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Archives de Catégorie: WESTERNS

HAPPY BIRTHDAY, LOUIS !

LAMOUR

LOUIS L’AMOUR (1908-1988), ROMANCIER POPULAIRE AUX U.S.A., SPÉCIALISÉ DANS LE WESTERN, SOUVENT ADAPTÉ À L’ÉCRAN

 

« LES CRUELS » (1967)

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ÁNGEL ARANDA ET NORMA BENGELL

« LES CRUELS » fut tourné en plein dans l’âge d’or du spaghetti western et également dans celui de son réalisateur Sergio Corbucci, c’est-à-dire entre « DJANGO » et « LE GRAND SILENCE ».CRUDELI

C’est une fable étrange, le parcours quasi-symbolique d’une famille de Sudistes vaincus, menés par l’officier Joseph Cotten à travers le désert. Ils transportent dans un cercueil un magot volé destiné à ressusciter le Sud, accompagnés d’une fausse veuve. Leur périple parsemé d’embûches, dans « la vallée des ombres de la mort » est de plus en plus désespéré et vain : les frères se dressent les uns contre les autres, ils sont attaqués de toute part et leur rêve s’effiloche jusqu’à un final pathétique et dérisoire au bord d’une rivière. Drôle de western, oui, aux décors espagnols dépourvus d’éclat et d’authenticité, aux costumes médiocrement patinés, mais qui immerge de plus en plus à mesure qu’il progresse et finit même par atteindre une forme de grandeur théâtrale. Le vétéran Cotten, surprenant dans ce contexte, est parfait en ex-colonel dur et sans cœur, la Brésilienne Norma Bengell est excellente en joueuse entraînée malgré elle dans l’aventure, Julián Mateos est plutôt bien dans le rôle du moins infâme de la fratrie et, bonheur, on retrouve deux figures iconiques du genre : Aldo Sambrell en bandido mexicain rapidement pendu haut et court et surtout Al Mulock, qui fait la plus belle prestation du film, en mendiant à moitié cinglé. Une apparition de quelques minutes, mais quelles minutes !

Porté par la BO lancinante et funéraire d’Ennio Morricone (Leo Nichols au générique), « LES CRUELS » malgré les scories inhérentes au vieillissement et à une technique parfois hasardeuse, n’en demeure pas moins un des meilleurs films de Corbucci, « l’autre Sergio » comme on l’appela. Et une œuvre singulière, morbide et sans concession.

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AL MULOCK, JOSEPH COTTEN ET NORMA BENGELL

 

« LA LOI DE LA HAINE » (1976)

HARD.jpgÉcrit par Brian Garfield, l’auteur de « DEATH WISH », réalisé par le vétéran de tant de séries western Andrew V. McLaglen et de plusieurs films de cinéma tout à fait estimables, « LA LOI DE LA HAINE » est un western 100% américain, très peu influencé par les courants dominants de l’époque (Leone, Peckinpah) et efficace à sa manière jusqu’à un certain degré.

Le point faible est le scénario, qui démarre bien, établit la haine inextinguible du métis James Coburn envers le shérif Charlton Heston qui l’a envoyé au bagne pendant dix ans, après avoir tué sa « squaw ». Mais une fois la poursuite lancée, l’histoire perd en énergie, en enjeux et s’achève par un long affrontement dans la rocaille entre l’homme de loi un peu largué par les temps modernes et voulant récupérer sa fille (Barbara Hershey) kidnappée et le hors-la-loi assoiffé de vengeance. Deux fossiles d’un temps révolu. C’est joliment confectionné « old school », avec une photo lumineuse, une BO de Jerry Goldsmith, mais on a déjà vu et revu ce genre de poursuite jusqu’au-boutiste bien des fois et, malgré un beau casting, on peine à se passionner pour l’aventure. D’autant plus que le face à face entre les deux têtes d’affiche se réduit à une bagarre finale très sanglante certes, mais quelque peu insuffisante. La fin en queue de poisson n’arrange rien. Tout ça pour ça ? À 53 ans, Heston en fait facilement dix de plus et grimace plus que de raison dans ce rôle de « tough guy » guère sympathique. Coburn, pas très crédible en « sang mêlé », est plus intéressant en tueur psychopathe dont l’intelligence est obscurcie par des accès de paranoïa. Autour d’eux, Hershey tient un rôle potentiellement intéressant, mais pas suffisamment développé, John Quade est excellent en bandit crasseux et obsédé sexuel et Michael Parks est très bien en shérif pas téméraire. Chris Mitchum sort du rang dans un rôle de « pied tendre » étonnamment courageux.

« LA LOI DE LA HAINE » est loin d’être un ratage, mais dix ans après la grande vogue du genre, il n’apporte rien de neuf au western et se contente d’avancer sur des chemins trop balisés. À voir d’un œil nostalgique et pour Coburn et Heston, qui se retrouvent onze ans après « MAJOR DUNDEE ».

