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Archives de Catégorie: LES FILMS POLITIQUES

« MICHAEL COLLINS » (1996)

collinsBiopic hagiographique sur le leader révolutionnaire irlandais qui mena dans les années 1910 et ‘20 la lutte armée contre l’Angleterre et négocia la création d’un traité pour un état indépendant, « MICHAEL COLLINS » est bâti sur le même schéma que « VIVA ZAPATA ! » d’Elia Kazan.

Auteur et réalisateur, Neil Jordan entretient l’intérêt du spectateur néophyte en maintenant un rythme soutenu, en alignant les séquences courtes, jamais trop bavardes et évite le côté téléfilm grâce à une photo bleutée et très stylisée de Chris Menges. C’est un beau spectacle, ambitieux et plein de bruit et de fureur, même s’il manque parfois un peu d’âme et cède à une simplification quasi-hollywoodienne. De plus, « MICHAEL COLLINS » est plombé par un gros vice-de-forme : le personnage de Julia Roberts, artificiellement plaqué sur l’action principale, très mal distribuée qui plus est. La sous-intrigue à la « JULES ET JIM » ne s’intègre jamais au mouvement général et l’actrice – aussi peu enthousiasmante que d’habitude – semble être la star incongrue d’un film dans le film. Ça sent le gros compromis avec le studio pour avoir une star féminine au générique !

Heureusement, Liam Neeson occupe l’espace de sa haute stature. Un peu âgé à 44 ans pour jouer ce guerrier impétueux mort à 31 ans seulement, il parvient tout de même à donner à Collins une dimension légendaire et terre-à-terre à la fois. Il est très bien entouré par Alan Rickman en chef révolutionnaire planche-pourrie, Aidan Quinn en frère d’armes et par une magnifique brochette de seconds rôles comme Charles Dance en superflic implacable, Stephen Rea, Brendan Gleeson ou Ian Hart.

Une intéressante leçon d’Histoire, très léchée esthétiquement, aux beaux morceaux de bravoure à laquelle manque juste une petite étincelle de génie, ou tout du moins de folie pour convaincre à 100%.

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STEPHEN REA, LIAM NEESON ET ALAN RICKMAN

 

« 300 » (2006)

300Inspiré d’un « graphic novel » de Frank Miller et réutilisant plus ou moins les mêmes méthodes de tournage que « SIN CITY » (coréalisé par le même Miller) sorti l’année précédente, « 300 » est fortement inspiré par le « GLADIATOR » de Ridley Scott (la sauvagerie des batailles, la BO et… les champs de blé). Si on met un moment à s’acclimater à un visuel proche des jeux vidéo, on finit par se laisser happer par l’énergie indéniable de cet univers totalement factice et par l’excellente utilisation des CGI.

Remarqué en 2004 par le formidable « L’ARMÉE DES MORTS », Zack Snyder ne déçoit pas avec « 300 ». Ce n’est qu’après que son parcours commencera à devenir plus discutable. Dans une Grèce antique aux teintes sépia, où tout est recréé digitalement, jusqu’aux abdoms des Spartiates, le film conte la célèbre bataille des Thermopyles où 300 guerriers de Sparte affrontèrent les milliers de soldats perses venus les envahir.

Ça hurle à gorge déployée, ça décapite à tout-va, ça gicle aux quatre coins de l’écran, mais l’aspect artificiel du sang et des mutilations rend le spectacle supportable. Certaines images sont vraiment frappantes et le casting composé de vrais bons comédiens, et pas uniquement de Mr Muscles, finit de séduire : Gerard Butler joue un Léonidas fier et gueulard avec une vraie conviction, Lena Headey est comme toujours très bien dans le rôle de son épouse, Dominic West est abject à souhait en politicien sans honneur (non, ce n’est pas un pléonasme !) et Michael Fassbender joue les guerriers au sourire vorace. On retrouve également l’intense Stephen McHattie et – trop brièvement – le puissant Peter Mensah.

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LENA HEADEY ET MICHAEL FASSBENDER

Un beau péplum donc, qui réinvente un genre tombé en désuétude depuis bien longtemps. Les batailles en particulier, sortes de chorégraphies irréelles alternant ralentis et accélérés, bruitages « gore » et voix déformées, s’impriment durablement dans la mémoire. Peut-être pas un chef-d’œuvre, mais « 300 » vaut largement le coup d’œil.

