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Archives de Catégorie: TÉLÉFILMS

« BARTLEBY » (1976)

BARTLEBYAdapté d’une nouvelle de Herman Melville, « BARTLEBY » est un téléfilm français coécrit et réalisé par Maurice Ronet, dont on devine qu’il aurait été parfait dans le rôle-titre qu’il a donné à un comédien plus jeune.

C’est l’histoire, confinant à l’absurde, d’un notaire (Michel Lonsdale) routinier et célibataire, qui engage un copiste (Maxence Mailfort). Celui-ci, taciturne, imperméable aux rapports humains comme à l’autorité, ne s’exprime qu’en répétant qu’il « ne préfère pas » faire certaines choses. Au lieu de le licencier, car son « absence » perturbe gravement l’équilibre de l’office, le notaire s’efforce de le comprendre, de l’aider et le laisse détruire sa réputation professionnelle puis peu à peu, sa vie privée. Pourquoi ? Ce n’est jamais explicite. Bartleby fait-il écho au vide profond qu’est sa vie quotidienne ? Il y a de ça. Toujours est-il que, malgré une facture qui a terriblement vieilli, « BARTLEBY » demeure un film fascinant, déprimant au possible. Ronet s’avère un excellent directeur d’acteurs. Lonsdale n’a jamais été meilleur que dans ce personnage médiocre, coincé, mais qui lâche progressivement prise, allant jusqu’au bout de lui-même et aux confins de la folie. Face à lui, Mailfort blême et impavide est un Bartleby ectoplasmique idéal. Parmi les seconds rôles, on retrouve Maurice Biraud en clerc alcoolique et Dominique Zardi dans un de ses rares rôles principaux, en collègue mesquin.

« Il faut vivre », dit le notaire à son copiste à la fin, « Il n’y a pas d’autre moyen ! ». C’est tout le propos de ce film austère et suffocant, qui au fond, ressemble tellement à l’acteur Maurice Ronet, ou tout du moins à l’image que renvoie de lui un film comme « LE FEU FOLLET ». Dire qu’il fut un temps où la télévision française était capable de produire et de diffuser des œuvres d’une telle exigence !

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MICHEL LONSDALE ET MAXENCE MAILFORT

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« THE HAUNTING OF HILL HOUSE » (2018)

Attention, chef-d’œuvre ! Ce n’est pas un terme fréquemment utilisé en matière de télévision, mais « THE HAUNTING OF HILL HOUSE », œuvre de Mike Flanagan, mérite amplement le qualificatif.HHH.jpg

Librement adapté du roman de Shirley Jackson, qui inspira déjà l’inoxydable « MAISON DU DIABLE » (1963) de Robert Wise, cette minisérie de 10×55 minutes traite de la lente et inexorable possession d’une famille entière par une demeure maléfique grouillant de fantômes.

A priori, rien d’original, mais Flanagan capte l’intérêt par une construction culottée, se permet des flash-backs intempestifs, des changements de point-de-vue extrêmement déstabilisants et surtout, ne perd pas de temps à rabâcher les sempiternels lieux-communs de ce genre de cinéma. Ce qui intéresse l’auteur, ce ne sont pas les effets de trouille faciles, c’est la famille. Ces parents aimants (Carla Gugino et Henry Thomas), ces cinq enfants de plus en plus fragilisés par leur contact quotidien avec l’horreur. La minisérie change constamment d’époque, passant du présent avec les protagonistes adultes et le passé où leur séjour dans la maison explique progressivement leurs traumatismes actuels. C’est brillamment écrit, très bien réalisé, et le casting est uniformément remarquable. Seul petit bémol, l’idée de faire jouer le père par Henry Thomas (45 ans) dans les flash-backs et par Timothy Hutton (58 ans) au temps présent. La différence d’âge entre les deux acteurs ne saute pas immédiatement aux yeux et cela perturbe un peu le parcours de ce personnage étrangement bicéphale.

