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Archives de Catégorie: LES FILMS DE DENZEL WASHINGTON

« U.S.S. ALABAMA » (1995)

USSAffichant ses références directement dans le dialogue, « U.S.S. ALABAMA » est un des plus puissants films « de sous-marin » qui se puisse voir et très certainement une des deux ou trois plus incontestables réussites de Tony Scott.

Le scénario, admirablement vissé, pose rapidement ses enjeux, dessine deux protagonistes irréconciliables et les confronte avec la WW3 en ligne de mire. Le drame se noue progressivement, les dissensions puis la haine montent entre l’officier blanchi sous le harnais (Gene Hackman) et son second plus jeune et plus « intellectuel » (Denzel Washington). Et quand il s’agit de lâcher des missiles nucléaires sur la Russie et de déclencher l’Holocauste, les deux hommes vont au clash.

Quand un film est parfait, il est parfait. Et ce n’est pas parce que Scott n’a jamais eu auprès des cinéphiles la légitimité d’un John McTiernan que son film n’en est pas moins infiniment meilleur que « À LA POURSUITE D’OCTOBRE ROUGE ». La photo est aussi belle qu’efficace (Dariusz Wolski), la BO de Hans Zimmer remplit une fois de plus son office et le montage est une véritable leçon de suspense.

Le casting est extraordinaire : Hackman magistral dans un rôle complexe, jamais traité avec manichéisme ni campé comme un banal « méchant ». Washington est égal à lui-même mais parfaitement distribué. Leurs affrontements sont d’une tension hors du commun. Et pour ce qui est des seconds rôles, c’est carrément la fête : Viggo Mortensen excellent en officier littéralement écrasé par le doute, James Gandolfini, George Dzundza, Matt Craven et même Jason Robards qui apparaît à la fin, non-mentionné au générique en amiral.

Si « U.S.S. ALBAMA » n’est pas un chef-d’œuvre, il n’est en tout cas pas passé loin de se qualifier. Le film offre deux heures d’action pure, sans céder au spectaculaire décérébré et donne même à gamberger. Ce qui en fait un oiseau rare.

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GENE HACKMAN MATT CRAVEN, DENZEL WASHINGTON ET JASON ROBARDS

À noter que certains « hommages » aux comics U.S., aux films des années 50 et à la série « STAR TREK » furent écrits par un Quentin Tarantino non crédité. On s’en serait volontiers passé, pour tout dire, tant les répliques paraissent plaquées et hors-propos.

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« DÉJÀ VU » (2006)

DEJA2« DÉJÀ VU » est un des cinq films que Tony Scott tourna avec Denzel Washington en vedette. Sous ses allures de polar ‘high tech’ ce n’est au fond qu’un remake déguisé de « LAURA » d’Otto Preminger : l’histoire d’un flic tombant amoureux par le biais de représentations (un tableau jadis, des images satellite aujourd’hui) d’une jeune femme déjà morte.

Le postulat de départ est tellement tiré par les cheveux, triture tant le concept du paradoxe temporel, que les auteurs mettent un temps infini à faire comprendre les tenants et aboutissants de leur histoire et à vouloir expliquer à tout prix la technologie inventée pour l’occasion. Au point de faire perdre le fil de l’enquête et d’agacer le spectateur pourtant prêt à avaler n’importe quoi. Quand le film parvient, grâce à un montage ultra-rapide, à faire oublier ce scénario confus et trop bavard, « DÉJÀ VU » connaît de très bons moments. Le personnage de Washington est attachant et l’acteur semble parfaitement à l’aise, jouant de ses tics habituels sans cabotiner. À ses côtés, la très belle Paula Patton est la femme idéalisée à sauver, Val Kilmer bouffi, traverse l’action en zombie comme s’il n’était pas vraiment là, Jim Caviezel est excellent en terroriste illuminé et inquiétant.

