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Archives de Catégorie: LES FILMS DE GENE HACKMAN

« ENNEMI D’ÉTAT » (1998)

ENEMY copie.jpgÀ l’époque de sa sortie, « ENNEMI D’ÉTAT » avait fait parler de lui pour ce qu’il montrait des nouvelles technologies intrusives de surveillance : GPS, satellites, mini-caméras, etc. Aujourd’hui, tout cela s’est non seulement banalisé, mais notre réalité a largement dépassé cette fiction. Cela n’empêche pas le thriller de Tony Scott de demeurer tout à fait visible et même très prenant.

Dans le concept, ce n’est qu’une longue course-poursuite de plus de deux heures, où un avocat m’as-tu-vu (Will Smith) se retrouve embarqué par hasard dans un complot ourdi par un politicien véreux (Jon Voight) avec pour « McGuffin » une disquette contenant les images d’un meurtre. Par l’extraordinaire dynamisme des images et du montage, par la richesse de son casting, « ENNEMI D’ÉTAT » tient en haleine et fait pardonner ses faiblesses : le jeu inégal et complaisant de Smith qui se croit obligé de multiplier les apartés humoristiques désamorçant le suspense et affaiblissant son personnage, le cabotinage tout aussi insupportable de Regina King jouant sa femme. Heureusement, Gene Hackman est magnifique en ex-barbouze de la CIA totalement paranoïaque, un rôle qui pourrait être la continuation de celui qu’il tint dans « CONVERSATION SECRÈTE » (sa fiche arbore d’ailleurs un portrait tiré du film de Coppola), Voight est un salaud parfait, froid et maître de lui, Lisa Bonet est très bien, et parmi les petits rôles, on reconnaît Gabriel Byrne dans une seule séquence, l’agaçant Jack Black, Anna Gunn et Ivana Milicevic (futures héroïnes des séries « BREAKING BAD » et « BANSHEE »). Jason Robards apparaît au début, non-mentionné au générique.

En déplorant le manque d’épaisseur du rôle principal qui empêche de s’enthousiasmer complètement, on ne peut s’empêcher de se laisser emporter par la technique impressionnante de Tony Scott qui multiplie les plans, les décors, les cascades et explosions, sans jamais perdre de vue son thème (l’avènement de Big Brother) et parvient à tirer la sonnette d’alarme sans jamais cesser de divertir.

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JON VOIGHT, JASON ROBARDS, GENE HACKMAN, WILL SMITH ET TOM SIZEMORE

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« U.S.S. ALABAMA » (1995)

USSAffichant ses références directement dans le dialogue, « U.S.S. ALABAMA » est un des plus puissants films « de sous-marin » qui se puisse voir et très certainement une des deux ou trois plus incontestables réussites de Tony Scott.

Le scénario, admirablement vissé, pose rapidement ses enjeux, dessine deux protagonistes irréconciliables et les confronte avec la WW3 en ligne de mire. Le drame se noue progressivement, les dissensions puis la haine montent entre l’officier blanchi sous le harnais (Gene Hackman) et son second plus jeune et plus « intellectuel » (Denzel Washington). Et quand il s’agit de lâcher des missiles nucléaires sur la Russie et de déclencher l’Holocauste, les deux hommes vont au clash.

Quand un film est parfait, il est parfait. Et ce n’est pas parce que Scott n’a jamais eu auprès des cinéphiles la légitimité d’un John McTiernan que son film n’en est pas moins infiniment meilleur que « À LA POURSUITE D’OCTOBRE ROUGE ». La photo est aussi belle qu’efficace (Dariusz Wolski), la BO de Hans Zimmer remplit une fois de plus son office et le montage est une véritable leçon de suspense.

Le casting est extraordinaire : Hackman magistral dans un rôle complexe, jamais traité avec manichéisme ni campé comme un banal « méchant ». Washington est égal à lui-même mais parfaitement distribué. Leurs affrontements sont d’une tension hors du commun. Et pour ce qui est des seconds rôles, c’est carrément la fête : Viggo Mortensen excellent en officier littéralement écrasé par le doute, James Gandolfini, George Dzundza, Matt Craven et même Jason Robards qui apparaît à la fin, non-mentionné au générique en amiral.

