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Archives de Catégorie: LES FILMS POLITIQUES

« QUANTUM OF SOLACE » (2008)

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DANIEL CRAIG

Réalisé par l’Allemand Marc Forster, « QUANTUM OF SOLACE » présente d’emblée deux singularités dans l’univers des 007. D’abord, c’est la suite directe de « CASINO ROYALE » tourné deux ans plus tôt et ensuite c’est, à 106 minutes, probablement le plus court des films de la franchise.QUANTUM

Le film a beau être distrayant, il marche trop ostensiblement dans les travées du premier Bond de Daniel Craig. De la poursuite acrobatique du début à la psychologie légèrement plus fouillée que d’habitude, c’est un nouveau style que les auteurs s’efforcent de consolider. Évidemment, c’est maintenant un peu éventé et trop systématique. Les morceaux de bravoure – poursuite à pied, en voiture, en avion ou en bateau – surviennent avec une régularité de métronome, tout comme les affrontements à mains nues assez sanglants. Mais comme le disent certaines affiches de films d’action : « Cette fois, c’est personnel ! » et 007 n’a qu’une obsession, venger l’amour de sa vie, Eva Green, dont on parle énormément dans ce n°2, sans jamais la revoir, même en flash-back. Olga Kurylenko ne fait pas vraiment le poids, même si elle s’acquitte fort bien de son personnage également hanté par la vengeance. Gemma Arterton est plus originale dans un rôle hélas, bien trop bref. On retrouve Judi Dench en « M » au comportement ambigu, Jeffrey Wright en collègue de la CIA et Giancarlo Giannini dans son rôle d’espion à facettes multiples. Mathieu Amalric est un « villain » quelque peu déconcertant et le voir se bastonner à coups de hache avec James Bond a quelque chose de surréaliste.

Moins riche au niveau du scénario, globalement dépourvu d’émotion (le peu qu’il y a semble forcé pour tenter d’égaler « CASINO ROYALE »), bien rythmé mais laissant assez extérieur, « QUANTUM OF SOLACE » a les défauts d’une sequel. Mais Craig est vraiment très bien !

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JUDI DENCH, DANIEL CRAIG, GEMMA ARTERTON ET GIANCARLO GIANNINI

 

« WELCOME BACK » (2015)

ALOHAÉcrit et réalisé par Cameron Crowe, dont le dernier bon film : « PRESQUE CÉLÈBRE », remonte à déjà 20 ans, « WELCOME BACK » (oui, c’est le titre français !) est une « rom-com » touristique, mâtinée de film d’espionnage, un film sans structure, sans fondations, qui donne l’impression d’être la seconde moitié d’une histoire qu’on aurait prise en route.

Bradley Cooper, ex-militaire au service d’un milliardaire mégalo (Bill Murray), revient à Hawaii où se trouve son ex (Rachel McAdams) et il rencontre une capitaine farfelue (Emma Stone) dont il tombe amoureux. Pour le reste – une vague intrigue de satellites, de trafic d’armes – impossible de s’y intéresser ne serait-ce qu’une seconde : c’est une bouillie bavarde, pleine de sous-entendus incompréhensibles. Alors ? Pourquoi aller jusqu’au bout ? Honnêtement, on ne trouve guère de bonnes raisons, hormis le charme des deux comédiennes, vraiment craquantes dans des rôles ultra-légers qu’elles pourraient jouer dans leur sommeil. Stone est particulièrement adorable, vive et drôle. Ensuite, on retrouve des comédiens sympathiques comme John Krazinski en soldat taiseux qui s’exprime par télépathie (la meilleure scène du film est un dialogue muet sous-titré avec Cooper), Alec Baldwin en général colérique ou la belle Ivana Milicevic de la série TV « BANSHEE » dans une quasi-figuration. Il y a aussi les paysages hawaiiens, bien mis en valeur, une ambiance détendue, alanguie, sensuelle parfois, et de fugitifs instants d’émotion qui parviennent à surnager par miracle.

