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Archives de Catégorie: LES FILMS DE DENZEL WASHINGTON

« MAN ON FIRE » (2004)

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DENZEL WASHINGTON ET DAKOTA FANNING

« MAN ON FIRE » n’est pas un polar comme les autres. Si le thème semble classique au premier abord, il est complètement transcendé par le traitement visuel de Tony Scott. On connaît son goût des effets, ralentis, arrêts sur image, surimpressions, qui ont souvent galvaudé son œuvre. Mais ici, le montage éclaté n’a rien d’une vaine coquetterie, il devient l’identité même du film et substitue l’émotion viscérale et l’esthétique à une narration fluide et consensuelle.FIRE.jpg

C’est une des plus franches réussites de Scott et un des plus beaux rôles de Denzel Washington, qu’on se délecte de voir passer de l’ex-tueur alcoolique au Terminator transfiguré par la haine. Ce rôle de garde-du-corps réapprenant à aimer la vie à travers une fillette qu’il est chargé de protéger lui colle à la peau. Il faut dire que la gamine est interprétée par l’incroyable Dakota Fanning aux déconcertantes expressions d’adulte. Leurs scènes ensemble génèrent une émotion brute assez rare à capter à l’image.

Les décors de Mexico sont exploités à fond, en esquivant habilement les plans touristiques, le scénario de Brian Helgeland est d’une redoutable efficacité et les enjeux dramatiques ne font que s’amplifier au fur et à mesure. Malgré un rôle « à ellipses », la petite Fanning domine le casting, mais celui-ci est néanmoins composé de bons acteurs comme Christopher Walken en ex-collègue rangé des voitures, Mickey Rourke – qui ne fait que passer – en avocat pourri, Radha Mitchell en mère désemparée et Giancarlo Giannini en flic. Mélange étonnamment harmonieux de mélodrame sentimental, de blockbuster ultra-violent et portrait intime d’un homme rongé par ses péchés, « MAN ON FIRE » est un film attachant et fascinant par bien des aspects. Tony Scott tourna encore quatre films jusqu’à sa mort, dont trois avec Washington, sans jamais retrouver cet état de grâce.

À noter que le roman de A.J. Quinnell fut déjà adapté en 1987, sous le même titre, dans un film réalisé par… Élie Chouraqui avec Scott Glenn et Jade Malle dans les rôles principaux. Peu mémorable, en revanche.

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DAKOTA FANNING, DENZEL WASHINGTON ET RADHA MITCHELL

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« 2 GUNS » (2013)

2GUNS.jpgAvec « 2 GUNS » de l’islandais Baltasar Kormákur, on fait un bond en arrière de deux ou trois décennies, avec des « buddy movies » comme « 48 HEURES », « L’ARME FATALE » ou « LE DERNIER SAMARITAIN » dont il recycle les vieilles recettes sans chercher à les « upscaler » ou à peine.

On décèle pourtant UNE bonne idée dans le pitch : les deux malfrats associés, Mark Wahlberg et Denzel Washington ignorent qu’ils sont l’un et l’autre des « infiltrés », le premier pour l’U.S. Navy, le second pour la DEA. Ça maintient un certain intérêt pendant un moment, puis les séquences d’action commencent à s’accumuler, les fusillades s’enchaînent et prennent progressivement le relais. Le film se vide de sa substance, l’humour devient systématique et pas toujours très fin, un peu comme dans les films précités d’ailleurs. Ceci dit, c’est plutôt bien fabriqué, le duo fonctionne. Washington refait son numéro de fripouille charismatique de « TRAINING DAY », Wahlberg est amusant en sidekick comique mais létal. Et quelques bons seconds rôles pimentent l’arrière-plan, comme Bill Paxton excellent en ripou de la CIA, Edward James Olmos en narcotrafiquant ou James Marsden en officier de marine corrompu. On a même le plaisir de revoir ce vieux Fred Ward en amiral indifférent. Quant à Paula Patton, elle continue d’être aussi belle que médiocre comédienne. Nobody’s perfect.

À voir donc, ce « 2 GUNS » sans en attendre autre chose qu’un moment de distraction pétaradant et quasi-rétro, qui n’apporte strictement rien au genre  ni à la filmo des deux vedettes. Notons un sympathique hommage à Sam Peckinpah et à « PAT GARRETT & BILLY THE KID » dans la scène où des voyous mexicains tirent sur des poulets enterrés jusqu’au cou.

