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Archives de Catégorie: LES FILMS DE MATT DAMON

« IL FAUT SAUVER LE SOLDAT RYAN » (1998)

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LA PHOTO DE JANUSZ KAMINSKI DANS TOUTE SA SPLENDEUR

Prenant la suite de Raoul Walsh ou Sam Fuller, Steven Spielberg revisite le débarquement en Normandie de 1944 et, plus largement la WW2 dans son entier, avec ce qui semble être devenu le « film de guerre ultime » : « IL FAUT SAUVER LE SOLDAT RYAN » qui, pendant près de 3 heures, immerge dans l’horreur des combats.RYAN.jpg

L’ouverture du film, l’arrivée des G.I. sur les plages, est un hallucinant morceau de bravoure, dépeignant comme jamais auparavant l’extrême violence des affrontements. C’est une vision de l’enfer, avec ses membres arrachés, ses tripes à l’air, ses hurlements de douleur. Un morceau de cinéma terrassant qui vaut n’importe quel discours anti-guerre. Jusqu’à la bataille finale, tout aussi monstrueuse, le film décrit le trajet de quelques soldats chargés par le haut commandement de ramener un certain Ryan (Matt Damon) à sa mère qui vient de perdre ses trois autres fils. Menés par l’officier Tom Hanks, un M. Tout le monde au bord du SPT, ces hommes épuisés, à cran, vont traverser des zones de combat, se faire décimer, pour une mission qu’ils jugent absurde.

Narré en un long flash-back très malin (on ne sait pas jusqu’au dénouement qui est le vieillard qui se recueille sur les tombes au début), « IL FAUT SAUVER LE SOLDAT RYAN » est transcendé par une photo désaturée et ultra-réaliste de Janusz Kaminski, une parfaite harmonie dans le casting et les plus stupéfiantes scènes de bataille jamais filmées. On pourra trouver quelques longueurs de temps en temps, mais rien qui fasse décrocher ou qui abime le mouvement général. Outre Hanks parfait dans son meilleur rôle, on reconnaît de nombreuses futures vedettes comme Damon excellent dans le rôle-titre, Vin Diesel bien plus à sa place en second rôle qu’en tête d’affiche, Bryan Cranston en colonel manchot, Paul Giamatti, Tom Sizemore et surtout Barry Pepper remarquable en sniper. Nathan Fillion a une excellente scène dans le rôle du « faux » James Ryan, terrible et drôle à la fois.

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TOM HANKS, MATT DAMON ET BARRY PEPPER

C’est un très grand film dont on peine à émerger après le mot « FIN », un des sommets de la carrière de son réalisateur et une image à la fois héroïque et lucide de l’abomination de la guerre.

 

« TRUE GRIT » (2010)

TRUEPlus de 40 ans après « 100 DOLLARS POUR UN SHÉRIF » qui valut son Oscar à John Wayne, les frères Coen adaptent à leur sauce le roman de Charles Portis dans « TRUE GRIT » qui, malgré tous ses changements et différences de tonalité, demeure malgré tout un remake du classique d’Henry Hathaway. La seule façon de juger cette version est de tenter de ne jamais la comparer à celle de 1969, même si certaines séquences sont rigoureusement identiques.

L’approche visuelle des Coen rejette le pittoresque, les belles lumières, pour présenter un Ouest sinistre, pelé et glacial, peuplé d’hommes crasseux et peu ragoutants. Même ‘Rooster Cogburn’ incarné par Jeff Bridges n’a aucunement l’aura « bigger than life » qu’on connaissait. C’est un vieil ivrogne, un moulin-à-paroles au caractère de cochon, mais à l’indéniable courage. Sa relation avec la jeune Hailee Steinfeld maintient l’intérêt et sa progression est gérée avec finesse. Globalement, les personnages sont moins caricaturaux que dans le premier film, on pense surtout à Matt Damon jouant le Ranger, vantard et trop sûr de lui, mais qui évolue au fil de l’aventure. Les hors-la-loi sont campés par d’excellents acteurs comme Josh Brolin, Barry Pepper ou Domhnall Gleeson, qui leur donnent un beau relief.

