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Archives de Catégorie: WESTERNS

« RÈGLEMENT DE COMPTES À OK-CORRAL » (1957)

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BURT LANCASTER ET KIRK DOUGLAS

Sans présenter les qualités plastiques et romanesques de « LA POURSUITE INFERNALE » de John Ford, « RÈGLEMENT DE COMPTES À OK-CORRAL », énième version du duel mythique qui opposa le marshal Wyatt Earp et ses frères au clan des Clanton à Tombstone, a fini par l’égaler dans l’esprit des amoureux du western. John Sturges, armé d’un scénario en béton armé de Leon Uris et surtout d’un casting éblouissant signe un de ses meilleurs films.OK2

On peut trouver la mécanique trop millimétrée, le rôle de Rhonda Fleming superflu et certains décors de studio pas très heureux, mais le film balaie les réticences par l’excellent traitement de son thème principal : l’amitié entre un homme de loi psychorigide (Burt Lancaster) et un joueur tuberculeux qui tue comme il respire (Kirk Douglas). Uris bâtit cette histoire d’hommes comme une love story hollywoodienne traditionnelle : rencontre inopinée, coup de foudre, conflit, complicité grandissante, etc. D’ailleurs, l’amie de Doc Holiday est ouvertement jalouse de Earp au point de l’envoyer à la mort pour s’en débarrasser ! C’est dire que l’ambiguïté règne, mais sans insistance. Les deux acteurs sont superbes, particulièrement Douglas en âme tourmentée, suicidaire, aveuglément fidèle à ce « lawman » qu’il devrait haïr. Ses scènes avec Jo Van Fleet jouant une prostituée ni très belle, ni très jeune, sont très étonnantes dans un film de cette époque. Une relation complexe, toxique, flirtant avec le SM pur et simple. Sturges surfe avec maestria de morceaux de bravoure en séquences magnifiquement dialoguées avec une certaine raideur nullement déplaisante.

Imparfait mais puissant, devenu un vrai classique westernien après avoir été longtemps dénigré au profit du chef-d’œuvre de Ford, « RÈGLEMENT DE COMPTES À OK-CORRAL » permet à l’amateur de se délecter d’une distribution de seconds rôles extraordinaire : Dennis Hopper, Lee Van Cleef, John Ireland, Jack Elam (à peine figurant), Earl Holliman, DeForest Kelley et beaucoup d’autres. Un vrai régal, ce film.

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KIRK DOUGLAS, JO VAN FLEET ET LEE VAN CLEEF

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« LE GAUCHO » (1952)

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RORY CALHOUN

« LE GAUCHO » de Jacques Tourneur est un sympathique western argentin, créant le mythe d’une sorte de Robin-des-bois de la pampa, un des derniers hommes libres chassés par le progrès en marche et l’arrivée des « étrangers ».GAUCHO2.jpg

Le contexte historique est un peu flou, les péripéties sont convenues et évoquent celles de « VIVA ZAPATA ! » ou « BRONCO APACHE ». Mais le scénario est efficace et le personnage central joué par le sous-estimé Rory Calhoun est attachant parce qu’évolutif. Macho orgueilleux prompt à dégainer son coutelas pour étriper ses rivaux, Calhoun tombe amoureux d’une « fille de la ville » (ça se comprend, puisqu’il s’agit de Gene Tierney) et devient un chef de la rébellion sous le nom de ‘Valverde’. Mais il a à ses trousses le rugueux militaire Richard Boone, qu’il a rendu infirme lors d’un affrontement, bien déterminé à se venger. L’intérêt du « GAUCHO » est que, même les méchants ou assimilés, à savoir Boone et Hugh Marlowe, l’ex-ami d’enfance de notre héros, corrompu par le pouvoir et l’argent, ne sont pas des caricatures sur pattes, mais ont plusieurs facettes à leur personnalité. Bien sûr, tout cela est fort naïf et parfois légèrement niais, mais les paysages argentins sont très bien exploités, certaines vues des montagnes sont magnifiques et l’ensemble se laisse regarder avec plaisir à condition de garder son âme d’enfant. Outre Calhoun qui a fière allure et Boone excellent qui tire le maximum de son rôle ingrat, on remarque de bons seconds couteaux comme Everett Sloane en gaucho guitariste. Gene Tierney, pas toujours mise en valeur par la photo, n’a qu’un rôle d’amoureuse sans relief. Certes pas le chef-d’œuvre du siècle et loin d’être un des plus belles réussites du versatile Tourneur, mais un film plaisant, dépaysant et bien troussé.

