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Archives de Catégorie: LES FILMS DE JESSICA LANGE

« QUE LE SPECTACLE COMMENCE ! » (1979)

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ROY SCHEIDER

Grand chorégraphe de Broadway, Bob Fosse a tourné six longs-métrages dont « CABARET » et « LENNY ». « QUE LE SPECTACLE COMMENCE ! » est son avant-dernier film, produit cinq ans avant sa mort. Et c’est bien de cela qu’il parle : de la mort prochaine de Bob Fosse ! Ou tout du moins de son transparent alter-ego ‘Joe Gideon’.JAZZ.jpeg

Le scénario éclaté en kaléidoscope, entre flash-backs, rêves de morphine, fantasmes sexuels et répétitions de spectacles, rend parfaitement la sensation de tourbillon permanent que fut la vie de cet « homme pressé », toujours au bord du burnout. Les numéros musicaux – très nombreux – s’insèrent bien dans ce style narratif, et si le film semble piétiner parfois, il n’en parvient pas moins à immerger, à soûler et à donner une bonne idée de l’homme. Il faut bien avouer que le choix de Roy Scheider pour jouer (plus ou moins) Bob Fosse, est plutôt déroutant. Figure incontournable du polar urbain et du film d’aventures des seventies, l’acteur a été modifié physiquement (amaigri, barbu, teint en roux, sans aucun bronzage chose rare chez lui) pour être crédible dans ce rôle d’artiste égoïste, narcissique, suicidaire et insupportable. Il lui manque peut-être un grain de folie authentique, une rage intérieure, pour y parvenir totalement, mais il fait une belle prestation et endosse un vrai contremploi. Autour de lui, Leland Palmer est très bien dans le rôle de son ex-femme et on reconnaît des têtes familières comme John Lithgow, Ben Vereen, Sandahl Bergman ou CCH Pounder. Jessica Lange incarne une vision angélique et douce de la Mort elle-même, qui attend patiemment son heure.

Aujourd’hui, le film paraît un peu long, parfois lourd (le portrait caricatural des producteurs est trop appuyé, sans nuances), voire un peu complaisant. Mais il n’en demeure pas moins que « QUE LE SPECTACLE COMMENCE ! » est un bel achèvement – surtout dans le contexte cinématographique de l’époque – un film torrentiel et intime à la fois, qui entrouvre une porte sur l’âme tourmentée d’un créateur prêt à tout donner pour son art. Même sa propre vie.

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ROY SCHEIDER, LELAND PALMER ET BEN VEREEN

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« ROB ROY » (1995)

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LIAM NEESON

« ROB ROY », inspiré de faits réels, est une sorte de miracle parvenant à mêler le sérieux d’une grosse production anglaise avec les fastes romanesques du vieil Hollywood, débarrassés de la censure d’époque.ROB.jpg

Cela se passe en Écosse en 1713. Le « highlander » Robert Roy McGregor (Liam Neeson) est roulé lors d’une transaction avec un noble (John Hurt) et devient hors-la-loi. Ses terres brûlées, ses fermiers massacrés, sa femme (Jessica Lange) violée par l’homme de main de Hurt (Tim Roth), il va tout faire pour survivre et obtenir sa vengeance. Un sujet simple, quasi-westernien. Les glorieux paysages sont d’ailleurs filmés comme les déserts de l’Ouest, avec la même majesté. Et Neeson a bien l’allure des nobles héros d’antan. Magnifiquement cadré par le généralement peu emballant Michael Caton-Jones, « ROB ROY » parvient à être enthousiasmant pendant ses 139 minutes sans jamais laisser retomber le soufflé. Il faut dire que, outre le superbe couple formé par Lange et Neeson, le trio de méchants est particulièrement exceptionnel : John Hurt, ignoble individu fielleux et hautain, Brian Cox en intendant comploteur et adipeux et surtout… surtout Tim Roth qui vole la vedette à tout le monde dans un rôle de bâtard sadique et maniéré, véritable vermine emperruquée. Haïssable et répugnant certes, mais pas aussi stéréotype qu’il n’en a l’air et lui-même victime de ceux qu’il sert aujourd’hui. Son duel final avec Rob Roy est digne des vieux films d’Errol Flynn, la cruauté et le sang en plus.

Le scénario est un modèle du genre, trouvant l’équilibre parfait entre la reconstitution historique et le grand spectacle. « ROB ROY » est dans son genre, ce qu’on peut appeler un chef-d’œuvre, même s’il a toujours été et demeure toujours, un film étrangement sous-estimé et relativement obscur.

