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Archives de Catégorie: LES FILMS DE MATT DAMON

« WILL HUNTING » (1997)

Écrit par Matt Damon et Ben Affleck qui tiennent également les rôles principaux, réalisé de façon relativement classique par le généralement peu classique Gus Van Sandt, « WILL HUNTING » est un mélodrame très calibré, suivant la métamorphose d’un jeune homme d’apparence banale, un laissé-pour-compte à l’avenir tout tracé, en petit génie des mathématiques dissimulant ses dons sous un masque de loser impénitent.WILL.jpg

Le film accroche immédiatement par la qualité de son interprétation, la pertinence de son dialogue, mais il n’évite pas toujours les lieux-communs hollywoodiens (le veuvage du psy Robin Williams tient tout de même du plus usé des clichés) et se complait dans des séquences amoureuses entre Damon et Minnie Driver aussi interminables qu’inintéressantes. Sans parler d’un ou deux gros dérapages dans le mauvais goût, comme cette séquence nulle et plaquée où Affleck remplace son ami lors d’une entrevue d’embauche. Aujourd’hui, il paraît clair que le film aurait bien mieux passé l’épreuve des ans avec une bonne demi-heure de moins.

Tel quel, « WILL HUNTING » demeure agréable, intelligent, rehaussé par les face-à-face entre un Damon arrogant et inatteignable et Robin Williams, qui n’a jamais été plus sobre, qu’en psy opiniâtre et chaleureux. Ils sont bien entourés par Stellan Skarsgård en professeur fasciné par le génie du jeune homme, sorte de Salieri confronté à un Mozart des maths, Casey Affleck et Cole Hauser en glandeurs.

« WILL HUNTING » est un moment plaisant et optimiste, un peu trop inégal pour satisfaire pleinement, mais qui laissait deviner très en amont la brillante carrière qui allait s’ouvrir à Matt Damon.

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« THOR : RAGNAROK » (2017)

Troisième opus de la franchise, « THOR : RAGNAROK » du néozélandais Taika Waititi prend un virage en épingle à cheveux par rapport aux précédents en adoptant d’emblée un ton d’autodérision, en multipliant les « one liners » plus ou moins drôles et en affichant un mauvais goût visuel sidérant réminiscent des eighties.THOR3.jpg

À quoi cela ressemble-t-il ? Disons au « FLASH GORDON » de 1980 fusionné avec une attraction de fête foraine. Le sommet est atteint avec les séquences de jeux du cirque menées par un Jeff Goldblum hilare, en totale roue-libre, un personnage périphérique qui prend une place démesurée. On retrouve donc à peu près tout le monde pour ce n°3 plus que bordélique, où Thor doit non seulement empêcher la fin du monde programmée par sa propre sœur, qui n’est autre que la déesse de la mort (sic !) mais en plus perd ses cheveux (rasés par Stan Lee en personne) et même un œil au passage. Pourquoi ? On ne sait pas trop. Et que dire de ce pauvre Hulk, traité de façon ouvertement comique, en grosse brute imbécile et gaffeuse ? C’est tellement idiot qu’on se surprend à sourire parfois (impossible de résister quand Mark Ruffalo s’écrase comme une fiente sur le pont !). Mais le film, qui a tout du jeu vidéo hypertrophié, finit par assoupir le plus courageux. Et quand se déchaîne la fameuse « baston finale » règlementaire, ça n’en finit plus de finir. Tout espoir de scénarisation est abandonné pour une surenchère de CGI soûlante et abêtissante.

Natalie Portman a disparu (pas folle, la guêpe), les comparses habituels sont cavalièrement éliminés, Anthony Hopkins se retrouve à l’hospice (re-re-sic !) et Tom Hiddleston continue de trahir à tout-va. En super-méchante invincible, Cate Blanchett s’amuse bien, mais on a l’impression de l’avoir déjà vue plusieurs fois dans cet emploi. Seules heureuses surprises : l’apparition de Benedict Cumberbatch en Dr. Strange et surtout les caméos hilarants – et en clin d’œil à Shakespeare et « HAMLET » – de Matt Damon et Sam Neill, en acteurs de théâtre rejouant la geste héroïque de ‘Loki’ sur la place publique. Jolie mise en abyme. Quel dommage que l’humour n’ait pas toujours été de ce niveau !

 

« BIENVENUE À SUBURBICON » (2017)

« BIENVENUE À SUBURBICON » est un vieux scénario des frères Coen, retravaillé par George Clooney. Et cela se sent dès les premières images : d’un côté, une histoire de machination familiale foireuse à la « FARGO » et de l’autre un manifeste antiraciste basé sur des événements réels qui se sont déroulés dans une petite ville de banlieue dans les années 50, ahurissants documents d’archives à l’appui.SUBURBICON.jpg

Pas sûr que le mélange des deux se fasse toujours harmonieusement car l’humour noir des Coen est un peu asphyxié par l’indignation suscitée par le quasi-lynchage d’une famille noire récemment installée dans un pavillon et rejetée par toute une communauté haineuse. Malgré cela, « BIENVENUE À SUBURBICON » est un film extrêmement plaisant, porté par le jeune et excellent Noah Jupe, enfant-martyr d’une famille monstrueuse aux allures de braves et honnêtes banlieusards. Matt Damon – qui se mue de rôle en rôle en très bon acteur de composition – est parfait en pater familias hypocrite et sans cœur, Julianne Moore dans un double-rôle offre une version cauchemardesque de la maman idéale américaine (on n’oubliera pas de sitôt la scène « d’amour » avec raquette de ping-pong comme accessoire !), Oscar Isaac apparaît peu, mais fait un hilarant numéro d’agent d’assurances pourri jusqu’à l’os et trop sûr de lui. Tous les seconds rôles sont impeccables.

