RSS

Archives de Catégorie: LES FILMS DE ROMY SCHNEIDER

« MAX ET LES FERRAILLEURS » (1971)

MAX2

MICHEL PICCOLI

Adapté d’un roman de Claude Néron par Claude Sautet et Jean-Loup Dabadie, « MAX ET LES FERRAILLEURS » mixe deux inspirations de l’œuvre de Sautet : le polar noir et l’étude de caractères et de milieu.MAX.jpg

Le scénario suit les méandres d’une manipulation infernale, ourdie par un policier (Michel Piccoli) obsédé par le « flag » et prêt à littéralement inventer un hold-up pour en arrêter les coupables. Pour cela, il manipule un ex-copain de régiment (Bernard Fresson) par le biais de son amie prostituée (Romy Schneider) et bien sûr, cela finira dans le sang.

Ce qui fascine avant tout dans ce film étrange et étouffant, c’est le portrait de ce flic au physique de croque-mort, obnubilé par sa mission, jusqu’à en devenir pervers, malsain et odieux. À côté de lui, la petite bande de voleurs amateurs a l’air sympathique et chaleureuse. C’est toute l’ambiguïté de ce film complexe qui démonte les mécanismes d’une enquête criminelle, jusqu’à en révéler l’absurdité. C’est un des meilleurs rôles de Piccoli, vraiment habité, qui ne deviendra humain qu’à la toute fin, quand subitement libéré de son obsession, il laissera parler ses sentiments. Mais bien trop tard et de bien excessive manière. Autour de lui, Romy est rayonnante et étonnamment crédible en « tapineuse », Fresson est superbe en voleur minable mais charismatique, si facile à manœuvrer, François Périer est comme toujours remarquable en flic de banlieue patelin et roué. Parmi les petits rôles, des visages connus comme Bobby Lapointe en brute épaisse ou Philippe Léotard en inspecteur discret.

« MAX ET LES FERRAILLEURS » n’est pas tout à fait un polar, mais il en adopte la mécanique et les rouages. Qu’est-ce, au fond ? Une des histoires d’amour les plus tortueuses et improbables qu’il soit donné de voir ? Ou une charge sur ce que le job de flic peut emmener des hommes à faire, sans souci des dommages collatéraux ? Passionnant, en tout cas !

MAX3

ROMY SCHNEIDER, MICHEL PICCOLI ET BERNARD FRESSON

Publicités
 
Image

AUJOURD’HUI, ELLE AURAIT EU 80 ANS…

ROMY 80

 

« LE VIEUX FUSIL » (1975)

VIEUXIl n’est pas toujours évident de définir ce qui rend un film « parfait », indémodable et incritiquable, d’autant plus qu’on ne tombe pas dessus aussi fréquemment qu’on le souhaiterait. L’alchimie se produit parfois de façon inattendue. Ainsi, « LE VIEUX FUSIL », aujourd’hui considéré de façon unanime comme un indiscutable classique du cinéma français, aurait pu n’être qu’un film de guerre mâtiné de « vigilante movie » et ne pas perdurer.

Mais Robert Enrico a eu l’idée géniale de proposer le rôle de l’épouse assassinée d’un chirurgien provincial à Romy Schneider.  L’ossature de l’histoire est la vengeance implacable et quasi-westernienne de Philippe Noiret suite au massacre de sa famille par les nazis. Mais le cœur du film est l’improbable love story entre ce bourgeois replet et cette femme libérée et « trop belle pour lui ». Le mélange entre le présent situé à Montauban pendant la débâcle allemande et les flash-backs non-chronologiques, se fait avec une harmonie sans faille. Et l’émotion est décuplée quand on assiste au coup de foudre de Noiret avant la guerre, alors qu’on sait déjà comment finit cette union, dans les larmes et le souffle brûlant du lance-flammes.

Tout fonctionne dans « LE VIEUX FUSIL ». Du scénario, simple et sans fausse pudeur devant les sentiments les plus basiques, jusqu’à la musique de François de Roubaix qui est pour beaucoup dans l’incroyable portée émotionnelle qui se dégage de ces images. Alors qu’elle n’apparaît que dans des scènes assez brèves et finalement plutôt rares, Romy Schneider trouve un de ses rôles les plus emblématiques. Elle est resplendissante, à fleur de peau et bien sûr, terriblement tragique. Noiret offre également une de ses meilleures prestations, porté par la profondeur du drame. On lui pardonne quelques tics de jeu récurrents, tant il surprend au cours de l’action. Autour du duo, on est heureux de retrouver l’irremplaçable Jean Bouise dans son emploi de « meilleur ami » et on reconnaît Antoine Saint-John (« IL ÉTAIT UNE FOIS LA RÉVOLUTION ») en soldat allemand. « LE VIEUX FUSIL » n’a pas pris une ride et provoque la même émotion qu’à sa sortie il y a quatre décennies.