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CHARLTON HESTON, JAMES COBURN, CHRIS MITCHUM ET BARBARA HERSHEY

 

« LES MASSACREURS DU KANSAS » (1953)

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ERNEST BORGNINE, RANDOLPH SCOTT ET LEE MARVIN

« LES MASSACREURS DU KANSAS » d’André de Toth est un petit western comme Randolph Scott en a tourné des dizaines, qui ne se distingue du commun des séries B de l’époque que par quelques détails inhabituels.KANSAS.jpg

D’abord, il est tourné en 3-D et… ce n’est pas brillant ! Tout le monde passe son temps à balancer des objets sur l’objectif de la caméra ou à lui tirer dessus, ensuite le prologue situé juste après la guerre de sécession présente Scott comme un espion assez répugnant (il se fait quand même cracher deux fois dessus pendant le film), pour évoluer et devenir un « héros » manipulateur et pas très net. Le scénario n’en demeure pas moins routinier et sans surprise, accumulant les poursuites en diligence (ah ! Ces rochers au premier plan qui semblent mus d’une vie propre)  et les fusillades monotones. Même la réalisation de De Toth semble bâclée, il ne cherche même pas à dissimuler les visages des doublures de Scott et Ernest Borgnine pendant une longue bagarre. C’est dire si les modestes 83 minutes semblent durer une éternité.

Heureusement, le casting est étonnamment riche et fait (presque) pardonner l’abominable numéro de cabotinage d’Alfonso Bedoya en bandido hilare. Scott égal à lui-même a une belle veste en cuir, Borgnine a une encore plus belle veste à franges et forme, pour la première fois, un tandem avec Lee Marvin. Celui-ci joue de sa grosse voix et de son corps dégingandé pour camper un homme-de-main arrogant. On retrouve avec plaisir Claire Trevor en joueuse professionnelle amoureuse de « Randy » et l’inquiétant George Macready en chef de bande vicieux et cruel.

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RANDOLPH SCOTT, CLAIRE TREVOR ET LEE MARVIN

Cela peut aider à passer le temps, mais ces talents réunis ne parviennent pas à donner du lustre à ce tout petit western sans sujet véritable, qui se traîne et tente de donner à Scott une ambiguïté qu’il est loin de dégager naturellement. À réserver aux fans de Marvin, qui a deux ou trois bons moments « marviniens ».

 

« LA CHEVAUCHÉE TERRIBLE » (1975)

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JIM BROWN ET FRED WILLIAMSON

Comment définir cette improbable coproduction italo-hispano-américaine, sinon comme un cas rare de « blaxploitation eurowestern » ? Réalisé par Antonio Margheriti, tourné en majeure partie aux îles Canaries, « LA CHEVAUCHÉE TERRIBLE » part d’un scénario d’une décourageante banalité.RIDE.jpg

Bras-droit du vieux rancher Dana Andrews, Jim Brown promet à celui-ci mourant de ramener sa fortune à sa femme à Durango. Brown se retrouve bientôt avec tout le pays à ses trousses et flanqué de Fred Williamson, un gambler à la gâchette facile et d’un karatéka indien (sic !) joué par… Jim Kelly. Trois sportifs afro-américains devenus comédiens, l’un plutôt bon (Williamson), les deux autres disons… très limités. Le film est donc une longue poursuite dans le désert, menée par Lee Van Cleef, chasseur-de-primes joueur d’harmonica et Barry Sullivan vieux shérif entêté. Ça tire dans tous les sens, les chevaux en prennent pour leur grade (la SPA n’a pas dû passer souvent sur le tournage), le dialogue est d’une pauvreté absolue. Pourtant, nostalgie aidant, on aime à revoir ces colts brillants au soleil, ces chapeaux, ces cache-poussière et bien sûr la « gueule » de Van Cleef, qui compose un personnage où on retrouve sa profession de « …ET POUR QUELQUES DOLLARS DE PLUS », son instrument de musique du « TRAIN SIFFLERA TROIS FOIS » et ses célèbres plissements d’yeux rusés. Le rôle n’est pas très présent, il n’a aucune profondeur, sauf peut-être lors du dénouement, mais Margheriti parsème son montage d’énormes gros-plans du visage buriné de sa star, pour notre plus grande joie. Si Brown est lugubre comme toujours et arbore un affreux pantalon rouge, Williamson est plutôt drôle dans un rôle à la Joe Erin dans « VERA CRUZ », on voit des vétérans comme Harry Carey, Jr. et Hal Needham (également réalisateur de seconde équipe). À noter la présence de la belle Catherine Spaak dans un rôle hélas, épisodique mais pas dépourvu d’intérêt.

« LA CHEVAUCHÉE TERRIBLE » est un spaghetti western tardif et sans signe particulier, hormis son casting semi-américain et la BO de Jerry Goldsmith.

