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Archives de Catégorie: LES FILMS D’ED HARRIS

« DOS AU MUR » (2012)

Pas facile de chroniquer un film qui ne suscite qu’une seule envie : ne plus jamais en entendre parler après le générique de fin ! « DOS AU MUR » de Asger Leth se veut un suspense en « temps réel » autour d’un ex-flic évadé de prison pour laver son nom et perché pendant toute l’action sur la corniche d’un grand hôtel new-yorkais et menaçant de sauter.LEDGE.jpg

Le scénario est pompé à droite et à gauche, les clins d’œil à « UN APRÈS-MIDI DE CHIEN » (« Attica ! ») ou « MISSION : IMPOSSIBLE » sont très contreproductifs, puisqu’ils font ressortir la pauvreté du présent film, qui n’avait pourtant pas besoin de ça. Outre un dialogue d’une incroyable indigence, comme extrait d’un vieux téléfilm confit de lieux-communs, « DOS AU MUR » pâtit d’un casting uniformément incompétent, ou plutôt d’une direction d’acteurs inexistante. Pour preuve, Ed Harris acteur-type qu’on n’avait jamais vu mauvais, est ici consternant en méchant milliardaire émacié et grinçant haineusement des dents. Il fallait le faire ! On ne va pas s’étaler sur l’inexpressif Sam Worthington, sur Elizabeth Banks qui laisse son brushing jouer à sa place, sur le couple Jamie Bell-Genesis Rodriguez se voulant drôle et sexy ou sur le toujours assommant Edward Burns. Seul le vétéran William Sadler tire son épingle du jeu dans un rôle à tiroirs. Quant à Kyra Sedgwick en reporter au nom hispanique, on espère qu’elle a été bien rémunérée.

Rien de positif à dire sur « DOS AU MUR » hélas, qui n’est qu’une perte de temps sans raison d’être, un navet informe qu’on suit avec une sorte d’apathie incrédule. À fuir !

 

« JUSTE CAUSE » (1995)

JUST.jpgArne Glimcher n’a signé que trois longs-métrages, et rien n’approchant la brillante réussite de « JUSTE CAUSE », sur un sujet évoquant lointainement « LES NERFS À VIF ». Dans une ambiance de vieux Sud poisseux similaire au classique de J. Lee-Thompson, ce thriller psychologique accroche dès les premières images pour ne jamais lâcher prise.

Sean Connery, ex-avocat devenu prof de droit, se sent obligé de venir en aide à un jeune Noir (Blair Underwood) condamné à mort pour le meurtre atroce d’une fillette qu’il jure n’avoir pas commis. Malgré l’hostilité des flics locaux, et en particulier du brutal shérif Larry Fishburne, il va rouvrir l’enquête et découvrir la vérité. Ou tout du moins UNE vérité. Le scénario, tiré d’un roman, est admirablement agencé, laissant suffisamment d’indices pour qu’on puisse soupçonner les coups de théâtre à venir. Ce qui n’empêche pas les surprises ! Les extérieurs des Everglades sont admirablement exploités par la photo de Lajos Koltai et l’histoire se déroule sans accroc jusqu’à son dénouement cathartique. Connery le magnifique parvient à convaincre qu’il est un M. Tout le monde, ce qui – pour lui – n’est pas un mince exploit. Son œil pétille littéralement d’ironie et d’intelligence. Il a des face à face absolument saisissants avec Ed Harris, terrifiant (et méconnaissable !)  dans ce rôle de serial killer fou furieux. Rien que ces moments-là valent qu’on voie et revoie le film. Quels acteurs ! Autour d’eux, Fishburne tout en ambiguïté, Kate Capshaw qui a un peu de mal à exister, et des visages connus comme Ned Beatty, Kevin McCarthy et même la toute gamine Scarlett Johansson.

« JUSTE CAUSE » est vraiment un grand thriller, comme sorti de nulle part, mais vieillissant à merveille et offrant à Sean Connery son ultime grand rôle à l’écran.

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SEAN CONNERY, ED HARRIS ET LARRY FISHBURNE

 

« FRONTERA » (2014)

FRONTERACoécrit et réalisé par Michael Berry, « FRONTERA » est un suspense situé en Arizona à la frontière mexicaine. L’histoire implique un ancien shérif (Ed Harris) dont la femme (Amy Madigan) meurt lors d’une fusillade où tout accuse un clandestin (Michael Peña) qui n’a pourtant rien à voir dans cet engrenage de violence. Consumé par le deuil et la colère, Harris va reprendre officieusement du service, dégoûté par l’incompétence de son successeur.

