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Archives de Catégorie: POLAR, THRILLER, SUSPENSE ET FILM NOIR

« NO PAIN NO GAIN » (2013)

PAIN2« NO PAIN NO GAIN » (stupéfiante traduction française de « PAIN & GAIN » !) est signé Michael Bay, plutôt réputé pour ses blockbusters pyrotechniques. Inspiré d’une ahurissante affaire criminelle des années 90 à Miami, le scénario suit les exploits d’un trio de bodybuilders débiles et/ou toxicos se lançant dans le kidnapping de milliardaires puis tout naturellement dans le meurtre.

C’est le ton choisi par les auteurs qui fait tout : on est dans la comédie noire et le sarcasme, dans la satire vitriolique de l’American Way of Life et on pense à un mix entre l’humour de « BURN AFTER READING » des Coen et « BOOGIE NIGHTS » d’Anderson, où jouait déjà Mark Wahlberg.

Passée la surprise de la première demi-heure assez déroutante, le film devient progressivement hilarant, insolite par l’avalanche d’événements monstrueux qui s’enchaînent et délectable grâce à un casting sans la moindre fausse note. Wahlberg est parfait en crétin musculeux narcissique et amoral, Tony Shalhoub très drôle en otage hargneux et increvable, Ed Harris très bien en ex-flic perspicace, Peter Stormare apparaît fugitivement en médecin. Mais c’est Dwayne Johnson qui rafle la mise dans un personnage irrésistible de tas de muscles lent d’esprit, ultrareligieux et schnouffé jusqu’à la moelle. On ne peut qu’applaudir à son timing comique et aux nuances qu’il apporte, même s’il s’agit d’une comédie débridée. S’il fallait une seule raison pour voir « NO PAIN NO GAIN », ce serait lui.

Une très bonne surprise donc, que ce film dont on ne sent jamais passer les deux heures. Le clinquant des couleurs flashy, le montage « cut », les effets de ralenti et les voix « off » ne desservent jamais le propos, bien au contraire. Et la progression de l’horreur et du ‘gore’ se fait en douceur, sans jamais se départir d’un sourire de plus en plus jaune. Michael Bay aurait-il loupé sa véritable vocation ? La comédie !

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TONY SHALHOUB, DWAYNE JOHNSON, ANTHONY MACKIE, MARK WAHLBERG ET ED HARRIS

 

« FAST AND FURIOUS » (2001)

FAST2« FAST AND FURIOUS » est le premier film d’une franchise qui en compte déjà huit. Réalisé par Rob Cohen, c’est une pure et simple transposition du scénario de « POINT BREAK » dans l’univers des courses clandestines de bolides dans les rues de L.A.

La première moitié est franchement pénible : tout est dans « l’attitude », la frime, la pose. Les voitures de course rutilent, les filles sont à moitié dénudées, les mecs exhibent leurs gros muscles luisants de sueur en éclusant des bières. Les séquences de transition ont presque toutes été supprimées pour ne laisser place qu’à un enchaînement de courses (par ailleurs bien filmées et montées), de poursuites et de bagarres viriles. Si on ajoute la BO composée de morceaux de rap et des acteurs globalement très mauvais, on serait tenté de zapper et de prendre une bonne aspirine. Mais soudain, vers le dernier tiers, le film décolle, alors qu’on perdait tout espoir. Un braquage de camion sur l’autoroute est magnifiquement réalisé, avec de vrais enjeux dramatiques (enfin !) et la poursuite auto-motos qui s’ensuit est tout aussi brillante. Ces minutes de grâce justifiant l’existence du film tout entier, rendent donc plus indulgent à l’égard de ce « FAST AND FURIOUS » idiot et bruyant, mais finalement pas si antipathique que cela.

Le regretté Paul Walker joue un infiltré au physique de surfer peroxydé, l’irritant Vin Diesel roule des mécaniques en ‘tough guy’ charismatique (le personnage, pas lui hélas !) et Michelle Rodriguez grimace beaucoup dans le rôle de sa girl friend hargneuse. Elle n’a jamais été une reine de subtilité, mais là elle se surpasse.

