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Archives de Catégorie: WESTERNS

« LA BRIGADE DU TEXAS » (1975)

« LA BRIGADE DU TEXAS » est le second film de Kirk Douglas en tant que réalisateur, prouvant (si besoin était) après le désolant « SCALAWAG », qu’il n’était définitivement pas fait pour tenir la caméra.POSSE2.jpg

Car si le scénario est intéressant et même assez mordant, la réalisation approximative, pourrie de zooms et de cadrages hasardeux, éteint très vite tout intérêt pour l’histoire. Le film s’enlise dans un interminable trajet en train, une évasion laborieuse, des fusillades mal réglées et esquive le véritable sujet : la confrontation d’un marshal ambitieux et politicien dans l’âme avec un hors-la-loi (Bruce Dern) intelligent et manipulateur dont il veut se servir pour être élu gouverneur. Dern, ou du moins le personnage qu’il incarne, est d’ailleurs le seul véritable point fort de ce western en chambre : ironique, acrobatique, insolent, il joue un rôle qu’on dirait taillé pour… le Kirk Douglas des grandes années. Tandis que celui-ci se contente d’un personnage ingrat d’opportuniste faux-jeton et sans scrupule dont il ne peut pas tirer grand-chose. Les décors de la ville sont cheap au possible, les seconds rôles mal utilisés, qu’il s’agisse des deux vétérans de « LA HORDE SAUVAGE » Bo Hopkins et Alfonso Arau ou de Luke Askew et James Stacy, dont c’était le comeback à l’écran après un accident qui lui coûta un bras et une jambe.

On enrage de voir tous ces bons éléments pratiquement réduits à néant par un manque d’ampleur dans la réalisation et même dans la photo tristounette de téléfilm. Même la BO de Maurice Jarre ne parvient pas à remonter le niveau. « LA BRIGADE DU TEXAS » est un ratage, probablement dû au fait qu’en tant qu’acteur, Kirk Douglas s’est effacé derrière Bruce Dern, excellent comédien de second plan, qui n’avait alors pas l’étoffe de porter un film sur les épaules. Ils auraient sans doute mieux fait d’inverser leurs rôles ! Occasion manquée, donc.

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« LES CHASSEURS DE SCALPS » (1968)

SCALPIl y a quelque chose dans « LES CHASSEURS DE SCALPS » de Sydney Pollack, qui annonce nettement le plus populaire « SOLEIL ROUGE » de Terence Young, sorti trois ans plus tard. Un humour débonnaire, un message finement antiraciste et des personnages hauts-en-couleur.

Le trappeur Burt Lancaster « hérite » d’un esclave noir (Ossie Davis) et voit une année de travail envolée, quand des guerriers comanches, puis des comancheros dérobent ses peaux. Avec son nouvel acolyte, il se lance à leur poursuite. L’anecdote est mince, mais propice au développement de caractères. Et tant que Lancaster et Davis sont ensemble à l’image, c’est un délice : le premier superbe en rustre sympathique et entêté au verbe fleuri, le second exceptionnel en roublard opportuniste et beau-parleur, bien plus intelligent que son « propriétaire ». Le dialogue est brillant, d’une drôlerie irrésistible et l’alchimie entre les acteurs est formidable. Hélas, ils sont trop vite séparés par les aléas du scénario et c’est le couple Shelley Winters-Telly Savalas qui occupe alors le devant de la scène. Ils sont infiniment moins drôles, cabotinent en roue-libre de façon répétitive et vite exaspérante. À cause de ce déséquilibre, le film connaît un terrible « ventre mou » en son milieu, qui ne se dissipe que lorsque Burt et Ossie se retrouvent enfin. C’est regrettable, mais certaines répliques aident à avaler la pilule : « Si on te mettait dans une porcherie, tu deviendrais vice-président des gorets » ou :  « Parce que t’es battu pour la première fois de ta vie, tu te pavanes comme une squaw enceinte ». Éclats de rire assurés, d’autant que Lancaster est dans une forme éblouissante. Parmi les rôles secondaires, on reconnaît des visages familiers comme Dabney Coleman ou Paul Picerni. Malgré ce scénario bancal, une photo tristounette et une BO d’Elmer Bernstein qu’il a dû écrire pendant son sommeil, « LES CHASSEURS DE SCALPS » demeure un western sympathique, bourré de bonnes idées, dont on est prêt à pardonner les manques et les vices-de-forme.