 

« INFILTRATOR » (2016)

Inspiré des mémoires d’un flic infiltré dans les cartels de la drogue sud-américaine dans les années 80, « INFILTRATOR » entre dans le vif du sujet dès sa première séquence, impose son personnage principal, une sorte de Fregoli obsédé par son job et le confronte rapidement au plus gros poisson possible : Pablo Escobar et son réseau.infiltrator

La réalisation efficace mais invisible de Brad Furman, la photo contrastée, le montage ultra-nerveux mais toujours lisible, immergent complètement dans ce film stressant, où le moindre faux-pas peut signifier la mort par d’atroces souffrances. Comme toujours dans les histoires d’infiltrés, le scénario traite fondamentalement de mensonge, de trahison, de perte progressive d’identité et de repères. Et l’amitié sincère qui lie le flic (Bryan Cranston) au narcotrafiquant (Benjamin Bratt, excellent) est au cœur des dilemmes.

Passionnant et jamais gratuitement spectaculaire, « INFILTRATOR » doit beaucoup à ses comédiens. À 60 ans, Cranston paraît un peu âgé pour son rôle, mais la finesse de son jeu, l’ambiguïté de ses expressions, compensent largement cela et le voir lutter contre les « narcos », après avoir incarné le pire d’entre eux dans la série « BREAKING BAD » ajoute à la délectation. Il traduit avec une extraordinaire économie de moyens la dualité de son ‘Robert Mazur’, constamment à la limite de la schizophrénie. À ses côtés, le nec plus ultra des seconds rôles : John Leguizamo en coéquipier agité, Diane Kruger qu’on n’a jamais vue meilleure qu’en fliquette novice, Amy Ryan en commissaire pète-sec ou Olympia Dukakis et Jason Isaacs dans un petit rôle d’avocat. Que du très beau linge !

Si le sujet a souvent été traité, et parfois excellemment, « INFILTRATOR » n’en demeure pas moins un bon film, puissamment charpenté, explorant toutes les possibilités de son thème.

 

« STAR TREK VI – TERRE INCONNUE » (1991)

trek6-2« STAR TREK VI – TERRE INCONNUE » est l’ultime long-métrage de la franchise interprétée par le cast d’origine, le second réalisé par Nicholas Meyer et le dernier auquel ait participé le créateur Gene Roddenberry mort la même année.

Le grand plaisir est déjà que le long voyage dans les étoiles s’achève en beauté pour le capitaine Kirk et ses amis. C’est en effet un des meilleurs films de la série, celui qui parvient à parfaitement équilibrer l’aventure pure et dure (les séquences sur la planète pénitentiaire) et un message de paix et de tolérance encore valide aujourd’hui. Le scénario, très élaboré se permet même des échappées dans le ‘whodunit’ et le ‘courtroom drama’, des coups de théâtre, des corps-à-corps brutaux et même un humour irrévérencieux bienvenu. On ne s’ennuie pas une seconde, on ne ressent même plus l’envie de se gausser, malgré le look insensé de certains aliens (Kurtwood Smith, qui semble échappé d’un Kurosawa vaut le coup d’œil !) et l’âge plus que canonique de nos chers héros qui parviennent difficilement à faire encore illusion.

L’équipage a donc vécu sa vie de 1967, le premier épisode de la série TV à 1991, le présent film de cinéma. Autrement dit un quart de siècle d’existence. Ce qui est déjà plus qu’honorable. « STAR TREK VI – TERRE INCONNUE » est vraiment une jolie réussite pleine de nostalgie et d’autodérision. Tous les habitués sont au rendez-vous, même George Takei promu capitaine sur un autre vaisseau. Et les « guests » valent le détour : Christopher Plummer en verve dans un rôle de général klingon borgne citant Shakespeare (« Être ou ne pas être », dit-il en voyant une torpille lui arriver droit dessus !), Kim Cattrall est très bien en Vulcaine pas très fiable, Iman joue une sorte de caméléon fumant le cigare (sic !) et David Warner – qui jouait un autre personnage dans le film précédent – incarne un diplomate klingon. On aperçoit brièvement et à contrejour Christian Slater dans un caméo non-mentionné au générique.