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LEE VAN CLEEF, JIM KELLY, CATHERINE SPAAK, FRED WILLIAMSON ET JIM BROWN

 

« L’HOMME DE LA RIVIÈRE D’ARGENT » (1982)

RIVER.jpgInspiré d’un célèbre poème de Banjo Paterson, « L’HOMME DE LA RIVIÈRE D’ARGENT » est un western situé dans l’Australie des années 1880 et narrant le parcours initiatique d’un orphelin (Tom Burlinson) venu des montagnes et son entrée dans l’âge adulte.

Si la première moitié est assez pénible, bourrée de faux-raccords, d’arrêts-sur-image malheureux et de cadrages en Scope malhabiles, la seconde mérite largement qu’on endure le reste. George Miller (pas celui de « MAD MAX », l’autre) est manifestement beaucoup plus à l’aise dans les scènes d’extérieurs et on peut voir des séquences de poursuites de chevaux sauvages absolument splendides. C’est également dans cette partie que les enjeux se précisent, que les personnages prennent leur ampleur et qu’enfin on se passionne pour leur sort. Il était temps ! Burlinson – qui évoque un jeune Tom Berenger – et Sigrid Thornton, à l’étrange beauté sauvage, forment un couple crédible et séduisant, sans la moindre mièvrerie. Ils sont beaucoup dans la réussite du film et dans l’émotion qu’il procure. Kirk Douglas lui, joue deux frères et on a droit au pire et au meilleur du vétéran hollywoodien : en prospecteur unijambiste, couvert de postiches et affublé d’un faux-nez, il cabotine sans retenue. En riche salopard égoïste et dur comme le silex, il trouve son dernier grand rôle au cinéma, tel qu’en lui-même toujours on l’a aimé. Jack Thompson est très bien en « horseman » de légende.

Porté par une BO « héroïque » très efficace, joliment photographié, « L’HOMME DE LA RIVIÈRE D’ARGENT » est donc un film estimable à voir en se souvenant qu’il s’améliore en progressant. Ne surtout pas se décourager pendant les premières 40 minutes, donc !

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SIGRID THORNTON, TOM BURLINSON ET KIRK DOUGLAS

 

« DJANGO UNCHAINED » (2012)

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JAMIE FOXX

Hormis la chanson du générique et la présence dans un caméo de Franco Nero, « DJANGO UNCHAINED » écrit et réalisé par Quentin Tarantino, n’a aucune relation avec le spaghetti western « DJANGO » de Sergio Corbucci et n’en est en aucune façon le remake.DJANGO.jpg

Ceci établi, si on est prêt à voir un western de près de 3 heures qui s’avère n’être au final qu’un pamphlet naïf et jouissif contre l’esclavage, le film peut procurer un réel plaisir et offre quelques morceaux de bravoure assez épatants. Comme il avait réécrit l’issue de la WW2 et inventé un commando de Juifs vengeurs dans « INGLOURIOUS BASTERDS », Tarantino conçoit ici un esclave insoumis qui prend les armes contre l’homme blanc et venge son peuple tout entier dans un apocalyptique showdown final. Pourquoi le film dure-t-il aussi longtemps ? Tout simplement parce que l’auteur aime s’écouter écrire et qu’il s’attarde (parfois complaisamment) dans des échanges dialogués interminables et – heureusement – souvent excellents. Et aussi parce qu’il laisse le champ libre à Christoph Waltz, fabuleux en chasseur de primes teuton élégant au langage fleuri. Bien qu’il tienne le rôle-titre, Jamie Foxx est un peu éclipsé par son partenaire, jusqu’à la fin où il prend enfin un vrai relief. Le casting est éblouissant jusqu’au plus petit rôle : Leonardo DiCaprio qui n’a jamais été meilleur qu’en ignoble esclavagiste poupin. Il parvient à générer une tension quasi-insoutenable dans les longues séquences à « Candyland ». Samuel L. Jackson, grimé en faux « Oncle Tom » est lui aussi superbe d’ambivalence. On reconnaît, parfois difficilement, des gueules comme Bruce Dern, Don Stroud, John Jarratt, Don Johnson, Michael Parks, Jonah Hill (hilarant en KKK râleur) ou le toujours savoureux Walton Goggins. Sans oublier « QT » lui-même dans un personnage d’Australien.

« DJANGO UNCHAINED » est un film immature, parfois imbu de lui-même, un peu longuet par moments, boosté par une BO iconoclaste, mais qui mérite d’être vu, ne serait-ce que pour le numéro ébouriffant de Waltz, au sommet de son charisme déliquescent.

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CHRISTOPH WALTZ, JAMIE FOXX, LEONARDO DI CAPRIO, JOHN JARRATT ET MICHAEL PARKS

À noter : Tom Wopat qui apparaît en marshal tout vêtu de noir, est un parfait sosie, à s’y méprendre, de Fred Ward.