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Archives de Catégorie: POLAR, THRILLER, SUSPENSE ET FILM NOIR

« GHOST » (1990)

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PATRICK SWAYZE

« GHOST » va avoir 30 ans et, qu’on le veuille ou non, et malgré ses aspects indéniablement kitsch, il est devenu une sorte de classique du cinéma commercial U.S. des années 90.GHOST.jpg

Jerry Zucker (un des « ZAZ » de joyeuse mémoire) est parvenu à mixer avec plus ou moins de bonheur le fantastique, le mélodrame, le polar et même la pure comédie, en adoptant le point-de-vue de Patrick Swayze, jeune trader abattu dans la rue par un voyou et qui, devenu fantôme, tente de protéger sa fiancée (Demi Moore) des sombres desseins de son ex-meilleur ami (Tony Goldwyn) responsable de sa mort. Les comédiens – tous un peu trop « jolis » pour être tout à fait crédibles – sont visiblement impliqués, le scénario est solidement charpenté et la BO de Maurice Jarre enrobe plaisamment le tout. Mais le film ne décolle réellement qu’avec l’arrivée de Whoopi Goldberg dans le rôle de sa vie : celui d’une vraie/fausse médium truculente et grande gueule que Swayze va utiliser pour communiquer avec Demi. C’est elle, LA grande idée de « GHOST » et chacune de ses apparitions clownesques et « over the top » est une véritable fête pour les zygomatiques. Les seconds rôles sont toutefois tous très bons, en particulier Goldwyn en infâme traître haïssable au possible et Vincent Schiavelli formidable en spectre hantant le métro, empli de colère et de haine. La séquence où il enseigne à Swayze à faire bouger les objets est d’autant plus troublante, qu’on sait que les deux comédiens sont aujourd’hui décédés. Quand la réalité vient renforcer la fiction !

Oublions les fautes de goût : la séquence de poterie érotique trop pastichée pour ne pas faire sourire, la visualisation du paradis et de l’enfer vraiment naïve et enfantine et les adieux à la fin, qui semblent durer une éternité, pour nous focaliser sur les indéniables qualités de « GHOST ». La moindre n’étant pas Whoopi dont la longue séquence à la banque est un véritable régal à voir et revoir.

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WHOOPI GOLDBERG, DEMI MOORE ET VINCENT SCHIAVELLI

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« ESPIONS SUR LA TAMISE » (1944)

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RAY MILLAND ET MARJORIE REYNOLDS

« ESPIONS SUR LA TAMISE », inspiré d’un roman de Graham Greene, se situe à Londres en 1944, pendant les bombardements et entraîne dès ses premières séquences dans un suspense haletant qui ne se prend toutefois jamais complètement au sérieux.FEAR.jpg

À vrai dire, on pourrait croire qu’il s’agit d’un film d’Alfred Hitchcock, tant le sujet semble taillé pour lui : un brave type à peine sorti d’hôpital psychiatrique pour avoir aidé sa femme à mourir, se trouve impliqué dans une intrigue d’espionnage qui démarre lorsqu’il gagne un… gâteau lors d’une fête de charité. Traqué par toutes sortes d’individus aussi louches que pittoresques comme un faux aveugle, une voyante sexy (mystérieuse Hillary Brooke), un vieux libraire sympathique et un flic de Scotland Yard moins bête qu’il n’en a l’air, notre héros (Ray Milland) va se faire aider par une jolie Autrichienne exilée (Marjorie Reynolds). Mais les apparences sont trompeuses, les traîtres sont à chaque coin de rue et le microfilm caché dans le fameux gâteau est convoité par tout le monde. Oui, jusqu’au « McGuffin », on se croirait dans un film de « Hitch », mais « ESPIONS SUR LA TAMISE » porte la signature tout aussi vénérable de Fritz Lang !

