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Archives de Catégorie: LES FILMS POLITIQUES

« DOWNSIZING » (2017)

De « CITIZEN RUTH » à « NEBRASKA » en passant par « SIDEWAYS » ou « MONSIEUR SCHMIDT », le cinéma d’Alexander Payne, à la fois exigeant et abordable, conceptuel et simple, parvient à faire entendre sa voix singulière dans un cinéma U.S. de plus en plus formaté.DOWN.jpg

« DOWNSIZING », vendu comme une grosse comédie dans laquelle Matt Damon se retrouve réduit à la taille de 12 cm, est un film qui ne cesse de surprendre et de décontenancer, ce qui s’avère au final une vraie qualité. Dans un monde – vraiment pas très éloigné du nôtre – où l’unique solution de survie est de réduire la population aux dimensions des insectes, « DOWNSIZING » laisse sa narration évoluer toute seule d’une thématique à l’autre, paraît improvisé, écrit au fil de la plume et se joue des attentes. Ainsi, quand l’auteur semble prendre parti pour cette communauté néo-hippie en Norvège, c’est pour mieux la ridiculiser dans un revirement inattendu. La seule façon d’apprécier pleinement « DOWNSIZING » est de se laisser porter et de garder un esprit ouvert.

Matt Damon n’a jamais été meilleur qu’en M. Tout le monde malchanceux et indécis, Christoph Waltz est délectable en voyou richissime, odieux et sympathique, Kristen Wiig, Udo Kier et la rayonnante Laura Dern (dans un caméo) font des prestations inspirées. Mais c’est la jeune Hong Chau qui s’accapare la vedette dans un rôle magnifique, drôle et émouvant de survivante au caractère de cochon. Sa relation avec Damon cimente le film tout entier. À voir donc, ce « DOWNSIZING » qui vaut beaucoup mieux que son affiche et n’a vraiment rien à voir avec une comédie style « CHÉRIE, J’AI RÉTRÉCI LES GOSSES ! ». Pas pour tous les goûts, c’est évident, mais le message écolo, finement distillé, est d’une lucidité et d’une clarté imparables.

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« MONSTERS » (2010)

MONSTERS2.jpgQuel plaisir de voir un film « à message » qui sache doser le spectacle tous-publics et le pamphlet humaniste, qui traite intelligemment du thème – ô combien d’actualité ! – des migrants et de l’isolationnisme U.S. sous couvert de film d’extraterrestres.

Avec « MONSTERS », Gareth Edwards opte pour une réalisation quasi-documentaire qui immerge dans sa première partie, dans un futur proche et permet d’accepter « en douceur » le postulat assez délirant : le Mexique envahi par d’immenses créatures extra-terrestres contenues tant bien que mal par l’armée américaine à grands coups de bombes indifférentes aux dommages collatéraux. Oui, ces espèces de pieuvres luminescentes font peur. Mais peu à peu, le film démontre que les « monstres » du titre, ce ne sont pas eux mais les Yankees prêts à tout pour protéger leur sol. La dernière scène montrant un accouplement entre aliens est à la fois surréaliste, émouvante et tout à fait édifiante.

« MONSTERS » bénéficie grandement des beaux décors naturels mexicains et surtout du couple de comédiens : Scoot McNairy excellent en photographe cynique au cœur tendre et la très jolie Whitney Able qu’on s’étonne de n’avoir pas revue beaucoup depuis. Ils forment un couple plausible, attachant, et semblent improviser leurs échanges (ce qui est peut-être le cas, après tout). Ils sont pour beaucoup dans la crédibilité du film.

Étonnante et belle surprise donc que ce « MONSTERS » à double lectures aussi réussies l’une que l’autre, qui vaut la peine qu’on s’y attarde un peu.

MONSTERS

SCOOT McNAIRY ET WHITNEY ABLE

 

« THE TIGER » (2015)

TIGER2.jpgAllez ! Ne chipotons pas, ne nous attardons pas bêtement sur des CGI pas toujours 100% convaincants, sur une longueur un brin excessive… « THE TIGER » est un film sublime !

Écrit et réalisé par le coréen Hoon-jung Park, c’est une fable épique aux multiples niveaux de lecture, située pendant l’occupation de la Corée par le Japon en 1925, et focalisée sur l’extraordinaire relation fusionnelle entre un chasseur (Min-sik Choi) et un tigre borgne, surnommé « le seigneur de la montagne ». Le fauve tua jadis la femme du chasseur, le laissant seul avec son fils. Comme pour oblitérer l’âme du pays, un officier japonais (très très légèrement caricatural !)  décide de tuer la bête mythique et déploie pour cela des moyens considérables, allant jusqu’à défigurer la région, massacrer tous ses animaux. Mais au fond, malgré les explosions, les fusils, les carnages, le film n’est qu’un long face-à-face entre le chasseur et le fauve, dont un magnifique flash-back révèle tardivement la véritable relation, digne d’un conte de fées. Mais un conte sombre et sanglant sur le destin qu’on se forge soi-même, sur le prix à payer pour le sang versé. La beauté des paysages, l’intensité de Min-sik Choi (« OLD BOY ») absolument remarquable d’humanité bourrue de bout en bout, la froide cruauté de Jung Man-sik en tueur vendu à l’ennemi, sans foi ni loi, les émotions diverses dégagées par les apparitions du tigre, font de « THE TIGER » un authentique chef-d’œuvre, mêlant un récit d’aventures à la Joseph Conrad ou Herman Melville, à un sous-texte politique d’une rare virulence. Quant au tout dernier plan, il tirerait les larmes à un caillou.