Malgré les inutiles complications de son scénario, « DÉJÀ VU » se laisse voir avec un certain plaisir grâce à la technique imparable de Scott, à la photo archi-piquée de Paul Cameron, aux extérieurs de New Orleans et pour quelques scènes d’action magistralement orchestrées comme l’attentat à la bombe du début, époustouflant, ou cette ahurissante poursuite sur l’autoroute où notre héros se trouve un pied dans le passé, l’autre dans le présent.

« DÉJÀ VU » n’est certes pas le meilleur film du regretté Tony Scott, mais il bénéficie de son savoir-faire et de son sens inné du grand spectacle.

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DENZEL WASHINGTON, PAULA PATTON ET JIM CAVIEZEL

 

« RICOCHET » (1991)

RICOCHETLe scénariste de « 48 HEURES » et des deux premiers « DIE HARD », le réalisateur de « HIGHLANDER » et la star montante Denzel Washington. Il y avait tout dans « RICOCHET » pour concocter un thriller d’anthologie.

Mais hélas, tout le monde semble s’autopasticher : la « folie » du procureur joué par Denzel fait plus que rappeler celle de ‘Martin Riggs’ (Mel Gibson) et Russell Mulcahy a même casé un combat à l’épée en prison, tout droit sorti des aventures de ‘Connor McLeod’. Le scénario tient à peu près le coup pendant la première moitié et la vengeance du fou furieux John Lithgow – déjà coutumier de ce genre d’emploi – est même assez originale : au lieu de vouloir bêtement tuer son ennemi juré, il s’emploie ingénieusement à détruire sa réputation auprès de sa famille et des médias. Le premier problème vient du fait que le rôle de Washington est tellement mal écrit, qu’on en vient presque à prendre fait et cause pour Lithgow qui, au moins, paraît intelligent et plein de ressources. Un comble ! Lors de sa première « grande scène », notre héros affronte le méchant en se mettant en caleçon (pourquoi ?), dans la seconde il plaide au tribunal en poussant des cris d’orfraie. Si au moins c’était drôle…

La seconde moitié de « RICOCHET » se délite complètement et s’achève dans une sorte de délire pyrotechnique réalisé comme un clip MTV de l’époque, avec contrejours, fumigènes, etc. L’affrontement final entre les deux ennemis est tellement grotesque qu’il décrédibilise tout ce qu’on vient de voir. Et que dire du dealer de crack subitement métamorphosé en ange-gardien, joué par un Ice-T chevelu ?

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DENZEL WASHINGTON ET JOHN LITHGOW

Trop préfabriqué, maladroitement conçu et filmé, « RICOCHET » est un produit typique de son temps, un quasi-nanar opportuniste et recyclant de vieilles recettes. À revoir ce genre de films, on se dit que Denzel Washington revient de loin !

 

« UN CRIME DANS LA TÊTE » (2004)

CRIME2Éternelle question qu’on se pose en voyant un remake : quel intérêt de refaire un film si ce n’est pas pour améliorer le score ? Pour remettre l’histoire au goût du jour ? Remplacer – comme ici – la guerre de Corée par l’Irak ? Re-tripatouiller le roman d’origine jusqu’à le rendre incompréhensible ?

Toujours est-il que « UN CRIME DANS LA TÊTE » de John Frankenheimer sorti en 1962, n’a pas pris une ride et que la nouvelle mouture de Jonathan Demme ne possède rien qui justifie son existence.

Le postulat a beau être passionnant (le lavage de cerveau de héros de guerre en vue d’un coup d’État), le film s’avère être un pensum interminable où la vie ne pénètre jamais. Le casting, pourtant brillant, paraît amorphe, sous-employé, tellement en retrait que lorsque des pointures comme Meryl Streep, Jon Voight ou Liev Schreiber partagent l’écran, il ne se passe quasiment rien. Même Denzel Washington, dans un rôle en or, semble distant, jouant sur une seule et même tonalité monocorde et franchement ennuyeuse. Comme si tout le monde s’économisait…

