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Archives de Catégorie: POLAR, THRILLER, SUSPENSE ET FILM NOIR

« DANS LE NOIR » (2016)

LIGHTS.jpg« DANS LE NOIR » de David F. Sandberg est une série B d’horreur bien écrite, ingénieusement conçue et jouant avec adresse des codes du genre, sans céder au cliché ou à la facilité.

Le scénario suit le destin d’une famille éclatée, dont tous les membres, qu’il s’agisse de la mère (Maria Bello), du jeune fils (Gabriel Bateman) ou de la sœur aînée (Teresa Palmer), sont hantés par « Diana », une terrifiante créature spectrale, allergique à la lumière. Sur une courte durée de 80 minutes, le film parvient à créer une peur bien ancrée dans le réel, à demeurer entre le film de fantômes et celui de possession démoniaque, et surtout à dessiner plus soigneusement que la moyenne des personnages humains, concrets et attachants. On a bien sûr droit à quelques « scare jumps » bien gratinés, à des moments authentiquement angoissants pour les claustrophobes et à un « monstre » esthétiquement très réussi et pourtant, à peine visible lors d’apparitions-éclair de quelques secondes à peine. « DANS LE NOIR » bénéficie d’un bon casting, particulièrement féminin : Maria Bello excellente en dépressive, peut-être schizophrène (le scénario laisse de nombreuses questions sans réponse quant au fin-mot de l’histoire), et la ravissante australienne Teresa Palmer fait preuve d’une belle présence physique et d’une certaine intensité en héroïne traumatisée mais courageuse. Elles aident à donner de l’épaisseur à leurs personnages et donc à crédibiliser le film tout entier.

Tourné dans deux ou trois décors, très bien photographié (Marc Spicer), « DANS LE NOIR » ne révolutionne pas le film d’horreur contemporain, mais il s’efforce de maintenir un premier degré efficace et file le grand frisson à plus d’une occasion.

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GABRIEL BATEMAN, TERESA PALMER, ALICIA VELA-BAILEY ET MARIA BELLO

 

« JOKER » (2019)

JOKERResponsable de grosses comédies « trash » pas bien reluisantes, Todd Phillips ne nous avait pas préparés au choc frontal qu’est « JOKER », une variation sur le personnage du méchant de Batman, qu’il aborde ici sous un angle psychiatrique et scorsesien.

Il y a énormément d’éléments puisés dans « TAXI DRIVER » et « LA VALSE DES PANTINS » dans « JOKER » et la présence de Robert De Niro, dans un rôle à la Johnny Carson, n’est certes pas une coïncidence. En deux heures, le film décortique la descente aux enfers d’un clown dépressif et schizophrène (Joaquin Phoenix), un inadapté social vivant avec sa mère (Frances Conroy) très dérangée elle aussi, et qui va finir par devenir un criminel incontrôlable. Phillips s’amuse à contourner et à recracher les bases créées par la vieille BD de Bob Kane : il imagine même une parenté (réelle ou fantasmée) avec la famille Wayne. Il situe son film en 1981, mais c’est bien de l’Amérique, voire du monde d’aujourd’hui qu’il nous parle. Ce monde où les miséreux se mettent en tête de détruire les ultra-riches et prennent pour modèle et porte-drapeau un fou furieux qui n’en demandait pas tant. Quand Joker flingue des agresseurs dans le métro, comme Paul Kersey 50 ans plus tôt, ce ne sont plus des loubards crasseux, mais des golden boys de Wall Street en goguette ! Les cartes ont été redistribuées et c’est dans cette ère en mutation qu’évolue le protagoniste. Phoenix frise le génie dans ce rôle, sa seule présence génère un stress permanent, une insécurité. Le scénario suit la décomposition mentale et physique du Joker et ménage de vraies surprises (sa relation apparemment si idyllique avec sa jolie voisine) et des moments réellement dérangeants (la fin de la mère à l’hôpital, son passage en direct dans le show de De Niro). C’est donc hypnotisé qu’on assiste à ce terrible spectacle d’une âme à la dérive et aussi, à sa rencontre avec un petit garçon mutique nommé… Bruce Wayne.

« JOKER » est une œuvre unique, qui transcende son matériau de base (on est à des années-lumière d’un film de super-héros DC !) et tend un miroir d’un vomitif réalisme à notre société. Pas gai, mais terrassant de justesse.

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JOAQUIN PHOENIX

 

« THE RETURN » (2006)

RETURN.jpgRéalisé par l’Anglais Asif Kapadia, « THE RETURN » peut apparaître au premier abord comme une banale série B de fantômes, mais au fur et à mesure qu’on pénètre dans les arcanes du film, on se sent happé par sa remarquable ambiance cauchemardesque et par son scénario jamais prévisible, jouant très adroitement des flash-backs.

