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Archives de Catégorie: LES FILMS POLITIQUES

« DON’T DRINK THE WATER » (1994)

DRINKI.jpeg« DON’T DRINK THE WATER » fut un énorme succès à Broadway en 1966 et fut adapté en long-métrage trois ans plus tard avec, semble-t-il, moins de bonheur. Entre deux films de sa grande période, Woody Allen en tourna un remake pour la TV et reprit le rôle principal, créé au théâtre par Lou Jacobi et à l’écran par Jackie Gleason.

Pendant la guerre froide, une famille de beaufs new-yorkais en visite à Moscou se retrouve enfermée dans l’ambassade américaine, après avoir été pris pour des espions par le KGB. Dans ce huis clos, tout le monde est incompétent, fou à lier, pleutre et hystérique. Allen s’essaie au boulevard frénétique et le comique est basé sur une avalanche de « one liners », des bousculades, des malentendus. C’est parfois fatigant, souvent drôle, mais c’est intéressant de voir Woody Allen revisiter à 60 ans un texte écrit quand il en avait la moitié. Esthétiquement – et même s’il retrouve son équipe technique habituelle – c’est visiblement moins soigné que d’habitude, en format carré d’avant le 16/9, et cela ressemble beaucoup à du théâtre filmé, tout en plans larges avec énormément de monde dans le champ de la caméra qui s’agite en tous sens. Allen et Julie Kavner forment un couple idéalement assorti, un peu comme De Funès et Claude Gensac, ensemble ils font des étincelles (« Pourquoi ramasses-tu toujours des machins bizarres ? », lui demande-t-elle. « C’est comme ça qu’on s’est rencontrés ! », répond-il). Michael J. Fox est attachant en fils d’ambassadeur gaffeur et manifestement pas à sa place, Dom DeLuise lâché en roue-libre, comme toujours, arrache quelques sourires en prêtre/magicien/espion pot-de-colle, mais vampirise hélas, pas mal de scènes.

Ce n’est pas tout à fait un « film de Woody Allen », mais une sorte de parenthèse sympathique, un clin d’œil à son passé de dramaturge débutant et, peut-être, une manière de faire oublier la première adaptation réputée désastreuse qui lui était restée sur l’estomac.

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JULIE KAVNER, WOODY ALLEN, MAYIM BIALIK ET MICHAEL J. FOX

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« ZULU » (2013)

Malgré une v.o. anglaise, un tournage en Afrique du Sud et un casting anglo-saxon, « ZULU » est un film français, inspiré d’un roman français et réalisé par le français Jérôme Salle. Ce genre de coproduction incite généralement à la méfiance, d’autant plus que la filmo du réalisateur laisse circonspect (« LARGO WINCH ») et que les têtes d’affiche Forest Whitaker et Orlando Bloom ont depuis longtemps fait la preuve de leur manque de rigueur dans leurs choix de carrière.ZULU.jpg

Eh bien, on a tort de se méfier ! « ZULU » est un remarquable polar, d’une parfaite efficacité narrative, au montage ultra-nerveux, et hanté par le spectre de l’apartheid et par la bête immonde nommée racisme. Cela démarre par l’enquête de deux flics bien abimés par la vie, Bloom alcoolique et obsédé sexuel et Whitaker traumatisé par une enfance atroce qui l’a laissé mutilé dans chair. Cela ressemble à un simple meurtre, mais plus l’histoire se développe, plus elle se complexifie et réveille le passé des protagonistes et du pays tout entier. Rien de vraiment original là-dedans bien sûr, mais une impeccable gestion des flash-backs, des fulgurances de violence inouïes, comme cette descente de police sur une plage déserte qui vire au carnage ou le baroud d’honneur final qui rappelle « ROLLING THUNDER » de John Flynn. Whitaker, amaigri, l’air hébété, n’a pas été meilleur depuis des lustres. Bloom, mûri et le visage marqué, a pris de la bouteille et compose un personnage en trois dimensions. Tous les seconds rôles sont excellents et crédibles à 100%.

Une vraie belle surprise donc, que ce « ZULU » prenant et ultra-violent, qui sous ses allures de simple polar exotique, démontre sans s’appesantir que les démons du passé ne meurent jamais complètement et n’attendent qu’une occasion pour ressurgir.

