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Archives de Catégorie: LES FILMS POLITIQUES

« WATCHMEN : LES GARDIENS » (2009)

Adapté avec une fidélité exemplaire d’un « roman graphique » anglais paru en 1987, « WATCHMEN : LES GARDIENS » de Zack Snyder va bien au-delà des habituels films de super-héros et se joue de cette nouvelle mythologie en posant sur elle un regard novateur et passéiste à la fois (l’ambiance « film noir » qui court pendant les trois heures de projection) et en créant des personnages réellement complexes et faillibles.WATCHMEN.jpg

Situé dans une réalité alternative où Nixon sort vainqueur de la guerre du Vietnam et garde le pouvoir pendant des décennies, où les justiciers masqués sont interdits de séjour et où menace la guerre nucléaire avec la Russie, « WATCHMEN » se déroule sur plusieurs époques et développe soigneusement ses nombreux protagonistes. Outre une réalisation rigoureuse qui intègre à la perfection les CGI, une photo magnifique de bout en bout (Larry Fong), le film s’impose comme un des meilleurs du genre grâce à son scénario maniant les clichés avec maestria : le super-méchant de service, le salaud prêt à détruire la planète a un plan bien précis en tête et la révélation finale « cueille » complètement et laisse pensif, remettant en question jusqu’à la notion de « bon » et de « méchant ». « WATCHMEN » est truffé de séquences anthologiques, que ce soit dans l’action pure, l’atmosphère ou même… la poésie. Quand c’est violent, c’est TRÈS violent, voire gore, quand il s’agit de suivre l’évolution d’un homme devenu accidentellement un dieu (Billy Crudup), les auteurs entrouvrent des portes inattendues dans la métaphysique.

Doté un cast brillant : Malin Akerman superbe, Jeffrey Dean Morgan en salopard cynique, Jackie Earle Haley stupéfiant en justicier sociopathe au masque mouvant, Carla Gugino hélas trop souvent vieillie au latex ou l’excellent Patrick Wilson, « WATCHMEN » atteint une sorte de perfection dans le sous-genre du cinéma de SF qu’est devenu le film de super-héros.

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JEFFREY DEAN MORGAN, BILLY CRUDUP ET MALIN AKERMAN

À noter qu’il existe trois montages du film : un de 162 minutes exploité en salles, un director’s cut de 186 minutes sorti en vidéo (et chroniqué ici) et un de 215 minutes sous-titré : « Ultimate cut » et reniée par Snyder.

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« NEW YORK – UNITÉ SPÉCIALE » : saison 18 (2017)

Après le regain d’énergie de l’année précédente, la 18ème saison de « NEW YORK – UNITÉ SPÉCIALE » démarre très mal, ressasse les mêmes histoires à peine modifiées, les comédiens récurrents sont visiblement démotivés, ne s’investissent plus du tout et suivent la routine. L’usure est là, flagrante et l’absence d’un alter ego d’égale importance face à Mariska Hargitay, comme le fut Chris Meloni, se fait de plus en plus ressentir.SVU18.jpg

Fort heureusement, la seconde partie de la saison se ressaisit, les scénarios deviennent moins anecdotiques, plus engagés car les auteurs traitent de fanatisme religieux, d’intolérance, de racisme, de charlatanisme, en appelant un chat un chat et en balançant même des piques directes au président Trump. Plutôt osé pour une série tous-publics à grosse audience ! Cela rattrape la déconvenue du démarrage. Mais pas complètement. Le cast de personnages récurrents demeure en retrait, comme anesthésié, hormis Ice T. en passe de devenir sergent et qui retrouve un peu de son agressivité d’antan, Par contre Kelli Giddish semble avoir des moments d’hébétude, mais Peter Gallagher affine encore son rôle de chef de la police. L’héroïne-en-titre (et productrice), Miss Hargitay, est poussive, se repose sur les sempiternels mêmes tics de jeu et mimiques et plombe un peu l’ensemble, comme le fait parfois Tom Selleck dans « BLUE BLOODS ». Sans parler de sa non-relation avec son fils adoptif, tellement mal gérée qu’on redoute ces séquences longtemps à l’avance. Le regard du spectateur attentif aura remarqué que l’enfant ne la regarde pas une seule fois dans les yeux, mais qu’il est constamment tourné vers (probablement) sa véritable mère, qui doit se tenir près de la caméra ! Très irritant…

À voir, d’abord par habitude (c’est conforable, une série qui a presque vingt ans !) et pour des épisodes remarquables comme « CONVERSION » ou « AMERICAN DREAM ». À l’année prochaine, donc !

