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Archives de Catégorie: POLAR, THRILLER, SUSPENSE ET FILM NOIR

« MARTYRS » (2008)

Écrit et réalisé par le français Pascal Laugier, coproduit par le Canada, « MARTYRS » est-il un bon film ? Difficile de répondre à chaud. C’est en tout cas – et même pour l’amateur aguerri de cinéma d’horreur – un des plus insoutenables qu’il soit donné de voir et sans aucun doute un des plus perturbants, dépassant le précédent détenteur du titre : l’également français « IRRÉVERSIBLE ».MARTYRS.jpg

Le scénario démarre par la vengeance d’une jeune femme torturée pendant des années dans un sous-sol (Mylène Jampanoï), puis après un éprouvant massacre, l’horreur qui tombe sur les épaules de son amie et complice (Morjana Alaoui), qui va aller jusqu’aux tréfonds de la souffrance et de l’épouvante. Que dire sans spoiler ? C’est vraiment et extraordinairement choquant du début à la fin, la moindre séquence semble aller encore plus loin que la précédente et cette descente aux enfers, sans la moindre lueur d’espoir, s’achève dans la démence la plus totale, nous laissant sur un énorme point d’interrogation. Celui-là même qui hante l’humanité depuis la nuit des temps.

Si on parvient à s’extirper de l’atmosphère poisseuse, à s’ébrouer pour reprendre pied dans la réalité, on peut déjà affirmer que « MARTYRS » est très bien réalisé, du rythme interne à la qualité des maquillages « gore ». Que l’auteur ne recule devant rien, qu’il va crânement au bout de son propos, quitte à s’aliéner une grande partie du public. Car, répétons-le, le spectacle est terrible, traumatisant pour les âmes sensibles, et touche aux terreurs les plus profondes. Pascal Laugier a certainement passé un cap dans la dramatisation de la souffrance au cinéma en la dépouillant de tout esprit ludique ou cathartique. Impossible à recommander sans un avertissement : on n’en ressort pas tout à fait indemne. À vos risques et périls !

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« THE STRANGERS » (2008)

STRANGERS.jpgÉcrit et réalisé par Bryan Bertino, « THE STRANGERS » est un descendant direct du premier « HALLOWEEN » de John Carpenter, poussant plus loin encore l’épure de la réalisation vers la trouille totale.

On ne s’encombre pas de psychologie, on ne sait même pas pourquoi le jeune couple est en froid en arrivant dans la maison isolée. À peine ont-ils débarqué, que le « home invasion » commence. Trois individus masqués qui commencent à frapper aux portes, s’introduisent dans la demeure, puis passent aussitôt aux choses sérieuses. C’est ce qui séduit tout de suite dans « THE STRANGERS » : cette volonté d’aller droit au but, de ne pas s’égarer en fioritures inutiles, de rendre tout dialogue inutile voire parasite. Il s’agit de sauver sa peau purement et simplement. Le look des tueurs est très réussi, des masques de carnaval grotesques pour les filles, une cagoule de toile pour l’homme. Et une respiration asthmatique ! C’est tout simple, mais largement suffisant pour générer l’angoisse la plus primale. Liv Tyler, plus belle que jamais, est excellente dans l’expression de la terreur, sans jamais jouer les victimes impuissantes. Scott Speedman est également très bien en fiancé maladroit, incapable de la défendre et commettant l’irréparable dans un coup de théâtre stupéfiant. Le réalisateur s’efforce de trouver des idées visuelles inédites pour faire peur : au lieu de surgir de nulle part pour faire sursauter, comme d’habitude, les tueurs apparaissent à l’arrière-plan, flous, à peine discernables. Et c’est pire ! Sans rien révolutionner, c’est un bon film pour l’amateur, un travail soigné, intelligent, connaissant parfaitement les ficelles du genre et en jouant avec habileté et humour noir.

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LIV TYLER, GEMMA WARD, KIP WEEKS, SCOTT SPEEDMAN ET LAURA MARGOLIS

 

« BRONK » : film-pilote (1975)

Créé par l’acteur Carroll O’Connor et Ed Waters, réalisé par Richard Donner trois ans avant « SUPERMAN » et musiqué par Lalo Schifrin, le film-pilote de la courte série « BRONK » attise la curiosité, d’autant plus que le rôle-titre est tenu par un Jack Palance de 56 ans jouant un flic de L.A.BRONK.jpg

Le moins qu’on puisse dire est que personne ne s’est beaucoup foulé ! Même la BO est complètement insignifiante. Et ne parlons pas de la photo pâlotte de Matthew F. Leonetti ou de la réalisation paresseuse. Alex Bronkov, dit ‘Bronk’ représente un véritable contremploi pour Palance et c’est bien là le principal – voire unique – intérêt de ce téléfilm. Loin de ses rôles habituels de méchants psychopathes et exaltés, il joue un honnête policier effacé, presque timide, allergique aux poils de chat et joueur d’harmonica. Récemment veuf, il s’occupe de sa fille catatonique, comme Paul Kersey dans « UN JUSTICIER DANS LA VILLE ». Rien d’original là-dedans, c’est certain. Mais le seul fait de voir Palance en « underplay », avec sa veste de cuir vintage et son brushing, ravira automatiquement les fans de l’acteur. Il n’est pas très bien entouré, surtout par le transparent David Birney (le « SERPICO » de la brève série TV l’année suivante) pas crédible une seconde en narcotrafiquant cynique ni par Henry Beckman en ex-flic et ami.