Un peu bancal par instants, tiraillé entre deux styles narratifs diamétralement opposés, « SUBURBICON » vaut largement le coup d’œil pour des scènes étonnantes de violence, même psychologique : il faut avoir vu Damon, dans la meilleure scène film, menacer son fils de mort, en dévorant un sandwich qui… MAIS NE SPOILONS PAS ! Pour qui aime la petite musique aigrelette de « SANG POUR SANG » ou « FARGO », ce film (la réalisation la plus accomplie de Clooney, soit dit entre parenthèses) offrira des moments délectables et bien tordus. Et si on est tenté de penser que l’Amérique « c’était mieux avant », « SUBURBICON » est là pour nous rappeler que… pas du tout !

 

« DOWNSIZING » (2017)

De « CITIZEN RUTH » à « NEBRASKA » en passant par « SIDEWAYS » ou « MONSIEUR SCHMIDT », le cinéma d’Alexander Payne, à la fois exigeant et abordable, conceptuel et simple, parvient à faire entendre sa voix singulière dans un cinéma U.S. de plus en plus formaté.DOWN.jpg

« DOWNSIZING », vendu comme une grosse comédie dans laquelle Matt Damon se retrouve réduit à la taille de 12 cm, est un film qui ne cesse de surprendre et de décontenancer, ce qui s’avère au final une vraie qualité. Dans un monde – vraiment pas très éloigné du nôtre – où l’unique solution de survie est de réduire la population aux dimensions des insectes, « DOWNSIZING » laisse sa narration évoluer toute seule d’une thématique à l’autre, paraît improvisé, écrit au fil de la plume et se joue des attentes. Ainsi, quand l’auteur semble prendre parti pour cette communauté néo-hippie en Norvège, c’est pour mieux la ridiculiser dans un revirement inattendu. La seule façon d’apprécier pleinement « DOWNSIZING » est de se laisser porter et de garder un esprit ouvert.

Matt Damon n’a jamais été meilleur qu’en M. Tout le monde malchanceux et indécis, Christoph Waltz est délectable en voyou richissime, odieux et sympathique, Kristen Wiig, Udo Kier et la rayonnante Laura Dern (dans un caméo) font des prestations inspirées. Mais c’est la jeune Hong Chau qui s’accapare la vedette dans un rôle magnifique, drôle et émouvant de survivante au caractère de cochon. Sa relation avec Damon cimente le film tout entier. À voir donc, ce « DOWNSIZING » qui vaut beaucoup mieux que son affiche et n’a vraiment rien à voir avec une comédie style « CHÉRIE, J’AI RÉTRÉCI LES GOSSES ! ». Pas pour tous les goûts, c’est évident, mais le message écolo, finement distillé, est d’une lucidité et d’une clarté imparables.

 

« LE TALENTUEUX MR. RIPLEY » (1999)

RIPLEY

MATT DAMON

« LE TALENTUEUX MR. RIPLEY » est, après « PLEIN SOLEIL » quatre décennies plus tôt, la seconde adaptation d’un suspense psychologique de la grande Patricia Highsmith.RIPLEY2.jpg

Écrit et réalisé par Anthony Minghella, situé dans l’Italie des années 50, le film suit pas à pas ‘Tom Ripley’, un jeune homme timide et opportuniste (Matt Damon) chargé par un millardaire new-yorkais de ramener son fils (Jude Law) de la côte italienne où il dilapide sa jeunesse. Mais ‘Ripley n’est pas un garçon facile à cerner. D’abord, il tombe amoureux de celui qu’il doit convaincre de le suivre, puis il s’identifie à lui, ensuite c’est l’engrenage criminel. Et l’habileté machiavélique du récit est de nous avoir fait pénétrer dès le prologue dans le cerveau d’un assassin schizophrène et sociopathe, au point qu’on ne se rend compte que très tard de sa dangerosité. Il faut dire que c’est certainement le meilleur travail de Damon et qu’il parvient à endosser les innombrables nuances de ce personnage démultiplié avec une finesse inouïe. Les extérieurs de Rome, Venise, San Remo ou Naples sont magnifiquement exploités par la photo chaleureuse de John Seale et tous les comédiens ont quelque chose à défendre : de Cate Blanchett en mondaine trop crédule, Philip Seymour Hoffman odieux comme lui seul savait l’être en oisif tête-à-claques, James Rebhorn parfait en père facile à berner. Seule Gwyneth Paltrow, irritante comme dans la plupart de ses rôles, ne donne aucune épaisseur à cette ‘Marge’ snob et geignarde.

