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Archives de Catégorie: POLAR, THRILLER, SUSPENSE ET FILM NOIR

« PSYCHOSE IV » (1990)

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ANTHONY PERKINS

Écrit par Joseph Stefano, scénariste du premier « PSYCHOSE » trente ans plus tôt, réalisé par Mick Garris, honnête spécialiste des adaptations de romans de Stephen King, « PSYCHOSE IV » fut tourné quatre ans après le n°3 et cette fois,  pour la télévision.P4 2

C’est, étonnamment, la meilleure sequel du chef-d’œuvre d’Hitchcock, car au lieu de ressasser les mêmes situations, de se vautrer dans l’iconographie établie par le maître et dans les hommages stériles, elle tourne autour d’un thème passionnant : Norman Bates apprenant que sa femme attend un enfant, décide de tuer celle-ci pour ne pas propager le Mal qu’il pense porter dans ses gènes. Le scénario est très bien construit autour d’un appel de Norman à la radio où il raconte à l’animatrice d’un talk-show (CCH Pounder) sa jeunesse et ses premiers meurtres, ainsi que son projet d’assassinat. Le choix de Henry Thomas pour incarner Norman jeune est très judicieux et la grosse surprise vient de l’habituellement tristounette Olivia Hussey, absolument terrifiante dans le rôle de « mother », folle à lier, sensuelle, sadique et incontrôlable. Ce qui fait que – une fois n’est pas coutume – les flash-backs sont aussi intéressants que les séquences au temps présent.

Anthony Perkins endosse pour l’ultime fois son rôle-fétiche et s’y montre formidable, oubliant tout second degré pour apporter une réelle humanité à Norman, voire une profondeur. En réalité, on pourrait tout à fait sauter les 2 et 3 et passer du film de 1960 à celui-ci qui boucle la boucle. La réalisation est purement fonctionnelle, il y a des longueurs et des redites, mais pour ce qu’il est – c’est-à-dire une resucée tournée pour la télé – « PSYCHOSE IV » est tout à fait honorable et digne d’intérêt. Sans compter qu’il annonce la série produite plusieurs décennies plus tard : « BATES MOTEL » couvrant plus ou moins la même période de la vie du serial killer taxidermiste.

À noter l’apparition de John Landis dans le petit rôle du directeur de la station de radio.

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OLIVIA HUSSEY ET CCH POUNDER

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« PSYCHOSE III » (1986)

PSYCHO III.jpgTourné trois ans après « PSYCHOSE II » par Anthony Perkins lui-même, « PSYCHOSE III » ressemble davantage à une resucée de ce n°2, plutôt qu’à une vraie suite du n°1.

La faute à un scénario excessivement faible, aux enjeux nébuleux, à des personnages secondaires dépourvus d’épaisseur et à un rôle de journaliste totalement superflu et encombrant, très mal interprété qui plus est par Roberta Maxwell qui dévitalise le scénario tout entier. Qu’arrive-t-il à Norman Bates, cette fois-ci ? Pas grand-chose de neuf, hélas. Il a momifié sa nouvelle « mother », enfile toujours sa garde-robe pour aller trucider des visiteuses et tombe amoureux d’une ex-nonne qu’il prend pour le fantôme de Janet Leigh, alias ‘Marion Crane’. L’histoire fait du sur-place, les situations se répètent et seul le talent des trois protagonistes principaux parvient à maintenir un vague intérêt jusqu’au bout. Perkins, de plus en plus maigre et ahuri retrouve son rôle-fétiche avec une visible délectation. Il a de bons moments, commence à lorgner vers l’auto-parodie sans y céder tout à fait, mais son interprétation a tout de même des accents de ‘camp’. À ses côtés, la sous-estimée Diana Scarwid est très bien en fugueuse complètement paumée qui tombe amoureuse du fils-à-maman. Jeff Fahey est amusant en rocker itinérant, redneck m’as-tu-vu et pas bien futé. On retrouve deux ou trois seconds rôles du film précédent.

