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Archives de Catégorie: LES FILMS POLITIQUES

« STANDER » (2003)

STANDER2« STANDER » est un curieux polar tiré de faits réels et centré sur un flic de Johannesburg traumatisé d’avoir dû abattre un homme – un Noir, bien sûr – pendant une manif. Cela se passe en plein apartheid, au début des années 80. Et ce flic, par révolte contre le système de son pays qui l’a poussé à devenir un assassin, par désir de rédemption, va devenir un insaisissable braqueur de banques. Pas pour l’argent, non : c’est un geste politique !

L’action prend un certain temps à se mettre en branle et le jeu retenu, presque oblique de Thomas Jane, s’il est tout à fait approprié, n’aide pas à s’attacher au personnage. Mais on s’habitue au rythme et la réalisatrice Browen Hughes maîtrise parfaitement des séquences difficiles comme l’émeute et les attaques de banques, toutes différentes.

La petite bande formée par Jane et les excellents Dexter Fletcher et David O’Hara finit par devenir attachante dans ce contexte de violence et de racisme d’État. Et lorsque ‘Stander’ retrouve le père de l’homme qu’il a tué, c’est avec empathie qu’on le regarde se laisser massacrer à coups de bâton par le vieillard. À ce moment-là, Stander prend une vraie épaisseur humaine et rejoint les gangsters romantiques magnifiés par Hollywood. Dommage que la toujours superbe Deborah Kara Unger soit – comme à son habitude, hélas – si peu et si mal utilisée en épouse loyale mais fatiguée du flic/hors-la-loi.

STANDER

THOMAS JANE ET DEBORAH KARA UNGER

Une bonne surprise donc, que ce film qui semble parfois hésiter à assumer un style en particulier : ni documentaire, ni ultra-violent, ni frontalement politique, mais qui contient de beaux moments et permet de voir un Thomas Jane beaucoup moins transparent que de coutume dans un rôle fouillé. La dernière partie à Lauderdale confirme qu’il est capable d’être un très bon comédien, pour peu que le matériau lui en offre l’opportunité.

 

« LA GUERRE EST FINIE » (1966)

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YVES MONTAND ET INGRID THULIN

Écrit par Jorge Semprun, d’après ses souvenirs personnels, réalisé par Alain Resnais, révélé trois ans plus tôt par « L’ANNÉE DERNIÈRE À MARIENBAD », « LA GUERRE EST FINIE » est un très curieux film à la fois politique et intimiste, centré sur la personnalité d’un « révolutionnaire professionnel » espagnol (Yves Montand) rentrant à Paris après six mois à Madrid, et se questionnant sur ses motivations, sa lassitude et sa foi dans sa cause.GUERRE

C’est un film curieux parce qu’entre des séquences assez assommantes et lourdement didactiques entre « camarades » autour d’une table, au fin-fond d’une banlieue sinistre, où se décide l’avenir de l’Espagne, on a droit à des scènes d’amour ultra-stylisées et quasi-oniriques. Si le scénario est linéaire, extrêmement bavard, Resnais brise parfois la ligne droite par des flash-forwards déconcertants, servant (peut-être) à souligner la routine quotidienne de son ‘Diego’ et les raisons de sa fatigue. Malgré plusieurs tunnels assez pénibles, le film tient tout de même par son atmosphère paranoïaque, par le noir & blanc réaliste de Sacha Vierny qui permet de redécouvrir le Paris des années 60 et aussi par son casting éclectique.

Montand, crispé, anxieux, perpétuellement mal à l’aise, crée un personnage assez concret, dont on perçoit les tourments grâce à ses expressions réprimées et furtives. Ingrid Thulin est émouvante en femme amoureuse envers et contre tout. La toute jeune Geneviève Bujold est absolument ravissante en léniniste exaltée. Parmi les seconds rôles, Jacques Rispal, Paul Crauchet et Jean Bouise sont des « copains » exilés plus vrais que nature, Michel Piccoli moustachu joue un flic des douanes suspicieux et Bernard Fresson apparaît brièvement à la toute fin, en chauffeur débutant.