Alors bien sûr, on ne peut s’empêcher de comparer : l’étrangeté cauchemardesque, hypnotique du film original à la fadeur parfois télévisuelle de son inutile remake. D’excellents seconds rôles comme Vera Farmiga ou Bruno Ganz (qu’est-il venu faire dans cette galère ?) ne peuvent rien y changer. « UN CRIME DANS LA TÊTE » fait deux heures et paraît en durer une de plus. On se demande comment Demme a pu même louper à ce point le suspense final pendant le meeting électoral. Les enjeux sont forts, ce n’est pas mal filmé… Mais on s’en fiche ! Aucune âme…

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DENZEL WASHINGTON, MERYL STREEP, LIEV SCHREIBER ET VERA FARMIGA

À noter pour la petite histoire, que Jon Voight et Liev Schreiber joueront un père et son fils dans la série TV « RAY DONOVAN » dix ans plus tard, et que le second se prénommera à nouveau ‘Raymond’ comme dans le présent film.

 

« LES 7 MERCENAIRES » (2016)

Il paraît difficile d’être affreusement déçu par un film dont on n’attendait pas grand-chose à la base. Eh bien, Antoine Fuqua réussit l’exploit avec « LES 7 MERCENAIRES », qui n’est pas vraiment le remake du chef-d’œuvre de John Sturges, mais plutôt une variation sur le même thème.

D’ailleurs, hormis trois ou quatre répliques célèbres reprises telles quelles (« Si Dieu ne voulait pas qu’on les tonde, pourquoi en a-t-il fait des moutons ? »), on pense davantage à des films des années 80 comme « SILVERADO » ou « PALE RIDER » qu’au classique de 1960. C’est-à-dire, des post-westerns qui étaient déjà des hommages au genre.seven

Tout sonne terriblement faux dans celui-ci. Truqué, bidonné, depuis les mercenaires eux-mêmes, absurde équipe multi-ethnique, jusqu’à la bataille finale qui n’est qu’un long carnage sans queue ni tête et qui occupe un quart du métrage. L’action se déroule en 1879, et le ‘politiquement correct’ interdit toute injure raciste : pourtant le leader est joué par Denzel Washington et il a à ses ordres un Chinois, un Mexicain et un Comanche ! Et dans cette Amérique à peine sortie de la guerre de sécession, personne ne trouve rien à y redire… Tournant le dos à tout réalisme, le film joue sur les vieux clichés, les postures « macho », les répliques à l’emporte-pièce et le scénario se croit même obligé de justifier l’action du héros en lui inventant une vieille vengeance à l’encontre du « bad guy ». C’est vraiment n’importe quoi ! Mais ce n’est pas bien grave : à ce moment du récit, on a déjà décroché depuis longtemps.

Que retenir de positif de ce « reboot » ? Pas un Washington visiblement fatigué de jouer toujours le même rôle sous divers costumes et qui s’ennuie ostensiblement, Pas Ethan Hawke pénible dans un mix des personnages de Brad Dexter (l’avidité) et Robert Vaughn (la trouille) dans le film original, pas Chris Pratt qui surjoue en permanence en ersatz bouffon de McQueen. À la rigueur l’étonnant Vincent D’Onofrio physiquement méconnaissable en ex-scalpeur falstaffien, à la voix haut-perchée.

Le western de John Sturges a souvent été critiqué pour son côté mécanique et trop « clean » et aussi parce qu’il était lui-même un remake. Gageons qu’après visionnage de celui-ci, il sera définitivement réévalué à la hausse et qu’à la suite de ses pauvres sequels, de sa série télé et maintenant de son remake, on lui fichera enfin la paix !

 

« TRAINING DAY » (2001)

training2« TRAINING DAY » s’est affirmé avec le temps comme un des polars majeurs du cinéma U.S. des années 2000. Préfigurant d’un an la série « THE SHIELD » et le film « DARK BLUE », il exploite sans aucune retenue ou garde-fou le personnage du « ripou », du flic des rues sans foi ni loi.

