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Archives de Catégorie: LES FILMS DE JEAN-LOUIS TRINTIGNANT

« UNDER FIRE » (1983)

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GENE HACKMAN ET JOANNA CASSIDY

Il y eut dans les années 80, un cycle de films consacrés à l’expérience de journalistes européens ou américains confrontés à la guerre et perdant leur « innocence » en même temps que leur neutralité. Cela a débuté avec « LE FAUSSAIRE », s’est poursuivi avec « L’ANNÉE DE TOUS LES DANGERS », « UNDER FIRE », « LA DÉCHIRURE » et s’est achevé avec « SALVADOR ».FIRE copie

« UNDER FIRE » de Roger Spottiswoode, situé au Nicaragua (mais tourné au Mexique), met en place un triangle amoureux : le vieux reporter intègre (Gene Hackman), le photographe tête-brûlée (Nick Nolte) et une femme (Joanna Cassidy) tiraillée entre les deux hommes. Pour une fois, l’histoire d’amour ne parasite pas le scénario, mais l’enrichit par son traitement adulte et réaliste. D’ailleurs, le scénario dans son entier est un modèle d’intelligence, de rigueur et de pertinence. Au contact de la violence, de la misère, de l’injustice, Nolte va peu à peu prendre parti et utiliser son talent pour aider les révolutionnaires. Mais son geste désintéressé se retournera contre lui et surtout contre ceux qu’il voulait soutenir dans leur combat : les bons sentiments n’ont jamais fait bon ménage avec la guerre. Le personnage du mercenaire sans foi ni loi, joué par Ed Harris, est là pour rappeler à quoi ressemblent les professionnels de la guerre : des tueurs sans états d’âme, changeant de camp à la moindre alerte. Le film est passionnant de bout en bout, extrêmement physique et crédible. Les acteurs transpirent, trébuchent, n’ont rien de héros de cinéma. Ils font beaucoup pour la réussite quasi-totale de « UNDER FIRE ». Cassidy trouve son meilleur rôle, elle est d’une beauté fascinante. Hackman apparaît relativement peu dans un personnage largué par le monde moderne. Dans un rôle plus que trouble d’espion français narcissique et précieux, Jean-Louis Trintignant est remarquable de duplicité affable. Sa dernière scène est superbe !

Un grand film donc, que ce « UNDER FIRE », porté par une des plus belles BO de Jerry Goldsmith et une photo de John Alcott qui donne l’impression d’être hyper-réaliste, tout en étant extrêmement soignée. À voir et revoir sans modération, c’est du grand cinéma.

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NICK NOLTE, JEAN-LOUIS TRINTIGNANT ET ED HARRIS

 

THE GREAT ONE !

SILENCE

SORTIE U.S. EN HD ET EN JUIN DU « GRAND SILENCE » ENFIN RESTAURÉ ! MOMENT TANT ATTENDU DES AFICIONADOS. BELLE JAQUETTE, EN PLUS !

 

ON VEUT L’AMÉRICAIN !

AMÉRICAIN

PUISQUE MARCEL BOZZUFFI NOUS A QUITTÉS IL Y A 30 ANS JOUR POUR JOUR, ON VEUT REVOIR SON UNIQUE LONG-MÉTRAGE COMME RÉALISATEUR !

 

« LE BON PLAISIR » (1984)

BONAdapté par elle-même d’un roman à clé de Françoise Giroud, qui connaissait bien les arcanes du pouvoir, « LE BON PLAISIR » est un film au ton très singulier, entre la comédie noire, la satire politique et le thriller psychologique.

Honnêtement réalisé par Francis Girod, le film déroute et séduit peu à peu, malgré une réelle absence de centre de gravité. On n’arrive jamais à déterminer qui est le protagoniste principal, ce qui fait parfois décrocher de l’intrigue pourtant bien agencée.

