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Archives de Catégorie: LES FILMS POLITIQUES

HAPPY BIRTHDAY, GILLO !

PONTECORVO

GILLO PONTECORVO (1919-2006), RÉALISATEUR POLITIQUEMENT ENGAGÉ À LA FILMO PEU FOURNIE, MAIS QUI A MARQUÉ SON ÉPOQUE.

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« LA SEPTIÈME AUBE » (1964)

AUBE

CAPUCINE

Si on met un moment à comprendre le contexte historique – à savoir la guérilla birmane pour l’indépendance au début des années 50, et les tenants et aboutissants politiques, « LA SEPTIÈME AUBE » prend tout son intérêt quand il se resserre sur une triangle amoureux original : trois compagnons de la WW2, un yankee qui ne cherche qu’à s’enrichir grâce au caoutchouc (William Holden), sa maîtresse eurasienne (Capucine) et un révolutionnaire charismatique (Tetsurô Tanba). Triangle à quatre côtés en fait, puisqu’une jeune Anglaise (Susannah York) vient bientôt s’immiscer !AUBE2

La seconde partie du film, très physique, assez âpre, est très bien menée par le fiable Lewis Gilbert qui signe de belles scènes de marche forcée dans la jungle, aidé par la photo de Freddie Young. Et dès que le suspense s’installe, impossible de lâcher l’écran des yeux, jusqu’à la fin totalement surprenante qui tourne le dos à la ‘happy end’ avec un sacré culot. Dans la foulée de son rôle dans « LE PONT DE LA RIVIÈRE KWAÏ », Holden est très bien en cynique égoïste mais amoureux à la Bogart. Il paraît beaucoup plus âgé que ses 46 ans et sa « trogne » d’amateur de scotch s’intègre idéalement au paysage birman. À ses côtés, Capucine prête ses beaux traits anguleux à un personnage emblématique. Elle a rarement été mieux utilisée. Miss York, un peu gauche, est bien castée en naïve romantique qui apprend la vie à la dure. Quant à Tanba, il hérite du rôle de fourbe de service ce qui pourrait paraître un tantinet raciste, si les Anglais n’étaient pas eux-mêmes dépeints sous un jour aussi peu flatteur.

« LA SEPTIÈME AUBE » est un film méconnu et réussi dans son créneau, qui surmonte les aspects mélodramatiques du scénario par un dialogue rude et efficace et une belle ampleur dans la mise-en-scène. Les séquences de batailles et de fusillades sont d’un réalisme à toute épreuve.

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WILLIAM HOLDEN, TETSURÔ TANBA ET SUSANNAH YORK

 

« HUNTED » (2012)

HUNTEDLe créateur de la série « HUNTED » a œuvré dans « X-FILES » et « MILLENIUM », aussi est-il habitué aux récits complotistes, aux sociétés secrètes, etc. Manifestement créée pour durer plusieurs saisons, « HUNTED » se résumera en fait à une minisérie de 8×55 minutes. Ce revirement inattendu pour les auteurs se sent cruellement dans le dernier épisode au dénouement incroyablement bâclé (la plupart des questions restent sans réponse) et frustrant.

Ceci dit, même si les prémices du récit sont intrigants, le scénario de « HUNTED » est faible et répétitif : Melissa George, une espionne/tueuse au service de ‘Byzantium’, un consortium situé à Londres, s’introduit comme baby sitter dans la demeure de Patrick Malahide, machiavélique business man/gangster pour l’empêcher d’acquérir un barrage en Afghanistan.

Le problème est qu’on sent rapidement que le récit aurait pu et dû être condensé en trois heures maximum et qu’il ne fait que se répéter : l’héroïne fouille les mêmes bureaux sans arrêt, vit les mêmes flash-backs, affronte son boss Stephen Dillane – remarquable de bout en bout dans un rôle complexe – sur les mêmes sujets. Cela devient vite exaspérant et soporifique et les bagarres distillées çà et là pour éviter l’endormissement complet, sont vraiment artificiellement plaquées voire superflues.

Heureusement, Melissa George est une excellente comédienne qui aide à supporter l’apathie généralisée. Mais les décors sont moches et semblables les uns aux autres, la photo est irrégulière et les coups de théâtre sont prévisibles ou absurdes. À voir éventuellement pour quelques bons comédiens donc, surtout Malahide, impressionnant de froide cruauté, pour le toujours puissant Adewale Akinnuoye-Agbaje en sous-chef hanté par le remords ou Indira Varma, ambiguë en barbouze du MI-6. Trois acteurs qu’on retrouvera d’ailleurs dans « GAME OF THRONES » pour un bien meilleur résultat.

