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Archives de Catégorie: POLAR, THRILLER, SUSPENSE ET FILM NOIR

« MA COUSINE RACHEL » (2017)

« MA COUSINE RACHEL » est, après la version de 1952 signée Henry Koster (chroniquée sur « BDW2 »), une nouvelle adaptation du roman de Daphné Du Maurier. Était-elle nécessaire ? À la rigueur pour une évocation plus explicite de la sexualité des protagonistes, pour une belle image en Scope et surtout pour la présence de Rachel Weisz au prénom prédestiné, dans ce rôle ambigu et vénéneux où elle succède avec bonheur à Olivia De Havilland.RACHEL

En revanche, le très falot Sam Claflin fait bien pâle figure comparé au souvenir qu’on gardait du jeune et enfiévré Richard Burton, dans ce personnage d’amoureux fou naïf et crédule, roulé dans la farine par une « veuve noire » implacable. Si tant est qu’elle soit réellement une criminelle. Là réside le vrai sujet de « MA COUSINE RACHEL ».

La version de Roger Michell ne laisse pas vraiment planer le doute. Il semble bien que Rachel ne soit qu’une prédatrice en quête de proies à dépouiller. Et le jeu de la comédienne s’accorde à cette vision du rôle. Toute de noir vêtue, l’œil de velours, la voix ensorcelante, Rachel Weisz ne laisse que peu de place à l’incertitude. Cela appauvrit pas mal le scénario, qui se réduit à la possession mentale d’un jeune puceau par une femme mûre et sûre de ses charmes. La voix « off » cherchant à créer une ambiguïté n’y parvient pas tout à fait.

Sans aucune surprise donc, le film se laisse regarder pour l’élégance de sa mise-en-scène, pour de bons seconds rôles comme la très charmante Holliday Grainger, Iain Glen, Pierfrancesco Favino (« SUBURRA »), et pour la scène d’amour la moins romantique possible dans un champ de fleurs bleues, qui s’achève dans un mouchoir souillé. Une façon de résumer le personnage de Rachel sans s’appesantir. Un petit geste, tout est dit !

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« BAYWATCH : ALERTE À MALIBU » (2017)

« BAYWATCH : ALERTE À MALIBU » réalisé par Seth Gordon, est une sorte de pastiche de la série à succès diffusée entre 1989 et 2001, et narrant les très improbables aventures d’une équipe de sauveteurs et de maîtres-nageurs sur une plage californienne. Pour ceux qui ne l’auraient jamais vue, rappelons que c’était le show favori de Joey et Chandler dans « FRIENDS » !BAYWATCH

Tout aussi crétin que son modèle télévisé, le film adopte d’emblée un ton décalé et un second degré qui constituent l’unique raison de le regarder. L’humour est irrévérencieux, très « caca-prout » et primaire, mais en constante dérision et surtout en autodérision. Les personnages n’arrêtent pas de critiquer les fondamentaux du concept où ils évoluent : l’absurdité de ces mâles musculeux en lycra et de ces filles aux silhouettes de top-models pour soutien-gorge, transformés en justiciers des plages et en sous-flics résolvant des crimes. Le scénario est tellement inepte que les deux heures semblent en durer beaucoup plus. Mais force est de reconnaître qu’on sourit parfois, qu’on éclate même de rire à plusieurs reprises et que l’environnement visuel n’a rien de désagréable. Bien sûr, on pourra grincer des dents devant la place que prend le « geek de service » (qui se présente d’ailleurs ainsi), campé par le pénible Jon Bass, bien sûr il y a d’énormes baisses de régime où le scénario fait du sur-place, mais l’ambiance est festive, la mer est belle et les clins d’œil abondent. Ainsi, les apparitions-éclair de David Hasselhoff et Pamela Anderson, stars de la vieille série, sont-elles aussi amusantes que légèrement pathétiques.

Dwayne Johnson, de plus en plus à l’aise et souriant, est un ‘Mitch’ idéal face à Zac Efron, avec son air benêt et ses pectoraux tétanisés. Alexandra Daddario (qui jouait la fille du Rock dans « SAN ANDREAS ») est pétillante, Kelly Rohrbach reprend le rôle de Miss Anderson, ralentis inclus.

À condition d’être de bon poil et enclin à l’indulgence, on pourra se laisser aller et sourire à l’humour pachydermique de cette comédie délibérément débile qui n’a pour principale qualité que de respirer la joie de vivre, le je-m’en-foutisme et les vacances.

 

« ACROSS THE LINE » : Chuck Connors dans « Police story »

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CHUCK CONNORS

« ACROSS THE LINE » est un épisode de la saison 2 de la série de Joseph Wambaugh « POLICE STORY », réalisé par Nick Colasanto.