 

« LE GAUCHO » (1952)

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RORY CALHOUN

« LE GAUCHO » de Jacques Tourneur est un sympathique western argentin, créant le mythe d’une sorte de Robin-des-bois de la pampa, un des derniers hommes libres chassés par le progrès en marche et l’arrivée des « étrangers ».GAUCHO2.jpg

Le contexte historique est un peu flou, les péripéties sont convenues et évoquent celles de « VIVA ZAPATA ! » ou « BRONCO APACHE ». Mais le scénario est efficace et le personnage central joué par le sous-estimé Rory Calhoun est attachant parce qu’évolutif. Macho orgueilleux prompt à dégainer son coutelas pour étriper ses rivaux, Calhoun tombe amoureux d’une « fille de la ville » (ça se comprend, puisqu’il s’agit de Gene Tierney) et devient un chef de la rébellion sous le nom de ‘Valverde’. Mais il a à ses trousses le rugueux militaire Richard Boone, qu’il a rendu infirme lors d’un affrontement, bien déterminé à se venger. L’intérêt du « GAUCHO » est que, même les méchants ou assimilés, à savoir Boone et Hugh Marlowe, l’ex-ami d’enfance de notre héros, corrompu par le pouvoir et l’argent, ne sont pas des caricatures sur pattes, mais ont plusieurs facettes à leur personnalité. Bien sûr, tout cela est fort naïf et parfois légèrement niais, mais les paysages argentins sont très bien exploités, certaines vues des montagnes sont magnifiques et l’ensemble se laisse regarder avec plaisir à condition de garder son âme d’enfant. Outre Calhoun qui a fière allure et Boone excellent qui tire le maximum de son rôle ingrat, on remarque de bons seconds couteaux comme Everett Sloane en gaucho guitariste. Gene Tierney, pas toujours mise en valeur par la photo, n’a qu’un rôle d’amoureuse sans relief. Certes pas le chef-d’œuvre du siècle et loin d’être un des plus belles réussites du versatile Tourneur, mais un film plaisant, dépaysant et bien troussé.

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GENE TIERNEY, RICHARD BOONE ET RORY CALHOUN

 

« LE VILAIN AMÉRICAIN » (1963)

UGLY.jpgOn peut rejeter en bloc « LE VILAIN AMÉRICAIN » de George Englund en n’y voyant qu’un pensum didactique, une leçon de géopolitique soporifique et se demander ce qui a bien pu attirer Marlon Brando dans ce rôle d’ambassadeur naïf et imbu de lui-même, pas spécialement compétent et assez tête-à-claques. À part, probablement, le discours du film.

Mais on peut aussi, avec un peu de patience, apprécier le courage d’un scénario refusant le manichéisme anticommuniste et les amalgames et démontant avec une grande lisibilité les rouages d’un univers opaque où les révolutionnaires, les occidentaux bien-pensants ne sont que les pions aveugles et crédules de grandes puissances qui les manœuvrent à loisir. Le film est trop long, infiniment trop bavard, mais certains face-à-face entre Brando (qui arbore le patronyme ô, combien symbolique de « MacWhite » !)  et Eiji Okada (dont l’anglais est plus intelligible que le français dans « HIROSHIMA, MON AMOUR » trois ans plus tôt), amis puis ennemis, sont passionnants bien que théâtraux et la Thaïlande offre de beaux extérieurs.

Brando est inhabituel en politicien arrogant, sûr de lui et de ses certitudes. Son charisme physique atténué par une petite moustache ridicule, il compose un personnage complexe, impuissant, berné du début à la fin. Il se laisse voler la vedette par Okada, excellent en leader passionné et lucide, inconscient de n’être qu’une marionnette. Autour d’eux quelques bons comédiens comme Pat Hingle, Jocelyn Brando (sœur de…) ou Arthur Hill. Difficile de recommander chaudement un film comme « LE VILAIN AMÉRICAIN », souvent fastidieux et balourd, mais il mérite tout de même un coup d’œil pour ce qu’il a à dire sur l’ingérence U.S., la guerre froide ou le colonialisme en général. Et éventuellement pour Brando qui endosse crânement le caractère peu sympathique de cet ambassadeur inepte.

À noter qu’il serait certainement intéressant de voir « LE VILAIN AMÉRICAIN » en double-programme avec un autre film de Brando : « QUEIMADA » tourné six ans plus tard et qui présente plusieurs analogies avec celui d’Englund.

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EIJI OKADA ET MARLON BRANDO

 

« MENSONGES D’ÉTAT » (2008)

BODY.jpg« MENSONGES D’ÉTAT » apparaît toujours comme le dernier vraiment bon film en date de Ridley Scott. C’est un thriller d’espionnage situé en Jordanie et décrivant avec une minutie parfois effrayante, parfois écœurante, les agissements de la CIA pour capturer un leader terroriste jusque-là indélogeable.