« WELCOME BACK » est un non-film, un néant sur pellicule dont on ne fait que se demander pourquoi il existe, pour quelle raison il a été produit…

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BRADLEY COOPER ET RACHEL McADAMS

 

« LA COMTESSE » (2009)

COMTESSEÉcrit et réalisé par Julie Delpy, « LA COMTESSE » retrace la vie, ou plutôt la légende d’Erzebet Báthory (1560-1614), une noble hongroise soupçonnée d’avoir assassiné des dizaines de vierges pour se baigner dans leur sang, afin de préserver sa jeunesse. Les origines du mythe du vampire…

C’est très bien réalisé, finement photographié et conçu en deux parties distinctes : l’histoire d’amour idyllique entre la comtesse (Julie Delpy) vieillissante et un jeune homme candide (Daniel Brühl) et, une fois que celui-ci l’a quittée, la descente aux enfers d’Erzebet. C’est étrange, prenant, envoûtant par moments et l’actrice, pratiquement méconnaissable sous son masque blafard et glacial, est plus que convaincante. C’est au niveau du scénario que le bât blesse. Ce n’est en effet que vers la fin que l’auteure laisse entendre que la comtesse n’a peut-être jamais commis aucun crime, mais qu’elle fut victime d’un complot de ses pairs, destiné à la destituer et à s’accaparer ses richesses. Une version évidemment beaucoup plus vraisemblable que la légende vampiresque qui a perduré jusqu’à aujourd’hui et même, plus intéressante. Mais Delpy a préféré « imprimer la légende » et se priver d’une vraie réflexion sur cette femme seule dans un monde d’hommes et le poids de la calomnie. Cela n’empêche pas heureusement « LA COMTESSE » de posséder une forte identité, de traiter avec tact la violence et l’horreur de cette période et de décrire quelques personnages étonnants : William Hurt en cousin fielleux et manipulateur, Sebastian Blomberg en noble dépravé adepte du SM ou Nicolai Kinski (fils de…) en professeur dans les flash-backs.

Œuvre ambitieuse, maîtrisée et même puissante dans sa seconde partie, « LA COMTESSE » laisse en partie insatisfait par ses parti-pris narratifs, mais constitue un joli moment de cinéma.

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DANIEL BRÜHL, JULIE DELPY ET WILLIAM HURT

 

« LA FORMULE » (1980)

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GEORGE C. SCOTT

Écrit par Steve Shagan, d’après son propre roman, réalisé par John Avildsen (« ROCKY »), « LA FORMULE » démarre comme un polar situé à L.A. et se développe en suspense d’espionnage enraciné en Allemagne et dans la WW2. L’enjeu : la formule d’un carburant synthétique censé remplacer le pétrole.FORMULA2

Tout cela et bel et bon. Mais hélas, le scénario se résume à une longue succession d’interrogatoires, de rendez-vous menant à d’autres rendez-vous dans des lieux touristiques de Berlin. L’enquête du flic George C. Scott est fastidieuse, son histoire d’amour avec une « femme fatale » jouée – pas très bien d’ailleurs – par Marthe Keller, n’est pas crédible une seconde et mène à un coup de théâtre à la frontière entre les deux Allemagnes, qu’on voyait venir des kilomètres à l’avance. Un peu âgé et ventripotent pour son rôle, Scott se donne du mal, mais ne parvient jamais à donner chair à ce personnage dont le seul et unique trait de personnalité est d’avoir un fils qu’il aime et dont il nous rabat les oreilles. On aperçoit des visages connus comme John Gielgud, Richard Lynch, Beatrice Straight ou Craig T. Nelson qui n’apparaissent que dans une ou deux séquences. Mais évidemment, celui qu’on attend depuis le début, c’est Marlon Brando. Il incarne un puissant pétrolier, un « maître du monde » cynique et débonnaire avec un je-m’en-foutisme invraisemblable. Le crâne dégarni, affublé d’un faux nez, d’un sonotone, il fait un numéro clownesque et déconcertant, là où on aurait préféré une vraie composition pour lester le film et donner du poids (c’est le cas de le dire) à son discours final, seule chose vraiment intéressante du film. Mais Brando fait preuve d’une complaisance inouïe (la scène totalement inutile avec la grenouille dans sa piscine !) et anéantit une grande partie d’un rôle de tireur de ficelles ultime qui aurait pu être fascinant. « LA FORMULE » est un pensum statique, bavard, tellement truffé de noms propres qu’on s’y perd complètement. À éviter soigneusement, donc. Même pour le fan du grand Marlon, vraiment à côté de la plaque.

