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« IL ÉTAIT UNE FOIS UN FLIC… » (1972)

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MICHEL CONSTANTIN

Michel Constantin était un ancien volleyeur devenu comédien grâce au « TROU » de Jacques Becker. Il atteignit même un certain vedettariat dans les années 70, en tournant plusieurs fois sous la direction de Georges Lautner et José Giovanni. Acteur monolithique, à la diction hasardeuse, à la raideur d’automate, il est pourtant irremplaçable dans « IL ÉTAIT UNE FOIS UN FLIC… » de Lautner, film qui le résume et le transcende.FLIC.jpg

Sur un scénario classique mais efficace d’infiltration, le film décolle grâce à l’excellent dialogue de Francis Veber qui se concentre sur le portrait d’un commissaire parisien des Stups enquêtant à Nice et affublé d’une famille-couverture. Un flic de terrain, vieux garçon, maniaque, radin, râleur, à vrai dire peu sympathique, mais qu’on apprend à connaître à mesure qu’il s’attendrit devant son « fils » de neuf ans et sa jolie maman veuve de policier (Mireille Darc). Les séquences sont tellement bien conçues et les personnages si précisément dessinés, que c’est un bonheur de voir Constantin face à Michel Lonsdale – improbable face-à-face proche du choc de cultures ! – en collègue patient et placide, de le voir harcelé par deux flics pénibles, exaspéré par un voisin collant (Robert Castel) et surtout échangeant d’hilarantes répliques avec le petit Hervé Hillien extraordinairement à son aise.

Alors oui, la musique est envahissante, les coups de zoom fatiguent l’œil et les décors sont hideux, mais l’humour teinté de tendresse emporte tout sur son passage et « IL ÉTAIT UNE FOIS UN FLIC… » fait partie des vraies réussites de son réalisateur, bien qu’il soit étonnamment sous-estimé par rapport aux « TONTONS FLINGUEURS » et autres « BARBOUZES ». Dans un casting globalement savoureux, on reconnaît Venantino Venantini en ‘hitman’ américain et même… Alain Delon dans un fugitif caméo de trois secondes, mal rasé et clope au bec.

L’amateur de polar appréciera cette vision de la guerre des polices, ces règlements de comptes au sein de la french connection. Mais l’essentiel n’est pas là : des plans comme celui où le garçonnet glisse sa main dans celle de son « père », valent qu’on revoie ce film unique et attachant, un des meilleurs de Lautner.

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MIREILLE DARC, MICHEL CONSTANTIN, JEAN-JACQUES MOREAU ET ALAIN DELON

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« ORGUEIL ET PASSION » (1957)

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SOPHIA LOREN

« ORGUEIL ET PASSION » est une grosse production tournée en extérieurs et située en Espagne pendant les guerres napoléoniennes. L’enjeu est un canon surdimensionné dont s’empare la résistance pour attaquer la ville d’Avila tenue par les Français (de sacrés saligauds, soit dit entre parenthèses !). Ils sont aidés par un officier anglais qui compte bien récupérer le canon.PRIDE2.png

Le film dure plus de deux heures et Stanley Kramer, réalisateur souvent lourd et rarement enthousiasmant, n’est pas homme à savoir comment faire paraître le temps plus court. Les décors, l’importante figuration et le symbole de cette masse d’acier de plusieurs tonnes poussée et tirée sur des centaines de kilomètres, maintiennent un moment l’intérêt. Mais les personnages sont trop caricaturaux, les vedettes mal à l’aise et après 90 minutes, le rythme s’essouffle et l’attaque finale n’en finit pas de finir, jusqu’à sa conclusion tristounette et démobilisante.

Cary Grant, élancé et rigide, offre le service minimum avec sa classe habituelle. Mais sa passion enflammée pour Sophia Loren n’est pas crédible une seconde et leurs scènes d’amour ne dégagent qu’un ennui poli. À 23 ans, celle-ci n’est peut-être pas encore l’excellente comédienne qu’elle est devenue par la suite, mais sa plastique (on pourrait dire qu’elle est le second canon du film !) compense largement son jeu limité et aide à accepter qu’une Italienne incarne une passionaria ibère. Mais le pire est encore Frank Sinatra en leader de la résistance. Affublé d’une hideuse perruque noire, d’un accent ridicule, il achève de décrédibiliser le scénario et le triangle amoureux.

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CARY GRANT ET JOSÉ NIETO

Quelques bons moments, comme un duel au couteau à l’ombre de moulins à vent dignes de Cervantès ou la traversée d’une rivière en radeau, peuvent faire illusion, mais « ORGUEIL ET PASSION » est globalement un pensum qui a énormément vieilli.

 

HAPPY BIRTHDAY, JOSEPHINE !

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JOSEPHINE HUTCHINSON (1903-1998), DE LA JEUNE PREMIÈRE DES ANNÉES 30 À LA VIEILLE DAME DES ANNÉES 70, UNE LONGUE CARRIÈRE DE SECOND RÔLE.

