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Archives de Catégorie: LES FILMS D’HELEN MIRREN

« THE PLEDGE » (2001)

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JACK NICHOLSON

Adapté d’un polar suisse, « THE PLEDGE » est, de loin, le meilleur film réalisé par Sean Penn, une œuvre complexe, tourmentée, obsédante qui s’enfonce progressivement dans le cauchemar, s’émancipant des passages obligés d’un genre qu’il est censé illustrer.pledge2

Sur la piste d’un serial killer tueur de fillettes, le vieux flic Jack Nicholson promet à la mère de la dernière victime (Patricia Clarkson, superbe) de retrouver l’assassin. Il jure même sur le salut de son âme. Est-ce à cause de cela qu’il fait mine d’ignorer son départ à la retraite et poursuit l’enquête ? Qu’il achète une station-service pour surveiller les va-et-vient des suspects potentiels ? Qu’il y accueille une jeune femme (Robin Wright) et aussi et surtout sa fille pour qu’elle serve d’appât ? Qu’il commence à entendre des voix dans sa tête ?

Le paradoxe de ce suspense psychologique suffocant, c’est que Nicholson a beau avoir raison à 100% depuis le début et suivre la bonne méthode (celle du pêcheur à la ligne qu’il est), il n’en est pas moins en train de devenir complètement fou. Et même presque aussi monstrueux que celui qu’il traque, puisqu’il joue plus ou moins consciemment avec les sentiments, voire la vie, de deux innocentes qu’il manipule. La conclusion sera terrible, désespérée, d’une sombre ironie, d’une noirceur sans échappatoire. Autour d’un Nicholson omniprésent, d’une rigueur sans la moindre faille, d’une intensité extraordinaire, Penn a réuni de bons acteurs comme Benicio Del Toro en Indien attardé mental, Aaron Eckhart en flic tête-à-claques et une brochette de stars dans des caméos comme Helen Mirren, Vanessa Redgrave, Harry Dean Stanton et surtout Mickey Rourke bouleversant dans une courte séquence. À vrai dire, leurs apparitions sont plus distractives qu’autre chose, et le film aurait fort bien pu s’en passer, mais on est toujours content de les retrouver.

« THE PLEDGE » réunit la plupart des qualités de précédents films de Penn et pratiquement aucun de leurs défauts. Le scénario est parfaitement vissé, les ambiances sont magnifiquement captées par la photo de Chris Menges, et Nicholson qui a campé tant de cinglés dans sa carrière, en donne ici une variante des plus réalistes et émouvantes. Un superbe film à tous points-de-vue.

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JACK NICHOLSON, ROBIN WRIGHT ET MICKEY ROURKE

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« OPÉRATION EYE IN THE SKY » (2015)

« OPÉRATION EYE IN THE SKY » plonge tête baissée dans les nouvelles problématiques des « guerres modernes », en exposant les dilemmes qui se posent, les contradictions, les hypocrisies auxquels doivent maintenant faire face ceux qui finissent au bout du compte par appuyer sur le bouton.eye

Au Kenya, plusieurs leaders terroristes se réunissent et préparent un attentat. Identifiés et localisés par les Anglais et les Américains, ils ignorent qu’un drone chargé de bombes vole au-dessus de leurs têtes. Mais qui va donner l’ordre ? Et que faire de cette innocente fillette qui vend du pain aux abords de la maison ?

Pendant une heure, on voit des officiers, des politiques, se renvoyer la balle, ouvrir les parapluies, se défiler, attendre une réponse « d’en haut », alors que le temps presse et que les cibles risquent de leur filer entre les doigts. La seule qui n’hésite pas – malgré la présence de l’enfant – c’est Helen Mirren, colonel ultra-professionnelle et sans état d’âme apparent.

Le suspense va crescendo, on est littéralement scotché à l’écran pendant toute la durée, on se pose de bonnes questions sur ces prétendues « guerres propres ». Bien sûr, le sujet a déjà été traité, entre autres dans la série « HOMELAND », mais ici nulle fioriture ou à-côté : le scénario ne dévie pas d’un pouce et ne relâche jamais la pression.

Un peu âgée à 70 ans pour ce personnage, Mme Mirren n’en demeure pas moins une exceptionnelle présence à l’image. Elle traduit sobrement toutes les ambiguïtés de son rôle et du devoir des soldats « de terrain » par la même occasion. Autour d’elle, le très regretté Alan Rickman dans son tout dernier rôle, en général diplomate, et des visages connus comme Iain Glen, Jeremy Northam et surtout Aaron Paul en « pilote » tourmenté.

