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Archives de Catégorie: POLAR, THRILLER, SUSPENSE ET FILM NOIR

« QUICKSAND – RIEN DE PLUS GRAND » (2019)

« QUICKSAND – RIEN DE PLUS GRAND », est une minisérie suédoise de 6×52 minutes, qui – dès le premier épisode – souffre du maintenant très identifiable « syndrome Netflix » : une écriture flottante, une réalisation un peu cheap et des comédiens pas toujours au top.QUICKSAND.jpg

L’histoire, c’est celle d’un massacre dans un lycée, perpétré par un fils de riche névrosé (Felix Sandman) et, selon toute apparence, par sa petite amie Hanna Ardéhn. C’est narré en flash-backs, bâti autour de la relation entre ces deux ados aussi antipathiques l’un que l’autre, sur la justice qui se resserre autour de la survivante. Très bien ! Le problème, c’est que ce scénario aurait certainement été plus efficace dans la simple durée d’un long-métrage et surtout, qu’il ne tient absolument pas debout. On crée un suspense et un mystère artificiellement, en se contentant de dissimuler des informations au spectateur et en n’expliquant pas le comportement de la fameuse héroïne en prison. Est-elle réellement amnésique ? Sinon pourquoi garde-t-elle pour elle des explications qui auraient pu l’exonérer depuis le début ? On sent cette « triche » du début à la fin et on espère, sans trop y croire, un « twist » spectaculaire lors du dénouement, qui viendra justifier (et excuser) cette paresse d’écriture, cette platitude. Eh bien, pas du tout ! L’épilogue est incroyablement décevant.

Comme c’est très moyennement interprété, que les jeunes acteurs en plein âge ingrat, ne sont pas d’une folle photogénie, « QUICKSAND » n’est en fin de compte qu’une perte de temps. Et la conclusion, unique raison pour laquelle on suivra la minisérie jusqu’au bout, ne rattrape vraiment pas les choses.

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« UN TRAÎTRE IDÉAL » (2016)

Adapté d’un roman de John Le Carré, réalisé par la téléaste Susanna White, « UN TRAÎTRE IDÉAL » a toutes les apparences d’un film d’espionnage anglais comme on en a déjà tant vu. Mais il ne faut jamais se fier aux apparences car il s’avère être un excellent film aux enjeux psychologiques puissants et aux personnages très bien campés.KIND

Stellan Skarsgård – parfaitement utilisé – est un comptable de la mafia russe qui, se sachant condamné par son nouveau boss, décide de vendre ses secrets, impliquant de hauts dignitaires britanniques, au MI6 en échange d’une protection pour sa famille. Il compromet un innocent quidam (Ewan McGregor) et sa femme (Naomie Harris) croisés par hasard, qui vont s’attacher à son sort. C’est une course-poursuite à travers le Maroc, la France, la Suisse et l’Angleterre, toute empreinte de paranoïa et de violence. Mais le plus intéressant et original, est l’amitié soudaine mais bien réelle entre le « traître » sympathique et truculent et le jeune professeur généreux et chevaleresque. Le tandem d’acteurs fonctionne à plein régime, soutenu par d’excellents seconds rôles comme Damian Harris, en maître-espion ambigu. Étonnamment soigné au niveau visuel et esthétique, « UN TRAÎTRE IDÉAL » doit beaucoup à son directeur photo, Anthony Dod Mantle (« FESTEN », « DREDD ») dont le sens du cadrage et les lumières contrastées jouant avec les reflets, apportent une grande classe au film tout entier. Malgré quelques petites impasses scénaristiques et des ellipses très abruptes (on aurait quand même bien voulu savoir ce qui a pu se passer dans l’hélicoptère, à la fin !), « UN TRAÎTRE IDÉAL » est un bon suspense humain et dépourvu de sensiblerie.

 

« THE BIG HIT » (1998)

Réalisé par le hongkongais Kirk Wong, « THE BIG HIT » part du concept opportuniste de mixer l’univers des hitmen à la John Woo (d’ailleurs producteur du film !) et la grosse comédie pour teenagers, pour un polar déjanté, bruyant et mettant en vedettes des boys band musculeux et brillantinés.BIGHIT.jpg

On sent planer tout du long l’influence de Tarantino, mais tout cela est tellement fabriqué, trafiqué et sans spontanéité, qu’on s’ennuie rapidement. Et ce, malgré un assez bon casting et des séquences d’action spectaculaires pour l’époque. Le film se laisse suivre grâce à la prestation sincère et attachante de Mark Wahlberg, qui campe un tueur à gages timide et complexé dont tout le monde – et tout spécialement les femmes – profite sans vergogne. Avec sa petite taille, ses cheveux teints en roux, l’acteur crée un personnage humain et crédible, ce qui n’est pas un mince exploit dans le contexte général. Autour de lui, Lou Diamond Phillips en fait des mégatonnes en collègue cynique, stupide et traître, mais il est amusant. Elliott Gould fait n’importe quoi en futur beau-père allergique à l’alcool. Seule la jeune China Chow parvient à tirer quelque chose de son rôle d’otage pleine d’entrain.