VIEUX2

ROMY SCHNEIDER ET PHILIPPE NOIRET

 

« LA VOLEUSE » (1966)

VOLEUSE2Romy Schneider et Michel Piccoli ont tourné six films ensemble, parmi lesquels trois Claude Sautet anthologiques. « LA VOLEUSE » de Jean Chapot marque leur première rencontre. C’est d’ailleurs le principal attrait de cette coproduction allemande tournée à Berlin dans un noir & blanc triste à pleurer.

Six ans après avoir abandonné son bébé à une famille d’ouvriers, Romy se réveille brusquement et exige de le récupérer. Le père adoptif, Hans-Christian Blech menace de se suicider si elle ne rend pas le garçon et Piccoli, le mari dépassé de Romy se retourne peu à peu contre elle. Les dilemmes sont bien posés, obligent à s’interroger sur soi-même (que ferions-nous à leur place ?), la mise-en-scène et surtout le montage heurté renvoient plus ou moins à la Nouvelle Vague, mais le film ne parvient pas à émouvoir. La faute à un dialogue ampoulé et irritant signé… Marguerite Duras qui ne fait que mettre des mots sur des sentiments qu’on aurait préféré deviner ou ressentir. Mais aussi à cause de la personnalité des protagonistes, individus froids, égoïstes ou tout simplement odieux (le mari qui enferme sa femme pour la violer régulièrement et lui faire un nouvel enfant !). Seul Blech apporte une véritable humanité à son rôle, sans aucun pathos, pourtant. Ceci dit, Romy Schneider est parfaite de bout en bout, fébrile, obsessionnelle, jusqu’au-boutiste. Guère sympathique, c’est certain, mais crédible. Piccoli – qui joue un Allemand – fait ce qu’il peut d’un personnage difficile et s’allume clope sur clope comme dans un film de Sautet.

On peut voir « LA VOLEUSE » pour son sujet intéressant mais pas très bien exploité, pour ce premier face-à-face d’un couple mythique du cinéma français et pour le dernier tiers qui parvient, presque malgré lui, à générer un suspense psychologique assez intense, jusqu’au dénouement brutal et si vite expédié, qu’on le voit à peine passer.

VOLEUSE

ROMY SCHNEIDER, MICHEL PICCOLI ET HANS-CHRISTIAN BLECH

 

« LA MORT EN DIRECT » (1980)

DIRECTAdapté d’un roman par David Rayfiel scénariste habituel de Sydney Pollack et tourné en anglais en Écosse par Bertrand Tavernier, « LA MORT EN DIRECT » est un curieux film d’anticipation à l’ambiance mortifère, dont le thème annonce bien des décennies en avance la télé-réalité et ses inévitables dérives.

Alors qu’elle est mourante, Romy Schneider est filmée à son insu 24 heures sur 24 par un reporter (Harvey Keitel) à qui on a greffé une caméra à la place de l’œil. Jusqu’où iront le cynisme et le voyeurisme du producteur (Harry Dean Stanton) ? Et le double-jeu de plus en plus intenable de Keitel ?

Un sujet fort, bien mis en place, mais un traitement qui peut laisser perplexe, voire décourager alors même qu’on est passionné par l’issue de l’aventure. L’image est volontairement désaturée, triste, les paysages sont glacés et inhospitaliers, le rythme est d’une lenteur éprouvante, surtout quand arrive le dénouement. On est donc partagé entre l’admiration pour un scénario quasiment visionnaire sur l’avenir des médias et une réelle difficulté à s’émouvoir du destin d’une Romy Schneider comme désincarnée, pas toujours bien mise en valeur. Keitel est égal à lui-même dans un rôle peu sympathique. N’apparaissant que très tard en ex-époux vivant en ermite dans une maison isolée, Max Von Sydow domine le film et semble traîner dans son sillage l’ombre d’Ingmar Bergman.

« LA MORT EN DIRECT » est donc un film indéniablement original et d’une intelligence aiguë, parfois plombé par un dialogue trop abondant et explicatif qui en atténue la portée et étouffe toute émotion spontanée. À voir tout de même pour les talents réunis, pour un ‘twist’ final pas spécialement bien amené, mais inattendu et d’une noirceur sans égal.

