RSS

Archives de Catégorie: LES FILMS DE DENZEL WASHINGTON

« LES 7 MERCENAIRES » (2016)

Il paraît difficile d’être affreusement déçu par un film dont on n’attendait pas grand-chose à la base. Eh bien, Antoine Fuqua réussit l’exploit avec « LES 7 MERCENAIRES », qui n’est pas vraiment le remake du chef-d’œuvre de John Sturges, mais plutôt une variation sur le même thème.

D’ailleurs, hormis trois ou quatre répliques célèbres reprises telles quelles (« Si Dieu ne voulait pas qu’on les tonde, pourquoi en a-t-il fait des moutons ? »), on pense davantage à des films des années 80 comme « SILVERADO » ou « PALE RIDER » qu’au classique de 1960. C’est-à-dire, des post-westerns qui étaient déjà des hommages au genre.seven

Tout sonne terriblement faux dans celui-ci. Truqué, bidonné, depuis les mercenaires eux-mêmes, absurde équipe multi-ethnique, jusqu’à la bataille finale qui n’est qu’un long carnage sans queue ni tête et qui occupe un quart du métrage. L’action se déroule en 1879, et le ‘politiquement correct’ interdit toute injure raciste : pourtant le leader est joué par Denzel Washington et il a à ses ordres un Chinois, un Mexicain et un Comanche ! Et dans cette Amérique à peine sortie de la guerre de sécession, personne ne trouve rien à y redire… Tournant le dos à tout réalisme, le film joue sur les vieux clichés, les postures « macho », les répliques à l’emporte-pièce et le scénario se croit même obligé de justifier l’action du héros en lui inventant une vieille vengeance à l’encontre du « bad guy ». C’est vraiment n’importe quoi ! Mais ce n’est pas bien grave : à ce moment du récit, on a déjà décroché depuis longtemps.

Que retenir de positif de ce « reboot » ? Pas un Washington visiblement fatigué de jouer toujours le même rôle sous divers costumes et qui s’ennuie ostensiblement, Pas Ethan Hawke pénible dans un mix des personnages de Brad Dexter (l’avidité) et Robert Vaughn (la trouille) dans le film original, pas Chris Pratt qui surjoue en permanence en ersatz bouffon de McQueen. À la rigueur l’étonnant Vincent D’Onofrio physiquement méconnaissable en ex-scalpeur falstaffien, à la voix haut-perchée.

Le western de John Sturges a souvent été critiqué pour son côté mécanique et trop « clean » et aussi parce qu’il était lui-même un remake. Gageons qu’après visionnage de celui-ci, il sera définitivement réévalué à la hausse et qu’à la suite de ses pauvres sequels, de sa série télé et maintenant de son remake, on lui fichera enfin la paix !

 

« TRAINING DAY » (2001)

training2« TRAINING DAY » s’est affirmé avec le temps comme un des polars majeurs du cinéma U.S. des années 2000. Préfigurant d’un an la série « THE SHIELD » et le film « DARK BLUE », il exploite sans aucune retenue ou garde-fou le personnage du « ripou », du flic des rues sans foi ni loi.

Première idée géniale : donner le rôle de ce monstre charismatique et sociopathe à Denzel Washington qui renvoyait plutôt jusque-là l’image d’un Sidney Poitier moderne. Ici, l’auréole vole en éclats et son ‘Alonzo’ est une figure méphistophélique, vivante image de la corruption et de la décadence d’une Amérique sans repères moraux. Seconde grande idée : concentrer l’action sur une seule journée, celle de la formation d’un ‘rookie’ (Ethan Hawke) désireux d’entrer aux Stups et tombant dans la toile d’araignée tendue par l’officier chargé de le former.

Le scénario est ultra-bétonné, les coups de théâtre sont imprévisibles et les séquences d’action magnifiquement stressantes. On assiste pendant deux heures qui passent en un éclair, à la perte de l’innocence d’un idéaliste, on s’effare d’un système pourri jusqu’à la moelle. La scène où Alonzo rend visite aux « Rois Mages » trois flics haut-placés dans la hiérarchie (Harris Yulin, Raymond J. Barry et Tom Berenger, tous trois extraordinaires) dans un restaurant, laisse deviner l’étendue de la dégénérescence.

