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Archives de Catégorie: LES FILMS DE MATT DAMON

« DOWNSIZING » (2017)

De « CITIZEN RUTH » à « NEBRASKA » en passant par « SIDEWAYS » ou « MONSIEUR SCHMIDT », le cinéma d’Alexander Payne, à la fois exigeant et abordable, conceptuel et simple, parvient à faire entendre sa voix singulière dans un cinéma U.S. de plus en plus formaté.DOWN.jpg

« DOWNSIZING », vendu comme une grosse comédie dans laquelle Matt Damon se retrouve réduit à la taille de 12 cm, est un film qui ne cesse de surprendre et de décontenancer, ce qui s’avère au final une vraie qualité. Dans un monde – vraiment pas très éloigné du nôtre – où l’unique solution de survie est de réduire la population aux dimensions des insectes, « DOWNSIZING » laisse sa narration évoluer toute seule d’une thématique à l’autre, paraît improvisé, écrit au fil de la plume et se joue des attentes. Ainsi, quand l’auteur semble prendre parti pour cette communauté néo-hippie en Norvège, c’est pour mieux la ridiculiser dans un revirement inattendu. La seule façon d’apprécier pleinement « DOWNSIZING » est de se laisser porter et de garder un esprit ouvert.

Matt Damon n’a jamais été meilleur qu’en M. Tout le monde malchanceux et indécis, Christoph Waltz est délectable en voyou richissime, odieux et sympathique, Kristen Wiig, Udo Kier et la rayonnante Laura Dern (dans un caméo) font des prestations inspirées. Mais c’est la jeune Hong Chau qui s’accapare la vedette dans un rôle magnifique, drôle et émouvant de survivante au caractère de cochon. Sa relation avec Damon cimente le film tout entier. À voir donc, ce « DOWNSIZING » qui vaut beaucoup mieux que son affiche et n’a vraiment rien à voir avec une comédie style « CHÉRIE, J’AI RÉTRÉCI LES GOSSES ! ». Pas pour tous les goûts, c’est évident, mais le message écolo, finement distillé, est d’une lucidité et d’une clarté imparables.

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« LE TALENTUEUX MR. RIPLEY » (1999)

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MATT DAMON

« LE TALENTUEUX MR. RIPLEY » est, après « PLEIN SOLEIL » quatre décennies plus tôt, la seconde adaptation d’un suspense psychologique de la grande Patricia Highsmith.RIPLEY2.jpg

Écrit et réalisé par Anthony Minghella, situé dans l’Italie des années 50, le film suit pas à pas ‘Tom Ripley’, un jeune homme timide et opportuniste (Matt Damon) chargé par un millardaire new-yorkais de ramener son fils (Jude Law) de la côte italienne où il dilapide sa jeunesse. Mais ‘Ripley n’est pas un garçon facile à cerner. D’abord, il tombe amoureux de celui qu’il doit convaincre de le suivre, puis il s’identifie à lui, ensuite c’est l’engrenage criminel. Et l’habileté machiavélique du récit est de nous avoir fait pénétrer dès le prologue dans le cerveau d’un assassin schizophrène et sociopathe, au point qu’on ne se rend compte que très tard de sa dangerosité. Il faut dire que c’est certainement le meilleur travail de Damon et qu’il parvient à endosser les innombrables nuances de ce personnage démultiplié avec une finesse inouïe. Les extérieurs de Rome, Venise, San Remo ou Naples sont magnifiquement exploités par la photo chaleureuse de John Seale et tous les comédiens ont quelque chose à défendre : de Cate Blanchett en mondaine trop crédule, Philip Seymour Hoffman odieux comme lui seul savait l’être en oisif tête-à-claques, James Rebhorn parfait en père facile à berner. Seule Gwyneth Paltrow, irritante comme dans la plupart de ses rôles, ne donne aucune épaisseur à cette ‘Marge’ snob et geignarde.

