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Archives de Catégorie: LES FILMS DE SEAN CONNERY

« OUTLAND… LOIN DE LA TERRE » (1981)

OUTLANDÉcrit et réalisé par Peter Hyams, « OUTLAND… LOIN DE LA TERRE » s’inscrit dans la lignée du premier « ALIEN » sorti deux ans plus tôt, en imite l’ambiance sombre, les décors claustrophobiques et les plans « gore », sur un scénario qui démarre comme un polar (l’enquête du nouveau marshal d’une station spatiale sur un trafic de drogue) et s’achève en remake du « TRAIN SIFFLERA TROIS FOIS ».

Bien sûr, Hyams n’a pas le génie visionnaire de Ridley Scott. Le rythme est lent, la photo parfois ingrate et les séquences d’action tirent à la ligne jusqu’à devenir soporifiques. Mais « OUTLAND » bénéficie d’un atout loin d’être négligeable : la présence d’un Sean Connery fraîchement quinquagénaire, en pleine forme, dans un rôle d’anti-héros vulnérable mais entêté. Sa flamboyance naturelle a été mise en sourdine, son œil est moins ironique que d’habitude pour incarner ce « M. Tout le monde » un peu loser sur les bords. Il est bien épaulé par l’excellente Frances Sterhagen jouant le médecin de la station, par Peter Boyle abject à souhait et de solides seconds rôles comme James B. Sikking ou Steven Berkoff. Le casting aide à passer le temps et l’amateur de western s’amusera à faire le jeu des comparaisons avec le chef-d’œuvre de Fred Zinnemann mentionné plus haut : l’arrivée des tueurs par la navette, les honnêtes gens qui abandonnent lâchement notre pauvre Sean, sa femme même qui le laisse en plan… C’est bien sympathique et émaillé de bonnes scènes, mais quelque chose, une sorte d’inertie plombe « OUTLAND » depuis le début et empêche d’en faire une référence du genre. On peut le revoir aujourd’hui avec indulgence et pour le plaisir toujours inégalé de revoir Sean Connery dans ses œuvres.

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SEAN CONNERY, FRANCES STERNHAGEN ET PETER BOYLE

 

« LE CRIME DE L’ORIENT-EXPRESS » (1974)

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SEAN CONNERY ET VANESSA REDGRAVE

Adapté d’un des plus célèbres « whodunits » d’Agatha Christie, « LE CRIME DE L’ORIENT-EXPRESS » réalisé par Sidney Lumet, réunit un des plus formidables castings des années 70.ORIENT

Après un prologue rapide, efficace, inspiré de l’affaire Lindbergh (dont l’enfant fut kidnappé et tué), le film situé dans les années 30, prend une drôle de tournure. Le ton adopté par le réalisateur confine au grotesque, tous les personnages sont des caricatures ambulantes, tout le monde surjoue, grimace, prend des accents. Mais le plus dommageable est encore l’incarnation d’Hercule Poirot par Albert Finney. Totalement méconnaissable, l’acteur vampirise le film tout entier en vociférant la moindre réplique, en roulant des yeux, en minaudant, jusqu’à devenir clownesque, voire insupportable. Il oblitère ses prestigieux partenaires qui font figure de « guest stars » de passage, font leur petit numéro et s’effacent. C’est dommage, car l’ambiance rétro est jolie (photo de Geoffrey Unsworth), l’énigme ingénieuse. Mais quelque chose coince indéniablement et vient gâcher la fête. Autour du cabotin Finney, en roue-libre, on a tout de même le bonheur de retrouver des pointures comme Sean Connery en officier orgueilleux, Ingrid Bergman très drôle en missionnaire geignarde, Lauren Bacall dans le rôle le plus fouillé, Richard Widmark en ordure patentée, Anthony Perkins qui trimballe derrière lui le vieux complexe d’Œdipe de Norman Bates, et aussi Martin Balsam, Jacqueline Bisset, Vanessa Redgrave ou Jean-Pierre Cassel. C’est un vrai défilé qui constitue le seul véritable plaisir du film aujourd’hui.