 

« LES ÉMIGRANTS » (1971)

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LIV ULLMANN

« LES ÉMIGRANTS » de Jan Troell, il faut en être prévenu, est une véritable épreuve d’endurance. Non parce qu’il est mauvais – loin de là – mais parce que la vision de la misère, des souffrances humaines, de la maladie, des humiliations, n’a rien de réjouissant et que l’auteur ne nous épargne rien.ÉMIGRANTS.jpg

Situé vers 1850 dans la campagne suédoise, le film suit le destin d’un couple de paysans, Max Von Sydow et Liv Ullmann, « empruntés » à Ingmar Bergman, qui décident d’émigrer aux Amériques. Par la minutie de sa mise-en-scène, la longueur de chaque séquence, Troell donne presque la sensation de suivre l’action en « temps réel » et, sur plus de trois heures, cela peut devenir pénible, voire douloureux. Les échecs successifs du couple, les grossesses à répétition, la mort d’une fillette, la sècheresse… Tout les pousse à quitter leur terre natale pour cette Amérique qu’ils idéalisent et sur laquelle ils portent tous leurs espoirs. On souffre avec eux, le summum étant atteint lors de la traversée en mer, où on finit par se sentir physiquement malade ! Le film est d’une sobriété visuelle confinant à l’austérité, Troell interdit tout romanesque, toute simplification « hollywoodienne ». On finit par s’attacher à ces personnages frustes et taiseux : Von Sydow remarquable en brave homme entêté, Ullmann émouvante en mère nourricière endurante, Eddie Axberg très bien en rêveur ou Monica Zetterlund en femme de mauvaise réputation.

Tant d’années après, « LES ÉMIGRANTS » émeut toujours et peut-être davantage, au regard de l’actualité du 21ème  siècle. C’est une œuvre sincère et puissante, de celles qui dépeignent les « gens de peu » avec une empathie jamais manichéenne et leur rendent leur humanité.

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LIV ULLMANN ET MAX VON SYDOW

À noter : le film connut une suite l’année suivante, « LE NOUVEAU MONDE » encore plus longue !

 

« GLADIATOR » (2000)

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RUSSELL CROWE

« GLADIATOR » un des plus grands succès commerciaux et artistiques de Ridley Scott, a déjà presque vingt ans et il mûrit admirablement bien. Mélange harmonieux de leçon d’Histoire antique, de politique, de mélodrame et de péplum décomplexé, il entraîne pendant près de trois heures dans du grand, du vrai, du pur « cinoche » comme Scott n’a vraiment réussi à en produire que trois ou quatre fois durant sa belle carrière.GLADIATOR2.jpg

Porté par la majestueuse BO de Lisa Gerrard et Hans Zimmer, le film suit le destin d’un général romain (Russell Crowe dans le rôle de sa vie) dont la famille est massacrée par le jeune empereur parricide Joaquin Phoenix. Il devient gladiateur puis quand son charisme naturel lui fait retrouver sa position de meneur d’hommes, il menace la toute-puissance romaine. Un personnage icônique, parfaitement incarné par un Crowe massif, mutique et puissant, qui occupe l’espace avec une présence inouïe, qu’il a étonnamment perdue par la suite. Les esprits chagrins se plaindront peut-être de scènes d’intrigues de palais un peu trop longues et bavardes, mais les décors – virtuels ou « en dur » – aident à passer le temps entre deux morceaux de bravoure, ainsi que l’interprétation imprévisible et inquiétante de Phoenix en émule de Caligula et la beauté marmoréenne de Connie Nielsen. On est heureux de revoir deux soiffards légendaires en fin de carrière : Richard Harris en vieil empereur mourant et surtout Oliver Reed magnifique en trafiquant d’esclaves haut-en-couleur.

« GLADIATOR » est un film d’une très grande violence, qui n’épargne aucune mutilation, aucune giclure de sang, mais qui garde un souffle épique grâce à un scénario foisonnant et romanesque, des images inoubliables (la maison de Maximus sur la colline, l’intérieur du Colisée) et un lyrisme constant qui frôle parfois le pompier sans jamais y céder complètement. C’est tout simplement du grand cinéma populaire intelligent et plein de sève, qui gagne à chaque re-vision.

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JOAQUIN PHOENIX, CONNIE NIELSEN, OLIVER REED ET RUSSELL CROWE

 

« LE FLEUVE SAUVAGE » (1960)

RIVERLes plus féroces détracteurs d’Elia Kazan n’ont jamais pu lui nier son don hors du commun de directeur d’acteurs. Et c’est bien la première chose qui ressorte de « LE FLEUVE SAUVAGE », drame sudiste hautement symbolique sur la fin d’une ère, l’arrivée du progrès qui noie tout sur son passage, y compris le passé et l’esprit des pionniers.

Dans les années 30, Montgomery Clift, agent du gouvernement doit déloger une vieille femme obstinée (Jo Van Fleet) avant que son île ne soit submergée par les eaux d’un barrage. Il tombe amoureux de sa belle-fille (Lee Remick), affronte les habitants et les membres d’un KKK qui ne dit pas son nom et prend fait et cause pour son « ennemie », même s’il doit aller au bout de sa tâche. C’est là le sujet, et il est très beau, simple et émouvant. Mais ce qui donne au film sa force impressionnante, ce sont les relations entre les personnages, la complexité, voire l’ambivalence de leurs caractères et leur poignante humanité qui finit toujours par refaire surface. Kazan a choisi un trio extraordinaire : Clift d’abord, fort, fragile, entêté et contradictoire à la fois représentant du système et rebelle, Jo Van Fleet totalement crédible, à seulement 45 ans, dans le rôle de cette octogénaire dure-à-cuire, aidée par un remarquable maquillage certes, mais jouant son rôle de l’intérieur. La scène où elle harangue ses ouvriers noirs aurait à elle seule mérité un Oscar. Et enfin la belle, la radieuse Lee Remick sublime jeune veuve exaltée mais lucide, incapable de contenir ses sentiments. Parmi les seconds rôles, de grosses pointures comme Barbara Loden en secrétaire fine-mouche, Albert Salmi formidable en facho de service, Bruce Dern en lyncheur pas complètement ignoble, Jay C. Flippen.