La vraie grosse différence entre le film de René Clément, ambigu et tout en non-dits et celui-ci, est que Minghella met franchement en avant l’homosexualité de ‘Ripley’, son attirance fusionnelle et létale pour ‘Dickie’ et le dépeint pratiquement comme une victime de sa propre folie. Il est d’ailleurs très intéressant de comparer les deux films, de constater les pistes choisies par l’un, ignorées par l’autre. « LE TALENTUEUX MR. RIPLEY » est un véritable trip chatoyant et sensuel dans les méandres bourbeux du cerveau d’un psychopathe au visage angélique.

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CATE BLANCHETT, JUDE LAW ET PHILIP SEYMOUR HOFFMAN

 

« JASON BOURNE » (2016)

Ainsi donc, neuf ans après son départ de la franchise, Matt Damon redevient « JASON BOURNE » pour un 5ème film réalisé par Paul Greengrass, déjà responsable des n°2 et 3.jason

Le scénario réutilise exactement les mêmes ficelles que les précédents opus, mais d’emblée tout le monde affiche une certaine usure. Damon, à 46 ans, a pris un coup de vieux notable et traîne pendant deux heures une expression exténuée et hagarde de fêtard souffrant d’une gueule-de-bois carabinée. A-t-il trop forcé sur l’entraînement pour retrouver sa ligne de jeune homme ?

C’est la sensation que laisse ce n°5 très (trop) semblable aux autres, construit exactement de la même façon, avec les mêmes passages obligés (bagarres, poursuites à pied, en moto, en voiture, flash-backs, trahisons en cascades, etc.) : une fatigue généralisée. Bien sûr, c’est toujours extrêmement bien confectionné, Greengrass n’a rien perdu de son savoir-faire et pousse les scènes d’action aux limites de la lisibilité. Mais la sauce peine à prendre vraiment, tant on ressent ce déjà-vu qui gâche le plaisir de retrouver ce brave Jason et ses malheurs.

Julia Stiles, seule autre revenante, connaît le même sort que Franka Potente dans le n°2 : elle disparaît trop vite. Tommy Lee Jones paraît littéralement momifié vivant en boss corrompu de la CIA, Vincent Cassel ne donne aucun relief à son rôle de flingueur robotisé. Seule émerge Alicia Vikander dans le personnage le plus ambigu et intéressant du film.

« JASON BOURNE » ne démérite pas techniquement parlant et se laisse regarder sans déplaisir, mais il n’apporte rien de neuf à la franchise et ne donne pas spécialement envie que celle-ci continue.

À noter que la première apparition de Bourne, boxeur clandestin qui abat son adversaire d’un seul uppercut, renvoie directement au « BAGARREUR » de Walter Hill, mais aussi à « RAMBO 3 ».

 

« LA VENGEANCE DANS LA PEAU » (2007)

vengeance2« LA VENGEANCE DANS LA PEAU » est le 3ème opus de la saga des aventures de Jason Bourne l’ex-tueur amnésique de la CIA à la recherche de sa propre identité et traqué par à peu près tout le monde.

Comme pour le précédent film, tourné trois ans plus tôt, c’est Paul Greengrass qui est aux manettes et, dès les premières séquences, il paraît évident que la franchise est en net progrès et a trouvé ses marques. Ça va vite, très vite, les temps morts sont réduits au minimum, les scènes impliquant les « méchants » sont mieux intégrées au mouvement général et ne freinent plus l’action. Car il s’agit bel et bien d’un film d’action pure, d’une folle énergie, qui enchaîne les poursuites et les confrontations violentes, tout en se focalisant sur la psychologie de son malheureux héros, mélange de superhéros et d’enfant battu.

Les auteurs s’amusent à redistribuer les cartes, à développer des personnages (Julia Stiles) de façon inattendue, à en affiner d’autres (Joan Allen qui, par comparaison avec ses collègues, devient presque sympathique) et donne enfin des explications sur les origines de Bourne et des autres tueurs d’élite du plan ‘Treadstone’. Autour d’un Matt Damon de plus en plus minéral et tourmenté, d’excellents comédiens comme David Strathairn et Scott Glenn en salopards infâmes, Albert Finney cramoisi en « savant fou » de service ou Paddy Considine en journaliste malchanceux.

