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Archives de Catégorie: LES FILMS POLITIQUES

« UN TRAÎTRE IDÉAL » (2016)

Adapté d’un roman de John Le Carré, réalisé par la téléaste Susanna White, « UN TRAÎTRE IDÉAL » a toutes les apparences d’un film d’espionnage anglais comme on en a déjà tant vu. Mais il ne faut jamais se fier aux apparences car il s’avère être un excellent film aux enjeux psychologiques puissants et aux personnages très bien campés.KIND

Stellan Skarsgård – parfaitement utilisé – est un comptable de la mafia russe qui, se sachant condamné par son nouveau boss, décide de vendre ses secrets, impliquant de hauts dignitaires britanniques, au MI6 en échange d’une protection pour sa famille. Il compromet un innocent quidam (Ewan McGregor) et sa femme (Naomie Harris) croisés par hasard, qui vont s’attacher à son sort. C’est une course-poursuite à travers le Maroc, la France, la Suisse et l’Angleterre, toute empreinte de paranoïa et de violence. Mais le plus intéressant et original, est l’amitié soudaine mais bien réelle entre le « traître » sympathique et truculent et le jeune professeur généreux et chevaleresque. Le tandem d’acteurs fonctionne à plein régime, soutenu par d’excellents seconds rôles comme Damian Harris, en maître-espion ambigu. Étonnamment soigné au niveau visuel et esthétique, « UN TRAÎTRE IDÉAL » doit beaucoup à son directeur photo, Anthony Dod Mantle (« FESTEN », « DREDD ») dont le sens du cadrage et les lumières contrastées jouant avec les reflets, apportent une grande classe au film tout entier. Malgré quelques petites impasses scénaristiques et des ellipses très abruptes (on aurait quand même bien voulu savoir ce qui a pu se passer dans l’hélicoptère, à la fin !), « UN TRAÎTRE IDÉAL » est un bon suspense humain et dépourvu de sensiblerie.

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« LA BRIGADE DU TEXAS » (1975)

« LA BRIGADE DU TEXAS » est le second film de Kirk Douglas en tant que réalisateur, prouvant (si besoin était) après le désolant « SCALAWAG », qu’il n’était définitivement pas fait pour tenir la caméra.POSSE2.jpg

Car si le scénario est intéressant et même assez mordant, la réalisation approximative, pourrie de zooms et de cadrages hasardeux, éteint très vite tout intérêt pour l’histoire. Le film s’enlise dans un interminable trajet en train, une évasion laborieuse, des fusillades mal réglées et esquive le véritable sujet : la confrontation d’un marshal ambitieux et politicien dans l’âme avec un hors-la-loi (Bruce Dern) intelligent et manipulateur dont il veut se servir pour être élu gouverneur. Dern, ou du moins le personnage qu’il incarne, est d’ailleurs le seul véritable point fort de ce western en chambre : ironique, acrobatique, insolent, il joue un rôle qu’on dirait taillé pour… le Kirk Douglas des grandes années. Tandis que celui-ci se contente d’un personnage ingrat d’opportuniste faux-jeton et sans scrupule dont il ne peut pas tirer grand-chose. Les décors de la ville sont cheap au possible, les seconds rôles mal utilisés, qu’il s’agisse des deux vétérans de « LA HORDE SAUVAGE » Bo Hopkins et Alfonso Arau ou de Luke Askew et James Stacy, dont c’était le comeback à l’écran après un accident qui lui coûta un bras et une jambe.

On enrage de voir tous ces bons éléments pratiquement réduits à néant par un manque d’ampleur dans la réalisation et même dans la photo tristounette de téléfilm. Même la BO de Maurice Jarre ne parvient pas à remonter le niveau. « LA BRIGADE DU TEXAS » est un ratage, probablement dû au fait qu’en tant qu’acteur, Kirk Douglas s’est effacé derrière Bruce Dern, excellent comédien de second plan, qui n’avait alors pas l’étoffe de porter un film sur les épaules. Ils auraient sans doute mieux fait d’inverser leurs rôles ! Occasion manquée, donc.

 

« CASABLANCA » (1942)

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INGRID BERGMAN

Sur le papier, « CASABLANCA » de Michael Curtiz, avait tous les attributs d’un banal mélo de propagande antinazis de la Warner, un de ces films de circonstances rapidement oubliés au fil de l’Histoire.CASA.jpg

