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Archives Mensuelles: septembre 2019

« GERVAISE » (1956)

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JACQUES HARDEN ET MARIA SCHELL

Adapté par Aurenche & Bost du chef-d’œuvre d’Émile Zola : « L’assommoir », réalisé par René Clément, « GERVAISE » symbolise parfaitement cette fameuse « qualité France » balayée par la Nouvelle Vague et qui a pourtant si bien passé l’épreuve des ans.GERVAISE.jpg

Excessivement déprimant, le film retrace la destinée d’une jolie blanchisseuse (Maria Schell) qui se met à son compte et voit sa boutique dévorée de l’intérieur par son mari ivrogne (François Périer) et son ex-amant (Armand Mestral) venu s’installer sous leur toit. Manœuvrée par sa pire ennemie (Suzy Delair), Gervaise va connaître la déchéance et finalement la clochardisation. Rien d’optimiste dans cette histoire, juste la minutieuse description de la petitesse humaine, de la médiocrité, de la jalousie, dans un Paris du 19ème  siècle magnifiquement reconstitué en studio.

Malgré son confinement dans quelques décors, « GERVAISE » connaît de grands moments comme cette bagarre d’une violence inouïe entre Schell et Delair dans un lavoir, comme la crise de delirium tremens de Périer ou ce dîner de fête où le piège se referme sur la naïve Gervaise. De grands moments de cinéma, magistralement réalisés par le maestro Clément, qui dirige ses acteurs avec une grande finesse : Périer n’a jamais été meilleur qu’en brave type balourd détruit par l’alcool, jusqu’à devenir pathétique et répugnant, Delair d’une méchanceté de chaque seconde, ou Mestral véritable parasite professionnel. Malgré son accent allemand, Maria Schell est une superbe Gervaise, radieuse et optimiste, combative, mais « trop belle pour eux ». Sa lente descente aux enfers est le sujet même du film. À noter la présence périphérique mais de plus en plus sensible des enfants de Gervaise : Étienne qui deviendra le héros de « GERMINAL » et la petite Nana. Vraiment du travail d’orfèvre.

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FRANÇOIS PÉRIER, ARMAND MESTRAL, MARIA SCHELL ET SUZY DELAIR

À voir donc ce « GERVAISE » à la facture impeccable, en sachant que ce n’est vraiment pas une partie de plaisir et que la vision de l’Humanité est d’une telle noirceur qu’on en ressort quelque peu rincé.

 

« THE UPSIDE – SECONDE CHANCE » (2017)

« THE UPSIDE – SECONDE CHANCE » de Neil Burger est le remake du succès français « INTOUCHABLES », sorti six ans plus tôt. La meilleure façon d’en profiter impartialement est bien sûr de n’avoir jamais vu l’original, ce qui est – ça tombe bien – le cas de l’auteur de ces lignes.UPSIDE.jpg

Le sujet, on le sait, c’est l’amitié entre un milliardaire tétraplégique et veuf et un ex-taulard noir qui se fait engager comme auxiliaire de vie. C’est un « feel good movie » dans toute sa splendeur, au scénario vissé et revissé, qui ne ménage aucune surprise, aucun conflit sérieux entre les personnages, mais qui parvient bon an, mal an, à générer une certaine émotion au milieu d’un ensemble un peu trop lénifiant et aseptisé. Le généralement irritant Kevin Hart n’a jamais été meilleur et son énergie aide à maintenir l’intérêt du début à la fin. Il faut dire qu’il a face à lui, le toujours formidable Bryan Cranston, d’une extrême finesse, qui parvient à donner chair et profondeur à un rôle pourtant confit de clichés. Ils sont très bien entourés par Nicole Kidman qu’on n’a pas vu aussi sympathique depuis longtemps et par Julianna Margulies qui n’apparaît que dans une seule séquence, mais probablement la meilleure du film : celle de la femme rêvée dont l’image immaculée se fendille de bien minable manière, dans un face à face au restaurant magnifiquement écrit.

On passera sur des situations convenues (la maison offerte par Hart à sa famille défavorisée, le happening en parapente) et sur un refus d’aller au fond des choses qui finit par s’avérer un peu frustrant. Mais malgré ses défauts et ses complaisances, « THE UPSIDE » demeure un joli film léger et généreux, qu’on peut voir sans en attendre autre chose que deux heures de détente.

