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Archives de Catégorie: TÉLÉFILMS

« WOLF CREEK » (2016)

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LUCY FRY ET JACK CHARLES

En 2005, on découvrait (avec effroi) « WOLF CREEK », mélange australien de ‘survival’ et de film d’horreur. Suivi quelques années plus tard d’une sequel presque aussi violente et traumatisante, qui acheva d’installer ‘Mick Taylor’ parmi les croque-mitaines les plus iconiques du cinéma contemporain. C’est par le biais de la TV que son créateur Greg McLean revient à présent avec une minisérie de 6 x 45 minutes, qui boucle la boucle en explicitant les origines de Mick et – plus symboliquement – les racines du Mal.wolf-copie

Autant le dire tout de suite, télévision ou pas, c’est un pur chef-d’œuvre du genre. Mieux produit, mieux filmé, mieux scénarisé que les longs-métrages, « WOLF CREEK » suit le parcours d’une jeune héroïne américaine, rescapée d’un carnage perpétré par l’équarisseur du bush et se lançant à sa recherche au milieu de nulle part. On pense à des œuvres ambitieuses australiennes des seventies comme « LA RANDONNÉE » ou « RÉVEIL DANS LA TERREUR » (surtout dans la séquence avec le « mentor » aborigène qui soigne Eve), bien davantage qu’à de banales séries B horrifiques. La quête de l’adolescente est tout à la fois une descente au fin-fond des enfers et un voyage initiatique. Malgré la maigre matière à développement laissée par les deux films, les auteurs parviennent à construire une histoire parfaitement tricotée, truffée de surprises et de coups de théâtre, de personnages inattendus. On voit cela comme un film de quatre heures, d’une intensité sidérante.

La jeune Lucy Fry traduit avec finesse l’évolution de ‘Eve’, de l’ado boudeuse et accro aux antidouleurs à la guerrière implacable à la volonté de fer. Même s’il apparaît relativement peu, John Jarratt fait froid dans le dos à chacune de ses interventions finement amenées. Leur face-à-face final dans la maison en ruines ramène à « MASSACRE À LA TRONÇONNEUSE », en beaucoup plus chargé émotionnellement. Un final absolument époustouflant de tension et de violence.

À condition d’avoir le cœur bien accroché, « WOLF CREEK » est un incontournable du film de suspense et d’angoisse. Une mention au générique visuellement magnifique et synthétisant superbement la substantifique moelle de la minisérie. La chanson « Who killed Cock Robin ? » susurrée par Lisa Salvo évoque les grandes heures de David Lynch et hante longtemps la mémoire.

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JOHN JARRATT ET LUCY FRY

 

« THE MARTYR » : Lee Marvin dans « General Electric Theater »

« THE MARTYR » est un épisode de la série anthologique « GENERAL ELECTRIC THEATER », réalisé par Jacques Tourneur en 1955.

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RONALD REAGAN ET LEE MARVIN

Dans l’Irlande de 1922, en pleine guerre civile, Ronald Reagan un intellectuel de l’IRA (la preuve : il porte des lunettes !) est arrêté pour trahison et condamné à être fusillé. Tabassé par le sadique ‘capitaine Morrissey’ (Lee Marvin), il finit après des jours d’hésitation par demander audience au colonel Brian Aherne et dénonce le véritable coupable (James McCallion). Il doit maintenant se faire passer pour son allié pour lui soutirer des renseignements. Il va jusqu’à lui faire croire que c’est lui, Reagan, qui va mourir en martyr, s’attirant sa sympathie et sa confiance. Après que l’homme soit passé devant le peloton d’exécution, Reagan écœuré par lui-même, provoque Marvin qu’il pousse à l’abattre d’une balle dans le dos.

Une mini-tragédie « historique » en huis clos, qui se passe entièrement de nuit en intérieurs et soutenue par un bon dialogue tournant autour des thèmes du courage et de la trahison, et surtout par un excellent casting : Reagan plutôt meilleur que d’habitude dans un rôle ambigu et Marvin, dans un de ces personnages de brutes épaisses qu’il joua tant à ses débuts. Ricanant, le cigare aux lèvres, la casquette rabattue sur les yeux, il a un ou deux bons face-à-face avec le futur président des U.S.A. qu’il finira par descendre, comme il le fera neuf ans plus tard dans « À BOUT PORTANT ».

Un bon petit drame de 26 minutes à mettre à l’actif du grand réalisateur français de « LA FÉLINE » et de « LA GRIFFE DU PASSÉ ».

 

« THE DOCTORS OF PAWNEE KILL » : Lee Marvin dans « General Electric Theater »

« THE DOCTORS OF PAWNEE KILL » est un épisode de la série anthologique « GENERAL ELECTRIC THEATER », réalisé en 1957 par Don Weis et écrit par N.B. Stone, Jr. le scénariste de « COUPS DE FEU DANS LA SIERRA ».