Outre un rythme jamais pris en faute, un dialogue d’une rare acuité, « TRAINING DAY » bénéficie d’un fabuleux cast de seconds rôles parmi lesquels on reconnaît Scott Glenn en « narco », la belle Eva Mendes et l’inquiétant Nick Chinlund.

training

DENZEL WASHINGTON, NICK CHINLUND, ETHAN HAWKE ET TOM BERENGER

Il faut avoir le cœur bien accroché pour profiter de ce polar littéralement faustien, qui n’oublie jamais le spectacle au premier degré et propose un face-à-face vraiment impressionnant entre Washington qui se délecte manifestement de ce rôle grandiose d’abjection impunie et Hawke, qui lui tient tête et traduit de subtile façon les changements successifs de son « bleu » pendant sa descente aux enfers.

« TRAINING DAY » fait partie de ces films déjà bons à leur sortie et qui ne font que se bonifier avec les années. À revoir, donc !

 

« THE BONE COLLECTOR » (1999)

BONE2« SE7EN » de David Fincher a créé au milieu des années 90 une mode du film de serial killer forçant sur le ‘gore’ et la noirceur. Un des meilleurs héritiers demeure « BONE COLLECTOR », réalisé par le parfois excellent Philip Noyce, sur une photo magnifique de Dean Semler et une BO marquante de Craig Armstrong.

Si le scénario respecte les règles de ce sous-genre, c’est-à-dire des meurtres particulièrement atroces, un tueur insaisissable aux motivations obscures et des enquêteurs sur les dents, il se différencie du lot par une relation tout à fait originale entre un grand criminologue tétraplégique (Denzel Washington) et une jeune fliquette novice mais à l’instinct infaillible. Elle va servir de jambes à son mentor jusqu’au dénouement un peu tiré par les cheveux, mais bien amené.

L’action se déroule la nuit, dans des stations de métro ou des abattoirs désaffectés, dans la crasse, les rats et la poussière, les murs suintent et le film flirte volontiers avec l’horreur gothique. Le scénario, bien ficelé, n’évite pas toujours les lourdeurs (la fausse-piste sur le flic obtus Michael Rooker est lourdingue et inutilement insistante) et le déroulement en est tellement vissé qu’il semble anesthésier tout effet de surprise. De plus, il ne laisse pas suffisamment d’indices au public pour dénouer le « whodunit ». Mais par la force de la réalisation et l’implication visible des comédiens, « BONE COLLECTOR » demeure malgré tout un bon thriller bien poisseux et souvent stressant.

BONE

DENZEL WASHINGTON, ANGELINA JOLIE ET MICHAEL ROOKER

Le cast est à la hauteur : Queen Latifah très bien en infirmière dure-à-cuire et l’inénarrable Luis Guzmán en « expert » sont bien servis.

Un bon polar noir donc, qui ne laisse s’installer aucun temps mort, qui immerge dans un univers visuel très soigné et qu’on regarde avec un intérêt constant. En tant que « petit frangin » de « SE7EN », une jolie réussite, donc.

 

« L’AFFAIRE PÉLICAN » (1993)

PELICANAlan J. Pakula fut un grand producteur, auteur et réalisateur des années 70. Il signa un chef-d’œuvre (« KLUTE »), deux grands films politiques (« À CAUSE D’UN ASSASSINAT », « LES HOMMES DU PRÉSIDENT »), un beau post-western (« LE SOUFFLE DE LA TEMPÊTE »), un drame puissant (« LE CHOIX DE SOPHIE ») et acheva sa carrière avec un excellent thriller (« ENNEMIS RAPPROCHÉS »). Aussi ne lui tiendra-t-on pas rigueur de cette adaptation désincarnée et soporifique adaptée de John Grisham : « L’AFFAIRE PÉLICAN ».

Julia Roberts, étudiante en droit tout en cheveux, enquête sur l’assassinat de deux juges de la Cour Suprême et découvre un complot remontant jusqu’aux plus hautes sphères de la Maison Blanche. Les attentats se multiplient autour d’elle pendant qu’elle prend le maquis avec l’aide d’un journaliste, Denzel Washington.

Il y avait tout pour faire un bon thriller « politique » bien paranoïaque comme on les aime. Mais le scénario, s’il démarre plutôt bien, s’embourbe rapidement dans les scènes explicatives, culminant dans la révélation du pot-aux-roses en voix « off » par Julia Roberts, sur les images VHS d’un reportage sur les pélicans (sic !). C’est infiniment long et maladroit et on n’a pas intérêt à louper une ligne de dialogue sous peine d’être complètement largué !

