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Archives de Catégorie: POLAR, THRILLER, SUSPENSE ET FILM NOIR

« PAS DE PRINTEMPS POUR MARNIE » (1964)

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SEAN CONNERY ET TIPPI HEDREN

« PAS DE PRINTEMPS POUR MARNIE » (non, le titre français ne veut rien dire) est un curieux film-charnière dans le parcours d’Alfred Hitchcock. On retrouve ses obsessions psychanalytiques de « LA MAISON DU DR. EDWARDES » traitées d’aussi naïve façon que vingt ans plus tôt et l’héroïne pillant le coffre-fort de son patron renvoie au plus récent « PSYCHOSE ».MARNIE

De plus, on sent que Tippi Hedren et Sean Connery ne sont que les doublures de Grace Kelly et Cary Grant, qui semblaient être les interprètes idéaux pour ces personnages. C’est donc un drôle de film bancal, qui accroche par la confrontation d’une jeune femme névrosée et frigide, hantée par son enfance et d’un riche business man amoureux d’elle. Il va tâcher de la sortir du pétrin, quitte à l’épouser de force et tant qu’à faire, à la violer. Dérangeant par certains aspects, maladroit par moments (l’image qui vire au rouge quand Marnie voit un objet de cette couleur), très primaire à d’autres (Connery qui s’improvise subitement psychanalyste freudien après avoir lu quelques ouvrages !), « MARNIE » convainc à moitié, mais conserve un charme étrange et vénéneux, dû à la personnalité de Tippi Hedren, dont la gaucherie accentue l’instabilité de son rôle et la rend totalement crédible. Mal distribué, privé d’une partie de son charisme par une épilation des sourcils amoindrissant son expressivité, Connery suit le mouvement, sans se départir du sourire goguenard de l’acteur qui a parfaitement compris qu’il n’était pas le centre d’intérêt du film. Autour d’eux un superbe casting féminin : Louise Latham excellente en mère indigne, Diane Baker en belle-sœur jalouse, la ravissante Mariette Hartley en secrétaire caustique. On aperçoit le jeune Bruce Dern en marin dans un flash-back crucial.

« MARNIE » est trop long, trop platement dialogué, la photo est trop douce et granuleuse, mais certaines images s’impriment dans la mémoire (les matte-paintings de la ville portuaire où vit la mère de Marnie) et de belles scènes surnagent comme l’accident de cheval. À voir donc, en s’armant d’un peu de patience. Mais tout de même… On aimerait bien savoir qui a bien pu avoir l’idée de priver Sean de son accent écossais et surtout de ses sourcils broussailleux, qui font 50% de son charme !

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TIPPI HEDREN ET BRUCE DERN

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« JEUNE ET INNOCENT » (1937)

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NOVA PILBEAM

« JEUNE ET INNOCENT » est un des fleurons de la période anglaise d’Alfred Hitchcock, un délicieux mélange de suspense, de course-poursuite et de comédie policière, au scénario simple et linéaire mais qui maintient l’intérêt jusqu’au dénouement de dernière minute.YOUNG2

On reconnaît bien sûr le thème du « faux coupable », si cher à l’auteur et on admire dès les premières images l’efficacité narrative, les trouvailles visuelles, l’enchaînement des séquences qui mène rapidement à la rencontre entre un jeune homme accusé à tort de meurtre et la fille d’un commissaire de police qui décide de l’aider dans son enquête pour laver son nom. Ça va vite, c’est spirituel et pétillant. Le film doit beaucoup de son charme intemporel à son duo de vedettes : Nova Pilbeam (qu’on avait vue pré-ado dans « L’HOMME QUI EN SAVAIT TROP ») tout à fait charmante et vive dans ce rôle d’héroïne au franc-parler et Derrick De Marney, extrêmement sympathique en fugitif à l’œil qui frise malgré les circonstances. Leur petit jeu de séduction, leurs échanges acidulés, donnent au film son tempo. On appréciera aussi Edward Rigby en clochard serviable et George Curzon, excellent en assassin musicien bourré de tics nerveux.

On devine dans ce film déjà très maîtrisé, la griffe d’Hitchcock et ce savoir-faire qui aboutira dans des thématiques similaires à une œuvre comme « LA MORT AUX TROUSSES ».