L’amateur de voitures de compétition; bercé par le fracas des moteurs boostés à l’azote, prendra certainement plus de plaisir à la vision de « FAST AND FURIOUS » qu’un simple cinéphile appréciant les histoires bien charpentées. Mais comme divertissement inoffensif et plutôt bien confectionné, cela n’a rien de déshonorant.

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PAUL WALKER, MICHELLE RODRIGUEZ ET VIN DIESEL

 

« AU-DELÀ DES LOIS » (1996)

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SALLY FIELD

« AU-DELÀ DES LOIS » est une énième variation sur le thème de l’autodéfense et de la justice individuelle. La surprise vient de la signature du vénérable John Schlesinger, qui s’empare d’un scénario bien ficelé, mais manipulant éhontément les sentiments du public en poussant les situations jusqu’à la caricature et obligeant pratiquement à haïr l’assassin et à souhaiter sa mort. Lente, de préférence.EYE2

Après le viol et la mort de sa fille, Sally Field voit le meurtrier (Kiefer Sutherland) s’en sortir sans un jour de prison. Le flic chargé de l’enquête (Joe Mantegna) est bien brave mais impuissant, son mari (Ed Harris sous-utilisé) trop passif et elle décide de prendre les choses en main. C’est-à-dire un .38 chargé !

La qualité du casting arrache évidemment le film au bourbier de la série B fasciscante et « AU-DELÀ DES LOIS » se laisse regarder sans déplaisir par la vigueur de la mise-en-scène, les extérieurs magnifiquement filmés d’un L.A. peu montré au cinéma et par l’engrenage policier vraiment bien agencé.

Mais il n’est jamais agréable de se sentir ainsi manœuvré. Et si Sutherland est excellent en ‘white trash’ irrécupérable, le portrait est infiniment trop chargé pour demeurer crédible : il ne cherche même pas à se masquer quand il commet ses forfaits, il urine en pleine rue, imite le bégaiement de sa victime devant la mère de celle-ci et va même – suprême infamie – jusqu’à arroser de bière un pauvre chien errant ! Trop c’est trop, et on finit par ne plus croire au drame de cette gentille maman poussée au crime et à regarder le film pour ce qu’il est : un honnête divertissement écrit à la truelle, sauvé par le professionnalisme de son réalisateur.

Dans la distribution de belles pointures comme Philip Baker Hall, Berverly D’Angelo et même l’action star Cynthia Rothrock en coach de close-combat.

À voir pour son efficacité incontestable donc, pour ses acteurs, car Sally Field est vraiment remarquable, en fermant les yeux sur son manichéisme décomplexé et sa morale tout de même très douteuse.

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JOE MANTEGNA, KIEFER SUTHERLAND ET ED HARRIS

 

« UN FLIC » (1972)

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ALAIN DELON

Faisant suite au « SAMOURAÏ » et au « CERCLE ROUGE », « UN FLIC » clôt le tryptique polar delonien de Jean-Pierre Melville. C’est aussi hélas, son ultime film et le premier rôle de policier pour Alain Delon qui en jouera bien d’autres par la suite, jusqu’à ce que le mot « flic » devienne pratiquement sa signature.FLIC

Melville inscrit en exergue une citation attribuée à Vidocq : « Les seuls sentiments que l’homme ait jamais été capable d’inspirer au policier sont l’ambiguïté et la dérision ». Et cette phrase correspond exactement à ce qu’on pourrait penser de « UN FLIC ». L’ambiguïté, parce qu’il y a de bonnes choses : une photo bleuâtre monochrome, des idées étranges à peine survolées (la relation trouble entre le commissaire Delon et un travesti qui lui sert d’indic) et la dérision, parce que le réalisateur frise l’auto-parodie avec ses gangsters en feutre mou et en imper mastic, sa lenteur d’une solennité presque risible et par une longue attaque de train depuis un hélicoptère, filmée avec des maquettes ahurissantes qui décrédibilisent gravement l’ensemble.