Dispatchée sur plusieurs décors et continents, l’action de « OPÉRATION EYE IN THE SKY » n’est jamais statique comme on aurait pu le craindre. Un bon film carré et honnête, qui ne propose cependant aucune solution, puisque… il n’y en a probablement pas.

 

« DALTON TRUMBO » (2015)

TRUMBO2On a déjà vu des films sur le thème du blacklistage des 10 d’Hollywood comme l’excellent « LE PRÊTE-NOM » ou le moyen « LA LISTE NOIRE », mais aucun (hormis le peu connu « ONE OF THE HOLLYWOOD TEN » en 2000), ne s’était focalisé sur la personnalité réelle d’un des acteurs de cette terrible période de l’Histoire américaine. Avec cet hommage au grand scénariste « DALTON TRUMBO », c’est chose faite.

Gare toutefois à la mise-en-place : la première demi-heure ressemble à un biopic scolaire et platement chronologique, on s’y amuse à reconnaître des acteurs célèbres plus ou moins ressemblants, on lit des dates sur l’écran, on s’indigne mollement. Bref, on s’apprête à s’ennuyer poliment pendant deux heures. À tort ! À partir de l’emprisonnement de Trumbo, le scénario se concentre sur sa personnalité paradoxale, ses ambiguïtés, le montre comme le génie manipulateur (la façon dont il gruge Otto Preminger et Kirk Douglas pour qu’ils remettent enfin son nom au générique de leurs films) et l’homme caustique, agressif, surdoué et combatif qu’il fut. Et le film bénéficie heureusement de la présence de Bryan Cranston proprement extraordinaire, dont l’identification confine à la réincarnation pure et simple. Il était temps que le génial acteur de « BREAKING BAD » retrouve un rôle à sa mesure, après plusieurs années décourageantes ! Ici, il écrase tout autour de lui, bouffe l’écran, donne vie à cet individu complexe et multiple constamment en ébullition. Les relations avec sa fille aînée (Elle Fanning) sont très joliment observées.

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BRYAN CRANSTON ET DEAN O’GORMAN

Le film n’est pas tendre avec certaines icônes hollywoodiennes comme John Wayne (odieux), Edward G. Robinson (pitoyable) et surtout Hedda Hopper à laquelle Helen Mirren apporte une aura méphistophélique. Ils en prennent pour leur grade ! Preminger (bien croqué) et Douglas (un Dean O’Gorman un peu freluquet) sont dépeints avec ironie certes, mais moins de férocité vengeresse. Très bien photographié, esthétiquement parfait, « DALTON TRUMBO » contient de très beaux moments de révolte et d’émotion, n’oublie jamais un humour en filigrane. Mais le cœur du projet tient tout entier dans le magnifique travail de Cranston dont la précision et la profondeur laissent pantois.

 

« LA FEMME AU TABLEAU » (2015)

Inspiré de faits réels, « LA FEMME AU TABLEAU » est un film copieux et académique, suivant le combat d’une octogénaire qui avait fuit l’Autriche sous le nazisme et dont la famille a été spoliée et pillée. Elle propose à un jeune avocat d’entamer une procédure pour récupérer une toile de Klimt représentant sa tante, trônant au musée de Vienne depuis cinquante ans.GOLD

Entièrement au service de son histoire, le scénario est simple et linéaire, utilise les flash-backs avec parcimonie, ne cède jamais au mélodrame, mais parvient à générer par moments une réelle émotion mêlée d’indignation. Dans le genre de rôle qui fit la gloire de Meryl Streep, Helen Mirren nage comme un poisson dans l’eau, se maintenant à l’extrême limite du cabotinage, mais faisant preuve d’une authentique virtuosité dans les changements d’humeur et dans la maîtrise de l’accent allemand. Son tandem avec Ryan Reynolds fonctionne à merveille. Il a le personnage le plus intéressant parce que le plus évolutif, un candide d’origines autrichiennes également, qui découvre progressivement ses propres racines au cours de la procédure et en fait son combat personnel. Le casting est composé de bons acteurs dans de petits rôles comme Charles Dance en avocat sévère, Elizabeth McGovern et Jonathan Pryce en juges ou Frances Fisher qui passe en coup de vent. À noter l’excellent choix de Tatiana Masiany pour incarner ‘Maria’ jeune.

Sans rien révolutionner, « LA FEMME AU TABLEAU » accroche l’intérêt de bout en bout, soulève le voile du scandale des œuvres d’art volées pendant la WW2 et jamais restituées aux familles et permet à Helen Mirren de poursuivre cette partie de sa carrière en beauté.

