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Archives de Catégorie: TÉLÉFILMS

« THE WIZARD OF LIES » (2017)

« THE WIZARD OF LIES » est un téléfilm HBO basé sur l’escroquerie phénoménale organisée par Bernie Madoff et qui ruina des milliers d’Américains en 2008. Inspiré du livre de Diana Henriques, qui tient son propre rôle d’intervieweuse dans le film, le scénario est bâti de façon éclatée, évoquant parfois le style d’un Scorsese.WIZARD

Après « SLEEPERS », « DES HOMMES D’INFLUENCE » et « PANIQUE À HOLLYWOOD », Barry Levinson retrouve Robert De Niro pour le diriger dans le rôle-titre. Moins rond que le véritable Madoff, moins débonnaire, le visage plus tourmenté, De Niro s’avère néanmoins un excellent choix. Affublé d’un faux nez, il est d’une intensité et d’une sobriété qu’on lui voit rarement ces dernières années et parvient à lever une partie du voile sur la personnalité étrange de ce « sociopathe » affable et monstrueux à la fois, vivant dans le déni le plus total.

Le film suit en parallèle l’escroc rattrapé par ses exactions, traqué par la presse et ceux qu’il a spoliés et sa vie de famille qui vire au cauchemar. Michelle Pfeiffer est remarquable dans le rôle de son épouse d’abord frivole, peu à peu plongée dans un véritable cauchemar qui la laisse à la dérive. Le personnage le plus attachant et pathétique. La séquence du suicide raté de Bernie et Ruth est à la fois drôle et tragique. À leurs côtés, Alessandro Nivola est parfait en fils fragile incapable de supporter la pression des médias et la haine dont il fait injustement l’objet. Les scènes où il se laisse humilier par son père sont très rudes.

Extrêmement bavard, pas toujours très clair chronologiquement parlant, « THE WIZARD OF LIES » offre une approche intéressante et mesurée d’un individu impossible à cerner, difficile à juger, qui suscite malgré lui une certaine empathie à la fin, dans son absolue solitude en prison. À 74 ans, De Niro démontre qu’il n’a pas encore fini de nous surprendre et que des années de navets n’ont pas entamé son génie de la composition.

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ROBERT DE NIRO

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« CAUSE CÉLÈBRE » (1989)

Inspiré de faits réels et adapté d’une pièce de Terence Rattigan, « CAUSE CÉLÈBRE », réalisé par John Gorrie, est un téléfilm produit par ITV et situé en 1935.

C’est l’histoire d’Helen Mirren, femme fantasque mariée à un vieil homme impuissant et avaricieux (Harry Andrews) et qui tombe amoureuse du chauffeur de celui-ci (David Morrissey), un garçon de dix-huit ans auquel elle fait perdre la tête. Cela se terminera par un meurtre et par un procès retentissant.CAUSE

L’anecdote est on ne peut plus banale, mais le film traduit parfaitement la pression morale pesant sur les débats. Même s’il est clair que l’épouse adultère n’a pas assassiné elle-même son époux, elle est – aux yeux de tous, même de ses propres avocats – moralement responsable, bien davantage que le jeune homme qui a pourtant abattu un maillet sur le crâne du mari et l’a laissé longuement agoniser.

Tourné pour la TV, avec le matériel technique de l’époque, « CAUSE CÉLÈBRE » avec son image trop crue et son mixage épouvantable, est parfois une torture pour l’amateur de travail bien fait. Mais il vaut évidemment le coup d’œil pour Mirren, absolument parfaite dans ce rôle difficile, aux motivations ambiguës, aux réactions déconcertantes, et pourtant jamais antipathique. Face à elle, Morrissey, qui évoque parfois Liam Neeson par sa taille et certains traits de son visage, est très bien distribué dans ce personnage d’innocent trop entier et véhément. David Suchet est lui aussi impeccable en avocat de la défense roué.

Ce téléfilm construit en cinq « actes » bien distincts, n’a rien d’indispensable, mais il renseigne sur un faits-divers peu connu en dehors de ses frontières, sur l’ambiance régnant à cette époque dans les prétoires de Sa Majesté.