James Wainwright, flic de L.A. mis au placard pour brutalité excessive, est récupéré par Chuck Connors chef des Stups, pour infiltrer un cartel mexicain et faire tomber son boss Frank DeKova. Comme toujours dans cette série, le ton est âpre, réaliste, refusant le pittoresque facile des succès de cette période en matière de polar. Les personnages n’existent qu’à travers leur mission et on ne perd pas de temps en bons mots ou en poursuites oiseuses : just the facts !

Heureusement, le casting réuni vaut le coup d’œil : si Wainwright manque singulièrement de personnalité, Connors est excellent en officier humain sous des dehors de ‘tough guy’, Linda Cristal et Alejandro Rey se retrouvent quelques mois après « MISTER MAJESTYK » et le vétéran Charles McGraw, plus rocailleux que jamais, apparaît dans deux séquences en commissaire râleur et mal embouché. Si la facture a indéniablement vieilli, la BO de Jerry Goldsmith replonge dès les premières images dans l’ambiance si particulière des seventies et fait aujourd’hui figure de témoignage de son temps.

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FRANK DeKOVA, ALEJANDRO REY, LINDA CRISTAL, JAMES WAINWRIGHT ET CHARLES McGRAW

 

« DESIERTO » (2015)

Il y a deux façons de voir « DESIERTO » : comme un remake du western « LES CHAROGNARDS » de Don Medford, c’est-à-dire une chasse-à-l’homme jusqu’au-boutiste, d’un sadisme assumé. Ou alors comme une parabole sur la lutte permanente des « gringos » et des clandestins mexicains prêts à prendre tous les risques pour un monde meilleur.DESIERTO

Jonás Cuarón brosse un portrait effroyable de l’Américain-type : une silhouette de cowboy buriné, un fusil à lunette et capable de flinguer froidement une douzaine d’hommes et de femmes et en même temps de sangloter devant la souffrance de son chien. « DESIERTO » est un ‘survival’ très maîtrisé, qui démarre en plein dans l’action, ne donne que très peu d’indications sur ses personnages et fonce dans le carnage sans perdre de temps. On ne peut s’empêcher de prendre parti pour le jeune Mexicain joué par Gael Garcia Bernal, un antihéros à la vie chevillée au corps. On suit la peur au ventre chaque étape de sa fuite en avant, qui aboutit au cœur du désert par une traque autour d’un rocher. C’est extrêmement physique, sans sentimentalisme inutile, sans la moindre justification. Tout ce qu’on saura des motivations du chasseur c’est la réplique : « C’est chez moi, ici ! », pour expliquer cette chasse à mort. Jeffrey Dean Morgan crée un tueur impressionnant, parce que jamais caricatural, jamais excessif, qui donne l’impression de faire un travail d’exterminateur ultra-professionnel sans l’ombre d’un état d’âme.

Court, ramassé, exprimant la violence par de brèves giclures de sang dans la poussière et quelques images frappantes, « DESIERTO » tient en haleine sans faillir. Et l’ultime plan vient rappeler – avec une grande simplicité – que c’est bel et bien le désert lui-même qui est le vrai protagoniste de cette histoire. Le reste est dérisoire.

 

« LA LONGUE NUIT DE L’EXORCISME » (1972)

LONGUE2Le titre italien du film de Lucio Fulci est « NE TORTUREZ PAS UN CANETON » et n’a qu’un très très lointain rapport avec l’intrigue (on aperçoit la tête d’une poupée de Donald Duck à un moment donné !), le titre français, lui : « LA LONGUE NUIT DE L’EXORCISME » est un petit chef-d’œuvre en soi, puisqu’il n’y a pas l’ombre d’un exorciste ou d’une possession diabolique dans le scénario ! C’est en fait une sorte de ‘whodunit’ situé dans un village du sud de l’Italie, centré sur le meurtre de plusieurs garçonnets retrouvés étranglés. Il y a pléthore de fausses-pistes, de personnages louches, des relents de magie noire, une espèce de souillon-sorcière qui plante des épingles dans des pantins de cire, des carabiniers incompétents, un journaliste fouineur, une nymphomane sexy. Il y a de quoi faire !

Plus qu’un scénario fastidieux et pas très bien agencé, c’est l’ambiance qui séduit dans ce film. Les maisons blanchies à la chaux, les montagnes pelées, les scènes du début avec les gamins voyeurs. L’atmosphère est bien plantée et Fulci a réuni un étonnant casting hétéroclite : Florinda Bolkan joue une sorte de « fiancée du pirate » épileptique et échevelée avec férocité, Tomás Milian, étrangement sobre et effacé, est le reporter intuitif, Barbara Bouchet apparaît nue comme d’habitude, mais nul ne s’en plaindra. Irène Papas est totalement sous-employée dans une quasi-silhouette et Marc Porel joue son fils curé.