Sobrement réalisé, parfaitement scénarisé dans la progression des enjeux et dans l’empathie qu’on ressent pour les protagonistes, « FRONTERA » monte en puissance et parvient à caser un nombre impressionnant d’évènements dans sa durée relativement courte. Cela donne un film intense, poignant, qui n’esquive aucune situation et dresse un tableau épouvantable de la vie des migrants exploités et violentés par les « coyotes », véritables prédateurs qui n’ont plus rien d’humain. Le film doit beaucoup à Harris, amaigri et buriné dans un rôle de solitaire taiseux et opiniâtre. Sa présence fait d’ailleurs penser qu’il se fit connaître presque 40 plus tôt en jouant justement un passeur dans « BORDERLINE ». Peña est remarquable dans ce rôle de brave type pacifique et courageux, Eva Longoria surprenante en épouse vivant un calvaire. Pour un des quinze films qu’elle a tourné à ce jour, aux côtés de son mari Ed Harris, Amy Madigan n’apparaît que brièvement au début, mais dans un rôle crucial.

Passé sous silence à sa sortie, « FRONTERA », œuvre simple, sincère et généreuse, sans aucune trace de mièvrerie, mérite largement d’être découverte, même avec du retard. Et la toute dernière séquence clôt le film sur un suspense insupportable et un ultime coup de théâtre – certes un brin manipulateur – qui donne envie d’applaudir.

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ED HARRIS, MICHAEL PENA ET EVA LONGORIA

 

« L’EXCEPTION À LA RÈGLE » (2016)

Warren Beatty n’a jamais été un acteur très fascinant et, en tant que réalisateur, n’a pas, hormis peut-être « REDS », convaincu grand-monde malgré cinq tentatives. Ce n’est certainement pas « L’EXCEPTION À LA RÈGLE » qui va changer la donne.RULES.jpg

Le film commence dans les années 30 à Hollywood par l’histoire d’amour bourgeonnante entre un jeune chauffeur ambitieux au service d’Howard Hughes et une starlette innocente. Puis s’immisce la figure mythique de Hughes lui-même et le film s’embourbe subitement dans un marécage d’ennui dont il ne ressortira plus pendant deux heures. Il faut dire que c’est Beatty qui endosse le rôle et que sa principale préoccupation semble être de ne PAS montrer ses rides octogénaires, qu’il dissimule systématiquement en pénombres opaques, en contrejours absurdes. On sent que son grand directeur-photo Caleb Deschanel n’a pas dû être à la fête tous les jours sur ce tournage ! Beatty traverse donc son propre film comme un fantôme sans visage, ce qui ne l’empêche pas de le vampiriser complètement et de faire perdre de vue les véritables protagonistes, Alden Ehrenreich et Lily Collins – très bien tous les deux – qui se voient relégués à l’arrière-plan. Même chose pour tous les seconds rôles comme Alec Baldwin, Annette Bening, Candice Bergen, Martin Sheen, à peine filmés. Quant à Ed Harris et son épouse Amy Madigan, leurs apparitions sont si fugitives qu’on n’est plus vraiment sûrs de les avoir vus quand s’achève la projection ! « L’EXCEPTION À LA RÈGLE » est un non-film, une abstraction sans aucune raison d’être à part peut-être de donner l’occasion à Warren Beatty de faire un comeback après quinze années d’absence sur les écrans. Le moins qu’on puisse dire est que c’est raté et qu’on préfèrera se souvenir d’autres incarnations du producer légendaire comme Tommy Lee Jones (à la TV), Jason Robards ou même Leonardo DiCaprio.

À noter pour la petite histoire, qu’en 1977, Ed Harris alors débutant, était déjà apparu dans le biopic TV : « THE AMAZING HOWARD HUGHES » dans un rôle minuscule.

 

« MOTHER » (2017)

Dans la filmo de Darren Aronofsky, on trouve de beaux films comme « REQUIEM FOR A DREAM », « THE WRESTLER » et surtout « BLACK SWAN », mais il s’y nichent également des pensums prétentieux comme « THE FOUNTAIN » ou des ratages absolus comme « NOÉ ». « MOTHER » c’est un peu les deux pour le prix d’un !MOTHER

La première partie, montrant un jeune couple (Jennifer Lawrence et Javier Bardem) qui subit une sorte de « home invasion » par un autre couple de sexagénaires (Ed Harris et Michelle Pfeiffer), est intrigante, prenante, n’obéit à aucune règle narrative préétablie. C’est truffé de détails bizarres, inquiétants, frôlant le fantastique. C’est la paranoïa qui règne et l’angoisse va crescendo. Hélas, les envahisseurs disparaissent et la seconde heure est une tout autre paire de manches. Le scénario s’embourbe dans une symbolique de plus en plus lourde et démonstrative sur l’égoïsme destructeur de l’Artiste, sur tout ce qu’il est capable de brûler sans pitié pour parvenir à ses fins, sur sa soif de célébrité, etc. Le problème c’est qu’on comprend vite (trop vite) où l’auteur veut en venir et que l’histoire ne progressant plus du tout, on se retrouve otages d’une succession de scènes stressantes où la maison est assiégée par des fans en délire. L’ambiance est celle d’un cauchemar de fièvre et en cela, c’est plutôt réussi. Mais voir la pauvre Jennifer en train de gémir, de hurler, de rouler des yeux effarés pendant d’interminables minutes, tient de la torture mentale. On n’a qu’une envie : arriver au générique de fin et retrouver un peu de calme !