Parfaitement intégré sur place, l’agent Leonardo Di Caprio s’allie avec Mark Strong, chef des services secrets jordaniens et doit compter avec son propre boss, Russell Crowe, un tireur de ficelles cynique et planche-pourrie qui le manœuvre depuis les U.S.A. Sur ces bases solides, Scott sort l’artillerie lourde pour signer un film frénétique, fiévreux, profondément ancré dans son époque. Dans « MENSONGES D’ÉTAT », la fin justifie sans arrêt les moyens, la parole donnée ne signifie plus rien et les quelques vestiges d’honneur motivant encore le jeune espion finiront par voler en éclats. Sur deux heures de projection, le rythme ne faiblit jamais, le suspense est maintenu par l’instabilité permanente des protagonistes. Tout le monde manipule tout le monde, des vies sont sacrifiées, les pièges sont d’une sophistication hallucinante et coûtent cher en vies humaines.

Caprio est très bien, malgré un visage encore trop poupin qui le rend par moments à peine crédible. Mais il est exceptionnel dans sa séquence de torture. Crowe se délecte d’un rôle ambigu et antipathique, mais ils se font voler la vedette par Strong, un acteur pourtant souvent transparent, méconnaissable sous sa perruque. Celui-ci tient un rôle fascinant de maître-barbouze impassible et glacial, aux méthodes d’un autre âge. À noter la trop brève apparition d’Oscar Isaac dans la première partie.

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MARK STRONG ET LEONARDO DI CAPRIO

Le film d’espionnage – à l’image de notre monde – a bien changé depuis Hitchcock et 007. Il fait l’état des lieux d’une terre en proie au chaos dont l’équilibre ne tient qu’à un fil. Un fil très mince.

 

« HORS DE CONTRÔLE » (2010)

HORS« HORS DE CONTRÔLE » est l’adaptation U.S. d’une minisérie anglaise de 1985 déjà réalisée par Martin Campbell qui reprend les rênes pour ce remake condensé. Le passage d’un média à l’autre se fait plutôt harmonieusement.

Le film marque le retour à l’écran de Mel Gibson après six ans d’absence. Le visage marqué, l’œil éteint, l’ex-superstar se repose, comme souvent, sur ses deux ou trois tics de jeu et sur son indéniable présence physique, mais il parvient à maintenir l’intérêt autour de ce personnage de flic de Boston cherchant à venger sa fille irradiée puis abattue sous ses yeux par un tueur-à-gages. L’histoire évolue autour d’un complot nucléaire impliquant le gouvernement. Mel enquête sur la vie de sa fille (Bojana Novakovic) dont il découvre les activités d’activiste. Malgré plusieurs passages trop bavards, trop longs et inertes, de grosses ficelles policières vues et revues, « HORS DE CONTRÔLE » se laisse regarder pour l’imposant savoir-faire de Campbell, des séquences d’action extrêmement bien réglées (bagarres à mains nues, accidents de voiture), et pour l’excellente gestion des flash-backs visuels ou sonores explicitant la relation du père et de la fille. Autour de ce duo émouvant, on retrouve de solides seconds rôles comme Danny Huston en pourri-en-chef ou Ray Winstone formidable en « nettoyeur » ultra-cool et vif comme l’éclair malgré sa corpulence.

« HORS DE CONTRÔLE » est un honnête thriller, qui peine à enthousiasmer totalement. C’est du bon travail de pro, un véhicule parfait pour le comeback d’une star déclinante, mais il n’est pas sûr qu’il en reste grand-chose après le mot « FIN ». À noter un dernier plan digne de « GHOST » assez incongru.

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MEL GIBSON, RAY WINSTONE ET DANNY HUSTON

 

« SAW VI » (2009)

Bon, d’accord. Ce n’est peut-être drôle qu’en français, mais impossible de ne pas laisser échapper un rire bête en découvrant le titre du 6ème  opus de la franchise, c’est-à-dire : « SAW VI » !SAW6

Premier film du monteur Kevin Greutert, ce film fait de plus en plus ressembler les « SAW » à une série télé fatiguée, qui ferait des pieds et des mains pour donner une cohérence à un vaste n’importe quoi organisé depuis maintenant plusieurs années. Le serial killer Tobin Bell est mort depuis déjà quelque temps, mais il fait encore partie de la fête, dans des vidéos préenregistrées ou des flash-backs. Et malgré ses méthodes brutales, voire sadiques, il fait toujours plus figure de vengeur anti-establishment. Le scénario s’en prend directement au système de santé U.S. et aux compagnies d’assurances. C’est Peter Outerbridge, assureur sans pitié, qui sera au centre du jeu. Un jeu très gore, très prévisible, usé jusqu’à la corde, mais qui tourne gravement en rond. Car la franchise fonctionne à présent en circuit fermé et semble se nourrir d’elle-même. Et Costas Mandylor, bouffi et maussade, fait un bien triste substitut à Jigsaw.

À ce stade, « SAW » a tiré pratiquement toutes ses cartouches, mais maintient la vague promesse qu’à la toute fin, on aura droit à une énorme révélation. Les petits twists de ce n°6 ne sont pas vraiment mauvais, mais à vrai dire, on s’en fiche un peu. Et le casting, contrairement aux premiers films, est uniformément désastreux.