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Archives de Catégorie: POLAR, THRILLER, SUSPENSE ET FILM NOIR

« TERREUR AVEUGLE » (1971)

BLIND.jpgÉcrit par le scénariste de TV Brian Clemens (« CHAPEAU MELON ET BOTTES DE CUIR »), « TERREUR AVEUGLE » est une production anglaise où officient trois Américains : le réalisateur Richard Fleischer habitué aux tournages hors des U.S.A., le musicien Elmer Bernstein et la vedette : Mia Farrow, encore sur sa lancée de « ROSEMARY’S BABY ».

Suspense épuré et viscéral, le film suit le retour à la vie d’une jeune femme devenue aveugle à la suite d’un accident. Revenue dans sa famille, elle se retrouve la proie d’un serial killer qui assassine ses proches. La partie la plus haletante et la mieux filmée, c’est bien sûr celle où le spectateur découvre les cadavres éparpillés dans la demeure, alors que l’héroïne vaque à ses occupations sans se rendre compte de rien. Un vrai morceau de bravoure de pure mise-en-scène où Fleischer manipule son public, oblige l’œil à s’attarder sur tel ou tel détail, et se montre d’une précision inouïe dans la description de la géographie des lieux. La scène où elle marche pieds nus au milieu des morceaux de verre brisé est exemplaire. Sorti de ce mini-huis clos, « TERREUR AVEUGLE » fonctionne sur le crescendo d’angoisse, les fausses-pistes, se jouant adroitement de nos préjugés (les soupçons pesant immédiatement sur les Gitans). Farrow – tout à fait crédible en non-voyante – est parfaite dans son emploi de victime-née. À la fin, on n’entend plus que ses cris d’angoisse, ses gémissements, ses halètements, jusqu’à l’exaspération. Dans un casting d’inconnus, seul émerge le visage familier de Michael Elphick.

À condition de fermer les yeux sur le générique, suivant le tueur (dont on ne voit que les bottes) qui évolue dans un monde envahi par la violence (cinéma, télé), le sexe (magazines, femmes sans soutien-gorge), l’alcool, etc. et qui tente bien naïvement de justifier ses agissements futurs, « TERREUR AVEUGLE » bénéficie d’une jolie photo automnale de Gerry Fisher et du savoir-faire de l’éclectique Fleischer. Pas une des grandes réussites du réalisateur, mais une œuvre modeste, nullement déshonorante.

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MIA FARROW ET MICHAEL ELPHICK

À noter : le titre anglais du film est « BLIND TERROR ». Il fut rebaptisé « SEE NO EVIL » pour sa sortie américaine.

 

« L’INCIDENT » (1967)

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MARTIN SHEEN ET TONY MUSANTE

Étonnant de constater que lorsqu’un film est bien pensé à tous niveaux, qu’il est parfaitement écrit et interprété et qu’il a quelque chose à dire, il peut étonnamment bien passer l’épreuve des ans. Car « L’INCIDENT » a plus de 50 ans et il s’avère aussi perturbant, dérangeant et inconfortable qu’à sa sortie.INCIDENT.jpg

Le scénario est construit comme un film-catastrophe : une première moitié consacrée à dépeindre les personnages, groupe par groupe, et une seconde qui les réunit dans un wagon de métro, en pleine nuit. Un microcosme de pleutres, d’avares, de racistes, de machos, de soldats, un homosexuel, un alcoolique, un clochard… Et deux « loubards » chauffés à blanc qui vont semer la terreur et servir de révélateur à la médiocrité, à la mesquinerie de ceux qu’ils vont victimiser. Tourné « à l’arrache » dans un noir & blanc granuleux, très reportage, accentuant le malaise par des cadrages étouffants en courte focale, « L’INCIDENT » ne relâche pas la pression pendant toute sa durée et laisse complètement vidé quand arrive le mot « FIN ». Peerce parle de notre lâcheté quotidienne, de l’absence de solidarité, de courage individuel. Il le fait sans faux-fuyant, sans laisser espérer une possible rédemption. Il est très bien servi par les quasi-débutants Martin Sheen et Tony Musante jouant les voyous hystériques et insatiables, par Beau Bridges en jeune appelé, Jan Sterling et Mike Kellin en couple en bout de course, Brock Peters en Noir haïssant les « whiteys » ou Thelma Ritter, Ruby Dee. Une formidable réunion de talents au top de leur forme, qui donnent chair et authenticité à ce film implacable et théâtral, tellement intense qu’on finit par espérer qu’il s’achève, histoire de se détendre un peu. Une très grande réussite.

