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Archives de Catégorie: POLAR, THRILLER ET FILM NOIR

« TAKEN 2 » (2012)

Quatre ans après, revoici Liam Neeson dans un peu nécessaire « TAKEN 2 », avec grosso-modo la même équipe hormis le réalisateur. Tourné cette fois à Istanbul, le film reprend le schéma du précédent à la différence que c’est Neeson qui est kidnappé et qui appelle sa fille à la rescousse (sic !).taken2

Que dire qu’on n’ait pas déjà exprimé sur le n°1 ? Le scénario est d’une naïveté désarmante, il arrive à bout de souffle après une heure environ et compense le déficit de tension dramatique par une orgie de combats à mains nues et de poursuites en voiture. Peut-être parce qu’on sait maintenant à quoi s’attendre, le film paraît peut-être plus fluide que le précédent, mais il faut à nouveau faire preuve d’une colossale suspension d’incrédulité pour gober certaines situations comme la méthode absurde de notre héros pour se situer : lancer de grenades, ouïe hyper-développée, etc.

Si Maggie Grace n’a pas fait beaucoup de progrès, Famke Janssen voit son rôle s’étoffer un peu (pas trop) et le méchant-en-chef, Rade Serbedzija, est franchement inquiétant, ce qui aide à lester un peu le suspense et à rendre les enjeux plus crédibles (pas trop non plus !). Reste une fois encore l’ami Liam Neeson, un peu alourdi, le visage marqué, très mal à l’aise dans les séquences familiales où il est gauche et emprunté, mais excellent dans l’action physique. Sa haute silhouette, son expression tendue font toujours leur effet et c’est uniquement grâce à lui qu’on parvient à ne pas zapper après la délirante séquence de l’ambassade américaine.

De belles vues de la Turquie, des méchants basanés et mal rasés pittoresques, font de « TAKEN 2 » un spectacle totalement gratuit et sans le moindre enracinement dans le réel. C’est une sorte de BD décomplexée et frénétique, à voir d’un œil distrait et en mettant son sens critique en mode « off ».

 

« LA FIRME » (1993)

firme2« LA FIRME » fait partie des bonnes adaptations de John Grisham au cinéma. C’est un film carré, ultra-professionnel, très hollywoodien dans sa facture, dans lequel on peine tout de même à discerner la griffe de Sydney Pollack.

Engagé dans une firme d’avocats de Memphis, le jeune Tom Cruise découvre que celle-ci gère totalement le quotidien de ses employés, jusqu’à s’octroyer droit de vie et de mort sur eux. Et surtout que leur principal client est… la mafia dont ils calquent les méthodes expéditives. Coincé entre ses patrons véreux, le FBI et des tueurs lancés à ses trousses, il va s’efforcer de faire imploser le système sans sortir de la légalité. Une bonne trame, sans surprise, mais bien scénarisée, qui maintient l’intérêt sans problème, même si la dernière partie traîne trop en longueur.

La grosse malfaçon de « LA FIRME », c’est Cruise. Avec ses deux expressions, son jeu mécanique, sans la moindre intériorité, il irrite rapidement et influence la généralement fiable Jeanne Tripplehorn, franchement agaçante dans leurs scènes à deux, les moins bien écrites du film. Heureusement, le cast de seconds rôles est d’une richesse exceptionnelle : Gene Hackman magnifique en as du barreau corrompu, dégoûté de lui-même, Holly Hunter drôle en assistante pas très distinguée mais ultra-compétente, Ed Harris en agent du FBI soupe-au-lait, et David Strathairn, Wilford Brimley, Hal Holbrook, Gary Busey parfait en privé truculent, Dean Norris, etc. : un vrai défilé ! On s’étonne pourtant que le généralement subtil Pollack ait choisi Paul Sorvino et Joe Viterelli, caricaturaux à souhait, pour jouer des mafiosi de répertoire à la fin.

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TOM CRUISE, GENE HACKMAN, HOLLY HUNTER ET ED HARRIS

« LA FIRME » se laisse regarder sans passion mais avec l’agréable sensation de chausser des charentaises et de voir un produit d’usine parfaitement manufacturé. Les extérieurs des îles Caïman sont très beaux, les intérieurs cossus joliment filmés et les scènes d’action tiennent la route. À condition de passer outre l’omniprésent Tom et un dialogue souvent plat et fonctionnel, 154 minutes copieuses et point déplaisantes.

 

« MANIPULATIONS » (2016)

Les navets, les vrais, les purs et durs, possèdent un superpouvoir : on ne sait pas par quel bout les prendre. On a juste envie de ne pas en parler et de les oublier à tout jamais. Réalisé par le scénariste de TV Shintaro Shimosawa, « MANIPULATIONS » dévoile son abyssale nullité dès ses premières séquences pour ne faire qu’empirer ensuite.manipulations

Vague histoire de filouterie entre avocats et industriels, de faux enlèvement, de ‘whodunit’, d’adultère larvé, le scénario est une enfilade de clichés, de lieux-communs, la mise-en-scène est à peine digne d’un ‘soap opera’ diffusé l’après-midi. Quant à l’acteur principal, Josh Duhamel, il est tellement transparent qu’il pourrait jouer l’homme invisible sans avoir recours aux trucages.

