RSS

Archives de Catégorie: LES FILMS DE GENE HACKMAN

« STARS ET TRUANDS » (1995)

SHORTY

GENE HACKMAN

Inspiré d’un roman d’Elmore Leonard, « GET SHORTY » (on oublie le titre français !) prend le parti de rire du film de mafia, accumule les clins d’œil aux classiques du genre et déroule avec un humour sarcastique et légèrement masochiste un chassé-croisé entre caïds de Miami et producers ringards de L.A.SHORTY2

Barry Sonnenfeld surfe sur le succès récent de « PULP FICTION » et réutilise John Travolta dans un rôle de gros bras ultra-cool et cinéphile, bien décidé à percer dans le business hollywoodien. Dans la meilleure période de sa carrière, l’acteur compose un personnage drôle et attachant. Il est très bien entouré par quelques pointures jouant des caricatures ambulantes : Gene Hackman, producteur mytho et pleutre, James Gandolfini cascadeur/bodyguard bourru, Danny DeVito en star égotique et tête-à-claques. Dennis Farina est hilarant en ‘tough guy’ aussi menaçant que stupide et Rene Russo bien belle en starlette désabusée.

« GET SHORTY » ne raconte pas grand-chose, c’est certain, et le scénario arrive rapidement à bout de carburant dramatique. Mais l’intérêt se maintient jusqu’au bout grâce au regard abrasif porté sur le monde du cinéma, qui n’est pas sans rappeler « THE PLAYER » d’Altman et par un excellent rythme général qui évite de s’attarder sur de longues séquences et privilégie toujours le sourire au pur polar. Parmi les nombreuses références, on retiendra la jolie scène où Travolta revoit pour la énième fois « LA SOIF DU MAL » qu’il connaît par cœur, les caméos d’Harvey Keitel et surtout d’Alex Rocco qui se retrouve exactement dans la même situation – un massage – que lors de son apparition mythique dans « LE PARRAIN ».

Ne rien attendre d’extraordinaire de « GET SHORTY » donc, mais profiter d’un cinéma autoréférentiel sans prétention et soigneusement confectionné de l’écriture à la photo.

SHORTY3

RENE RUSSO, JOHN TRAVOLTA ET JAMES GANDOLFINI

 

« LA FIRME » (1993)

firme2« LA FIRME » fait partie des bonnes adaptations de John Grisham au cinéma. C’est un film carré, ultra-professionnel, très hollywoodien dans sa facture, dans lequel on peine tout de même à discerner la griffe de Sydney Pollack.

Engagé dans une firme d’avocats de Memphis, le jeune Tom Cruise découvre que celle-ci gère totalement le quotidien de ses employés, jusqu’à s’octroyer droit de vie et de mort sur eux. Et surtout que leur principal client est… la mafia dont ils calquent les méthodes expéditives. Coincé entre ses patrons véreux, le FBI et des tueurs lancés à ses trousses, il va s’efforcer de faire imploser le système sans sortir de la légalité. Une bonne trame, sans surprise, mais bien scénarisée, qui maintient l’intérêt sans problème, même si la dernière partie traîne trop en longueur.

La grosse malfaçon de « LA FIRME », c’est Cruise. Avec ses deux expressions, son jeu mécanique, sans la moindre intériorité, il irrite rapidement et influence la généralement fiable Jeanne Tripplehorn, franchement agaçante dans leurs scènes à deux, les moins bien écrites du film. Heureusement, le cast de seconds rôles est d’une richesse exceptionnelle : Gene Hackman magnifique en as du barreau corrompu, dégoûté de lui-même, Holly Hunter drôle en assistante pas très distinguée mais ultra-compétente, Ed Harris en agent du FBI soupe-au-lait, et David Strathairn, Wilford Brimley, Hal Holbrook, Gary Busey parfait en privé truculent, Dean Norris, etc. : un vrai défilé ! On s’étonne pourtant que le généralement subtil Pollack ait choisi Paul Sorvino et Joe Viterelli, caricaturaux à souhait, pour jouer des mafiosi de répertoire à la fin.

firme

TOM CRUISE, GENE HACKMAN, HOLLY HUNTER ET ED HARRIS

« LA FIRME » se laisse regarder sans passion mais avec l’agréable sensation de chausser des charentaises et de voir un produit d’usine parfaitement manufacturé. Les extérieurs des îles Caïman sont très beaux, les intérieurs cossus joliment filmés et les scènes d’action tiennent la route. À condition de passer outre l’omniprésent Tom et un dialogue souvent plat et fonctionnel, 154 minutes copieuses et point déplaisantes.