On peut se questionner sur la nécessité de ce remake, dont le seul véritable apport est une tonalité beaucoup plus sombre et un épilogue d’une infinie tristesse. La fin des héros de l’Ouest est cafardeuse, solitaire, d’une ringardise achevée et la petite héroïne ne sera pas sortie indemne de son épopée initiatique. Les Coen ont toujours cette maîtrise du récit et de la caméra qui les font sortir du rang, quel que soit le projet. Pour conclure, disons que s’il avait réellement existé, Cogburn aurait certainement ressemblé à Bridges, mais que celui de Wayne demeure malgré tout le plus légendaire. Est-il nécessaire de ressortir une fois de plus la citation de John Ford au sujet des légendes et de la réalité ?

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HAILEE STEINFELD, JEFF BRIDGES, MATT DAMON, JOSH BROLIN ET BARRY PEPPER

 

« WILL HUNTING » (1997)

Écrit par Matt Damon et Ben Affleck qui tiennent également les rôles principaux, réalisé de façon relativement classique par le généralement peu classique Gus Van Sandt, « WILL HUNTING » est un mélodrame très calibré, suivant la métamorphose d’un jeune homme d’apparence banale, un laissé-pour-compte à l’avenir tout tracé, en petit génie des mathématiques dissimulant ses dons sous un masque de loser impénitent.WILL.jpg

Le film accroche immédiatement par la qualité de son interprétation, la pertinence de son dialogue, mais il n’évite pas toujours les lieux-communs hollywoodiens (le veuvage du psy Robin Williams tient tout de même du plus usé des clichés) et se complait dans des séquences amoureuses entre Damon et Minnie Driver aussi interminables qu’inintéressantes. Sans parler d’un ou deux gros dérapages dans le mauvais goût, comme cette séquence nulle et plaquée où Affleck remplace son ami lors d’une entrevue d’embauche. Aujourd’hui, il paraît clair que le film aurait bien mieux passé l’épreuve des ans avec une bonne demi-heure de moins.

Tel quel, « WILL HUNTING » demeure agréable, intelligent, rehaussé par les face-à-face entre un Damon arrogant et inatteignable et Robin Williams, qui n’a jamais été plus sobre, qu’en psy opiniâtre et chaleureux. Ils sont bien entourés par Stellan Skarsgård en professeur fasciné par le génie du jeune homme, sorte de Salieri confronté à un Mozart des maths, Casey Affleck et Cole Hauser en glandeurs.

« WILL HUNTING » est un moment plaisant et optimiste, un peu trop inégal pour satisfaire pleinement, mais qui laissait deviner très en amont la brillante carrière qui allait s’ouvrir à Matt Damon.

 

« THOR : RAGNAROK » (2017)

Troisième opus de la franchise, « THOR : RAGNAROK » du néozélandais Taika Waititi prend un virage en épingle à cheveux par rapport aux précédents en adoptant d’emblée un ton d’autodérision, en multipliant les « one liners » plus ou moins drôles et en affichant un mauvais goût visuel sidérant réminiscent des eighties.THOR3.jpg

À quoi cela ressemble-t-il ? Disons au « FLASH GORDON » de 1980 fusionné avec une attraction de fête foraine. Le sommet est atteint avec les séquences de jeux du cirque menées par un Jeff Goldblum hilare, en totale roue-libre, un personnage périphérique qui prend une place démesurée. On retrouve donc à peu près tout le monde pour ce n°3 plus que bordélique, où Thor doit non seulement empêcher la fin du monde programmée par sa propre sœur, qui n’est autre que la déesse de la mort (sic !) mais en plus perd ses cheveux (rasés par Stan Lee en personne) et même un œil au passage. Pourquoi ? On ne sait pas trop. Et que dire de ce pauvre Hulk, traité de façon ouvertement comique, en grosse brute imbécile et gaffeuse ? C’est tellement idiot qu’on se surprend à sourire parfois (impossible de résister quand Mark Ruffalo s’écrase comme une fiente sur le pont !). Mais le film, qui a tout du jeu vidéo hypertrophié, finit par assoupir le plus courageux. Et quand se déchaîne la fameuse « baston finale » règlementaire, ça n’en finit plus de finir. Tout espoir de scénarisation est abandonné pour une surenchère de CGI soûlante et abêtissante.