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MONTGOMERY CLIFT, JO VAN FLEET ET LEE REMIICK

« LE FLEUVE SAUVAGE » est un film âpre, sensuel, transcendé par ses comédiens et par la triste beauté des paysages en sursis de ce vieux Sud si souvent exploré par le cinéma de cette époque. Un des plus beaux films d’Elia Kazan.

 

« BODYGUARD » (2018)

« BODYGUARD » est une minisérie anglaise de 6×55 minutes, située dans l’univers de la politique et du terrorisme, et prenant pour héros Richard Madden, vétéran de la guerre en Afghanistan, nommé garde-du-corps personnel de la ministre de l’Intérieur (Keeley Hawes) menacée pour des récentes prises de position qui lui ont fait beaucoup d’ennemis.BODYGUARD.jpg

Dès la toute première séquence dans un train menacé par une djihadiste armée d’une ceinture d’explosifs, on est agrippé. C’est haletant, imprévisible, addictif. Et cela ne se relâche pratiquement jamais. La relation qui se noue entre l’ex-soldat d’élite et la politicienne laisse deviner le développement de l’intrigue, mais… pas du tout ! Au 4ème épisode, la série prend un virage en épingle à cheveux et tout s’accélère, révélant progressivement un complot d’envergure en vue de la préparation d’un coup d’État. Mais ce n’est encore qu’une facette de ce scénario à tiroirs, bourré de fausses-pistes admirablement gérées sur la longueur, de chausse-trappes et d’incertitudes. Ici, n’importe qui peut mourir à n’importe quel moment, tout le monde – absolument tout le monde – est un suspect potentiel et les failles psychologiques des protagonistes font partie intégrante du suspense.

De la grande télévision donc, une écriture au rasoir, des comédiens formidables, parmi lesquels Gina McKee d’une exceptionnelle ambiguïté et au final un instantané terrible de notre monde paranoïaque, englué dans une guerre souterraine et sans espoir apparent de résolution. Les leçons de « HOMELAND » ont été bien retenues par les auteurs anglais qui ont même réussi à améliorer la sauce. On en redemande !

Histoire de pinailler, regrettons l’épilogue qui semble rajouté a posteriori et n’a strictement aucun rapport avec le mood de l’ensemble des six épisodes.

 

« SICARIO – LA GUERRE DES CARTELS » (2018)

Tourné trois ans après « SICARIO » de Denis Villeneuve, « SICARIO – LA GUERRE DES CARTELS » fait se retrouver l’agent de la CIA Josh Brolin, chargé de déclencher par n’importe quel moyen, même les pires, une guerre entre les cartels de Mexico et Benicio Del Toro dans son rôle de flingueur assoiffé de vengeance.SOLDADO.jpg

La vraie trouvaille du scénario est d’avoir inversé les trajectoires des deux personnages : Del Toro redevient peu à peu humain au contact d’une jeune fille kidnappée, tandis que Brolin laisse craquer le vernis de civilisation qui l’entravait encore. On imagine qu’un 3ème film déjà annoncé, mettra les deux hommes face-à-face. Mais le vrai plus de cette sequel qui parvient, par bien des points, à surpasser l’original, c’est la présence du réalisateur italien Stefano Sollima aux commandes. Auteur des formidables « SUBURRA » au cinéma et « GOMORRA » à la TV, il dynamise ces deux heures de violence et de suspense d’admirable façon, ne laissant s’installer aucune plage d’ennui et traitant son sujet avec un souci de réalisme quasi « organique ». Certaines séquences, comme le calvaire de Del Toro dans le désert ou l’arrestation à deux hélicoptères, sont d’une maîtrise époustouflante. Grand réalisateur, vraiment. Autour du tandem Brolin/Del Toro, aux gueules de plus en plus burinées, à la présence physique compacte et minérale, qui se complètent magnifiquement, de bons seconds rôles comme la jeune Isabelle Moner en otage, Jeffrey Donovan, Matthew Modine et Catherine Keener étonnamment éteinte dans un rôle de « chef » sans état d’âme.

« SICARIO – LA GUERRE DES CARTELS » est un très beau film d’action, une âpre immersion dans un monde où se mêlent le trafic d’êtres humains aux frontières, le terrorisme et les enfants-tueurs, un panorama glaçant de notre 21ème siècle en décomposition. Sans oublier, cerise sur le gâteau, une petite pointe d’émotion.