Regrettons les partis-pris de Lumet donc, sans doute trop en dehors de son élément naturel, qui signe avec « LE CRIME DE L’ORIENT-EXPRESS » une belle et luxuriante production, plombée par une tonalité décalée et irritante.

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LAUREN BACALL, VANESSA REDGRAVE, SEAN CONNERY, ALBERT FINNEY, JACQUELINE BISSET, INGRID BERGMAN, MICHAEL YORK ET RICHARD WIDMARK

 

« HIGHLANDER » (1986)

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CHRISTOPHE LAMBERT ET CLANCY BROWN

À sa sortie, « HIGHLANDER » avait fait sensation, au point de générer plusieurs sequels et même une série TV. À le revoir aujourd’hui, on peut légitimement se demander pourquoi toute cette agitation.HIGHLANDER

Réalisé par le clipeur australien Russell Mulcahy, c’est un récit fantastique bâti sur un postulat capillotracté : une race d’immortels vivant incognito sur terre, s’entretue depuis des siècles (oui, ils sont un chouïa mortels quand même), jusqu’à ce qu’il n’en « reste plus qu’un ». L’écossais du 18ème siècle Christophe Lambert (sic) arrive donc à New York où il doit affronter l’affreux Clancy Brown pour le prix suprême. Ce n’est pas tant l’absurdité du scénario qui étonne, 35 ans après, que la direction d’acteurs catastrophique (même les figurants sont nuls), les prouesses visuelles sans aucune raison d’être et les partis-pris de réalisation totalement gratuits. Avec son accent improbable, ses ricanements haut-perchés et son « regard-qui-tue » involontairement drôle, Lambert peine à convaincre. Un jeune Liam Neeson aurait certainement été autrement plus crédible. Brown en fait des mégatonnes jusqu’à l’overdose, en espèce de monstre de Frankenstein punkoïde et – curieusement – les comédiennes ne sont vraiment pas des prix de beauté. Reste l’apparition-éclair de Sean Connery dans un rôle de mentor vêtu comme un clown, un bretteur égyptien (sic !) au chapeau emplumé qui traverse ce fatras avec un panache dérisoire et s’en va rapidement, après un duel qu’on dirait sorti d’un spectacle de Johnny Hallyday. Parmi les seconds rôles, on reconnaît un jeune Jon Polito en flic morfal.

« HIGHLANDER » a ses fans, il a laissé de bons souvenirs à une certaine génération. Mais hormis les chansons de Queen et la photo très eighties de Gerry Fisher, on voit mal ce qu’on pourrait recommander là-dedans aujourd’hui. À éviter soigneusement donc, si on ne désire pas gâcher de lointaines sensations cinéphiliques.

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SEAN CONNERY ET CHRISTOPHE LAMBERT

 

« JUSTE CAUSE » (1995)

JUST.jpgArne Glimcher n’a signé que trois longs-métrages, et rien n’approchant la brillante réussite de « JUSTE CAUSE », sur un sujet évoquant lointainement « LES NERFS À VIF ». Dans une ambiance de vieux Sud poisseux similaire au classique de J. Lee-Thompson, ce thriller psychologique accroche dès les premières images pour ne jamais lâcher prise.