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WILLIAM SHATNER, CHRISTOPHER PLUMMER, LEONARD NIMOY ET KIM CATTRALL

Adieu à l’équipe de l’Enterprise donc, qui malgré les décors improbables, les costumes ridicules et les F/X désuets, est parvenue à susciter une réelle affection chez son public. Le dernier speech de Kirk est étrangement… émouvant !

 

« AQUARIUS » : saisons 1 & 2 (2015-2016)

Basée sur un mélange d’événements réels (les exactions de la famille Manson dans le L.A. des années 60) et de pure fiction policière, à la manière de James Ellroy, la 1ère saison de la série « AQUARIUS » séduit sans vraiment convaincre à 100%, malgré de bons atouts dans sa manche.aquarius

L’atout n°1, c’est la trame historique, à savoir le Vietnam, les Black Panthers, le LSD, Nixon, la corruption etc., parfaitement intégrée à une enquête alambiquée. Ensuite, il y a David Duchovny, mûri et plus massif que de coutume, remarquable dans un rôle de flic dur-à-cuire mais humain et son tandem avec Grey Damon, un jeune « infiltré ». Et puis bien sûr, la description de la tristement célèbre secte Charles Manson. C’est aussi hélas, le point faible de la série. D’abord par le choix de l’acteur, Gethin Anthony, falot et sans charisme, dont on peine à croire qu’il puisse entraîner dans son sillage autant d’individus différents. Son Manson est un vague hippie verbeux et agaçant, dont tout le monde ne cesse de vanter le pouvoir érotique. Peut-être la série aurait-elle mieux fonctionné en ne cherchant pas à capitaliser sur la réalité mais en s’en inspirant simplement ?

Ajoutons à cela une photo à l’étalonnage verdâtre monochrome fatigante pour l’œil, un rythme souvent trop relâché, et ces 13 épisodes demandent un certain effort si on veut s’accrocher jusqu’au bout. Heureusement, quelques bons acteurs aident à passer le temps comme l’excellent Chance Kelly en flic musculeux, ou le toujours parfait Brían F. O’Byrne en avocat homosexuel prêt à tout pour préserver les apparences. En l’état, « AQUARIUS » semble plus intéressant sur le papier qu’en tant que produit fini. Toute une saison pour mettre les éléments en place, c’est tout de même un peu longuet !

La saison 2 vient relever nettement le niveau. D’abord, l’image est plus soignée, l’intrigue se resserre sur l’assassinat de Sharon Tate et de ses invités (avec une certaine complaisance d’ailleurs, dans l’insistance des flash-backs récurrents particulièrement « gore » et dérangeants) et surtout, Gethin Anthony semble beaucoup plus à l’aise à partir du moment où Manson pète définitivement un câble et devient le monstre de frustration et de folie meurtrière qui déclenche le carnage. La théorie de l’artiste sans talent humilié est très bien étayée, et n’est pas sans rappeler un certain Adolf qui voulait devenir un grand peintre…aquarius2

L’évolution des jeunes coéquipiers de Duchovny est elle aussi intéressante : l’un devient un junkie incontrôlable, tandis que la seconde mue en « infiltrée » prête à tout pour parvenir à ses fins. Notre héros, ‘Sam Hodiak’ (Duchovny, toujours impeccable) se retrouve confronté à des drames incessants comme le suicide de son ex-femme, l’emprisonnement de son fils et même le meurtre de Bob Kennedy, qu’il menait lui-même dans les cuisines du tristement célèbre hôtel. Ça fait un peu beaucoup, d’autant plus que l’acteur continue de jouer son personnage avec une sorte de légèreté cynique.

Mais malgré une multiplication de sous-intrigues, l’arrivée d’un serial killer un peu convenue, cette 2ème saison convainc beaucoup plus que la précédente. Elle s’achève en revanche de façon très abrupte. Et comme il semblerait qu’il n’y aura pas de saison 3, le dernier épisode paraît même franchement cavalier. Ces 26 épisodes pour tout arrêter en plein milieu du drame ? Pas très sérieux, ça…

 

« CHINATOWN » (1974)

chinatown2« CHINATOWN » fait d’abord penser à un hommage au ‘film noir’ des années 40, au « film de privé » dont « LE FAUCON MALTAIS » demeure l’archétype. La présence du réalisateur de ce film, John Huston, en tant qu’acteur de celui de Roman Polanski, n’est pas due au hasard. Mais assez rapidement, par la complexité de son scénario, par la profondeur des personnages, loin de tout cliché, « CHINATOWN » se hisse au-dessus du pastiche esthétisant pour s’affirmer lui-même comme un joyau du genre.

