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Archives de Catégorie: WESTERNS

« QUARTER PAST ELEVEN » : Lee Van Cleef dans « Laredo »

Lee Van Cleef et Neville Brand, deux des plus belles « gueules » hollywoodiennes des années 50, ont tourné cinq fois ensemble pour le grand et le petit écran. « QUARTER PAST ELEVEN », un épisode réalisé par Irving J. Moore de la série « LAREDO » (dont le second était la vedette) marque leur dernière collaboration devant une caméra.LAREDO LVC

Inutile de s’acharner sur cette pitrerie westernienne où Brand s’échine à cuisiner un gâteau au chocolat pour l’anniversaire de son chef. Il cabotine tellement qu’on a la surréaliste impression de voir un sosie de Klaus Kinski faire une imitation ratée de Fernandel ! Attardons-nous plutôt sur la sous-intrigue impliquant Van Cleef. Celui-ci était alors revenu aux U.S.A. entre deux westerns italiens pour tourner quelques « guests » télé selon sa vieille habitude. Il arrive à Laredo à cheval, tout de noir vêtu, l’air menaçant, comme il l’a fait dans tant et tant de films au cours de sa carrière. Il veut se venger de Philip Carey (le fameux chef au gâteau) qui l’avait arrêté jadis. Rien de très remarquable là-dedans, si ce n’est que lorsque les deux hommes se retrouvent finalement face-à-face dans la grand-rue, prêts à dégainer, le duel est filmé comme un pastiche de Sergio Leone, avec gros-plan des yeux, etc. C’est très étonnant, car la trilogie eastwoodienne n’est arrivée sur les écrans américains que l’année suivante en 1967. Est-ce Van Cleef qui aurait suggéré l’idée de ces cadrages au réalisateur ? Quoi qu’il en soit, on pourra toujours sourire à l’issue de l’affrontement : effrayé par nos trois héros qui font des bruits dans son dos, Van Cleef finit par se dégonfler et prend la fuite sans demander son reste !

L’acteur enchaîna encore avec un épisode de « GUNSMOKE » avant de repartir pour l’Italie et de tourner « COLORADO » et « LE BON, LA BRUTE, LE TRUAND » qui installeront définitivement son vedettariat européen. L’épisode de « LAREDO » restera donc comme une véritable curiosité dans son parcours, une sorte d’auto-parodie précoce.

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« WE’VE LOST A TRAIN » : Neville Brand dans « Le Virginien »

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NEVILLE BRAND, PETER BROWN, DOUG McCLURE ET WILLIAM SMITH

Écrit par Borden Chase (« LA RIVIÈRE ROUGE », « VERA CRUZ », entre autres !) et réalisé par Earl Bellamy, « WE’VE LOST A TRAIN » est un épisode très spécial de la 3ème saison de « LE VIRGINIEN », puisqu’il sert également de « pilote » à une autre série : le western semi-comique « LAREDO » (1965-1967) dont la réputation n’a fait que croître avec les années parmi les amateurs de séries western.

Envoyé chercher un taureau au Mexique, le sympathique Doug McClure se retrouve associé à trois Texas rangers indisciplinés (Neville Brand, Peter Brown et William Smith) chargés quant à eux de retrouver des armes volées dans un train. Le quatuor doit affronter un « rurale » ripou (Fernando Lamas), des Yaquis belliqueux, des dames vindicatives, etc. Ce qui frappe surtout dans ce téléfilm poussif, mais ne se prenant jamais au sérieux, c’est l’accumulation de stars : outre celles précédemment citées, on retrouve aussi Rhonda Fleming plus radieuse que jamais en patronne de saloon, Ida Lupino, ahurissante en ‘mama’ mexicaine avec accent, sans compter L.Q. Jones récurrent de la série cabotinant à souhait ou Bing Russell.

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RHONDA FLEMING, PETER BROWN, NEVILLE BRAND, WILLIAM SMITH, IDA LUPINO ET DOUG McCLURE

Ça se traîne un peu, ça sent l’improvisation à plein nez, mais le trio de rangers fonctionne bien, ils sont drôles et incontrôlables. Brand – dont la voix évoque un moteur diesel – s’amuse visiblement en brute qui fond devant un bébé, Smith joue les armoires-à-glace au poing leste et Brown les trublions ironiques. Ils seront réunis dans la série « LAREDO » qui durera deux saisons, au même titre que Philip Carey incarnant leur chef stoïque.

 

LECTURE POUR TOUS !

Le voilà ! Le livre que tout le monde attendait ! Les amoureux de western, de cinéma italien, de Sergio Leone, de cache-poussières, d’harmonica, d’yeux en gros-plan, bref… De cinéma tout court. Pile pour fêter le cinquantième anniversaire de la sortie du film ! Oui, un demi-siècle…WEST BOOK

« ONCE UPON A TIME IN THE WEST – SHOOTING A MASTERPIECE », est signé Christopher Frayling, spécialiste n°1 mondial de l’œuvre leonienne et préfacé par Quentin Tarantino. Documents inédits, interviews, photos rares, extraits du scénario, etc. Le Walhalla n’est pas loin, amici miei !

