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Archives de Catégorie: POLAR, THRILLER, SUSPENSE ET FILM NOIR

« BROADCHURCH » : saison 3 (2017)

La 3ème saison de « BROADCHURCH » et hélas, la dernière, est probablement la meilleure, en tout cas celle qui s’est débarrassée des effets visuels redondants des précédentes et se concentre sur un excellent ‘whodunit’ dont il est impossible de deviner le dénouement.BROADCHURCH3

Le scénario de ces huit épisodes tourne autour d’un viol, celui d’une quadragénaire récemment séparée, convoitée par son patron et maîtresse du mari de sa meilleure amie. L’originalité vient déjà du fait que physiquement, Julie Hesmondhalgh n’a vraiment rien d’une beauté fatale, ce qui brouille d’emblée les cartes et échappe à tout cliché. On retrouve avec intérêt le duo de flics : David Tennant, en meilleure santé, mais littéralement rongé de l’intérieur par sa volonté farouche d’arrêter le coupable et la toujours impeccable Olivia Colman en enquêtrice humaine, trop humaine. Leur antagonisme complice est très bien développé au fil des épisodes, sans jamais prendre le pas sur l’investigation, l’équilibre est parfait.

Pas une seconde d’ennui donc, pas de chute de tension (à peine pourra-t-on trouver le subplot concernant la journaliste un peu superflu et n’allant nulle part), mais des études de caractères très fines et fouillées, une remarquable gestion des personnages récurrents depuis la première saison et qui se débattent toujours avec leurs traumatismes. Mais c’est l’ingéniosité de l’intrigue qui porte cette ultime saison. On passe d’un suspect à l’autre, tout le monde a des raisons d’être impliqué et quand arrive la révélation finale, on n’a pas la sensation d’avoir été baladé. La solution ne sort pas d’un chapeau et a été longuement préparée. Une bonne série, qui s’achève en beauté et surtout en ayant enfin trouvé son style. Les colères redoutables de Tennant et l’émotion à fleur de peau de Colman vont nous manquer…

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« MERCI POUR LE CHOCOLAT » (2000)

MERCI2Adapté d’un roman américain de Charlotte Armstrong, « MERCI POUR LE CHOCOLAT » est un suspense psychologique situé en Suisse, une sorte de faits-divers réduit à sa plus simple expression par Claude Chabrol hypnotisé par son interprète Isabelle Huppert, dont il scrute la moindre expression fugace, capte la plus subtile intonation de voix.

Le scénario est un peu abscons, le milieu de l’industrie chocolatière helvète à peine survolé, les motivations des personnages ne sont jamais très claires et la conclusion – un bien grand mot en l’occurrence ! – laisse déconcerté et déçu, comme s’il manquait une partie d’une histoire arbitrairement stoppée au beau milieu. Dans ce rôle mystérieux et ambigu taillé à ses mesures, Huppert accapare 90% de l’intérêt, créant une espèce de mante religieuse à l’hypocrisie affable, qui semble évoluer dans un monde parallèle dont elle seule possèderait les clés. Elle est, avec Brigitte Catillon, la seule à offrir un travail sérieux et professionnel. Le reste du casting est absolument calamiteux, à commencer par Jacques Dutronc l’air complètement ailleurs, marmonnant ses répliques, entouré de jeunes comédiens gauches voire très irritants.

« MERCI POUR LE CHOCOLAT » promet infiniment plus qu’il ne donne à l’arrivée. La plupart des questions restent sans réponse, l’aspect « policier » est délibérément gommé, à un point qu’on se demande à quoi servent réellement ces flash-backs et ces mystères autour de la mort de la première épouse qui aboutissent à… pas grand-chose.

MERCI

ISABELLE HUPPERT

On pourra donc voir le film dans la perspective de l’œuvre de Chabrol, fidèle à certaines de ses obsessions thématiques, pour les paysages suisses pas si fréquemment filmés au cinéma et bien sûr, pour Isabelle Huppert et ses sourires absents, son regard à la fois bienveillant et vacant. Mais comme parfois dans les films les moins convaincants du réalisateur, on peut, après le mot « FIN », se questionner sur la raison d’être de tout cela.

 

« CLEANER » (2007)

CLEANER2Réalisé par l’efficace mais impersonnel Renny Harlin, « CLEANER » est un thriller bâti autour d’un protagoniste original : un ex-flic devenu nettoyeur de scènes de crimes, piégé dans une machination impliquant un meurtre et une corruption policière d’envergure.

