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Archives de Catégorie: POLAR, THRILLER, SUSPENSE ET FILM NOIR

« THE PLEDGE » (2001)

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JACK NICHOLSON

Adapté d’un polar suisse, « THE PLEDGE » est, de loin, le meilleur film réalisé par Sean Penn, une œuvre complexe, tourmentée, obsédante qui s’enfonce progressivement dans le cauchemar, s’émancipant des passages obligés d’un genre qu’il est censé illustrer.pledge2

Sur la piste d’un serial killer tueur de fillettes, le vieux flic Jack Nicholson promet à la mère de la dernière victime (Patricia Clarkson, superbe) de retrouver l’assassin. Il jure même sur le salut de son âme. Est-ce à cause de cela qu’il fait mine d’ignorer son départ à la retraite et poursuit l’enquête ? Qu’il achète une station-service pour surveiller les va-et-vient des suspects potentiels ? Qu’il y accueille une jeune femme (Robin Wright) et aussi et surtout sa fille pour qu’elle serve d’appât ? Qu’il commence à entendre des voix dans sa tête ?

Le paradoxe de ce suspense psychologique suffocant, c’est que Nicholson a beau avoir raison à 100% depuis le début et suivre la bonne méthode (celle du pêcheur à la ligne qu’il est), il n’en est pas moins en train de devenir complètement fou. Et même presque aussi monstrueux que celui qu’il traque, puisqu’il joue plus ou moins consciemment avec les sentiments, voire la vie, de deux innocentes qu’il manipule. La conclusion sera terrible, désespérée, d’une sombre ironie, d’une noirceur sans échappatoire. Autour d’un Nicholson omniprésent, d’une rigueur sans la moindre faille, d’une intensité extraordinaire, Penn a réuni de bons acteurs comme Benicio Del Toro en Indien attardé mental, Aaron Eckhart en flic tête-à-claques et une brochette de stars dans des caméos comme Helen Mirren, Vanessa Redgrave, Harry Dean Stanton et surtout Mickey Rourke bouleversant dans une courte séquence. À vrai dire, leurs apparitions sont plus distractives qu’autre chose, et le film aurait fort bien pu s’en passer, mais on est toujours content de les retrouver.

« THE PLEDGE » réunit la plupart des qualités de précédents films de Penn et pratiquement aucun de leurs défauts. Le scénario est parfaitement vissé, les ambiances sont magnifiquement captées par la photo de Chris Menges, et Nicholson qui a campé tant de cinglés dans sa carrière, en donne ici une variante des plus réalistes et émouvantes. Un superbe film à tous points-de-vue.

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JACK NICHOLSON, ROBIN WRIGHT ET MICKEY ROURKE

 

« LES CAÏDS » (1972)

caidsEntre « LES AVENTURIERS » (1967) et « LE VIEUX FUSIL » (1975), Robert Enrico a connu une période difficile dans sa carrière, parsemée de films ratés ou inégaux ou ne rencontrant pas leur public. « LES CAÏDS » est peut-être le plus faible et indéfendable du lot.

Puisant dans ses thématiques passées, le réalisateur propose des personnages marginaux, rêvant d’un ailleurs dans un monde où ils n’ont pas leur place. Mais dès les premières images, rien ne fonctionne : Serge Reggiani et Jean Bouise sont totalement invraisemblables en cascadeurs/gangsters. D’autant plus que le second – spécialiste des emplois de « meilleurs copains timides » joue un dur-à-cuire maniant la mitraillette. Les choses ne s’arrangent pas avec les « jeunots : Juliet Berto et Patrick Bouchitey, incroyablement gauches et à côté de la plaque qui semblent échappés d’un autre film, tout aussi raté. Quant à l’inoxydable Michel Constantin, la première fois qu’il apparaît à l’écran, c’est avec un costard à rayures de malfrat des années 30 !