Le scénario est très bien construit, les fausses-pistes sont parfaitement gérées, les coups de théâtre abondent et Milland fait preuve d’élégance et de dynamisme. Parmi ses partenaires, on reconnaît l’inquiétant Dan Duryea en tailleur pas franc du collier. Ce n’est pas un grand Lang, c’est certain, mais les décors de studio sont remarquables, la photo est très belle et le petit épilogue final – qui suit directement un dénouement légèrement expédié – plutôt amusant. Un bon petit thriller, en somme.

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HILLARY BROOKE ET DAN DURYEA

 

« HALLOWEEN » (2018)

40 ans après « LA NUIT DES MASQUES », 16 ans après la dernière des sept sequels (toutes chroniquées sur « BDW2 »), neuf ans après le dernier remake de Rob Zombie, David Gordon Green ressuscite la franchise avec « HALLOWEEN » en se basant sur une excellente initiative : faire table rase de toutes les suites et ne tenir compte que du classique de John Carpenter. Ainsi donc, Laurie Strode n’a jamais été la sœur de Michael Myers et elle a passé quatre décennies à attendre son retour, telle une Sarah Connor surentraînée dont la paranoïa a pourri la vie de sa fille.HALLOWEEN.jpg

Bon redémarrage, scénario charpenté, plaisir de revoir Curtis dans son rôle emblématique. Mais hélas, les défauts commencent à apparaître assez rapidement. D’abord, les coïncidences énormes, puis les personnages mal écrits (le psy Haluk Bilginer fasciné par Michael, au point de devenir lui-même un assassin !) et enfin, un casting désastreux de jeunes comédiens. Ça fait beaucoup tout de même, pour prendre un réel plaisir à la projection. Mais heureusement, il y a de bons moments de suspense, en particulier dans la dernière partie, des relations mère-fille crédibles entre Laurie et Judy Greer, et Will Patton très bien en shérif pas trop obtus, pour une fois. Sans oublier la célébrissime musique de John Carpenter, qui procure toujours le même petit frisson. Tout n’est donc pas à jeter dans ce « HALLOWEEN » n°9 ou n°2, selon le point-de-vue qu’on adopte, mais il ne faut pas trop en espérer non plus. À voir de toute façon pour une Jamie Lee Curtis de 60 ans, qui survit aux assauts du croque-mitaine et à une horrible perruque blanche de sorcière, et offre une prestation réaliste, hyper-tendue, qui apporte un poids de réalité à toute l’entreprise.

 

« TON FILS » (2018)

Coécrit et réalisé par Miguel Ángel Vivas, « TON FILS » pose un regard neuf et critique sur les films de « vigilantes » et les histoires de vengeance, par le biais d’un scénario bien ancré dans le quotidien et prenant pour héros un quidam sans histoire auquel on s’identifie tout naturellement, jusque dans ses plus terribles erreurs.TONFILS.jpeg

Jose Coronado est un chirurgien de Barcelone, père de famille, dont le fils est tabassé par des voyous et reste dans un coma profond. D’abord hébété, il va peu à peu mener sa propre enquête et identifier les coupables, puis décider de rendre justice lui-même. Le problème est qu’il n’est pas Charles Bronson, qu’on n’est pas dans un film d’action américain, et que dans la « vraie vie » rien n’est simple. Rien, ni personne. Le film est extrêmement habile, n’hésitant pas à démarrer très lentement, à présenter des personnages d’une totale banalité, jusqu’au moment où ils basculent dans le cauchemar. Car au fond, que cherche à dire « TON FILS » ? Qu’on ne s’improvise pas enquêteur et encore moins justicier ? Qu’il faut aller au-delà des apparences, de l’évidence, pour atteindre la vérité ? Ce père meurtri, désespéré, est incarné avec un grand réalisme par Coronado. Il n’a rien d’héroïque, pas même de courageux, à peine est-il sympathique. Mais impossible de ne pas ressentir d’empathie pour son combat solitaire et désespéré. On reconnaît des allusions au premier « DEATH WISH » (les chaussures de sport offertes par son fils arrivent par la poste après l’agression, comme les photos de vacances de Paul Kersey), mais le propos est radicalement opposé. Et la violence dépeinte dans le film est sordide, écœurante et ne procure aucun plaisir cathartique. « TON FILS » n’est pas un film plaisant ou flattant les bras instincts, il est même souvent pénible. Mais il fait un intéressant contrepoids à toutes les séries B glorifiant la vengeance et les armes à feu. À voir…