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JOHN HURT, TIM ROTH, LIAM NEESON ET JESSICA LANGE

 

« LES NERFS À VIF » (1991)

NICK NOLTE ET JESSICA LANGE

NICK NOLTE ET JESSICA LANGE

On peut légitimement se demander ce qui a bien pu pousser Martin Scorsese, alors au faîte de sa carrière, à réaliser le remake d’un honnête thriller des années 60. Trente ans après J. Lee-Thompson, c’est donc avec révérence qu’il reprend le scénario, l’adapte à ses obsessions et le transforme en une allégorie biblique sur le péché, le mensonge et la rétribution.nerfs3

« LES NERFS À VIF » arrange plusieurs faiblesses du film originel (la relation passée entre l’avocat et l’ex-taulard est maintenant beaucoup plus forte et nourrie et crédibilise le conflit), mais hypertrophie le moindre événement en morceau de bravoure tonitruant. La musique de Bernard Herrmann devient littéralement « hénaurme », le moindre personnage est tourmenté, névrosé, presque tous les plans sont cadrés bizarrement pour créer un malaise permanent.

Le film tout entier tourne autour de la performance de Robert De Niro. Dans ce rôle de ‘white trash’ comme échappé de l’enfer, il s’en donne à cœur-joie et passe d’un extrême à l’autre dans un impressionnant Grand-8. Avec ses cheveux gras, ses tatouages religieux, sa musculature de forçat et son accent du Sud grasseyant, il compose un méchant d’anthologie. Cela peut parfois sombrer dans la complaisance comme dans la scène au théâtre avec l’adolescente. Nick Nolte écope du rôle moins gratifiant de l’avocat sans caractère, Jessica Lange se sort bien d’un personnage irritant de femme trompée. Les séquences dialoguées entre les époux ne sont pas ce qu’il y a de plus convaincant dans le film. Juliette Lewis est parfaitement agaçante dans un rôle parfaitement agaçant. Joe Don Baker est excellent en « privé » dur-à-cuire et sûr de lui. Son face-à-face avec De Niro sur un parking est un véritable régal : à celui qui sera le plus menaçant ! De Niro n’est jamais meilleur que lorsqu’il a un acteur d’égale puissance en face de lui. À noter la présence dans des petits rôles des vedettes survivantes du film de 1962 : Robert Mitchum savoureux en vieux flic blasé, Gregory Peck et Martin Balsam.

« LES NERFS À VIF » n’est pas un film à prendre très au sérieux. C’est l’exercice de style résolument gratuit d’un grand réalisateur/cinéphile rendant hommage à un cinéma qu’il aime. La photo magnifique de Freddie Francis, la réalisation « à effets », le climax sur le bateau totalement délirant, rendent le spectacle fascinant. Cela n’empêche pas de trouver a posteriori ces deux heures de bruit et de fureur, un peu creuses et vaines. Mais c’est du vrai cinoche, un drôle de film « populaire » et presque racoleur où l’on cite la bible, Nietzsche et Henry Miller ! Le film de 1962 et celui-ci ne se font pas concurrence, ils traitent différemment de la même base narrative. Mais à comparer, et même si De Niro est vraiment étonnant, c’est tout de même le ‘Max Cady’ de Mitchum qui reste le plus effrayant.

ROBERT DE NIRO, JOE DON BAKER, JULIETTE LEWIS ET JESSICA LANGE

ROBERT DE NIRO, JOE DON BAKER, JULIETTE LEWIS ET JESSICA LANGE

 

« GREY GARDENS » (2009)

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DREW BARRYMORE ET JESSICA LANGE

En 1975 sortit « GREY GARDENS », un long-métrage documentaire sur la vie de deux femmes, une mère et sa fille, vivant en recluses dans le South Hampton, dans une demeure en ruines. Leur sort attira les médias parce qu’elles étaient parentes de Jackie Onassis.grey2

35 ans après, sous le même titre de « GREY GARDENS », HBO produit un téléfilm sur la vie de ces personnalités excentriques, dignes de « QU’EST-IL ARRIVÉ À BABY JANE ? », incluant comme ossature dramatique, le tournage du documentaire.