Il n’est pas évident d’épiloguer sur un film qui ne raconte à peu près rien et tente trop ostensiblement d’exploiter les filons à la mode de l’époque. Ce n’est pas parce que les tueurs sont des moulins à parole que c’est du Tarantino, pas parce qu’on tire à tout-va au ralenti avec plusieurs flingues en même temps qu’on fera oublier John Woo. « THE BIG HIT » est une sorte de pastiche pas très drôle ni très fin, qui se laisse regarder avec indifférence mais qui n’a rien à proposer d’original ou d’inédit.

 

« A BITTERSWEET LIFE » (2005)

« A BITTERSWEET LIFE » de Jee-woon Kim est un film de gangsters coréen ultra-stylisé et maîtrisé à 100%, où on retrouve les influences assumées du « SAMOURAÏ » de Melville (le tueur et l’innocente musicienne), du « KILLER » de John Woo (la relation amoureuse esquissée à nouveau et les gunfights dantesques) et même du « SCARFACE » de De Palma pour l’affrontement final qui tourne à la boucherie.LIFE.jpg

Byung-Hun Lee, qui n’est pas sans évoquer le Delon des débuts, est remarquable en homme-de-main d’un caïd de la pègre, cool et invincible, dont l’obéissance aveugle va être perturbée par son refus d’abattre une jeune femme dont il est tombé amoureux. Assailli de partout, il va connaître un véritable chemin de croix, culminant dans une séquence où il est enterré vivant et ressort du tombeau tel un ange exterminateur. Le scénario est d’une rigueur implacable, la réalisation joue avec maestria des ellipses brutales et de fréquentes éruptions de violence extrêmement sanglantes. Mais cela fait partie du cinéma du réalisateur et ne sombre jamais dans la complaisance ou la série B. Tous les personnages sont parfaitement dessinés, à commencer par le boss inhumain (Yeong-cheol Kim) ou le « collègue » sadique (Roe-ha Kim). Quelques séquences d’action vont très loin dans l’expression de la peur et la volonté de survivre à n’importe quel prix : on pense à l’évasion de Byung-Hun Lee après avoir été torturé et presque dépecé dans un hangar. Un morceau de cinéma d’action époustouflant !

Pour le portrait de cet homme apparemment lisse, calme et soumis, qui pour avoir laissé filtrer un soupçon d’humanité, va payer le prix fort, « A BITTERSWEET LIFE » mérite d’être vu. Et vraiment, Jee-woon Kim est un grand cinéaste.

 

« CASABLANCA » (1942)

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INGRID BERGMAN

Sur le papier, « CASABLANCA » de Michael Curtiz, avait tous les attributs d’un banal mélo de propagande antinazis de la Warner, un de ces films de circonstances rapidement oubliés au fil de l’Histoire.CASA.jpg

Mais, considéré aujourd’hui comme un des plus beaux accomplissements du vieil Hollywood, « CASABLANCA » a bénéficié d’une incroyable alchimie de tous les talents réunis et s’impose clairement comme un chef-d’œuvre d’émotion. Le scénario théâtral mais mixant admirablement l’anecdote amoureuse et une plus noble vision du sacrifice nécessaire en temps de guerre, un dialogue subtil, allusif, spirituel, une photo sublime d’Arthur Edeson, des décors « exotiques » splendides et pour finir l’immortelle chanson : « As time goes by », symbole du temps qui passe et des amours perdues. Sans oublier l’atout principal : le couple Ingrid Bergman-Humphrey Bogart qui crève l’écran. Rarement un ‘tough guy’ comme Bogart a osé se montrer aussi vulnérable et démuni (il sanglote littéralement parce qu’il revoit la femme qui l’avait largué sans préavis !). Le personnage de Rick, cynique et cassant, est en réalité un sentimental idéaliste et un grand amoureux romantique. Quant à Bergman, magnifiée par des gros-plans qui sont de véritables œuvres d’art, elle irradie et parvient à rendre crédible cette love story sinueuse et ce dilemme insoluble, par sa seule présence. À leurs côtés, Claude Rains est formidable en préfet français ambigu et profiteur, Paul Henreid remplit bien son office de héros noble et incorruptible et des personnalités comme Sidney Greenstreet, Peter Lorre (une courte mais très mémorable apparition)  ou S.Z. Sakall occupent agréablement l’arrière-plan.