 

« THE ENCOUNTER » : Neville Brand dans « The Twilight Zone »

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NEVILLE BRAND

« THE ENCOUNTER » est un épisode de la 5ème saison de « THE TWILIGHT ZONE » réalisé par Robert Butler et qui propose un scénario annonçant, à toute petite échelle, celui de « DUEL DANS LE PACIFIQUE » de John Boorman.

George Takei (le ‘Sulu’ de « STAR TREK »), un jeune jardinier d’origines japonaises, vient proposer ses services à Neville Brand, un alcoolique en train de ranger son grenier. Celui-ci lui offre une bière, mais après la découverte d’un vieux sabre de samouraï ramené de la WW2, le dialogue va prendre une tournure dramatique entre les deux hommes. Et le sabre lui-même semble possédé par l’esprit de son propriétaire, abattu lâchement par Brand et réclamant vengeance.

Tourné en décor unique, uniquement composé de dialogue, l’épisode, très prenant, vaut un coup d’œil attentif pour la prestation exceptionnelle de Neville Brand. On le sait, celui-ci fut un des héros les plus décorés de la WW2, on sait aussi que sa carrière d’acteur fut handicapée par ses problèmes d’alcool. Aussi, quand on écoute ses monologues sur les combats, quand on contemple les gros-plans de son visage marqué, hanté, on parvient de plus en plus difficilement à différencier le personnage de son interprète. Brand a rarement été meilleur que dans ce film de 26 minutes, incarnant ce « beauf » dépressif englué dans le passé, avec une intensité phénoménale. Face à lui, Takei tient la distance, ce qui n’est déjà pas si mal. Son personnage est lui aussi, à un autre degré, marqué à vie par la guerre et par un passé familial peu glorieux.

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GEORGE TAKEI ET NEVILLE BRAND

À voir donc, comme une mini pièce de théâtre très bien écrite et portée par l’acteur idéal. Toutes proportions gardées, Brand accomplit en quelque sorte le même travail cathartique que Mickey Rourke avec « THE WRESTLER », bien des années plus tard.

 

« NOTHING IN THE DARK » : Robert Redford dans « The Twilight Zone »

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ROBERT REDFORD ET GLADYS COOPER

« NOTHING IN THE DARK » est un épisode de la 3ème saison de « THE TWILIGHT ZONE » réalisé par Lamont Johnson.

C’est une très jolie fable à huis clos sur la peur de mourir et la vieillesse, écrite avec finesse et empathie. Gladys Cooper, une vieille femme, vit recluse depuis des années dans un immeuble vétuste en passe d’être détruit. Persuadée que « Mr. Mort » se dissimule derrière chaque passant qu’elle croise, pour l’emporter dans l’au-delà, elle est terrorisée quand un jeune policier (Robert Redford) est blessé devant sa porte et la supplie de l’aider. Mais elle se laisse finalement convaincre et soigne le gentil garçon. Quand un chef de chantier (R.G. Armstrong) vient lui apprendre que le building va être démoli dans une heure, la pauvre dame comprend subitement que Redford n’est autre que ce Mr. Mort tant redouté. Toujours charmant, il l’aidera à passer de l’autre côté tout en douceur, en lui tenant la main.

Excellemment interprété par Gladys Cooper au regard noyé d’angoisse et par le jeune Redford d’une tranquille ambiguïté en ange de la mort au physique de jeune premier, le téléfilm, magnifiquement photographié en pénombre, atteint une sorte de perfection dans les codes de la série de Rod Serling : économie de moyens, décor unique, dialogue ciselé, bons comédiens avec de vrais rôles à défendre.

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R.G. ARMSTRONG, GLADYS COOPER ET ROBERT REDFORD

 

« THE FUGITIVE » : J. Pat O’Malley dans « The Twilight Zone »

TZ OMALLEY« THE FUGITIVE » est un épisode de la 3ème saison de « THE TWILIGHT ZONE » écrit par Charles Beaumont et réalisé par Richard L. Bare.

C’est une petite fable charmante et inoffensive sur l’amitié touchante liant un vieux bonhomme (J. Pat O’Malley) doté d’étranges pouvoirs de métamorphose et une petite fille (Susan Gordon) handicapée. Celle-ci vit avec sa marâtre de tante qui passe son temps à lui hurler dessus et à la punir (Nancy Kulp) et n’a de bonheur que lorsqu’elle est avec le vieux ‘Ben’. Mais voici qu’il est traqué par deux individus inquiétants qui le cherchent depuis longtemps. Qui est Ben ? Un criminel en fuite ? Un fou échappé ? Ou un roi extra-terrestre qui a fui ses responsabilités ? Sachant que nous sommes dans la série de Rod Serling, la réponse n’est pas difficile à trouver !