L’ouvrage sort incessamment en Angleterre et on en reparle le plus rapidement possible.

 

« L’HOMME AUX COLTS D’OR » (1959)

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RICHARD WIDMARK ET HENRY FONDA

Dans la veine des westerns « adultes » qui pullulaient à Hollywood dans les années 50, « L’HOMME AUX COLTS D’OR » est un des fleurons de ce presque sous-genre et certainement le chef-d’œuvre d’Edward Dmytryk, grâce à un scénario extraordinairement riche et un casting de grande classe.WARLOCK2.jpg

Engagé par la ville de Warlock pour protéger les citoyens d’une bande de cowboys dangereux, Henry Fonda arrive, flanqué de son bras-droit Anthony Quinn qui assure ses arrières depuis dix ans. Parallèlement, un des cowboys (Richard Widmark) change de camp et devient même shérif de la ville. Entre le mercenaire en quête de rédemption et l’ex-voyou devenu un ‘lawman’ inflexible, le clash est inévitable.

Outre une mécanique scénaristique implacable, le film impressionne surtout par la complexité des relations humaines : ainsi entre Fonda et Quinn, il s’agit bien davantage que d’une amitié virile. Le second infirme et cynique, idolâtre littéralement le premier tout en le prenant pour sa marionnette. Le second ne comprendra que trop tard qu’il n’est rien sans son « ombre ». Une relation malsaine, toxique, qui cimente tout le film et culmine dans un terrible face-à-face dans la grand-rue, en pleine nuit. Les deux acteurs, au sommet de leur charisme, ont rarement été meilleurs. Fonda élégant, distant, imprévisible annonce ses rôles chez Leone. Il est aussi fascinant qu’inquiétant. Égal à lui-même, Quinn cultive ses rires enroués, ses brusques changements d’humeur pour créer un personnage répugnant et pathétique. Widmark effacé, dépeint parfaitement l’évolution de ce pâle homme-de-main méprisé de tous en shérif droit dans ses bottes. Dorothy Malone crée une étonnante veuve noire porte-malheur et on reconnaît des vétérans du second rôle comme DeForest Kelley dans un joli rôle, Whit Bissel ou L.Q. Jones dans une fugitive apparition.

Le format Scope est magnifiquement utilisé, la photo manque peut-être parfois de finesse et le rôle joué par Dolores Michaels ne paraît pas indispensable (sert-elle uniquement à rassurer la censure en éloignant le spectre de l’homosexualité dans les rapports entre Quinn et Fonda ?), mais « L’HOMME AUX COLTS D’OR » est un authentique chef-d’œuvre du western, un drame pétri d’ambiguïté qui gagne en profondeur à chaque re-vision.

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DOLORES MICHAELS, HENRY FONDA, RICHARD WIDMARK, DOROTHY MALONE ET ANTHONY QUINN

 

« RÈGLEMENT DE COMPTES À OK-CORRAL » (1957)

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BURT LANCASTER ET KIRK DOUGLAS

Sans présenter les qualités plastiques et romanesques de « LA POURSUITE INFERNALE » de John Ford, « RÈGLEMENT DE COMPTES À OK-CORRAL », énième version du duel mythique qui opposa le marshal Wyatt Earp et ses frères au clan des Clanton à Tombstone, a fini par l’égaler dans l’esprit des amoureux du western. John Sturges, armé d’un scénario en béton armé de Leon Uris et surtout d’un casting éblouissant signe un de ses meilleurs films.OK2

On peut trouver la mécanique trop millimétrée, le rôle de Rhonda Fleming superflu et certains décors de studio pas très heureux, mais le film balaie les réticences par l’excellent traitement de son thème principal : l’amitié entre un homme de loi psychorigide (Burt Lancaster) et un joueur tuberculeux qui tue comme il respire (Kirk Douglas). Uris bâtit cette histoire d’hommes comme une love story hollywoodienne traditionnelle : rencontre inopinée, coup de foudre, conflit, complicité grandissante, etc. D’ailleurs, l’amie de Doc Holiday est ouvertement jalouse de Earp au point de l’envoyer à la mort pour s’en débarrasser ! C’est dire que l’ambiguïté règne, mais sans insistance. Les deux acteurs sont superbes, particulièrement Douglas en âme tourmentée, suicidaire, aveuglément fidèle à ce « lawman » qu’il devrait haïr. Ses scènes avec Jo Van Fleet jouant une prostituée ni très belle, ni très jeune, sont très étonnantes dans un film de cette époque. Une relation complexe, toxique, flirtant avec le SM pur et simple. Sturges surfe avec maestria de morceaux de bravoure en séquences magnifiquement dialoguées avec une certaine raideur nullement déplaisante.

