RSS

Archives de Catégorie: LES FILMS DE ROMY SCHNEIDER

« LE PROCÈS » (1962)

PROCÈS2

ANTHONY PERKINS, ROMY SCHNEIDER ET AKIM TAMIROFF

Adapté du roman de Franz Kafka par Orson Welles, filmé en Croatie, à Rome et à la gare d’Orsay à Paris, « LE PROCÈS » est une production française tournée en anglais.PROCÈS.jpg

Anthony Perkins est un quidam accusé d’on ne sait trop quoi, qui s’enfonce dans les méandres bourbeux d’un système judiciaire tentaculaire et absurde auquel il ne comprend rien. Avec son beau noir & blanc d’Edmond Richard, ses décors industriels angoissants, sa BO stressante, le film avait tous les atouts pour s’inscrire parmi les chefs-d’œuvre de Welles. S’il démarre très bien et parvient à immerger instantanément dans son univers suffocant et irrationnel, « LE PROCÈS » s’avère d’une monotonie et d’une lenteur soporifiques. Étrange sensation que d’admirer une œuvre tout en ayant du mal à garder les yeux ouverts ! On passe le temps à ressentir l’atmosphère, à suivre Perkins, au jeu plein de nuances, et surtout à reconnaître des visages familiers comme Welles lui-même en avocat tout-puissant, malade imaginaire, Jeanne Moreau en danseuse maussade qui n’apparaît que dans la première partie, Akim Tamiroff en client obséquieux, ou Suzanne Flon, Michel Lonsdale, Jess Hahn et les beaux visages d’Elsa Martinelli et d’une jeune Romy Schneider en assistante/infirmière très peu farouche. Elle est d’ailleurs la seule à vraiment tirer son épingle du jeu.

À voir donc « LE PROCÈS » dans la perspective de la filmographie erratique d’Orson Welles et parce que les adaptations de Kafka au cinéma ne sont pas légion. Mais inutile de se mentir : malgré tout le respect dû au « Citizen Kane », malgré l’ambition du projet, il faut se préparer à s’ennuyer. À BEAUCOUP s’ennuyer !

PROCÈS3

ANTHONY PERKINS, ROMY SCHNEIDER ET AKIM TAMIROFF

 

« MADO » (1976)

MADO2

MICHEL PICCOLI ET OTTAVIA PICCOLO

Situé dans l’œuvre de Claude Sautet entre deux de ses meilleurs films : « VINCENT, FRANÇOIS, PAUL… ET LES AUTRES » et « UNE HISTOIRE SIMPLE », « MADO » n’est pas un film aussi facile à aimer. Il n’a rien d’un ratage, mais sa vision du monde, des relations humaines et de l’avenir est sombre, âpre et sans espoir et le dialogue ne possède pas la grâce de ceux signés Dabadie.MADO.jpg

Le scénario suit quelques jours de la vie de Michel Piccoli, business man qui s’est enrichi dans l’immobilier et qui, à cause d’un associé, voit se profiler la ruine. Il va devoir employer les méthodes de ceux qu’il méprise le plus pour s’en sortir, y laissant quelques-unes de ses dernières illusions en route. Dès le début, il est clair que les magouilles, les trafics, les explications concernant les montages financiers frauduleux prennent infiniment trop de place au détriment de celle qui donne son titre au film, à savoir Ottavia Piccolo. Jouant une jeune chômeuse obligée de se prostituer pour survivre, elle incarne une jeunesse à la dérive, qui n’a que faire de la morale et qui n’a pour exemple que des quinquagénaires corrompus, obsédés par l’argent. Mais Sautet ne fait que survoler la relation de ses deux protagonistes et développe des seconds rôles caricaturaux comme Julien Guiomar, sorte de gangster de série B à peine crédible ou le vieux papa de Piccoli (Jean-Paul Moulinot) personnage périphérique un peu trop envahissant. Mais l’auteur a du talent à revendre et plusieurs séquences sont magnifiques, dignes de ses plus belles heures. Et il a réuni un casting éblouissant, allant de Jacques Dutronc à Claude Dauphin, en passant par Nathalie Baye, Bernard Fresson (l’espace de quelques secondes), Michel Aumont, le toujours génial Charles Denner en escroc sympathique, Jean Bouise dans un rôle à peine esquissé. Sans oublier Romy Schneider qui apparaît dans trois petites scènes en ex de Piccoli ravagée par l’alcool. Et qui s’appelle « Hélène » comme dans « LES CHOSES DE LA VIE » !

Les bistrots, les gueulantes de Piccoli, les gitanes sans filtres, les compromis de l’âge mûr, la BO de Philippe Sarde, aucun doute on est bien dans un Sautet. Peut-être pas le plus abouti, mais à voir absolument.