Fidèle à son image de froideur éthérée, Catherine Deneuve est au centre de l’action, mais on ne s’attache pas à son irritant personnage, certainement moins lisse qu’il ne paraît mais que le scénario n’approfondit pas. Même chose pour Jean-Louis Trintignant, qui parvient pourtant à ciseler en finesse son rôle de président de la République capricieux et paranoïaque, dans lequel on croit reconnaître certains dirigeants français. Il a de très belles scènes où son visage se déforme littéralement sous l’effet de la suspicion et de la fureur. Michel Serrault nage comme un poisson dans l’eau en ministre de l’intérieur roué et étonnamment sympathique. Michel Auclair est remarquable en vieil éditeur homosexuel.

Le côté distancié des dialogues toujours fins et spirituels, une mise-en-scène effacée et dépourvue de style, des seconds rôles pas suffisamment développés, empêchent « LE BON PLAISIR » d’atteindre tous ses buts. Cela demeure un spectacle efficace et prenant, avec de formidables moments (la première rencontre entre Trintignant et son fils) et d’autres assez pénibles (tout ce qui implique le petit voyou joué par Hyppolite Girardot). Du bon cinéma français bien écrit, carré et sans chichi, à voir principalement pour son beau casting et pour la qualité de son dialogue.

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JEAN-LOUIS TRINTIGNANT, MICHEL SERRAULT ET CATHERINE DENEUVE

 

« LA MORT A PONDU UN ŒUF » (1968)

EGGÉtonnamment, c’est le scénariste du film, Franco Arcalli qui a également assuré le montage de « LA MORT A PONDU UN ŒUF ». Sans doute était-il le seul capable de comprendre de quoi il retournait et de mettre plus ou moins les rushes en forme et dans le bon ordre ! Réalisé par Giulio Questi (responsable du western « TIRE ENCORE, SI TU PEUX », déjà bien barré), c’est un drôle d’objet ancré dans son année de tournage et très proche de l’expérimental le plus abscons.

Gina Lollobrigida possède une ferme de volailles ultra-moderne. Elle est mariée à Jean-Louis Trintignant qui lui-même est un pervers rêvant de tuer des prostituées (ou les tuant peut-être, ce n’est pas très clair). Le couple est la proie de deux jeunes escrocs, Ewa Aulin et Jean Sobieski, qui en veulent à leur fortune. Par quel bout prendre un film auquel on ne comprend strictement rien ? Dont la BO ne donne qu’une envie, c’est de se taper la tête contre les murs ? Et dont l’unique « morceau de bravoure » est la naissance accidentelle de poulets sans tête, ni ailes, ni os, autrement dit les produits de consommation idéaux ?

Bizarre, ça l’est, sans le moindre doute. Du début à la fin. Ennuyeux ça l’est encore plus, tant le scénario refuse toute narration traditionnelle et se complait dans un dialogue obscur, des effets de montage tellement désuets qu’ils font aujourd’hui sourire. Trintignant traîne un air chafouin bien excusable dans un rôle sous-écrit, la « Lollo » exhibe volontiers sa plastique quadragénaire et Ewa Aulin fait des moues à la BB. Ils ont tous les trois l’air de se demander ce qu’ils sont en train de tourner et traversent le film en touristes quelque peu médusés.

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JEAN-LOUIS TRINTIGNANT ET EWA AULIN

Le cinéphile aux goûts éclectiques et à la curiosité insatiable sera probablement attiré par ce titre qui est encore ce qu’il y a de meilleur dans le film, et par la présence de Trintignant dont la carrière italienne fut des plus passionnantes. Il y a surtout de bonnes chances pour qu’il reste pantois, dépité, voire énervé après 88 minutes de ce traitement à la sauce « sixties ».

 

« LE TRAIN » (1973)

Adapté d’un roman de Georges Simenon, « LE TRAIN » est un des meilleurs films de Pierre Granier-Deferre et il offre un de ses plus beaux rôles à une Romy Schneider au sommet de sa carrière et de son charisme.TRAIN copie

Situé pendant l’exode de 1940, le film suit deux personnages qui n’auraient jamais dû se croiser : Jean-Louis Trintignant, électricien d’un petit village et père de famille tranquille et Romy, grande bourgeoise juive allemande à la dérive. Ils se retrouvent dans un train de réfugiés en route vers nulle part et tombent follement amoureux en deux jours. Avec un souci du détail extraordinaire dans la reconstitution historique, un dialogue délibérément réduit à sa plus simple expression, « LE TRAIN » plonge littéralement dans le passé, s’aidant d’images d’archives en noir & blanc qui s’intègrent parfaitement au montage en enrichissent l’ambiance d’authenticité.