Mais le pire est encore la vraie raison qui pourrait pousser le cinéphile à se pencher sur cette chose : le premier – et très probablement dernier – face-à-face entre deux monstres sacrés du cinéma : Al Pacino, 76 ans et Anthony Hopkins 79 ans. Comment imaginer que leur confrontation autour d’une table de réunion puisse générer aussi peu d’étincelles, au point de provoquer l’assoupissement ? Avachi, hagard, frisotté, l’ex-Scarface se traîne de bureau en bureau, l’air égaré, tandis que l’ex-Hannibal Lecter semble traverser le film en état d’hypnose profonde. Quel incroyable gâchis ! Autour de ces légendes bien fatiguées, on a droit à deux jolies blondes aussi insipides l’une que l’autre : Alice Eve en épouse effacée et Malin Akerman en névrosée dangereuse. On aperçoit également Julia Stiles dans un rôle sacrifié d’agent de sécurité.

Rares sont les films dont on ne peut sauver aucun élément, pas la moindre image, pas même la photo ou la musique. « MANIPULATIONS » rejoint les catastrophes de compétition favorites de « BDW2 » comme « LE PONT DU ROI SAINT-LOUIS » ou « LA LOI ET L’ORDRE » (des films avec De Niro et à nouveau Pacino, tiens…) dans le musée des horreurs cinématographiques à éviter à tout prix.

 

« THE SPIRIT » (2008)

spirit2Inspiré du comics de Will Eisner créé dans les années 40, « THE SPIRIT » reprend les grandes lignes de la BD et les fusionne avec la technique familière de Frank Miller depuis les adaptations de ses propres « graphic novels » : « 300 » et « SIN CITY ». C’est-à-dire un tournage entièrement sur fond vert avec des décors recréés par CGI en post-production.

Pourquoi pas ? Le premier « SIN CITY » était visuellement très beau. Mais se retrouvant seul aux commandes de « THE SPIRIT », Miller opte pour un ton bizarre, entre l’hommage au ‘film noir’ et la bouffonnerie en roue-libre. Ce qui nous vaut un numéro de cabotinage de Samuel L. Jackson absolument insupportable, dès sa première apparition à l’image. Et comme le héros, Gabriel Macht, n’a strictement aucune personnalité ou semblant de présence, on est obligé de subir les délires de Jackson déguisé en nazi et autres joyeusetés.

Alors oui, l’image est souvent belle, certains plans sont de vrais tableaux, on trouve çà et là et jolies idées (le chat qui suit Spirit partout, les flash-backs sur l’enfance du héros), mais dans l’ensemble c’est un énorme n’importe quoi informe, jamais drôle et qui – pire que tout – ne parvient même pas à intéresser à son pauvre embryon d’intrigue (le sang d’Hercule qui rend immortel ?).

Seule raison de jeter malgré tout un coup d’œil ? Le goût certain du réalisateur pour les « bombes atomiques », puisqu’il réunit rien moins que Eva Mendes d’une sensualité décoiffante, Scarlett Johansson très pince-sans-rire en ‘sidekick’, Sarah Paulson en sage girl friend et dans un petit rôle Paz Vega en danseuse adepte des lames tranchantes. De quoi se consoler un peu du ratage généralisé.

Une belle occasion ratée que ce « SPIRIT », qui aurait pu être un mix de Dick Tracy et Batman et qui n’est, au bout du compte, pratiquement rien. Énervant !

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EVA MENDES, SAMUEL L. JACKSON, SCARLETT JOHANSSON, GABRIEL MACHT ET PAZ VEGA

 

« THE STRANGERS » (2016)

Quand commence « THE STRANGERS », on se retrouve immédiatement en terrain familier : des meurtres bizarres dans une région rurale de Corée, on pense évidemment au remarquable « MEMORIES OF MURDER », d’autant que le héros-flic (Do-won Kwak) semble tout aussi incompétent et maladroit que ceux du film de 2003.strangers

Le signature de Hong-jin Na (« THE CHASER », « THE MURDERER ») est plutôt gage de solidité et d’originalité. Aussi est-ce en toute confiance qu’on pénètre dans cet univers dépaysant et volontiers déconcertant. Sur 156 copieuses minutes, le scénario développe une enquête policière d’abord sur un ton de semi-comédie, puis bifurque vers l’horreur avec des références à « L’EXORCISTE » avec le personnage du chaman ou aux films de zombies et pour finir s’achève – et c’est bien là le gros problème du film – dans la confusion la plus totale. En effet, la dernière demi-heure est quasiment incompréhensible et gâche considérablement la bonne impression laissée jusque-là par le film. Des personnages périphériques (le jeune prêtre) prennent subitement une énorme importance, les morts ressuscitent, le diable en personne fait son apparition, les petites filles deviennent des ‘mass murderers’… Et en guise de résolution, on n’a qu’un gros point d’interrogation à se mettre sous la dent. Bref, grosse déception et légère sensation d’avoir été pigeonné. Heureusement, la prestation habitée de Do-won Kwak, qui évolue du rôle de gros plouc trouillard et gaffeur à celui de héros de tragédie, maintient malgré tout l’intérêt autour de sa seule personne.