DIRECT2

ROMY SCHNEIDER, HARVEY KEITEL ET MAX VON SYDOW

 

« LE TRAIN » (1973)

Adapté d’un roman de Georges Simenon, « LE TRAIN » est un des meilleurs films de Pierre Granier-Deferre et il offre un de ses plus beaux rôles à une Romy Schneider au sommet de sa carrière et de son charisme.TRAIN copie

Situé pendant l’exode de 1940, le film suit deux personnages qui n’auraient jamais dû se croiser : Jean-Louis Trintignant, électricien d’un petit village et père de famille tranquille et Romy, grande bourgeoise juive allemande à la dérive. Ils se retrouvent dans un train de réfugiés en route vers nulle part et tombent follement amoureux en deux jours. Avec un souci du détail extraordinaire dans la reconstitution historique, un dialogue délibérément réduit à sa plus simple expression, « LE TRAIN » plonge littéralement dans le passé, s’aidant d’images d’archives en noir & blanc qui s’intègrent parfaitement au montage en enrichissent l’ambiance d’authenticité.

Au milieu d’individus médiocres, vulgaires, l’homme et la femme constamment en sursis, la mort au-dessus de leurs têtes, vont connaître une relation hors de l’espace et du temps. Lui, petit bonhomme timoré, grandi par les « circonstances », elle paumée déracinée, qui se raccroche désespérément à lui comme une naufragée à une bouée. C’est très fort, très beau, toujours crédible et – alors que survient l’épilogue – d’une puissance émotionnelle sans égale. Romy Schneider a rarement été aussi sobre, retenue, profonde. Trintignant rend toutes les nuances de son personnage, jusqu’aux moins glorieuses. Mais l’arrêt sur image final prend à la gorge et sublime le film tout entier.

Ajoutons des seconds rôles parfaitement dessinés (Maurice Biraud en déserteur, Serge Marquand en brute épaisse, Régine en bonne fille à la cuisse leste, sans oublier Paul Le Person génial d’ignominie dans la dernière scène), une émouvante BO de Philippe Sarde, et « LE TRAIN » fait partie de ces grandes et belles réussites du cinéma français tel qu’il fut et qu’il n’est, hélas, plus du tout.

TRAIN2 copie

JEAN-LOUIS TRINTIGNANT ET ROMY SCHNEIDER

 

« UNE FEMME À SA FENÊTRE » (1976)

FENÊTRE2Adapté par Jorge Semprun d’un roman de Drieu La Rochelle, situé en Grèce pendant la WW2, « UNE FEMME À SA FENÊTRE » a tout d’un film de Costa-Gavras, mais c’est Pierre Granier-Deferre qui le réalise. Et dès le départ, on sent que quelque chose cloche et va clocher jusqu’au bout. Le scénario est bâti « à l’envers » sans qu’on n’en ressente jamais la nécessité. C’est plus confus qu’autre chose. Le mélange d’histoire d’amour romanesque et de pensum politique ne se fait jamais harmonieusement et plombe le film tout entier. Mais le plus grave est encore la faute de casting majeure, qui offre à Victor Lanoux – si parfait en « beauf » ou en individu trouble dans « DUPONT LAJOIE » et autres – un personnage de fugitif communiste et… bel amant romantique de Romy Schneider ! Autrement dit, un personnage qui semblait plutôt taillé pour un Alain Delon.

Romy et Philippe Noiret, ça fonctionne (« LE VIEUX FUSIL »), Romy et Umberto Orsini ont déjà joué des ‘ex’ dans « CÉSAR ET ROSALIE », c’est crédible. Mais Romy littéralement folle d’amour, liquéfiée de passion, prête à mourir pour le ‘Bouly’ de « UN ÉLÉPHANT, ÇA TROMPE ÉNORMÉMENT », c’est juste impossible. Leur absence d’alchimie à l’écran est presque douloureuse à contempler. C’est le concept même du film qui s’écroule. L’actrice pourtant dans la plus belle période de sa carrière, semble absente et laisse jouer ses chapeaux à sa place : on dirait qu’elle en change à chaque nouvelle séquence ! Noiret se traîne dans un rôle d’amoureux éconduit qui peine à s’imposer comme central. Parmi les seconds rôles, Gastone Moschin est très bien en flic (grec !) sadique mais intelligent et Jean Martin apparaît non-mentionné au générique dans le rôle de Drieu La Rochelle en personne, filmé de façon à ce qu’on ne voie jamais son visage. Pourquoi ? Pas idée…

FENEÊTRE

ROMY SCHNEIDER ET VICTOR LANOUX

Malgré son affiche attractive, ses beaux paysages et son pédigrée, « UNE FEMME À SA FENÊTRE » n’est donc pas très recommandable et tend à démontrer qu’une seule faute de goût, un seul vice-de-forme peut faire s’enrayer une belle machine comme celle-là. À méditer…