Tout cela est trop long, trop prévisible, mais Fulci pimente son récit de scènes très violentes comme l’agression de Bolkan dans un cimetière à coups de barre-à-mine et de chaînes d’acier et insère quelques plans ‘gore’ comme il les aime, qui tombent un peu comme des cheveux sur la soupe. Malgré ses défauts, « LA LONGUE NUIT DE L’EXORCISME » maintient l’intérêt par l’originalité de ses extérieurs et l’envie – pas trop obsédante, il faut bien l’avouer – d’avoir le fin-mot de l’histoire.

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FLORINDA BOLKAN, BARBARA BOUCHET, TOMAS MILIAN ET IRÈNE PAPAS

 

« WATER’S EDGE » : John Cassavetes dans « Suspicion »

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ANN SOTHERN

« WATER’S EDGE » est un épisode de la 3ème saison de « SUSPICION », réalisé par Bernard Girard d’après une nouvelle de Robert Bloch.

Le début du téléfilm n’est pas sans évoquer le postulat de départ de « LA NUIT DU CHASSEUR » de Charles Laughton : un escroc qui, à sa sortie de prison, cherche à séduire la veuve de son codétenu mort derrière les barreaux, pour récupérer un gros magot jamais retrouvé par la police. La première bonne idée est d’avoir entendu l’époux (Rayford Barnes) parler de sa « blonde » avec des étoiles dans les yeux, jusqu’à faire fantasmer son ami (John Cassavetes), pour qu’ensuite celui-ci découvre que cette femme rêvée est devenue une grosse serveuse mal fagotée et vulgaire (Ann Sothern). La tête de Cassavetes quand il réalise le fossé séparant le mythe de la réalité est impayable !

Ensemble ces deux losers vont parvenir à dénicher le fameux butin dans une cabane grouillante de rats, mais l’appât du gain les poussera à se dresser l’un contre l’autre.

Comme toujours dans cette série artificiellement « gonflée » à 52 minutes, le temps paraît long, les séquences durent jusqu’à plus-soif et les péripéties sont beaucoup trop rares. Fort heureusement, le face-à-face entre les deux acteurs principaux vaut le détour : Cassavetes, toujours très « Actors Studio » est parfait en voyou fébrile, les épaules agitées de tics nerveux et Sothern est magnifique en souillon à la langue bien pendue, moins idiote qu’elle n’en a l’air. Ils ont visiblement plaisir à jouer ensemble et parviennent à donner vie à cet épisode bien fichu, mais au suspense bien laborieux.

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JOHN CASSAVETES

 

« THE VILLAINESS » (2017)

« THE VILLAINESS », signé Byung-gil Jung, est un polar coréen, ce qui réjouit d’emblée l’amateur, qui a connu bien des joies ces dernières années grâce aux films d’action produits là-bas.VILLAINESS

Très alléchant sur le papier, celui-ci tient ses promesses, mais on peut émettre un (gros) bémol, tant il emprunte à droite et à gauche sans le moindre complexe. La trame générale, c’est évidemment celle de « NIKITA », déjà bien souvent plagié, la violence c’est celle de « KILL BILL » et les ficelles (les câbles, devrait-on plutôt dire !) mélodramatiques rappellent les succès hongkongais de John Woo. La première séquence frappe très fort : une sorte de jeu vidéo ultra-sanglant en caméra subjective, qui est aussitôt suivi par l’entraînement de l’héroïne dans une base secrète, campée par la jolie Ok-bin Kim dans un numéro bien calqué sur Nikita. Passé l’agacement devant ce manque flagrant d’inventivité dans le scénario, on se laisse progressivement happer par l’excellence des scènes d’action. Une baston dans un bus lancé à fond de train est anthologique, tout comme une course-poursuite à moto ahurissante. On note également une parfaite maîtrise des flash-backs, non seulement très bien intégrés au récit, mais qui s’avèrent indispensables à la compréhension des événements. Ce n’est pas si courant que cela !

L’ensemble dure deux bonnes heures bien remplies, on n’a pas le temps de s’ennuyer, mais « THE VILLAINESS » (bon titre, mais qui n’a pas grand-chose à voir avec le contenu) ne parvient jamais à s’élever au rang d’« instant classic » du genre. La réalisation est inutilement chichiteuse et à cause des nombreux emprunts, on a trop souvent la sensation d’avoir déjà vu et revu tout cela.