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OSSIE DAVIS, TELLY SAVALAS ET BURT LANCASTER

 

« LE JARDIN DU DIABLE » (1954)

JARDIN.jpg« LE JARDIN DU DIABLE » de Henry Hathaway est un des grands westerns des années 50, il s’inscrit dans les travées du « TRÉSOR DE LA SIERRA MADRE » et use de toutes les possibilités du format Cinémascope apparu l’année précédente dans les salles.

Dans ce film âpre, à la limite de l’amertume et de la misanthropie, trois gringos  coincés au Mexique sont payés par une Américaine pour traverser le territoire apache afin d’aider son mari enseveli sous une mine. Le trajet permet de connaître ces personnages complexes : l’ex-shérif taiseux et loyal (Gary Cooper), le joueur cynique mais amical (Richard Widmark), le jeunot impulsif et tête-à-claques (Cameron Mitchell), plus un Mexicain (Victor Manuel Mendoza). Tous sont attirés par leur employeuse (Susan Hayward), femme pourtant endurcie et réfrigérante. Peu à peu, on se rend compte que le véritable centre d’intérêt du réalisateur, ce ne sont pas ces individus (il n’y a pas un seul gros-plan de tout le film !), mais le paysage lui-même, glorieusement capturé par la photo de Milton Krasner et Jorge Stahl, Jr. Les poursuites vertigineuses à flanc de montagne, le village vitrifié sous la lave, offrent autant de tableaux inoubliables, d’un romanesque inouï. Les humains n’y sont que de dérisoires insectes se déchirant sans rime ni raison. Seul Cooper semble avoir tout compris au sens de la vie, quand il conclue l’aventure par cette réplique sublime : « Si la terre était faite d’or, les hommes s’entretueraient pour une poignée de poussière ». Le seul défaut du film semble être le choix de la comédienne principale. Bonne actrice, Hayward n’a jamais été une « bombe », ni une personnalité sympathique ou sensuelle. On comprend mal qu’elle rende littéralement fous tous les hommes qui croisent sa route, au point qu’ils se bousculent pour avoir l’honneur de sacrifier leur vie pour elle. C’est l’unique point (un peu) faible d’une œuvre adulte, parfaitement ronde, d’un équilibre admirable., qui semble se bonifier avec les années.

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GARY COOPER, RICHARD WIDMARK ET SUSAN HAYWARD

 

« LA BATAILLE DE LA VALLÉE DU DIABLE » (1966)

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SIDNEY POITIER ET JAMES GARNER

Réalisé par Ralph Nelson, le western « LA BATAILLE DE LA VALLÉE DU DIABLE » se distingue par sa violence nullement aseptisée, par la profondeur psychologique de ses personnages et par son discours nuancé sur les Indiens.DUEL.jpg

Qu’il s’agisse de James Garner, scout obsédé par le désir de venger sa femme comanche assassinée et scalpée, de Bibi Andersson kidnappée par les Apaches et rejetée par les blancs, de Dennis Weaver son mari odieux, de Bill Travers officier inexpérimenté, tous sont dépeints sans céder aux clichés du genre. Même Sidney Poitier, dresseur de mustangs vêtu en dandy, est inhabituel. Tourné dans les paysages grandioses de Monument Valley, le film aurait pu être un très grand western, le chaînon manquant entre John Ford et Sam Peckinpah, mais beaucoup trop de détails laissent à désirer et viennent gâcher la fête : la BO d’abord, difficile à supporter, qui paraît plaquée sur les images au lieu de les dynamiser. Une vraie torture pour les tympans, qui ferait hésiter à aller jusqu’au bout. La photo ensuite, très inégale selon les décors et – c’est assez rare pour le noter – des cascades souvent maladroites et des fautes de raccord à la pelle (on dirait que Garner a trois ou quatre chevaux différents, parfois d’un plan à l’autre !). Cela donne un côté bâclé et mal fagoté à un film autrement bourré de bonnes choses. Dommage, vraiment. Parmi les petits rôles, on aperçoit des têtes familières comme Richard Farnsworth, Neil Summers, Timothy Carey (pratiquement invisible) et les vedettes en titre sont excellentes, à commencer par Garner, tough guy effacé et taciturne, Bibi Andersson bien loin de ses rôles chez Bergman ou Weaver haïssable à souhait. Sa mort est un des points culminants du film et renverse tous les lieux communs du western. À prendre et à jeter donc, dans ce film dont on comprend mal comment avec de tels atouts dans sa manche, il a pu arriver aussi bancal à l’arrivée.