Si « U.S.S. ALBAMA » n’est pas un chef-d’œuvre, il n’est en tout cas pas passé loin de se qualifier. Le film offre deux heures d’action pure, sans céder au spectaculaire décérébré et donne même à gamberger. Ce qui en fait un oiseau rare.

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GENE HACKMAN MATT CRAVEN, DENZEL WASHINGTON ET JASON ROBARDS

À noter que certains « hommages » aux comics U.S., aux films des années 50 et à la série « STAR TREK » furent écrits par un Quentin Tarantino non crédité. On s’en serait volontiers passé, pour tout dire, tant les répliques paraissent plaquées et hors-propos.

 

« STARS ET TRUANDS » (1995)

SHORTY

GENE HACKMAN

Inspiré d’un roman d’Elmore Leonard, « GET SHORTY » (on oublie le titre français !) prend le parti de rire du film de mafia, accumule les clins d’œil aux classiques du genre et déroule avec un humour sarcastique et légèrement masochiste un chassé-croisé entre caïds de Miami et producers ringards de L.A.SHORTY2

Barry Sonnenfeld surfe sur le succès récent de « PULP FICTION » et réutilise John Travolta dans un rôle de gros bras ultra-cool et cinéphile, bien décidé à percer dans le business hollywoodien. Dans la meilleure période de sa carrière, l’acteur compose un personnage drôle et attachant. Il est très bien entouré par quelques pointures jouant des caricatures ambulantes : Gene Hackman, producteur mytho et pleutre, James Gandolfini cascadeur/bodyguard bourru, Danny DeVito en star égotique et tête-à-claques. Dennis Farina est hilarant en ‘tough guy’ aussi menaçant que stupide et Rene Russo bien belle en starlette désabusée.

« GET SHORTY » ne raconte pas grand-chose, c’est certain, et le scénario arrive rapidement à bout de carburant dramatique. Mais l’intérêt se maintient jusqu’au bout grâce au regard abrasif porté sur le monde du cinéma, qui n’est pas sans rappeler « THE PLAYER » d’Altman et par un excellent rythme général qui évite de s’attarder sur de longues séquences et privilégie toujours le sourire au pur polar. Parmi les nombreuses références, on retiendra la jolie scène où Travolta revoit pour la énième fois « LA SOIF DU MAL » qu’il connaît par cœur, les caméos d’Harvey Keitel et surtout d’Alex Rocco qui se retrouve exactement dans la même situation – un massage – que lors de son apparition mythique dans « LE PARRAIN ».

Ne rien attendre d’extraordinaire de « GET SHORTY » donc, mais profiter d’un cinéma autoréférentiel sans prétention et soigneusement confectionné de l’écriture à la photo.

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RENE RUSSO, JOHN TRAVOLTA ET JAMES GANDOLFINI

 

« LA FIRME » (1993)

firme2« LA FIRME » fait partie des bonnes adaptations de John Grisham au cinéma. C’est un film carré, ultra-professionnel, très hollywoodien dans sa facture, dans lequel on peine tout de même à discerner la griffe de Sydney Pollack.

Engagé dans une firme d’avocats de Memphis, le jeune Tom Cruise découvre que celle-ci gère totalement le quotidien de ses employés, jusqu’à s’octroyer droit de vie et de mort sur eux. Et surtout que leur principal client est… la mafia dont ils calquent les méthodes expéditives. Coincé entre ses patrons véreux, le FBI et des tueurs lancés à ses trousses, il va s’efforcer de faire imploser le système sans sortir de la légalité. Une bonne trame, sans surprise, mais bien scénarisée, qui maintient l’intérêt sans problème, même si la dernière partie traîne trop en longueur.