Sean Connery, ex-avocat devenu prof de droit, se sent obligé de venir en aide à un jeune Noir (Blair Underwood) condamné à mort pour le meurtre atroce d’une fillette qu’il jure n’avoir pas commis. Malgré l’hostilité des flics locaux, et en particulier du brutal shérif Larry Fishburne, il va rouvrir l’enquête et découvrir la vérité. Ou tout du moins UNE vérité. Le scénario, tiré d’un roman, est admirablement agencé, laissant suffisamment d’indices pour qu’on puisse soupçonner les coups de théâtre à venir. Ce qui n’empêche pas les surprises ! Les extérieurs des Everglades sont admirablement exploités par la photo de Lajos Koltai et l’histoire se déroule sans accroc jusqu’à son dénouement cathartique. Connery le magnifique parvient à convaincre qu’il est un M. Tout le monde, ce qui – pour lui – n’est pas un mince exploit. Son œil pétille littéralement d’ironie et d’intelligence. Il a des face à face absolument saisissants avec Ed Harris, terrifiant (et méconnaissable !)  dans ce rôle de serial killer fou furieux. Rien que ces moments-là valent qu’on voie et revoie le film. Quels acteurs ! Autour d’eux, Fishburne tout en ambiguïté, Kate Capshaw qui a un peu de mal à exister, et des visages connus comme Ned Beatty, Kevin McCarthy et même la toute gamine Scarlett Johansson.

« JUSTE CAUSE » est vraiment un grand thriller, comme sorti de nulle part, mais vieillissant à merveille et offrant à Sean Connery son ultime grand rôle à l’écran.

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SEAN CONNERY, ED HARRIS ET LARRY FISHBURNE

 

« PAS DE PRINTEMPS POUR MARNIE » (1964)

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SEAN CONNERY ET TIPPI HEDREN

« PAS DE PRINTEMPS POUR MARNIE » (non, le titre français ne veut rien dire) est un curieux film-charnière dans le parcours d’Alfred Hitchcock. On retrouve ses obsessions psychanalytiques de « LA MAISON DU DR. EDWARDES » traitées d’aussi naïve façon que vingt ans plus tôt et l’héroïne pillant le coffre-fort de son patron renvoie au plus récent « PSYCHOSE ».MARNIE

De plus, on sent que Tippi Hedren et Sean Connery ne sont que les doublures de Grace Kelly et Cary Grant, qui semblaient être les interprètes idéaux pour ces personnages. C’est donc un drôle de film bancal, qui accroche par la confrontation d’une jeune femme névrosée et frigide, hantée par son enfance et d’un riche business man amoureux d’elle. Il va tâcher de la sortir du pétrin, quitte à l’épouser de force et tant qu’à faire, à la violer. Dérangeant par certains aspects, maladroit par moments (l’image qui vire au rouge quand Marnie voit un objet de cette couleur), très primaire à d’autres (Connery qui s’improvise subitement psychanalyste freudien après avoir lu quelques ouvrages !), « MARNIE » convainc à moitié, mais conserve un charme étrange et vénéneux, dû à la personnalité de Tippi Hedren, dont la gaucherie accentue l’instabilité de son rôle et la rend totalement crédible. Mal distribué, privé d’une partie de son charisme par une épilation des sourcils amoindrissant son expressivité, Connery suit le mouvement, sans se départir du sourire goguenard de l’acteur qui a parfaitement compris qu’il n’était pas le centre d’intérêt du film. Autour d’eux un superbe casting féminin : Louise Latham excellente en mère indigne, Diane Baker en belle-sœur jalouse, la ravissante Mariette Hartley en secrétaire caustique. On aperçoit le jeune Bruce Dern en marin dans un flash-back crucial.

« MARNIE » est trop long, trop platement dialogué, la photo est trop douce et granuleuse, mais certaines images s’impriment dans la mémoire (les matte-paintings de la ville portuaire où vit la mère de Marnie) et de belles scènes surnagent comme l’accident de cheval. À voir donc, en s’armant d’un peu de patience. Mais tout de même… On aimerait bien savoir qui a bien pu avoir l’idée de priver Sean de son accent écossais et surtout de ses sourcils broussailleux, qui font 50% de son charme !

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TIPPI HEDREN ET BRUCE DERN

 

« UN HOMME VOIT ROUGE » (1975)

RANSOM2Dès les premières images, on se rend compte qu’il n’y a rien de cinématographique dans « UN HOMME VOIT ROUGE ». Des otages au domicile d’un ambassadeur, des otages dans un avion cloué au sol, des flics et des militaires dans des bureaux… Tout est figé d’emblée et ce n’est pas la réalisation télévisuelle de Casper Wrede qui arrange les choses.

