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Archives de Catégorie: LES FILMS DE JEAN-LOUIS TRINTIGNANT

« UN HOMME ET UNE FEMME » (1966)

HF« UN HOMME ET UNE FEMME » est le film qui lança la carrière de Claude Lelouch et il contient déjà en germe tout son travail à venir. C’est aussi un film tellement plagié, parodié, moqué, qu’il devient difficile de le voir avec un œil neuf.

Il contient tout ce qu’on aime et ce qu’on déteste dans les films du réalisateur : un sens aigu du détail, des fulgurances d’émotion comme saisies au vol, une façon unique de magnifier des choses excessivement ordinaires de l’existence. Ici, une rencontre amoureuse entre deux jeunes veufs aux destins semblables dans un Deauville pluvieux et hors-saison. Mais on peut être aussi irrité, voire exaspéré, par des moments incongrus comme le « scopitone » de Pierre Barouh chantant une samba ou des scènes interminables et documentaires sur un circuit de course automobile. Le meilleur et le pire se côtoient en permanence, d’une scène à l’autre.

Le film doit beaucoup, presque tout, au charme irradiant de ses deux vedettes : Anouk Aimée à la sobre beauté, silencieuse et hantée et Jean-Louis Trintignant personnage plus simple, plus direct, éminemment sympathique dans sa banalité. Ils fonctionnent parfaitement bien ensemble et les moments où ils se rapprochent peu à peu sont d’une vérité saisissante.

« UN HOMME ET UNE FEMME » divise de A jusqu’à Z. La plus pure des émotions (la scène d’amour gâchée par les souvenirs de la jeune femme) alterne avec les tics de réalisation complaisants et tape-à-l’œil.

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ANOUK AIMÉE ET JEAN-LOUIS TRINTIGNANT

C’est un film qui ne mettra jamais personne d’accord, c’est certain. Mais la BO de Francis Lai – tellement galvaudée pourtant – fait encore son petit effet et les retrouvailles sur la plage de Deauville où joue un vieux chien, sont de bien jolis moments. Quoi qu’il en soit, une vraie date dans l’Histoire du cinéma français, une sorte de chaînon manquant entre la Nouvelle Vague et la Qualité France.

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« L’ATTENTAT » (1972)

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JEAN-LOUIS TRINTIGNANT ET GIAN MARIA VOLONTÈ

Inspiré de l’affaire Ben Barka (l’enlèvement en plein Paris d’un leader politique marocain jamais retrouvé) qui défraya la chronique en 1965, « L’ATTENTAT », bien que signé Yves Boisset, a un faux-air de film à la Costa-Gavras. On y retrouve d’ailleurs plusieurs acteurs fréquemment employés par celui-ci ce qui renforce l’impression.ATTENTAT

Revoir le film aujourd’hui replonge dans une ambiance trouble et paranoïaque typique des années 70. Pratiquement pas de psychologie dans le scénario et le dialogue signés Ben Barzman et Jorge Semprun, mais un discours direct et militant, mettant en cause les gouvernements français et marocains (le second jamais nommé), l’ORTF (nommé plusieurs fois !), la police et même la CIA. Inutile de chercher de la subtilité : « L’ATTENTAT » est une machine à dénoncer. C’est à la fois sa force et sa faiblesse. Boisset a réuni un des plus ahurissants castings du cinéma de l’époque : Jean-Louis Trintignant est un antihéros inhabituel, un entremetteur louche qualifié de raté, de minable, de médiocre par à peu près tout le monde au cours du film et manipulé comme un vulgaire pantin ! Comme d’habitude, l’acteur l’incarne honnêtement, sans jamais chercher à le rendre un tant soit peu sympathique, même quand il recherche la rédemption. Autour de lui, Michel Bouquet, Philippe Noiret, Jean Bouise jouent des pourris de compétition, Michel Piccoli est glaçant en colonel tortionnaire, Gian Maria Volontè (doublé par Marcel Bozzuffi) est impeccable en avatar de Ben Barka. Superbe confrontation avec Piccoli dans la meilleure scène du film. Des anglo-saxons comme Roy Scheider, Jean Seberg ou Nigel Davenport n’ont que des rôles sans grand intérêt. À noter que, étonnamment, Bruno Cremer et François Périer trouvent des personnages intègres.

