richesse exceptionnelle : Gene Hackman magnifique en as du barreau corrompu, dégoûté de lui-même, Holly Hunter drôle en assistante pas très distinguée mais ultra-compétente, Ed Harris en agent du FBI soupe-au-lait, et David Strathairn, Wilford Brimley, Hal Holbrook, Gary Busey parfait en privé truculent, Dean Norris, etc. : un vrai défilé ! On s’étonne pourtant que le généralement subtil Pollack ait choisi Paul Sorvino et Joe Viterelli, caricaturaux à souhait, pour jouer des mafiosi de répertoire à la fin.

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TOM CRUISE, GENE HACKMAN, HOLLY HUNTER ET ED HARRIS

« LA FIRME » se laisse regarder sans passion mais avec l’agréable sensation de chausser des charentaises et de voir un produit d’usine parfaitement manufacturé. Les extérieurs des îles Caïman sont très beaux, les intérieurs cossus joliment filmés et les scènes d’action tiennent la route. À condition de passer outre l’omniprésent Tom et un dialogue souvent plat et fonctionnel, 154 minutes copieuses et point déplaisantes.

 

BERNIE WRIGHTSON : R.I.P.

WRIGHTSON

BERNIE WRIGHTSON (1948-2017), GRAND ILLUSTRATEUR ET DESSINATEUR DE BD, CONNU POUR « LA CRÉATURE DU MARAIS ».

 
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Publié par le 19 mars 2017 dans CARNET NOIR, LES LIVRES ET ARTICLES

 

« THE SPIRIT » (2008)

spirit2Inspiré du comics de Will Eisner créé dans les années 40, « THE SPIRIT » reprend les grandes lignes de la BD et les fusionne avec la technique familière de Frank Miller depuis les adaptations de ses propres « graphic novels » : « 300 » et « SIN CITY ». C’est-à-dire un tournage entièrement sur fond vert avec des décors recréés par CGI en post-production.

Pourquoi pas ? Le premier « SIN CITY » était visuellement très beau. Mais se retrouvant seul aux commandes de « THE SPIRIT », Miller opte pour un ton bizarre, entre l’hommage au ‘film noir’ et la bouffonnerie en roue-libre. Ce qui nous vaut un numéro de cabotinage de Samuel L. Jackson absolument insupportable, dès sa première apparition à l’image. Et comme le héros, Gabriel Macht, n’a strictement aucune personnalité ou semblant de présence, on est obligé de subir les délires de Jackson déguisé en nazi et autres joyeusetés.

Alors oui, l’image est souvent belle, certains plans sont de vrais tableaux, on trouve çà et là et jolies idées (le chat qui suit Spirit partout, les flash-backs sur l’enfance du héros), mais dans l’ensemble c’est un énorme n’importe quoi informe, jamais drôle et qui – pire que tout – ne parvient même pas à intéresser à son pauvre embryon d’intrigue (le sang d’Hercule qui rend immortel ?).

Seule raison de jeter malgré tout un coup d’œil ? Le goût certain du réalisateur pour les « bombes atomiques », puisqu’il réunit rien moins que Eva Mendes d’une sensualité décoiffante, Scarlett Johansson très pince-sans-rire en ‘sidekick’, Sarah Paulson en sage girl friend et dans un petit rôle Paz Vega en danseuse adepte des lames tranchantes. De quoi se consoler un peu du ratage généralisé.

Une belle occasion ratée que ce « SPIRIT », qui aurait pu être un mix de Dick Tracy et Batman et qui n’est, au bout du compte, pratiquement rien. Énervant !

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EVA MENDES, SAMUEL L. JACKSON, SCARLETT JOHANSSON, GABRIEL MACHT ET PAZ VEGA

 

« 300 » (2006)

300Inspiré d’un « graphic novel » de Frank Miller et réutilisant plus ou moins les mêmes méthodes de tournage que « SIN CITY » (coréalisé par le même Miller) sorti l’année précédente, « 300 » est fortement inspiré par le « GLADIATOR » de Ridley Scott (la sauvagerie des batailles, la BO et… les champs de blé). Si on met un moment à s’acclimater à un visuel proche des jeux vidéo, on finit par se laisser happer par l’énergie indéniable de cet univers totalement factice et par l’excellente utilisation des CGI.

Remarqué en 2004 par le formidable « L’ARMÉE DES MORTS », Zack Snyder ne déçoit pas avec « 300 ». Ce n’est qu’après que son parcours commencera à devenir plus discutable. Dans une Grèce antique aux teintes sépia, où tout est recréé digitalement, jusqu’aux abdoms des Spartiates, le film conte la célèbre bataille des Thermopyles où 300 guerriers de Sparte affrontèrent les milliers de soldats perses venus les envahir.

Ça hurle à gorge déployée, ça décapite à tout-va, ça gicle aux quatre coins de l’écran, mais l’aspect artificiel du sang et des mutilations rend le spectacle supportable. Certaines images sont vraiment frappantes et le casting composé de vrais bons comédiens, et pas uniquement de Mr Muscles, finit de séduire : Gerard Butler joue un Léonidas fier et gueulard avec une vraie conviction, Lena Headey est comme toujours très bien dans le rôle de son épouse, Dominic West est abject à souhait en politicien sans honneur (non, ce n’est pas un pléonasme !) et Michael Fassbender joue les guerriers au sourire vorace. On retrouve également l’intense Stephen McHattie et – trop brièvement – le puissant Peter Mensah.

