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Archives de Catégorie: LES FILMS DE JEAN-LOUIS TRINTIGNANT

« VIVEMENT DIMANCHE ! » (1983)

VIVEMENT2Inspiré d’un roman de Charles Williams, « VIVEMENT DIMANCHE ! » est l’ultime film de François Truffaut, visiblement écrit pour donner un rôle en or à sa muse Fanny Ardant, celui d’un personnage à la Katharine Hepburn, dans un mélange de polar et de comédie provinciale grinçante façon Chabrol. Secrétaire d’un agent immobilier (Jean-Louis Trintignant), elle enquête quand son patron – dont elle est amoureuse – est accusé de plusieurs meurtres, dont celui de sa femme volage. Le ton est étrange, entre drôlerie et ‘whodunit’ classique, la photo noir & blanc de Nestor Almendros est digne des films noirs américains de la grande époque. On reconnaît le style du réalisateur dans la façon de s’exprimer de ses vedettes et dans la raideur bizarroïde des seconds rôles.

Tout le charme du film, dont le scénario peine à passionner, provient de la personnalité de Fanny Ardant, l’œil vif et pétillant, la réplique cinglante, très sexy avec sa tenue de théâtre qu’elle porte sous son imper de « privé ». Elle retrouve vraiment le rythme et l’abattage des stars d’antan et a rarement été aussi flatteusement photographiée. Face à elle, Trintignant, plus effacé, a quelques bons moments, surtout dans ses scènes au commissariat et on reconnaît de bons acteurs comme Philippe Laudenbach en avocat ou Jean-Pierre Kalfon, fausse-piste rêvée. « VIVEMENT DIMANCHE ! » se laisse regarder pour ce qu’il est : une œuvrette sans prétention, enjouée et pleine d’ironie, jouant plaisamment avec les codes du polar, dans le seul but de mettre l’actrice principale en valeur et – comme le disait Truffaut – de « faire faire de jolies choses à de jolies femmes ». Avec en bonus une très jolie partition du grand Georges Delerue qui ajoute au sous-texte parodique du film.

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FANNY ARDANT ET JEAN-LOUIS TRINTIGNANT

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CURIOSITÉS AMÉRICAINES…

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BIENTÔT DES U.S.A. : UNE BIZARRERIE ITALIENNE AVEC TRINTIGNANT, LANG MUET, MELVILLE VIA CRITERION ET LA SUITE DE LA SÉRIE « SERGENT ANDERSON ».

 

« ÉTÉ VIOLENT » (1959)

ÉTÉ2« ÉTÉ VIOLENT » commence comme un joli brouillon de « UN ÉTÉ 42 » : les amours estivaux dans une ville balnéaire près de Rimini, d’un très jeune homme et d’une belle veuve de guerre trentenaire et solitaire. Mais Valerio Zurlini ne laisse jamais oublier l’Histoire derrière l’histoire. Nous sommes en 1943, c’est l’été de la chute de Mussolini, la chasse aux fascistes est ouverte. Et le jeune homme se trouve justement être le fils de l’un d’eux. Ce qui démarrait en love story intergénérationnelle, entre baignades à la plage et surprise-parties, se transforme peu à peu et inexorablement en tragédie sous la mitraille.

Eleonora Rossi Drago est magnifique de dignité et de pudeur dans un personnage qui met longtemps à se dévoiler, avant de céder à la passion la plus brûlante, jusqu’à en oublier toute convenance. Un Jean-Louis Trintignant de 29 ans, pas bien épais, est parfaitement crédible dans un rôle qui en a dix de moins. Comme toujours, il parvient à éviter la mièvrerie en apportant une sorte de mystère et d’opacité par ses silences et son regard. Le couple fonctionne à merveille. Ils sont très bien entourés par Jacqueline Sassard en peste jalouse (elle retrouvera Trintignant neuf ans plus tard dans « LES BICHES » de Chabrol) et Enrico Maria Salerno en baderne mussolinienne.

La photo de Tino Santoni est splendide, la BO de Mario Nascimbene habilement distillée et certaines séquences comme le bombardement du train sont dignes d’une superproduction. « ÉTÉ VIOLENT » est un beau film d’amour impossible, une œuvre sur l’engagement, la lâcheté, l’hypocrisie de la grande bourgeoisie. Et l’ambiguïté du personnage joué par Trintignant est idéalement traduite par le jeu intériorisé et complexe de l’acteur français complètement fondu dans un casting presque entièrement italien.

ÉTÉ

JEAN-LOUIS TRINTIGNANT ET ELEONORA ROSSI DRAGO

 

« UN HOMME ET UNE FEMME » (1966)

HF« UN HOMME ET UNE FEMME » est le film qui lança la carrière de Claude Lelouch et il contient déjà en germe tout son travail à venir. C’est aussi un film tellement plagié, parodié, moqué, qu’il devient difficile de le voir avec un œil neuf.

