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Archives de Catégorie: LES FILMS POLITIQUES

« LE DERNIER VICE-ROI DES INDES » (2017)

Au niveau de l’Histoire avec un grand « H », « LE DERNIER VICE-ROI DES INDES » couvre la période (1947) où l’Angleterre, après 300 ans de présence, rend à l’Inde son indépendance. D’un simple point-de-vue scénaristique, la réalisatrice Gurinder Chadha (« JOUE-LA COMME BECKHAM ») calque sa « petite histoire » sur la série « DOWNTON ABBEY » (les mêmes événements vécus par les humbles et les puissants à divers niveaux de la même demeure). La présence de Hugh Bonneville dans le rôle de Lord Mountbatten semble donc parfaitement logique.VICEROY

Le film est très intéressant pour le néophyte qui apprend les relations entre « l’occupant » et la population indienne éclatée et en constant conflit. On y comprend la manipulation dont fit l’objet l’idéaliste Mountbatten de la part de Churchill. De ce côté-là, rien à redire : c’est très bien documenté, intelligent. En revanche la sous-intrigue mélodramatique, très « Roméo & Juliette », liant un jeune serviteur et une pure jeune fille musulmane promise à un autre, est pataude et convenue, culminant en une ‘happy end’ improbable et embarrassante. Cela n’empêche pas les deux jeunes comédiens d’être excellents, en particulier la ravissante Huma Qureshi.

Il y a à prendre et à laisser dans ce film très bien fabriqué, mais académique et empesé. Sa principale qualité est la clarté et une bonne mise en perspective, son gros défaut est un manque de moments vraiment forts et de surprises. Gillian Anderson est parfaite en Lady Mountbatten, modifiant sa diction, sa gestuelle, sa démarche, jusqu’à l’identification totale. Michael Gambon est remarquable en vieux politicien roué et cynique. Et Bonneville semble vraiment échappé de « DOWNTON ABBEY » tant les personnages sont proches.

À voir pour mieux connaître l’histoire des Indes donc, pour de belles scènes de foule, une reconstitution sans faille, sans en attendre autre chose.

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« AU-DESSOUS DU VOLCAN » (1984)

UNDER2« AU-DESSOUS DU VOLCAN » est l’adaptation du roman-somme de Malcolm Lowry sur les derniers jours d’un ancien consul anglais à Cuernavaca. On y retrouve l’ambiance du « TRÉSOR DE LA SIERRA MADRE » ou « LA NUIT DE L’IGUANE », œuvres antérieures de John Huston, elles aussi tournées au Mexique.

Le film se déroule pendant la fête des morts et suit les pérégrinations éthyliques de ce pauvre homme abandonné par sa femme et devenu un véritable ‘borrachón’, un bouffon local. Quand la belle dame finit par revenir, il est déjà trop tard et l’ex-diplomate continue sa lente descente vers la mort à grandes lampées de Mescal. Dire que c’est agréable à contempler serait exagéré. Albert Finney offre un des portraits d’ivrognes les plus réalistes qui soient donnés de voir : chancelant, congestionné, la diction pâteuse, il est vraiment extraordinaire. Hanté par son passé, par ses échecs, il se suicide à petit feu et sa mort, dans un bordel tellement sordide qu’il ressemble à une antichambre des enfers, ne provoque que dégoût et soulagement. Huston ne fait aucune concession au « commercial » et signe un film pesant, parfois ennuyeux, excessivement déprimant, sans une lueur d’espoir. Historiquement parlant, on y apprend qu’en 1938, le Mexique était gangréné par le nazisme, annonçant la WW2 toute proche. Cela accentue l’atmosphère délétère et malsaine du récit et la sensation de suffocation. Aux côtés d’un Finney omniprésent, Jacqueline Bisset, très bien dirigée, trouve un de ses bons rôles et on reconnaît des visages familiers du passé comme Katy Jurado, à peine reconnaissable ou Emilio Fernandez toujours aussi inquiétant à presque 80 ans.

« AU-DESSOUS DU VOLCAN » fait partie de ces films qu’on admire sans les aimer vraiment. Il n’est pas aisé de passer deux heures avec ces personnages à la dérive, surtout cette épave vaguement répugnante incarnée par Finney, même s’il parvient à laisser filtrer çà et là de fugitives réminiscences de sa grandeur passée.

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ALBERT FINNEY ET JACQUELINE BISSET

 

« LE BON PLAISIR » (1984)

BONAdapté par elle-même d’un roman à clé de Françoise Giroud, qui connaissait bien les arcanes du pouvoir, « LE BON PLAISIR » est un film au ton très singulier, entre la comédie noire, la satire politique et le thriller psychologique.

Honnêtement réalisé par Francis Girod, le film déroute et séduit peu à peu, malgré une réelle absence de centre de gravité. On n’arrive jamais à déterminer qui est le protagoniste principal, ce qui fait parfois décrocher de l’intrigue pourtant bien agencée.