« LA GUERRE EST FINIE » ne plaira certes pas à tout le monde, mais il a pris une certaine patine avec les années et, même si on n’est pas passionné par les coulisses de l’Espagne franquiste, on pourra toujours admirer un Montand dans sa meilleur période et de magnifiques comédiennes joliment photographiées.

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GENEVIÈVE BUJOLD, YVES MONTAND ET PAUL CRAUCHET

 

« AMERICAN DREAMZ » (2006)

DREAMZ2« AMERICAN DREAMZ » est une satire de l’univers de la télé-réalité, via une émission de « télé-crochet musical » qui passionne l’Amérique. On y voit un producteur cynique (Hugh Grant) recruter les candidats les plus « vendeurs », des « freaks » comme il les appelle, dont la nullité n’a d’égal que leur pittoresque.

Difficile d’appréhender un tel film, puisqu’on sait que la laideur, la vulgarité sont délibérées et font partie du jeu de massacre. Mais force est de reconnaître qu’on ne rit pas très souvent, que les personnages sont odieux et sans substance et que le mauvais goût (les terroristes d’opérette frisent tout de même le carton rouge) dépasse certaines bornes. Mais le pire est encore le manque de rythme et l’absence quasi-totale d’émotion quelle qu’elle soit.

En revanche, on est accroché par l’étonnante qualité du casting : si Grant n’est pas très bien employé en producer tête-à-claques dépourvu de charme et d’humanité, Dennis Quaid est très drôle en président des U.S.A. dépressif et pas très futé. Certaines scènes où il apparaît sont étrangement prémonitoires et pourraient parfaitement parler du monde d’aujourd’hui. Willem Dafoe vieilli de vingt ans par un maquillage efficace, joue son conseiller qui l’utilise comme une marionnette. Les excellentes Marcia Gay Harden, Jennifer Coolidge et Judy Greer sont bêtement gaspillées.

Il y a peu à dire donc, sur ce « AMERICAN DREAMZ » à l’humour pied-de-plomb, qui aurait mérité une écriture plus soignée et subtile. Par moments, on devine que le « pitch » avait un certain potentiel et aurait pu donner lieu à une sorte de « THE PLAYER » dans l’univers de la télévision du 21ème siècle. Mais Paul Weitz n’a pas eu cette ambition et s’est contenté de rires téléphonés et de situations grotesques. À voir à la rigueur pour Quaid qui a deux ou trois scènes formidables.

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DENNIS QUAID, HUGH GRANT ET WILLEM DAFOE

 
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Publié par le 5 juillet 2017 dans COMÉDIES, LES FILMS POLITIQUES

 

« L’HOMME DU CLAN » (1974)

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LEE MARVIN

Avant d’aborder « L’HOMME DU CLAN » à proprement parler, un petit historique s’impose : le scénario fut coécrit par Sam Fuller qui devait le réaliser. La chose aboutit finalement entre les mains plus mercenaires – et moins talentueuses – de l’Anglais Terence Young. Le film fut massacré au montage, raccourci, censuré, remonté, exploité en vidéo dans des copies affreuses depuis des décennies. Jusqu’à ce que tout récemment, les éditions Olive le sortent enfin de façon (à peu près) décente en Blu-ray.KLAN

Cela change-t-il le mauvais souvenir laissé par le film ? Eh bien, étonnamment, un peu tout de même. Retrouvant un minimum de qualité technique, « L’HOMME DU CLAN » s’avère moins désastreux qu’on aurait pu le craindre. Bien sûr, la photo et la BO sont très moches, la facture demeure assez primitive et rappelle les « exploitation films » de l’époque. Les acteurs ne sont pas tous au top de leur forme, mais il est rare qu’un film U.S. des seventies parle aussi ouvertement de l’implantation du KKK dans le Sud, du racisme, de l’ambivalance du pouvoir en place, etc. La première séquence (un viol-spectacle organisé entre deux Noirs, un débile mental et une jeune femme par une bande d’abrutis hilares et l’indulgence coupable du shérif Lee Marvin à leur égard), est une parfaite entrée en matière. Le personnage du shérif est d’ailleurs le centre d’intérêt du projet. Il symbolise à lui seul le mal qui ronge le Sud. Intelligent, apparemment honnête, il est aussi un « ripou » cynique et amoral, qu’un ultime baroud d’honneur rédempteur ne parviendra pas à sauver. L’aura héroïque de Marvin, son autorité de « tough guy » rendent son antihéros encore plus complexe et difficile à cerner. À ses côtés, Richard Burton fait n’importe quoi en planteur local boiteux mais chaud-lapin, à l’accent bizarroïde. Un rôle sacrifié par ce grand acteur, ici complètement hagard et à côté de la plaque. Cameron Mitchell est bien en adjoint répugnant. Sa scène de viol est assez dérangeante. O.J. Simpson joue un révolutionnaire « vigilante » et on reconnaît de beaux visages féminins comme Linda Evans ou Luciana Paluzzi.