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LEE MARVIN

En à peine 26 minutes, ce court-métrage contient largement assez d’éléments pour en faire un long : la petite ville de Pawnee Kill est sous la coupe d’un voyou, Ted De Corsia et de ses hommes, parmi lesquels le ‘gunfighter’ Claude Akins. Le shérif Lee Marvin, dont l’épouse va bientôt accoucher, est bien décidé à éliminer les hors-la-loi. Mais son frère, le bon docteur Kevin McCarthy va tenter d’organiser une discussion pacifique entre les parties. Évidemment, les ‘bad guys’ trahiront leur parole et se feront descendre par Marvin. Et même le docteur devra utiliser un fusil pour sauver son frère. Moralité comme le dit le shérif au médecin : « Tu as raison depuis le début. Mais tu es juste en avance sur ton temps ». Le titre, comme l’explique la voix « off » au début, se réfère aux deux frangins qui sont chacun à sa façon des docteurs : l’un avec son scalpel, l’autre qui se définit lui-même comme « town doctor », avec son six-coups.

Très bien mené, soigneusement dialogué, le téléfilm bénéficie d’un superbe casting : Lee Marvin, plus dégingandé et cool que jamais en « lawman » qui tire d’abord et négocie ensuite et McCarthy excellent en brave homme trop civilisé pour son époque. Si les méchants sont rapidement brossés, les rôles féminins sont étonnamment étoffés, comme Margaret Hayes en épicière amoureuse du « doc » et Dorothy Adams très drôle en sage-femme encore plus anxieuse que ses patientes.

À noter la très bonne tenue de l’affrontement final dans la grand-rue, parfaitement mis en scène et dynamisé par l’inimitable gestuelle de Marvin, toujours aussi à l’aise avec un Colt au poing.

 

« HOLLYWOOD’S STRAIGHT SHOOTER » (2001)

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LE PETIT LEE DANS LES ANNÉES 20

« HOLLYWOOD’S STRAIGHT SHOOTER » est un documentaire d’une quarantaine de minutes consacré à la carrière et à la vie privée de Lee Marvin, diffusé sur la « Biography Channel » et produit et réalisé par Ted Nelson. La narration est assurée par Peter Graves qui fut le partenaire de Marvin dans « LE RAID » et « L’ODYSSÉE D’UN SERGENT ».

Comme la plupart des films de cette collection, celui-ci est truffé d’images inédites de la jeunesse du génial comédien, d’extraits de films de famille. On le voit en G.I. juvénile et moustachu, puis pendant ses premiers pas sur une scène de théâtre à Woodstock où vivaient ses parents. Peu à peu, grâce à divers témoignages de son ex-épouse, de sa veuve (qui fut aussi son premier amour d’adolescence qu’il retrouva après quarante ans !), de comédiens comme Michael Callan, Mark Hamill ou Angie Dickinson (visiblement folle de lui), se dessine le portrait complexe et paradoxal d’un garçon sensible et cultivé, détruit par la guerre où il était sniper, qui sombra dans l’alcool pour ne jamais en ressortir.

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LEE MARVIN, THE ONE AND ONLY

Les extraits de films et téléfilms choisis ne parviennent pas à mettre le doigt sur l’exceptionnel talent de Marvin, sur sa personnalité explosive, imprévisible et parfois… dédoublée par la consommation d’alcool. Le réduire à un « tough guy » paraît très réducteur et affirmer que « CAT BALLOU » fut sa première incursion dans la comédie est une grossière erreur. Dans « SHACK OUT ON 101 » ou « L’ÉQUIPÉE SAUVAGE », il démontrait déjà qu’il avait un très large éventail.

Les courtes interviews de lui, pendant son procès avec Michelle Triola, en disent long sur lui et ses principes, ses images en famille sont émouvantes, comme les interventions de sa fille aînée qui lui ressemble énormément, même par sa voix grave. C’est trop bref pour être plus qu’un survol hâtif d’une vie de 63 ans, mais le documentaire vaut le détour pour ce qu’il parvient à capter de cet acteur unique et insaisissable.

Le film fut diffusé en France sous le titre : « LA FINE GÂCHETTE D’HOLLYWOOD » dans la collection « LES IMMORTELS DU CINÉMA ».

 

« BRUTE FORCE » (2002)

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CHARLES DENNIS BUCHINSKY AU DÉBUT DES ANNÉES 30

« BRUTE FORCE » est un documentaire de la « Biography Channel » américaine d’une quarantaine de minutes, consacré à Charles Bronson et diffusé en 2002. C’est aussi, sauf erreur, le seul et unique jamais consacré à cet acteur si cher à « BDW2 ». Écrit par Jerry Decker, réalisé et produit par Jack Walworth et narré par le ‘tough guy’ Michael Madsen, le film n’apprendra rien de nouveau aux fans de Charley, mais permet une bonne approche du bonhomme à ceux qui ne sont pas familiers de son travail, et donne l’occasion d’entendre des témoignages intéressants et de voir des photos rares et des extraits de téléfilms inédits.

Tout ce qui traite de la jeunesse à Ehrenfeld est très bien documenté. Walworth s’est rendu sur place, a filmé la ville, interviewé des amis de classe du jeune Buchinsky, retrouvé l’endroit où se tenait la maison familiale, la tombe de son père Walter, etc.