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DENZEL WASHINGTON, MARK WAHLBERG ET BILL PAXTON

 

« EQUALIZER 2 » (2018)

Il a fallu pas moins de quatre ans à Antoine Fuqua et Denzel Washington pour tourner « EQUALIZER 2 ». Et heureusement, le résultat n’est pas pour déplaire à l’amateur de films d’action efficaces et de super-héros sexagénaires.EQUALIZER2.jpg

Cette fois, l’identité secrète de ‘McCall’ c’est chauffeur de taxi, ce qui n’est pas étonnant, vu ses connections avec le « TAXI DRIVER » de Martin Scorsese dans le précédent opus. L’air de rien, il continue de jouer les justiciers bénévoles, tout en lisant Proust. La séquence d’ouverture dans un train traversant la Turquie est un grand plaisir coupable et donne le ton du film tout entier. « This time, it’s personal ! »  affirmait une célèbre « tagline ». Et en effet, la grande amie de Denzel, Melissa Leo est assassinée alors qu’elle enquêtait sur un triple meurtre à Bruxelles. Le scénario est excessivement simpliste et linéaire, il fonctionne sur des schémas et des clichés antédiluviens (qui avait le moindre doute sur ce qui allait advenir de l’ado que notre héros prend sous son aile ? Ou du vieux rescapé des camps ?), et accuse un gros coup de mou après la révélation – qu’on voit venir à des kilomètres – de l’identité du traître. Mais Fuqua a un sacré métier, les scènes d’action sont spectaculaires et le « showdown » dans la petite ville balayée par un ouragan a de la gueule. Alors cela se laisse regarder sans déplaisir ni ennui, en laissant son sens critique au vestiaire. Washington est toujours impressionnant dans l’action pure et cultive son opacité naturelle. Pedro Pascal est très bien en ex-coéquipier, tout comme Bill Pullman dans un rôle secondaire.

Ce n°2 s’inscrit parfaitement dans les travées du premier film et offre ce qu’il promettait d’offrir. Du suspense, de l’émotion (ce qu’on apprend du passé de McCall) et une maîtrise de l’action absolument bluffante. Donc, aucune raison de s’en priver si on a apprécié le premier.

 

« SÉCURITÉ RAPPROCHÉE » (2012)

Réalisé par le suédois Daniel Espinosa, « SÉCURITÉ RAPPROCHÉE » est un véhicule pour Denzel Washington qui retrouve son emploi-fétiche de surhomme à la morale ambiguë confronté à une bleusaille naïve (Ryan Reynolds) dans un maelström d’action et de violence.SAFE.jpg

Ici, Denzel est un ex-espion de la CIA qui vend des documents au plus offrant et se fait coincer en Afrique du Sud par les services secrets U.S. Cible de nombreux adversaires, il se retrouve sous la garde de Reynolds, nettement sous-qualifié mais qui va rapidement apprendre les ficelles du métier au péril de sa vie.

Le scénario, extrêmement bien ficelé, attentif aux détails, maintient l’intérêt par un mouvement incessant et surtout en mixant deux genres rarement associés : le film d’action et le ‘whodunit’. La gestion des fausses-pistes pour découvrir qui est le traître au cœur de l’Agency est excellente et se joue de l’intuition du spectateur avec beaucoup de cynisme : « Ça ne peut pas être lui, ce serait trop facile. Donc… ». Le seul reproche qu’on pourrait faire à ce bon spectacle, ce serait une certaine froideur, un déficit en âme et en émotion. Mais pour l’essentiel, Espinosa remplit à 100% son contrat.

Si Washington ne fait que répéter son vieux numéro bien au point de salaud charismatique, Reynolds assure mais manque un peu de personnalité, et on retrouve avec bonheur des vétérans comme Brendan Gleeson, Vera Farmiga, le regretté Sam Shepard et dans de brèves apparitions : Robert Patrick dans une superbe scène de torture, Rubén Blades, Liam Cunningham et le toujours parfait Joel Kinnaman.

À noter que l’épilogue n’est pas sans évoquer un classique du film de CIA : « LES TROIS JOURS DU CONDOR ». Un clin d’œil, assurément.

 

« U.S.S. ALABAMA » (1995)

USSAffichant ses références directement dans le dialogue, « U.S.S. ALABAMA » est un des plus puissants films « de sous-marin » qui se puisse voir et très certainement une des deux ou trois plus incontestables réussites de Tony Scott.

Le scénario, admirablement vissé, pose rapidement ses enjeux, dessine deux protagonistes irréconciliables et les confronte avec la WW3 en ligne de mire. Le drame se noue progressivement, les dissensions puis la haine montent entre l’officier blanchi sous le harnais (Gene Hackman) et son second plus jeune et plus « intellectuel » (Denzel Washington). Et quand il s’agit de lâcher des missiles nucléaires sur la Russie et de déclencher l’Holocauste, les deux hommes vont au clash.

Quand un film est parfait, il est parfait. Et ce n’est pas parce que Scott n’a jamais eu auprès des cinéphiles la légitimité d’un John McTiernan que son film n’en est pas moins infiniment meilleur que « À LA POURSUITE D’OCTOBRE ROUGE ». La photo est aussi belle qu’efficace (Dariusz Wolski), la BO de Hans Zimmer remplit une fois de plus son office et le montage est une véritable leçon de suspense.

Le casting est extraordinaire : Hackman magistral dans un rôle complexe, jamais traité avec manichéisme ni campé comme un banal « méchant ». Washington est égal à lui-même mais parfaitement distribué. Leurs affrontements sont d’une tension hors du commun. Et pour ce qui est des seconds rôles, c’est carrément la fête : Viggo Mortensen excellent en officier littéralement écrasé par le doute, James Gandolfini, George Dzundza, Matt Craven et même Jason Robards qui apparaît à la fin, non-mentionné au générique en amiral.