« L’HOMME DU CLAN » ne sera jamais un grand film, mais quelque peu réhabilité par la HD, il apparaît soudainement qu’il ne manque pas d’intérêt, voire de culot, et qu’il offre à Marvin un très bon rôle, tout en retenue et en nuances de salaud charismatique et jamais antipathique malgré les actes méprisables qu’il commet. À noter une assez jolie séquence d’action à la fin entre les « héros » et le KKK, qui s’achève en véritable massacre. À réévaluer donc, mais pas excessivement tout de même !

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LINDA EVANS, RICHARD BURTON, O.J. SIMPSON ET LEE MARVIN

 

« SILENCE » (2016)

Depuis « CASINO » qui date de déjà deux décennies, le fan des débuts de Martin Scorsese a un peu de mal à suivre aveuglément le « maestro » cinéphile aux obsessions récurrentes.SILENCE

Une tentative du côté de « SILENCE » confirme la rupture. Situé dans le Japon du 17ème siècle, le film suit deux jeunes prêtres jésuites portugais partis à la recherche de leur mentor, Liam Neeson, disparu depuis des années.

Le moins qu’on puisse dire est que Scorsese ne fait pas dans le touristique ou la belle image à la manière de « MISSION », par exemple ! Entièrement tourné dans des extérieurs pluvieux, tristes à mourir, ou dans des cabanes misérables, le scénario n’est au fond qu’un interminable (160 minutes et des poussières !) dialogue entre Andrew Garfield un des prêtres et ses tourmenteurs nippons qui veulent l’obliger à renier sa foi et ne cherchent qu’à éradiquer définitivement le christianisme de leurs terres. Quelques fulgurances de violence, une décapitation par ci, une scène de torture par là, apportent un peu d’animation de temps en temps, mais l’ensemble demeure cérébral, pesant, inerte. Le film ne prend vraiment corps qu’avec l’apparition de Neeson, qui a renoncé à tout ce qu’il était auparavant pour devenir réellement japonais et dont les arguments pour convaincre le jeune prêtre de l’imiter sont tout à fait recevables.

Il faut se sentir très concerné par le thème, c’est-à-dire le « silence » de Dieu, qui fait douter les plus dévots, et qui fut développé par Ingmar Bergman dans « LES COMMUNIANTS » (chroniqué sur « BDW2 »), pour se passionner pour « SILENCE ». D’autant plus que Garfield, omniprésent jusque dans la voix « off » est bien sympathique, mais joue toutes les situations sur une même tonalité. Seul Neeson, qui accuse soudainement son âge, accroche l’intérêt dans un rôle complexe, ambigu.

À voir seulement si on se sent des affinités avec le sujet, donc. Car dans le cas contraire, on n’est pas très loin du pensum assommant.

 

« L’INSOUMIS » (1964)

INSOUMISLa première partie de « L’INSOUMIS » est trompeuse. On se croit parti pour un film sur la guerre d’Algérie et l’action de l’OAS. Ça démarre à Alger en 1961, par l’enlèvement d’une avocate lyonnaise (Lea Massari) organisé par des déserteurs de la Légion Étrangère. Puis l’un d’eux, Alain Delon, mercenaire et taiseux, décide d’aider l’otage à s’enfuir. À partir de là, on oublie la guerre et l’ancrage historique, pour se concentrer sur la fuite en avant de ce jeune homme perdu, romantique et suicidaire, qui ira retrouver à Lyon Massari, dont il est tombé amoureux et l’entraînera dans une histoire d’amour sans espoir.