 

« LE MAÎTRE DU JEU » (2003)

jury2Bien mené par l’efficace Gary Fleder, « LE MAÎTRE DU JEU » est sans aucun doute une des meilleures adaptations d’un roman judiciaire de John Grisham. On ne sent pas passer les deux heures de projection et le mélange pas toujours évident de thriller et de « courtroom drama » se fait sans le moindre heurt, ce qui est déjà à mettre à l’actif du film.

Au-delà de son sympathique discours militant contre l’industrie U.S. des armes à feu, le scénario est en fait une magnifique leçon de manipulation à divers niveaux, où personne n’est ce qu’il paraît être et où les enjeux sont bien plus complexes qu’ils ne semblaient au départ.

C’était encore la bonne époque de John Cusack, excellent dans un personnage opaque et ambigu, dont on ignore les motivations jusqu’à la conclusion. Il forme un séduisant tandem avec Rachel Weisz elle aussi parfaite. Mais il faut bien reconnaître que le film est dominé par la figure tutélaire de Gene Hackman dans son avant-dernier rôle. Homme de l’ombre, il « fabrique » littéralement les verdicts en manœuvrant les jurés jusqu’à les pousser au suicide. Un monstre policé et sans âme, que l’acteur incarne avec une sobriété et une délectation exceptionnelles. Son face-à-face dans les WC du palais de justice, avec Dustin Hoffman est remarquable : l’idéalisme et la foi en la loi confronté au cynisme le plus vil. Chacun joue sa partition et l’échange fait des étincelles.

Autour d’eux, de bons seconds rôles comme Luis Guzmán, Bruce McGill et une courte mais déterminante apparition de Dylan McDermott au début.

jury

DUSTIN HOFFMAN, RACHEL WEISZ, JOHN CUSACK ET GENE HACKMAN

Dans son créneau, « LE MAÎTRE DU JEU » est une franche réussite, rehaussé par de magnifiques extérieurs de New Orleans utilisés sans ostentation. En prime et en dernière minute : une révélation qu’on devine confusément sans la voir vraiment venir. Du très bon cinéma de professionnel, intelligent et techniquement irréprochable.

 

« SENS UNIQUE » (1987)

SENS2

KEVIN COSTNER ET GENE HACKMAN

Bien qu’il soit bien ancré dans son époque de tournage par les choix musicaux, les coiffures, l’érotisme chic, la technologie et la starification béate du jeune Kevin Costner, « SENS UNIQUE » n’en a pas moins très bien vieilli.SENS

Avant tout grâce à un scénario sinueux et saturé de chausse-trappes, bâti sur un enchaînement de coïncidences énormes (ou qui semblent l’être) et sur le principe paranoïaque au possible d’un enquêteur finissant par se retrouver au cœur même des soupçons. La construction fait d’ailleurs énormément penser au polar d’Alain Corneau « POLICE PYTHON 357 » (1976) où Yves Montand tombait exactement dans le même piège.

La première partie peut irriter un peu, par le jeu narcissique de Costner et par la superficialité du personnage joué par Sean Young, et leurs impros « coquines » sans grand intérêt. Mais quand démarre vraiment l’investigation, le film décolle subitement, les protagonistes prennent de la chair et les mâchoires de la machine à broyer se mettent en branle. On appréciera la précision avec laquelle notre héros est de plus en plus acculé, jusqu’à ne plus pouvoir s’en sortir que grâce à ses réflexes de survie. Sorte d’ersatz languide de Steve McQueen, Costner tient la route, malgré la concurrence de superbes comédiens chevronnés : Gene Hackman en politicien brutal mais pleutre, Will Patton exceptionnel en factotum gay prêt à toutes les félonies par amour de son boss ou George Dzundza attachant en technicien en fauteuil roulant.