Que dire de plus de ce film inutile, qui ne fait que ressasser ce que disait un n°2 déjà pas indispensable ? Qu’il est honnêtement filmé sans plus, qu’il contient – en étant très indulgent – quelques scènes qui surnagent comme le suicide raté de la jeune femme dans la baignoire ou le cadavre planqué dans le freezer. Pas lourd, autrement dit. Tout ce qu’on peut en conclure, c’est qu’il n’était probablement pas avisé de ressusciter Norman, dont le dernier plan glaçant du film d’Hitchcock avait déjà bien bouclé la boucle.

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ANTHONY PERKINS, DIANA SCARWID ET JEFF FAHEY

 

« PSYCHOSE II » (1983)

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ANTHONY PERKINS

Le traumatisant classique d’Hitchcock de 1960 a donné lieu à plusieurs sequels tardives, des téléfilms et plus récemment une série TV. « PSYCHOSE II » de Richard Franklin a marqué le départ à toutes ces déclinaisons plus ou moins nécessaires autour du personnage de Norman Bates, psychopathe matricide et schizophrène.PSYCHO II.jpg

C’est avec un certain bonheur qu’on retrouve le motel pouilleux, la maison lugubre, la longue silhouette tourmentée d’Anthony Perkins, son bégaiement et ses yeux qui roulent. C’est sa présence qui rend cette suite agréable, même si elle n’arrive évidemment pas à la cheville du premier film. Sorti de l’asile où il a passé 22 ans, Norman est harcelé par des coups de fil de sa mère qui lui font peu à peu perdre à nouveau la raison. Le scénario est assez malin dans le genre et très respectueux des données établies par Hitchcock. Et Perkins réintègre ce qui demeure le rôle de sa vie avec une aisance déconcertante. Il oscille constamment entre l’innocence enfantine et la dangerosité qui ne demande qu’à se libérer de son carcan. Il tient véritablement le film sur les épaules, mais il est très bien entouré par Vera Miles – autre revenante de « PSYCHOSE » – dont le personnage a pris de drôles de variantes, par la très charmante Meg Tilly dont la relation ambiguë à Norman sert de structure psychologique à l’histoire et par de vieux grigous comme Robert Loggia en psy ou Dennis Franz dans un de ces rôles de tordus adipeux dont il avait le secret.

La photo de Dean Cundey manque peut-être de mystère, le film fait parfois un peu trop téléfilm, mais on le suit sans ennui, sans peur non plus, il faut bien le reconnaître. Mais c’est à prendre comme un hommage plutôt solide et rigoureux. À noter un plan stupéfiant : le coup de pelle final sur le crâne d’une victime (on ne dira pas qui, évidemment) dont on se demande vraiment comment il a été tourné.

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« MOTHER » ET MEG TILLY

 

« JESSIE » (2017)

D’abord, coup de chapeau à l’auteur-réalisateur Mike Flanagan pour avoir réussi à transposer à l’écran « JESSIE », le roman réputé le plus inadaptable de Stephen King. Ce n’est d’ailleurs pas un hasard s’il a mis si longtemps à atterrir sur les écrans. En effet, l’intégralité de l’action se déroule dans une chambre, dans une cabane au fond des bois, où l’héroïne est menottée à un lit, après l’infarctus qui a tué son mari en plein jeu sexuel.JESSIE

Les partis-pris scénaristiques sont osés et même casse-gueule (le « fantôme » du mari et le double d’elle-même qui ne cessent de dialoguer avec la prisonnière), mais malgré deux ou trois baisses de régime sensibles, le film tient étonnamment bien la distance grâce à ses flash-backs bien incorporés, une bonne gestion du temps qui passe et surtout grâce à la performance de la toujours magnifique Carla Gugino, qui trouve là le meilleur rôle de sa carrière bien fournie.

Le film est visuellement rigoureux, ne cède jamais à l’horreur bas-de-gamme, mais parvient à maintenir un suspense viscéral tout en retraçant la trajectoire d’une existence marquée par l’inceste et le non-dit. La situation de Jessie est à la fois totalement terre-à-terre et hautement symbolique et ses chaînes tout aussi réelles que mentales. C’est donc avec une tension jamais relâchée qu’on suit le calvaire immobile de Carla Gugino, crucifiée et condamnée à une mort lente, par la faute d’un père pervers-narcissique (excellent Henry Thomas) et confrontée à la Mort elle-même en la personne d’un géant qui vient la visiter en pleine nuit et dont l’épilogue révèlera la véritable nature dans un ‘twist’ remarquable.