C’est une histoire de réincarnation et/ou de possession, prenant pour héroïne une jeune femme (Sarah Michelle Gellar) qui semble vivre sa vie dans un rêve éveillé, hantée par des visions violentes, récurrentes, qu’elle ne comprend pas et qui gâchent son existence. Elle se rend dans un trou perdu du Texas où tout semble avoir commencé des années plus tôt. Dans une photo grisâtre, désaturée, de Roman Osin, « THE RETURN » est une étonnante réussite, qui prend le risque de ne jamais quitter un instant sa protagoniste et de laisser le spectateur s’embourber progressivement dans une angoisse poisseuse d’une totale noirceur. C’est très brillamment exécuté, des décors vides ou semblant sortis d’un autre âge, à la bande-son très soigneusement travaillée, jusqu’au moindre effet. Le film doit énormément à l’implication de l’ex-Buffy : amaigrie, le teint hâve, les cheveux noirs de jais, elle traverse le film aux limites de la folie, sans jamais surjouer. À ses côtés, Peter O’Brien manque clairement d’épaisseur, J.C. McKenzie est très inquiétant et on retrouve avec bonheur ce vieux Sam Shepard en père dépassé par les évènements.

Sans être un chef-d’œuvre méconnu (le scénario laisse tout de même beaucoup trop de questions sans réponses), « THE RETURN » par sa haute tenue visuelle et l’originalité de son thème dans un genre trop souvent pollué par les clichés et les redites, est vraiment une heureuse surprise. À découvrir.

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SAM SHEPARD, SARAH MICHELLE GELLAR ET PETER O’BRIEN

 

« ROMANZO CRIMINALE » (2005)

ROMANZO.jpgInspiré d’un roman de Giancarlo de Cataldo, « ROMANZO CRIMINALE » de Michele Placido (qui apparaît brièvement dans un petit rôle) plonge dans l’Italie des années 70, ravagée par la violence et les attentats, et suit une petite bande de voyous rêvant de devenir les rois de Rome.

Le prologue, les montrant adolescents, renvoie immédiatement à « IL ÉTAIT UNE FOIS EN AMÉRIQUE », mais le ton général n’a rien à voir avec la vision romantique de Sergio Leone. Placido filme sans style particulier, adopte une photo désaturée, ne rend jamais ses personnages « bigger than life ». Même s’il s’efforce de leur donner visage humain, ce ne sont que de vulgaires malfrats aux pulsions bestiales, qui s’autodétruisent par bêtise ou inconscience. La première moitié du film est dominée par un Pierfrancesco Favino de 36 ans, incarnant « le Libanais » (à cause de l’herbe qu’il fume), le chef ambitieux en quête de revanche sociale et plus ou moins amoureux de son meilleur ami Kim Rossi Stuart. Celui-ci prend le relais après la disparition prématurée de Favino à mi-parcours et compose un intéressant portrait de « tueur malgré lui », surnommé « le Froid », constamment tiraillé entre l’amour qu’il porte à une pure jeune fille (Jasmine Trinca) et la vengeance aveugle. Stefano Accorsi est excellent en flic obstiné et Anna Mouglalis inégale en prostituée vénéneuse. Mais le personnage le plus intéressant demeure ce « serviteur de l’État », confiné dans son petit bureau sinistre d’où il tire les ficelles et s’abroge le droit de vie et de mort sur les protagonistes du drame romain.

« ROMANZO CRIMINALE » est un bon film, bien ancré dans son époque, auquel manque peut-être une véritable vision, une émotion plus affirmée et une image plus chaleureuse, pour s’enthousiasmer totalement. Mais le film de Placido donna naissance à une série TV du même nom, tournée trois ans plus tard, et il est clairement à l’origine de films et séries plus récents comme « SUBURRA » et « GOMORRA ».

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PIERFRANCESCO FAVINO, JASMINE TRINCA ET KIM ROSSI STUART

 

« LE TRIOMPHE DES INNOCENTS » (1993)

SLAUGHTER.jpgComment « LE MASSACRE DES INNOCENTS » s’est-il transformé en v.f. en « LE TRIOMPHE DES INNOCENTS » ? C’est la première question que pose ce thriller du médiocre James Glickenhaus, qu’il a également écrit.

Situé au début de la mode des films de serial killers, il se place chronologiquement à mi-chemin entre « LE SILENCE DES AGNEAUX » (où jouait déjà Scott Glenn) et « SE7EN ». Mais à ne surtout pas classer dans la même catégorie. Le scénario est une catastrophe, visiblement imaginé pour donner la vedette à Jesse Cameron-Glickenhaus (rejeton de 11 ans de l’auteur dont il semble extrêmement fier, puisqu’il occupe 75% du temps à l’image), dans un rôle de geek surdoué. Fort heureusement, le gamin ne persista pas dans cette profession, pour laquelle il ne manifestait clairement aucun don. On assiste donc aux aventures invraisemblables d’un agent du FBI (Glenn) qui fait équipe avec son fiston (sic !) pour traquer un tueur d’enfants dans l’Utah. Le pauvre Glenn, qui a l’air d’un vieil oiseau tombé du nid, traverse le film en ectoplasme à moitié endormi. On croise la malheureuse Darlanne Fluegel en maman bébête, Sheila Tousey en fliquette à la traîne et même un tout jeune Aaron Eckart en commando à la gâchette trop sensible. La photo est d’une rare hideur, le montage n’a aucun rythme, et « LE TRIOMPHE DES INNOCENTS » s’inscrit dans la short-list des plus grotesques films de serial killers de l’Histoire d’un genre pourtant bien fourni en nanars. Glickenhaus se retira après un dernier film, deux ans plus tard, ce qui semblait la chose à faire. Ne pas se laisser gruger par la présence de Scott Glenn, ni par un thème potentiellement accrocheur donc, et surtout, prendre les jambes à son cou, ne serait-ce que pour ne jamais voir la dernière séquence à bord de l’Arche de Noé peuplée d’animaux empaillés, bâtie par le tueur fou : des images tellement ridicules, qu’elles restent tatouées dans la mémoire !