« UN FLIC », malgré la patine des années, le prestige incontesté des talents impliqués et la nostalgie, est un film difficile à aimer. On comprend mal pourquoi deux vétérans américains du second rôle comme Richard Crenna et Michael Conrad sont doublés pour jouer des Français. Leur présence dans un contexte entièrement hexagonal est déstabilisante au possible. Quant au personnage de Catherine Deneuve, qui apparaît dans trois ou quatre séquences, il est indigent et joué de façon oblique par la comédienne qui semble absente. Riccardo Cucciolla a l’air échappé de « QUAND LA VILLE DORT » de Huston. Delon quant à lui, peu avantagé par sa coupe de cheveux et son teint blafard, incarne donc un flic de terrain impassible et taiseux, qui ne rechigne pas à balancer quelques baffes par ci, par là et traite ses coéquipiers – parmi lesquels un Paul Crauchet sous-employé – comme des larbins. Un personnage ectoplasmique, peu sympathique et sans aucun background personnel pour alléger les choses. Il est certain que sans sa mort prématurée, Melville aurait su faire oublier ce film bancal par d’autres classiques du ‘film noir’ à l’américaine, mais « UN FLIC », film mal-aimé et globalement raté, restera donc son adieu au cinéma. Dommage… En voilà un qu’on aurait bien aimé réhabiliter !

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CATHERINE DENEUVE, RICCARDO CUCCIOLLA, RICHARD CRENNA ET MICHAEL CONRAD

 

« LES PASSAGERS » (1976)

PASSAGERSSerge Leroy est un réalisateur qui signa trois longs-métrages d’affilée entre 1975 et 1978 (« LA TRAQUE », « LES PASSAGERS » et « ATTENTION, LES ENFANTS REGARDENT ») tous dignes d’intérêt, avant de signer quelques polars ratés la décennie suivante et de disparaître des radars.

Adapté par Christopher Frank d’un thriller de Dean R. Koontz, « LES PASSAGERS » part d’un postulat très simple mêlant le ‘road movie’ et le suspense à la « DUEL ». Jean-Louis Trintignant roule de Rome à Paris en compagnie du fils de sa femme (Mireille Darc) pour faire plus ample connaissance avec lui. Ils sont suivis et harcelés par un mystérieux inconnu (Bernard Fresson) dans une camionnette noire, qui semble vouloir leur mort. La tension monte progressivement, les relations entre Trintignant sympathique et d’un parfait naturel et le petit Richard Constantini évoluent avec humour et finesse. Tout ce qui les concerne directement est très réussi, voire passionnant. On ne peut donc que regretter que le personnage de Darc soit si platement écrit et déplorer la sous-intrigue impliquant Adolfo Celi jouant un flic italien incompétent, dont la présence excessive est très probablement due à la coproduction. Cela ralentit le film, le faisant trop fréquemment sortir des rails.

Ce qui distingue le film, c’est l’étonnante composition de Fresson, jouant un ex-pilote de ligne devenu fou à la suite d’un accident et qui s’est transformé en psychopathe hanté par ses fantômes. On ne retrouve aucun des maniérismes habituels de l’acteur, il a même modifié de timbre de sa voix. Investi à 100% dans son rôle, il parvient à se montrer effrayant et pathétique et son face-à-face avec Darc est un grand moment de violence psychologique et physique. Malgré sa construction polluée par l’inutile enquête policière, « LES PASSAGERS » vaut largement le coup d’œil, ne serait-ce que pour son excellent dialogue et pour le plaisir de revoir Fresson et Trintignant au sommet de leur carrière.

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JEAN-LOUIS TRINTIGNANT, RICHARD CONSTANTINI ET BERNARD FRESSON

À noter que le DVD récemment sorti est très loin d’être techniquement à la hauteur du film, qui aurait mérité un peu plus de soin. C’est très déplorable de voir encore en 2017 des DVD qui ressemblent à des VHS.