 
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Publié par le 12 octobre 2018 dans ANNIVERSAIRES

 

« WATCHMEN : LES GARDIENS » (2009)

Adapté avec une fidélité exemplaire d’un « roman graphique » anglais paru en 1987, « WATCHMEN : LES GARDIENS » de Zack Snyder va bien au-delà des habituels films de super-héros et se joue de cette nouvelle mythologie en posant sur elle un regard novateur et passéiste à la fois (l’ambiance « film noir » qui court pendant les trois heures de projection) et en créant des personnages réellement complexes et faillibles.WATCHMEN.jpg

Situé dans une réalité alternative où Nixon sort vainqueur de la guerre du Vietnam et garde le pouvoir pendant des décennies, où les justiciers masqués sont interdits de séjour et où menace la guerre nucléaire avec la Russie, « WATCHMEN » se déroule sur plusieurs époques et développe soigneusement ses nombreux protagonistes. Outre une réalisation rigoureuse qui intègre à la perfection les CGI, une photo magnifique de bout en bout (Larry Fong), le film s’impose comme un des meilleurs du genre grâce à son scénario maniant les clichés avec maestria : le super-méchant de service, le salaud prêt à détruire la planète a un plan bien précis en tête et la révélation finale « cueille » complètement et laisse pensif, remettant en question jusqu’à la notion de « bon » et de « méchant ». « WATCHMEN » est truffé de séquences anthologiques, que ce soit dans l’action pure, l’atmosphère ou même… la poésie. Quand c’est violent, c’est TRÈS violent, voire gore, quand il s’agit de suivre l’évolution d’un homme devenu accidentellement un dieu (Billy Crudup), les auteurs entrouvrent des portes inattendues dans la métaphysique.

Doté un cast brillant : Malin Akerman superbe, Jeffrey Dean Morgan en salopard cynique, Jackie Earle Haley stupéfiant en justicier sociopathe au masque mouvant, Carla Gugino hélas trop souvent vieillie au latex ou l’excellent Patrick Wilson, « WATCHMEN » atteint une sorte de perfection dans le sous-genre du cinéma de SF qu’est devenu le film de super-héros.

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JEFFREY DEAN MORGAN, BILLY CRUDUP ET MALIN AKERMAN

À noter qu’il existe trois montages du film : un de 162 minutes exploité en salles, un director’s cut de 186 minutes sorti en vidéo (et chroniqué ici) et un de 215 minutes sous-titré : « Ultimate cut » et reniée par Snyder.

 

RAYMOND DANON : R.I.P.

DANON

RAYMOND DANON (1930-2018), GRAND PRODUCTEUR DES ANNÉES 70, IL FUT UN FRÉQUENT COLLABORATEUR D’ALAIN DELON, CLAUDE SAUTET, ETC.

 
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Publié par le 11 octobre 2018 dans CARNET NOIR, FILMS FRANÇAIS

 

PAUL KERSEY : LA TOTALE !

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SORTIE ANGLAISE DE L’INTÉGRALE DES « DEATH WISH » POUR NOVEMBRE ! ET EN BLU-RAY ! ESPÉRONS QUE LE CONTENU SERA MOINS SPARTIATE QUE LE CONTENANT.

 

« DOUTE » (2008)

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PHILIP SEYMOUR HOFFMAN

Adapté de sa propre pièce de théâtre et réalisé par John Patrick Shanley, « DOUTE » est un concentré de dilemmes moraux, de complexité humaine, qui – à partir de la thématique des prêtres pédophiles – organise une série de confrontations impitoyables et renverse les clichés en faisant du suspect un individu sympathique et de son accusatrice un « dragon » intolérant.DOUBT.jpg

Si au début on est d’emblée accroché par la question : « l’a-t-il fait ? », peu à peu l’intérêt se focalise sur l’humanité des protagonistes et le film devient universel. Et c’est lorsqu’on commence à trouver ses repères et à se sentir en terrain familier que survient LA grande scène entre Meryl Streep et Viola Davis, la mère de l’enfant « abusé », qui fait voler en éclats les certitudes et balaie tout manichéisme. Du grand art !

Situé en 1964 dans une école religieuse de Brooklyn, « DOUTE » offre à quatre très grands comédiens un terrain de jeu idéal : Mme Streep donc, formidable en nonne endurcie et sûre de son bon droit, quitte à biaiser ses croyances pour parvenir à ses fins. Philip Seymour Hoffman (qu’on n’a pas fini de regretter) magnifique en prêtre ambigu, sensible et lucide qu’il est bien difficile de juger, même si l’incertitude plane jusqu’au bout. Amy Adams qui parvient à exister face aux deux « monstres », dans un rôle de sœur juvénile et innocente. Et puis l’exceptionnelle Viola Davis, qui – le temps de deux séquences – parvient à s’imposer comme rôle-pivot et même à avaler Streep toute crue lors de leurs face-à-face. Ce qui n’est pas donné à tout le monde ! C’est un véritable bonheur de contempler ces très grands interprètes à l’œuvre et c’est tout à l’honneur de Shanley de les avoir laissé évoluer en s’effaçant. À noter aussi, la photo à la fois contrastée de délicate de Roger Deakins, le chef-opérateur des frères Coen. Un beau film qui laisse des traces et qui donne à réfléchir bien au-delà de son anecdote.

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MERYL STREEP ET VIOLA DAVIS