Principalement réalisateur de TV, Larry Peerce ne tournera plus jamais de film de cette envergure. Son autre film connu est « UN TUEUR DANS LA FOULE » (1976) qui sera construit exactement sur le même schéma que « L’INCIDENT » et dans lequel on retrouvait Brock Peters et Beau Bridges.

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GARY MERRILL, BEAU BRIDGES, MARTIN SHEEN, JAN STERLING, MIKE KELLIN ET TONY MUSANTE

 

« LE TRAÎTRE » (2019)

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PIERFRANCESCO FAVINO

Inspiré de faits réels survenus dans les années 80, le scénario du film de Marco Bellocchio « LE TRAÎTRE » n’est pas sans rappeler celui de « COSA NOSTRA », sorti il y a 45 ans.TRAITRE.jpg

C’est en effet l’histoire d’un « soldat » de la Cosa Nostra qui finit par trahir son clan et par balancer ses secrets devant la justice. À la différence que « LE TRAÎTRE » se passe en Sicile et pas aux U.S.A. « Je ne me considère pas comme un traître », dit Tommaso Buscetta (Pierfrancesco Favino) en substance, « Ce sont les autres qui sont les traîtres aux idéaux de la Cosa Nostra ». Cela définit bien ce personnage hors-normes, séducteur égoïste, tueur et trafiquant d’héroïne, mais aussi individu charismatique et courageux, osant affronter la « Piovra » en la regardant dans les yeux. Favino – un des grands acteurs de sa génération, toutes nationalités confondues – donne un relief extraordinaire à Buscetta, particulièrement dans ses face à face avec le juge Falcone (magnifique Fausto Russo Alesi), où se nouent des liens de respect, voire d’amitié. C’est cet aspect « à hauteur d’homme » qui différencie « LE TRAÎTRE » des films de Francesco Rosi, par exemple et lui donne une texture exceptionnelle. Tous les personnages sont parfaitement dessinés. On pense à Fabrizio Ferracane, véritable Iago cynique et abject, Nicola Calí qui incarne un Toto Riina plus vrai que nature. Tous les seconds rôles sont au diapason.

Bellocchio ne donne aucune coloration romanesque ou spectaculaire à son film. Il se contente de suivre pas à pas le destin d’un homme, avec ses contradictions, ses fautes et sa dignité. Et quand arrive la fin, et qu’on commence à s’apitoyer sur le sort de ce vieillard paranoïaque, il nous assène un flash-back sec et implacable, qui nous rappelle qui était exactement Buscetta. Un grand film !

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FAUSTO RUSSO ALESI ET FABRIZIO FERRACANE

 

« BOULEVARD DE LA MORT » (2007)

PROOF.jpg« BOULEVARD DE LA MORT » de Quentin Tarantino fait partie d’un diptyque comportant également un film de Robert Rodriguez et de fausses bandes-annonce, sous le titre de « GRINDHOUSE ».