 

« KALIFORNIA » (1993)

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DAVID DUCHOVNY ET BRAD PITT

Sorti deux ans après « LE SILENCE DES AGNEAUX », « KALIFORNIA » de Dominic Sena, peut être abordé comme une réaction à la fascination légèrement malsaine générée par ce film pour les serial killers.KLF2

En effet, celui présenté ici n’a rien du criminel cultivé et suave campé par Anthony Hopkins. Brad Pitt – totalement méconnaissable – joue un « white trash », un semi-débile sale et repoussant, bourré de tics, tuant comme il respire, égorgeant pour quelques dollars, en grognant comme un porc. Avec sa petite amie encore plus décérébrée que lui (Juliette Lewis), il part en covoiturage vers la Californie avec un couple de « bobos » : David Duchovny et Michelle Forbes. Ceux-ci travaillent sur un livre autour des tueurs en série et s’arrêtent sur tous les lieux de crime sur leur trajet pour prendre des photos et enregistrer leurs impressions à vif. La réalité les rattrapera quand ils réaliseront que leur passager est un dangereux sociopathe qui sème la mort pendant leur périple.

Extrêmement soigné au niveau visuel (les couleurs, l’utilisation du format Scope), filmé dans des décors naturels étonnants et souvent inédits au cinéma, « KALIFORNIA » est un ‘road movie’ pervers et cruel, qui a un message à faire passer : l’intérêt qu’on peut porter à des assassins, cette fascination pour les armes et la violence, révèle forcément quelque chose sur sa propre personnalité. Et parfois arrive le jour où il faut confronter ses démons.

Aussi lancinant qu’hypnotique, le film – nous l’avons dit – doit énormément à l’interprétation hallucinante de Pitt qui se perd totalement dans ce personnage abject, jusqu’au malaise. Lewis, stupide, exaspérante, bouleversante quand elle parle de sa sordide enfance, trouve un de ses meilleurs rôles. Ils éclipsent un peu Duchovny irréprochable mais un brin falot et la superbe mais très froide Forbes, aux rôles évidemment moins payants.

« KALIFORNIA » est un film à redécouvrir, qui renvoie une image de l’Amérique dépoussiérée de toute mythologie, de tout romantisme.

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JULIETTE LEWIS, MICHELLE FORBES ET BRAD PITT

 

« BROTHER’S KEEPER » : film-pilote de la série « Deux flics à Miami »

VICE« BROTHER’S KEEPER » est le film-pilote de « DEUX FLICS À MIAMI », série produite par Michael Mann et qui marqua profondément les eighties.

Réalisé par Thomas Carter, ce téléfilm de 90 minutes a tous les attributs d’un long-métrage de cinéma, hormis le format carré de 1.33 :1. Dès les premières images, il semble avoir encapsulé tout ce qui symbolisait les années 80 : les brushings et « balayages », le montage clipé, la bande-son saturée de tubes à la mode et les tics de langage de l’époque. Le style flashy est tellement appuyé, qu’il apparaît aujourd’hui comme patiné plutôt que désuet et on peut parfaitement prendre un réel plaisir à suivre les aventures de ce tandem de flics. Le scénario narre leur rencontre, préfigurant un peu « L’ARME FATALE » : Don Johnson, « beau gosse » infiltré, habitant sur un bateau avec un alligator nommé ‘Elvis’ et Philip Michael Thomas, flic new-yorkais cherchant à venger son frère abattu par un narcotrafiquant colombien. D’abord conflictuelle, leur relation va progressivement devenir amicale, permettant à la série de perdurer pendant cinq saisons.

Va sa durée exceptionnelle, ce pilote paraît parfois longuet et s’égare trop longtemps sur des scènes de « vie privée » pas indispensables, mais le côté « buddy movie » fonctionne à plein régime et la nostalgie fait le reste. Quand nos compères prennent leurs flingues et partent à la bagarre sur une chanson de Phil Collins, comment résister ?

Dans un cast homogène, on retiendra la courte présence de Jimmy Smits dans sa toute première apparition à l’écran, jouant le coéquipier rapidement éliminé de ‘Crockett’.

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DON JOHNSON, GREOGRY SIERRA ET PHILIP MICHAEL THOMAS

« BROTHER’S KEEPER » définit parfaitement ce que sera la série à succès qui mit Michael Mann sur le devant de la scène et qui fit clairement évoluer les séries « polar » U.S. en soignant particulièrement la forme et le style.