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Archives de Catégorie: TÉLÉFILMS

« THE TALE » (2018)

Écrit et réalisé par la documentariste Jennifer Fox, d’après ses propres souvenirs, « THE TALE » est un téléfilm HBO, relatant la prise de conscience, à l’âge de 48 ans de l’héroïne (Laura Dern), qu’elle fut victime d’abus sexuels à 13 ans. Un sordide évènement qu’elle avait enjolivé puis enfoui dans sa mémoire, jusqu’à ce que sa mère (Ellen Burstyn) ne découvre un texte qu’elle avait rédigé à l’époque.TALE

La jeune Jenny (Isabelle Nélisse, parfaite) est fascinée par sa prof d’équitation anglaise (Elizabeth Debicki) et par son coach de course à pied (Jason Ritter) qui la valorisent et la font se sentir adulte. Elle ne se rend pas compte qu’elle est en fait tombée dans les filet d’un couple de pédophiles cyniques et dévoyés, qui vont gâcher son adolescence et, par extension, toute sa vie d’adulte. Le parti-pris narratif, entre souvenirs réels, fantasmes ou flash-backs menteurs, entraîne dans l’inconscient de Jenny et oblige à embrasser progressivement la réalité, bien éloignée de tout romantisme. On se demande un peu où tout cela va nous mener pendant une bonne moitié du film, mais peu à peu on s’identifie à Jenny et on se met à comprendre son comportement à l’âge adulte. Laura Dern porte le film sur les épaules avec une belle intensité, luttant contre sa propre tendance au déni et à appeler les choses par leur nom. Ses icônes de jeunesse, naïvement magnifiées, sont devenues des vieillards qui semblent rattrapés par leurs péchés, auxquels les vétérans Frances Conroy et le regretté John Heard prêtent leurs visages ravagés. La comparaison avec l’image qu’ils renvoyaient dans leur jeunesse, fait irrésistiblement penser au « PORTRAIT DE DORIAN GREY ». Le traitement « film d’auteur » du scénario, la crudité des séquences de sexe (filmés « avec doublures » comme le précise le générique), le refus de Laura Dern de céder au pathos facile font de « THE TALE » une œuvre singulière, pas forcément facile à appréhender ni à aimer. Mais c’est une subtile approche des dégâts provoqués par des prédateurs sur des enfants immatures, d’un total réalisme et qui met très mal à l’aise. C’était le but, sans aucun doute.

 

« CAST A DEADLY SPELL » (1991)

CAST« CAST A DEADLY SPELL », téléfilm HBO de Martin Campbell, tire clairement son concept de « QUI VEUT LA PEAU DE ROGER RABBIT ? » sorti trois ans plus tôt. Et quel est-il ce concept ? Un « privé » à la Bogart vit dans une Amérique figée dans les années 40, mais où évoluent des sorciers, des licornes et des gremlins ricanants. Pourquoi pas…

Pour le reste, c’est une banale enquête à la recherche d’un livre démoniaque, le Nécronomicon, où interfèrent de temps en temps des jeteurs de sorts et divers zombies ou magiciens fous. Autant le dire tout de suite, et malgré un très alléchant casting, c’est très difficile à suivre jusqu’au bout. Le scénario est languissant, le pastiche des vieux clichés du film noir ne passe pas toujours et les péripéties vues et revues mille fois endorment rapidement. Fred Ward joue un avatar de Philip Marlowe nommé Philip… Lovecraft (oui le clin d’œil est très subtil), il singe la manière de fumer de Bogart, son sourire impertinent, mais n’en possède nullement le charisme désabusé. Autour de lui, de bons acteurs comme David Warner ou Clancy Brown semblent s’ennuyer ferme, Lee Tergesen joue un travesti. La seule véritable raison de jeter un coup d’œil à cette bouillie, serait encore de découvrir une Julianne Moore de 31 ans, à la photogénie fulgurante, qui chante sensuellement sur une scène de cabaret en imitant Rita Hayworth dans « GILDA ». Mais, même si elle est plus qu’agréable à contempler, son jeu est un peu gauche et tendu et elle n’apparaît que trop rarement pour sauver le film. L’idée en valait bien une autre, mais l’écriture est tellement paresseuse, l’humour si lourdingue et la direction d’acteurs si démissionnaire, que « CAST A DEADLY SPELL » s’oublie à mesure qu’il se regarde.

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JULIANNE MOORE

À noter que le téléfilm fut exploité en France sous le titre de « DÉTECTIVE PHILIP LOVECRAFT ».

 

« PATERNO » (2018)

PATERNO.jpgBarry Levinson retrouve Al Pacino après « YOU DON’T KNOW JACK » et « EN TOUTE HUMILITÉ » pour « PATERNO » un téléfilm HBO basé sur des événements réels survenus en Pennsylvanie au début des années 2000.