 
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Publié par le 29 septembre 2019 dans COMÉDIES, DRAMES PSYCHOLOGIQUES

 

« ALIEN – LE HUITIÈME PASSAGER » (1979)

ALIEN« ALIEN – LE HUITIÈME PASSAGER » de Ridley Scott a 40 ans et fait partie de ces films-phares qu’on hésite à revoir de peur d’être déçu. Heureusement, on ne l’est pas, même si l’âge se fait sentir et que le rythme général semble parfois languissant.

Ce mélange de film d’horreur et de SF a marqué le cinéma par son esthétique tout d’abord, par l’extra-terrestre particulièrement effrayant qui décime l’équipage d’un vaisseau spatial et par le souci de « réalisme » de Scott, qui crée des personnages crédibles, quotidiens, parlant tous en même temps comme dans un film d’Altman. Les « héros » de « ALIEN » n’ont justement rien d’héroïque. On a un capitaine pas trop sûr de lui (Tom Skerritt), un scientifique désagréable (Ian Holm), un officier hystérique (Veronica Cartwright), deux ouvriers râleurs et pénibles (Yaphet Kotto et Harry Dean Stanton), et deux autres officiers (John Hurt et Sigourney Weaver) peut-être plus professionnels que les autres. Ayant fait monter à bord du Nostromo un alien potentiellement dangereux, l’équipe va connaître un sort peu enviable. Anecdote simple, sans surprise, mais traitement visuel somptueux et inventif (merci, Hans Giger !), photo noyée de pénombre et fulgurances de violence bien distillées. Dans son premier rôle principal, Weaver crée le personnage qui la suivra toute sa vie : loin de la tough girl qu’elle est devenue par la suite, Ripley est une « première de la classe » sérieuse et posée, qui semble taper sur les nerfs d’à peu près tout le monde. Elle émerge progressivement comme l’héroïne du film et achèvera son parcours dans un face à face avec le monstre.

« ALIEN » a vieilli, c’est normal. Des écrans d’ordinateurs à certains plans de la créature, on ressent parfois trop l’année de tournage. Mais cela reste un beau morceau de cinéma, une pierre blanche dans le genre dont l’influence se fait encore ressentir aujourd’hui.

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SIGOURNEY WEAVER, JOHN HURT, TOM SKERRITT ET IAN HOLM

À noter que le film sortit dans une version de 117 minutes puis connut un « director’s cut » de 116 minutes sensiblement différent en 2003. C’est cette seconde version qui est chroniquée ici.

 

« DERNIER DOMICILE CONNU » (1970)

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MARLÈNE JOBERT ET LINO VENTURA

Adapté d’une Série Noire U.S. de Joseph Harrington, « DERNIER DOMICILE CONNU », le meilleur film réalisé par José Giovanni, mérite qu’on passe le cap d’un premier quart d’heure mal fichu voire calamiteux, à la photo grisâtre et aux scènes d’action frisant l’amateurisme.CONNU

Heureusement, la présence de Lino Ventura en flic intègre et la BO inoubliable de François de Roubaix aident à patienter jusqu’à l’arrivée de Marlène Jobert. Celle-ci joue une jeune fliquette novice, nouvelle coéquipière d’un Ventura rétrogradé et amer. Ensemble, ils vont devoir débusquer le témoin d’un meurtre, en cavale depuis cinq ans, et ils n’ont qu’une semaine pour y parvenir. L’intérêt principal de ce polar réaliste, c’est la description minutieuse du travail de fourmi d’une enquête policière dans les années 60 : les flics manquent de moyens, ils vont à pied d’un endroit à l’autre, d’un témoin au suivant, tombent sur des culs-de-sac, passent des nuits à lire des registres, etc. L’autre pôle d’attraction, c’est l’extraordinaire alchimie entre Ventura, désabusé et lucide et Jobert enthousiaste et idéaliste. À son contact, il devient chaleureux et elle apprend à la dure les ficelles du métier… Jusqu’au dénouement qui la laisse écœurée, lessivée. « DERNIER DOMICILE CONNU » est un bon film, esthétiquement assez laid, pourri de coups de zoom, parfois gâché par des petits rôles incompétents, mais qui fascine par sa linéarité, par cette quête insensée, cette chasse au fantôme, qui s’achèvera de bien terrible façon, laissant les flics « qui ne font qu’obéir aux ordres », face à leurs responsabilités.

À revoir donc, en sachant qu’il a vieilli, qu’il semble parfois bâclé ou mal dialogué. Mais pour les scènes de Paul Crauchet, génial en témoin bizarrement « poétique », pour la trogne d’un Michel Constantin terrifiant, pour sa musique obsédante, et surtout pour un magnifique face à face dans l’appartement de Ventura estropié par un passage à tabac et une Jobert douce et attentive, « DERNIER DOMICILE CONNU » a gagné sa place dans les classiques du polar hexagonal.