Ce n’est pas si souvent qu’un film parvient à captiver autant, même si le cinéma coréen nous a un peu habitués à ce genre de belle surprise, ces dernières années.

TIGER

MIN-SIK CHOI

 

« BLUE BLOODS » : saison 5 (2014)

La 5ème saison de « BLUE BLOODS » continue de creuser son sillon, imperturbable et constante, fouillant les personnages récurrents, les confrontant, les mettant face à des dilemmes insolubles ou les faisant grimper dans la hiérarchie. La série ne perd nullement en qualité, malgré un nombre d’épisodes insignifiants un peu plus fourni que dans les saisons précédentes. Les auteurs cultivent un peu trop les dialogues sentencieux et les « comme par hasard » irritants.BB5

Toutefois, on note une volonté d’approfondir le rôle de Tom Selleck, ce parangon de vertu, ce fervent catholique, ce pater familias idéal, qu’on surprend à douter de sa mission, de lui-même, face à un monde qu’il ne comprend plus. L’acteur joue toujours de la même façon, mais ses face-à-face avec un ex-coéquipier qui fait un faux-pas à quelques semaines de la retraite ou avec un ami sénateur qui lui demande un « service » douteux, posent des questions loin d’être anodines. Les autres « récurrents » gagnent également en subtilité : Bridget Monyahan est moins figée que précédemment, plus vulnérable, Donnie Wahlberg est remarquable, malgré le handicap d’une coéquipière (Marisa Ramirez) grimaçante et pas vraiment à la hauteur, Will Estes et Vanessa Ray naviguent finement dans l’ambiguïté jamais résolue de leur relation. Les scènes de repas dominicaux sont de plus en plus sympathiques et le discours « républicain » de nos héros est atténué par l’affection qu’on porte à tous les protagonistes.

Quelques ‘guest stars’ notables dans cette 5ème saison plaisante : Dan Hedaya en mafioso truculent, Peter Coyote en politicien faux-jeton mais charmeur, Leslie Hope en journaliste à la dent dure, Dennis Haysbert qui n’apparaît que le temps de se faire tuer, David Patrick Kelly excellent en serial killer repenti. La confrontation entre ce dernier et la survivante d’une famille qu’il massacra jadis, donne d’ailleurs une des scènes les plus stupéfiantes de toute la série, surtout dans sa conclusion inattendue.

« BLUE BLOODS », quoi qu’on pense de son discours sous-jacent, reste une excellente série policière et familiale qu’on aurait tort de négliger.

 

« DREDD » (2012)

DREDD2Adapté d’une BD qui fut déjà un véhicule (raté) pour Stallone en 1995, « DREDD » est une production anglaise réalisée par Pete Travis et qui – contre toute attente – est une très bluffante réussite.

Dans ce futur post-apocalyptique et totalitariste en proie au chaos, seuls les « juges », sortes de superflics caparaçonnés d’acier, combattent le crime sans faire dans le détail. Il y a dans cet univers d’une totale noirceur, d’anciens échos de « ROBOCOP » et de l’œuvre de John Carpenter, mais « DREDD » va beaucoup plus loin dans l’ultra-violence nihiliste et oublie crânement tout ce qui plombe généralement ce genre de films (explications, psychologie, message) pour entrer directement dans le vif du sujet : un flic (Karl Urban) et une nouvelle recrue télépathe (Olivia Thirlby) se retrouvent coincés dans un méga « quartier sensible » et condamnés à mort par le caïd du coin : Lena Headey, chef de gang balafrée à la tête d’un cartel.

À la base, un bon point de taille pour le film : on ne s’y ennuie pas une seconde et mieux, le temps passe trop vite. Ce qui est paradoxal, vu que la drogue exploitée par Headey, le ‘Slo-mo’ ralentit les sens. « DREDD » ne fait pas dans la dentelle : on écorche vif, on émascule avec les dents, on détruit à la mitrailleuse des étages entiers, femmes et enfants inclus. C’est d’une violence hallucinante, qui rive complètement à son siège et laisse pantois. Le travail de déco est exceptionnel, la bande-son à s’endommager les tympans et le suspens ne se relâche pas une seconde. Dans le rôle-titre, Urban prouve qu’il n’a aucun problème d’ego, car on ne voit pas son visage en entier une seule fois ! Il est très bien en héritier de Terminator. Tout le casting se tient, mais c’est Lena Headey qui crève l’écran dans un rôle de monstre sadique, dépourvu de la moindre trace d’humanité.