Natalie Portman a disparu (pas folle, la guêpe), les comparses habituels sont cavalièrement éliminés, Anthony Hopkins se retrouve à l’hospice (re-re-sic !) et Tom Hiddleston continue de trahir à tout-va. En super-méchante invincible, Cate Blanchett s’amuse bien, mais on a l’impression de l’avoir déjà vue plusieurs fois dans cet emploi. Seules heureuses surprises : l’apparition de Benedict Cumberbatch en Dr. Strange et surtout les caméos hilarants – et en clin d’œil à Shakespeare et « HAMLET » – de Matt Damon et Sam Neill, en acteurs de théâtre rejouant la geste héroïque de ‘Loki’ sur la place publique. Jolie mise en abyme. Quel dommage que l’humour n’ait pas toujours été de ce niveau !

 

« BIENVENUE À SUBURBICON » (2017)

« BIENVENUE À SUBURBICON » est un vieux scénario des frères Coen, retravaillé par George Clooney. Et cela se sent dès les premières images : d’un côté, une histoire de machination familiale foireuse à la « FARGO » et de l’autre un manifeste antiraciste basé sur des événements réels qui se sont déroulés dans une petite ville de banlieue dans les années 50, ahurissants documents d’archives à l’appui.SUBURBICON.jpg

Pas sûr que le mélange des deux se fasse toujours harmonieusement car l’humour noir des Coen est un peu asphyxié par l’indignation suscitée par le quasi-lynchage d’une famille noire récemment installée dans un pavillon et rejetée par toute une communauté haineuse. Malgré cela, « BIENVENUE À SUBURBICON » est un film extrêmement plaisant, porté par le jeune et excellent Noah Jupe, enfant-martyr d’une famille monstrueuse aux allures de braves et honnêtes banlieusards. Matt Damon – qui se mue de rôle en rôle en très bon acteur de composition – est parfait en pater familias hypocrite et sans cœur, Julianne Moore dans un double-rôle offre une version cauchemardesque de la maman idéale américaine (on n’oubliera pas de sitôt la scène « d’amour » avec raquette de ping-pong comme accessoire !), Oscar Isaac apparaît peu, mais fait un hilarant numéro d’agent d’assurances pourri jusqu’à l’os et trop sûr de lui. Tous les seconds rôles sont impeccables.

Un peu bancal par instants, tiraillé entre deux styles narratifs diamétralement opposés, « SUBURBICON » vaut largement le coup d’œil pour des scènes étonnantes de violence, même psychologique : il faut avoir vu Damon, dans la meilleure scène du film, menacer son fils de mort, en dévorant un sandwich qui… MAIS NE SPOILONS PAS ! Pour qui aime la petite musique aigrelette de « SANG POUR SANG » ou « FARGO », ce film (la réalisation la plus accomplie de Clooney, soit dit entre parenthèses) offrira des moments délectables et bien tordus. Et si on est tenté de penser que l’Amérique « c’était mieux avant », « SUBURBICON » est là pour nous rappeler que… pas du tout !