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MELISSA GEORGE ET PATRICK MALAHIDE

 

« LE PETIT MONDE DE DON CAMILLO » (1952)

CAMILLO2Inspiré du roman de Giovannino Guareschi publié en 1948, « LE PETIT MONDE DE DON CAMILLO » fut un des plus gros succès du cinéma français et a généré quatre suites, plus une sans le casting initial (remplacé par Gastone Moschin et Lionel Stander !). On peut être surpris par la signature de Julien Duvivier, peu accoutumé à la légèreté et à l’optimisme, mais le mélange se fait bon an, mal an. Le film se passe dans l’Italie rurale de l’immédiat après-guerre et raconte l’affrontement entre ‘Peppone’ le maire communiste d’un petit village (Gino Cervi) et ‘Don Camillo’ (Fernandel), le curé querelleur au caractère de cochon. Si le scénario décrit avec ironie une situation politique explosive, il le fait avec bonhommie et renvoie dos-à-dos les « rouges » vindicatifs et les gros propriétaires repliés sur eux-mêmes.

Si on est d’abord déconcerté par le parti-pris linguistique (tout le monde s’exprime en français avec l’accent du midi !), on s’accoutume assez vite. Force est de reconnaître que le duo formé par un Fernandel très bien « tenu » par Duvivier, grand directeur d’acteurs s’il en fut et Cervi, massif, jupitérien et dissimulant un cœur d’or, fonctionne à merveille. C’est même leurs face-à-face truculents qui donnent son âme au film, les bagarres et engueulades homériques vont jusqu’à rappeler certains John Ford. Avec entre eux un fond de tendresse réciproque qui fait tout le prix de l’histoire.

Le film est truffé de jolis moments, comme les plans de ce clocher englouti qui sonne pour annoncer un malheur, la nuit où Peppone trompe la vigilance de ses propres troupes de grévistes pour aider Camillo à traire les vaches. Duvivier s’efface derrière son sujet, même si on retrouve son style dans certains travellings et mouvements de grue. Cela donne un film généreux et auquel il est difficile de résister longtemps. Les échanges entre le curé et Jésus dans l’église sont toujours aussi savoureux et spirituels.

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FERNANDEL ET GINO CERVI

 

« UNE FEMME À SA FENÊTRE » (1976)

FENÊTRE2Adapté par Jorge Semprun d’un roman de Drieu La Rochelle, situé en Grèce pendant la WW2, « UNE FEMME À SA FENÊTRE » a tout d’un film de Costa-Gavras, mais c’est Pierre Granier-Deferre qui le réalise. Et dès le départ, on sent que quelque chose cloche et va clocher jusqu’au bout. Le scénario est bâti « à l’envers » sans qu’on n’en ressente jamais la nécessité. C’est plus confus qu’autre chose. Le mélange d’histoire d’amour romanesque et de pensum politique ne se fait jamais harmonieusement et plombe le film tout entier. Mais le plus grave est encore la faute de casting majeure, qui offre à Victor Lanoux – si parfait en « beauf » ou en individu trouble dans « DUPONT LAJOIE » et autres – un personnage de fugitif communiste et… bel amant romantique de Romy Schneider ! Autrement dit, un personnage qui semblait plutôt taillé pour un Alain Delon.

Romy et Philippe Noiret, ça fonctionne (« LE VIEUX FUSIL »), Romy et Umberto Orsini ont déjà joué des ‘ex’ dans « CÉSAR ET ROSALIE », c’est crédible. Mais Romy littéralement folle d’amour, liquéfiée de passion, prête à mourir pour le ‘Bouly’ de « UN ÉLÉPHANT, ÇA TROMPE ÉNORMÉMENT », c’est juste impossible. Leur absence d’alchimie à l’écran est presque douloureuse à contempler. C’est le concept même du film qui s’écroule. L’actrice pourtant dans la plus belle période de sa carrière, semble absente et laisse jouer ses chapeaux à sa place : on dirait qu’elle en change à chaque nouvelle séquence ! Noiret se traîne dans un rôle d’amoureux éconduit qui peine à s’imposer comme central. Parmi les seconds rôles, Gastone Moschin est très bien en flic (grec !) sadique mais intelligent et Jean Martin apparaît non-mentionné au générique dans le rôle de Drieu La Rochelle en personne, filmé de façon à ce qu’on ne voie jamais son visage. Pourquoi ? Pas idée…

FENEÊTRE

ROMY SCHNEIDER ET VICTOR LANOUX

Malgré son affiche attractive, ses beaux paysages et son pédigrée, « UNE FEMME À SA FENÊTRE » n’est donc pas très recommandable et tend à démontrer qu’une seule faute de goût, un seul vice-de-forme peut faire s’enrayer une belle machine comme celle-là. À méditer…

 

« ÉTÉ VIOLENT » (1959)

ÉTÉ2« ÉTÉ VIOLENT » commence comme un joli brouillon de « UN ÉTÉ 42 » : les amours estivaux dans une ville balnéaire près de Rimini, d’un très jeune homme et d’une belle veuve de guerre trentenaire et solitaire. Mais Valerio Zurlini ne laisse jamais oublier l’Histoire derrière l’histoire. Nous sommes en 1943, c’est l’été de la chute de Mussolini, la chasse aux fascistes est ouverte. Et le jeune homme se trouve justement être le fils de l’un d’eux. Ce qui démarrait en love story intergénérationnelle, entre baignades à la plage et surprise-parties, se transforme peu à peu et inexorablement en tragédie sous la mitraille.