Le film est une franche réussite, refusant le voyeurisme pour traiter de cette relation toxique, destructrice, voire cannibale. Jessica Lange est prodigieuse dans le rôle de la mère, « artiste » égocentrique, qui enferme psychologiquement sa fille dans cette maison à l’abandon, pourrissant littéralement sur pied. Face à elle, Drew Barrymore est tout aussi extraordinaire, d’abord en jeune femme libre et pleine de vie, puis en névrosée rendue chauve par le stress de son quotidien. Le scénario refuse le sensationnalisme et les grandes confrontations, mais pénètre subtilement au cœur de cette cohabitation aussi choquante que touchante. On ne pense jamais à ces femmes comme à deux « vieilles folles », sauf peut-être quand les services d’hygiène découvrent l’intérieur de la propriété, véritable décharge insalubre grouillant de vermine.

Les performances hors du commun des deux comédiennes sont grandement aidées par les maquillages vieillissants, parmi les plus convaincants qu’on ait pu voir à l’écran. Parmi les seconds rôles, on retiendra la superbe apparition de Jeanne Tripplehorn dans le rôle de ‘Jackie O.’, tellement incongrue qu’on la croirait fantasmée.

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JEANNE TRIPPLEHORN ET JESSICA LANGE

« GREY GARDENS » est un très beau film sur un amour exclusif et nocif, sur deux existences gaspillées, à voir ne serait-ce que pour Miss Lange et Barrymore absolument époustouflantes.

 

« DU VENIN DANS LES VEINES » (1998)

hush2Après les tristement célèbres histoires drôles de « belles-doches » de fin de banquet, voici le thriller sur « la belle-doche de l’enfer ». Pourquoi pas ? Dans les années 40, Bette Davis ou Joan Crawford ont bâti une carrière sur ce genre de rôle. Hélas, « DU VENIN DANS LES VEINES » (traduction quasi-littérale de « CHUT ») s’avère être une grosse déconvenue.

Le scénario, qui semble avoir été conçu par un logiciel, installe ses personnages tous plus convenus les uns que les autres, plante le décor (la Virginie) et laisse défiler une succession d’invraisemblances phénoménales, de coups de théâtre tirés par les cheveux et de répliques indigentes. On sent nettement qui plus est, que la fin a dû être re-tournée a posteriori : on abandonne Gwyneth Paltrow dans le lit où elle vient d’accoucher dans la douleur, droguée et perdant tout son sang et, sans prévenir, on la retrouve au matin, toute rose et pimpante, gambadant partout ! À ce stade de je-m’en-foutisme, difficile de tenir le coup.

Le pire étant peut-être que les deux « héros » : un couple de « bobos », véritables gravures de mode, sont tellement irritants et têtes-à-claques, qu’on en vient presque à prendre parti pour la « méchante » diabolique. Johnathon Schaech et Paltrow sont vraiment au-dessous de tout !

À 49 ans, toujours belle et rayonnante, Jessica Lange – seule et unique raison de voir le film – approche pour la première fois un style de rôle qui fera sa gloire deux décennies plus tard dans la série « AMERICAN HORROR STORY ». Elle est formidable d’hypocrisie mielleuse et de dangerosité dans ce personnage monstrueux dont elle parvient à faire comprendre les motivations. Parmi les seconds rôles, on aperçoit Hal Holbrook en médecin provincial et Nina Foch en grand-mère porteuse de lourds secrets. La meilleure scène du film est un face-à-face inquiétant entre elle et Lange dans un sauna. Le seul moment à peu près vivant !

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JESSICA LANGE ET GWYNETH PALTROW

Dommage que tout cela ait été aussi bâclé à tous niveaux, car ce genre de film a toujours du potentiel. Ce n’est qu’un « véhicule » pour la pâle et minaudante Gwyneth Paltrow, un peu comme ceux que tournait Julia Roberts à la même époque.

 

« AMERICAN HORROR STORY : COVEN » (2013)

Troisième saison d’une magnifique série « anthologique » : « AMERICAN HORROR STORY : COVEN » s’attaque à l’univers de la sorcellerie qu’il explore avec un mélange totalement décomplexé d’ultra-violence, de ‘gore’ et même de second degré, à travers une académie de sorcières se cherchant une nouvelle « suprême » pour les guider, alors que l’actuelle (Jessica Lange) a failli à son devoir et perd peu à peu ses pouvoirs.COVEN

Après l’hallucinant ‘bad trip’ que fut la 2ème saison, celle-ci semble moins puissante, moins choquante. Elle assume de nombreuses références à d’anciens films et séries comme « MA FEMME EST UNE SORCIÈRE » ou « MA SORCIÈRE BIEN-AIMÉE » (« Je me sens de moins en moins Samantha », dit Jessica Lange « Et de plus en plus Endora ! »), quitte à perdre en crédibilité et en pouvoir de conviction. Certains épisodes, comme ceux impliquant les tueurs à balles d’argent sont beaucoup plus faibles et renvoient à des séries ‘mainstream’ comme « BUFFY » ou « CHARMED ».