Au milieu d’individus médiocres, vulgaires, l’homme et la femme constamment en sursis, la mort au-dessus de leurs têtes, vont connaître une relation hors de l’espace et du temps. Lui, petit bonhomme timoré, grandi par les « circonstances », elle paumée déracinée, qui se raccroche désespérément à lui comme une naufragée à une bouée. C’est très fort, très beau, toujours crédible et – alors que survient l’épilogue – d’une puissance émotionnelle sans égale. Romy Schneider a rarement été aussi sobre, retenue, profonde. Trintignant rend toutes les nuances de son personnage, jusqu’aux moins glorieuses. Mais l’arrêt sur image final prend à la gorge et sublime le film tout entier.

Ajoutons des seconds rôles parfaitement dessinés (Maurice Biraud en déserteur, Serge Marquand en brute épaisse, Régine en bonne fille à la cuisse leste, sans oublier Paul Le Person génial d’ignominie dans la dernière scène), une émouvante BO de Philippe Sarde, et « LE TRAIN » fait partie de ces grandes et belles réussites du cinéma français tel qu’il fut et qu’il n’est, hélas, plus du tout.

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JEAN-LOUIS TRINTIGNANT ET ROMY SCHNEIDER

 

« VIVEMENT DIMANCHE ! » (1983)

VIVEMENT2Inspiré d’un roman de Charles Williams, « VIVEMENT DIMANCHE ! » est l’ultime film de François Truffaut, visiblement écrit pour donner un rôle en or à sa muse Fanny Ardant, celui d’un personnage à la Katharine Hepburn, dans un mélange de polar et de comédie provinciale grinçante façon Chabrol. Secrétaire d’un agent immobilier (Jean-Louis Trintignant), elle enquête quand son patron – dont elle est amoureuse – est accusé de plusieurs meurtres, dont celui de sa femme volage. Le ton est étrange, entre drôlerie et ‘whodunit’ classique, la photo noir & blanc de Nestor Almendros est digne des films noirs américains de la grande époque. On reconnaît le style du réalisateur dans la façon de s’exprimer de ses vedettes et dans la raideur bizarroïde des seconds rôles.

Tout le charme du film, dont le scénario peine à passionner, provient de la personnalité de Fanny Ardant, l’œil vif et pétillant, la réplique cinglante, très sexy avec sa tenue de théâtre qu’elle porte sous son imper de « privé ». Elle retrouve vraiment le rythme et l’abattage des stars d’antan et a rarement été aussi flatteusement photographiée. Face à elle, Trintignant, plus effacé, a quelques bons moments, surtout dans ses scènes au commissariat et on reconnaît de bons acteurs comme Philippe Laudenbach en avocat ou Jean-Pierre Kalfon, fausse-piste rêvée. « VIVEMENT DIMANCHE ! » se laisse regarder pour ce qu’il est : une œuvrette sans prétention, enjouée et pleine d’ironie, jouant plaisamment avec les codes du polar, dans le seul but de mettre l’actrice principale en valeur et – comme le disait Truffaut – de « faire faire de jolies choses à de jolies femmes ». Avec en bonus une très jolie partition du grand Georges Delerue qui ajoute au sous-texte parodique du film.

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FANNY ARDANT ET JEAN-LOUIS TRINTIGNANT

 

CURIOSITÉS AMÉRICAINES…

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BIENTÔT DES U.S.A. : UNE BIZARRERIE ITALIENNE AVEC TRINTIGNANT, LANG MUET, MELVILLE VIA CRITERION ET LA SUITE DE LA SÉRIE « SERGENT ANDERSON ».