Dans ce qui est sans doute son œuvre la plus libre, mais aussi la plus faible, parce que la moins écrite, « QT » s’amuse à jouer avec des voitures, dans ce qu’on pourrait appeler un « film de bagnoles redneck féministe ». Dans la première partie, il suit quatre héroïnes aussi stupides qu’agaçantes, qui ont le malheur de croiser Kurt Russell, ex-cascadeur vieillissant recyclé en serial killer de la route. La pellicule est volontairement endommagée pour évoquer les vieux cinémas de quartier des seventies. C’est terriblement bavard et statique, avant qu’un « accident » très spectaculaire arrive à point pour nous réveiller. La seconde partie confronte le même psychopathe à plus forte partie : deux cascadeuses professionnelles qui n’ont pas froid aux yeux et leur copine maquilleuse. Et le scénario s’éclipse pour n’être plus qu’une longue, très longue poursuite à tombeau ouvert. On peut s’en lasser assez vite, mais le retournement de situation (à un moment donné, c’est le tueur qui devient la proie des walkiries déchaînées) vient à point, encore une fois, pour clore le film sur une note ultra-violente à la réjouissante méchanceté.

Outre un Russell superbe et inquiétant en brute balafrée, qui se dégonfle à la fin et révèle le faux-dur lamentable qu’il est réellement, on passe le temps avec Zoë Bell en stunt-woman australienne, Rosario Dawson très en verve, QT lui-même en barman (toujours aussi mauvais), et Michael Parks qui reprend son rôle de « KILL BILL » aux côtés de son shérif-adjoint de fils. Pas grand-chose à dire de ce « BOULEVARD DE LA MORT », au fond. Les « tarantiniens » adoreront, les autres jugeront probablement qu’il ne s’est pas foulé.

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KURT RUSSELL, ZOË BELL ET ROSARIO DAWSON

À noter : le film sera exploité en solo dans une durée de 113 minutes. C’est la version de 100 minutes qui est chroniquée ici.

 

« KLUTE » (1971)

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JANE FONDA

« KLUTE » d’Alan J. Pakula est ce que les Américains appellent un « film séminal » des années 70, un polar d’une totale noirceur (dans tous les sens du terme), qui capture sur pellicule les névroses urbaines de l’époque, la dégénérescence d’un New York à l’abandon et la perte de tout repère moral.KLUTE.jpg

Le sujet est simple : Donald Sutherland dans le rôle-titre, est un privé d’une petite ville de Pennsylvanie, qui part à « Big Apple » à la recherche de son meilleur ami disparu depuis un an. Il rencontre Jane Fonda, prostituée qui croisa la route de ce dernier et qui est harcelée par un voyeur invisible. Mais au lieu de se focaliser sur l’enquête policière à proprement parler, les auteurs prennent le risque de dévoiler très tôt l’identité du coupable, anéantissant volontairement une source fondamentale de suspense. « KLUTE » glisse donc du film noir au portrait de deux êtres incompatibles : le flic pudique et intègre et la « pute » instable, passant sa vie chez le psy. Le charisme et le talent des deux acteurs compense aisément l’absence d’investigation, et la complexité des personnages passionne de bout en bout. Le rythme est extrêmement lent (autre parti-pris risqué pour ce qui est présenté comme un « film de genre »), la photo de Gordon Willis très étonnante : d’énormes zones d’ombres d’où se détachent des détails éclairés. Une image en parfaite adéquation avec la BO de Michael Small qui évoque la musique de certains films d’horreur et qui est pour beaucoup dans l’ambiance cauchemardesque du film.

Ajoutons une alchimie formidable entre Fonda aussi touchante qu’exaspérante et Sutherland, impassible et taiseux, des seconds rôles de qualité comme Roy Scheider très bien en « mac » vaniteux et déplaisant ou Charles Cioffi tout à fait répugnant, et « KLUTE » s’impose comme un authentique classique, ancré dans son époque, et témoin de ses mentalités. Indémodable.