Mais l’un dans l’autre, grâce à un extraordinaire travail sur les décors et costumes, et surtout à un cast impressionnant, « COVEN » s’avère addictive au possible et se dévore avidement du premier au dernier épisode. En tête, Miss Lange, superbe en sorcière-en-chef terrifiée par le vieillissement, une prima donna cruelle et drôle, d’une méchanceté roborative. Son duo antagoniste avec l’éternellement belle Angela Bassett, grande prêtresse vaudou, vaut son pesant d’or. Autour d’elles de jeunes comédiennes comme Gabourey Sidibe (« PRECIOUS ») ou Lily Rabe en hippie aux pouvoirs de ressuscitation, Frances Conroy avec une perruque rousse incroyable, Danny Huston en serial killer à la hache, Mare Winningham en mère ‘white trash’ incestueuse, Lance Riddick incarnant le diable et surtout Kathy Bates dans son meilleur rôle depuis « MISERY », celui d’une esclavagiste tortionnaire venue du passé.

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JESSICA LANGE, KATHY BATES ET ANGELA BASSETT

Se prenant nettement moins au sérieux que les deux premières saisons, « COVEN » est plus inégale et chaotique, mais elle procure un vrai plaisir et la plupart de ses rebondissements fonctionnent. À voir absolument, sans en attendre toutefois le choc que constitua « ASYLUM ».

 

« AMERICAN HORROR STORY : ASYLUM » (2012)

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JESSICA LANGE

Après une première saison déjà bien perturbante, la série « AMERICAN HORROR STORY » gravit plusieurs échelons dans la terreur avec « ASYLUM », qui en 13 épisodes explore tous les fantasmes, les peurs, les turpitudes du 20ème siècle, depuis les camps nazis jusqu’aux enlèvements par les aliens, en passant par l’ignominie des « asiles de fous » vétustes aux traitements barbares.

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FRANCES CONROY

C’est un véritable pot-pourri d’angoisses, qui saisit aux tripes dès le premier épisode et entraîne dans une spirale à faire dresser les cheveux sur la tête. Les auteurs multiplient les clins d’œil cinéphiliques (« FREAKS », « L’ÎLE DU DR. MOREAU »), jouent avec les vieux mythes comme Lizzie Borden, pratiquement sans tabou thématique ou visuel. C’est dire qu’il faut avoir le cœur bien accroché et aimer le genre pour apprécier pleinement cette saison visuellement offensive, souvent choquante, voire écœurante. Mais c’est tellement bien écrit, construit et surtout interprété, qu’on se laisse rapidement faire avec délices. Délices un brin masochistes, précisons-le bien…

L’héroïne (Sarah Paulson) est une journaliste lesbienne qui se retrouve incarcérée de force dans l’asile sur lequel elle enquêtait, dirigé d’une main de fer par une nonne sadique (Jessica Lange), un médecin à la Mengele (James Cromwell) et un prêtre ambitieux (Joseph Fiennes). Construit en flash-backs sur plusieurs époques, avec une lisibilité parfaite, le scénario n’épargne aucune horreur, va au bout de la trouille la plus primitive et réserve des morceaux de bravoure que peu de longs-métrages ont osé.AZYLUM

Lange a rarement été aussi stupéfiante que dans ce rôle à facettes d’ex-prostituée dure comme l’acier. Elle a des moments de pur génie. Cromwell est terrifiant, Frances Conroy magnifique en ange de la mort dont chaque apparition est d’une noire poésie. On reconnaît également Chloë Sevigny en nympho au sort funeste (brrr…), Ian McShane en serial killer épouvantable et l’extraordinaire Lily Rabe en bonne sœur possédée par le diable. Sans oublier le très flippant Zachary Quinto. Un cast cinq étoiles, autrement dit, de bons comédiens tous au sommet de leur art.

« ASYLUM » est une sorte de chef-d’œuvre, un condensé de plusieurs genres qu’on regarde bouche-bée, scotché à l’écran.

À noter qu’on retrouve plusieurs comédiens de la saison précédente, mais dans des rôles complètement différents.