Ce qui est moins original en revanche, c’est le traitement scénaristique qui vaut à peine mieux qu’un épisode de série télé du style « LES EXPERTS », se perd dans l’évocation d’événements survenus bien avant le début du film et n’arrive jamais à impliquer vraiment. C’est pourtant bien filmé, joliment photographié par Scott Kevan et très bien interprété : Samuel L. Jackson constitue la bonne surprise de « CLEANER ». Il est parfaitement sobre et concentré du début à la fin, habite son rôle avec intensité voire émotion. La courte séquence où il s’asperge du parfum de son épouse défunte est vraiment belle. Eva Mendes est bien sûr superbe dans un rôle sans grand intérêt, Ed Harris égal à lui-même dans un personnage qui exige bien peu de lui et qu’il semble avoir déjà joué bien des fois. Luis Guzmán est bien en ripou inquiétant et on aperçoit Robert Forster en légiste sympathique, le temps d’une séquence.

Il n’y a en fait pas grand-chose à dire sur un produit comme « CLEANER », proprement manufacturé mais tournant à vide une fois qu’on a assimilé son postulat de départ. Cela se laisse regarder sans effort mais sans passion non plus, pour le plaisir pantouflard de revoir des acteurs « pros » rompus à toutes les exigences de ce genre de film.

CLEANER

SAMUEL L. JACKSON, EVA MENDES ET ED HARRIS

À noter pour l’anecdote, que le « méchant » de l’histoire – qu’on n’aperçoit qu’en photo – se nomme ‘Robert Vaughn’ comme un des acteurs-fétiches de « BDW2 » récemment disparu.

 

« LA RUPTURE » (1970)

RUPTURE2Suivant trois des meilleurs films de Claude Chabrol (« LA FEMME INFIDÈLE », « QUE LA BÊTE MEURE » et « LE BOUCHER »), « LA RUPTURE » brise brutalement le charme. Un titre tout à fait adéquat, donc !

Pourtant, il y a tout pour plaire dans ce polar psychologique où le réalisateur retrouve son équipe habituelle, s’attaque une fois encore à la bourgeoisie, soutenu par un scénario de machination intrigant adapté d’un roman. Mais dès le début, le ton adopté déconcerte : les seconds rôles semblent échappés d’un Mocky particulièrement bâclé (Mario David en histrion barbichu ! Jean Carmet en soiffard abruti et sa fille demeurée), Stéphane Audran en pauvre innocente stoïque victime de son riche beau-père, n’a jamais été aussi absente et catatonique, Michel Bouquet affublé d’une perruque blonde en fait des tonnes en père-fouettard et Jean-Pierre Cassel en maître-chanteur pervers est transparent, à côté de la plaque. Sans même mentionner l’ahurissant numéro de Jean-Claude Drouot en junkie chevelu ! Seule consolation, les formes affolantes de la belle Catherine Rouvel complaisamment dénudées à chaque fois qu’elle apparaît.

On sait que Chabrol se laissait souvent aller à des ratages plus ou moins volontaires, mais celui-ci déroute parce qu’il a toutes les apparences extérieures des réussites de sa meilleure période. Mais le mélange contre-nature entre le mélodrame policier et la grosse satire ne prend jamais, le dialogue est d’une platitude à peine croyable et tout le reste – photo, musique, décors – est à l’avenant.

RUPTURE

STÉPHANE AUDRAN, JEAN-PIERRE CASSEL, JEAN CARMET ET CATHERINE ROUVEL

Pas grand-chose de bon à dire sur « LA RUPTURE » donc, et c’est bien dommage. Il faut s’accrocher pour tenir jusqu’au bout, se retenir d’éclater de rire aux moments les plus dramatiques. À oublier au plus vite, à part bien sûr, les apparitions de la sublime Catherine.

 

« JEU D’ENFANT » (1988)

JEU2« JEU D’ENFANT » est le premier film de la franchise des ‘Chucky’ qui en comprend déjà sept. Réalisé par Tom Holland, il exploite le mythe de la poupée vivante, déjà entrevue dans « THE TWILIGHT ZONE » (épisode avec Telly Savalas) et quelques films sur des ventriloques « possédés ». Ici, c’est le toujours très excessif Brad Dourif, voyou adepte de la ‘Santeria’, qui à sa mort, se retrouve coincé dans le corps d’une poupée de plastique.

Le scénario est très linéaire et sans aucune surprise : un à un, les personnages d’abord incrédules, finissent par croire à l’existence de ce Chucky meurtrier et apparemment increvable. Le gamin rappelle celui de « SHINING » mais s’avère très irritant à la longue tant il parle lentement, sa mère (Catherine Hicks) et le flic de service (Chris Sarandon) ont l’air échappé d’une vieille série télé des eighties et les seconds rôles sont complètement indigents. Mais il faut avouer que la poupée elle-même est réussie et, si elle ne fait pas vraiment peur vu le grand âge du film, elle a quelque chose de fascinant dans la façon et se mouvoir et par sa foncière méchanceté. Alors on se laisse porter sans trop rechigner, grâce à la belle photo du grand Bill Butler (« LES DENTS DE LA MER » ou « ROCKY III – L’ŒIL DU TIGRE »), à ces vieux poncifs du film d’horreur old school et surtout parce que la toute dernière partie, l’affrontement dans l’appartement entre un Chucky totalement démantibulé et nos gentils héros, est très bien menée.