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MARLON BRANDO, GEORGE C. SCOTT ET MARTHE KELLER

 

« LES BAROUDEURS » (1970)

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CHARLES BRONSON ET TONY CURTIS

Co-production internationale tournée en Turquie par l’anglais Peter Collinson (« L’OR SE BARRE »), « LES BAROUDEURS » (traduction osée de : « ON NE PEUT PAS GAGNER À TOUS LES COUPS ») est un remake inavoué de « VERA CRUZ » situé en 1922, en pleine guerre civile.BAROUDEURS

Il y a tout pour plaire dans ce film : deux stars charismatiques comme Tony Curtis et Charles Bronson, une belle Française comme Michèle Mercier, des paysages grandioses et une photo qui flatte l’œil. Alors pourquoi ressort-on de cette projection aussi dépité ? D’abord parce que hormis le squelette d’histoire copieusement pompé sur le film de Robert Aldrich par le scénariste/comédien Leo Gordon, le récit se résume à une enfilade de trajets touristiques en bateau, à pied, en voiture, en train, à cheval ou à dos d’âne. Ensuite les dialogues sont d’une effarante lourdeur, confrontant un Curtis narquois à un Bronson primesautier. Ils tentent d’établir une complicité, mais tout paraît forcé, jamais naturel. Quand on pense à l’alchimie entre Gary Cooper et Burt Lancaster ! Bronson, qui jouait déjà un petit rôle dans « VERA CRUZ », aurait dû mieux observer ses aînés et s’en inspirer. Il commet d’ailleurs une erreur de débutant : il éclate de rire à toutes les saillies « spirituelles » de Curtis, quand c’est le spectateur qui devrait rire. Que reste-t-il alors ? De bonnes scènes de foule avec une impressionnante figuration, des batailles crédibles. Hélas, ces moments de grand spectacle n’étant sous-tendus par aucun enjeu humain, tombent à plat et semblent durer des heures. « LES BAROUDEURS » manque de nerf, de raison d’être, c’est d’autant plus regrettable que la première rencontre entre les deux protagonistes sur un bateau de pêche grec est très prometteuse et fleure bon la grande aventure, avec ces visages tannés par le soleil, cette guimbarde dont joue Bronson comme dans un western italien. Hélas, à l’arrivée au port, c’est la débandade immédiate et les petits apartés de Curtis, ses sourires fripons et ses réparties du tac-au-tac deviennent vite agaçantes. Typiquement le genre de film qu’on regrette de ne pas aimer.

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TONY CURTIS, CHARLES BRONSON, LEO GORDON ET MICHÈLE MERCIER

 

« ENNEMIS JURÉS » (2011)

CORIOLANUSCe n’est pas la première fois qu’une pièce de Shakespeare est adaptée à une époque plus « moderne » quoi qu’imprécise. On se souvient du « HAMLET » de Branagh et du « RICHARD III » avec Ian McKellen.

« ENNEMIS JURÉS » réalisé et interprété par Ralph Fiennes, transpose « CORIOLANUS » dans une Rome alternative (filmée en Serbie) où les personnages portent des costumes et uniformes d’aujourd’hui et parlent couramment la langue du grand Will. On met du temps à s’y habituer, d’autant que la réalisation de Fiennes est assez rebutante avec sa caméra perpétuellement « bougée », ses flous et sa photo sans grâce. C’est en fait l’histoire de ce général fanatique, véritable chien de guerre dressé par sa propre mère (Vanessa Redgrave) et banni par son peuple, qui maintient l’intérêt. Trop focalisé par lui-même et par le rôle écrasant qu’il s’est octroyé, Fiennes ne laisse pas suffisamment de place à Gerard Butler, son ennemi juré auquel il finit par s’associer pour se venger de son ingrate patrie. On n’assiste donc pas au face à face promis par le titre français, mais plutôt aux tourments de ce Coriolanus banni, rongé par son orgueil et son manque d’humanité. Dommage, car le scénario insuffle un sous-texte crypto-gay entre les deux antagonistes, pas assez développé, et décrit l’armée des Volsques comme une bande de taulards musculeux, chauves et tatoués. Mais on l’a dit, tout excellent qu’il soit dans ses trop rares moments, Butler s’efface derrière son réalisateur, acteur sérieux mais limité, dont l’absence de charisme nuit au film tout entier. Outre Redgrave, remarquable, on retrouve des comédiens qu’on aime comme Brian Cox, John Kani et Jessica Chastain, à peine visible en épouse soumise. À voir pour découvrir une pièce peu connue de Shakespeare, mais « ENNEMIS JURÉS » est un film qui manque d’ampleur et de cœur. Et, concernant l’acteur/réalisateur, d’un peu d’humilité.