Face à Gugino, intense, impliquée, on notera la belle prestation de Bruce Greenwood jouant son mari subtilement odieux, qu’il soit vivant ou mort.

Belle et inespérée surprise que ce « JESSIE » donc, dans lequel on se laisse happer dans un crescendo de malaise.

 

« UN JUSTICIER DANS LA VILLE 2 » (1982)

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CHARLES BRONSON

Il n’y a qu’une seule façon de revoir « UN JUSTICIER DANS LA VILLE 2 » aujourd’hui et d’en profiter un tant soit peu, c’est d’oublier les griefs qu’on a toujours eu – et à juste titre – contre lui, de faire l’impasse sur la nullité du scénario, sur la vulgarité ostentatoire dont fait preuve Michael Winner, sur le voyeurisme écœurant dans la représentation du viol et de la mort violente. Et de se focaliser sur les bons points. Car, à notre grande surprise, on peut en trouver !DW2.png

D’abord et avant tout, l’angle sous lequel Winner a choisi de filmer L.A. : un cloaque encore plus fétide que New York, grouillant de junkies, de clochards, de cinglés en liberté, des parkings sordides, des hôtels délabrés suintant la misère. Pas vraiment l’image qu’on montre généralement de la cité des anges ! Et puis il y a la BO pulsante de Jimmy Page, qui épouse idéalement les déambulations nocturnes de Paul Kersey en quête de ses proies. Notons encore le montage incroyablement « cut » et asséché de Winner, qui boucle certaines séquences en quelques secondes avec un minimum de dialogue. Et enfin, l’application du réalisateur à mettre Charles Bronson en valeur : gros-plans de son profil raviné, de son regard de fauve, travellings accompagnant sa démarche coulée dans les ruelles sombres et son ombre projetée sur les murs décrépits. Il est fait plusieurs clins d’œil à la carrière de l’acteur (il explose des bûches à la hache comme dans « LES 7 MERCENAIRES ») et à sa véritable personnalité (son avarice quand il propose à Jill Ireland de l’épouser en insistant lourdement sur le prix du repas) et celui-ci traverse le film avec un curieux détachement, vu les circonstances. Du premier film, on retrouve Vincent Gardenia toujours enrhumé et encore plus cabot. Parmi les seconds rôles, on reconnaît le jeune Laurence Fishburne en infâme violeur ricanant.

Avec la patine du temps, « UN JUSTICIER DANS LA VILLE 2 » n’est certes pas devenu un chef-d’œuvre, mais il se laisse regarder sans déplaisir. En passant sur les scènes pénibles avec Jill Ireland jouant une journaliste croyant dur comme fer à la réinsertion des criminels, sur le systématisme à dénuder TOUTES les comédiennes apparaissant à l’écran et sur le gaspillage de bons comédiens comme J.D. Cannon, Anthony Franciosa, qui ne font que passer.

Première collaboration de Bronson avec la désormais mythique firme Cannon, ce n°2 a cristallisé l’image de l’acteur déjà sexagénaire au sein du cinéma U.S. qui l’avait déjà quelque peu enterré.

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CHARLES BRONSON, KEVYN MAJOR HOWARD, JILL IRELAND ET VINCENT GARDENIA

 

« TRIPLE 9 » (2016)

TRIPLE9 2.jpgDe l’Australien John Hillcoat, on se souvient du remarquable « LA PROPOSITION », du sombre « LA ROUTE » et du moins convaincant « DES HOMMES SANS LOI ». Aussi se doute-t-on bien que « TRIPLE 9 » ne sera pas un film de braquage banal.