Totalement dépourvu de vie ou d’énergie, le film se déroule à un rythme funéraire. Les rares scènes d’action sont avortées et le coup de théâtre (un bien grand mot !) n’intervient que dix minutes avant la fin. Bien trop tard pour réveiller le spectateur qui a abdiqué depuis longtemps. Même la photo du grand Sven Nykvist est d’une platitude à pleurer et on sent que Jerry Goldsmith tente d’apporter avec sa BO tonitruante, un peu de nerf à des images qui en manquent cruellement.

Dans un rôle unidimensionnel de chef de la sécurité scandinave (sic !), Sean Connery est en service minimum. Assis un émetteur à la main, l’air plus ou moins soucieux, il balance des ordres avec désinvolture. Sa scène la plus remarquable est encore lorsqu’il prend une douche en discutant avec un officiel anglais. Pourquoi une douche ? En pleine journée ? Il n’y a aucune explication logique. À part évidemment, pour montrer que l’ex-007 est toujours en pleine forme physique. Dans un casting très médiocre, on reconnaît un jeune Ian McShane, avec une jolie coupe de cheveux laquée estampillée seventies, en ‘bad guy’ ambigu.

S’il fallait tout de même retenir une bonne scène dans ce film raté et poussif, ce sera un face-à-face entre Connery et la femme de l’ambassadeur pris en otage. L’excellente Isabel Dean y tient la dragée haute à Connery et lui donne l’occasion de jouer (un peu) la comédie, ce que le reste du film lui a interdit jusque-là. Cela vaut-il de s’infliger tout le reste ? Absolument pas ! Un des quelques vrais navets tournés par le grand Sean, au cours de sa longue et belle carrière.

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SEAN CONNERY ET IAN McSHANE

 

« LANCELOT, LE PREMIER CHEVALIER » (1995)

FIRST2La légende de Camelot a inspiré un nombre phénoménal de films et de séries TV de tous genres depuis des décennies. Aussi, quand Jerry Zucker, un des ‘ZAZ’ s’empare de la chose, on s’attend à une grosse parodie. Eh bien, pas du tout ! « LANCELOT, LE PREMIER CHEVALIER » fait plutôt dans le mélodrame emphatique, l’histoire d’amour médiévale, le « soap opera » en cotte de mailles. Bon ! Pourquoi pas après tout ? Il a déjà été mis à toutes les sauces…

À part que Zucker n’était manifestement pas l’homme de la situation : les séquences d’action sont d’une nullité effarante, avec en point d’orgue une bataille nocturne qui frise l’amateurisme pur et simple : une bouillie de gros-plans, d’inserts mal cadrés, sans aucun sens de l’espace. Si les noms de Sean Connery, Julia Ormond, Ben Cross ou John Gielgud rassurent, celui de Richard Gere dans le rôle-titre envoie immédiatement un signal d’alarme. Et ça ne loupe pas ! Avec son accent U.S. qui détone au milieu de toutes ces « belles voix » british, son regard chafouin et ses sempiternels tics de jeu, Gere est tellement à côté de la plaque en armure, qu’il semble contaminer ses partenaires. Connery en particulier, qui ressemble bien plus à Merlin l’enchanteur qu’au roi Arthur et qui paraît éteint, fatigué, la tête ailleurs. Il était bien plus impressionnant dans son caméo de deux minutes dans « ROBIN DES BOIS, PRINCE DES VOLEURS », quatre ans plus tôt ! En fait à bien y réfléchir, les trois têtes d’affiche ont clairement dix ans de trop pour leurs rôles, ce qui déséquilibre complètement le film et les relations entre eux. Seule Julia Ormond s’en sort à peu près, créant une Guenièvre sensible et combative avec fougue.