Eleonora Rossi Drago est magnifique de dignité et de pudeur dans un personnage qui met longtemps à se dévoiler, avant de céder à la passion la plus brûlante, jusqu’à en oublier toute convenance. Un Jean-Louis Trintignant de 29 ans, pas bien épais, est parfaitement crédible dans un rôle qui en a dix de moins. Comme toujours, il parvient à éviter la mièvrerie en apportant une sorte de mystère et d’opacité par ses silences et son regard. Le couple fonctionne à merveille. Ils sont très bien entourés par Jacqueline Sassard en peste jalouse (elle retrouvera Trintignant neuf ans plus tard dans « LES BICHES » de Chabrol) et Enrico Maria Salerno en baderne mussolinienne.

La photo de Tino Santoni est splendide, la BO de Mario Nascimbene habilement distillée et certaines séquences comme le bombardement du train sont dignes d’une superproduction. « ÉTÉ VIOLENT » est un beau film d’amour impossible, une œuvre sur l’engagement, la lâcheté, l’hypocrisie de la grande bourgeoisie. Et l’ambiguïté du personnage joué par Trintignant est idéalement traduite par le jeu intériorisé et complexe de l’acteur français complètement fondu dans un casting presque entièrement italien.

ÉTÉ

JEAN-LOUIS TRINTIGNANT ET ELEONORA ROSSI DRAGO

 

« LE PARRAIN, 3ème PARTIE » (1990)

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ANDY GARCIA ET AL PACINO

La dernière scène du « PARRAIN, 2ème PARTIE » concluait magnifiquement la saga de la famille Corleone par un gros-plan de Michael, vieilli avant l’âge, contemplant ses péchés et la vie de solitude qui s’ouvrait maintenant à lui. Aussi accueille-t-on avec méfiance « LE PARRAIN, 3ème PARTIE », tourné seize ans plus tard.GF3 2

Considéré – à juste titre – comme le parent pauvre de la trilogie, ce film opportuniste et superflu retrouve pourtant l’essentiel des forces créatrices de la saga. Mais malgré la signature de Francis Coppola et Mario Puzo au scénario, de Gordon Willis à la photo, on dirait qu’on a filmé à la va-vite un texte bâclé, inachevé. La première moitié respecte les codes en démarrant sur une cérémonie suivie d’une fête. Mais déjà, on ressent des approximations (Michael semble d’abord ne pas connaître du tout le fils « bâtard » de Sonny, mais affirme plus tard s’être toujours senti responsable de lui), on s’étonne de dialogues lourds et sans grâce, comme les face-à-face très embarrassants entre Al Pacino et Diane Keaton. On se perd ensuite dans les méandres d’un scandale financier impliquant le Vatican, qui occupe beaucoup trop de place. Heureusement, la seconde partie située en Sicile retrouve par moments le ton et la verve « opératique » des opus précédents. Mais là encore sans subtilité, sans finesse, sans cette dimension mythologique certes critiquable, mais qui fut l’essence même de la saga. Bien sûr, il y a de beaux moments : tout ce qui concerne le personnage d’Eli Wallach, vieux parrain faussement sénile et traître impitoyable sous ses allures de papy gâteau. Le montage lyrique de la fin entre l’opéra à Palerme et le carnage organisé par le nouveau ‘padrino’ (calqué évidemment sur le premier film dans le concept). Et surtout, il y a Pacino. Malgré la médiocrité des répliques qu’il a à dire, il a rarement été aussi superbe que dans ce décevant n°3 : sa crise de diabète en plein orage, où il se met à hurler le nom de Fredo, ce frère qu’il fit assassiner, sa confession au futur pape Raf Vallone pendant laquelle il s’effrite complètement, son cri muet à la fin, sont des moments prodigieux, électrisants, qui rachètent presque le film tout entier.

Sofia Coppola fut beaucoup critiquée pour son jeu « amateur » dans le rôle de la fille Corleone et il est vrai que, pour rester poli, elle ne crève guère l’écran. Andy Garcia, ajustant ses maniérismes à ceux de James Caan, crée un parrain nouvelle génération crédible. Diane Keaton pâtit du rôle le plus mal écrit, le plus illogique du tryptique et Talia Shire propose une ‘Connie’ subitement métamorphosée en Lucrèce Borgia drapée de noir. L’absence de Robert Duvall, désavantageusement remplacé par George Hamilton, se fait cruellement ressentir tout au long du film.

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ANDY GARCIA, ELI WALLACH ET AL PACINO

Alors oui, on retrouve la musique toujours aussi évocatrice, on revoit des personnages vieillis, blanchis par les ans, par flashes on devine le film que cela aurait pu être avec un scénario moins pied-de-plomb, un dialogue plus allusif, une thématique (la rédemption) moins placée en avant. Cela rend « LE PARRAIN, 3ème PARTIE » visible et parfois presque plaisant. Mais il faut le voir plus comme un épilogue qu’une véritable suite.