Joe Paterno, dit « JoPa », est le coach légendaire d’une université qui continue d’exercer à 84 ans. Il est indirectement impliqué dans un scandale pédophile et, s’il semble complètement innocent au début de l’enquête, il va s’avérer qu’il a – à sa manière – lui aussi plus ou moins couvert l’affaire très en amont. L’épilogue est d’ailleurs le meilleur moment du film et jette une tout autre lumière sur la vraie personnalité de Paterno. Un peu tard, hélas ! C’est proprement fait, rigoureusement écrit, mais force est d’admettre qu’on se fiche royalement du football américain, de ses us et coutumes. L’hystérie générale et l’absurde mythologie autour de ce sport peuvent nous passer complètement au-dessus de la tête à nous autres, pauvres non-américains. Bien sûr, il y a Pacino et, malgré une fin de carrière calamiteuse, on est toujours curieux de voir ce qu’il fait. Affublé d’un faux-nez bien inutile, de lunettes en cul de bouteille, l’air égaré de rigueur, il joue ce vieux « mandarin » médiatisé sans grande conviction. Il ne change pratiquement pas d’expression de tout le film et se laisse porter. Ça n’aide évidemment pas à se passionner pour l’histoire ! Autour de lui, un casting routinier avec entre autres Kathy Baker, jouant sa femme constamment horrifiée. Seule s’en sort la jeune Riley Keough, très bien en journaliste opiniâtre. L’indifférence – et la méconnaissance – qu’on peut ressentir en Europe pour le football et le contexte universitaire U.S. explique sans nul doute le peu d’intérêt que suscite « PATERNO ». À peine moins âgé que son rôle, Pacino continue de s’enliser doucement dans une lignée de personnages qu’il a si souvent interprétés. On pense bien sûr à « L’ENFER DU DIMANCHE » pour le milieu exploré, mais à beaucoup d’autres également.

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KATHY BAKER ET AL PACINO

 

« BAG OF BONES » (2011)

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PIERCE BROSNAN

Inspiré de « Sac D’os », le roman de Stephen King, « BAG OF BONES », téléfilm en deux parties de Mick Garris, un habitué des adaptations de l’auteur, est dans l’ensemble une bonne surprise, même si les obsessions récurrentes de King frôlent parfois la redondance, voire le rabâchage.BONES.jpg

La première partie, concentrée sur le romancier Pierce Brosnan, qui vient de perdre sa femme dans un accident et sombre dans la dépression, est la plus réussie. D’abord parce qu’il donne à l’acteur irlandais tout l’espace pour exprimer son talent et parce que le surnaturel s’immisce lentement, par des détails, des visions, qui distillent une trouille de bon aloi. La seconde partie nous remet sur les rails plus routiniers de l’œuvre du King. À savoir les flash-backs sur un lointain passé, les cauchemars à tiroirs, les fantômes en décomposition. C’est infiniment moins mystérieux, beaucoup trop explicatif et bavard et surtout, vu et revu et particulièrement dans les films d’horreur japonais du style « RINGU » et autres. Reste tout de même que c’est bien filmé et photographié, que les extérieurs du lac sont superbes et que Brosnan parvient à cimenter tout cela avec toute une gamme d’expressions qu’on ne lui connaissait pas. Il est très bien entouré par un cast féminin de haut-vol : Annabeth Gish en épouse fauchée trop tôt mais réapparaissant sous diverses formes au fil du récit, Melissa George parfaite en « pauvre fille » sexy et malchanceuse et surtout Anika Noni Rose, en chanteuse noire des années 30 dont le tragique destin vient se télescoper avec celui de notre héros. Sans oublier Deborah Grover, hallucinante sous son maquillage qui la fait ressembler à la fiancée de Nosferatu, dans un rôle effrayant de factotum à la force herculéenne.

Malgré ses longueurs (mais la plupart des romans de King ne sont-ils pas un peu trop longs ?), « BAG OF BONES » vaut le coup d’œil, pour son ambiance, ses comédien(ne)s et pour voir à quel point Pierce Brosnan est un bien meilleur acteur qu’on ne l’imagine a priori.

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ANIKA NONI ROSE, PIERCE BROSNAN ET ANNABETH GISH

À noter : le téléfilm fut exploité en France sous le titre : « LA MAISON SUR LE LAC ».

 

« QUICKSAND – RIEN DE PLUS GRAND » (2019)

« QUICKSAND – RIEN DE PLUS GRAND », est une minisérie suédoise de 6×52 minutes, qui – dès le premier épisode – souffre du maintenant très identifiable « syndrome Netflix » : une écriture flottante, une réalisation un peu cheap et des comédiens pas toujours au top.QUICKSAND.jpg

L’histoire, c’est celle d’un massacre dans un lycée, perpétré par un fils de riche névrosé (Felix Sandman) et, selon toute apparence, par sa petite amie Hanna Ardéhn. C’est narré en flash-backs, bâti autour de la relation entre ces deux ados aussi antipathiques l’un que l’autre, sur la justice qui se resserre autour de la survivante. Très bien ! Le problème, c’est que ce scénario aurait certainement été plus efficace dans la simple durée d’un long-métrage et surtout, qu’il ne tient absolument pas debout. On crée un suspense et un mystère artificiellement, en se contentant de dissimuler des informations au spectateur et en n’expliquant pas le comportement de la fameuse héroïne en prison. Est-elle réellement amnésique ? Sinon pourquoi garde-t-elle pour elle des explications qui auraient pu l’exonérer depuis le début ? On sent cette « triche » du début à la fin et on espère, sans trop y croire, un « twist » spectaculaire lors du dénouement, qui viendra justifier (et excuser) cette paresse d’écriture, cette platitude. Eh bien, pas du tout ! L’épilogue est incroyablement décevant.