Le film entier est décousu, aberrant, hésitant entre plusieurs genres. Des attaques de prison aux poursuites de voitures (interminables comme il se doit) en passant par les spectacles de cascades tombant comme des cheveux sur la soupe. Pas évident de rester jusqu’au bout. Et si on y parvient – ce qui n’est pas du tout garanti – ce sera pour la BO de François De Roubaix, harmonies familières qu’on est toujours heureux d’entendre et pour Reggiani, qui dans ce marasme parvient à composer un personnage d’une grande chaleur humaine et même d’une certaine épaisseur. On lui en sait gré !

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SERGE REGGIANI, JEAN BOUISE, PATRICK BOUCHITEY ET JULIET BERTO

Parce que Robert Enrico a signé plusieurs classiques du cinéma français, on va s’empresser d’oublier « LES CAÏDS », œuvre mal conçue, maladroitement écrite et interprétée, vraiment pas digne du talent de ses participants.

 

« SÉRIE NOIRE » (1979)

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PATRICK DEWAERE

Alain Corneau et le romancier Georges Perec se sont (très librement) inspirés d’un polar de Jim Thompson, pour signer une œuvre unique en son genre, une sorte de « voyage au bout de la nuit » glauque et suffocant, entièrement axé sur son personnage principal et donc, sur son interprète : Patrick Dewaere dans un numéro de haute-voltige.serie2

« SÉRIE NOIRE » n’est pas un film facile à regarder et à aimer. En collant littéralement à Dewaere, sans un instant de répit, les auteurs nous font voir le monde à travers ses yeux : une banlieue grisâtre, pluvieuse, aux intérieurs d’une laideur déprimante. Dans tous les décors, une radio est allumée, diffusant des tubes disco qui finissent par scier les nerfs. Mais par ce procédé, ils nous empêchent de prendre du recul et de comprendre que ‘Franck Poupart’ n’est pas qu’un VRP aux nerfs fragiles, mais aussi et surtout un meurtrier schizophrène et combinard, sans le moindre garde-fou moral ou sentimental. C’est donc une véritable vermine qu’incarne Dewaere, mais avec une telle verve, une telle énergie hystérique, qu’il parvient à le rendre humain. Ou presque. Bien sûr, « SÉRIE NOIRE » tourne parfois au one-man-show légèrement complaisant sur les bords, mais Dewaere va tellement loin, que cela demeure fascinant.

L’acteur est très bien entouré par l’excellente Myriam Boyer en épouse effacée, Bernard Blier génial en patron avaricieux et abject ou la toute jeune Marie Trintignant en adolescente prostituée par sa propre tante. Les face-à-face entre cette dernière et Dewaere sont d’ailleurs presque douloureux à contempler, quand on connaît leurs destins tragiquement écourtés.

Plus ou moins apparenté au genre policier, « SÉRIE NOIRE » cristallise surtout la fascination d’un réalisateur pour son interprète. Ce personnage résume, synthétise et sublime la personnalité incontrôlable de Patrick Dewaere, jusqu’au malaise, jusqu’à la nausée parfois. À voir donc, malgré les longueurs, les excès, comme un cauchemar poisseux sur le mal-de-vivre.

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MYRIAM BOYER, PATRICK DEWAERE ET BERNARD BLIER

 

« ADIEU POULET » (1975)

pouletSitué à Rouen, au cœur de la France giscardienne, « ADIEU POULET » est une sorte de fable politico-policière où un flic incorruptible affronte seul ou presque, un politicard local au bras long.