Il contient tout ce qu’on aime et ce qu’on déteste dans les films du réalisateur : un sens aigu du détail, des fulgurances d’émotion comme saisies au vol, une façon unique de magnifier des choses excessivement ordinaires de l’existence. Ici, une rencontre amoureuse entre deux jeunes veufs aux destins semblables dans un Deauville pluvieux et hors-saison. Mais on peut être aussi irrité, voire exaspéré, par des moments incongrus comme le « scopitone » de Pierre Barouh chantant une samba ou des scènes interminables et documentaires sur un circuit de course automobile. Le meilleur et le pire se côtoient en permanence, d’une scène à l’autre.

Le film doit beaucoup, presque tout, au charme irradiant de ses deux vedettes : Anouk Aimée à la sobre beauté, silencieuse et hantée et Jean-Louis Trintignant personnage plus simple, plus direct, éminemment sympathique dans sa banalité. Ils fonctionnent parfaitement bien ensemble et les moments où ils se rapprochent peu à peu sont d’une vérité saisissante.

« UN HOMME ET UNE FEMME » divise de A jusqu’à Z. La plus pure des émotions (la scène d’amour gâchée par les souvenirs de la jeune femme) alterne avec les tics de réalisation complaisants et tape-à-l’œil.

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ANOUK AIMÉE ET JEAN-LOUIS TRINTIGNANT

C’est un film qui ne mettra jamais personne d’accord, c’est certain. Mais la BO de Francis Lai – tellement galvaudée pourtant – fait encore son petit effet et les retrouvailles sur la plage de Deauville où joue un vieux chien, sont de bien jolis moments. Quoi qu’il en soit, une vraie date dans l’Histoire du cinéma français, une sorte de chaînon manquant entre la Nouvelle Vague et la Qualité France.

 

« L’ATTENTAT » (1972)

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JEAN-LOUIS TRINTIGNANT ET GIAN MARIA VOLONTÈ

Inspiré de l’affaire Ben Barka (l’enlèvement en plein Paris d’un leader politique marocain jamais retrouvé) qui défraya la chronique en 1965, « L’ATTENTAT », bien que signé Yves Boisset, a un faux-air de film à la Costa-Gavras. On y retrouve d’ailleurs plusieurs acteurs fréquemment employés par celui-ci ce qui renforce l’impression.ATTENTAT

Revoir le film aujourd’hui replonge dans une ambiance trouble et paranoïaque typique des années 70. Pratiquement pas de psychologie dans le scénario et le dialogue signés Ben Barzman et Jorge Semprun, mais un discours direct et militant, mettant en cause les gouvernements français et marocains (le second jamais nommé), l’ORTF (nommé plusieurs fois !), la police et même la CIA. Inutile de chercher de la subtilité : « L’ATTENTAT » est une machine à dénoncer. C’est à la fois sa force et sa faiblesse. Boisset a réuni un des plus ahurissants castings du cinéma de l’époque : Jean-Louis Trintignant est un antihéros inhabituel, un entremetteur louche qualifié de raté, de minable, de médiocre par à peu près tout le monde au cours du film et manipulé comme un vulgaire pantin ! Comme d’habitude, l’acteur l’incarne honnêtement, sans jamais chercher à le rendre un tant soit peu sympathique, même quand il recherche la rédemption. Autour de lui, Michel Bouquet, Philippe Noiret, Jean Bouise jouent des pourris de compétition, Michel Piccoli est glaçant en colonel tortionnaire, Gian Maria Volontè (doublé par Marcel Bozzuffi) est impeccable en avatar de Ben Barka. Superbe confrontation avec Piccoli dans la meilleure scène du film. Des anglo-saxons comme Roy Scheider, Jean Seberg ou Nigel Davenport n’ont que des rôles sans grand intérêt. À noter que, étonnamment, Bruno Cremer et François Périer trouvent des personnages intègres.

Avec Ricardo Aronovich à la photo, Ennio Morricone à la BO, « L’ATTENTAT » possède énormément d’atouts pour passionner encore. Il bénéficie d’un bon rythme et maintient l’attention, même si deux heures, cela peut sembler longuet quand on ne parvient à s’attacher à aucun personnage et que certaines séquences sont trop systématiquement rentre-dedans et lourdingues. À voir de toute façon pour se souvenir de cette affaire aux ramifications vertigineuses et pour son générique absolument incroyable.

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JEAN SEBERG ET MICHEL PICCOLI

À noter que le film, totalement inédit en France en vidéo, est trouvable en Allemagne dans une copie 16/9, mais techniquement très perfectible.

