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Archives de Catégorie: TÉLÉFILMS

« COMME UN HOMME LIBRE » (1979)

JERICHO

PETER STRAUSS

« COMME UN HOMME LIBRE » est le premier long-métrage de Michael Mann, tourné pour la TV mais exploité en salles en Europe, ce qui en fait en quelque sorte l’équivalent de ce que représenta « DUEL » pour Spielberg.JERICHO2.jpg

Malgré une photo ingrate de téléfilm, ce film tourné dans l’enceinte du pénitencier de Folsom est une ode magnifique à la liberté et à l’indépendance, à travers le destin d’un prisonnier (Peter Strauss) enfermé à vie, qui ne peut s’évader mentalement qu’en courant jusqu’aux limites de l’endurance. Quand les dirigeants du bagne veulent le faire concourir aux jeux olympiques, ‘Rain Murphy’ va trouver une raison de vivre. Et même quand il sera finalement interdit de participer officiellement aux jeux, il trouvera le moyen de battre le record du monde, tout seul dans sa cour, sous les yeux de ses codétenus. Une fable puissante, poignante, filmée à l’arrache, et portée à bout de bras par Peter Strauss, bon acteur à la carrière plutôt terne, qui trouve ici un rôle où il se montre au niveau des plus grands. Méconnaissable en « white trash » taiseux, presque autiste, au corps musculeux tourmenté par l’effort perpétuel, il crève l’écran. Le rôle de sa vie assurément, qui aurait dû lui valoir un parcours autrement plus spectaculaire. Autour de lui, d’excellents acteurs des seventies comme Brian Dennehy en caïd ignoble, Geoffrey Lewis en psychologue, Roger E. Mosley en taulard ou Ed Lauter en ex-champion fasciné par Murphy.

« COMME UN HOMME LIBRE » respecte les règles du « film de prison » (particulièrement dans la bagarre entre Mosley et Strauss, sortie tout droit de « LUKE LA MAIN FROIDE »), mais recentre l’intérêt sur le parcours bouleversant de cet homme « libre dans sa tête », indomptable. Le plan du chronomètre s’explosant sur le mur du pénitencier est tout simplement extraordinaire de force et de simplicité.

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ED LAUTER, GEOFFREY LEWIS ET PETER STRAUSS

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Publié par le 1 octobre 2018 dans DRAMES PSYCHOLOGIQUES, TÉLÉFILMS

 

« MANHUNT : UNABOMBER » (2017)

« MANHUNT : UNABOMBER » est une minisérie de 8×52 minutes basée sur des faits réels et relatant l’enquête du FBI pour stopper les méfaits d’un psychopathe agissant à distance, via des colis piégés.UNABOMBER

L’action située sur deux époques en parallèle (1995 et 1997, ce qui prête parfois à confusion) se focalise sur deux personnages : l’agent (Sam Worthington) chargé de dépister le tueur, en instaurant à grand-peine une nouvelle méthode d’investigation basée sur le langage et l’étude d’une thèse publiée par l’inconnu. Et « l’Unabomber » lui-même (Paul Bettany) un ermite terré dans une minuscule cabane en forêt et obsédé par les ravages de la technologie. Le 6ème épisode, « TED » est le plus fascinant, puisqu’il remonte à la jeunesse du criminel et aux événements qui ont révélé puis cristallisé sa misanthropie et sa folie.

Le plus intéressant dans cette minisérie rigoureuse et austère, est la relation entre proie et chasseur. En s’immergeant dans les écritures de ‘Ted’, l’agent va devenir obsessionnel, adhérer à ses théories, perdre ses amis, sa famille et même la confiance de ses chefs. Mais il va réellement pénétrer le cerveau de l’homme. Ce que fera également celui-ci, quand il sera mis en présence de celui qui l’a démasqué. Une manipulation mentale à double sens qui fait tout le prix d’un scénario intelligent, extrêmement bien dialogué et précis comme un mécanisme d’horlogerie.

Worthington est très bien dans ce rôle ingrat et dépourvu de charme, Bettany – totalement méconnaissable – est stupéfiant de crédibilité en surdoué rongé par la haine. Autour d’eux, Chris Noth parfait en directeur du FBI colérique et de bons comédiens comme Lynn Collins ou Brian F. O’Byrne.

À voir donc, ce thriller cérébral, tendu à craquer, sombre et cultivant jusqu’au bout une ambiguïté déstabilisante, puisqu’on en vient presque à prendre parti pour l’assassin…

 

« CAPTIVE » (2017)

GRACE2.jpg« CAPTIVE » est une minisérie canadienne de 6×52 minutes, écrite par la comédienne Sarah Polley d’après le roman de Margaret Atwood.