Première idée géniale : donner le rôle de ce monstre charismatique et sociopathe à Denzel Washington qui renvoyait plutôt jusque-là l’image d’un Sidney Poitier moderne. Ici, l’auréole vole en éclats et son ‘Alonzo’ est une figure méphistophélique, vivante image de la corruption et de la décadence d’une Amérique sans repères moraux. Seconde grande idée : concentrer l’action sur une seule journée, celle de la formation d’un ‘rookie’ (Ethan Hawke) désireux d’entrer aux Stups et tombant dans la toile d’araignée tendue par l’officier chargé de le former.

Le scénario est ultra-bétonné, les coups de théâtre sont imprévisibles et les séquences d’action magnifiquement stressantes. On assiste pendant deux heures qui passent en un éclair, à la perte de l’innocence d’un idéaliste, on s’effare d’un système pourri jusqu’à la moelle. La scène où Alonzo rend visite aux « Rois Mages » trois flics haut-placés dans la hiérarchie (Harris Yulin, Raymond J. Barry et Tom Berenger, tous trois extraordinaires) dans un restaurant, laisse deviner l’étendue de la dégénérescence.

Outre un rythme jamais pris en faute, un dialogue d’une rare acuité, « TRAINING DAY » bénéficie d’un fabuleux cast de seconds rôles parmi lesquels on reconnaît Scott Glenn en « narco », la belle Eva Mendes et l’inquiétant Nick Chinlund.

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DENZEL WASHINGTON, NICK CHINLUND, ETHAN HAWKE ET TOM BERENGER

Il faut avoir le cœur bien accroché pour profiter de ce polar littéralement faustien, qui n’oublie jamais le spectacle au premier degré et propose un face-à-face vraiment impressionnant entre Washington qui se délecte manifestement de ce rôle grandiose d’abjection impunie et Hawke, qui lui tient tête et traduit de subtile façon les changements successifs de son « bleu » pendant sa descente aux enfers.

« TRAINING DAY » fait partie de ces films déjà bons à leur sortie et qui ne font que se bonifier avec les années. À revoir, donc !

 

« THE BONE COLLECTOR » (1999)

BONE2« SE7EN » de David Fincher a créé au milieu des années 90 une mode du film de serial killer forçant sur le ‘gore’ et la noirceur. Un des meilleurs héritiers demeure « BONE COLLECTOR », réalisé par le parfois excellent Philip Noyce, sur une photo magnifique de Dean Semler et une BO marquante de Craig Armstrong.

Si le scénario respecte les règles de ce sous-genre, c’est-à-dire des meurtres particulièrement atroces, un tueur insaisissable aux motivations obscures et des enquêteurs sur les dents, il se différencie du lot par une relation tout à fait originale entre un grand criminologue tétraplégique (Denzel Washington) et une jeune fliquette novice mais à l’instinct infaillible. Elle va servir de jambes à son mentor jusqu’au dénouement un peu tiré par les cheveux, mais bien amené.

L’action se déroule la nuit, dans des stations de métro ou des abattoirs désaffectés, dans la crasse, les rats et la poussière, les murs suintent et le film flirte volontiers avec l’horreur gothique. Le scénario, bien ficelé, n’évite pas toujours les lourdeurs (la fausse-piste sur le flic obtus Michael Rooker est lourdingue et inutilement insistante) et le déroulement en est tellement vissé qu’il semble anesthésier tout effet de surprise. De plus, il ne laisse pas suffisamment d’indices au public pour dénouer le « whodunit ». Mais par la force de la réalisation et l’implication visible des comédiens, « BONE COLLECTOR » demeure malgré tout un bon thriller bien poisseux et souvent stressant.

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DENZEL WASHINGTON, ANGELINA JOLIE ET MICHAEL ROOKER

Le cast est à la hauteur : Queen Latifah très bien en infirmière dure-à-cuire et l’inénarrable Luis Guzmán en « expert » sont bien servis.

Un bon polar noir donc, qui ne laisse s’installer aucun temps mort, qui immerge dans un univers visuel très soigné et qu’on regarde avec un intérêt constant. En tant que « petit frangin » de « SE7EN », une jolie réussite, donc.