Les deux vedettes ne dégageant aucune chaleur, aucune sympathie, on se désintéresse vite de leur sort, d’autant plus que leur « couple » ne prend jamais vie et qu’ils ont l’air de s’ennuyer ferme. Elle minaude beaucoup, lui a visiblement la tête ailleurs. Autour d’eux, de bons seconds rôles comme Stanley Tucci en ‘hitman’ arabe (sic !) Fregoli, Robert Culp excellent en président des U.S.A. pas très finaud, Tony Goldwyn, John Lithgow ou Sam Shepard qui disparaît hélas, trop tôt.

PLC

CYNTHIA NIXON, JULIA ROBERTS, DENZEL WASHINGTON, JOHN LITHGOW, ROBERT CULP ET TONY GOLDWYN

Pakula compense la faiblesse de son scénario par de beaux mouvements de caméra, de très jolis plans aériens de New Orleans et Washington, mais rien n’y fait : « L’AFFAIRE PÉLICAN » est et demeure un pensum de moins en moins passionnant à mesure qu’il avance. Et Dieu sait qu’il avance lentement !

 

« AMERICAN GANGSTER » (2007)

RUSSELL CROWE ET DENZEL WASHINGTON

RUSSELL CROWE ET DENZEL WASHINGTON

Si « AMERICAN GANGSTER » avait été produit pendant les événements qu’il décrit – grosso-modo de 1968 à 1975 – il aurait probablement été réalisé par Sidney Lumet, celui de « SERPICO » et du « PRINCE DE NEW YORK ». On dirait d’ailleurs que Ridley Scott s’est inspiré du style sec et sans fioriture de celui-ci, à l’opposé du sien, pour s’approprier ce sujet.AMERICAN G3

Le scénario, tiré de faits réels, suit en parallèle l’ascension d’un malfrat noir de Brooklyn (Denzel Washington) qui profite de la guerre au Vietnam pour faire entrer des tonnes d’héroïne aux U.S.A. et d’un flic incorruptible (Russell Crowe) qui se rapproche lentement de lui au fil d’une longue enquête de terrain. Les deux hommes ne se rencontreront qu’à la fin du film, pour un face-à-face inattendu voire très surprenant.

La version longue de presque trois heures est copieuse, ultra-documentée, un peu handicapée par une photo délibérément réaliste à mille lieux des habituelles recherches esthétiques du réalisateur. Celui-ci décrit deux personnages aux antipodes l’un de l’autre, mais également froids et impavides. Jouant sur une même tonalité, les deux vedettes s’annulent parfois et ne parviennent pas à réellement donner vie à leurs rôles. Rois de l’underplay, ils offrent un affrontement feutré, en demi-teintes, à l’image du film lui-même, à peu près dépourvu de morceaux de bravoure, mais suivant sa ligne avec un sérieux qui impose le respect. Mais à ce jeu-là, il est certain qu’on jubile beaucoup moins que devant « SCARFACE » ou « HEAT ».

Côté seconds rôles, c’est un véritable régal : Josh Brolin incroyable en ripou flamboyant, Ruby Dee géniale en mère effarée du caïd, Carla Gugino très bien en épouse déçue du flic et dans de toute petites apparitions Norman Reedus (« WALKING DEAD ») en flic et Idris Elba (« LUTHER ») en ‘pimp’ trop sûr de lui.

RUSSELL CROWE, IDRIS ELBA ET DENZEL WASHINGTON

RUSSELL CROWE, IDRIS ELBA ET DENZEL WASHINGTON

Il manque clairement un petit quelque chose à « AMERICAN GANGSTER » pour s’inscrire dans le panthéon des grands polars contemporains, voire dans les grandes réussites de Ridley Scott, mais il demeure un bon film solide et rigoureux, qu’on aurait peut-être aimé un brin plus ludique.

 

« THE EQUALIZER » (2014)

EQUALIZER2Inspiré d’une série TV de 1985, « THE EQUALIZER » est pour le sexagénaire Denzel Washington le début d’une ‘franchise’ de films d’action qui devrait l’occuper quelques années, comme l’a fait « TAKEN » pour Liam Neeson.