Bronson lui-même apparaît dans des extraits d’entretien datant de 1988 où il est étonnamment disert et détendu. On retrouve au fil du montage des interventions d’Harriet Tendler (qui n’a visiblement jamais cessé d’admirer son ex-époux), de son biographe Steven Whitney, de son ancien colocataire Jack Klugman, d’un James Coburn affectueux et drôle, de Michael Winner.

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LE JEUNE CHARLEY À LA FIN DES ANNÉES 40

Vu la courte durée et la matière à traiter, cela demeure très superficiel, n’allant jamais au fond des choses. La carrière est beaucoup trop vite survolée à partir des années 70, n’expliquant pas les raisons de son succès européen (« Europeans like tough guys », explique Klugman). Aucun témoignage dissonant ne vient gâcher l’ambiance commémorative. Mais si on n’en ressort pas beaucoup plus éclairé sur la personnalité de l’homme, on s’intéressera à des images rarissimes (un court extrait de film amateur le montrant en train de sortir du lycée, quelques toiles entrevues qui laissent deviner le style du peintre assidu qu’il fut toute sa vie) et à la nostalgie qui naît souvent de ces biographies qui survolent toute une vie en quelques courtes minutes.

À noter que le film fut diffusé en France sous le titre « LE SOLITAIRE » et qu’il est trouvable sur Youtube.

 

LE CHARLEY DES MERS…

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DANS LE RÔLE DU CAPITAINE WOLF LARSEN

« LE LOUP DES MERS » est un téléfilm produit en 1993, adapté de l’œuvre de Jack London, qui vient de sortir en DVD en Allemagne et pour la première fois avec une piste en anglais, en plus du doublage allemand.wolf2

C’est le dernier « vrai » rôle de Charles Bronson, alors en fin de parcours, et qui acheva sa carrière en jouant les flics pour la télévision. Incarnant le capitaine Wolf Larsen, marin plus ou moins psychopathe semant la terreur sur son navire, il succède à Edward G. Robinson, à Barry Sullivan, à son ami Chuck Connors dans une série B italienne, et précède Thomas Kretschmann dans une autre version TV tournée en 2008. Il est à noter que l’ami Charley est étonnamment loquace dans ses face-à-face avec Christopher Reeve, jouant son riche prisonnier et fait même preuve d’une certaine complexité psychologique.

Sans gros moyens, mais assez correct dans l’ensemble, « LE LOUP DES MERS » fut réalisé par le britannique Michael Anderson (« LE SECRET DU RAPPORT QUILLER », « L’ÂGE DE CRISTAL » ou l’inénarrable « ORCA ») et comptait à son générique Christopher Reeve donc, deux ans avant l’accident qui le paralysa, Catherine Mary Stewart, Clive Revill, Marc Singer et Len Cariou.

Un film à voir donc, pour le fan complétiste de Charles Bronson, pestant encore sur sa piteuse fin de carrière. Sans être un chef-d’œuvre, ce téléfilm lui offre au moins l’occasion d’exercer son métier de comédien.

 

« GREY GARDENS » (2009)

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DREW BARRYMORE ET JESSICA LANGE

En 1975 sortit « GREY GARDENS », un long-métrage documentaire sur la vie de deux femmes, une mère et sa fille, vivant en recluses dans le South Hampton, dans une demeure en ruines. Leur sort attira les médias parce qu’elles étaient parentes de Jackie Onassis.grey2

35 ans après, sous le même titre de « GREY GARDENS », HBO produit un téléfilm sur la vie de ces personnalités excentriques, dignes de « QU’EST-IL ARRIVÉ À BABY JANE ? », incluant comme ossature dramatique, le tournage du documentaire.

Le film est une franche réussite, refusant le voyeurisme pour traiter de cette relation toxique, destructrice, voire cannibale. Jessica Lange est prodigieuse dans le rôle de la mère, « artiste » égocentrique, qui enferme psychologiquement sa fille dans cette maison à l’abandon, pourrissant littéralement sur pied. Face à elle, Drew Barrymore est tout aussi extraordinaire, d’abord en jeune femme libre et pleine de vie, puis en névrosée rendue chauve par le stress de son quotidien. Le scénario refuse le sensationnalisme et les grandes confrontations, mais pénètre subtilement au cœur de cette cohabitation aussi choquante que touchante. On ne pense jamais à ces femmes comme à deux « vieilles folles », sauf peut-être quand les services d’hygiène découvrent l’intérieur de la propriété, véritable décharge insalubre grouillant de vermine.

Les performances hors du commun des deux comédiennes sont grandement aidées par les maquillages vieillissants, parmi les plus convaincants qu’on ait pu voir à l’écran. Parmi les seconds rôles, on retiendra la superbe apparition de Jeanne Tripplehorn dans le rôle de ‘Jackie O.’, tellement incongrue qu’on la croirait fantasmée.

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JEANNE TRIPPLEHORN ET JESSICA LANGE

« GREY GARDENS » est un très beau film sur un amour exclusif et nocif, sur deux existences gaspillées, à voir ne serait-ce que pour Miss Lange et Barrymore absolument époustouflantes.