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GENE TIERNEY, RICHARD BOONE ET RORY CALHOUN

 

« LA CHEVAUCHÉE SAUVAGE » (1975)

BITE« LA CHEVAUCHÉE SAUVAGE » fait partie de cette période du crépuscule du western hollywoodien, pour laquelle on garde une certaine nostalgie bienveillante. La signature de Richard Brooks, dont le western précédent fut le chef-d’œuvre « LES PROFESSIONNELS » (1966) est un gage de bon vieillissement et de solidité à toute épreuve.

Hélas, en revoyant le film aujourd’hui, quelques beaux souvenirs s’envolent. Truffé de séquences brillantes (la mort du vieux Ben Johnson grelotant de froid, le monologue de Gene Hackman sur Cuba, l’arrivée de la course), « LA CHEVAUCHÉE SAUVAGE » souffre d’emblée d’une BO insupportable d’Alex North qui amenuise la beauté des images au lieu de la transcender et colle une ambiance « guillerette » complètement hors-sujet. Cette course d’endurance à travers les paysages du Far-West est prétexte à une étude de caractères – et c’est ce qui demeure le plus intéressant et émouvant – et à des scènes d’action pas toujours formidables. Ainsi, à partir de l’évasion des prisonniers et de la course-poursuite qui s’ensuit, le film devient-il pesant et parfois grotesque. C’est dommage, car Brooks filme le désert comme personne et dirige magnifiquement son beau casting : Hackman, incarnation du « mec bien », fiable, solide, généreux est superbe, tout comme James Coburn en aventurier goguenard. Jan-Michael Vincent est parfait en petite gouape littéralement « maté » par Hackman comme un pur-sang, Candice Bergen se sort à peu près d’un rôle mal écrit. Outre Ben Johnson génial, on reconnaît des visages familiers comme Jean Willes en maquerelle forte en gueule, Ian Bannen et Sally Kirkland.

« LA CHEVAUCHÉE SAUVAGE » a donc perdu quelques plumes avec les années, mais vaut tout de même le coup d’œil pour de belles scènes lyriques, pour sa beauté plastique et pour revoir de grands comédiens au faîte de leur gloire, encore jeunes et charismatiques.

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GENE HACKMAN, JAN-MICHAEL VINCENT ET JAMES COBURN

 

« THE FORT » & « THE CALLER » : épisodes de « A man called Shenandoah »

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WARREN OATES

« THE FORT » est un épisode de la série « A MAN CALLED SHENANDOAH » réalisé par Don McDougall et il conduit Robert Horton, notre héros amnésique, dans un fort entouré par des Apaches hostiles. À peine arrivé pour rencontrer Warren Oates, censé connaître son identité, Horton est pris pour son complice et jeté en prison. En effet, Oates va bientôt être exécuté pour avoir vendu des fusils aux Indiens et causé la mort de cinquante soldats.

Seulement Oates refuse de dévoiler à Horton ce qu’il sait. Le major (Edward Binns) tient absolument à les fusiller tous les deux au plus vite et le sympathique médecin (Milton Selzer) ne peut pas grand-chose pour eux. Un épisode un peu plan-plan, se déroulant pour une bonne moitié à l’intérieur d’une cellule exiguë. Heureusement, il y a Warren Oates, toujours intéressant quand il s’efforce d’insuffler un tant soit peu d’humanité à un rôle indéfendable, comme ce traître étonnamment calme devant sa mort prochaine. Shenandoah n’apprendra évidemment rien sur lui-même et échappera in extremis au peloton.