 

« ÉTÉ VIOLENT » (1959)

ÉTÉ2« ÉTÉ VIOLENT » commence comme un joli brouillon de « UN ÉTÉ 42 » : les amours estivaux dans une ville balnéaire près de Rimini, d’un très jeune homme et d’une belle veuve de guerre trentenaire et solitaire. Mais Valerio Zurlini ne laisse jamais oublier l’Histoire derrière l’histoire. Nous sommes en 1943, c’est l’été de la chute de Mussolini, la chasse aux fascistes est ouverte. Et le jeune homme se trouve justement être le fils de l’un d’eux. Ce qui démarrait en love story intergénérationnelle, entre baignades à la plage et surprise-parties, se transforme peu à peu et inexorablement en tragédie sous la mitraille.

Eleonora Rossi Drago est magnifique de dignité et de pudeur dans un personnage qui met longtemps à se dévoiler, avant de céder à la passion la plus brûlante, jusqu’à en oublier toute convenance. Un Jean-Louis Trintignant de 29 ans, pas bien épais, est parfaitement crédible dans un rôle qui en a dix de moins. Comme toujours, il parvient à éviter la mièvrerie en apportant une sorte de mystère et d’opacité par ses silences et son regard. Le couple fonctionne à merveille. Ils sont très bien entourés par Jacqueline Sassard en peste jalouse (elle retrouvera Trintignant neuf ans plus tard dans « LES BICHES » de Chabrol) et Enrico Maria Salerno en baderne mussolinienne.

La photo de Tino Santoni est splendide, la BO de Mario Nascimbene habilement distillée et certaines séquences comme le bombardement du train sont dignes d’une superproduction. « ÉTÉ VIOLENT » est un beau film d’amour impossible, une œuvre sur l’engagement, la lâcheté, l’hypocrisie de la grande bourgeoisie. Et l’ambiguïté du personnage joué par Trintignant est idéalement traduite par le jeu intériorisé et complexe de l’acteur français complètement fondu dans un casting presque entièrement italien.

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JEAN-LOUIS TRINTIGNANT ET ELEONORA ROSSI DRAGO

 

« UN HOMME ET UNE FEMME » (1966)

HF« UN HOMME ET UNE FEMME » est le film qui lança la carrière de Claude Lelouch et il contient déjà en germe tout son travail à venir. C’est aussi un film tellement plagié, parodié, moqué, qu’il devient difficile de le voir avec un œil neuf.

Il contient tout ce qu’on aime et ce qu’on déteste dans les films du réalisateur : un sens aigu du détail, des fulgurances d’émotion comme saisies au vol, une façon unique de magnifier des choses excessivement ordinaires de l’existence. Ici, une rencontre amoureuse entre deux jeunes veufs aux destins semblables dans un Deauville pluvieux et hors-saison. Mais on peut être aussi irrité, voire exaspéré, par des moments incongrus comme le « scopitone » de Pierre Barouh chantant une samba ou des scènes interminables et documentaires sur un circuit de course automobile. Le meilleur et le pire se côtoient en permanence, d’une scène à l’autre.

Le film doit beaucoup, presque tout, au charme irradiant de ses deux vedettes : Anouk Aimée à la sobre beauté, silencieuse et hantée et Jean-Louis Trintignant personnage plus simple, plus direct, éminemment sympathique dans sa banalité. Ils fonctionnent parfaitement bien ensemble et les moments où ils se rapprochent peu à peu sont d’une vérité saisissante.

« UN HOMME ET UNE FEMME » divise de A jusqu’à Z. La plus pure des émotions (la scène d’amour gâchée par les souvenirs de la jeune femme) alterne avec les tics de réalisation complaisants et tape-à-l’œil.

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ANOUK AIMÉE ET JEAN-LOUIS TRINTIGNANT

C’est un film qui ne mettra jamais personne d’accord, c’est certain. Mais la BO de Francis Lai – tellement galvaudée pourtant – fait encore son petit effet et les retrouvailles sur la plage de Deauville où joue un vieux chien, sont de bien jolis moments. Quoi qu’il en soit, une vraie date dans l’Histoire du cinéma français, une sorte de chaînon manquant entre la Nouvelle Vague et la Qualité France.