Outre Carla Gugino absolument saisissante dans un rôle complexe, émouvant et effrayant à la fois, on retiendra Elizabeth Reaser excellente en sœur aînée psychorigide, Kate Siegel remarquable d’intensité ou Annabeth Gish étonnante en gouvernante introvertie. Truffé d’hommages discrets au film de Wise, mais aussi à « SHINING », à « E.T. » et autres, « THE HAUNTING OF HILL HOUSE » ne cesse de surprendre, d’émouvoir, pendant ces presque dix heures de projection incroyablement addictives. On peine à affirmer qu’il s’agit là de « grande télévision », tant on aimerait que des films de cinéma atteignent ce niveau-là d’exigence !

 

« WAR MACHINE » (2017)

Qu’il est difficile de comprendre, et donc d’apprécier, un film comme « WAR MACHINE » de David Michôd et tout son cortège de partis-pris bizarres qui ne cessent d’en fausser le discours, de déconcerter au lieu d’impliquer. Au début, on pense au ton satirique de l’excellent « DES HOMMES D’INFLUENCE », mais… non. Ce n’est pas exactement cela. Du moins, pas tout le temps.WAR.jpg

Un général U.S. (Brad Pitt) est envoyé en Afghanistan pour mettre fin à la guerre qui s’enlise. Au cours de ses préparatifs, il se confie à un journaliste de « Rolling Stone » (Scoot McNairy) qui causera sa perte. C’est tout au niveau du scénario, mais l’essentiel n’est pas là. Il est – ou devrait être – dans le message anti-guerre, le portrait-charge de l’U.S. Army symbolisée par ce général-fantoche et sa bande d’imbéciles braillards, l’ingérence américaine, etc. Mais le gros défaut du film c’est hélas, Brad Pitt. Bien trop jeune, ou du moins paraissant trop jeune, pour ce rôle de briscard grisonnant, il adopte dès le premier plan un jeu complètement décalé : un œil à moitié clos, la mâchoire prognathe, la démarche grotesque, il crée une impossible caricature qui finit par nuire au propos du film et empêche tout approfondissement, toute empathie, voire tout sentiment quel qu’il soit envers son personnage. Il y a quelques décennies, le rôle aurait mérité un Lee Marvin ou plus tard un Gene Hackman voire un Eastwood, mais ce qu’a voulu faire Pitt, acteur qui a pourtant souvent fait ses preuves, est incompréhensible. À l’image de ses face-à-face avec Ben Kingsley jouant le président afghan à la limite du gros comique qui tache. On reconnaît çà et là des vedettes de passage comme Tilda Swinton en diplomate allemande, Alan Ruck, Griffin Dunne et même Russell Crowe dans un caméo muet pour clôturer le film.

« WAR MACHINE » aurait dû trouver sa tonalité entre « CATCH-22 » et « M*A*S*H* », il l’a totalement loupée, comme il a loupé le seul centre d’intérêt du scénario, à savoir la confrontation entre le militaire et le journaliste, à peine effleurée ici. C’est long, didactique, ennuyeux au possible et il n’est jamais agréable de voir un acteur qu’on apprécie se vautrer à ce point.

 

« THE CUTTING EDGE » : Sylvester Stallone dans « Police story »

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ALAN FUDGE ET CHUCK CONNORS

« THE CUTTING EDGE » est un épisode de la 3ème  saison de « POLICE STORY », réalisé par Michael O’Herlihy et mémorable pour avoir confronté deux générations de comédiens : Chuck Connors, 54 ans, vétéran des séries TV et Sylvester Stallone, 29 ans, encore totalement inconnu et à seulement un an du tournage de « ROCKY ».