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SCOTT GLENN, SHEILA TOUSEY ET AARON ECKART

 

« LE PIC DE DANTE » (1997)

PEAK.jpgRéalisé par le compétent Roger Donaldson, « LE PIC DE DANTE » marque une éphémère résurgence du film-catastrophe, avec cette éruption volcanique dans une charmante bourgade américaine.

La première moitié du scénario est littéralement calquée sur celle des « DENTS DE LA MER » : héros lanceur d’alerte ignoré par les autorités craignant pour leur saison touristique, découverte des premiers cadavres, menace s’amplifiant dans l’indifférence générale, etc. L’auteur ne s’est pas foulé. Et comme le dialogue est d’une platitude totale, on se sent rapidement gagné par une furieuse envie de zapper. Mais si on s’arme d’un minimum de patience, si on ferme les yeux sur les Matte-paintings douloureusement visibles, on trouvera sa juste récompense dans la seconde partie. Les effets spéciaux de l’éruption elle-même sont en effet assez spectaculaires, surtout pour l’époque, on ressent un réel danger physique et pour peu qu’on aime se faire peur, « LE PIC DE DANTE » remplit parfaitement son contrat : coulées de lave, torrents de boue, pluie de cendres, tremblements de terre, on a droit à tout ! Même au sauvetage in extremis du traditionnel chienchien. Évidemment, tout cela ne va pas bien loin, mais la présence de James Bond et Sarah Connor aide à faire passer la pilule. Pierce Brosnan, très en forme, est un vulcanologue séduisant et sportif tout à fait sympathique. Linda Hamilton grimace un peu trop en bistrotière mère-célibataire qui est également maire de la ville. À vrai dire, elle passe les trois-quarts du film à faire des cafés ! Parmi les seconds rôles : Charles Hallahan rubicond en boss incrédule.

« LE PIC DE DANTE » se laisse voir, sans passion ni ennui, parfois avec intérêt dans les moments les plus dramatiques (Brosnan enseveli dans un véhicule écrasé par d’énormes rochers, au fond d’une mine), mais il n’a rien d’indispensable.

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PIERCE BROSNAN, LINDA HAMILTON ET JAMIE RENÉE SMITH

 

« SUR LE CHEMIN DE LA RÉDEMPTION » (2017)

FIRST.jpgÉcrit et réalisé par Paul Schrader, « SUR LE CHEMIN DE LA RÉDEMPTION » est un film d’une rébarbative austérité, proche de l’aridité totale, se confrontant aux terreurs de l’apocalypse climatique et à la fin prochaine de l’Humanité.

Une jeune femme enceinte (Amanda Seyfried) demande au prêtre de sa paroisse (Ethan Hawke) de parler à son mari (Philip Ettinger), militant environnementaliste dépressif. Mais celui-ci finit par se suicider, laissant derrière lui un gilet explosif. Peu à peu, le prêtre hanté par son propre passé, va endosser les obsessions du mort. On reconnaît un mix étrange des « COMMUNIANTS » d’Ingmar Bergman et de « TAXI DRIVER » (dont le scénario est également signé Schrader). Hawke connaît un chemin de croix psychologique très proche de celui de Travis Bickle : les traumas de la guerre (son fils est mort en Irak), la dérive, l’extrême solitude et le désir de mourir pour une cause, n’importe laquelle. Seule la conclusion diffèrera et le bain de sang sera remplacé par un plan incongru digne d’un vieux Claude Lelouch, qui laisse quelque peu éberlué. « SUR LE CHEMIN DE LA RÉDEMPTION » doit beaucoup à l’investissement d’Ethan Hawke, acteur en constant progrès, qui a pris ici une belle maturité et offre un visage creusé, marqué qui promet une belle seconde moitié de carrière. Il porte le film sur les épaules, bien épaulé par la jolie et intense Seyfried.

Tourné en format carré plutôt rare à l’ère du 16/9, uniquement en plans fixes voire en très longs plans-séquence, le film de Schrader exige une grande attention, une certaine patience également, car il ne fait aucune concession au spectaculaire et évoque parfois le style épuré d’un Bresson. Hormis la scène stupéfiante de ringardise de la lévitation, qui déséquilibre la seconde moitié. C’est en tout cas une expérience intéressante, à condition de s’y immerger et d’avoir le moral. Car pour l’auteur – et ce n’est pas nouveau – noir, c’est noir !

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AMANDA SEYFRIED