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Archives de Catégorie: LES FILMS D’ED HARRIS

« NOM DE CODE : ÉMERAUDE » (1985)

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ED HARRIS

Écrit par Ronald Bass d’après son roman, réalisé par Jonathan Sanger (surtout connu comme producteur), « NOM DE CODE : ÉMERAUDE » est un film d’espionnage situé pendant la WW2 à Paris et décrivant la mission d’un agent double (Ed Harris) envoyé par les Anglais pour faire évader (ou éventuellement tuer) un jeune officier prisonnier (Eric Stoltz) détenteur de renseignements cruciaux sur le D-Day.CODE2

Une histoire classique, cousue de clichés (ah ! Ces airs d’accordéon dans les rues de Paris !), proprement filmée et surtout photographiée par Freddie Francis. Le film tient à peu près la distance grâce à un superbe casting et par l’ambiguïté de tous les protagonistes qui semblent tous jouer double ou triple jeu. En tête, un Harris de 35 ans, déjà un peu dégarni, tout à fait crédible dans un rôle de manipulateur désinvolte et sympathique. Son histoire d’amour avec Cyrielle Clair paraît légèrement plaquée, mais ses rencontres avec le trio Horst Buchholz, Max Von Sydow et Helmut Berger valent le coup d’œil. Le premier surtout, est remarquable en officier nazi si calme et réfléchi qu’on finit par croire qu’il a basculé du « bon côté ». Von Sydow est lui aussi très bien dans un rôle moins clairement défini et Berger qui retrouve son uniforme des « DAMNÉS » campe un SS particulièrement odieux. On reconnaît également des visages familiers comme Patrick Stewart et Julie Jézéquel.

La facture conventionnelle du film et son déroulement pépère l’empêchent d’être davantage qu’un téléfilm pour grand écran, surtout que la toute fin trop hâtive et invraisemblable laisse sur une drôle d’impression de bâclage. Mais « NOM DE CODE : ÉMERAUDE » se laisse regarder sans déplaisir et contient une des prestations les moins tourmentées d’Ed Harris.

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HORST BUCHHOLZ, MAX VON SYDOW ET ERIC STOLTZ

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« CLEANER » (2007)

CLEANER2Réalisé par l’efficace mais impersonnel Renny Harlin, « CLEANER » est un thriller bâti autour d’un protagoniste original : un ex-flic devenu nettoyeur de scènes de crimes, piégé dans une machination impliquant un meurtre et une corruption policière d’envergure.

Ce qui est moins original en revanche, c’est le traitement scénaristique qui vaut à peine mieux qu’un épisode de série télé du style « LES EXPERTS », se perd dans l’évocation d’événements survenus bien avant le début du film et n’arrive jamais à impliquer vraiment. C’est pourtant bien filmé, joliment photographié par Scott Kevan et très bien interprété : Samuel L. Jackson constitue la bonne surprise de « CLEANER ». Il est parfaitement sobre et concentré du début à la fin, habite son rôle avec intensité voire émotion. La courte séquence où il s’asperge du parfum de son épouse défunte est vraiment belle. Eva Mendes est bien sûr superbe dans un rôle sans grand intérêt, Ed Harris égal à lui-même dans un personnage qui exige bien peu de lui et qu’il semble avoir déjà joué bien des fois. Luis Guzmán est bien en ripou inquiétant et on aperçoit Robert Forster en légiste sympathique, le temps d’une séquence.

Il n’y a en fait pas grand-chose à dire sur un produit comme « CLEANER », proprement manufacturé mais tournant à vide une fois qu’on a assimilé son postulat de départ. Cela se laisse regarder sans effort mais sans passion non plus, pour le plaisir pantouflard de revoir des acteurs « pros » rompus à toutes les exigences de ce genre de film.

CLEANER

SAMUEL L. JACKSON, EVA MENDES ET ED HARRIS

À noter pour l’anecdote, que le « méchant » de l’histoire – qu’on n’aperçoit qu’en photo – se nomme ‘Robert Vaughn’ comme un des acteurs-fétiches de « BDW2 » récemment disparu.

 

« WESTWORLD » : saison 1 (2016)

Inspirée du film « MONDWEST » (1973) de Michael Crichton, produite entre autres par J.J. Abrams, la série HBO « WESTWORLD » en recrée l’univers artificiel avec les fastes numériques d’aujourd’hui tout en préservant la thématique originelle : l’effet sur des citoyens lambda d’un parc d’attraction pour adultes, dont les résidants sont des robots quasi-humains auxquels on peut faire subir tous les sévices possibles et imaginables sans la moindre conséquence.WESTWORLD

Mais sur ces bases, les auteurs évoluent vers quelque chose de plus philosophique : le changement des « machines » qui développent une sensibilité évolutive et même ce qu’on ne peut appeler autrement qu’une âme. On a déjà vu cela dans « BLADE RUNNER » et le second « TERMINATOR », mais « WESTWORLD » va au fond des choses, quitte à devenir excessivement bavard, prétentieux, répétitif jusqu’à l’exaspération voire parfois complètement abscons. C’est admirablement produit et filmé, interprété par un cast magistral, mais au bout de trois ou quatre épisodes, on commence à se dire que cela aurait pu être raconté en un seul long-métrage de 140 minutes et qu’il y a tout de même trop de remplissage.