L’épisode est centré sur Connors, flic veuf dont le vieux coéquipier vient de partir à la retraite. Déboussolé, dépassé par les événements, il se voit affublé de Stallone, jeune poulet insolent et décontracté. Alors qu’il perd pied et se voit poussé vers la sortie par ses chefs, Connors – bien qu’il soit responsable de la blessure de son nouveau partenaire – va résoudre une affaire difficile et redorer son blason. L’ex-homme à la carabine est excellent, humain et pathétique. Il a une belle scène avec Lola Albright, maîtresse vieillissante, qui ne veut plus le voir. Parmi les seconds rôles, l’étrange Alexandra Hay fait impression en junkie agitée. Le téléfilm n’a rien d’exceptionnel, mais il vaut le coup d’œil pour le complétiste de Stallone. Nommé ‘Elmore Caddo’, son personnage tient absolument à ce qu’on le surnomme… Rocky ! Un auto-clin d’œil, à n’en pas douter, de Stallone à son projet-fétiche, qu’il était encore en train de proposer à tous les studios cette année-là. Dans les deux ou trois scènes centrées sur lui, il fait déjà la démonstration de son jeu volubile et m’as-tu-vu et son duo avec Connors fonctionne très bien.

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SYLVESTER STALLONE ET CHUCK CONNORS

À noter que, bien qu’il fut très connu aux U.S.A. le nom de ce dernier est mal orthographié au générique, où il apparaît en tant que… Chuck Conners !

 

« MONGO’S BACK IN TOWN » (1971)

MONGO

JOE DON BAKER

Inspiré d’un roman de E. Richard Johnson, repris de justice et écrivain, « MONGO’S BACK IN TOWN » est un téléfilm tourné par Marvin J. Chomsky (« HOLOCAUSTE »), avec un budget excessivement restreint, mais un vrai point-de-vue et un casting de tout premier ordre.

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SALLY FIELD ET TELLY SAVALAS

Mongo Nash (Joe Don Baker), tueur-à-gages, sort de prison après cinq ans et retrouve son frère Charles Cioffi qui veut l’engager pour éliminer un rival menaçant sa mainmise sur la fausse monnaie. Mais rien n’est aussi simple qu’il n’y paraît et ‘Mongo’ se retrouve au cœur d’une machination infernale. Le pitch est simple, sans grande originalité, mais le traitement de l’image et du son fait de ce téléfilm un véritable objet de curiosité. D’abord, c’est d’une noirceur très inaccoutumée à la TV de cette époque, tout se passe pendant les fêtes de Noël, sous une pluie battante et ininterrompue. Ensuite, les décors sont tellement fauchés et minimalistes, qu’on se croirait parfois sur une scène de théâtre d’avant-garde. Et enfin, la BO de Michael Melvoin apporte une atmosphère de cauchemar éveillé très angoissante. L’attraction n°1, c’est Joe Don Baker, exceptionnel en brute épaisse. Un antihéros sans humour, sans charme, capable de terroriser une pauvre fille sans défense (Sally Field) pour en faire son esclave et de tabasser son ex pour lui soutirer un renseignement. Un portrait de tueur sans concession, que l’acteur incarne avec une sorte de perversité taciturne et fataliste. Il crève vraiment l’écran. Autour de lui, Telly Savalas et Martin Sheen forment un tandem de flics sans grande épaisseur, Anne Francis est une barmaid désabusée. « MONGO’S BACK IN TOWN » serait certainement plus connu et diffusé s’il avait été tourné pour le cinéma. Mais il n’a pas complètement disparu dans les limbes encore aujourd’hui et s’est imprimé dans la mémoire de certains cinéphiles amoureux du ‘film noir’. Les six premières minutes, totalement dépourvues de dialogue, sont un petit chef-d’œuvre en soi (il faut avoir vu Baker démolir l’étalage d’un faux aveugle qui le laisse faire sans réagir !). La réalisation suffocante, tout en gros-plans et en pénombre de Chomsky apporte beaucoup à la fascination exercée par le film.

À noter : il fut diffusé en France sous les titres « LE RETOUR DE MONGO » et « LE RETOUR DU TUEUR ».