Reste que Pfeiffer a rarement été meilleure qu’en sangsue envahissante et fielleuse, que Harris est remarquable comme toujours et que la première heure vaut largement le détour. Mais ensuite, Aronofsky part en roue-libre et son propos finalement naïf (la pierre précieuse symbolisant l’Amour !) et dépourvu de vraie profondeur ne risque pas de passionner les foules.

 

« KODACHROME » (2017)

Le scénario de « KODACHROME » utilise un événement réel (l’arrêt définitif du développement des diapositives Kodak) pour servir de trame de fond à un road movie teinté de mélodrame familial.KDK

Platement réalisé par Mark Raso, lourdement écrit en tissant une toile de clichés vieux comme le monde et en s’efforçant de justifier le moindre comportement des protagonistes, le film n’a rien de cinématographique et aurait tout aussi bien pu n’être qu’un ‘movie of the week’. Mais c’est compter sans la présence toujours aussi électrique d’Ed Harris. Amaigri, les traits creusés, l’œil éteint, il campe un grand photographe égoïste et abrasif, qui n’en a plus que pour quelques jours à vivre. Il « oblige » son fils (Jason Sudeikis) qui le hait depuis toujours, à l’accompagner en voiture au Kansas pour faire développer d’anciens négatifs avant la fermeture du labo. Bien sûr, ils sont accompagnés par une infirmière, qui est – bien évidemment – très mignonne (Elizabeth Olsen) et dont le fiston va tomber amoureux. Le dialogue est tellement convenu, les situations sont tellement forcées, qu’il faut tout le talent de Harris pour leur donner vie. Ses jeunes partenaires s’en sortent moins bien et les scènes entre Olsen et Sudeikis sont pénibles et ennuyeuses, tant ils ne dégagent aucune alchimie côte à côte. Il y a heureusement quelques bonnes séquences, comme la visite chez le frère (Bruce Greenwood, parfait) ou le rendez-vous entre Sudeikis et un groupe de rock après un concert. Mais tout cela est trop scolaire pour susciter une émotion durable. Et l’épilogue, devant le projecteur de diapos révélant le contenu des photos, est si prévisible qu’il donne envie de hurler « Remboursez ! ».

« KODACHROME » ne va jamais au fond des choses et se contente d’utiliser un vieux logiciel scénaristique bien usé. À éviter donc, mais… il y a Ed Harris !

 

« NOM DE CODE : ÉMERAUDE » (1985)

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ED HARRIS

Écrit par Ronald Bass d’après son roman, réalisé par Jonathan Sanger (surtout connu comme producteur), « NOM DE CODE : ÉMERAUDE » est un film d’espionnage situé pendant la WW2 à Paris et décrivant la mission d’un agent double (Ed Harris) envoyé par les Anglais pour faire évader (ou éventuellement tuer) un jeune officier prisonnier (Eric Stoltz) détenteur de renseignements cruciaux sur le D-Day.CODE2

Une histoire classique, cousue de clichés (ah ! Ces airs d’accordéon dans les rues de Paris !), proprement filmée et surtout photographiée par Freddie Francis. Le film tient à peu près la distance grâce à un superbe casting et par l’ambiguïté de tous les protagonistes qui semblent tous jouer double ou triple jeu. En tête, un Harris de 35 ans, déjà un peu dégarni, tout à fait crédible dans un rôle de manipulateur désinvolte et sympathique. Son histoire d’amour avec Cyrielle Clair paraît légèrement plaquée, mais ses rencontres avec le trio Horst Buchholz, Max Von Sydow et Helmut Berger valent le coup d’œil. Le premier surtout, est remarquable en officier nazi si calme et réfléchi qu’on finit par croire qu’il a basculé du « bon côté ». Von Sydow est lui aussi très bien dans un rôle moins clairement défini et Berger qui retrouve son uniforme des « DAMNÉS » campe un SS particulièrement odieux. On reconnaît également des visages familiers comme Patrick Stewart et Julie Jézéquel.

La facture conventionnelle du film et son déroulement pépère l’empêchent d’être davantage qu’un téléfilm pour grand écran, surtout que la toute fin trop hâtive et invraisemblable laisse sur une drôle d’impression de bâclage. Mais « NOM DE CODE : ÉMERAUDE » se laisse regarder sans déplaisir et contient une des prestations les moins tourmentées d’Ed Harris.

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HORST BUCHHOLZ, MAX VON SYDOW ET ERIC STOLTZ