Entre les mains expertes d’Antoine Fuqua, qui avait offert à l’acteur un de ses meilleurs rôles dans « TRAINING DAY », ce film d’action s’avère être une excellente surprise. Les auteurs brassent la vieille mythologie du ‘vigilante’ : McCall, l’ex-tueur de la CIA devenu un anonyme manutentionnaire, doit autant au héros de « DEATH WISH » (il est souvent filmé en extrême gros-plan de profil, comme Bronson) qu’à Batman (c’est clairement un super-héros en civil, sans masque ni cape) voire à « TAXI DRIVER » (sa solitude, ses insomnies ou sa relation avec la jeune prostituée Chloë Grace Moretz). Affrontant seul la mafia russe, endossant le rôle d’un bon samaritain bénévole et implacable, Washington crée un personnage attachant et relativement complexe. Il a face à lui un formidable opposant en la personne de Marton Csokas, porte-flingue sociopathe venu de Moscou, aussi intelligent et perspicace que lui. Pour une fois, le méchant n’est pas qu’un sadique plus ou moins stupide et caricatural, mais un adversaire de choix.

On pense parfois à « MAN ON FIRE ». La mise-en-scène fluide mais « à effets » de Fuqua rappelle celle de Tony Scott et Washington joue une sorte de prolongement du personnage qu’il avait interprété dix ans plus tôt. C’est tout aussi réussi et distrayant, avec même des pointes d’émotion çà et là. Parmi les seconds rôles, on retrouve avec toujours le même plaisir l’impeccable Melissa Leo dans une séquence-clé.

MARTON CSOKAS, MELISSA LEO ET DENZEL WASHINGTON

MARTON CSOKAS, MELISSA LEO ET DENZEL WASHINGTON

Bien sûr, le scénario est extrêmement mécanique (la façon très hollywoodienne dont est rentabilisé le décor du magasin de bricolage où travaille McCall, à la fin), huilé et re-huilé jusqu’à devenir un brin ronronnant par instants. Mais ne boudons pas notre plaisir : « THE EQUALIZER » est un très bon ‘blockbuster’ made-in-U.S.A. dont les deux heures et quelques passent en un éclair et dont on attend la suite avec délectation.

 

« L’HOMME DE L’INTÉRIEUR » (2006)

CLIVE OWEN

CLIVE OWEN

« L’HOMME DE L’INTÉRIEUR » est un bon gros thriller de braquage – un ‘caper movie’ comme on dit là-bas – ingénieux et efficace, dont la seule vraie surprise provient du nom de Spike Lee en tant que réalisateur.

INSIDECopieux, froid, carré, le film aurait pu être signé par n’importe quel « faiseur » hollywoodien et il faut vraiment chercher du côté de quelques échanges à teneur raciale et dans les relations entre le héros et sa femme, pour déceler la patte du brave Spike. Mais il s’acquitte sans démériter de ce job solide, tendu, rappelant inévitablement « UN APRÈS-MIDI DE CHIEN » (auquel le dialogue fait d’ailleurs directement allusion), l’âme en moins. Car – et c’est le défaut principal du film – on a du mal à s’impliquer à fond, à se passionner pour des personnages archétypiques dont on ne saura rien au-delà des apparences. Ainsi le flic Denzel Washington est-il essentiellement caractérisé par sa tenue vestimentaire : chapeau de paille, costumes blancs et un soupçon de corruption auquel on ne croit pas une seconde. Pour le reste, il joue de façon routinière avec une aisance de vieux pro légèrement blasé. Face à lui, Clive Owen est plus intéressant en braqueur-redresseur de torts charismatique, malgré le fait qu’il ait le visage masqué pendant la moitié du film. Jodie Foster a un rôle assez bref d’entremetteuse dure-à-cuire et Christopher Plummer, plus classe que jamais, semble tout de même un peu jeune pour avoir magouillé avec les nazis pendant la WW2.

Malgré sa durée de deux heures pas vraiment justifiée, son scénario tellement huilé qu’il en devient mécanique, « L’HOMME DE L’INTÉRIEUR » accroche par ses trouvailles « criminelles » (les braqueurs obligent leurs otages à s’habiller comme eux, visage masqué, rendant l’identification impossible lors du dénouement) et par un ‘twist’ final extrêmement réjouissant, qui fait oublier les longueurs et la froideur qui ont précédé.

DENZEL WASHINGTON, JODIE FOSTER ET CHRISTOPHER PLUMMER

DENZEL WASHINGTON, JODIE FOSTER ET CHRISTOPHER PLUMMER