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DONALD SUTHERLAND, ROY SCHEIDER ET JANE FONDA

 

« MINDHUNTER » : saison 2 (2019)

Coréalisée par David Fincher, Andrew Dominik et Carl Franklin, la 2ème saison de « MINDHUNTER » poursuit son étude de la nouvelle cellule du FBI censée « profiler » les serial killers et les débusquer en se basant uniquement sur leurs points communs et leur modus operandi. Nous sommes toujours à la fin des seventies, avec le même trio d’enquêteurs disparate. Dans cette saison, c’est le vétéran Holt McCallany qui est placé en avant.MIND2

« MINDHUNTER » garde le cap d’une réalisation sobre, sans le moindre effet mélodramatique, sans jamais céder au spectaculaire, même dans l’approche de la violence (qui est tout de même à la base même du scénario), enrobe son récit d’une lumière verdâtre, souvent sous-exposée, là encore sans chichi esthétique. Dans ces neuf épisodes oscillant entre 40 et 70 minutes, seuls comptent les personnages, leur évolution, leurs erreurs et leurs conflits internes, toujours très motivés et passionnants à voir évoluer. Seul petit reproche, l’analyste Anna Torv peine à trouver sa place dans cette affaire de tueur d’enfants noirs à Atlanta et ses mésaventures sentimentales avec une barmaid ne servent strictement à rien et plombent même sévèrement le rythme de certains épisodes. Intéressante progression en revanche de Jonathan Groff, dont l’arrogance naturelle va être mise à mal à force d’échecs et de piétinements. Mais outre les face à face avec les assassins (dont un très crédible Charles Manson), tous remarquablement interprétés et la démythification de quelques-uns d’entre eux comme le « Son of Sam », le cœur de cette saison se situe au domicile de McCallany, dont le jeune fils adoptif se révèle peu à peu posséder pas mal de points communs avec les monstres qu’il poursuit à longueur d’année. Fascinante thématique, déjà développée dans l’excellente série anglaise « HAPPY VALLEY ».

Une saison 2 qui ne démérite pas donc, qui évite tous les clichés des séries TV policières, pour élever le genre tout en le dépoussiérant.

 

« ANIMAL KINGDOM » (2010)

AK.jpgÉcrit et réalisé par David Michôd, « ANIMAL KINGDOM » est une production australienne dont le scénario n’est pas sans évoquer « COMME UN CHIEN ENRAGÉ » (1986), dont il reprend les grands thèmes. Mais le traitement est radicalement différent : alors que le film de James Foley misait tout sur l’esthétique et la mythologie, celui-ci s’ancre dans un réalisme aride et dépourvu de tout sentimentalisme.

C’est un film noir, très noir, sur la famille. En l’occurrence un clan de braqueurs dirigé par une sorte de « Ma Baker », génialement incarnée par Jacki Weaver, au sein duquel vient s’immiscer un neveu (James Frecheville) qui va apporter la destruction et la violence sans le vouloir. L’ambiance est glauque, les sentiments sont primaires, la mort est brusque et survient n’importe quand, sans le moindre effet spectaculaire. Le seul personnage un tant soit peu intelligent et attachant (Joel Edgerton) disparaît délibérément très tôt, pour ne laisser en lice que des brutes épaisses, des drogués paranoïaques, des abrutis. Sur un rythme très lent, accentué par l’utilisation inhabituelle du ralenti, « ANIMAL KINGDOM » englue progressivement dans un enchaînement d’évènements inéluctables dont personne ne sortira indemne. Et l’ado abruti de télé du début va apprendre « à la dure » à devenir adulte. Magnifiquement interprété par un casting homogène et par un refus du cliché « à l’Américaine », le film bénéficie de la présence de Ben Mendelsohn en tueur de sang-froid, Guy Pearce excellent en flic sensible, de Sullivan Stapleton en junkie constamment sur les nerfs. Mais c’est Jacki Weaver qui s’imprime dans la mémoire, véritable monstre à visage humain, qui condamne à mort avec le bon sourire d’une maman compréhensive et s’avère plus dangereuse qu’un serpent à sonnette. À noter tout particulièrement : l’épilogue stupéfiant clôturant l’histoire.

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JACKI WEAVER, GUY PEARCE, JAMES FRECHEVILLE, BEN MENDELSOHN ET SULLIVAN STAPLETON.

Une série TV du même titre, dirigée par Michôd, fut tournée entre 2016 et 2019, avec Ellen Barkin reprenant le personnage de ‘Janine’.