 

« COMME UN HOMME LIBRE » (1979)

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PETER STRAUSS

« COMME UN HOMME LIBRE » est le premier long-métrage de Michael Mann, tourné pour la TV mais exploité en salles en Europe, ce qui en fait en quelque sorte l’équivalent de ce que représenta « DUEL » pour Spielberg.JERICHO2.jpg

Malgré une photo ingrate de téléfilm, ce film tourné dans l’enceinte du pénitencier de Folsom est une ode magnifique à la liberté et à l’indépendance, à travers le destin d’un prisonnier (Peter Strauss) enfermé à vie, qui ne peut s’évader mentalement qu’en courant jusqu’aux limites de l’endurance. Quand les dirigeants du bagne veulent le faire concourir aux jeux olympiques, ‘Rain Murphy’ va trouver une raison de vivre. Et même quand il sera finalement interdit de participer officiellement aux jeux, il trouvera le moyen de battre le record du monde, tout seul dans sa cour, sous les yeux de ses codétenus. Une fable puissante, poignante, filmée à l’arrache, et portée à bout de bras par Peter Strauss, bon acteur à la carrière plutôt terne, qui trouve ici un rôle où il se montre au niveau des plus grands. Méconnaissable en « white trash » taiseux, presque autiste, au corps musculeux tourmenté par l’effort perpétuel, il crève l’écran. Le rôle de sa vie assurément, qui aurait dû lui valoir un parcours autrement plus spectaculaire. Autour de lui, d’excellents acteurs des seventies comme Brian Dennehy en caïd ignoble, Geoffrey Lewis en psychologue, Roger E. Mosley en taulard ou Ed Lauter en ex-champion fasciné par Murphy.

« COMME UN HOMME LIBRE » respecte les règles du « film de prison » (particulièrement dans la bagarre entre Mosley et Strauss, sortie tout droit de « LUKE LA MAIN FROIDE »), mais recentre l’intérêt sur le parcours bouleversant de cet homme « libre dans sa tête », indomptable. Le plan du chronomètre s’explosant sur le mur du pénitencier est tout simplement extraordinaire de force et de simplicité.

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ED LAUTER, GEOFFREY LEWIS ET PETER STRAUSS

 
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Publié par le 1 octobre 2018 dans DRAMES PSYCHOLOGIQUES, TÉLÉFILMS

 

« MANHUNT : UNABOMBER » (2017)

« MANHUNT : UNABOMBER » est une minisérie de 8×52 minutes basée sur des faits réels et relatant l’enquête du FBI pour stopper les méfaits d’un psychopathe agissant à distance, via des colis piégés.UNABOMBER

L’action située sur deux époques en parallèle (1995 et 1997, ce qui prête parfois à confusion) se focalise sur deux personnages : l’agent (Sam Worthington) chargé de dépister le tueur, en instaurant à grand-peine une nouvelle méthode d’investigation basée sur le langage et l’étude d’une thèse publiée par l’inconnu. Et « l’Unabomber » lui-même (Paul Bettany) un ermite terré dans une minuscule cabane en forêt et obsédé par les ravages de la technologie. Le 6ème épisode, « TED » est le plus fascinant, puisqu’il remonte à la jeunesse du criminel et aux événements qui ont révélé puis cristallisé sa misanthropie et sa folie.

Le plus intéressant dans cette minisérie rigoureuse et austère, est la relation entre proie et chasseur. En s’immergeant dans les écritures de ‘Ted’, l’agent va devenir obsessionnel, adhérer à ses théories, perdre ses amis, sa famille et même la confiance de ses chefs. Mais il va réellement pénétrer le cerveau de l’homme. Ce que fera également celui-ci, quand il sera mis en présence de celui qui l’a démasqué. Une manipulation mentale à double sens qui fait tout le prix d’un scénario intelligent, extrêmement bien dialogué et précis comme un mécanisme d’horlogerie.

Worthington est très bien dans ce rôle ingrat et dépourvu de charme, Bettany – totalement méconnaissable – est stupéfiant de crédibilité en surdoué rongé par la haine. Autour d’eux, Chris Noth parfait en directeur du FBI colérique et de bons comédiens comme Lynn Collins ou Brian F. O’Byrne.

À voir donc, ce thriller cérébral, tendu à craquer, sombre et cultivant jusqu’au bout une ambiguïté déstabilisante, puisqu’on en vient presque à prendre parti pour l’assassin…