MADO3

OTTAVIA PICCOLO, ROMY SCHNEIDER, MICHEL PICCOLI ET CHARLES DENNER

 

« MAX ET LES FERRAILLEURS » (1971)

MAX2

MICHEL PICCOLI

Adapté d’un roman de Claude Néron par Claude Sautet et Jean-Loup Dabadie, « MAX ET LES FERRAILLEURS » mixe deux inspirations de l’œuvre de Sautet : le polar noir et l’étude de caractères et de milieu.MAX.jpg

Le scénario suit les méandres d’une manipulation infernale, ourdie par un policier (Michel Piccoli) obsédé par le « flag » et prêt à littéralement inventer un hold-up pour en arrêter les coupables. Pour cela, il manipule un ex-copain de régiment (Bernard Fresson) par le biais de son amie prostituée (Romy Schneider) et bien sûr, cela finira dans le sang.

Ce qui fascine avant tout dans ce film étrange et étouffant, c’est le portrait de ce flic au physique de croque-mort, obnubilé par sa mission, jusqu’à en devenir pervers, malsain et odieux. À côté de lui, la petite bande de voleurs amateurs a l’air sympathique et chaleureuse. C’est toute l’ambiguïté de ce film complexe qui démonte les mécanismes d’une enquête criminelle, jusqu’à en révéler l’absurdité. C’est un des meilleurs rôles de Piccoli, vraiment habité, qui ne deviendra humain qu’à la toute fin, quand subitement libéré de son obsession, il laissera parler ses sentiments. Mais bien trop tard et de bien excessive manière. Autour de lui, Romy est rayonnante et étonnamment crédible en « tapineuse », Fresson est superbe en voleur minable mais charismatique, si facile à manœuvrer, François Périer est comme toujours remarquable en flic de banlieue patelin et roué. Parmi les petits rôles, des visages connus comme Bobby Lapointe en brute épaisse ou Philippe Léotard en inspecteur discret.

« MAX ET LES FERRAILLEURS » n’est pas tout à fait un polar, mais il en adopte la mécanique et les rouages. Qu’est-ce, au fond ? Une des histoires d’amour les plus tortueuses et improbables qu’il soit donné de voir ? Ou une charge sur ce que le job de flic peut emmener des hommes à faire, sans souci des dommages collatéraux ? Passionnant, en tout cas !

MAX3

ROMY SCHNEIDER, MICHEL PICCOLI ET BERNARD FRESSON

 
Image

AUJOURD’HUI, ELLE AURAIT EU 80 ANS…

ROMY 80

 

« LE VIEUX FUSIL » (1975)

VIEUXIl n’est pas toujours évident de définir ce qui rend un film « parfait », indémodable et incritiquable, d’autant plus qu’on ne tombe pas dessus aussi fréquemment qu’on le souhaiterait. L’alchimie se produit parfois de façon inattendue. Ainsi, « LE VIEUX FUSIL », aujourd’hui considéré de façon unanime comme un indiscutable classique du cinéma français, aurait pu n’être qu’un film de guerre mâtiné de « vigilante movie » et ne pas perdurer.

Mais Robert Enrico a eu l’idée géniale de proposer le rôle de l’épouse assassinée d’un chirurgien provincial à Romy Schneider.  L’ossature de l’histoire est la vengeance implacable et quasi-westernienne de Philippe Noiret suite au massacre de sa famille par les nazis. Mais le cœur du film est l’improbable love story entre ce bourgeois replet et cette femme libérée et « trop belle pour lui ». Le mélange entre le présent situé à Montauban pendant la débâcle allemande et les flash-backs non-chronologiques, se fait avec une harmonie sans faille. Et l’émotion est décuplée quand on assiste au coup de foudre de Noiret avant la guerre, alors qu’on sait déjà comment finit cette union, dans les larmes et le souffle brûlant du lance-flammes.

Tout fonctionne dans « LE VIEUX FUSIL ». Du scénario, simple et sans fausse pudeur devant les sentiments les plus basiques, jusqu’à la musique de François de Roubaix qui est pour beaucoup dans l’incroyable portée émotionnelle qui se dégage de ces images. Alors qu’elle n’apparaît que dans des scènes assez brèves et finalement plutôt rares, Romy Schneider trouve un de ses rôles les plus emblématiques. Elle est resplendissante, à fleur de peau et bien sûr, terriblement tragique. Noiret offre également une de ses meilleures prestations, porté par la profondeur du drame. On lui pardonne quelques tics de jeu récurrents, tant il surprend au cours de l’action. Autour du duo, on est heureux de retrouver l’irremplaçable Jean Bouise dans son emploi de « meilleur ami » et on reconnaît Antoine Saint-John (« IL ÉTAIT UNE FOIS LA RÉVOLUTION ») en soldat allemand. « LE VIEUX FUSIL » n’a pas pris une ride et provoque la même émotion qu’à sa sortie il y a quatre décennies.