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RALPH FIENNES, VANESSA REDGRAVE, JESSICA CHASTAIN ET GERARD BUTLER

 

« SPENSER CONFIDENTIAL » (2020)

SPENSERLa série de romans dont s’inspire « SPENSER CONFIDENTIAL » de Peter Berg, avait déjà servi de base à la série TV des années 80 : « SPENSER : FOR HIRE », avec Robert Urich.

Produit par Netflix, ce polar s’avère très sympathique, même s’il ne déborde pas d’originalité et vaut surtout pour son côté « buddy movie » assumé et aimablement rétro. Mark Wahlberg est un ex-flic intègre qui, après cinq ans de prison pour avoir tabassé un supérieur ripou, retourne à Boston pour enquêter sur le meurtre de celui-ci. Le scénario est d’une absolue banalité, mais l’intérêt est accroché par le casting, d’une rare qualité. Wahlberg d’abord, dans son emploi de prédilection, celui du gentil héros humble, qui sait encaisser les coups (et il en prend énormément dans ce film !), révolté par l’injustice. À ses côtés, l’étonnant Winston Duke, colosse doux et pacifique, qui s’impose comme co-équipier de choc, Alan Arkin excellent comme toujours ces dernières années, en mentor râleur, et la stupéfiante Iliza Shlesinger en ex-girlfriend agressive, toiletteuse pour chiens, qui n’a pas froid aux yeux. Ce petit groupe homogène et attachant pourrait, et c’est flagrant lors de l’épilogue, s’imposer comme protagonistes d’une nouvelle série TV. « SPENSER CONFIDENTIAL » dure presque deux heures, mais on ne les sent pas passer. Les scènes d’action – et de bagarres à mains nues en particulier – sont très bien réglées, le dialogue est soigné, faisant penser plus d’une fois au « DERNIER SAMARITAIN » de Tony Scott. Donc aucune raison de bouder son plaisir, car le film trouve un équilibre quasi-miraculeux entre l’action « hardcore », la comédie, et assure même un sous-texte politique sur la vieille thématique du « tous pourris ». À voir donc, c’est un bon passe-temps.

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WINSTON DUKE ET MARK WAHLBERG

 

« LA TRAHISON SE PAIE CASH » (1975)

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JOE DON BAKER

« LA TRAHISON SE PAIE CASH » (excellent titre français, pour une fois !) est un polar de vengeance sans surprise, réalisé par le vétéran tous-terrains Phil Karlson pour capitaliser sur le récent succès de son « JUSTICE SAUVAGE » avec la même vedette : Joe Don Baker.FRAMED

L’intérêt, si intérêt il y a, ne réside certes pas dans un scénario « hard boiled », languide et poussif, qui suit les malheurs d’un joueur professionnel piégé pour le meurtre d’un shérif-adjoint. Il est confronté à la mafia et à la corruption des politiciens du Tennessee, à ses co-détenus. Tout est prévisible, lourdingue et seuls les flashes d’ultra-violence viennent sortir de la torpeur. Car, avec sa photo hideuse de téléfilm, sa bande-son qui écorche les oreilles, le film aurait pu sombrer corps et bien dans l’oubli, comme bon nombre de séries B des seventies. Seulement, il y a Joe Don Baker. Acteur-culte aux U.S.A. pratiquement inconnu en Europe, qui connut une vraie renommée entre 1973 et la fin de la décennie. Ici, il crève l’écran dans un emploi très particulier de brute épaisse, véritable bulldozer humain, capable d’endurer tous les passages à tabac, sans jamais baisser la tête, sans jamais s’écraser. Un personnage d’éléphant dans un magasin de porcelaine, qu’il joue avec une sorte de délectation méchante, entouré par de bonnes « tronches » de l’époque comme Brock Peters, John Marley en mafioso sympathique, Gabriel Dell ou Roy Jenson qui assure avec Baker une scène de bagarre à mains nues d’une sauvagerie inouïe. Seule femme au générique, la chanteuse Conny Van Dyke joue… une chanteuse amoureuse de ce grizzly de Joe.