SENS3

WILL PATTON ET SEAN YOUNG

Passé sa première demi-heure, « SENS UNIQUE » se laisse revoir avec grand plaisir, son suspense est parfaitement soutenu par la technique imparable de Roger Donaldson et la BO de Maurice Jarre. Quant à l’épilogue, s’il « cueille » à froid, il légitime – à la réflexion – tout ce qu’on vient de voir dans un ‘twist’ à la fois ludique et élégant.

 

« RETOUR VERS L’ENFER » (1983)

FRED WARD

FRED WARD

« RETOUR VERS L’ENFER » est (légèrement) antérieur à « RAMBO 2 : LA MISSION » et « PORTÉS DISPARUS », mais il traite déjà du même thème : la présence possible de prisonniers de guerre américains dans le Laos de l’après-guerre du Vietnam. Réalisateur du premier « RAMBO », Ted Kotcheff a intelligemment tourné le dos au paternalisme buriné d’un John Wayne ou au burlesque bodybuildé des deux films cités plus haut, pour adopter une tonalité sinon réaliste, du moins terre-à-terre et à peu près plausible.RETOUR

La présence de Gene Hackman est pour beaucoup dans la légitimité du projet. Dans ce rôle d’ex-colonel obsédé par l’idée de retrouver son fils « MIA » (Missing In Action), il se montre d’une sobriété parfaite, d’une minéralité non-dépourvue d’émotion. Il monte un groupe de vétérans pour retourner « là-bas » dix ans plus tard et ramener les p’tits gars au pays. Il est financé par Robert Stack, milliardaire dans la même situation que lui. On retrouve des références à des classiques comme « 12 SALOPARDS » ou « LA HORDE SAUVAGE » (les ralentis lors de la mort des protagonistes ou le générique-fin sur des images des comédiens en train de rire). La construction du scénario en trois parties distinctes (recrutement, entraînement, attaque) donne un film remarquablement linéaire, toujours en mouvement et ne laissant aucune place aux temps-morts ni – et c’était le plus difficile ! – au ridicule.

On s’attache aux personnages malgré leur schématisme grâce à un cast d’enfer d’où se détachent Fred Ward, excellent en tueur d’élite claustrophobe, Randall « Tex » Cobb en biker rabelaisien et Patrick Swayze dans le rôle ingrat de la bleusaille malmenée par les durs-à-cuire.

Au milieu d’une action parfaitement menée, Kotcheff glisse des instants chargés de poésie (la danse de Cobb au soleil couchant, le rêve d’Hackman qui voit son fils âgé de huit ans venir le visiter pendant une nuit d’orage), ce qui donne tout son prix au film et lui épargne l’outrage des ans. « RETOUR VERS L’ENFER », bien qu’il soit enraciné dans les années Reagan, a étonnamment peu vieilli et fait passer un très bon moment.

GENE HACKMAN ET RANDALL « TEX » COBB DANS LES PLUS BEAUX PLANS DU FILM

GENE HACKMAN ET RANDALL « TEX » COBB DANS LES PLUS BEAUX PLANS DU FILM

 

« LA DESCENTE INFERNALE » (1969)

ROBERT REDFORD

ROBERT REDFORD

« LA DESCENTE INFERNALE » est le premier long-métrage du téléaste Michael Ritchie, qui opte pour une mise-en-scène « reportage » et plonge dans le monde du ski professionnel à travers le parcours d’un jeune champion américain en route pour les Jeux Olympiques.RACER

Ce qui surprend d’emblée dans ce film âpre, sec et dépourvu de tout sentimentalisme, c’est le portrait qu’offre Robert Redford de ce « winner » à l’Américaine au physique parfait : sous sa façade de « golden boy », Redford campe un individualiste obsessionnel mais creux, sans âme. Entièrement tendu vers son but : devenir le n°1, il n’écoute pas ce que lui dit son père, vieux paysan taiseux : « Le monde est plein de champions ». Alors à peine promu tête d’affiche, Redford met déjà à mal son image de héros, en incarnant ce skieur égoïste, incapable de la moindre empathie ou même du plus petit intérêt pour autrui. Quand il tombe vaguement amoureux d’une belle Allemande (Camilla Sparv), celle-ci lui rend la monnaie de sa pièce en se montrant aussi superficielle et glaciale que lui. Et la fin du film, l’arrivée du championnat du monde, prouvera que toute victoire est temporaire et fragile.