« LANCELOT » dure deux grosses heures. Cela peut être très long quand la mayonnaise ne prend pas. Bien sûr, la photo d’Adam Greenberg (« TERMINATOR ») et la BO de Jerry Goldsmith qui évoque le style d’un John Barry, sont de premier ordre, mais ce genre de film nécessite une vraie connaissance du genre. Et quand on contemple l’affligeant duel final entre Gere et Ben Cross, on a une pensée nostalgique pour le cher Errol Flynn qui a dû se retourner dans sa tombe devant tant de gaucherie et d’absence de panache. Quant à gaspiller Connery à ce point-là, il faut vraiment y mettre du sien !

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SEAN CONNERY, JULIA ORMOND ET RICHARD GERE

 

« À LA POURSUITE D’OCTOBRE ROUGE » (1990)

RED2« À LA POURSUITE D’OCTOBRE ROUGE » est la première aventure de ‘Jack Ryan’ héros de la CIA créé par Tom Clancy, à avoir été transposée sur grand écran. Il bénéficie du dynamisme visuel d’un John McTiernan en pleine possession de ses moyens, indispensable dans un scénario se déroulant intégralement à bord de deux sous-marins et de la photo assez culottée de Jan de Bont.

Mais l’atout principal du film, c’est son incroyable casting composé de grosses pointures jusqu’au plus petit rôle et surtout de la présence écrasante de Sean Connery, superbe en officier russe prêt à prendre tous les risques pour éviter une probable nouvelle guerre mondiale. Le film semble un peu long, mais c’est dû à l’exercice toujours périlleux du lieu unique et il n’évite pas toujours le cliché. Malgré tout, il a étonnamment peu vieilli et se laisse regarder avec plaisir, d’autant plus que les fulgurances de suspense sont très bien distillées et dosées. On se délectera particulièrement de certains face-à-face entre grands acteurs : Sam Neill rêvant du Montana devant Connery dans sa cabine ou Richard Jordan et l’ambassadeur russe Joss Ackland (« Ne me dites pas que vous avez encore perdu un sous-marin, Andreï ! »). On retrouve avec bonheur Scott Glenn, Tim Curry, Stellan Skarsgård ou James Earl Jones. Baldwin est un Ryan sympathique mais transparent. À croire que c’est inhérent au personnage.

Habile mélange de film d’espionnage, de film de sous-marin et de pamphlet pacifiste, « À LA POURSUITE D’OCTOBRE ROUGE » semble s’être bonifié avec les années. Il permet de revoir un Sean Connery de soixante ans qui n’a rien perdu de sa puissance, mais a gagné en finesse et en mélancolie. À noter l’intelligente façon dont McTiernan passe du russe à l’anglais, pendant la lecture d’un texte par Peter Firth, idée qu’il reprendra lui-même dans son « 13ème GUERRIER ».

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SCOTT GLENN, SEAN CONNERY ET ALEC BALDWIN

 

« LES INCORRUPTIBLES » (1987)

INCOSTrente ans après sa sortie, l’affiche de « LES INCORRUPTIBLES » laisse toujours interdit : Brian DePalma tourne un scénario de David Mamet sur une BO d’Ennio Morricone, avec une brochette d’acteurs à peine croyable. Le film n’est pas l’adaptation de la série TV des années 60, mais revient au livre de souvenirs d’Eliot Ness pour en faire un concentré quasi-westernien de la chute d’Al Capone.

Car « LES INCORRUPTIBLES » emprunte bien plus aux « 7 MERCENAIRES » ou aux classiques d’Howard Hawks qu’aux codes du film de gangsters. Le scénario élimine toutes les scènes de transition ou d’explication pour enchaîner les morceaux de bravoure, quitte à beaucoup trop dilater certains moments-clés et à trop en ellipser d’autres, moins spectaculaires. Cela donne un grand spectacle tonitruant, violent et fastueux, à la psychologie très sommaire et où la légende a complètement pris le pas sur la réalité. Un choix payant, vu le résultat, mais qui laisse toujours un peu frustré à la fin de la projection.