Fidèle à son image de froideur éthérée, Catherine Deneuve est au centre de l’action, mais on ne s’attache pas à son irritant personnage, certainement moins lisse qu’il ne paraît mais que le scénario n’approfondit pas. Même chose pour Jean-Louis Trintignant, qui parvient pourtant à ciseler en finesse son rôle de président de la République capricieux et paranoïaque, dans lequel on croit reconnaître certains dirigeants français. Il a de très belles scènes où son visage se déforme littéralement sous l’effet de la suspicion et de la fureur. Michel Serrault nage comme un poisson dans l’eau en ministre de l’intérieur roué et étonnamment sympathique. Michel Auclair est remarquable en vieil éditeur homosexuel.

Le côté distancié des dialogues toujours fins et spirituels, une mise-en-scène effacée et dépourvue de style, des seconds rôles pas suffisamment développés, empêchent « LE BON PLAISIR » d’atteindre tous ses buts. Cela demeure un spectacle efficace et prenant, avec de formidables moments (la première rencontre entre Trintignant et son fils) et d’autres assez pénibles (tout ce qui implique le petit voyou joué par Hyppolite Girardot). Du bon cinéma français bien écrit, carré et sans chichi, à voir principalement pour son beau casting et pour la qualité de son dialogue.

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JEAN-LOUIS TRINTIGNANT, MICHEL SERRAULT ET CATHERINE DENEUVE

 

« SNIPER : GHOST SHOOTER » (2016)

« SNIPER : GHOST SHOOTER » est le 6ème opus de la franchise initiée en 1993 et il commence à être impossible de la distinguer d’une honnête série TV du style « 24 HEURES CHRONO » ou « HOMELAND ».SNIPER6

Réalisé par Don Michael Paul, spécialisé dans les sequels destinées au DTV, ce film ne présente aucun intérêt au niveau scénaristique, mais focalise son action sur l’utilisation des drones porteurs de missiles et sur les tourments de son héros, le sniper junior Chad Michael Collins, qui comprend peu à peu qu’une sale guerre doit être faite salement.

Le dialogue est une pénible enfilade de clichés, les personnages sont taillés dans la masse, voire complètement ridicules, comme cette commanditaire blonde (Stephanie Vogt) au physique de top model mûrissante. D’ailleurs, il est à noter que la présence féminine dans les équipes de tireurs est valorisée dans ce n°6. Outre Collins, toujours aussi transparent, on retrouve les habitués Billy Zane – un peu empâté – en officier bourru et Dennis Haysbert en colonel à « grosse voix ».

On visite İstanbul et la Géorgie, on s’ennuie un peu, mais on se réveille à chaque grosse séquence d’action. Et heureusement, elles sont nombreuses ! Comme toujours dans ces films, les fusillades sont d’un réalisme impressionnant et on sent que le gros du budget a été placé dans ces moments-clés, qui justifient l’existence du produit. Les échanges de coups de fusils à longue portée créent une réelle tension et l’impact des balles est d’un réalisme à faire frémir. On parle souvent du personnage de ‘Beckett’ père, sans jamais le voir, mais on devine qu’on va le retrouver dans le prochain numéro intitulé : « SNIPER : ULTIMATE KILL » tourné l’année suivante. Une étrange série de films, basée sur la mort à distance, mais qui continue de fonctionner bon an, mal an, sans qu’on comprenne très bien pourquoi. Le soin apporté aux extérieurs et aux effets-spéciaux y est sûrement pour quelque chose.

 

« TONNERRE DE FEU » (1983)

BLUE2Écrit par Dan O’Bannon (« ALIEN »), réalisé par John Badham (« LA FIÈVRE DU SAMEDI SOIR »), « TONNERRE DE FEU » marque plus ou moins la fin du statut de vedette de Roy Scheider, dont la carrière entamera bientôt une pente descendante, et sera hélas, le dernier film de Warren Oates.

Qu’en dire d’autre ? C’est un thriller high-tech (à l’époque, tout du moins), dont la vraie star est un hélicoptère ultra-performant qui donne d’ailleurs son titre au film. Si la première moitié du scénario se tient bien, malgré un manque de profondeur évident des protagonistes, la seconde privée de son centre de gravité par la disparition de Daniel Stern, le seul personnage sympathique, se résume à une démonstration de poursuites aériennes ou en voitures, où les véhicules explosent, les buildings se prennent des missiles de plein-fouet. On a bien évidemment eu droit à beaucoup mieux depuis et vu la faiblesse du postulat de départ (une conspiration tirée par les cheveux pour justifier la mise en service du fameux hélico) l’intérêt fond comme neige au soleil.

Scheider, buriné, l’air un peu absent, joue les ex-héros du Vietnam souffrant de SPT (ce qui nous vaut un bien vilain flash-back récurrent) sans faire preuve de sa présence habituelle. Il se laisse piquer la vedette par le jeune Stern, amusant en coéquipier enthousiaste et courageux. Candy Clark assure en fiancée de notre pilote, même si leur couple paraît bien improbable. Malcolm McDowell joue un ‘villain’ tête-à-claques moyennement crédible et Oates se traîne dans un rôle effacé de chef râleur bien indigne de lui.