C’est donc une étude sans concession sur la mythologie du « gagneur », une œuvre formellement passionnante, mêlant des plans « volés » de seconde équipe à des scènes jouées par des comédiens professionnels qu’on finit par ne plus distinguer des autres. C’est là la grande réussite de Ritchie, d’immerger à ce point dans un univers inconnu du grand public, dont il décrit un envers pas très glamour. Aux côtés d’un formidable Redford, Gene Hackman est excellent en entraîneur attentif et franc-du-collier, parfaitement à l’aise dans ce contexte naturaliste. Joli duo de deux grandes figures du Hollywood des seventies, à l’aube de leurs grandes carrières.

GENE HACKMAN ET ROBERT REDFORD

GENE HACKMAN ET ROBERT REDFORD

« LA DESCENTE INFERNALE » prépare indéniablement le terrain à « VOTEZ McKAY ! » tourné trois ans plus tard sur une thématique très proche, par la même équipe.

 

« FRENCH CONNECTION » (1971)

ROY SCHEIDER ET GENE HACKMAN

ROY SCHEIDER ET GENE HACKMAN

S’il est un film qui pourrait à lui seul symboliser et synthétiser le renouveau stylistique et thématique du cinéma U.S. dans les seventies, ce serait « FRENCH CONNECTION ». Inspiré de faits réels (un trafic de cocaïne entre Marseille et New York), le scénario est d’un réalisme absolu, n’obéit à aucun code du polar hollywoodien et décrit une longue traque laborieuse. Loin des superflics charismatiques de McQueen ou Eastwood, Gene Hackman – dans le rôle qui fit sa carrière – crée un « poulet » de terrain, un chien de chasse obsessionnel et hors-de-contrôle, un individu brutal et peu sympathique, prêt à tout sacrifier pour atteindre son but. On ne saura rien de lui, de sa vie privée, de son passé. On ne le voit qu’en action, indifférent au monde extérieur, à sa propre dégaine presque ridicule, à sa santé, uniquement focalisé sur sa proie.FRENCH À l’image de la mise-en-scène inimitable de William Friedkin, mélange détonnant de style « reportage » et de maîtrise du découpage et de l’espace, le jeu d’Hackman plonge dans une réalité qui n’a rien d’aseptisé ou d’exagérément dramatisé. Le film est composé de plusieurs blocs alternant les filatures magnifiquement détaillées et les morceaux de bravoure encore stupéfiants aujourd’hui : la poursuite voiture-métro est absolument bluffante tout en demeurant crédible de A jusqu’à Z. Dans « FRENCH CONNECTION », tout sonne juste, rien ne paraît fabriqué et c’est là que réside l’extraordinaire révolution que représenta le film à sa sortie et dont les échos n’ont toujours pas fini de se faire sentir. Tous les acteurs sont idéalement castés : Roy Scheider en coéquipier discret et fiable, Marcel Bozzuffi en flingueur glacial et sans état d’âme, Tony Lo Bianco en malfrat parvenu. Seul Fernando Rey semble une drôle d’idée de casting, puisqu’il incarne un caïd français, mais a gardé son fort accent espagnol. Malgré tout, son petit salut ironique de la main à ‘Popeye’, alors que le métro s’éloigne, reste un moment délectable. Le film n’a pas pris une ride, véritable modèle de montage, de mixage et de perfection cinématographique. Et il s’achève sur une note choquante, sur une fin « ouverte » qui laisse inassouvi et mal à l’aise. Du grand art !

MARCEL BOZZUFFI ET FERNANDO REY

MARCEL BOZZUFFI ET FERNANDO REY