Il y a quelque chose d’indéfinissable dans ce film qui accroche instantanément l’intérêt pour ne jamais le relâcher. La photo de Claude Renoir déjà, qui offre à Delon ses plus beaux gros-plans depuis « PLEIN SOLEIL ». Alain Cavalier, visiblement fasciné par son acteur (et producteur), ne le lâche pas d’une semelle, multiplie les close-ups en clair-obscur, et retrouve à la fois l’innocence angélique de « ROCCO ET SES FRÈRES » et la dangerosité qui émanait de lui dans le chef-d’œuvre de René Clément cité plus haut. Habité, Delon a rarement été meilleur, plus animal, plus touchant, que dans ce personnage qu’on devine condamné à l’avance, bête traquée, dont la fin rappelle irrésistiblement celle du ‘Dix’ de « QUAND LA VILLE DORT » de John Huston.

L’alchimie avec Lea Massari ne saute pas aux yeux. La distance créée par le doublage, peut-être ? La comédienne italienne est pourtant excellemment postsynchronisée, mais il manque une sensualité, une passion dans sa relation à l’écran avec son partenaire. Autour d’eux, de bons seconds rôles comme Georges Géret en lieutenant impassible et déterminé, Maurice Garrel en mari étonnamment compréhensif.

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ALAIN DELON, LEA MASSARI ET GEORGES GÉRET

Œuvre rare, pas exploitée en vidéo, « L’INSOUMIS » est une franche réussite et un des films déterminants de la mythologie d’Alain Delon, qui installe les bases de son personnage de cinéma tragique, orgueilleux et désespéré. Tout le début, dans l’appartement en travaux d’Alger (tourné à Marseille, comme les extérieurs), est d’une tension dramatique exceptionnelle et définit les protagonistes avec un minimum de dialogue. Un des grands films de Delon, à réhabiliter de toute urgence, ne serait-ce qu’avec une sortie Blu-ray adéquate.

 

« LES SORCIÈRES DE SALEM » (1957)

SALEM2 copieAdapté par Jean-Paul Sartre d’une pièce d’Arthur Miller écrite en 1953, « LES SORCIÈRES DE SALEM » s’inspire de faits réels survenus dans le Massachusetts au 17ème siècle, dans une communauté protestante.

Passé le petit décalage de voir des comédiens français jouer des Américains, le film immerge rapidement dans son ambiance pesante, quasi-bergmanienne et place ses enjeux progressivement, jusqu’au procès. Raymond Rouleau (qui tient également le rôle central du juge, sans être crédité au générique) soigne sa photo, ses cadres, ses décors, il « tient » ses acteurs avec une telle poigne, qu’il dément la mauvaise réputation d’Yves Montand au début de sa carrière : dans la dernière partie, il annonce d’étonnante façon son interprétation dans « L’AVEU ». En fermier honnête, mais rejeté par sa femme puritaine et frigide (Simone Signoret) et tenté par une jeune fille sensuelle et délurée (Mylène Demongeot), il domine le film et son humanité lui évite les pièges du simple pamphlet anti-maccartiste qu’il aurait facilement pu être au final. Demongeot est exceptionnelle en simulatrice machiavélique, ses scènes de « possession » font froid dans le dos. Signoret laisse filtrer toutes les contradictions de son personnage ingrat avec une admirable rigueur. Autour de ce superbe trio, des visages familiers comme Pierre Larquey, Jean Gaven, Pascale Petit et même Michel Piccoli qui apparaît dans deux courtes scènes.

Une belle réussite que « LES SORCIÈRES DE SALEM » donc, qui n’a pour seul défaut – mais il est de taille – de durer trop longtemps : 145 minutes. La partie suivant le procès, l’emprisonnement et les états d’âme de Proctor semblent durer des heures et s’enlisent dans un traitement théâtral que le film avait réussi à éviter jusque-là. C’est vraiment dommage !

Mais cela demeure une œuvre austère et maîtrisée, esthétiquement admirable (photo de Claude Renoir) et un thème au sous-texte politique encore tout à fait valide aujourd’hui.

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MYLÈNE DEMONGEOT, YVES MONTAND ET SIMONE SIGNORET