« TONNERRE DE FEU » a encore ses bons moments et on a est toujours content de revoir ces comédiens d’une époque révolue. Mais il a indéniablement vieilli, manque de substance et son climax – un looping en hélicoptère réputé impossible – paraît tout de même insuffisant.

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WARREN OATES, ROY SCHEIDER, MALCOLM McDOWELL ET DANIEL STERN

 

« LE VOLEUR » (1967)

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JEAN-PAUL BELMONDO ET JULIEN GUIOMAR

Adapté d’un roman du peu prolifique auteur Georges Darien, « LE VOLEUR » dresse le portrait d’un jeune cambrioleur dans le Paris des années 1900, un solitaire issu d’un milieu bourgeois qui ne trouve un sens à son existence qu’en accomplissant ses larcins.VOLEUR3

C’est une œuvre existentielle, portée par Jean-Paul Belmondo en total contremploi. Belle idée de Louis Malle de l’avoir choisi pour incarner ce criminel élégant, non-violent, dégoûté par la société, tenté par l’anarchisme, mais fondamentalement désespéré et voué à la guillotine. Parfaitement dirigé, l’acteur ne décroche qu’un ou deux sourires au cours du film, observe plutôt qu’il ne réagit, laisse les rôles « flamboyants » à ses partenaires comme Julien Guiomar excellent en abbé-voleur et Charles Denner en maestro de la cambriole qui reconnaît « l’odeur de l’or ».

La reconstitution historique est sobre, le rythme maintenu sur deux heures. La voix « off » apporte beaucoup d’ironie amère à l’ensemble et le dialogue est constamment savoureux et cynique. Autour de Belmondo dans une de ses plus belles prestations, un magnifique casting féminin : la délicieuse Geneviève Bujold en cousine espiègle, la toute jeune Marlène Jobert en prostituée joyeuse, Françoise Fabian en modiste, Bernadette Lafont en soubrette coquine et surtout Marie Dubois formidable en garce rousse aux griffes acérées. On aperçoit Pierre Étaix en pickpocket et Jean-Luc Bideau en huissier, le temps d’une séquence.

Œuvre sombre, énigmatique, à l’image de son personnage central, « LE VOLEUR » fascine par sa froideur désincarnée, par quelques moments marquants (l’exécution en place publique, la falsification du testament du vieil oncle agonisant) et par l’acuité avec laquelle est dessiné ce ‘Georges Randal’ : un homme carbonisé de l’intérieur, qui a grandi sans amour et ne retrouve goût à la vie qu’en dépouillant les riches. Un bien beau film, pas facile d’accès, mais qui vaut largement l’effort.

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JEAN-PAUL BELMONDO, MARLÈNE JOBERT, MARIE DUBOIS ET GENEVIÈVE BUJOLD

 

« THE WIZARD OF LIES » (2017)

« THE WIZARD OF LIES » est un téléfilm HBO basé sur l’escroquerie phénoménale organisée par Bernie Madoff et qui ruina des milliers d’Américains en 2008. Inspiré du livre de Diana Henriques, qui tient son propre rôle d’intervieweuse dans le film, le scénario est bâti de façon éclatée, évoquant parfois le style d’un Scorsese.WIZARD

Après « SLEEPERS », « DES HOMMES D’INFLUENCE » et « PANIQUE À HOLLYWOOD », Barry Levinson retrouve Robert De Niro pour le diriger dans le rôle-titre. Moins rond que le véritable Madoff, moins débonnaire, le visage plus tourmenté, De Niro s’avère néanmoins un excellent choix. Affublé d’un faux nez, il est d’une intensité et d’une sobriété qu’on lui voit rarement ces dernières années et parvient à lever une partie du voile sur la personnalité étrange de ce « sociopathe » affable et monstrueux à la fois, vivant dans le déni le plus total.

Le film suit en parallèle l’escroc rattrapé par ses exactions, traqué par la presse et ceux qu’il a spoliés et sa vie de famille qui vire au cauchemar. Michelle Pfeiffer est remarquable dans le rôle de son épouse d’abord frivole, peu à peu plongée dans un véritable cauchemar qui la laisse à la dérive. Le personnage le plus attachant et pathétique. La séquence du suicide raté de Bernie et Ruth est à la fois drôle et tragique. À leurs côtés, Alessandro Nivola est parfait en fils fragile incapable de supporter la pression des médias et la haine dont il fait injustement l’objet. Les scènes où il se laisse humilier par son père sont très rudes.

Extrêmement bavard, pas toujours très clair chronologiquement parlant, « THE WIZARD OF LIES » offre une approche intéressante et mesurée d’un individu impossible à cerner, difficile à juger, qui suscite malgré lui une certaine empathie à la fin, dans son absolue solitude en prison. À 74 ans, De Niro démontre qu’il n’a pas encore fini de nous surprendre et que des années de navets n’ont pas entamé son génie de la composition.

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ROBERT DE NIRO