Avec Ricardo Aronovich à la photo, Ennio Morricone à la BO, « L’ATTENTAT » possède énormément d’atouts pour passionner encore. Il bénéficie d’un bon rythme et maintient l’attention, même si deux heures, cela peut sembler longuet quand on ne parvient à s’attacher à aucun personnage et que certaines séquences sont trop systématiquement rentre-dedans et lourdingues. À voir de toute façon pour se souvenir de cette affaire aux ramifications vertigineuses et pour son générique absolument incroyable.

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JEAN SEBERG ET MICHEL PICCOLI

À noter que le film, totalement inédit en France en vidéo, est trouvable en Allemagne dans une copie 16/9, mais techniquement très perfectible.

 

« UN HOMME EST MORT » (1972)

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JEAN-LOUIS TRINTIGNANT

« UN HOMME EST MORT » est un curieux polar franco-italien tourné entièrement à L.A. et suivant les pas d’un Français (Jean-Louis Trintignant) qui abat un gangster (Ted De Corsia) et se voit traqué par un ‘hitman’ (Roy Scheider) lancé à ses trousses par ses propres employeurs.HOMME MORT2

Jacques Deray choisit une approche stylisée et très « européenne » : lumières naturelles, longues séquences muettes, déambulations contemplatives et refus total de la psychologie, de l’émotion ou de l’humour. Son anti-héros est antipathique au possible, il malmène les femmes, gifle un enfant assez violemment et n’exprime aucune espèce de sentiment. À ce jeu, Trintignant est parfait, d’une opacité absolue. Le film est par moments fascinant grâce à des repérages étonnants (cette ville balnéaire en ruines, ce ‘funeral home’ au goût plus que douteux), à une lenteur de cauchemar éveillé, mais il dure un peu trop longtemps et l’absence de péripéties se fait de plus en plus ressentir à mesure que le scénario progresse.

Porté par une BO jazzy de Michel Legrand qui ancre le film dans son époque, « UN HOMME EST MORT » fonctionne par son atmosphère de dépaysement, de froideur. Même les enjeux et les motivations du personnage central ne sont révélés que très tard, quand on ne peut plus entrer en empathie avec lui. On assiste donc à cette poursuite languide et désespérée, parsemée de séquences d’action pas très bien filmées.

Autour de Trintignant, on retrouve des icônes du polar U.S. des années 50 (De Corsia), 60 (Angie Dickinson sous-employée) ou 70 (Alex Rocco et Talia Shire, bientôt au générique du « PARRAIN », la même année). Sans oublier Michel Constantin qui apparaît vers la fin tel qu’en lui-même jamais il ne changea. Bizarrement, il s’exprime dans un anglais tout à fait acceptable, alors que l’accent de Trintignant est disons… un peu spécial ! Ann-Margret n’a pas grand-chose à faire en strip-teaseuse au décolleté éloquent et Scheider a une allure folle en tueur inopérant mais opiniâtre.

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ROY SCHEIDER ET ANN-MARGRET

À noter : le petit garçon tête-à-claques (littéralement) Jackie Earle Haley se fera connaître 40 ans plus tard avec des rôles de psychopathes. Et il faut ABSOLUMENT voir « UN HOMME EST MORT » en version anglaise car, à l’instar de « FRENCH CONNECTION 2 » par exemple, il n’a aucun sens en v.f.

 

« LES PASSAGERS » (1976)

PASSAGERSSerge Leroy est un réalisateur qui signa trois longs-métrages d’affilée entre 1975 et 1978 (« LA TRAQUE », « LES PASSAGERS » et « ATTENTION, LES ENFANTS REGARDENT ») tous dignes d’intérêt, avant de signer quelques polars ratés la décennie suivante et de disparaître des radars.