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DERRICK DE MARNEY ET ALFRED HITCHCOCK

 

« OMBRES ET BROUILLARD » (1991)

OMBRES.jpgAprès avoir rendu de vibrants hommages à Fellini et Bergman, Woody Allen s’attaque avec « OMBRES ET BROUILLARD » au cinéma expressionniste allemand. L’Amérique intemporelle ciselée par le noir & blanc de Carlo Di Palma ressemble diablement à l’Europe du début du 20ème siècle de Fritz Lang, Murnau, avec une petite pincée de Tod Browning. Le scénario – réduit à sa plus simple expression – relate une traque à l’étrangleur une nuit de brouillard, par une bande de « vigilantes » prête à lyncher n’importe qui. Les mânes de Jack l’Éventreur et de M. le maudit planent au-dessus de chaque séquence, mais la tonalité est drolatique, puisque le quidam soupçonné à tort n’est autre que Woody lui-même, s’auto-parodiant avec beaucoup d’entrain dans le rôle de ‘Kleinman’ (petit homme) un médiocre fonctionnaire trouillard balloté par les événements et tombant de charybde en scylla. Le film est beau à contempler, mais le scénario ne va nulle part, ne connaît pratiquement aucune progression dramatique et finit par s’immobiliser bien avant la fin. Heureusement, le casting incroyablement riche permet de s’accrocher jusqu’au bout : Kathy Bates, Jodie Foster et Lily Tomlin sont excellentes en prostituées joyeuses, John Malkovich et Mia Farrow forment un couple d’artistes de cirque en crise, Donald Pleasence apparaît en légiste inquiétant. On aperçoit également Madonna, de tout jeunes John C. Reilly et William H. Macy, John Cusack, Wallace Shawn, Kate Nelligan (qui n’apparaît qu’en plan large derrière une fenêtre), Robert Joy ou l’indispensable Julie Kavner. Un vrai défilé qui aide grandement à passer le temps.

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WOODY ALLEN, DONALD PLEASENCE, LILY TOMLIN, JODIE FOSTER, JOHN CUSACK ET MIA FARROW

« OMBRES ET BROUILLARD » est un pur exercice de style sans colonne vertébrale, qui renvoie à une imagerie d’un autre âge que Woody Allen restitue avec respect et nostalgie. Dommage que, sorti de quelques allusions à l’antisémitisme et aux pogroms, le scénario ait si peu de substance.

 

« SÉCURITÉ RAPPROCHÉE » (2012)

Réalisé par le suédois Daniel Espinosa, « SÉCURITÉ RAPPROCHÉE » est un véhicule pour Denzel Washington qui retrouve son emploi-fétiche de surhomme à la morale ambiguë confronté à une bleusaille naïve (Ryan Reynolds) dans un maelström d’action et de violence.SAFE.jpg

Ici, Denzel est un ex-espion de la CIA qui vend des documents au plus offrant et se fait coincer en Afrique du Sud par les services secrets U.S. Cible de nombreux adversaires, il se retrouve sous la garde de Reynolds, nettement sous-qualifié mais qui va rapidement apprendre les ficelles du métier au péril de sa vie.

Le scénario, extrêmement bien ficelé, attentif aux détails, maintient l’intérêt par un mouvement incessant et surtout en mixant deux genres rarement associés : le film d’action et le ‘whodunit’. La gestion des fausses-pistes pour découvrir qui est le traître au cœur de l’Agency est excellente et se joue de l’intuition du spectateur avec beaucoup de cynisme : « Ça ne peut pas être lui, ce serait trop facile. Donc… ». Le seul reproche qu’on pourrait faire à ce bon spectacle, ce serait une certaine froideur, un déficit en âme et en émotion. Mais pour l’essentiel, Espinosa remplit à 100% son contrat.

Si Washington ne fait que répéter son vieux numéro bien au point de salaud charismatique, Reynolds assure mais manque un peu de personnalité, et on retrouve avec bonheur des vétérans comme Brendan Gleeson, Vera Farmiga, le regretté Sam Shepard et dans de brèves apparitions : Robert Patrick dans une superbe scène de torture, Rubén Blades, Liam Cunningham et le toujours parfait Joel Kinnaman.

À noter que l’épilogue n’est pas sans évoquer un classique du film de CIA : « LES TROIS JOURS DU CONDOR ». Un clin d’œil, assurément.

 

« LE FOSSOYEUR » (1969)

FOSSOYEUR.jpegTourné un an après « SARTANA » par Giuliano Carnimeo (sous le pseudo de Anthony Ascott), « LE FOSSOYEUR » en est la première sequel officielle et Gianni Garko réendosse sa cape noir, pour incarner ce personnage qui s’affirme comme un mélange du Colonel Mortimer de « …ET POUR QUELQUES DOLLARS DE PLUS » et de McGyver.

Cette fois, Sartana doit démasquer un imposteur qui a braqué une banque et dérobé 300 000 $ en se faisant passer pour lui. Aidé de son crasseux copain Frank Wolff et traqué par des chasseurs-de-primes qui ont les tronches ravagées de Klaus Kinski et Gordon Mitchell, notre héros va devoir affronter des juges et des shérifs ripoux, des gamblers malhonnêtes et une ribambelle de faux-amis. Le côté ‘whodunit’ du scénario change un peu des habituelles histoires de vengeance et la multiplicité de personnages maintient un semblant d’intérêt. Sans oublier le charisme indolent de Garko qui compose une silhouette immédiatement identifiable digne de « DJANGO » ou « SABATA ». Mais dieu ! Que les costumes et les décors sont hideux ! Que les fusillades sont monotones, que tout cela manque de nerf et de vigueur. Heureusement, on retrouve quelques « trognes » du spaghetti western comme Rick Boyd, Sal Borgese et José Torres. Et bien sûr Kinski dans un rôle très original – pour lui, tout du moins – de joueur malchanceux et décontracté, éternel ami/ennemi de Sartana et Wolff truculent en sidekick rigolard et suant. Mitchell n’apparaît que dans deux scènes totalement inutiles au déroulement d’ailleurs, en chasseur au rire diabolique et plein de dents.