La grosse malfaçon de « LA FIRME », c’est Cruise. Avec ses deux expressions, son jeu mécanique, sans la moindre intériorité, il irrite rapidement et influence la généralement fiable Jeanne Tripplehorn, franchement agaçante dans leurs scènes à deux, les moins bien écrites du film. Heureusement, le cast de seconds rôles est d’une richesse exceptionnelle : Gene Hackman magnifique en as du barreau corrompu, dégoûté de lui-même, Holly Hunter drôle en assistante pas très distinguée mais ultra-compétente, Ed Harris en agent du FBI soupe-au-lait, et David Strathairn, Wilford Brimley, Hal Holbrook, Gary Busey parfait en privé truculent, Dean Norris, etc. : un vrai défilé ! On s’étonne pourtant que le généralement subtil Pollack ait choisi Paul Sorvino et Joe Viterelli, caricaturaux à souhait, pour jouer des mafiosi de répertoire à la fin.

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TOM CRUISE, GENE HACKMAN, HOLLY HUNTER ET ED HARRIS

« LA FIRME » se laisse regarder sans passion mais avec l’agréable sensation de chausser des charentaises et de voir un produit d’usine parfaitement manufacturé. Les extérieurs des îles Caïman sont très beaux, les intérieurs cossus joliment filmés et les scènes d’action tiennent la route. À condition de passer outre l’omniprésent Tom et un dialogue souvent plat et fonctionnel, 154 minutes copieuses et point déplaisantes.

 

« LE MAÎTRE DU JEU » (2003)

jury2Bien mené par l’efficace Gary Fleder, « LE MAÎTRE DU JEU » est sans aucun doute une des meilleures adaptations d’un roman judiciaire de John Grisham. On ne sent pas passer les deux heures de projection et le mélange pas toujours évident de thriller et de « courtroom drama » se fait sans le moindre heurt, ce qui est déjà à mettre à l’actif du film.

Au-delà de son sympathique discours militant contre l’industrie U.S. des armes à feu, le scénario est en fait une magnifique leçon de manipulation à divers niveaux, où personne n’est ce qu’il paraît être et où les enjeux sont bien plus complexes qu’ils ne semblaient au départ.

C’était encore la bonne époque de John Cusack, excellent dans un personnage opaque et ambigu, dont on ignore les motivations jusqu’à la conclusion. Il forme un séduisant tandem avec Rachel Weisz elle aussi parfaite. Mais il faut bien reconnaître que le film est dominé par la figure tutélaire de Gene Hackman dans son avant-dernier rôle. Homme de l’ombre, il « fabrique » littéralement les verdicts en manœuvrant les jurés jusqu’à les pousser au suicide. Un monstre policé et sans âme, que l’acteur incarne avec une sobriété et une délectation exceptionnelles. Son face-à-face dans les WC du palais de justice, avec Dustin Hoffman est remarquable : l’idéalisme et la foi en la loi confronté au cynisme le plus vil. Chacun joue sa partition et l’échange fait des étincelles.

Autour d’eux, de bons seconds rôles comme Luis Guzmán, Bruce McGill et une courte mais déterminante apparition de Dylan McDermott au début.

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DUSTIN HOFFMAN, RACHEL WEISZ, JOHN CUSACK ET GENE HACKMAN

Dans son créneau, « LE MAÎTRE DU JEU » est une franche réussite, rehaussé par de magnifiques extérieurs de New Orleans utilisés sans ostentation. En prime et en dernière minute : une révélation qu’on devine confusément sans la voir vraiment venir. Du très bon cinéma de professionnel, intelligent et techniquement irréprochable.

 

« SENS UNIQUE » (1987)

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KEVIN COSTNER ET GENE HACKMAN

Bien qu’il soit bien ancré dans son époque de tournage par les choix musicaux, les coiffures, l’érotisme chic, la technologie et la starification béate du jeune Kevin Costner, « SENS UNIQUE » n’en a pas moins très bien vieilli.SENS

Avant tout grâce à un scénario sinueux et saturé de chausse-trappes, bâti sur un enchaînement de coïncidences énormes (ou qui semblent l’être) et sur le principe paranoïaque au possible d’un enquêteur finissant par se retrouver au cœur même des soupçons. La construction fait d’ailleurs énormément penser au polar d’Alain Corneau « POLICE PYTHON 357 » (1976) où Yves Montand tombait exactement dans le même piège.