Evan Rachel Wood tient le rôle central du « cyborg » trop humain, Anthony Hopkins nage comme un poisson dans l’eau en maître du jeu suave et omniscient, Ed Harris remplace Yul Brynner dans l’emploi de « l’homme en noir » même si son rôle est totalement différent, Jeffrey Wright tient parfaitement son personnage à multiples facettes et Thandie Newton a rarement été plus convaincante, assumant qui plus est une nudité quasi-permanente avec une grâce et un naturel épatants.

On reste donc partagé et circonspect devant cette 1ère saison de dix épisodes, qui impose le respect par sa perfection technique et certaines trouvailles scénaristiques, mais laisse une sensation frustrante tant elle s’écoute parler et finit par moments, par noyer le poisson dans l’eau. L’amateur inconditionnel de western et de SF y trouvera certainement son bonheur.

 

« STALINGRAD » (2001)

ENEMY2L’idée de départ de « STALINGRAD » est excellente : avec en toile de fond la célèbre bataille de 1942 entre les Russes et les Nazis, le scénario se focalise sur le duel à mort entre deux ‘snipers’ d’exception : Jude Law, jeune paysan élevé au rang de héros national par l’officier de propagande Joseph Fiennes et Ed Harris, colonel allemand impitoyable a priori plus fort et plus intelligent que lui. Confrontation d’individus mais teintée de lutte des classes.

Après un début fulgurant aux moyens impressionnants, le film se fixe dans des décors de ruines, de souterrains, dans une photo verdâtre monochrome qui finit par donner une sensation de piétinement voire de répétition des mêmes situations. De plus, le triangle amoureux entre le naïf Law, le tourmenté Fiennes et la belle Rachel Weisz, passionaria enflammée, tombe comme un cheveu sur la soupe et décrédibilise beaucoup le film, tout en le délayant et en espaçant trop les affrontements entre tireurs d’élite. Mais malgré tout, « STALINGRAD » parvient à maintenir l’intérêt pendant plus de deux heures, grâce entre autres à une superbe BO de James Horner et à plusieurs morceaux de bravoure vraiment efficaces.

Si Jude Law et Rachel Weisz sont très bien dans des emplois assez simples, Fiennes comme toujours, surjoue et compose un traître « shakespearien » quelque peu agaçant. On aurait préféré qu’une vraie amitié existe entre lui et le sniper pour mieux la voir se désagréger. Mais l’alchimie ne fonctionne pas un instant entre eux. Harris est d’une sobriété quasi-minérale en salaud au sang froid, Bob Hoskins est un officier féroce, Ron Perlman n’a pas le temps de s’incruster mais arbore un magnifique dentier d’acier. On reconnaît Eva Mattes (« WOYZECK ») en mère-courage.

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ED HARRIS, JUDE LAW ET RACHEL WEISZ

Sans être un chef-d’œuvre, « STALINGRAD » est sans doute le meilleur film en langue anglaise de Jean-Jacques Annaud, qu’un montage plus resserré aurait certainement mieux servi.

 

« NO PAIN NO GAIN » (2013)

PAIN2« NO PAIN NO GAIN » (stupéfiante traduction française de « PAIN & GAIN » !) est signé Michael Bay, plutôt réputé pour ses blockbusters pyrotechniques. Inspiré d’une ahurissante affaire criminelle des années 90 à Miami, le scénario suit les exploits d’un trio de bodybuilders débiles et/ou toxicos se lançant dans le kidnapping de milliardaires puis tout naturellement dans le meurtre.

C’est le ton choisi par les auteurs qui fait tout : on est dans la comédie noire et le sarcasme, dans la satire vitriolique de l’American Way of Life et on pense à un mix entre l’humour de « BURN AFTER READING » des Coen et « BOOGIE NIGHTS » d’Anderson, où jouait déjà Mark Wahlberg.

Passée la surprise de la première demi-heure assez déroutante, le film devient progressivement hilarant, insolite par l’avalanche d’événements monstrueux qui s’enchaînent et délectable grâce à un casting sans la moindre fausse note. Wahlberg est parfait en crétin musculeux narcissique et amoral, Tony Shalhoub très drôle en otage hargneux et increvable, Ed Harris très bien en ex-flic perspicace, Peter Stormare apparaît fugitivement en médecin. Mais c’est Dwayne Johnson qui rafle la mise dans un personnage irrésistible de tas de muscles lent d’esprit, ultrareligieux et schnouffé jusqu’à la moelle. On ne peut qu’applaudir à son timing comique et aux nuances qu’il apporte, même s’il s’agit d’une comédie débridée. S’il fallait une seule raison pour voir « NO PAIN NO GAIN », ce serait lui.