Sur plus de deux heures, le scénario de Robert Towne développe une enquête excessivement tortueuse (il faut plusieurs visions pour saisir toutes les nuances du complot et capter les multiples indices et détails), qui commence par un adultère, se poursuit en meurtre et s’achève par un trafic d’eau potable à L.A. révélant une corruption généralisée au plus haut niveau.

Au cœur de tout cela, celui qui fait l’intérêt véritable du film et lui donne son âme et sa singularité : le détective J.J. Gittes, ex-flic cynique et pas très raffiné, qui offre à Jack Nicholson – dans la meilleure période de sa carrière – un des rôles de sa vie. Avec ses méthodes de voyou, son air arrogant et moqueur, sa voix nasillarde, Nicholson compose un personnage en trois dimensions dont les réactions aux événements s’avèrent au fond, plus intéressantes que les événements eux-mêmes. Sa relation avec l’étrange et instable Faye Dunaway sont fascinantes et l’alchimie entre les deux comédiens fonctionne à plein régime.

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JACK NICHOLSON, FAYE DUNAWAY ET JOHN HUSTON

Héros faillible et au bout du compte impuissant devant les forces du Mal, Gittes s’installe avec Sam Spade et Philip Marlowe parmi les grands mythes du détective de cinéma. La photo mordorée de John A. Alonzo, la BO envoûtante de Jerry Goldsmith, la lenteur délibérée du montage, tout est réuni pour qu’on se laisse happer par ce petit chef-d’œuvre à la fois rétro et étonnamment moderne, qui s’achèvera en tragédie sur la chaussée du quartier chinois, ramenant Gittes à son passé dont on ne saura pas grand-chose, mais qu’on finira par deviner à partir de quelques bribes.

Un des deux ou trois meilleurs films de Polanski, qui apparaît lui-même en homme de main maniant le cran-d’arrêt. À noter que 16 ans plus tard, Towne écrira une suite : « THE TWO JAKES » que Nicholson réalisera tout en reprenant le rôle de J.J. Gittes. Hélas, beaucoup moins brillante…

 

« WHISKEY TANGO FOXTROT » (2016)

Bien des années après « UNDER FIRE », « SALVADOR » ou « L’ANNÉE DE TOUS LES DANGERS », « WHISKEY TANGO FOXTROT » s’inspirant de faits réels, suit un reporter de guerre en Afghanistan et démontre comment cette immersion addictive dans l’horreur et la folie change totalement les perspectives, voire la personnalité de celui qui se laisse happer.whiskey

La grosse différence avec les films précités, c’est que « le » reporter est ici une femme et que la tonalité – du moins au début du film – est à la comédie iconoclaste dans le mood de « M*A*S*H* ». C’est la minuscule Tina Fey, pilier du « SATURDAY NIGHT LIVE » et inégalable dans la sitcom « 30 ROCK », qui tient le film sur les épaules. Peu convaincante dans ses précédentes incursions au cinéma, elle est ici formidable de bout en bout, tout en autodérision et capable d’évoluer subtilement vers le drame psychologique sans qu’on ne sente le glissement. Mélange de candeur, d’irresponsabilité, le personnage qu’on suit pendant trois années, devient une dure-à-cuire rouée et manipulatrice. Autour d’elle, de bons acteurs ont aussi de beaux rôles : Margot Robbie en journaliste arriviste et sans foi ni loi, Martin Freeman en cynique indécrottable, Billy Bob Thornton en général borné. Seul Alfred Molina détone en chef religieux libidineux, cédant au gros comique. La seule faute de goût du film.

Les réalisateurs Glenn Ficarra et John Requa savent donner une sensation d’authenticité et d’urgence à tous leurs plans et leur Kaboul est d’un réalisme inouï. Ce qui est d’autant plus épatant que tout a été tourné… au Nouveau Mexique ! Chapeau à l’équipe déco, donc !

Mélange d’humour salace, de suspense ancré dans la réalité du terrain et même d’une pointe d’émotion, « WHISKEY TANGO FOXTROT » est une excellente surprise et un des meilleurs films de guerre moderne de ces dernières années. À découvrir sans faute.