« LE FOSSOYEUR » accuse son âge, mais il n’a rien d’antipathique et, hormis quelques gimmick piqués çà et là, ne doit rien à Leone. Ce qui est déjà une qualité !

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GIANNI GARKO, KLAUS KINSKI ET GORDON MITCHELL

 

« LES AMANTS DU CAPRICORNE » (1949)

UNDER.jpgInspiré d’une pièce de théâtre, « LES AMANTS DU CAPRICORNE » est un film très atypique dans le parcours d’Alfred Hitchcock : un mélodrame situé en Australie sans réel suspense, avec un minimum d’éléments policiers et encore moins d’humour noir.

D’emblée, on peine à accepter le sage et falot Joseph Cotten dans un rôle à la « Heathcliff » dans « LES HAUTS DE HURLEVENT », un ex-palefrenier fruste et viril qui a épousé une femme de la Haute. Maladroitement utilisé, l’acteur semble mal à l’aise, jamais à sa place et rend son amour pour Ingrid Bergman perturbant et peu crédible. Elle en rajoute dans le pathos et les larmes, mais assure magistralement un véritable tour-de-force : un monologue en plan-séquence où elle raconte les circonstances de son mariage en Irlande et fait presque oublier qu’on aurait préféré un flash-back. À leurs côtés, le précieux Michael Wilding est très irritant. Mais le trio se fait voler la vedette par Margaret Leighton, extraordinaire dans un emploi cher à Hitchcock (« REBECCA »), celui de la gouvernante manipulatrice et impitoyable. Son amour aveugle pour Cotten, sa froide cruauté envers Bergman, maintiennent l’intérêt de bout en bout et font d’elle le vrai centre de gravité du film.

Le scénario est un peu bancal, puisqu’on a toujours l’impression que le plus intéressant s’est déroulé avant le début de l’histoire. L’image de Jack Cardiff est belle, même si le Technicolor a pas mal vieilli avec le temps. « LES AMANTS DU CAPRICORNE » est un Hitchcock mineur qui souffre trop de ses erreurs de casting et dont la longueur ne se justifie vraiment pas. À voir pour quelques images fortes (la tête réduite sous les draps) et surtout pour Margaret Leighton, vraie star du film.

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INGRID BERGMAN, JOSEPH COTTEN ET MARGARET LEIGHTON

 

« NEW WORLD » (2013)

NEWL’auteur-réalisateur coréen Hoon-jung Park signe avec « NEW WORLD » une véritable somme du film de gangsters moderne, n’hésitant jamais à puiser son inspiration dans les classiques de Coppola, Scorsese, Ferrara ou dans les polars de Hongkong.

Mais ces influences/références n’ôtent jamais au film sa profonde originalité, son impressionnante maîtrise narrative et son ambition. Sur plus de deux heures, « NEW WORLD » prend une véritable dimension romanesque et traite tout à la fois d’amitié entre voyous, de manipulation policière, de trahison et du Mal qui gagne peu à peu du terrain et transforme un jeune flic honnête en un caïd implacable. Sobrement réalisé, le film se distingue surtout par sa violence foncière pourtant jamais complaisante, par la magistrale façon dont sont écrits tous les protagonistes, jusqu’au plus modeste (les trois tueurs crasseux venus de la campagne) et par sa totale et absolue noirceur. « NEW WORLD » doit beaucoup à ses comédiens tous exceptionnels : Jung-jae Lee dans le rôle complexe de l’homme déchiré entre ses deux identités. Vers la fin, il affiche le masque impénétrable et le regard mort de Pacino dans « LE PARRAIN ». Grand acteur ! Min-sik Choi est comme toujours formidable en vieux flic tireur de ficelles, au cœur sec. Jung-min Hwang est remarquable dans un personnage à la Joe Pesci dans « LES AFFRANCHIS », ultra-violent et imprévisible.

On reste cloué devant ce film ample et souvent saisissant. Certaines séquences, comme l’exécution de deux flics infiltrés, sont d’une tension inouïe, d’autres manient l’ellipse avec maestria et le montage parallèle à la fin, entre l’accession au pouvoir du nouveau parrain et le massacre de ses ennemis est un clin d’œil à la saga de Coppola, déjà souvent plagiée, mais jamais aussi bien. Un chef-d’œuvre du nouveau polar coréen.

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MIN-SIK CHOI, JUNG-MIN HWANG ET JUNG-JAE LEE