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ROBERT HORTON, KENT SMITH ET CLORIS LEACHMAN

« THE CALLER », réalisé par David Alexander reprend exactement la même mécanique : Horton débarque en ville pour rencontrer un avocat censé connaître des détails sur son passé. Mais il tombe sur son cadavre et se voit accusé du crime ! C’est quand même pas de chance ! Seul témoin, la fille du mort, en état de catalepsie, incapable de témoigner. Jeté en prison, une fois de plus, Horton tombe cette fois sur un shérif pas trop borné (David Sheiner) qui va l’aider à enquêter pour sauver sa peau. Le couple (Kent Smith et Cloris Leachman) qui a recueilli la fillette semble des plus suspects. Notre héros découvre que la femme fut la maîtresse du défunt. Hélas, toujours rien sur son propre passé : revenue à elle, la petite fille lui indiquera seulement que lorsqu’elle l’a rencontré quelques mois plus tôt en compagnie de son père, il venait de Tucson.

 

« LE FOSSOYEUR » (1969)

FOSSOYEUR.jpegTourné un an après « SARTANA » par Giuliano Carnimeo (sous le pseudo de Anthony Ascott), « LE FOSSOYEUR » en est la première sequel officielle et Gianni Garko réendosse sa cape noir, pour incarner ce personnage qui s’affirme comme un mélange du Colonel Mortimer de « …ET POUR QUELQUES DOLLARS DE PLUS » et de McGyver.

Cette fois, Sartana doit démasquer un imposteur qui a braqué une banque et dérobé 300 000 $ en se faisant passer pour lui. Aidé de son crasseux copain Frank Wolff et traqué par des chasseurs-de-primes qui ont les tronches ravagées de Klaus Kinski et Gordon Mitchell, notre héros va devoir affronter des juges et des shérifs ripoux, des gamblers malhonnêtes et une ribambelle de faux-amis. Le côté ‘whodunit’ du scénario change un peu des habituelles histoires de vengeance et la multiplicité de personnages maintient un semblant d’intérêt. Sans oublier le charisme indolent de Garko qui compose une silhouette immédiatement identifiable digne de « DJANGO » ou « SABATA ». Mais dieu ! Que les costumes et les décors sont hideux ! Que les fusillades sont monotones, que tout cela manque de nerf et de vigueur. Heureusement, on retrouve quelques « trognes » du spaghetti western comme Rick Boyd, Sal Borgese et José Torres. Et bien sûr Kinski dans un rôle très original – pour lui, tout du moins – de joueur malchanceux et décontracté, éternel ami/ennemi de Sartana et Wolff truculent en sidekick rigolard et suant. Mitchell n’apparaît que dans deux scènes totalement inutiles au déroulement d’ailleurs, en chasseur au rire diabolique et plein de dents.

« LE FOSSOYEUR » accuse son âge, mais il n’a rien d’antipathique et, hormis quelques gimmick piqués çà et là, ne doit rien à Leone. Ce qui est déjà une qualité !

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GIANNI GARKO, KLAUS KINSKI ET GORDON MITCHELL

 

« THE ONSLAUGHT » et « SURVIVAL » : premiers épisodes de « A man called Shenandoah »

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ROBERT HORTON

« THE ONSLAUGHT » est le film-pilote de la série western « A MAN CALLED SHENANDOAH », créée par E. Jack Neuman. Celle-ci met en scène un pistolero (Robert Horton) devenu amnésique à cause d’une balle à la tête mal placée et cherchant à retrouver des bribes de son passé en allant d’une ville à l’autre, cherchant des gens qui l’auraient connu.