 

« SUBURRA – LA SÉRIE » : saisons 1 & 2 (2017-2019)

Deux ans après « SUBURRA », le superbe long-métrage de Stefano Sollima, Netflix produit « SUBURRA – LA SÉRIE », une variation sur le même thème en dix épisodes. On retrouve certains comédiens du film qui portent les mêmes noms, mais les cartes sont redistribuées et la série n’est au bout du compte, ni une suite, ni une prequel. C’est une autre histoire avec certains éléments communs avec l’originale.SUBURRA

L’action se situe à Rome et à Ostie et on pense évidemment à Romulus et Remus, même si les « frères » sont trois, que l’un est l’héritier d’un empire du crime (Alessandro Borgi), l’autre d’un clan gitan (Giacomo Ferrara) et le dernier un fils de flic (Eduardo Valdarnini). Rejetés par leur milieu, ils vont former une improbable association pour lutter contre le « Samouraï » (Francesco Acquaroli), omniprésent tireur de ficelles affilié à la mafia sicilienne. Ceci, c’est la trame, mais ce n’est pas tout. Les personnages grouillent, les intrigues s’entremêlent, et la série se teinte fréquemment de tragédie antique. Les fils tuent les pères, les anciens dévorent les jeunes… Le scénario, d’une richesse inouïe, implique l’Église, la politique, les guerres de gangs, dans un ballet de corruption sans fin. Chaque épisode démarre avec un pré-générique qui est (sera) le « climax » et redémarre avec les mots « LA VEILLE » inscrit sur l’écran. Cela sert de teaser très efficace et renforce la sensation d’inéluctable. On pense bien sûr, à la formidable série « GOMORRA » dont « SUBURRA » est une jumelle tout aussi imposante et addictive. Et on se dit qu’il n’est pas impossible qu’on assiste, par des chemins détournés, à une sorte de résurrection du cinéma italien. Cette première saison est, quoi qu’il en soit, une magnifique réussite.

Diffusée deux ans après, la seconde saison se passe quelques semaines seulement après la précédente. On retrouve les protagonistes physiquement changés, mais englués dans les mêmes problématiques de pouvoir, de haine et de vengeance. Certains prennent une importance capitale, comme Filippo Nigro, politicien idéaliste de gauche qui glisse vers l’extrême droite, oublie ses idéaux et se transforme en monstre de duplicité. « Spadino », le Gitan, monte en puissance aux côtés de son épouse ambitieuse, « Lele », le jeune ripou est submergé par la corruption et ne tient pas la distance. Quant à Aureliano, il prend une dimension tragique dans son isolement. Donc, tout va pour le mieux et la série demeure passionnante. Du moins jusqu’aux derniers épisodes qui voient l’écriture se relâcher sensiblement. L’invulnérabilité du « Samouraï » (Francesco Acquaroli, vraiment formidable), systématique et caricaturale, atténue le suspense. Toutes ses apparitions se font sur le même schéma et deviennent redondantes. Les coïncidences énormes s’accumulent (on dirait parfois que Rome est un patelin minuscule où tout le monde ne cesse de se croiser) et certaines situations sont totalement invraisemblables (le rôle de la jeune fliquette tellement mal conçu).SUBURRA2

Sur huit épisodes, au lieu des dix de la 1ère, cette saison maintient un bon niveau avant de s’affaisser sur la fin. Cela reste de la très bonne télévision, mais croisons les doigts pour que la prochaine saison retrouve la rigueur et le sens du tragique de la première, car on sent que la pente est savonneuse.