 

« L’ENLÈVEMENT » (2004)

ROBERT REDFORD

ROBERT REDFORD

« L’ENLÈVEMENT » est un curieux suspense à la fois policier et psychologique bâti atour du kidnapping d’un homme d’affaires (Robert Redford) par un chômeur (Willem Dafoe) qui demande une rançon à sa famille. Le scénario suit en parallèle le cheminement dans un bois des deux hommes et les relations entre la famille inquiète et le FBI.CLEARING

La véritable originalité du film vient du fait que ces va-et-vient entre les deux actions ne se déroulent pas dans le même espace-temps : une journée pour la première, une semaine pour la seconde. Cela rend les choses un peu confuses par moments, mais ne nuit pas à la tension feutrée qui domine du début à la fin et sur cette sensation de malheur imminent qui plane au-dessus de chaque séquence.

À 68 ans, la silhouette inchangée, le visage marqué, Redford apporte au personnage son assurance tranquille et son opacité naturelle, lui ajoutant une dose de mystère probablement absente du scénario. Face à lui, Dafoe a rarement été meilleur qu’en pauvre type minable mais presque touchant par instants. Helen Mirren est la classe incarnée dans le rôle de l’épouse courageuse et digne. Les autres rôles sont à peine esquissés.

« L’ENLÈVEMENT » avance à son rythme et s’assombrit progressivement – en même temps que la météo se dégrade dans les bois – jusqu’à un dénouement terrible parce qu’inéluctable et crédible. Et ce n’est que lors de l’épilogue, à la lecture d’une lettre posthume tachée de sang, qu’on réalise qu’il ne s’agissait au fond que d’une histoire d’amour qui a déjà survécu aux années, aux trahisons et qui défiera la mort. Étrange film lourd et étouffant pour un message au final plein d’espoir et d’amour…

WILLEM DAFOE, HELEN MIRREN ET ROBERT REDFORD

WILLEM DAFOE, HELEN MIRREN ET ROBERT REDFORD

 

HAPPY BIRTHDAY, HELEN !

HELEN MIRREN, LA PLUS GRANDE ACTRICE ANGLAISE DE SA GÉNÉRATION, DONT LA CARRIÈRE S’ENRICHIT AVEC LES ANNÉES.

HELEN MIRREN, LA PLUS GRANDE ACTRICE ANGLAISE DE SA GÉNÉRATION, DONT LA CARRIÈRE S’ENRICHIT AVEC LES ANNÉES.

 

« LES RECETTES DU BONHEUR » (2014)

Avouons-le, seule la présence d’Helen Mirren pouvait nous inciter à jeter un coup d’œil méfiant à ce film coproduit par Spielberg et Oprah Winfrey et tourné en France, ce qui n’est jamais un bon présage (« UNE GRANDE ANNÉE » ou le remake de « SABRINA », quelqu’un ?).

« LES RECETTES DU BONHEUR », signé du besogneux Lasse Hallström bénéficie d’un gros budget, ce qui nous donne de jolis décors, de belles couleurs ripolinées et choisit un mood de conte de fées pour raconter l’ascension d’un jeune cuisinier indien qui devient en trois ans le plus grand « chef » de France.100 FOOT

La vision de la France par les « ricains » n’a pas beaucoup évolué depuis les années 50 : on circule toujours en DS noire, on vit dans une province épargnée par le progrès où on boit l’apéro au soleil, où on pêche à toute heure de la journée et où on ramasse les cèpes. À peine est-il fait une (vague) allusion à un parti raciste dont on ne fait que deviner les membres, qui inscrivent « La France Aux Français » sur le muret du restau indien, avant d’y mettre le feu.

On peut se laisser prendre un moment, mais deux heures c’est long et l’exaspération finit par gagner. Cette fable sur l’ambition aveugle, le retour aux vraies valeurs et les bienfaits de la famille, finit par dégouliner de sucre concentré et c’est quelque peu écœuré qu’on finit par attendre la fin (sans surprise, évidemment) de cette mascarade kitsch.

Reste donc Helen Mirren qui joue une espèce de ‘Cruella’ française (sic !), reine de la Haute-Cuisine, qui s’attendrit progressivement et finit même par tomber raide-dingue du vieil Om Puri, jouant le pater familias qui ouvre un restaurant indien juste en face du sien. Grotesque ? Pas loin… Oublions le casting hexagonal jouant les utilités pour ne retenir que Charlotte Le Bon, qui s’en sort bien et fait penser à Winona Ryder. Le jeune Manish Dayal est le seul à réellement faire impression dans le rôle principal qu’il fait finement évoluer.

Il y a certainement un public pour ce genre de pâtisserie multinationale et, dans le genre, celle-ci est tout à fait honorable. Mais il faut tout de même avoir l’estomac solide !