 

« DOWNSIZING » (2017)

De « CITIZEN RUTH » à « NEBRASKA » en passant par « SIDEWAYS » ou « MONSIEUR SCHMIDT », le cinéma d’Alexander Payne, à la fois exigeant et abordable, conceptuel et simple, parvient à faire entendre sa voix singulière dans un cinéma U.S. de plus en plus formaté.DOWN.jpg

« DOWNSIZING », vendu comme une grosse comédie dans laquelle Matt Damon se retrouve réduit à la taille de 12 cm, est un film qui ne cesse de surprendre et de décontenancer, ce qui s’avère au final une vraie qualité. Dans un monde – vraiment pas très éloigné du nôtre – où l’unique solution de survie est de réduire la population aux dimensions des insectes, « DOWNSIZING » laisse sa narration évoluer toute seule d’une thématique à l’autre, paraît improvisé, écrit au fil de la plume et se joue des attentes. Ainsi, quand l’auteur semble prendre parti pour cette communauté néo-hippie en Norvège, c’est pour mieux la ridiculiser dans un revirement inattendu. La seule façon d’apprécier pleinement « DOWNSIZING » est de se laisser porter et de garder un esprit ouvert.

Matt Damon n’a jamais été meilleur qu’en M. Tout le monde malchanceux et indécis, Christoph Waltz est délectable en voyou richissime, odieux et sympathique, Kristen Wiig, Udo Kier et la rayonnante Laura Dern (dans un caméo) font des prestations inspirées. Mais c’est la jeune Hong Chau qui s’accapare la vedette dans un rôle magnifique, drôle et émouvant de survivante au caractère de cochon. Sa relation avec Damon cimente le film tout entier. À voir donc, ce « DOWNSIZING » qui vaut beaucoup mieux que son affiche et n’a vraiment rien à voir avec une comédie style « CHÉRIE, J’AI RÉTRÉCI LES GOSSES ! ». Pas pour tous les goûts, c’est évident, mais le message écolo, finement distillé, est d’une lucidité et d’une clarté imparables.

 

« LE TALENTUEUX MR. RIPLEY » (1999)

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MATT DAMON

« LE TALENTUEUX MR. RIPLEY » est, après « PLEIN SOLEIL » quatre décennies plus tôt, la seconde adaptation d’un suspense psychologique de la grande Patricia Highsmith.RIPLEY2.jpg

Écrit et réalisé par Anthony Minghella, situé dans l’Italie des années 50, le film suit pas à pas ‘Tom Ripley’, un jeune homme timide et opportuniste (Matt Damon) chargé par un millardaire new-yorkais de ramener son fils (Jude Law) de la côte italienne où il dilapide sa jeunesse. Mais ‘Ripley n’est pas un garçon facile à cerner. D’abord, il tombe amoureux de celui qu’il doit convaincre de le suivre, puis il s’identifie à lui, ensuite c’est l’engrenage criminel. Et l’habileté machiavélique du récit est de nous avoir fait pénétrer dès le prologue dans le cerveau d’un assassin schizophrène et sociopathe, au point qu’on ne se rend compte que très tard de sa dangerosité. Il faut dire que c’est certainement le meilleur travail de Damon et qu’il parvient à endosser les innombrables nuances de ce personnage démultiplié avec une finesse inouïe. Les extérieurs de Rome, Venise, San Remo ou Naples sont magnifiquement exploités par la photo chaleureuse de John Seale et tous les comédiens ont quelque chose à défendre : de Cate Blanchett en mondaine trop crédule, Philip Seymour Hoffman odieux comme lui seul savait l’être en oisif tête-à-claques, James Rebhorn parfait en père facile à berner. Seule Gwyneth Paltrow, irritante comme dans la plupart de ses rôles, ne donne aucune épaisseur à cette ‘Marge’ snob et geignarde.

La vraie grosse différence entre le film de René Clément, ambigu et tout en non-dits et celui-ci, est que Minghella met franchement en avant l’homosexualité de ‘Ripley’, son attirance fusionnelle et létale pour ‘Dickie’ et le dépeint pratiquement comme une victime de sa propre folie. Il est d’ailleurs très intéressant de comparer les deux films, de constater les pistes choisies par l’un, ignorées par l’autre. « LE TALENTUEUX MR. RIPLEY » est un véritable trip chatoyant et sensuel dans les méandres bourbeux du cerveau d’un psychopathe au visage angélique.

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CATE BLANCHETT, JUDE LAW ET PHILIP SEYMOUR HOFFMAN