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WILLIAM REDFIELD, BILL TRAVERS, SIDNEY POITIER, JAMES GARNER ET BIBI ANDERSSON

 

« TRUE GRIT » (2010)

TRUEPlus de 40 ans après « 100 DOLLARS POUR UN SHÉRIF » qui valut son Oscar à John Wayne, les frères Coen adaptent à leur sauce le roman de Charles Portis dans « TRUE GRIT » qui, malgré tous ses changements et différences de tonalité, demeure malgré tout un remake du classique d’Henry Hathaway. La seule façon de juger cette version est de tenter de ne jamais la comparer à celle de 1969, même si certaines séquences sont rigoureusement identiques.

L’approche visuelle des Coen rejette le pittoresque, les belles lumières, pour présenter un Ouest sinistre, pelé et glacial, peuplé d’hommes crasseux et peu ragoutants. Même ‘Rooster Cogburn’ incarné par Jeff Bridges n’a aucunement l’aura « bigger than life » qu’on connaissait. C’est un vieil ivrogne, un moulin-à-paroles au caractère de cochon, mais à l’indéniable courage. Sa relation avec la jeune Hailee Steinfeld maintient l’intérêt et sa progression est gérée avec finesse. Globalement, les personnages sont moins caricaturaux que dans le premier film, on pense surtout à Matt Damon jouant le Ranger, vantard et trop sûr de lui, mais qui évolue au fil de l’aventure. Les hors-la-loi sont campés par d’excellents acteurs comme Josh Brolin, Barry Pepper ou Domhnall Gleeson, qui leur donnent un beau relief.

On peut se questionner sur la nécessité de ce remake, dont le seul véritable apport est une tonalité beaucoup plus sombre et un épilogue d’une infinie tristesse. La fin des héros de l’Ouest est cafardeuse, solitaire, d’une ringardise achevée et la petite héroïne ne sera pas sortie indemne de son épopée initiatique. Les Coen ont toujours cette maîtrise du récit et de la caméra qui les font sortir du rang, quel que soit le projet. Pour conclure, disons que s’il avait réellement existé, Cogburn aurait certainement ressemblé à Bridges, mais que celui de Wayne demeure malgré tout le plus légendaire. Est-il nécessaire de ressortir une fois de plus la citation de John Ford au sujet des légendes et de la réalité ?

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HAILEE STEINFELD, JEFF BRIDGES, MATT DAMON, JOSH BROLIN ET BARRY PEPPER

 

« LES DISPARUES » (2003)

MISSINGL’ex-acteur Ron Howard est une personnalité sympathique et un réalisateur aussi fécond qu’éclectique. Mais force est de reconnaître que son œuvre n’est guère emballante et que son talent est pour le moins fluctuant. Aussi est-on surpris, voire « cueilli » par la réussite quasi-totale de son western « LES DISPARUES ».