Une très bonne surprise donc, que ce film dont on ne sent jamais passer les deux heures. Le clinquant des couleurs flashy, le montage « cut », les effets de ralenti et les voix « off » ne desservent jamais le propos, bien au contraire. Et la progression de l’horreur et du ‘gore’ se fait en douceur, sans jamais se départir d’un sourire de plus en plus jaune. Michael Bay aurait-il loupé sa véritable vocation ? La comédie !

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TONY SHALHOUB, DWAYNE JOHNSON, ANTHONY MACKIE, MARK WAHLBERG ET ED HARRIS

 

« AU-DELÀ DES LOIS » (1996)

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SALLY FIELD

« AU-DELÀ DES LOIS » est une énième variation sur le thème de l’autodéfense et de la justice individuelle. La surprise vient de la signature du vénérable John Schlesinger, qui s’empare d’un scénario bien ficelé, mais manipulant éhontément les sentiments du public en poussant les situations jusqu’à la caricature et obligeant pratiquement à haïr l’assassin et à souhaiter sa mort. Lente, de préférence.EYE2

Après le viol et la mort de sa fille, Sally Field voit le meurtrier (Kiefer Sutherland) s’en sortir sans un jour de prison. Le flic chargé de l’enquête (Joe Mantegna) est bien brave mais impuissant, son mari (Ed Harris sous-utilisé) trop passif et elle décide de prendre les choses en main. C’est-à-dire un .38 chargé !

La qualité du casting arrache évidemment le film au bourbier de la série B fasciscante et « AU-DELÀ DES LOIS » se laisse regarder sans déplaisir par la vigueur de la mise-en-scène, les extérieurs magnifiquement filmés d’un L.A. peu montré au cinéma et par l’engrenage policier vraiment bien agencé.

Mais il n’est jamais agréable de se sentir ainsi manœuvré. Et si Sutherland est excellent en ‘white trash’ irrécupérable, le portrait est infiniment trop chargé pour demeurer crédible : il ne cherche même pas à se masquer quand il commet ses forfaits, il urine en pleine rue, imite le bégaiement de sa victime devant la mère de celle-ci et va même – suprême infamie – jusqu’à arroser de bière un pauvre chien errant ! Trop c’est trop, et on finit par ne plus croire au drame de cette gentille maman poussée au crime et à regarder le film pour ce qu’il est : un honnête divertissement écrit à la truelle, sauvé par le professionnalisme de son réalisateur.

Dans la distribution de belles pointures comme Philip Baker Hall, Berverly D’Angelo et même l’action star Cynthia Rothrock en coach de close-combat.

À voir pour son efficacité incontestable donc, pour ses acteurs, car Sally Field est vraiment remarquable, en fermant les yeux sur son manichéisme décomplexé et sa morale tout de même très douteuse.

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JOE MANTEGNA, KIEFER SUTHERLAND ET ED HARRIS

 

« LA FIRME » (1993)

firme2« LA FIRME » fait partie des bonnes adaptations de John Grisham au cinéma. C’est un film carré, ultra-professionnel, très hollywoodien dans sa facture, dans lequel on peine tout de même à discerner la griffe de Sydney Pollack.

Engagé dans une firme d’avocats de Memphis, le jeune Tom Cruise découvre que celle-ci gère totalement le quotidien de ses employés, jusqu’à s’octroyer droit de vie et de mort sur eux. Et surtout que leur principal client est… la mafia dont ils calquent les méthodes expéditives. Coincé entre ses patrons véreux, le FBI et des tueurs lancés à ses trousses, il va s’efforcer de faire imploser le système sans sortir de la légalité. Une bonne trame, sans surprise, mais bien scénarisée, qui maintient l’intérêt sans problème, même si la dernière partie traîne trop en longueur.

La grosse malfaçon de « LA FIRME », c’est Cruise. Avec ses deux expressions, son jeu mécanique, sans la moindre intériorité, il irrite rapidement et influence la généralement fiable Jeanne Tripplehorn, franchement agaçante dans leurs scènes à deux, les moins bien écrites du film. Heureusement, le cast de seconds rôles est d’une richesse exceptionnelle : Gene Hackman magnifique en as du barreau corrompu, dégoûté de lui-même, Holly Hunter drôle en assistante pas très distinguée mais ultra-compétente, Ed Harris en agent du FBI soupe-au-lait, et David Strathairn, Wilford Brimley, Hal Holbrook, Gary Busey parfait en privé truculent, Dean Norris, etc. : un vrai défilé ! On s’étonne pourtant que le généralement subtil Pollack ait choisi Paul Sorvino et Joe Viterelli, caricaturaux à souhait, pour jouer des mafiosi de répertoire à la fin.

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TOM CRUISE, GENE HACKMAN, HOLLY HUNTER ET ED HARRIS

« LA FIRME » se laisse regarder sans passion mais avec l’agréable sensation de chausser des charentaises et de voir un produit d’usine parfaitement manufacturé. Les extérieurs des îles Caïman sont très beaux, les intérieurs cossus joliment filmés et les scènes d’action tiennent la route. À condition de passer outre l’omniprésent Tom et un dialogue souvent plat et fonctionnel, 154 minutes copieuses et point déplaisantes.