Ce petit téléfilm en presque huis-clos – hormis le prologue dans un parc – est éminemment touchant. D’abord, la fillette est excellente, ce qui n’est pas toujours le cas à cet âge-là et O’Malley joue son rôle avec humour et légèreté, sans cabotiner. Cela fait un peu penser aux nouvelles de Fredric Brown, ce qui est un vrai compliment.

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SUSAN GORDON ET J. PAT O’MALLEY

 

« DOM JUAN OU LE FESTIN DE PIERRE » (1965)

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L’adaptation, tout en extérieurs, est parfaitement « aérée », découpée, mettant en valeur le texte et surtout les comédiens magnifiquement choisis. À quarante ans, Michel Piccoli trouve un des rôles de sa vie, endossant avec sa morgue et son mystère, la défroque de ce séducteur compulsif, cynique et hautain, d’un égoïsme effarant et d’une indifférence suicidaire, même face à la mort. Vraiment difficile d’imaginer quelqu’un d’autre dans le rôle. Face à lui, Claude Brasseur est un Sganarelle réjouissant, même si parfois irritant à force de tics et de facilités de jeu. Le face-à-face avec Piccoli au style diamétralement opposé, fonctionne à merveille. Tous les rôles secondaires sont impeccables, à commencer par Lucien Nat en père meurtri ou la délicieuse Josée Steiner en paysanne séduite. À peine pourra-t-on tiquer sur le numéro d’Angelo Bardi qui prend un tel accent que son long monologue est quasiment inintelligible. Pourquoi prend-il une telle place ? Mystère…

L’intelligence des acteurs, l’adresse de la mise-en-scène rendent le texte de Molière complètement accessible. Il y a de très beaux gros-plans de visages, de belles ambiances de forêt et la musique de Mozart fait le reste. C’est de la grande télévision, tellement ambitieuse qu’on fermera les yeux sur une statue du Commandeur bien peu convaincante, à la limite du ridicule et une conclusion trop rapidement expédiée.

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MICHEL PICCOLI, CLAUDE BRASSEUR ET JOSÉE STEINER

 

« WATER’S EDGE » : John Cassavetes dans « Suspicion »

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ANN SOTHERN

« WATER’S EDGE » est un épisode de la 3ème saison de « SUSPICION », réalisé par Bernard Girard d’après une nouvelle de Robert Bloch.

Le début du téléfilm n’est pas sans évoquer le postulat de départ de « LA NUIT DU CHASSEUR » de Charles Laughton : un escroc qui, à sa sortie de prison, cherche à séduire la veuve de son codétenu mort derrière les barreaux, pour récupérer un gros magot jamais retrouvé par la police. La première bonne idée est d’avoir entendu l’époux (Rayford Barnes) parler de sa « blonde » avec des étoiles dans les yeux, jusqu’à faire fantasmer son ami (John Cassavetes), pour qu’ensuite celui-ci découvre que cette femme rêvée est devenue une grosse serveuse mal fagotée et vulgaire (Ann Sothern). La tête de Cassavetes quand il réalise le fossé séparant le mythe de la réalité est impayable !

Ensemble ces deux losers vont parvenir à dénicher le fameux butin dans une cabane grouillante de rats, mais l’appât du gain les poussera à se dresser l’un contre l’autre.

Comme toujours dans cette série artificiellement « gonflée » à 52 minutes, le temps paraît long, les séquences durent jusqu’à plus-soif et les péripéties sont beaucoup trop rares. Fort heureusement, le face-à-face entre les deux acteurs principaux vaut le détour : Cassavetes, toujours très « Actors Studio » est parfait en voyou fébrile, les épaules agitées de tics nerveux et Sothern est magnifique en souillon à la langue bien pendue, moins idiote qu’elle n’en a l’air. Ils ont visiblement plaisir à jouer ensemble et parviennent à donner vie à cet épisode bien fichu, mais au suspense bien laborieux.

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JOHN CASSAVETES