« LA VENGEANCE DANS LA PEAU » est truffé de morceaux de bravoure épatants comme les longues séquences de la gare de Londres ou la poursuite effrénée sur les toits de Tanger. Et comme les enjeux dramatiques sont plus forts et mieux définis, ces plages de pure action ne semblent jamais interminables ou plaquées.

Comme pour une autre franchise, « MISSION : IMPOSSIBLE », on peut avoir un gros faible pour le 3ème film de la série. Il y en aura – à ce jour – deux autres.

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JULIA STILES, MATT DAMON ET DAVID STRATHAIRN

 

« LA MORT DANS LA PEAU » (2004)

mortDeux ans après avoir laissé Bourne et sa copine allemande en Grèce, on les retrouve installés en Inde. Mais ils sont toujours traqués et Franka Potente est rapidement éliminée de « LA MORT DANS LA PEAU », 2ème ‘Jason Bourne’ en titre. D’ailleurs, en parlant de titre, on notera que celui de la v.f. ne signifie pas grand-chose !

Réalisé par Paul Greengrass l’auteur de « BLOODY SUNDAY », ce second opus souffre de pas mal de scories inhérentes aux sequels : une impression constante de déjà-vu, une surenchère un peu vaine (la longue poursuite en voiture à Moscou) et un héros qui semble revivre les mêmes tourments intérieurs que dans le n°1 sans réelle évolution. Ça se laisse regarder, grâce à un mouvement permanent, de bonnes scènes d’action (même si elles sont rendues parfois fatigantes par l’abus systématique de « caméra bougée ») et surtout grâce à la présence de Matt Damon complètement identifié à son rôle. Il est bien entouré par la toujours parfaite Joan Allen en boss de la CIA glaciale, Karl Urban en flingueur implacable, et plusieurs revenants comme Brian Cox, Julia Stiles dont le personnage est bien développé, Gabriel Mann ou dans un caméo non-mentionné au générique Chris Cooper dans un flash-back.

Sans la moindre surprise donc, ce second opus très bien confectionné mais qui rabâche les données du premier. On ne s’y ennuie pas, ce qui est déjà important, et l’amateur de films d’espionnage appréciera ce mélange pas si évident entre l’ambiance paranoïaque des vieux classiques de Guerre Froide comme « L’ESPION QUI VENAIT DU FROID » et le clinquant technologique des « MISSION : IMPOSSIBLE » de Tom Cruise. À voir donc, ne serait-ce que pour quelques excellentes scènes comme la noyade de ‘Marie’ à Goa ou le face-à-face dramatique entre Bourne et la fille d’un couple qu’il a froidement assassiné plusieurs années auparavant. Ce thème de la rédemption court sur tout le film et lui donne une passionnante texture humaine.

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JOAN ALLEN, MATT DAMON ET JULIA STILES

 

« LA MÉMOIRE DANS LA PEAU » (2002)

memoire2Déjà adapté en 1988 pour la TV, le best-seller de Robert Ludlum fonctionne sur le vieux principe du héros amnésique à la recherche de son identité et découvrant progressivement qu’il n’est pas quelqu’un de très fréquentable.

« LA MÉMOIRE DANS LA PEAU » est un thriller d’espionnage tourné partout en Europe et tout particulièrement à Paris, impliquant la CIA à la poursuite d’un de ses tueurs d’élite devenu électron libre et donc à éliminer au plus vite.

C’est Matt Damon, avec son physique d’étudiant américain, qui incarne cet antihéros sans mémoire. Outre une intrigue qui s’embrouille à mesure qu’elle progresse et s’achève par un flash-back des plus abscons, le film tient dans ses séquences d’action très bien filmées et dans l’enquête que ‘Bourne’ mène sur lui-même, tout en s’efforçant d’échapper aux tueurs à ses trousses. Il est flanqué d’une jeune Allemande (Franka Potente) qui l’aide dans sa fuite, ce qui donne au scénario un substrat humain.