Le scénario est articulé en flash-backs autour des rencontres entre une jeune servante emprisonnée à vie pour un double meurtre (Sarah Gadon) et le médecin chargé de l’évaluer (Edward Holcroft) en vue d’une possible libération. Le jeune homme est de plus en plus fasciné par cette femme dont il n’arrive jamais à déterminer si c’est une innocente victime des circonstances et de l’ignominie des hommes ou une manipulatrice et une menteuse pathologique. Cela se passe à Toronto à la fin du 19ème siècle et l’histoire renvoie à celle de Lizzie Borden, avec un zeste de Tess D’Urberville et une construction « psychanalytique » qui n’est pas sans rappeler « SOUDAIN, L’ÉTÉ DERNIER » de Tennessee Williams. Que de belles et bonnes références en somme.

Sur cette durée, on ressent parfois une sensation de répétition et de piétinement, mais « CAPTIVE » vaut absolument d’être vu pour l’extraordinaire prestation de Sarah Gadon, qui – à trente ans – incarne Grace de l’âge de 15 ans jusqu’à la quarantaine avec une crédibilité de chaque seconde. D’une intensité jamais relâchée, troublant mélange d’enfance bafouée et de séduction finement distillée, l’actrice porte la minisérie sur les épaules et maintient l’ambiguïté du personnage jusqu’à la dernière image. Est-ce un cas de dédoublement de la personnalité ? De possession ? Une simple arnaque ? On ne le saura jamais clairement, même si quelques indices sont subtilement dispersés au cours du récit, apportant des réponses sans jamais les asséner. Autour de l’interprète de Grace, qu’on espère revoir souvent dans des rôles de cette ampleur, on reconnaît Anna Paquin excellente dans un personnage odieux et David Cronenberg très bien en homme d’Église sage et prudent.

La réalisation de Mary Harron est sobre, efficace, la photo souvent belle. À voir donc, car on ne tombe pas si fréquemment sur des comédiennes de la trempe de Sarah Gadon.

"Alias Grace" Day 6365 Photo: Jan Thijs 2016

SARAH GADON

 

« PSYCHOSE IV » (1990)

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ANTHONY PERKINS

Écrit par Joseph Stefano, scénariste du premier « PSYCHOSE » trente ans plus tôt, réalisé par Mick Garris, honnête spécialiste des adaptations de romans de Stephen King, « PSYCHOSE IV » fut tourné quatre ans après le n°3 et cette fois,  pour la télévision.P4 2

C’est, étonnamment, la meilleure sequel du chef-d’œuvre d’Hitchcock, car au lieu de ressasser les mêmes situations, de se vautrer dans l’iconographie établie par le maître et dans les hommages stériles, elle tourne autour d’un thème passionnant : Norman Bates apprenant que sa femme attend un enfant, décide de tuer celle-ci pour ne pas propager le Mal qu’il pense porter dans ses gènes. Le scénario est très bien construit autour d’un appel de Norman à la radio où il raconte à l’animatrice d’un talk-show (CCH Pounder) sa jeunesse et ses premiers meurtres, ainsi que son projet d’assassinat. Le choix de Henry Thomas pour incarner Norman jeune est très judicieux et la grosse surprise vient de l’habituellement tristounette Olivia Hussey, absolument terrifiante dans le rôle de « mother », folle à lier, sensuelle, sadique et incontrôlable. Ce qui fait que – une fois n’est pas coutume – les flash-backs sont aussi intéressants que les séquences au temps présent.

Anthony Perkins endosse pour l’ultime fois son rôle-fétiche et s’y montre formidable, oubliant tout second degré pour apporter une réelle humanité à Norman, voire une profondeur. En réalité, on pourrait tout à fait sauter les 2 et 3 et passer du film de 1960 à celui-ci qui boucle la boucle. La réalisation est purement fonctionnelle, il y a des longueurs et des redites, mais pour ce qu’il est – c’est-à-dire une resucée tournée pour la télé – « PSYCHOSE IV » est tout à fait honorable et digne d’intérêt. Sans compter qu’il annonce la série produite plusieurs décennies plus tard : « BATES MOTEL » couvrant plus ou moins la même période de la vie du serial killer taxidermiste.

À noter l’apparition de John Landis dans le petit rôle du directeur de la station de radio.

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OLIVIA HUSSEY ET CCH POUNDER

 

« THE WALDO MOMENT » : épisode de « Black mirror » (2013)

Épisode de la 2ème saison de « BLACK MIRROR », « THE WALDO MOMENT », réalisé par Bryn Higgins est une fable politique assez pesante et démonstrative – ce qui est un peu le talon d’Achille de cette belle série.