Pas un grand film donc, « LA TRAHISON SE PAIE CASH », par la faute d’un grand laisser-aller dans l’esthétique et d’une écriture relâchée et paresseuse. À voir tout de même parce que Baker n’a pas tourné autant de films que cela en tête d’affiche, et qu’il vaut vraiment le détour.

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JOE DON BAKER, CONNY VAN DYKE ET ROY JENSON

 

« L’IRLANDAIS » (1987)

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LIAM NEESON ET MICKEY ROURKE

Réalisé par l’intéressant Mike Hodges, d’après un roman de Jack Higgins, « L’IRLANDAIS » (titre français bien décevant comparé à l’original : « UNE PRIÈRE POUR LES MOURANTS ») est un polar qui démarre bien, offre des enjeux très forts, des personnages intrigants, pour pécher trop vite par la faute d’un scénario statique, malhabile, qui finit par lasser tout intérêt.PRAYER

Pourtant, la première moitié est très prometteuse et Mickey Rourke, teint en roux, est crédible en assassin professionnel au bout du rouleau, traqué par la police, un caïd local et par ses employeurs de l’IRA. Il traîne une grise mine, un spleen d’écorché vif, bien entouré par Bob Hoskins en ex-baroudeur devenu prêtre, Alan Bates – un peu trop grimaçant, mais qui semble bien s’amuser – en gangster/croque-mort, Liam Neeson en cadre de l’IRA au cœur trop sensible, Alison Doody en exécutrice impassible. Sammi Davis est très gauche en aveugle mais Christopher Fulford crève l’écran dans un rôle de psychopathe répugnant : un vrai méchant comme on adore les haïr ! Tous ces éléments, ajoutés à une bonne BO de Bill Conti ne parviennent toutefois pas à réellement faire décoller le film. Les séquences impliquant les policiers sont d’une lourdeur invraisemblable, l’action semble trop souvent se résumer à d’incessants aller-retour entre le funérarium et l’église et, malgré quelques très bonnes scènes d’action et de belles confrontations, « L’IRLANDAIS » ne parvient jamais à passionner. C’est vraiment dommage, car le potentiel, et cela se sent tout du long, était considérable, et – nous l’avons dit – le casting de tout premier ordre. Mais la mayonnaise ne prend pas, le rythme demeure constamment plombé et la fin, autour d’une bombe prête à exploser est torchée à la va-vite, expédiée. À voir pour Rourke, encore dans sa grande époque, qui parvient à créer un personnage opaque et attachant à la fois.

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ALAN BATES, MICKEY ROURKE ET SAMMI DAVIS

 

« LAST CALL » (2016)

LAST« LAST CALL » (oui, c’est le titre français !) de Mark Williams est une curieuse bouillabaisse à base de drame social (le monde du travail dans l’Amérique de l’après-2008), de mélo familial (la maladie du petit çarçon) et de « feel good movie » (la rédemption de l’affreux yuppie).

Difficile de s’en faire une opinion tranchée. Objectivement, ce n’est pas désagréable, d’autant que Gerard Butler fait preuve d’une épatante énergie dans ce rôle de « chasseur de têtes » au tempérament de bulldozer, prêt à toutes les bassesses, à toutes les trahisons pour décrocher un marché juteux, qui va être confronté à la réalité et donc, à lui-même. Il porte le film sur les épaules, parvient à être dans un même temps haïssable et émouvant, et touche parfois à une épaisseur humaine à la Spencer Tracy. Si dans le rôle de sa femme, Gretchen Mol ne fait que larmoyer et s’avère très irritante à la longue, le reste du casting est irréprochable : Willem Dafoe excellent en boss dur et – apparemment – sans cœur, dissimulant soigneusement un vieux fond d’humanité, Alfred Molina parfait en chômeur longue durée endurant et le petit Maxwell Jenkins impeccable en fils atteint de leucémie. Sa relation avec Butler, épurée et bien observée, transcende le matériau en évitant le pathos hollywoodien. « LAST CALL » a tout d’un téléfilm diffusé l’après-midi, à la différence qu’il est filmé et cadré avec soin, que le scénario réserve des moments de vérité assez crus (les disputes domestiques, les scènes de foire d’empoigne au bureau) et qu’il permet à Butler, comédien décidément plein de ressources de s’affirmer comme un acteur complet, capable de passer du blockbuster d’action au drame psychologique avec la même aisance.

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GERARD BUTLER, MAXWELL JENKINS, WILLEM DAFOE ET ALFRED MOLINA