VIEUX2

ROMY SCHNEIDER ET PHILIPPE NOIRET

 

« LA VOLEUSE » (1966)

VOLEUSE2Romy Schneider et Michel Piccoli ont tourné six films ensemble, parmi lesquels trois Claude Sautet anthologiques. « LA VOLEUSE » de Jean Chapot marque leur première rencontre. C’est d’ailleurs le principal attrait de cette coproduction allemande tournée à Berlin dans un noir & blanc triste à pleurer.

Six ans après avoir abandonné son bébé à une famille d’ouvriers, Romy se réveille brusquement et exige de le récupérer. Le père adoptif, Hans-Christian Blech menace de se suicider si elle ne rend pas le garçon et Piccoli, le mari dépassé de Romy se retourne peu à peu contre elle. Les dilemmes sont bien posés, obligent à s’interroger sur soi-même (que ferions-nous à leur place ?), la mise-en-scène et surtout le montage heurté renvoient plus ou moins à la Nouvelle Vague, mais le film ne parvient pas à émouvoir. La faute à un dialogue ampoulé et irritant signé… Marguerite Duras qui ne fait que mettre des mots sur des sentiments qu’on aurait préféré deviner ou ressentir. Mais aussi à cause de la personnalité des protagonistes, individus froids, égoïstes ou tout simplement odieux (le mari qui enferme sa femme pour la violer régulièrement et lui faire un nouvel enfant !). Seul Blech apporte une véritable humanité à son rôle, sans aucun pathos, pourtant. Ceci dit, Romy Schneider est parfaite de bout en bout, fébrile, obsessionnelle, jusqu’au-boutiste. Guère sympathique, c’est certain, mais crédible. Piccoli – qui joue un Allemand – fait ce qu’il peut d’un personnage difficile et s’allume clope sur clope comme dans un film de Sautet.

On peut voir « LA VOLEUSE » pour son sujet intéressant mais pas très bien exploité, pour ce premier face-à-face d’un couple mythique du cinéma français et pour le dernier tiers qui parvient, presque malgré lui, à générer un suspense psychologique assez intense, jusqu’au dénouement brutal et si vite expédié, qu’on le voit à peine passer.

VOLEUSE

ROMY SCHNEIDER, MICHEL PICCOLI ET HANS-CHRISTIAN BLECH

 

« LA MORT EN DIRECT » (1980)

DIRECTAdapté d’un roman par David Rayfiel scénariste habituel de Sydney Pollack et tourné en anglais en Écosse par Bertrand Tavernier, « LA MORT EN DIRECT » est un curieux film d’anticipation à l’ambiance mortifère, dont le thème annonce bien des décennies en avance la télé-réalité et ses inévitables dérives.

Alors qu’elle est mourante, Romy Schneider est filmée à son insu 24 heures sur 24 par un reporter (Harvey Keitel) à qui on a greffé une caméra à la place de l’œil. Jusqu’où iront le cynisme et le voyeurisme du producteur (Harry Dean Stanton) ? Et le double-jeu de plus en plus intenable de Keitel ?

Un sujet fort, bien mis en place, mais un traitement qui peut laisser perplexe, voire décourager alors même qu’on est passionné par l’issue de l’aventure. L’image est volontairement désaturée, triste, les paysages sont glacés et inhospitaliers, le rythme est d’une lenteur éprouvante, surtout quand arrive le dénouement. On est donc partagé entre l’admiration pour un scénario quasiment visionnaire sur l’avenir des médias et une réelle difficulté à s’émouvoir du destin d’une Romy Schneider comme désincarnée, pas toujours bien mise en valeur. Keitel est égal à lui-même dans un rôle peu sympathique. N’apparaissant que très tard en ex-époux vivant en ermite dans une maison isolée, Max Von Sydow domine le film et semble traîner dans son sillage l’ombre d’Ingmar Bergman.

« LA MORT EN DIRECT » est donc un film indéniablement original et d’une intelligence aiguë, parfois plombé par un dialogue trop abondant et explicatif qui en atténue la portée et étouffe toute émotion spontanée. À voir tout de même pour les talents réunis, pour un ‘twist’ final pas spécialement bien amené, mais inattendu et d’une noirceur sans égal.

DIRECT2

ROMY SCHNEIDER, HARVEY KEITEL ET MAX VON SYDOW