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LINO VENTURA, PHILIPPE MARCH ET MICHEL CONSTANTIN

 

« THE OLD MAN & THE GUN » (2018)

Écrit et réalisé par David Lowery d’après des faits réels, « THE OLD MAN & THE GUN » est surtout et essentiellement un vibrant hommage à Robert Redford et une belle sortie de scène. Il y a 50 ans, le Sundance Kid braquait des banques en Bolivie avec son pote Butch. Aujourd’hui, octogénaire, Bob Redford continue avec ses complices Danny Glover et Tom Waits.GUN.JPG

C’est l’histoire simple et linéaire d’un rebelle accro aux hold-ups, un roi de l’évasion élégant et beau joueur qui a passé les trois-quarts de sa vie en prison et qui écume l’Amérique de larcins en braquages avec un sang-froid jamais pris en défaut. Le scénario suit son rythme tranquille, reste collé à Redford émouvant et séduisant comme jamais, et à son poursuivant, un jeune flic sympathique joué par Casey Affleck qui l’admire secrètement. Ajoutons en bonus une très jolie love story avec Sissy Spacek radieuse et « THE OLD MAN & THE GUN » est un petit film automnal, nostalgique et généreux, qui rappelle les plus belles années de la carrière de Bob Redford. Comment ne pas être touché par ce court extrait de « LA POURSUITE IMPITOYABLE » où il apparaît le visage lisse et juvénile dans un flash-back ? Comme le fut « LE DERNIER DES GÉANTS » pour John Wayne ou « LA MAISON DU LAC » pour Henry Fonda, ce film est le chant du cygne pour Redford, un des derniers survivants avec Eastwood des superstars des seventies. Comme touché par la grâce, l’acteur n’a pas été meilleur et à l’aise devant la caméra depuis très longtemps. Et l’épilogue à la fois triste et exaltant, lui redonne pour la dernière fois cette aura épique des héros d’antan. Pas un chef-d’œuvre, certes, mais si cela devait être le dernier film de Redford, ce serait tout à fait adéquat.

À noter les apparitions d’Elisabeth Moss dans une séquence et d’un Keith Carradine pas évident du tout à repérer.

 

HAPPY BIRTHDAY, HAROLD !

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HAROLD BECKER, BON RÉALISATEUR, EXCELLENT DIRECTEUR D’ACTEURS, IL A SIGNÉ PLUSIEURS FILMS MARQUANTS DANS LES ANNÉES 80 ET 90.

 
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Publié par le 25 septembre 2019 dans ANNIVERSAIRES

 

« SANG FROID » (2019)

Cinq ans après son intéressant « REFROIDIS », le norvégien Hans Petter Moland tourne lui-même un remake de son film (pratique de plus en plus fréquente). Pourquoi revoir une histoire aussi récente ? Probablement parce qu’il y a Liam Neeson au générique. Et parce que, naïvement, on se dit qu’il y aura peut-être des améliorations.COLD copie 2

Ce n’est évidemment pas le cas. Et « SANG FROID » est une plate resucée de l’original, qui ressemble à un long épisode des séries TV « FARGO », « BANSHEE » ou « JUSTIFIED », au scénario mal construit, à la direction d’acteurs hasardeuse, et gaspillant Neeson qu’on voit trop peu et par intermittence, dans ce rôle de père endeuillé et vengeur. Bien sûr, on est content de le revoir, surtout de constater qu’il s’est un peu remplumé et semble moins décavé que dans ses derniers films, mais cela ne suffit pas. On doit subir un acteur épouvantable nommé Tom Bateman, jouant un narcotrafiquant odieux, qui grimace et en fait des tonnes, faisant de chacune des séquences où il apparaît, une véritable épreuve. On aperçoit aussi trop brièvement, Laura Dern dans un rôle inepte d’épouse geignarde, John Doman en flic pantouflard et William Forsythe en ex-tueur bedonnant. Les rares bonnes idées proviennent du premier film, pour le reste, pas grand-chose à sauver. Hormis éventuellement les scènes entre Neeson et l’enfant qu’il a kidnappé assez touchantes. À noter que Micheál Richardson jouant le fils assassiné de Neeson, n’est autre que son propre rejeton.

Un film complètement inutile et redondant, qui n’apportera rien à la carrière d’action hero de Liam Neeson, qui traverse tout cela avec un flegme teinté de lassitude.