Daniel Rigby, jeune acteur raté et aigri, anime un personnage de cartoon en « live », un ours bleu agressif prénommé ‘Waldo’. Son humour est basé sur la grossièreté, la scatologie, sans aucun arrière-plan politique. Mais voici que, de plus en plus populaire, Waldo est confronté dans des débats télévisés à de véritables candidats qu’il ridiculise sans grande difficulté. Et progressivement, les producteurs obligent l’acteur à se présenter aux élections au travers de sa marionnette virtuelle.

WALDO

DANIEL RIGBY ET CHRISTINA CHONG

Bien sûr, le scénario de Charlie Brooker nous met le nez dans la société telle qu’elle est. Plus d’idéaux, plus de limite : que le plus vulgaire gagne et advienne que pourra. Comment ne pas penser à un récent président des U.S.A., même si le téléfilm fut écrit bien avant son avènement au pouvoir suprême ? Ou plus lointainement à la démarche d’un comique français en salopette ?

Comme dans « FRANKENSTEIN », le monstre de pixels échappera à son créateur et balaiera les scrupules moraux de ce pauvre type cynique, mais pas suffisamment pour se faire une place dans ce monde sans pitié. C’est pertinent et féroce, mais quelque chose sonne faux dans cet épisode inexplicablement décevant, voire irritant. Un peu comme si les auteurs – comme contaminés par leur sujet – oubliaient la finesse et le sens de la satire pour bien enfoncer leur clou. Le casting n’a rien de plus rien de bien excitant et quand arrive l’épilogue particulièrement déprimant et nihiliste, le message trop brutalement ressassé ne passe plus du tout.

 

« WHITE BEAR » : épisode de « Black mirror » (2013)

BEAR« WHITE BEAR » est un épisode de la 2ème saison de « BLACK MIRROR » réalisé par Carl Tibbetts. Une fois encore, une satire âpre et cruelle de notre société de voyeurs et de sadiques par procuration, un brin moraliste mais dramatiquement très efficace.

Lenora Crichlow, une jeune femme se réveille complètement amnésique et lorsqu’elle sort hébétée de la maison, elle se retrouve dans un monde devenu fou : des chasseurs masqués la traquent avec des fusils de gros calibre, les badauds se contentent de filmer la partie de chasse avec leurs portables et on aperçoit des dizaines de corps crucifiés dans les bois. Paniquée, confuse, se rappelant des bribes de souvenirs concernant une fillette, la malheureuse ne comprend que trop tard qu’elle est en train de vivre une sorte de « spectacle vivant ». Mais n’en disons pas plus ! La chute est très étonnante et démontre brillamment qu’on peut modifier complètement le point-de-vue qu’on peut avoir sur une histoire rien qu’en déplaçant l’instant où on commence à la raconter.

Un téléfilm « futuriste » sans aucun effet-spécial, stressant et hyper-tendu de la première à la dernière image. En gibier acculé à la totale panique, Lenora Crichlow est très bien, même si ses sanglots et ses hurlements incessants finissent par vriller littéralement les nerfs du spectateur. Mais c’était sûrement l’effet recherché !

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LENORA CRICHLOW

 

« BE RIGHT BACK » : épisode de « Black mirror » (2013)

« BE RIGHT BACK » est un épisode de la 2ème saison de « BLACK MIRROR » réalisé par Owen Harris et écrit par Charlie Brooker, créateur de cette exceptionnelle série de moyens-métrages unitaires, uniquement reliés par le thèmes des technologies modernes et de la propagation du virtuel.

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DOMHNALL GLEESON

Le scénario est tellement riche, qu’il aurait – légèrement étoffé – parfaitement pu donner lieu à un film de cinéma. À la suite de la mort accidentelle de son compagnon (Domhnall Gleeson), Hayley Atwell a recours à un site qui « recrée » littéralement le jeune homme à l’aide des données qu’il a laissées sur Internet et les réseaux sociaux. D’abord, elle ne fait que converser avec ce « fantôme » vocal, puis elle commande son double physique qui est livré à domicile et qu’elle active. L’idée en elle-même est fascinante de simplicité et traite le sujet du deuil de façon totalement inédite. Mais après l’euphorie, en particulier au lit, puisque le nouveau ‘Ash’ a appris à faire l’amour en téléchargeant des films pornos, vient la désillusion : bien qu’il lui ressemble en tous points, l’homme artificiel qui vit sous le toit de l’héroïne enceinte n’est pas un être humain. À peine un ersatz, une pâle copie qu’elle commence à prendre en horreur.

Sur 48 minutes, « BE RIGHT BACK » exploite tous les recoins de cette histoire contée avec tant d’aplomb et de finesse, qu’on en accepte toutes les invraisemblances sans même se poser de question. C’est une œuvre remarquable, sobre, sans aucun sensationnalisme et magnifiquement interprétée par l’émouvante Atwell et le toujours parfait Gleeson dans un double rôle particulièrement complexe. Un petit chef-d’œuvre.

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HAYLEY ATWELL