Mais, considéré aujourd’hui comme un des plus beaux accomplissements du vieil Hollywood, « CASABLANCA » a bénéficié d’une incroyable alchimie de tous les talents réunis et s’impose clairement comme un chef-d’œuvre d’émotion. Le scénario théâtral mais mixant admirablement l’anecdote amoureuse et une plus noble vision du sacrifice nécessaire en temps de guerre, un dialogue subtil, allusif, spirituel, une photo sublime d’Arthur Edeson, des décors « exotiques » splendides et pour finir l’immortelle chanson : « As time goes by », symbole du temps qui passe et des amours perdues. Sans oublier l’atout principal : le couple Ingrid Bergman-Humphrey Bogart qui crève l’écran. Rarement un ‘tough guy’ comme Bogart a osé se montrer aussi vulnérable et démuni (il sanglote littéralement parce qu’il revoit la femme qui l’avait largué sans préavis !). Le personnage de Rick, cynique et cassant, est en réalité un sentimental idéaliste et un grand amoureux romantique. Quant à Bergman, magnifiée par des gros-plans qui sont de véritables œuvres d’art, elle irradie et parvient à rendre crédible cette love story sinueuse et ce dilemme insoluble, par sa seule présence. À leurs côtés, Claude Rains est formidable en préfet français ambigu et profiteur, Paul Henreid remplit bien son office de héros noble et incorruptible et des personnalités comme Sidney Greenstreet, Peter Lorre (une courte mais très mémorable apparition)  ou S.Z. Sakall occupent agréablement l’arrière-plan.

« CASABLANCA » fait partie de ces films qu’on peut revoir régulièrement et indéfiniment, pour leur esthétique, leur atmosphère et parce que les relations entre les protagonistes sont si complexes et ambiguës qu’on peut toujours y déceler des subtilités et des paradoxes, même après de multiples visionnages. Une pierre blanche du cinéma américain.

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CLAUDE RAINS ET HUMPHREY BOGART

 

« THE SECRET MAN – MARK FELT » (2017)

« THE SECRET MAN – MARK FELT » de l’ex-journaliste Peter Landesman inspiré des mémoires de Felt en personne, revient sur les évènements du Watergate en 1972, mais cette fois du point-de-vue de l’informateur des reporters du Washington, le célèbre et longtemps anonyme « Gorge Profonde ».FELT.jpg

Pratiquement invisible dans « LES HOMMES DU PRÉSIDENT » (on ignorait alors son identité), le lanceur d’alerte n’était autre que le sous-directeur du FBI. Une idée potentiellement passionnante sur le papier, mais qui à l’arrivée donne un film statique, bavard à l’extrême et nécessitant une vraie connaissance du dossier pour y comprendre quelque chose et ne pas s’égarer dans une forêt de noms et une foule de personnages inconnus du commun des mortels non-américains. L’image verdâtre, la réalisation hésitant entre la caméra « bougée » et les longs plans figés, n’aident pas à se passionner pour la leçon d’Histoire et le rôle principal étant un homme austère, verrouillant ses émotions, difficile de ressentir une quelconque sympathie pour lui. C’est tout à l’honneur de Liam Neeson de l’avoir incarné avec une telle retenue. Très amaigri, portant une perruque de cheveux gris, le teint blême, il ressemble à un mort-vivant, et traverse le film, raide comme la justice et d’une parfaite sobriété. Il est bien entouré d’acteurs comme Diane Lane jouant sa femme à bout de patience, Marton Csokas en remplaçant de J. Edgar Hoover, Michael C. Hall, un Tom Sizemore particulièrement remarquable en rival visqueux au possible et même Eddie Marsan qui n’apparaît hélas, que le temps d’une brève séquence.

« MARK FELT » est un drôle de film, qu’il n’est pas évident de recommander tant il est esthétiquement ingrat et scénaristiquement hermétique. On peut s’y ennuyer ferme et penser que le cinéma c’est un peu plus que des personnes en costume en train de discuter dans des bureaux.

 

« GOMORRA » : saison 4 (2019)

Amputée d’un de ses deux protagonistes, la série « GOMORRA » se devait de retrouver un équilibre. Le personnage de ‘Ciro’ était si charismatique et porteur, qu’on a pu en douter. Rassurons-nous, la 4ème saison de ce chef-d’œuvre télévisuel est largement au niveau des précédentes, tout en ayant opéré des changements radicaux.GOMORRA4.jpeg

D’abord concernant ‘Gennà’ (Salvatore Esposito) qui, rongé par le remords, se prend à rêver, comme Michael Corleone dans « LE PARRAIN III », d’un avenir « legitimate » pour son fils. Et surtout ‘Patri’ (Cristiana Dell’Anna) qui a atteint les sommets du pouvoir mafieux à Naples et domine clairement ces 12 épisodes d’une tension inouïe. Car une fois encore, on s’attache à ces sinistres individus, à ces tueurs de sang-froid presque « à l’insu de notre plein gré ». Et Patri, qui prend en quelque sorte la place laissée vacante par Ciro, acquiert peu à peu une dimension héroïque : la femme seule contre tous qui doit prouver à tout instant qu’elle est au moins aussi létale que les hommes. L’actrice est extraordinaire d’intensité et certains gros-plans la font entrer d’emblée dans la cour des très grandes. Outre l’évolution des personnages, « GOMORRA » a opéré une métamorphose visuelle. Loin de l’image esthétisante et contrastée des saisons précédentes, qui auréolait de légende l’affrontement de ces Romulus et Remus napolitains, la saison 4 affiche une photo plus naturaliste, beaucoup moins stylisée. Cela aussi fait mieux passer la transition. Esposito est d’une sobriété sans égale et manifeste par de simples regards les subtils changements d’humeur de Gennà. Son face à face final avec Patri est époustouflant. Seul le rôle de sa femme (Ivana Lotito) semble souffrir d’une écriture flottante, évoluant sans réelle logique d’un épisode à l’autre. Même petite déception pour « Sang Bleu » (Arturo Muselli) qui perd dans cette saison la prometteuse aura qu’il affichait dans la précédente, pour n’être qu’un pâle voyou peu doué pour l’exercice du pouvoir. Mais cela semble délibéré, puisqu’un de ses propres hommes le lui fait remarquer dans le dialogue !