Sur un scénario très inspiré des thématiques développées dans la série TV « THE SHIELD » (flics ripoux sans foi ni loi, mafia russe), le film impose d’emblée un rythme effréné, un montage syncopé et une multitude de personnages qui exigent une grande concentration pour ne pas être complètement largué pendant le premier quart. Une fois lancé, « TRIPLE 9 » scotche le spectateur sans problème et intensifie ses enjeux, jusqu’à toucher à la tragédie. Efficace et très bien confectionné, le film ne parvient pas tout à fait à s’élever au-dessus de son matériau et demeure un thriller parfois saisissant mais dépourvu d’une réelle substance.

La grande force du film est d’avoir réuni un casting exceptionnel jusqu’au plus petit rôle (Norman Reedus apparaît peu mais fait grosse impression) : Casey Affleck parfait en jeune flic honnête, Woody Harrelson en vieux de la vieille légèrement fêlé, Aaron Paul très crédible en junkie insalubre et surtout Chiwetel Ejiofor qui fait preuve d’une présence indéniable à l’écran en ex-commando implacable. Mais la grosse surprise du film, qui vaut presque à elle seule qu’on le visionne, c’est Kate Winslet, totalement méconnaissable en mafieuse russe glaciale et inhumaine. Elle s’est littéralement perdue dans le rôle ! On reconnaît mieux – mais trop brièvement, hélas – Gal Gadot, jouant sa jeune sœur pas trop futée.

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CASEY AFFLECK, KATE WINSLET ET GAL GADOT

Un bon et solide polar donc, à peu près irréprochable, dont l’unique défaut est d’arriver après d’autres films et séries sur le même thème et donc de n’être jamais vraiment surprenant.

 

« HALLOWEEN, 20 ANS APRÈS » (1998)

H20 2.jpgLa première bonne idée de ce nouvel opus tourné exactement vingt ans après le classique de John Carpenter, est de faire table rase des quatre derniers films et de s’affirmer comme le véritable n°3 de la franchise, oubliant les dérives mal emmanchées dont Donald Pleasence fut le héros. Car il faut dire les choses comme elles sont : « HALLOWEEN » n’a qu’une seule et unique héroïne et c’est Jamie Lee Curtis.

« HALLOWEEN, 20 ANS APRÈS », réalisé par Steve Miner est – dans son modeste créneau – une excellente surprise. On retrouve donc ‘Laurie Strode’ devenue proviseur d’une école privée, maman d’un ado (Josh Harnett) lassé de ses hantises qui pourrissent la vie de sa mère mais aussi la sienne. Après deux décennies de relative tranquillité, ‘Michael Myers’ retrouve la trace de sa sœur et refait surface pour la trucider. Côté scénario, rien de neuf, car le cahier des charges de la franchise demeure bien peu épais. Mais c’est soigneusement écrit, truffé de clins d’œil à « PSYCHOSE » (dans plusieurs répliques, quelques notes de musique et surtout par la présence émouvante dans un caméo de Janet Leigh, mère de Jamie Lee Curtis à la ville) et très efficace dès que l’action s’emballe dans l’école déserte. L’avantage d’avoir de bons comédiens dans ce genre de produit, est qu’ils s’investissent vraiment et donnent de la chair à leur personnage et de la densité au film tout entier. À quarante ans tout ronds, Curtis est formidable de sensibilité, mélange de vulnérabilité extrême et de force. L’ultime face-à-face entre elle et son monstrueux frérot vaut à lui seul qu’on voie ce 7ème opus. Autour d’elle, de jeunes acteurs qui feront leur chemin comme Hartnett donc, déjà très bien et aussi Michelle Williams, LL Cool J ou Joseph Gordon-Levitt qui est tué avant le générique-début !

Rapide, court et bien confectionné, « H20 » n’a vraiment aucun rapport avec les autres sequels et se rapproche au plus près de la qualité du film originel. On ne s’y ennuie pas une seconde, les protagonistes ont de l’épaisseur et le film s’achève exactement où il doit s’achever : pas une image de trop. À voir donc, si possible à la suite de « LA NUIT DES MASQUES » et « HALLOWEEN II » (même si, en étant radical, on peut aussi éviter celui-là), en occultant tous les autres.

H 20

JAMIE LEE CURTIS, CHRIS DURANT, JOSH HARTNETT ET MICHELLE WILLIAMS