« JEU D’ENFANT » reste une série B sympathique et pas très imaginative, mais il a su créer un personnage iconique de l’horreur qui a traversé les décennies. Le dernier film en date a été tourné en… 2017 !

JEU

CHRIS SARANDON ET CATHERINE HICKS

 

« COUP DE TORCHON » (1981)

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PHILIPPE NOIRET

Adapté d’une Série Noire de Jim Thompson relocalisée dans l’Afrique coloniale de 1938, « COUP DE TORCHON » est un des films de Bertrand Tavernier qui passent le mieux le cap des années et continue de surprendre et de dérouter.COUP2

Le scénario, cosigné par Jean Aurenche, se focalise sur Philippe Noiret le flic d’une petite ville. Un flic paresseux, cocu et démissionnaire qui, fatigué d’être constamment humilié par tout le monde, va se muer progressivement en ange exterminateur, en serial killer débonnaire en tuant froidement tous ceux qui se trouvent sur sa route. D’allure inoffensive et balourde, c’est un manipulateur amoral, dont on ne sait jamais vraiment s’il est un illuminé (il affirme être Jésus Christ !) ou un cynique absolu. Rarement Noiret aura été si parfaitement utilisé. Même chose pour Isabelle Huppert en gourde naïve et sensuelle au langage de charretier : elle crève l’écran à chacune de ses apparitions. Autour d’eux, de fabuleux seconds rôles comme Guy Marchand ignoble à souhait, Jean-Pierre Marielle dans un double rôle, Eddy Mitchell amusant en benêt bas-du-front et le toujours hilarant François Perrot en colonel blasé. Sans oublier Stéphane Audran, extraordinaire en épouse acariâtre et odieuse.

« COUP DE TORCHON » ne ressemble à aucun autre film. L’ambiance africaine est magnifiquement rendue, l’utilisation permanente de la steadycam ajoute à l’atmosphère presque onirique de certaines séquences et la BO de Philippe Sarde utilisée avec parcimonie reste dans la tête. Mais le film vaut surtout d’être vu pour son dialogue acéré, choquant parfois et pour la façon subtile dont la comédie noire et parfois cocasse du début se mue peu à peu en cauchemar suffocant. Et qui oubliera ce gros-plan d’Isabelle Huppert, l’œil vide, lâchant d’une voix atone : « Oh ! Je jouis ». Un drôle d’objet que ce film-là, mais qui vaut d’être redécouvert.

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STÉPHANE AUDRAN, ISABELLE HUPPERT, JEAN-PIERRE MARIELLE ET PHILIPPE NOIRET

 

« OLD BOY » (2013)

OLDBOY2Dix ans après le film-choc de Chan-wook Park (également chroniqué sur « BDW2 »), Spike Lee adapte à son tour le manga japonais « OLD BOY » pour une production U.S. pas inintéressante, mais moins jusqu’au-boutiste et iconoclaste que la première version.

Pour qui a vu le film coréen, l’effet de surprise et le dépaysement sont bien évidemment très atténués et les rouages du scénario en deviennent plus apparents et artificiels. Mais le film fonctionne essentiellement grâce à la performance de Josh Brolin, acteur très sous-évalué, qui donne ici le meilleur de lui-même. Ses changements d’apparence physique sont stupéfiants : du « vendeur » bedonnant et sordide du début, à la bête humaine qu’il devient pendant vingt ans d’incarcération solitaire, jusqu’au vengeur désincarné, il traverse le film avec une intensité exceptionnelle. Certaines scènes comme la bagarre « seul contre tous » en plan-séquence laissent pantois. C’est grâce à lui qu’on se passionne pour le chemin de croix de ce personnage pourtant peu reluisant. Il est entouré d’un bon casting : Elizabeth Olsen en ex-junkie compatissante, le cabotin Sharlto Copley (« DISTRICT 9 ») en deus ex machina, le toujours impeccable Lance Reddick dans un rôle court mais marquant et le fatigant Samuel L. Jackson, vêtu comme un clown, en sadique comme échappé d’un autre film.

Quand on s’est pris le film de 2003 « en pleine poire », il est évident que ce remake ne fait pas le poids. Le scénario plus « vissé » n’a pas la même portée cauchemardesque et l’épilogue, plus sage, laisse sur une vague déception. Mais Spike Lee se sort tout de même très bien de l’expérience, « OLD BOY » se laisse regarder avec curiosité, ne serait-ce que pour le plaisir de la comparaison, et le travail de Brolin est – qu’on aime le film ou pas – proprement hallucinant.

OLDBOY

JOSH BROLIN ET ELIZABETH OLSEN

À noter qu’en clin d’œil au moment le plus choquant du film original (le héros dévorant un poulpe vivant en gros-plan), Brolin s’arrête un instant dans un restaurant pour contempler un céphalopode collé à la paroi d’un aquarium. Cela résume assez bien la différence fondamentale entre les deux films, d’ailleurs !