Le scénario de Francis Veber, un peu trop huilé et parfois moralisateur, a pour véritable centre d’intérêt le duo de policiers : Lino Ventura dans son vieux costume taillé sur mesure à la mimique près et le jeune Patrick Dewaere en chien fou incontrôlable. C’est une des rares fois où Ventura s’est frotté directement au gratin de la nouvelle génération d’acteurs et le résultat est des plus probants. Leurs scènes à deux – hélas, pas suffisamment nombreuses – sont des régals. On pense bien sûr à leur biture devant une assiette de poisson peu ragoutante ou à la comédie qu’ils jouent pour faire croire qu’ils « touchent » et qu’ils se haïssent. L’humour hélas, n’est pas toujours de même niveau. Ainsi des scènes comme celle des « shivas » ou de Dominique Zardi sur son brancard, frisent-elles le gros comique qui tache. Curieuses fautes de goût de la part du généralement délicat Pierre Granier-Deferre.

Autour du tandem, c’est un festival de grands comédiens dans les seconds rôles : Julien Guiomar en commissaire faux-cul, Victor Lanoux en pourri de compétition, Jacques Rispal en pauvre type poussé au désespoir, Michel Peyrelon en éboueur obséquieux, Françoise Brion en maquerelle ou Claude Rich en juge inflexible mais pas aussi malin qu’il n’en a l’air. Le haut du panier de l’époque semble s’être donné rendez-vous.

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PATRICK DEWAERE, LINO VENTURA ET VICTOR LANOUX

Malgré donc une photo pas toujours très flatteuse, un dialogue légèrement « réac » sur les bords, « ADIEU POULET » est largement sauvé par l’alchimie qui s’est créée entre Dewaere et Ventura et par sa fin absolument magistrale, à la fois frustrante et extraordinairement jouissive : « Verjeat ? Il est à Montpellier, Verjeat ! ».

À noter que le nom de Ventura, Verjeat donc, est tout simplement « Javert » en verlan. Comme le policier des « MISÉRABLES » d’Hugo. Et bien sûr, Ventura incarnera Valjean quelques années plus tard…

 

« L’ESPRIT DE CAÏN » (1992)

cain2« L’ESPRIT DE CAÏN » n’a jamais été considéré comme un grand Brian DePalma : trop bizarre, trop burlesque, trop « arty ». En 2012, un fan hollandais du film a effectué un re-montage, respectant à la lettre l’ordre du scénario original. Il vient de sortir en Blu-ray. C’est cette version – adoubée par DePalma – qui est chroniquée ici.

Dès le début, le film semble plus cohérent, plus « sérieux », moins bordélique que dans le souvenir qu’on en gardait. La musique de Pino Donaggio nous plonge dans l’ambiance de « PULSIONS », les clins d’œil à Hitchcock abondent (la voiture plongée dans un étang comme dans « PSYCHOSE ») et la virtuosité du réalisateur s’épanouit, comme dans ce magnifique plan-séquence au commissariat.

Tournant autour du thème des personnalités multiples, le film doit beaucoup à John Lithgow, généralement second rôle, ici propulsé tête (ou plutôt « têtes » !) d’affiche. En psy pusillanime, en tueur ricanant, en travestie cruelle ou en vieillard maléfique, il compose plusieurs personnages bien distincts et assez inquiétants, sans jamais se défaire d’un second degré déconcertant. Il a vraiment quelques moments grandioses de vraie dinguerie. Autour de lui, de bons comédiens comme Lolita Davidovich ou Gregg Henry et Frances Sternhagen donnent un poids de réalité à l’arrière-plan.

Grâce au travail effectué sur un montage original qui n’avait satisfait personne, « L’ESPRIT DE CAÏN » retrouve toute son intégrité et une nouvelle jeunesse, qui permettent de le redécouvrir d’un œil neuf et de le réévaluer à la hausse dans la filmographie de l’auteur. Sans doute pas tout à fait au niveau de ses « classiques » des années 70 et 80, mais bien au-dessus de sa réputation.

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JOHN LITHGOW, FRANCES STERNHAGEN ET LOLITA DAVIDOVICH

 

« BUS 657 » (2015)

heistDès les premières images, on ressent quelque chose de très mécanique et artificiel dans le scénario de « BUS 657 ». Une histoire très « fabriquée », recyclant les postulats de classiques comme « UN APRÈS-MIDI DE CHIEN » (la motivation du héros pour commettre un hold-up) et « SPEED » (l’action concentrée sur un trajet en bus).