Le thème renvoie à « LA PRISONNIÈRE DU DÉSERT », mais ici, les « searchers » sont une guérisseuse (Cate Blanchett) dure-à-cuire et son père (Tommy Lee Jones) qu’elle hait depuis qu’il a abandonné sa famille pour s’intégrer à la nation indienne, trente ans plus tôt. Ensemble, ils partent à la recherche de la fille aînée de Blanchett, kidnappée par un sorcier apache (Eric Schweig) pour être vendue au Mexique. Le sujet est classique, mais les portraits sont précis, acérés, et la tonalité, mélangeant ultra-violence et mysticisme est tout à fait originale. Le film doit beaucoup – pratiquement tout, en fait – à la confrontation sans mièvrerie de Jones, personnage étrange, tiraillé entre ses deux identités, et Blanchett, mère-courage inflexible et endurante. Leur lent rapprochement pendant la traque dans les paysages arides, évite le cliché et le sentimentalisme et donne au film son ossature. Ils sont bien entourés par des apparitions de Aaron Eckart en rancher qui connaît une fin atroce, Val Kilmer en officier de cavalerie sans foi ni loi, une toute jeune Elisabeth Moss en jeune mère kidnappée. Mais c’est Schweig qui crève l’écran, dans son rôle de « brujo » bestial et hideux. Défiguré par un maquillage efficace, il crée un véritable monstre et chacune de ses apparitions flirte ouvertement avec le fantastique, apportant au film une dimension horrifique inattendue.

« LES DISPARUES » replonge avec délectation dans l’ambiance des meilleurs westerns des années 50 ou 60, pimentée par une description de la violence assez crue et par une vision de l’humanité âpre et sans la moindre concession. Un très beau film ample et sauvage, qui supporte parfaitement les re-visions.

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CATE BLANCHETT, TOMMY LEE JONES ET ERIC SCHWEIG

 

« HONDO, L’HOMME DU DÉSERT » (1953)

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JOHN WAYNE

Tourné en 3-D par John Farrow, « HONDO, L’HOMME DU DÉSERT » est un bon western produit et interprété par un John Wayne de 46 ans, arborant un des meilleurs « looks » de sa carrière, avec sa veste à franges et son chapeau de soldat.HONDO.jpg

Le scénario, inspiré par une histoire de Louis L’Amour, est linéaire et efficace, même si par moments il semble faire du sur-place et qu’on y reconnaît de nombreux points communs avec « L’HOMME DES VALLÉES PERDUES » sorti la même année. En fait, la grande originalité de « HONDO » tient en deux points : les Apaches ne sont pas dépeints comme des monstres sanguinaires (hormis Rodolfo Acosta, comme d’habitude), mais comme de nobles guerriers spoliés par l’homme blanc. Ensuite, le rôle de la femme tenu par Geraldine Page est – pour l’époque – incroyablement original, puisqu’elle a un physique quelconque (c’est même carrément énoncé dans le dialogue) et une morale bien à elle. Elle ne pleurniche pas, ne dissimule pas ses sentiments et sait faire face sans défaillir aux Indiens. Le premier western féministe ? Wayne lui, est égal à lui-même. Oui, il est difficile d’admettre qu’il soit « à moitié Indien », mais ce détail mis à part, il joue ce tough guy solitaire avec tout son métier et sa présence iconique. Sa relation avec le chien « Sam » est intéressante, dommage qu’elle finisse en queue de poisson, dans l’indifférence générale. Eh oui ! À cette époque, le cinéma U.S. tuait les chiens ! Parmi les seconds rôles, la garde rapprochée de Wayne : Ward Bond, James Arness ou Paul Fix et l’excellent Michael Pate en chef apache intelligent. Leo Gordon est ignoble à souhait dans le rôle du mari fourbe rapidement éliminé.

« HONDO » est un western qui a bien vieilli, sans rien avoir d’exceptionnel. On tique un peu devant certains plans où la doublure cascades de Wayne est TRÈS identifiable et ne cherche d’ailleurs même pas à masquer son visage, et la BO est, par moments, légèrement pénible. Mais on y ressent par moments un souffle fordien et la dernière réplique de Wayne, apprenant que bientôt les Apaches seront éliminés par l’armée, laisse stupéfait : « Ce sera la fin d’un mode de vie », dit-il. « Dommage, c’était un bon mode de vie ». Comme quoi, il ne faut pas se fier aux clichés véhiculés par des critiques trop hâtives.

À noter : une courte série TV sera tournée près de 15 ans plus tard autour du personnage de Hondo Lane, sous le titre « HONDO ». Michael Pate y retrouvait son rôle et l’inconnu Ralph Taeger incarnait le héros avec la même tenue que le Duke.

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MICHAEL PATE, JOHN WAYNE ET GERALDINE PAGE