Si « U.S.S. ALBAMA » n’est pas un chef-d’œuvre, il n’est en tout cas pas passé loin de se qualifier. Le film offre deux heures d’action pure, sans céder au spectaculaire décérébré et donne même à gamberger. Ce qui en fait un oiseau rare.

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GENE HACKMAN MATT CRAVEN, DENZEL WASHINGTON ET JASON ROBARDS

À noter que certains « hommages » aux comics U.S., aux films des années 50 et à la série « STAR TREK » furent écrits par un Quentin Tarantino non crédité. On s’en serait volontiers passé, pour tout dire, tant les répliques paraissent plaquées et hors-propos.

 

« DÉJÀ VU » (2006)

DEJA2« DÉJÀ VU » est un des cinq films que Tony Scott tourna avec Denzel Washington en vedette. Sous ses allures de polar ‘high tech’ ce n’est au fond qu’un remake déguisé de « LAURA » d’Otto Preminger : l’histoire d’un flic tombant amoureux par le biais de représentations (un tableau jadis, des images satellite aujourd’hui) d’une jeune femme déjà morte.

Le postulat de départ est tellement tiré par les cheveux, triture tant le concept du paradoxe temporel, que les auteurs mettent un temps infini à faire comprendre les tenants et aboutissants de leur histoire et à vouloir expliquer à tout prix la technologie inventée pour l’occasion. Au point de faire perdre le fil de l’enquête et d’agacer le spectateur pourtant prêt à avaler n’importe quoi. Quand le film parvient, grâce à un montage ultra-rapide, à faire oublier ce scénario confus et trop bavard, « DÉJÀ VU » connaît de très bons moments. Le personnage de Washington est attachant et l’acteur semble parfaitement à l’aise, jouant de ses tics habituels sans cabotiner. À ses côtés, la très belle Paula Patton est la femme idéalisée à sauver, Val Kilmer bouffi, traverse l’action en zombie comme s’il n’était pas vraiment là, Jim Caviezel est excellent en terroriste illuminé et inquiétant.

Malgré les inutiles complications de son scénario, « DÉJÀ VU » se laisse voir avec un certain plaisir grâce à la technique imparable de Scott, à la photo archi-piquée de Paul Cameron, aux extérieurs de New Orleans et pour quelques scènes d’action magistralement orchestrées comme l’attentat à la bombe du début, époustouflant, ou cette ahurissante poursuite sur l’autoroute où notre héros se trouve un pied dans le passé, l’autre dans le présent.

« DÉJÀ VU » n’est certes pas le meilleur film du regretté Tony Scott, mais il bénéficie de son savoir-faire et de son sens inné du grand spectacle.

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DENZEL WASHINGTON, PAULA PATTON ET JIM CAVIEZEL

 

« RICOCHET » (1991)

RICOCHETLe scénariste de « 48 HEURES » et des deux premiers « DIE HARD », le réalisateur de « HIGHLANDER » et la star montante Denzel Washington. Il y avait tout dans « RICOCHET » pour concocter un thriller d’anthologie.

Mais hélas, tout le monde semble s’autopasticher : la « folie » du procureur joué par Denzel fait plus que rappeler celle de ‘Martin Riggs’ (Mel Gibson) et Russell Mulcahy a même casé un combat à l’épée en prison, tout droit sorti des aventures de ‘Connor McLeod’. Le scénario tient à peu près le coup pendant la première moitié et la vengeance du fou furieux John Lithgow – déjà coutumier de ce genre d’emploi – est même assez originale : au lieu de vouloir bêtement tuer son ennemi juré, il s’emploie ingénieusement à détruire sa réputation auprès de sa famille et des médias. Le premier problème vient du fait que le rôle de Washington est tellement mal écrit, qu’on en vient presque à prendre fait et cause pour Lithgow qui, au moins, paraît intelligent et plein de ressources. Un comble ! Lors de sa première « grande scène », notre héros affronte le méchant en se mettant en caleçon (pourquoi ?), dans la seconde il plaide au tribunal en poussant des cris d’orfraie. Si au moins c’était drôle…

La seconde moitié de « RICOCHET » se délite complètement et s’achève dans une sorte de délire pyrotechnique réalisé comme un clip MTV de l’époque, avec contrejours, fumigènes, etc. L’affrontement final entre les deux ennemis est tellement grotesque qu’il décrédibilise tout ce qu’on vient de voir. Et que dire du dealer de crack subitement métamorphosé en ange-gardien, joué par un Ice-T chevelu ?

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DENZEL WASHINGTON ET JOHN LITHGOW

Trop préfabriqué, maladroitement conçu et filmé, « RICOCHET » est un produit typique de son temps, un quasi-nanar opportuniste et recyclant de vieilles recettes. À revoir ce genre de films, on se dit que Denzel Washington revient de loin !