Si on ajoute à cela la présence de Robert De Niro, dans un rôle de directeur de casino (oui, comme dans…) impitoyable, on se dit que le réalisateur Scott Mann n’a vraiment pas cherché l’originalité à tout prix. De fait, son film peine à décoller, à impliquer et on suit tout cela avec détachement. Cela n’a rien de déshonorant, car très professionnellement confectionné, et Jeffrey Dean Morgan est excellent en croupier poussé au désespoir. Mais le dialogue est faiblard, les réactions des personnages sont complètement illogiques, voire absurdes et le cast est des plus inégaux : si Gina Carano est toujours aussi gauche mais attachante en fliquette compréhensive, si Kate Bosworth tire le maximum de son unique scène face à De Niro, Dave Bautista joue son rôle comme un avatar de Hulk et Morris Chestnut n’apporte aucune nuance à son porte-flingue.

« BUS 657 » est un thriller de plus, qu’on n’aurait jamais eu l’idée de visionner sans son intrigant casting. Celui-ci le maintient à peu près à flot jusqu’au dénouement où subitement, tout se précipite et qui bénéficie d’un « twist » complètement inattendu et plutôt gratifiant.

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JEFFREY DEAN MORGAN, GINA CARANO ET ROBERT DE NIRO

Typiquement le genre de série B qui ne laisse strictement aucun souvenir, mais qui fait passer 90 minutes pas déplaisantes. Pourquoi Robert De Niro s’engage-t-il dans ce genre de produit est une question qui continuera longtemps à tarauder ses admirateurs de la première heure…

 

« COMANCHERIA » (2016)

Dès les premiers plans de « COMANCHERIA » à la photo légèrement surexposée, on se trouve replongé dans l’ambiance des polars ruraux et ‘hard boiled’ des seventies. Le film s’inscrit ensuite dans les travées d’œuvres plus récentes comme « UN MONDE PARFAIT » ou « NO COUNTRY FOR OLD MEN ». Étonnant d’ailleurs, de constater que ce cinéma si typiquement américain, enraciné dans le passé (le western n’est jamais très loin), est signé par un Écossais !hell

Le scénario suit deux tandems masculins : des frères (Chris Pine et Ben Foster) lancés dans une succession de hold-ups au Texas et des « Rangers » vieillissants (Jeff Bridges et Gil Birmingham) à leurs trousses.

Les frangins évoquent les personnages mythifiés de Jesse et Frank James, des hors-la-loi en guerre contre les banques qui spolient les pauvres et volent leurs maisons et leurs terres. Bridges synthétise les vieux héros de légende à la John Wayne, un pied dans la tombe, mais encore d’attaque.

Le charme du film provient de la caractérisation des protagonistes. Foster est excellent en psychopathe sympathique, prêt à tout pour son frérot, Chris Pine n’a jamais été meilleur qu’en brave type poussé au crime par l’injustice. Les scènes entre les rangers – dépeints comme un vieux couple ronchon – sont très drôles et bien écrites.

« COMANCHERIA », sans jamais s’imposer comme un « film d’action », est lent, mais bien équilibré, laissant la place au suspense, à l’humour, à l’émotion et même à quelques digressions instructives : on y apprend ainsi que le mot « Comanche » signifie « Ennemis pour toujours ». Information qui éclaire la dernière séquence et lui donne tout son sens. On y voit des hommes littéralement fossilisés dans le passé des pionniers, des femmes rêches et endurcies et on y ressent l’omniprésence des armes à feu.

Un film maîtrisé, qui en dit plus long qu’il n’en a l’air, et prône sans prêchi-prêcha la résistance contre un « système » qui réduit les hommes à néant.