À prendre et à laisser donc dans « THE STRANGERS », œuvre élaborée et pleine de choses intéressantes, mais qui perd délibérément son public en route pour céder à un hermétisme des plus irritants. Dommage, vraiment…

 

« MECHANIC : RESURRECTION » (2016)

Avant tout, la bonne nouvelle, c’est que « MECHANIC : RESURRECTION » n’a absolument plus aucun rapport, même lointain avec « LE FLINGUEUR » des années 70, à part le patronyme du personnage principal. Ce qui coupe court à l’agacement du cinéphile accro au film de Michael Winner. Jason Statham a plutôt été recyclé en émule de 007, de Jason Bourne, du Ethan Hunt de « MISSION : IMPOSSIBLE » et de… McGyver.mechanic2

Cinq ans après le premier opus, Statham revient donc, quasi-quinquagénaire, avec plus de muscles, davantage de barbe et encore moins de cheveux. Le scénario fait des pieds et des mains pour transformer ce tueur-à-gages en « héros » à part entière : Bishop ne tue plus pour de l’argent (beurk !), mais parce qu’on veut l’obliger à assassiner en kidnappant sa fiancée, elle-même faisant dans l’humanitaire au Cambodge ! Nous sommes donc entre gens de bonne compagnie. Tout est à l’avenant dans ce film débile mais sympathique… Voyages à travers le monde totalement inutiles, séquences d’action qui s’enchaînent mais sans réel suspense, puisque Bishop est 100% inoxydable et s’en sort toujours sans la moindre égratignure, naïvetés énormes (la façon dont il se fait envoyer au bagne), scènes téléphonées (la piscine suspendue). On comprend vite qu’on ne doit surtout pas prendre tout cela au sérieux. C’est du spectacle pour ados fans de grosses bastons et de super-héros de BD. À ce jeu-là, Statham est irremplaçable. Il ne laisse filtrer aucune émotion, assure à fond dans le mouvement félin et les prouesses physiques. Il est bien entouré par Jessica Alba toujours aussi belle, si elle n’est toujours pas devenue une grande tragédienne, par les vétérans Michelle Yeoh et Tommy Lee Jones venus en voisins toucher un gros chèque. Tout le monde a l’air de bien s’amuser et de profiter des magnifiques paysages de Thaïlande. On est bien contents pour eux !

Si le premier film s’efforçait de « moderniser » celui de 1972, celui-ci lorgne du côté des blockbusters d’espionnage actuels et marque probablement le vrai début d’une ‘franchise’ pour l’ami Statham coutumier des sequels après « HYPER-TENSION », « LE TRANSPORTEUR », « EXPENDABLES » et « FAST & FURIOUS ».

 

« INFILTRATOR » (2016)

Inspiré des mémoires d’un flic infiltré dans les cartels de la drogue sud-américaine dans les années 80, « INFILTRATOR » entre dans le vif du sujet dès sa première séquence, impose son personnage principal, une sorte de Fregoli obsédé par son job et le confronte rapidement au plus gros poisson possible : Pablo Escobar et son réseau.infiltrator

La réalisation efficace mais invisible de Brad Furman, la photo contrastée, le montage ultra-nerveux mais toujours lisible, immergent complètement dans ce film stressant, où le moindre faux-pas peut signifier la mort par d’atroces souffrances. Comme toujours dans les histoires d’infiltrés, le scénario traite fondamentalement de mensonge, de trahison, de perte progressive d’identité et de repères. Et l’amitié sincère qui lie le flic (Bryan Cranston) au narcotrafiquant (Benjamin Bratt, excellent) est au cœur des dilemmes.

Passionnant et jamais gratuitement spectaculaire, « INFILTRATOR » doit beaucoup à ses comédiens. À 60 ans, Cranston paraît un peu âgé pour son rôle, mais la finesse de son jeu, l’ambiguïté de ses expressions, compensent largement cela et le voir lutter contre les « narcos », après avoir incarné le pire d’entre eux dans la série « BREAKING BAD » ajoute à la délectation. Il traduit avec une extraordinaire économie de moyens la dualité de son ‘Robert Mazur’, constamment à la limite de la schizophrénie. À ses côtés, le nec plus ultra des seconds rôles : John Leguizamo en coéquipier agité, Diane Kruger qu’on n’a jamais vue meilleure qu’en fliquette novice, Amy Ryan en commissaire pète-sec ou Olympia Dukakis et Jason Isaacs dans un petit rôle d’avocat. Que du très beau linge !

Si le sujet a souvent été traité, et parfois excellemment, « INFILTRATOR » n’en demeure pas moins un bon film, puissamment charpenté, explorant toutes les possibilités de son thème.