Si Kevin Costner est un honnête Ness sans grand charisme, il est magnifiquement entouré : Sean Connery savoureux vieux flic goguenard poussant son chant du cygne, Andy Garcia en tireur d’élite taiseux, Patricia Clarkson en épouse stoïque ou Billy Drago en horrible Nitti au rictus de chacal. À cause d’un temps de présence trop réduit (on oscille entre le caméo et le second rôle), Robert De Niro a opté pour un jeu grimaçant et caricatural pour camper un Capone suant de démagogie et de vulgarité. Il est indéniablement intéressant à regarder, sans jamais approfondir son portrait du caïd.

« LES INCORRUPTIBLES » n’est composé que de beaux moments de cinéma (l’assaut autour d’un camion de whisky à la frontière canadienne, l’embuscade à la gare, la fin sanglante de ‘Malone’, etc.) et de jolies répliques ‘hard boiled’ qui portent bien la griffe de Mamet. C’est un bel objet de luxe, distrayant et soigné jusqu’au moindre détail. Alors pourquoi n’arrive-t-on pas à l’adorer malgré les re-visions au fil des années ? Trop fabriqué peut-être, sans aspérité. À cause du trop lisse Costner aussi, auquel on ne parvient pas à s’identifier. Quoi qu’il en soit, la réunion au même générique des noms cités plus haut vaut à elle seule qu’on voie et revoie le film.

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SEAN CONNERY, KEVIN COSTNER ET ROBERT DE NIRO

 

« ZARDOZ » (1974)

zardozOn ne pourra jamais reprocher à John Boorman de s’être reposé sur ses lauriers. Après le succès de « DÉLIVRANCE », œuvre difficile mais accessible, il signe « ZARDOZ », un film totalement dingue, n’entrant dans aucune catégorie, une sorte de fable new age, une réflexion (sous LSD) sur l’immortalité, le fossé séparant le peuple des « élites », l’exploitation de l’homme par l’homme et tutti quanti.

C’est à la fois excessivement naïf et très ironique, à tel point qu’on peine à déterminer si le ridicule de certaines situations et le kitsch hallucinant enrobant tout le film, sont délibérés ou pas. Dans un futur indéterminé, les très riches, devenus immortels, se sont isolés dans des « vortex » et ont réduit les « brutes » (les pauvres, quoi) en esclavage. Mais comme l’éternité c’est long, surtout vers la fin, ces malheureux nantis vêtus en hippies bariolés, ne rêvent que de mourir. Aussi accueillent-ils avec joie un « exterminateur » qui s’est introduit dans leur univers aseptisé.

C’est bourré de bonnes idées, la 7ème symphonie de Beethoven est magnifiquement utilisée, les paysages irlandais sont glorieux. Et on s’amuse bien à suivre les déambulations d’un Sean Connery en slip rouge et arborant une énorme natte, dans des décors extravagants.

Le personnage du dieu Zardoz (allusion au « Wizard of Oz ») ne cessant de faire des clins d’œil au public dans sa tenue de charlatan, et de répéter qu’il ne s’agit que d’une farce, on se dit que Boorman s’est bien amusé lui aussi, à se payer notre tête en nous plongeant dans des abysses de perplexité.

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SEAN CONNERY, SARA KESTELMAN ET CHARLOTTE RAMPLING

Connery joue le jeu sans se soucier de son image et sa première apparition est un hommage à 007 : il tire sur l’objectif de la caméra, comme dans les génériques de James Bond ! Charlotte Rampling est bien belle et les acteurs font ce qu’ils peuvent de rôles abstraits à la gestuelle ahurissante.

On se moque, mais il n’en reste pas moins que « ZARDOZ » possède sa petite musique et qu’il a le mérite de ne ressembler à aucun autre film. Pas si mal…