Adapté par Christopher Frank d’un thriller de Dean R. Koontz, « LES PASSAGERS » part d’un postulat très simple mêlant le ‘road movie’ et le suspense à la « DUEL ». Jean-Louis Trintignant roule de Rome à Paris en compagnie du fils de sa femme (Mireille Darc) pour faire plus ample connaissance avec lui. Ils sont suivis et harcelés par un mystérieux inconnu (Bernard Fresson) dans une camionnette noire, qui semble vouloir leur mort. La tension monte progressivement, les relations entre Trintignant sympathique et d’un parfait naturel et le petit Richard Constantini évoluent avec humour et finesse. Tout ce qui les concerne directement est très réussi, voire passionnant. On ne peut donc que regretter que le personnage de Darc soit si platement écrit et déplorer la sous-intrigue impliquant Adolfo Celi jouant un flic italien incompétent, dont la présence excessive est très probablement due à la coproduction. Cela ralentit le film, le faisant trop fréquemment sortir des rails.

Ce qui distingue le film, c’est l’étonnante composition de Fresson, jouant un ex-pilote de ligne devenu fou à la suite d’un accident et qui s’est transformé en psychopathe hanté par ses fantômes. On ne retrouve aucun des maniérismes habituels de l’acteur, il a même modifié de timbre de sa voix. Investi à 100% dans son rôle, il parvient à se montrer effrayant et pathétique et son face-à-face avec Darc est un grand moment de violence psychologique et physique. Malgré sa construction polluée par l’inutile enquête policière, « LES PASSAGERS » vaut largement le coup d’œil, ne serait-ce que pour son excellent dialogue et pour le plaisir de revoir Fresson et Trintignant au sommet de leur carrière.

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JEAN-LOUIS TRINTIGNANT, RICHARD CONSTANTINI ET BERNARD FRESSON

À noter que le DVD récemment sorti est très loin d’être techniquement à la hauteur du film, qui aurait mérité un peu plus de soin. C’est très déplorable de voir encore en 2017 des DVD qui ressemblent à des VHS.

 

« COMPARTIMENT TUEURS » (1965)

L'affiche du film "Compartiment Tueurs" de Costa-Gavras (1965)Adapté d’un roman de Sébastien Japrisot, « COMPARTIMENT TUEURS », le premier long-métrage de Costa-Gavras, ancien assistant de René Clément et autres, est une franche réussite et possède une tonalité ironique et cynique, une profonde originalité dans un genre bien usé, qu’on ne retrouvera (presque) plus dans l’œuvre du réalisateur qui empruntera d’autres sentiers tout aussi intéressants.

L’idée du scénario est ingénieuse et alambiquée à souhait et maintient en haleine jusqu’au bout. La mise-en-scène est culotée et truffée de jolies idées de cadrages. On a même droit à une longue poursuite en voiture de nuit dans Paris, à une époque où cela ne se faisait pas beaucoup. C’est donc avec le sourire aux lèvres qu’on suit l’enquête d’Yves Montand flic enrhumé à l’accent du midi prononcé, sur une série de meurtres dont les victimes ont toutes voyagé dans le même wagon-couchettes d’un train de nuit. Si l’histoire est déjà accrocheuse, le vrai charme provient du casting éblouissant : chaque rôle, jusqu’au plus anodin, est tenu par un visage connu, qu’il apparaisse une ou deux minutes (Claude Dauphin, Daniel Gélin, Bernadette Lafont) ou quelques secondes (Marcel Bozzuffi, Georges Géret en plantons esthètes, Claude Berri) : c’est un défilé de comédiens de l’époque venus en copains. Mais les rôles principaux sont également savoureux : Jacques Perrin et Catherine Allégret touchants en jeunes proies pour l’assassin, Simone Signoret magnifique en actrice un peu ringarde et mytho, Jean-Louis Trintignant étonnant en étudiant bisexuel ou Michel Piccoli méconnaissable en obsédé sourcilleux et suant. Mais c’est Montand qui domine la distribution, il est parfait d’exaspération contenue et de fatigue désabusée. Ses face-à-face avec un Charles Denner déchaîné en suspect provocateur sont de grands moments !

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SIMONE SIGNORET, JEAN-LOUIS TRINTIGNANT, YVES MONTAND, MARCEL BOZZUFFI ET GEORGES GÉRET

« COMPARTIMENT TUEURS » est un polar ludique et inventif, à la petite musique très singulière, qu’on peut certainement revoir plusieurs fois tant il est riche en détails incongrus et en petites touches infinitésimales. Ce qu’on appelle des débuts très prometteurs pour une belle carrière de réalisateur.