La vraie grosse différence entre le film de René Clément, ambigu et tout en non-dits et celui-ci, est que Minghella met franchement en avant l’homosexualité de ‘Ripley’, son attirance fusionnelle et létale pour ‘Dickie’ et le dépeint pratiquement comme une victime de sa propre folie. Il est d’ailleurs très intéressant de comparer les deux films, de constater les pistes choisies par l’un, ignorées par l’autre. « LE TALENTUEUX MR. RIPLEY » est un véritable trip chatoyant et sensuel dans les méandres bourbeux du cerveau d’un psychopathe au visage angélique.

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CATE BLANCHETT, JUDE LAW ET PHILIP SEYMOUR HOFFMAN

 

« JASON BOURNE » (2016)

Ainsi donc, neuf ans après son départ de la franchise, Matt Damon redevient « JASON BOURNE » pour un 5ème film réalisé par Paul Greengrass, déjà responsable des n°2 et 3.jason

Le scénario réutilise exactement les mêmes ficelles que les précédents opus, mais d’emblée tout le monde affiche une certaine usure. Damon, à 46 ans, a pris un coup de vieux notable et traîne pendant deux heures une expression exténuée et hagarde de fêtard souffrant d’une gueule-de-bois carabinée. A-t-il trop forcé sur l’entraînement pour retrouver sa ligne de jeune homme ?

C’est la sensation que laisse ce n°5 très (trop) semblable aux autres, construit exactement de la même façon, avec les mêmes passages obligés (bagarres, poursuites à pied, en moto, en voiture, flash-backs, trahisons en cascades, etc.) : une fatigue généralisée. Bien sûr, c’est toujours extrêmement bien confectionné, Greengrass n’a rien perdu de son savoir-faire et pousse les scènes d’action aux limites de la lisibilité. Mais la sauce peine à prendre vraiment, tant on ressent ce déjà-vu qui gâche le plaisir de retrouver ce brave Jason et ses malheurs.

Julia Stiles, seule autre revenante, connaît le même sort que Franka Potente dans le n°2 : elle disparaît trop vite. Tommy Lee Jones paraît littéralement momifié vivant en boss corrompu de la CIA, Vincent Cassel ne donne aucun relief à son rôle de flingueur robotisé. Seule émerge Alicia Vikander dans le personnage le plus ambigu et intéressant du film.

« JASON BOURNE » ne démérite pas techniquement parlant et se laisse regarder sans déplaisir, mais il n’apporte rien de neuf à la franchise et ne donne pas spécialement envie que celle-ci continue.

À noter que la première apparition de Bourne, boxeur clandestin qui abat son adversaire d’un seul uppercut, renvoie directement au « BAGARREUR » de Walter Hill, mais aussi à « RAMBO 3 ».

 

« LA VENGEANCE DANS LA PEAU » (2007)

vengeance2« LA VENGEANCE DANS LA PEAU » est le 3ème opus de la saga des aventures de Jason Bourne l’ex-tueur amnésique de la CIA à la recherche de sa propre identité et traqué par à peu près tout le monde.

Comme pour le précédent film, tourné trois ans plus tôt, c’est Paul Greengrass qui est aux manettes et, dès les premières séquences, il paraît évident que la franchise est en net progrès et a trouvé ses marques. Ça va vite, très vite, les temps morts sont réduits au minimum, les scènes impliquant les « méchants » sont mieux intégrées au mouvement général et ne freinent plus l’action. Car il s’agit bel et bien d’un film d’action pure, d’une folle énergie, qui enchaîne les poursuites et les confrontations violentes, tout en se focalisant sur la psychologie de son malheureux héros, mélange de superhéros et d’enfant battu.

Les auteurs s’amusent à redistribuer les cartes, à développer des personnages (Julia Stiles) de façon inattendue, à en affiner d’autres (Joan Allen qui, par comparaison avec ses collègues, devient presque sympathique) et donne enfin des explications sur les origines de Bourne et des autres tueurs d’élite du plan ‘Treadstone’. Autour d’un Matt Damon de plus en plus minéral et tourmenté, d’excellents comédiens comme David Strathairn et Scott Glenn en salopards infâmes, Albert Finney cramoisi en « savant fou » de service ou Paddy Considine en journaliste malchanceux.

« LA VENGEANCE DANS LA PEAU » est truffé de morceaux de bravoure épatants comme les longues séquences de la gare de Londres ou la poursuite effrénée sur les toits de Tanger. Et comme les enjeux dramatiques sont plus forts et mieux définis, ces plages de pure action ne semblent jamais interminables ou plaquées.

Comme pour une autre franchise, « MISSION : IMPOSSIBLE », on peut avoir un gros faible pour le 3ème film de la série. Il y en aura – à ce jour – deux autres.

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JULIA STILES, MATT DAMON ET DAVID STRATHAIRN