Imparfait mais puissant, devenu un vrai classique westernien après avoir été longtemps dénigré au profit du chef-d’œuvre de Ford, « RÈGLEMENT DE COMPTES À OK-CORRAL » permet à l’amateur de se délecter d’une distribution de seconds rôles extraordinaire : Dennis Hopper, Lee Van Cleef, John Ireland, Jack Elam (à peine figurant), Earl Holliman, DeForest Kelley et beaucoup d’autres. Un vrai régal, ce film.

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KIRK DOUGLAS, JO VAN FLEET ET LEE VAN CLEEF

 

« LE GAUCHO » (1952)

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RORY CALHOUN

« LE GAUCHO » de Jacques Tourneur est un sympathique western argentin, créant le mythe d’une sorte de Robin-des-bois de la pampa, un des derniers hommes libres chassés par le progrès en marche et l’arrivée des « étrangers ».GAUCHO2.jpg

Le contexte historique est un peu flou, les péripéties sont convenues et évoquent celles de « VIVA ZAPATA ! » ou « BRONCO APACHE ». Mais le scénario est efficace et le personnage central joué par le sous-estimé Rory Calhoun est attachant parce qu’évolutif. Macho orgueilleux prompt à dégainer son coutelas pour étriper ses rivaux, Calhoun tombe amoureux d’une « fille de la ville » (ça se comprend, puisqu’il s’agit de Gene Tierney) et devient un chef de la rébellion sous le nom de ‘Valverde’. Mais il a à ses trousses le rugueux militaire Richard Boone, qu’il a rendu infirme lors d’un affrontement, bien déterminé à se venger. L’intérêt du « GAUCHO » est que, même les méchants ou assimilés, à savoir Boone et Hugh Marlowe, l’ex-ami d’enfance de notre héros, corrompu par le pouvoir et l’argent, ne sont pas des caricatures sur pattes, mais ont plusieurs facettes à leur personnalité. Bien sûr, tout cela est fort naïf et parfois légèrement niais, mais les paysages argentins sont très bien exploités, certaines vues des montagnes sont magnifiques et l’ensemble se laisse regarder avec plaisir à condition de garder son âme d’enfant. Outre Calhoun qui a fière allure et Boone excellent qui tire le maximum de son rôle ingrat, on remarque de bons seconds couteaux comme Everett Sloane en gaucho guitariste. Gene Tierney, pas toujours mise en valeur par la photo, n’a qu’un rôle d’amoureuse sans relief. Certes pas le chef-d’œuvre du siècle et loin d’être un des plus belles réussites du versatile Tourneur, mais un film plaisant, dépaysant et bien troussé.

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GENE TIERNEY, RICHARD BOONE ET RORY CALHOUN

 

« LA CHEVAUCHÉE SAUVAGE » (1975)

BITE« LA CHEVAUCHÉE SAUVAGE » fait partie de cette période du crépuscule du western hollywoodien, pour laquelle on garde une certaine nostalgie bienveillante. La signature de Richard Brooks, dont le western précédent fut le chef-d’œuvre « LES PROFESSIONNELS » (1966) est un gage de bon vieillissement et de solidité à toute épreuve.

Hélas, en revoyant le film aujourd’hui, quelques beaux souvenirs s’envolent. Truffé de séquences brillantes (la mort du vieux Ben Johnson grelotant de froid, le monologue de Gene Hackman sur Cuba, l’arrivée de la course), « LA CHEVAUCHÉE SAUVAGE » souffre d’emblée d’une BO insupportable d’Alex North qui amenuise la beauté des images au lieu de la transcender et colle une ambiance « guillerette » complètement hors-sujet. Cette course d’endurance à travers les paysages du Far-West est prétexte à une étude de caractères – et c’est ce qui demeure le plus intéressant et émouvant – et à des scènes d’action pas toujours formidables. Ainsi, à partir de l’évasion des prisonniers et de la course-poursuite qui s’ensuit, le film devient-il pesant et parfois grotesque. C’est dommage, car Brooks filme le désert comme personne et dirige magnifiquement son beau casting : Hackman, incarnation du « mec bien », fiable, solide, généreux est superbe, tout comme James Coburn en aventurier goguenard. Jan-Michael Vincent est parfait en petite gouape littéralement « maté » par Hackman comme un pur-sang, Candice Bergen se sort à peu près d’un rôle mal écrit. Outre Ben Johnson génial, on reconnaît des visages familiers comme Jean Willes en maquerelle forte en gueule, Ian Bannen et Sally Kirkland.

« LA CHEVAUCHÉE SAUVAGE » a donc perdu quelques plumes avec les années, mais vaut tout de même le coup d’œil pour de belles scènes lyriques, pour sa beauté plastique et pour revoir de grands comédiens au faîte de leur gloire, encore jeunes et charismatiques.

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GENE HACKMAN, JAN-MICHAEL VINCENT ET JAMES COBURN