Belle surprise donc que ce « DREDD », qui a en plus, l’élégance de ne pas durer trop longtemps. Pas une minute de trop. C’est suffisamment rare pour le noter.

DREDD

LENA HEADEY, KARL URBAN ET OLIVIA THIRLBY

 

« SOUTHLAND TALES » (2006)

Il arrive parfois que le cinéphile curieux, avide de nouveautés, à l’esprit ouvert, à la tolérance illimitée, atteigne ses limites et doive admettre qu’il est incapable de donner une opinion à peu près structurée sur un film. Déjà auteur du « culte » mais pas très accessible « DONNIE DARKO », Richard Kelly signe avec « SOUTHLAND TALES » une de ces choses informes, hypertrophiées (144 minutes, quand même !) et totalement incompréhensibles qui s’apparentent à du cinéma sans en être vraiment. On se souvient par exemple dans le même genre de « MASKED & ANONYMOUS ». Même si on préfèrerait ne pas.TALES.jpeg

« SOUTHLAND TALES » se déroule dans le futur (2008 !) après qu’une bombe atomique ait détruit le Texas. On y croise une ‘action star’ pusillanime et amnésique (Dwayne Johnson), une ‘porn star’ idiote (Sarah Michelle Gellar), quelques bons comédiens égarés comme Miranda Richardson ou Wallace Shawn et même… Christophe Lambert qui émet son célèbre ricanement dans un petit rôle de trafiquant d’armes en camionnette. Que font-ils exactement dans ce foutoir ? Impossible à dire. C’est inracontable, indescriptible, aussi passionnant que de la peinture en train de sécher sur un mur. L’image est hideuse, le montage flasque, l’humour absent. C’est tellement affligeant qu’on n’a même pas l’envie – ou peut-être les capacités mentales – de chercher à comprendre quelles étaient les ambitions originelles de l’auteur. Si malgré ces lignes enthousiastes quelqu’un aurait tout de même la curiosité de tenter l’expérience, prévoir un bon oreiller car il est rigoureusement impossible de ne pas s’assoupir plusieurs fois en cours de projection.

C’est en voyant « SOUTHLAND TALES » où Dwayne Johnson commençait à prendre de l’assurance devant la caméra, qu’on se dit que « BAYWATCH » et « JUMANJI » ne sont pas si nuls que ça, en fin de compte.

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DWAYNE JOHNSON

 

« OKJA » (2017)

Joon-ho Bong, déjà responsable des remarquables « THE HOST », « MOTHER » ou « MEMORIES OF MURDER », signe avec « OKJA » (produit et diffusé par Netflix) un film totalement original, militant et d’une violence qui laisse parfois anéanti.OKJA.jpg

Cela démarre comme une jolie fable élégiaque dans la campagne coréenne, contant l’amitié entre une fillette et une énorme truie génétiquement modifiée qui lui a été confiée à la naissance. Jusqu’à ce que les horribles capitalistes U.S. viennent réclamer leur dû. À partir de là, le scénario bifurque vers le pamphlet écolo où tout le monde est mis dos-à-dos : les industriels corrompus et les « amis des bêtes ». Mais cela n’est rien comparé à la véritable descente aux enfers qui se produit pendant la longue séquence dans les abattoirs où atterrit la malheureuse ‘Okja’, réminiscent des camps de la mort et miroir à peine exagéré du calvaire que subissent quotidiennement les animaux d’élevage. À ce moment-là, « OKJA » atteint des sommet de suspense viscéral à peine soutenable et touche à une certaine grandeur dans sa description de l’âme humaine dans ce qu’elle a de plus noir.

Un peu long parfois, un brin naïf et trop démonstratif, le film n’en demeure pas moins un beau morceau de cinéma dérangeant et techniquement impressionnant : la créature, sorte de mélange entre un porc et un hippopotame acquiert progressivement une identité véritable, au point qu’on ne pense jamais à la prouesse des CGI. La petite Seo-Hyun Ahn est parfaite de bout en bout et les vedettes Tilda Swinton (également productrice) et Jake Gyllenhaal endossent crânement des personnages absolument abjects et délibérément caricaturaux. Combien de stars auraient accepté l’atroce scène de torture sur l’animal comme le fait ici Gyllenhaal ?

« OKJA » est une œuvre unique, qui secoue, bouscule, choque et donne à réfléchir. Pas sûr après le visionnage qu’on ait envie d’un steak avant un bon moment !