C’est globalement assez creux, les scènes impliquant les « méchants » ex-chefs de Bourne (les pourtant excellents Chris Cooper, Brian Cox très sous-employés) sont répétitives et ennuyeuses à mourir, mais « LA MÉMOIRE DANS LA PEAU » est sans cesse relancé par des corps-à-corps d’une extrême violence et par plusieurs moments très réussis comme ce duel dans un champ entre Damon et son alter-ego Clive Owen, la bagarre dans l’appartement parisien, qui s’achève par une défenestration impressionnante ou la chute dans une cage d’escalier à couper le souffle et digne d’un polar de Hongkong.

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MATT DAMON, FRANKA POTENTE ET CLIVE OWEN

Malgré sa durée de presque deux heures et quelques « coups de mou » dommageables, le film de Doug Liman tient parfaitement la distance et crée un univers trouble d’intrigues et de trahisons qu’on a envie de voir développer. Ce qui tombe bien, puisque « LA MÉMOIRE DANS LA PEAU » a – à ce jour – déjà connu quatre sequels !

 

« CHE – 1ère PARTIE : L’ARGENTIN » / « CHE – 2ème PARTIE : GUERILLA » (2008)

« CHE – 1ère PARTIE : L’ARGENTIN » est basé sur les écrits d’Ernesto ‘Che’ Guevara lui-même et il couvre les débuts du révolutionnaire à Cuba aux côtés de Castro, jusqu’à la chute de Batista.CHE2

L’angle d’attaque de Steven Soderbergh rappelle celui jadis employé par Pierre Schoendorffer dans « LA 317ème SECTION » : une recherche de réalisme documentaire dans la mise-en-scène et une quasi-absence de scénarisation « fictionnée », pour tenter de capturer le quotidien de cette poignée d’hommes et de femmes décidés à prendre leur destinée en main. Cela rend le film parfois rêche et peu attractif, d’autant que les allers-retours entre Cuba dans les années 50 et le séjour du Che aux U.S.A. en 1964 tourné en noir & blanc, n’aident pas à s’immerger dans l’action. Autrement dit, l’exact opposé du terrible navet que signa Richard Fleischer en 1969 avec Omar Sharif, mais pas non plus très convaincant…

Long, constamment en mouvement, sans moment réellement marquant, le film maintient l’intérêt la plupart du temps, mais connaît de grosses chutes de tension. On connaît mal les personnages, on ne s’attache à aucun d’entre eux, pas même à Guevara dont le portrait est superficiel sans tomber toutefois dans l’image d’Épinal. Reste que Benicio Del Toro est extrêmement crédible dans le rôle-titre sans chercher à se rendre sympathique à tout prix. Il est bien entouré par Demián Bichir parfait en Fidel Castro, Julia Ormond en journaliste américaine opiniâtre et Oscar Isaac dans un petit rôle d’interprète.CHE1

« CHE – 2ème PARTIE : GUERILLA » est une tout autre paire de manches ! Cette seconde époque suit le ‘Che’ en Bolivie et détaille étape par étape l’échec de sa tentative de révolution qui s’achèvera par sa mort pathétique, au fond d’une bicoque perdue dans la jungle.

Soderbergh pousse son parti-pris encore plus loin en signant un film informe, monocorde, entièrement situé en extérieurs. Il désincarne totalement le personnage central en filmant à peine Del Toro, qu’on entrevoit de dos, en profil perdu, dans la pénombre, méconnaissable sous sa perruque hirsute et sa barbe qui le font ressembler à Tomás Milian dans un ‘Zapata western’. Cela fait penser à la façon dont Julien Duvivier avait filmé le Christ dans « GOLGOTHA » : de biais.

Cela n’aide évidemment pas à se passionner pour cette longue marche fastidieuse qui devient rapidement insupportable et soporifique. L’apparition régulière de visages connus comme Franka Potente, Lou Diamond Phillips ou même Matt Damon semble paradoxale voire contradictoire avec la volonté de réalisme et de rigueur spartiate de l’auteur.

Pour résumer : une première partie sporadiquement intéressante, une seconde qui est un véritable pensum. Quatre heures d’un non-biopic qui n’apprendra rien sur la personnalité ou les motivations de Che Guevara et laissera plus d’un spectateur perplexe et insatisfait.