Comme c’est très moyennement interprété, que les jeunes acteurs en plein âge ingrat, ne sont pas d’une folle photogénie, « QUICKSAND » n’est en fin de compte qu’une perte de temps. Et la conclusion, unique raison pour laquelle on suivra la minisérie jusqu’au bout, ne rattrape vraiment pas les choses.

 

« BRONK » : film-pilote (1975)

Créé par l’acteur Carroll O’Connor et Ed Waters, réalisé par Richard Donner trois ans avant « SUPERMAN » et musiqué par Lalo Schifrin, le film-pilote de la courte série « BRONK » attise la curiosité, d’autant plus que le rôle-titre est tenu par un Jack Palance de 56 ans jouant un flic de L.A.BRONK.jpg

Le moins qu’on puisse dire est que personne ne s’est beaucoup foulé ! Même la BO est complètement insignifiante. Et ne parlons pas de la photo pâlotte de Matthew F. Leonetti ou de la réalisation paresseuse. Alex Bronkov, dit ‘Bronk’ représente un véritable contremploi pour Palance et c’est bien là le principal – voire unique – intérêt de ce téléfilm. Loin de ses rôles habituels de méchants psychopathes et exaltés, il joue un honnête policier effacé, presque timide, allergique aux poils de chat et joueur d’harmonica. Récemment veuf, il s’occupe de sa fille catatonique, comme Paul Kersey dans « UN JUSTICIER DANS LA VILLE ». Rien d’original là-dedans, c’est certain. Mais le seul fait de voir Palance en « underplay », avec sa veste de cuir vintage et son brushing, ravira automatiquement les fans de l’acteur. Il n’est pas très bien entouré, surtout par le transparent David Birney (le « SERPICO » de la brève série TV l’année suivante) pas crédible une seconde en narcotrafiquant cynique ni par Henry Beckman en ex-flic et ami.

Alors très actif en Europe, principalement en Italie, Jack Palance tentait un retour au pays, sans doute influencé par le succès de Telly Savalas dans « KOJAK ». On ne peut pas dire que ce pilote soit très probant, mais au moins s’y montre-t-il différent de son image, relativement subtil, voire émouvant.

 

« SARABAND » (2003)

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ERLAND JOSEPHSON ET LIV ULLMANN

Trente ans après la fin de « SCÈNES DE LA VIE CONJUGALE », Marianne (Liv Ullmann) décide de rendre visite à Johan (Erland Josephson) qu’elle avait perdu de vue. Curieusement, s’il est à présent octogénaire, elle n’a que 63 ans, alors qu’ils n’avaient que quelques années d’écart dans le premier film.SARABAND.jpg

Aucune importance ! Chez Ingmar Bergman, dont « SARABAND » est le dernier film, tourné pour la télévision, seule comptent les sentiments et leurs ravages sur l’âme humaine. D’ailleurs, Marianne et Johan ne sont pas réellement au centre du scénario. C’est Börje Ahlstedt, le fils de Johan, déjà presque un vieillard lui-même, et sa fille violoncelliste Julia Dufvenius, qui focalisent l’intérêt. Lui, récemment veuf, geignard, à la fois émouvant et vaguement répugnant, elle qui sert de substitut – jusqu’à l’ambiguïté – à sa défunte mère. Car en réalité, c’est cette dernière, cette « Anna » qu’on ne voit qu’en photo, qui est le véritable personnage central de « SARABAND ».

Comme d’habitude, Bergman installe son décor théâtral, y jette son quatuor d’acteurs comme des fauves dans une arène et les laisse s’entredéchirer. Certaines séquences, comme le face à face entre Ullmann et le fils de son ex-mari, rongé par la haine, dans une église, sont d’une violence terrible. Tout comme la dernière scène entre la jeune fille et son père, absolument déchirante. Si Ullmann est restée elle-même, moins névrosée peut-être, plus douce, Josephson est devenu un vieil homme amer et incapable d’empathie. Leur dernière scène, où ils s’endorment nus, côte à côte, est à fendre le cœur.

À 85 ans, Ingmar Bergman achève sa longue carrière par une œuvre-bilan, qui est un adieu à ses thèmes de prédilection et à ses fidèles acteurs, toujours aussi magnifiques. Bouleversant.

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JULIA DUFVENIUS, BÖRJE AHLSTEDT ET LIV ULLMANN