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LENA HEADEY ET MICHAEL FASSBENDER

Un beau péplum donc, qui réinvente un genre tombé en désuétude depuis bien longtemps. Les batailles en particulier, sortes de chorégraphies irréelles alternant ralentis et accélérés, bruitages « gore » et voix déformées, s’impriment durablement dans la mémoire. Peut-être pas un chef-d’œuvre, mais « 300 » vaut largement le coup d’œil.

 

HAPPY BIRTHDAY, MICKEY !

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MICKEY SPILLANE (1918-2006), ROMANCIER CRÉATEUR DE MIKE HAMMER. IL L’INCARNA LUI-MÊME DANS « SOLO POUR UNE BLONDE » EN 1963.

 
 

« THÉRÈSE RAQUIN » (1953)

raquin2Publié en 1867, « THÉRÈSE RAQUIN », roman d’Émile Zola fut souvent adapté au cinéma et même intelligemment démarqué par James M. Cain dans son « FACTEUR SONNE TOUJOURS DEUX FOIS ».

L’adaptation de Marcel Carné, co-signée par le grand Charles Spaak, se déroule à Lyon dans les années 50. Les deux premiers tiers du film sont remarquables d’intensité dramatique, de finesse d’observation, de tension érotique. Et l’interprétation tout en retenue de Simone Signoret atteint des sommets. On se dit qu’on tient là un chef-d’œuvre. Jusqu’au dernier tiers où apparaît le personnage d’un jeune marin maître-chanteur (absent du roman et des autres films qui en seront tirés). Campé par le décourageant Roland Lesaffre. Gauche et empoté, celui-ci accapare l’écran, éclipse les vedettes qui sont subitement reléguées au rang de faire-valoir et détruit littéralement « THÉRÈSE RAQUIN », le détournant de son sens initial : c’est le remords et l’horreur rétrospective de leur acte qui minent la passion entre Thérèse et Laurent et les dressent l’un contre l’autre, pas un stupide délateur. Carné refera exactement la même bourde l’année suivante avec « L’AIR DE PARIS » (chroniqué sur « BDW2 ») où Gabin et Arletty serviront la soupe au même Lesaffre qui n’aura pas fait de progrès entretemps.

On reste donc sur une opinion mitigée, teintée d’agacement, tant la complaisance et la faute sont aveuglantes et gâchent le spectacle. Toutes les scènes chez Mme Raquin (extraordinaire Sylvie !) sont impeccables, captant la mesquinerie de ces existences provinciales étriquées. Raf Vallone – qui évoque un peu Burt Lancaster physiquement – est très bien en camionneur amoureux et sanguin. Et Jacques Duby est plus que parfait en mari souffreteux, gâté-pourri et geignard.

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RAF VALLONE, SIMONE SIGNORET ET SYLVIE

Hélas, la « partie Lesaffre » est beaucoup trop longue et hors-sujet pour que le film ne puisse s’en remettre. C’est d’autant plus rageant que des séquences comme celle du train ou les face-à-face entre Thérèse et sa belle-mère paralysée, laissent deviner le très grand film noir que cela aurait pu (aurait DÛ !) être avec plus de rigueur.

 

« BONJOUR TRISTESSE » (1958)

bonjour2Sans doute faut-il connaître et apprécier la littérature de Françoise Sagan, pour trouver de l’intérêt à « BONJOUR TRISTESSE ». Si ce marivaudage méditerranéen s’achevant de façon tragique n’est déjà pas palpitant en soi, la mise-en-scène rigide et statique d’Otto Preminger n’arrange rien, pas plus que sa direction d’acteurs flottante : quand a-t-on vu David Niven, le plus british des acteurs anglais, plus mal distribué qu’en playboy… parisien avec sa petite moustache en baguette ? Ou Deborah Kerr aussi peu attractive ?

Ce qui intrigue tout de même, c’est la construction passé-présent, courant tout au long du film et plutôt inédite pour l’époque. Si inédite d’ailleurs, que les flash-backs sont en couleur, probablement pour éviter toute confusion. La Côte d’Azur est joliment photographiée, l’ambiance des années 50 bien captée, mais franchement, les drames agitant ces nantis oisifs et têtes-à-claques, de boîtes de nuit en villas de luxe tapent rapidement sur les nerfs.

Reste qu’il est toujours émouvant de revoir Jean Seberg dans n’importe quoi. Tourné entre son premier film, déjà réalisé par Preminger : « SAINTE JEANNE » et « À BOUT DE SOUFFLE » son rôle le plus emblématique, « BONJOUR TRISTESSE » la montre ravissante, névrosée, charmante malgré un jeu assez mécanique et superficiel. Mais son charisme crève l’écran et fait regretter sa carrière si décevante. Parmi les seconds rôles : Mylène Demongeot amusante en idiote enjouée et Walter Chiari en millionnaire sud-américain.

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DEBORAH KERR ET JEAN SEBERG

« BONJOUR TRISTESSE » est certainement le film d’une époque, d’un « mood », mais cette production internationale où tout le monde parle anglais avec plus ou moins d’accent, empêche toute émotion vraie. C’est une approche hollywoodienne d’un sujet bien français et l’apparition de Juliette Greco jouant son propre rôle dans une cave de Saint-Germain et chantant… en anglais, achève de décrédibiliser le tout.