Alors très actif en Europe, principalement en Italie, Jack Palance tentait un retour au pays, sans doute influencé par le succès de Telly Savalas dans « KOJAK ». On ne peut pas dire que ce pilote soit très probant, mais au moins s’y montre-t-il différent de son image, relativement subtil, voire émouvant.

 

« AU-DELÀ DES GRILLES » (1949)

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JEAN GABIN ET ISA MIRANDA

Écrit par une imposante équipe d’auteurs italo-française, réalisé par René Clément sur les lieux de l’action, « AU-DELÀ DES GRILLES » est un mélodrame bâti autour de la mythologie d’avant-guerre de Jean Gabin, celle de l’homme en fuite, du déserteur, du condamné d’avance. À 45 ans, l’acteur incarne une sorte de version grisonnante des losers de « QUAI DES BRUMES » ou du « RÉCIF DE CORAIL ».GRILLES.jpg

Mélange de néoréalisme pour les scènes d’extérieurs tournées à Gênes et de studio (magnifique décor de l’immeuble en ruines), le film intense et ramassé, n’a pas de scénario à proprement parler, mais suit les derniers jours de liberté d’un fugitif recherché par la police, qui rencontre une fillette (Vera Talchi) et tombe amoureux de la mère de celle-ci (Isa Miranda), alors que l’étau ne cesse de se resserrer autour de lui. C’est sombre, sans espoir, à l’image du personnage de ‘Pierre’, individu au lourd passé d’assassin, au bout de son rouleau et traînant dans son sillage un pessimisme décourageant. Gabin est vraiment superbe, apportant une belle maturité à un emploi qu’il connaît par cœur. Face à lui, Isa Miranda est parfaite en serveuse courageuse, se donnant corps et âme à cet homme de passage qui sait, lui, que leur histoire est déjà fichue. À noter la brève apparition de Robert Dalban, fidèle partenaire de Gabin, (onze films ensemble, tout de même !)  dans un rôle de marin serviable.

Magnifiquement photographié par Louis Page, « AU-DELÀ DES GRILLES » n’est pas un spectacle réjouissant, mais la maîtrise du cadre de Clément est toujours aussi impressionnante et sa courte durée (à peine 83 minutes) évite qu’on ne s’embourbe dans le cafard qui plombe les personnages. Malgré ses qualités, le film vaut principalement d’être vu pour la composition de Gabin, qui semble clore une période de sa carrière avant d’en entamer une autre. Son aspect physique est d’ailleurs très parlant : la silhouette encore mince du héros de Carné ou Renoir et les cheveux déjà blancs du futur « Dabe ».

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ISA MIRANDA ET JEAN GABIN

 

« MAX ET LES FERRAILLEURS » (1971)

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MICHEL PICCOLI

Adapté d’un roman de Claude Néron par Claude Sautet et Jean-Loup Dabadie, « MAX ET LES FERRAILLEURS » mixe deux inspirations de l’œuvre de Sautet : le polar noir et l’étude de caractères et de milieu.MAX.jpg

Le scénario suit les méandres d’une manipulation infernale, ourdie par un policier (Michel Piccoli) obsédé par le « flag » et prêt à littéralement inventer un hold-up pour en arrêter les coupables. Pour cela, il manipule un ex-copain de régiment (Bernard Fresson) par le biais de son amie prostituée (Romy Schneider) et bien sûr, cela finira dans le sang.

Ce qui fascine avant tout dans ce film étrange et étouffant, c’est le portrait de ce flic au physique de croque-mort, obnubilé par sa mission, jusqu’à en devenir pervers, malsain et odieux. À côté de lui, la petite bande de voleurs amateurs a l’air sympathique et chaleureuse. C’est toute l’ambiguïté de ce film complexe qui démonte les mécanismes d’une enquête criminelle, jusqu’à en révéler l’absurdité. C’est un des meilleurs rôles de Piccoli, vraiment habité, qui ne deviendra humain qu’à la toute fin, quand subitement libéré de son obsession, il laissera parler ses sentiments. Mais bien trop tard et de bien excessive manière. Autour de lui, Romy est rayonnante et étonnamment crédible en « tapineuse », Fresson est superbe en voleur minable mais charismatique, si facile à manœuvrer, François Périer est comme toujours remarquable en flic de banlieue patelin et roué. Parmi les petits rôles, des visages connus comme Bobby Lapointe en brute épaisse ou Philippe Léotard en inspecteur discret.