Quoi qu’il en soit, une des plus grandes séries actuelles qui aurait pu s’achever par son glaçant dernier plan, mais qui semble devoir se poursuivre. Et tant mieux !

 

« LE TERRORISTE » (1963)

TERRORISTE.jpgInspiré de faits réels, « LE TERRORISTE » de Gianfranco De Bosio se situe à Venise en 1943, pendant l’occupation allemande. Il suit l’action de « l’ingénieur » (Gian Maria Volonte’) un résistant fanatique, un électron libre incontrôlable qui multiplie les attentats contre les nazis, mettant la vie de ses proches en danger. Et aussi celle des dirigeants de partis beaucoup plus prudents dans leur approche de la résistance.

C’est tourné dans un noir & blanc austère, qui ôte toute beauté et tout pittoresque à la Cité des Doges. Le scénario, intéressant d’un point-de-vue historique et idéologique, s’avère le gros point faible du film. Si tout ce qui concerne le « terroriste » lui-même se suit sans difficulté, en revanche, les réunions politiques clandestines entre vieux politiciens sont incroyablement longues, statiques et bavardes jusqu’à la nausée. C’est anti-cinématographique au possible et ce parti-pris de sècheresse dessert grandement le propos qui en devient inaudible. On est tellement assommé par ces tunnels de dialogues désincarnés, que les séquences d’action – pourtant honnêtement filmées – perdent de leur intérêt, noyées qu’elles sont dans le verbiage qui les entoure et les étouffe. C’est vraiment dommage, car Volonte’ est remarquable de sobriété et de fébrilité contenue dans son rôle de poseur de bombes ne manifestant aucun sentiment. Il a heureusement une jolie scène avec sa femme Anouk Aimée, où filtre un peu de son humanité perdue. Philippe Leroy et Carlo Bagno sont également très bien en résistants courageux. On regrette vraiment de ne pas apprécier davantage « LE TERRORISTE » qui sacrifie trop au discours politique pour passionner réellement. C’est du cinéma cérébral, difficile, voire ingrat par moments, qui aurait peut-être gagné à être tourné par un Francesco Rosi qui savait ménager deux niveaux de lecture.

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GIAN MARIA VOLONTE’ ET ANOUK AIMÉE

 

« LE FAUSSAIRE » (1981)

FAUSSAIRE.jpegAdapté d’un roman de Nicolas Born par une prestigieuse équipe d’auteurs, « LE FAUSSAIRE » de Volker Schlöndorff se déroule à Beyrouth, pendant la guerre entre Chrétiens libanais et Palestiniens. Le film adopte le regard de Bruno Ganz, reporter allemand cynique et blasé qui va peu à peu passer du stade de voyeur à celui d’acteur.

Au-delà du sujet, déjà très fort, c’est l’ambiance créée par le réalisateur qui saisit dans cette œuvre tournée « à vif » sur les lieux de l’action. Ganz erre la nuit, dans les rues dévastées, au milieu des bombardements, des tirs de snipers, des cadavres brûlés, des exécutions sommaires. La bande-son, composée de bribes de musique captées çà et là, de détonations incessantes, est extraordinairement évocatrice et participe de l’immersion procurée par ce film de plus en plus stressant. Alors que son statut de « visiteur » semble d’abord l’immuniser contre les balles, Ganz va s’impliquer jusqu’à perdre cette invulnérabilité en même temps que sa neutralité. C’est complexe, ambigu, et l’acteur était le choix idéal pour ce personnage en proie au doute. Il porte le film sur les épaules et semble évoluer dans un cauchemar poisseux dans lequel il s’enlise sans arrêt. Il est bien entouré par Hanna Schygulla, dont le charme intoxicant est parfaitement utilisé dans un rôle insaisissable, Jean Carmet excellent en trafiquant d’armes sordide, véritable charognard et Jerzy Skolimowski plus vrai que nature en photographe.

« LE FAUSSAIRE » est un beau film difficile et lucide, qui s’achève à Hambourg sur une séquence d’un réalisme décourageant. Mais qu’on se passionne ou pas pour les guerres modernes, qu’on se sente concerné ou pas par l’Histoire du Liban, on n’est pas près d’oublier la course folle de Bruno Ganz dans ce Beyrouth apocalyptique, au milieu des nuages de fumée noire et des corps fauchés par les balles. À voir.

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BRUNO GANZ ET HANNA SCHYGULLA