Dans le pilote réalisé par Paul Wendkos, Horton est donc blessé par le hors-la-loi Richard Devon et laissé pour mort. Il récupère grâce aux bons soins d’un docteur (Noah Keen) et d’une fille de saloon (Beverly Garland). Il retombe par hasard sur l’infâme Devon mais se voit forcé de l’abattre avant qu’il ne lui ait révélé son identité. Le film, durant 26 minutes, pose bien les bases de la série, installe Horton très à l’aise, qui sortait alors de « LA GRANDE CARAVANE » (189 épisodes !) comme héros romanesque et vulnérable. Il partira à la recherche de lui-même, abandonnant Miss Garland, qui était bien sûr tombée amoureuse de lui.

« SURVIVAL » est donc le 1er épisode de « A MAN CALLED SHENANDOAH », réalisé par l’efficace Boris Sagal. Horton s’arrête dans un relais tenu par la veuve Jeanne Cooper. Après le départ de notre héros à qui elle a vendu un cheval, celle-ci est retrouvée morte assassinée. Accusé, Horton devra défendre chèrement sa peau, soutenu par un shérif honnête (John Anderson), mais accusé par des lyncheurs déchaînés. Parmi ceux-ci, on reconnaît l’impayable John Davis Chandler, jouant un dégénéré au ricanement de hyène, une des ses spécialités. À noter que Anderson et lui jouaient des frères dans « COUPS DE FEU DANS LA SIERRA » de Peckinpah, trois ans plus tôt.

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ROBERT HORTON, BEVERLY GARLAND ET JEANNE COOPER

On remarquera également que la silhouette de Horton emmitouflé dans une peau de bison à cheval dans la neige, n’est pas sans annoncer celle des chasseurs-de-primes dans « LE GRAND SILENCE » de Sergio Corbucci, sorti trois ans plus tard.

 

« HOSTILES » (2017)

Si on a été séduit par les deux premiers films de Scott Cooper (« CRAZY HEART » et « LES BRASIERS DE LA COLÈRE ») et déçu par le suivant (« STRICTLY CRIMINAL », plombé par la contre-performance de Johnny Depp), « HOSTILES » achève de convaincre qu’il est de la trempe des bons auteurs-réalisateurs U.S. de sa génération et un homme à suivre attentivement.HOSTILES

Sous son apparence de western en plein-air dans la lignée de « LA PRISONNIÈRE DU DÉSERT », « HOSTILES » suit en réalité le parcours hautement symbolique de plusieurs personnages hantés – quand ils ne sont pas détruits – par leur passé de violence. Cela se déroule pendant une mission très risquée. La jeune femme (Rosamund Pike) qui a vu toute sa famille massacrée sous ses yeux par des Comanches, l’officier (Christian Bale) rescapé des guerres indiennes, en SPT permanent, le grand chef (Wes Studi) enchaîné depuis des années et rongé par le cancer… Tous vont devoir apprendre le pardon et redécouvrir le goût de la vie dans cette quête qui démarre dans la haine et la rancœur et s’achèvera d’étonnante façon. Pour tragique qu’il soit, « HOSTILES » est porteur d’un magnifique message d’espoir dans l’Humanité et dans la capacité de l’homme à se régénérer. C’est sobrement filmé, sans aucun effet parasite, ce qui n’exclue aucunement l’émotion, au contraire. Tous les protagonistes ont de l’épaisseur et la plupart connaîtront une forme de rédemption.

Bale n’a jamais été meilleur, montrant avec une épatante économie de moyens l’évolution de ce guerrier qui a lui-même commis des atrocités dont il ne s’est jamais remis. Rosamund Pike est exceptionnelle, graduant avec une admirable maîtrise la reconstruction de cette femme réduite à néant par le malheur et la barbarie. Tous les seconds rôles sont tenus par de grands comédiens comme Stephen Lang, Adam Beach ou Peter Mullan. Quant à Wes Studi il est devenu une véritable icône vivante de l’Histoire du peuple amérindien.

Long, puissant, intelligent, bouleversant parfois, « HOSTILES » est bien plus qu’un énième retour du western, un grand film humaniste dépourvu de tout angélisme.