« MAX ET LES FERRAILLEURS » n’est pas tout à fait un polar, mais il en adopte la mécanique et les rouages. Qu’est-ce, au fond ? Une des histoires d’amour les plus tortueuses et improbables qu’il soit donné de voir ? Ou une charge sur ce que le job de flic peut emmener des hommes à faire, sans souci des dommages collatéraux ? Passionnant, en tout cas !

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ROMY SCHNEIDER, MICHEL PICCOLI ET BERNARD FRESSON

 

« CIRCONSTANCES ATTÉNUANTES » (1939)

Difficile de trouver plus désuet, poussiéreux que « CIRCONSTANCES ATTÉNUANTES » de Jean Boyer. Et pourtant, par la grâce de son casting et d’un dialogue cocasse en vieil argot, on parvient à y trouver un certain plaisir et même à se surprendre à sourire à des traits d’humour antédiluviens.CIRCONSTANCES

Michel Simon – qui, comme souvent, tient un rôle bien plus âgé qu’il n’était réellement – est un procureur psychorigide à la retraite, qui se retrouve avec sa femme acariâtre (Suzanne Dantès) dans une auberge qui est un repaire de voyous. À force de malentendus et de « p’tits coups de beaujolais », il va se retrouver à la tête du gang et s’efforcer de les réformer. C’est naïf, gentiment moralisateur, parfois coquin, mais le pittoresque des acteurs emporte le morceau. Simon surtout, est formidable en vieux magistrat pointilleux qui se décoince peu à peu. Il faut l’avoir entendu chanter « Comme de bien entendu » de sa voix chevrotante ! Autour de lui, Arletty bizarrement figée par moments, tient son emploi emblématique de prostituée gouailleuse mais bonne fille. Elle s’appelle « Marie Qu’a-d’ça » parce qu’elle n’est pas bête ! Et puis, il y a aussi l’incroyable trogne de Dorville en patron de bistrot râleur, Andrex en gouape à casquette au charme canaille. Et sous le pseudo de « Michel François », on reconnaît François Simon, fils de Michel. Il incarne « la poupée » membre homosexuel du gang, qui d’ailleurs sera lui aussi « réformé », puisqu’il finira le film marié et père de famille ! Ce qui en dit long sur les mentalités de l’époque sur le sujet.

Théâtral, parfois bâclé, pas toujours très subtil, « CIRCONSTANCES ATTÉNUANTES » n’en demeure pas moins une pièce de musée sympathique et amusante, à voir principalement pour le numéro de Michel Simon, toujours aussi savoureux.

 

« L’AMOUR POURSUITE » (1990)

LARGE.jpegDans les années 80, Alan Rudolph avait signé deux films assez curieux, envoûtants comme des impros de jazz : « CHOOSE ME » et « WANDA’S CAFÉ ». « L’AMOUR POURSUITE » endosse à peu près les mêmes défauts (lenteur, absence de structure dramatique, stylisation excessive) mais sans une once du charme de ses prédécesseurs

C’est un mélange peu harmonieux de film de privé des forties et d’hommage à la mode eighties. Un scénario flasque, qui démarre sur un malentendu (notre héros bien ringard commence sa filature en se trompant d’individu) et s’enlise dans une vague histoire de bigamie totalement inintéressante, et de « privée » collant aux basques de notre enquêteur. Oui, c’est aussi consternant que ça en a l’air ! Tom Berenger n’a jamais été doué pour la comédie et ça se confirme ici. Adoptant une « grosse voix » ridicule, une coiffure gominée, alignant les grimaces et les airs ahuris, il est mauvais comme un cochon, aussi mal casté que mal dirigé. Les actrices sont belles, mais pas très gâtées non plus : Anne Archer frise le carton rouge en femme fatale à l’œil trouble, Annette O’Toole et Kate Capshaw font ce qu’elles peuvent de personnages ineptes à peine silhouettés. Seule s’en sort – mais en étant très indulgent – Elizabeth Perkins en détective au cœur d’artichaut. On aperçoit aussi Ted Levine et même Neil Young (sic !) qui ne relèvent pas le niveau.

On sent par instants ce qu’a voulu accomplir Rudolph, un peu ce qu’avait mieux réussi Peter Bogdnovich dans certains de ses films : un polar ultra-cool, non-violent, plein de charme et de romance. « L’AMOUR POURSUITE » en est bien loin, hélas ! C’est un spectacle inerte, amorphe, ennuyeux à mourir au bout de seulement dix minutes et qui ne fait que s’aggraver ensuite. À éviter donc.

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ANNE ARCHER, TOM BERENGER, TED LEVINE ET ELIZABETH PERKINS