La première partie peut irriter un peu, par le jeu narcissique de Costner et par la superficialité du personnage joué par Sean Young, et leurs impros « coquines » sans grand intérêt. Mais quand démarre vraiment l’investigation, le film décolle subitement, les protagonistes prennent de la chair et les mâchoires de la machine à broyer se mettent en branle. On appréciera la précision avec laquelle notre héros est de plus en plus acculé, jusqu’à ne plus pouvoir s’en sortir que grâce à ses réflexes de survie. Sorte d’ersatz languide de Steve McQueen, Costner tient la route, malgré la concurrence de superbes comédiens chevronnés : Gene Hackman en politicien brutal mais pleutre, Will Patton exceptionnel en factotum gay prêt à toutes les félonies par amour de son boss ou George Dzundza attachant en technicien en fauteuil roulant.

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WILL PATTON ET SEAN YOUNG

Passé sa première demi-heure, « SENS UNIQUE » se laisse revoir avec grand plaisir, son suspense est parfaitement soutenu par la technique imparable de Roger Donaldson et la BO de Maurice Jarre. Quant à l’épilogue, s’il « cueille » à froid, il légitime – à la réflexion – tout ce qu’on vient de voir dans un ‘twist’ à la fois ludique et élégant.

 

« RETOUR VERS L’ENFER » (1983)

FRED WARD

FRED WARD

« RETOUR VERS L’ENFER » est (légèrement) antérieur à « RAMBO 2 : LA MISSION » et « PORTÉS DISPARUS », mais il traite déjà du même thème : la présence possible de prisonniers de guerre américains dans le Laos de l’après-guerre du Vietnam. Réalisateur du premier « RAMBO », Ted Kotcheff a intelligemment tourné le dos au paternalisme buriné d’un John Wayne ou au burlesque bodybuildé des deux films cités plus haut, pour adopter une tonalité sinon réaliste, du moins terre-à-terre et à peu près plausible.RETOUR

La présence de Gene Hackman est pour beaucoup dans la légitimité du projet. Dans ce rôle d’ex-colonel obsédé par l’idée de retrouver son fils « MIA » (Missing In Action), il se montre d’une sobriété parfaite, d’une minéralité non-dépourvue d’émotion. Il monte un groupe de vétérans pour retourner « là-bas » dix ans plus tard et ramener les p’tits gars au pays. Il est financé par Robert Stack, milliardaire dans la même situation que lui. On retrouve des références à des classiques comme « 12 SALOPARDS » ou « LA HORDE SAUVAGE » (les ralentis lors de la mort des protagonistes ou le générique-fin sur des images des comédiens en train de rire). La construction du scénario en trois parties distinctes (recrutement, entraînement, attaque) donne un film remarquablement linéaire, toujours en mouvement et ne laissant aucune place aux temps-morts ni – et c’était le plus difficile ! – au ridicule.

On s’attache aux personnages malgré leur schématisme grâce à un cast d’enfer d’où se détachent Fred Ward, excellent en tueur d’élite claustrophobe, Randall « Tex » Cobb en biker rabelaisien et Patrick Swayze dans le rôle ingrat de la bleusaille malmenée par les durs-à-cuire.

Au milieu d’une action parfaitement menée, Kotcheff glisse des instants chargés de poésie (la danse de Cobb au soleil couchant, le rêve d’Hackman qui voit son fils âgé de huit ans venir le visiter pendant une nuit d’orage), ce qui donne tout son prix au film et lui épargne l’outrage des ans. « RETOUR VERS L’ENFER », bien qu’il soit enraciné dans les années Reagan, a étonnamment peu vieilli et fait passer un très bon moment.

GENE HACKMAN ET RANDALL « TEX » COBB DANS LES PLUS BEAUX PLANS DU FILM

GENE HACKMAN ET RANDALL « TEX » COBB DANS LES PLUS BEAUX PLANS DU FILM