 

« DRIVE » (2011)

DRIVE.jpg« DRIVE » est le premier film 100% américain de Nicolas Winding Refn et il s’inscrit dans les travées de classiques du néo-film noir des décennies précédentes comme « THE DRIVER » de Walter Hill ou « LE SOLITAIRE » de Michael Mann. Des films d’atmosphère au visuel ultra-stylisé, à la violence sèche et implacable, au héros quasiment ectoplasmique, comme mort intérieurement, évoluant dans un monde froid et dangereux.

Le personnage central, un cascadeur/mécanicien maestro des voitures de sport et trempant dans des affaires louches, semble avoir les mots « Steve McQueen » tatoués sur tout le corps. Ryan Gosling, un peu jeune et lisse, n’a évidemment pas un dixième du charisme de son aîné, mais c’est tout de même un de ses meilleurs rôles et il se montre crédible et même attachant, alors qu’il n’affiche que deux expressions pendant toute la projection. « DRIVE » malgré une certaine lenteur, inhérente au style de Refn, est une œuvre très aboutie et parfois hypnotisante, qui prend soin de dépeindre des protagonistes humains ou inhumains, mais jamais banals ou stéréotypés. Carey Mulligan est très mignonne en victime-née du milieu où elle évolue, Oscar Isaac – malgré un rôle relativement bref – est remarquable en ex-taulard poursuivi par la poisse. Ron Perlman et Albert Brooks sont étonnants en horribles gangsters qui tuent comme ils respirent. Et Bryan Cranston donne une réelle densité à son rôle de garagiste magouilleur et paternel. Rien que de très bons comédiens auxquels Refn a donné du grain à moudre et qui ancrent ce film aux allures de cauchemar éveillé, dans une réalité inhabituelle.

À voir donc, ce « DRIVE » qui ressuscite les »tough guys » taciturnes et ultra-professionnels des seventies, sans jamais reculer devant des éruptions de violence stupéfiantes. Un beau film noir.

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RYAN GOSLING, OSCAR ISAAC ET CAREY MULLIGAN

 

« FEAR X » (2003)

FEARX.jpgCoécrit par Hubert Selby, Jr. (« LAST EXIT TO BROOKLYN ») et réalisé par Nicolas Winding Refn, dont c’est le premier film tourné aux U.S.A., « FEAR X » est un très bizarre polar intimiste, focalisé sur un vigile de centre commercial (John Turturro) du Wisconsin, obsédé par l’assassinat inexpliqué de sa femme.

L’homme mène une sorte d’enquête obsessionnelle qui finit par porter ses fruits et lui fait remonter la piste jusqu’au meurtrier, un policier d’un autre état (James Remar). Inutile de dire que le film est beaucoup moins linéaire et limpide que ce bref et trompeur « pitch » et qu’il lorgne plutôt vers des ambiances à la David Lynch auquel on pense souvent. Refn adopte un rythme excessivement lent, semble vouloir pénétrer de plus en plus profondément dans l’âme tourmentée de ce malheureux veuf obstiné. C’est donc un film intéressant mais exigeant, qui demande qu’on s’accroche un peu, tant la BO de Brian Eno est stressante et contagieuse l’angoisse émanant de tous les personnages. Turturro est d’une sobriété sans faille dans ce rôle taciturne et introverti. Un antihéros dépressif qui semble aller dans un état d’hébétude permanent au-devant de sa propre mort. Autour de lui, on reconnaît Remar, tout aussi rongé de l’intérieur en flic-justicier, la toujours belle et – hélas – toujours sous-employée Deborah Kara Unger jouant son épouse, un Gene Davis (le serial killer nudiste du « JUSTICIER DE MINUIT ») avec quelques kilos en plus en policier. L’œil exercé reconnaîtra également Liv Corfixen qui rendosse l’uniforme de serveuse qu’elle portait déjà dans « BLEEDER », le film précédent du réalisateur.

Point inintéressant donc, ce « FEAR X », mais ne surtout pas en attendre un polar au suspense frénétique : ce ne serait pas lui rendre service. L’épilogue, entre réalité et cauchemar est toutefois assez prenant.

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JOHN TURTURRO, DEOBRAH KARA UNGER ET JAMES REMAR