 

« UN HOMME EST MORT » (1972)

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JEAN-LOUIS TRINTIGNANT

« UN HOMME EST MORT » est un curieux polar franco-italien tourné entièrement à L.A. et suivant les pas d’un Français (Jean-Louis Trintignant) qui abat un gangster (Ted De Corsia) et se voit traqué par un ‘hitman’ (Roy Scheider) lancé à ses trousses par ses propres employeurs.HOMME MORT2

Jacques Deray choisit une approche stylisée et très « européenne » : lumières naturelles, longues séquences muettes, déambulations contemplatives et refus total de la psychologie, de l’émotion ou de l’humour. Son anti-héros est antipathique au possible, il malmène les femmes, gifle un enfant assez violemment et n’exprime aucune espèce de sentiment. À ce jeu, Trintignant est parfait, d’une opacité absolue. Le film est par moments fascinant grâce à des repérages étonnants (cette ville balnéaire en ruines, ce ‘funeral home’ au goût plus que douteux), à une lenteur de cauchemar éveillé, mais il dure un peu trop longtemps et l’absence de péripéties se fait de plus en plus ressentir à mesure que le scénario progresse.

Porté par une BO jazzy de Michel Legrand qui ancre le film dans son époque, « UN HOMME EST MORT » fonctionne par son atmosphère de dépaysement, de froideur. Même les enjeux et les motivations du personnage central ne sont révélés que très tard, quand on ne peut plus entrer en empathie avec lui. On assiste donc à cette poursuite languide et désespérée, parsemée de séquences d’action pas très bien filmées.

Autour de Trintignant, on retrouve des icônes du polar U.S. des années 50 (De Corsia), 60 (Angie Dickinson sous-employée) ou 70 (Alex Rocco et Talia Shire, bientôt au générique du « PARRAIN », la même année). Sans oublier Michel Constantin qui apparaît vers la fin tel qu’en lui-même jamais il ne changea. Bizarrement, il s’exprime dans un anglais tout à fait acceptable, alors que l’accent de Trintignant est disons… un peu spécial ! Ann-Margret n’a pas grand-chose à faire en strip-teaseuse au décolleté éloquent et Scheider a une allure folle en tueur inopérant mais opiniâtre.

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ROY SCHEIDER ET ANN-MARGRET

À noter : le petit garçon tête-à-claques (littéralement) Jackie Earle Haley se fera connaître 40 ans plus tard avec des rôles de psychopathes. Et il faut ABSOLUMENT voir « UN HOMME EST MORT » en version anglaise car, à l’instar de « FRENCH CONNECTION 2 » par exemple, il n’a aucun sens en v.f.

 

« LES PASSAGERS » (1976)

PASSAGERSSerge Leroy est un réalisateur qui signa trois longs-métrages d’affilée entre 1975 et 1978 (« LA TRAQUE », « LES PASSAGERS » et « ATTENTION, LES ENFANTS REGARDENT ») tous dignes d’intérêt, avant de signer quelques polars ratés la décennie suivante et de disparaître des radars.

Adapté par Christopher Frank d’un thriller de Dean R. Koontz, « LES PASSAGERS » part d’un postulat très simple mêlant le ‘road movie’ et le suspense à la « DUEL ». Jean-Louis Trintignant roule de Rome à Paris en compagnie du fils de sa femme (Mireille Darc) pour faire plus ample connaissance avec lui. Ils sont suivis et harcelés par un mystérieux inconnu (Bernard Fresson) dans une camionnette noire, qui semble vouloir leur mort. La tension monte progressivement, les relations entre Trintignant sympathique et d’un parfait naturel et le petit Richard Constantini évoluent avec humour et finesse. Tout ce qui les concerne directement est très réussi, voire passionnant. On ne peut donc que regretter que le personnage de Darc soit si platement écrit et déplorer la sous-intrigue impliquant Adolfo Celi jouant un flic italien incompétent, dont la présence excessive est très probablement due à la coproduction. Cela ralentit le film, le faisant trop fréquemment sortir des rails.

Ce qui distingue le film, c’est l’étonnante composition de Fresson, jouant un ex-pilote de ligne devenu fou à la suite d’un accident et qui s’est transformé en psychopathe hanté par ses fantômes. On ne retrouve aucun des maniérismes habituels de l’acteur, il a même modifié de timbre de sa voix. Investi à 100% dans son rôle, il parvient à se montrer effrayant et pathétique et son face-à-face avec Darc est un grand moment de violence psychologique et physique. Malgré sa construction polluée par l’inutile enquête policière, « LES PASSAGERS » vaut largement le coup d’œil, ne serait-ce que pour son excellent dialogue et pour le plaisir de revoir Fresson et Trintignant au sommet de leur carrière.

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JEAN-LOUIS TRINTIGNANT, RICHARD CONSTANTINI ET BERNARD FRESSON

À noter que le DVD récemment sorti est très loin d’être techniquement à la hauteur du film, qui aurait mérité un peu plus de soin. C’est très déplorable de voir encore en 2017 des DVD qui ressemblent à des VHS.