« CASABLANCA » fait partie de ces films qu’on peut revoir régulièrement et indéfiniment, pour leur esthétique, leur atmosphère et parce que les relations entre les protagonistes sont si complexes et ambiguës qu’on peut toujours y déceler des subtilités et des paradoxes, même après de multiples visionnages. Une pierre blanche du cinéma américain.

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CLAUDE RAINS ET HUMPHREY BOGART

 

« CONTRE TOUTE ATTENTE » (1984)

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JAMES WOODS ET RACHEL WARD

Du classique de Jacques Tourneur : « LA GRIFFE DU PASSÉ » (1947), Taylor Hackford n’a gardé qu’une vague ossature narrative pour ce presque remake où Jane Greer, l’héroïne originale tient un rôle secondaire.ODDS.jpg

« CONTRE TOUTE ATTENTE » est un film très bizarre, où le réalisateur probablement conscient que le scénario n’est guère passionnant (l’histoire d’une héritière fugueuse convoitée par son ex-amant et recherchée par sa belle-mère), se permet des digressions touristiques et musicales complètement incongrues, des plages d’inaction interminables et un final où tout le monde s’explique arme à la main et tente de clarifier le scénario pour le spectateur, sans grand succès, d’ailleurs. Il y a une bonne demi-heure en trop dans ce film, des dialogues d’une totale platitude et des personnages stupides et sans grand intérêt. Mais curieusement, « CONTRE TOUTE ATTENTE »(titre bien choisi, finalement) ne manque pas de charme : les paysages mexicains sont dignes d’un dépliant pour vacances de luxe, la chanson de Phil Collins est encore dans toutes les mémoires, et il se produit une réelle tension érotique entre Jeff Bridges en footballeur aisément manipulable, Rachel Ward peu expressive mais d’une beauté à couper le souffle et James Woods bien énervé comme d’habitude en malfrat sans aucun scrupule. Deux « beautiful people » au sommet de leur séduction physique et un ‘bad guy’ d’anthologie. Un trio qui aide à avaler jusqu’au bout ce pseudo film noir languide et soporifique. Richard Widmark apparaître en pourri de compétition (Robert Mitchum, protagoniste du film de 1947 a-t-il refusé de tourner celui-ci ?) et les seconds rôles sont plutôt bien castés dans l’ensemble.

Au bout du compte, ce n’est pas grand-chose, « CONTRE TOUTE ATTENTE », mais on peut le voir comme un voyage exotique et sensuel qui se déroule sans moment vraiment fort et s’achève de façon décevante au possible. Pour la sublime Rachel, disons…

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JEFF BRIDGES, RICHARD WIDMARK ET RACHEL WARD

 

« LES ASSOCIÉS » (2003)

ASSOCIÉS.jpgInspiré d’un roman, « LES ASSOCIÉS » de Ridley Scott est certainement un film qu’on peut plus aisément apprécier si on n’y cherche pas la griffe habituelle du cinéaste ou son sens de l’esthétique qui est, qu’on le veuille ou non, sa principale marque de fabrique.

Tourné sans style particulier, avec froideur et un constant humour pince-sans-rire, le film se construit progressivement sur une énorme arnaque, ou plutôt plusieurs arnaques en poupées-gigognes, et s’achève sur un « twist » stupéfiant et un épilogue bienvenu qui vient réchauffer l’ambiance. Au cœur du film, le portrait de Nicolas Cage, dans un de ses meilleurs rôles : un escroc professionnel bourré de tics, de TOC, maniaque jusqu’à la folie, solitaire. Et surtout sa relation avec une adolescente délurée (Alison Lohman) qui s’avère être sa fille qu’il n’a jamais vue. Les deux acteurs fonctionnent parfaitement ensemble et permettent de s’impliquer un peu dans un film n’incitant pas beaucoup à l’empathie. Tous les seconds rôles sont impeccables, surtout Sheila Kelley, Bruce McGill ou Melora Walters. Seul Sam Rockwell ne donne aucun relief à son personnage pourtant crucial de coéquipier de Cage, un ludion irritant, sans la moindre profondeur et ne jouant que sur un seul registre. Dommage.

« LES ASSOCIÉS » est comme « À ARMES ÉGALES », « UNE GRANDE ANNÉE » ou « LE CARTEL », un film atypique dans l’œuvre de Ridley Scott, mais c’est sans aucun doute le plus réussi du lot. La dernière partie, dont le rythme s’emballe et entraîne dans une spirale vertigineuse de mensonges et de trahisons, vaut à elle seule le coup d’œil. Et puis c’est un des derniers bons films de Cage, qui allait – trois ans plus tard – entamer une descente aux enfers du nanar et du DTV dont il n’allait, à de rares exceptions près, plus ressortir.

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NICOLAS CAGE, ALISON LOHMAN ET SHEILA KELLEY