 

« LES BICHES » (1968)

BICHESTourné dans l’étrange atmosphère de Saint-Tropez hors-saison, « LES BICHES » ne fait définitivement pas partie des grandes réussites de ce cher Claude Chabrol. Son scénario, qui semble lointainement inspiré du « PERSONA » d’Ingmar Bergman, remplirait à peine un « ALFRED HITCHCOCK PRÉSENTE » de 26 minutes et ses partis-pris radicaux le rendent difficilement regardable aujourd’hui.

D’abord il y a la musique de Paul Jansen, tellement présente qu’elle en étouffe toute émotion, qu’elle annihile toute ambiguïté. Au bout d’un moment, on a presque l’impression que les images ne sont là que pour illustrer la BO ! Ensuite, il y a cette volonté forcenée d’inertie totale. On se meut lentement, on traîne son ennui, le regard dans le vide, on fait l’amour par désœuvrement. Et enfin, et c’est peut-être le plus rédhibitoire, la direction d’acteurs : Jean-Louis Trintignant, comédien pourtant capable de sortir des pires situations, Stéphane Audran l’air ailleurs et Jacqueline Sassard adoptent le même style de jeu catatonique, parlent tous de la même voix fausse et désincarnée, comme s’ils s’étaient échappés de « L’ANNÉE DERNIÈRE À MARIENBAD ». C’est par moments presque comique. Et ne parlons pas des seconds couteaux fétiches du réalisateur : Zardi et Attal, lâchés en roue-libre dans des rôles de bouffons pique-assiettes totalement inutiles à l’action.

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STÉPHANE AUDRAN, JEAN-LOUIS TRINTIGNANT ET JACQUELINE SASSARD

Quand arrive l’épilogue (marqué comme tel sur l’écran), « LES BICHES » décide de prendre un tournant hitchcockien, voire polanskien en révélant subitement la schizophrénie d’une des protagonistes. En fait, le film s’arrête juste au moment où il devenait intéressant. Franchement, il vaut mieux revoir « PAS DE PRINTEMPS POUR MARNIE » ou « RÉPULSION ».

 

« UN HOMME À ABATTRE » (1967)

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JEAN-LOUIS TRINTIGNANT

À ne pas confondre avec les westerns de Randolph Scott « 10 HOMMES À ABATTRE » et « 7 HOMMES À ABATTRE », ni avec le polar de Jacques Deray « 3 HOMMES À ABATTRE », « UN HOMME À ABATTRE » est un film d’auteur franco-espagnol des plus insolites, qu’une extrême stylisation a en quelque sorte sauvegardé du vieillissement.

Un petit groupe d’hommes quasi-anonymes traque un ancien nazi caché sous une fausse identité. Le chef du groupe fut jadis torturé par l’officier SS et son frère succomba. Mais avant d’exécuter l’Allemand, il veut être absolument sûr qu’il s’agit bien de lui. Le scénario, dès les premières séquences est aussi abstrait que peu vraisemblable, mais en adoptant un ton distancié, glacé, en désincarnant ses protagonistes qui s’expriment tous d’une même voix atone, affichant un visage figé, l’auteur nous plonge dans un univers factice et cauchemardesque où il est facile de s’enliser en douceur.

HOMME ABATTREC’est très lent, parfois un peu ennuyeux malgré la courte durée du métrage, mais on a envie de connaître le fin-mot de l’histoire, même si la conclusion laisse médusé et vaguement insatisfait. Mais le film a sa petite musique, il est dépaysant et inhabituel et son ambiance énigmatique en fait tout le prix.

Jean-Louis Trintignant s’intègre très bien dans ce monde étrange dans le rôle d’un des comploteurs. Il n’a pas grand-chose à faire, mais son mystère naturel sied parfaitement à l’ambiance générale. À ses côtés, la singulière Valérie Lagrange habite un personnage résolument opaque et, à vrai dire, inutile au déroulement du scénario.

Un film à voir sans œillère donc, sans rien en attendre, qui évoque par instants un épisode de « MISSION : IMPOSSIBLE » réalisé par Antonioni. À découvrir.