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Archives de Catégorie: FILMS DE GUERRE

« THE WITCH » (2015)

Premier long-métrage de Robert Eggers, « THE WITCH », basé sur des légendes et superstitions de la Nouvelle Angleterre du 17ème siècle, se passe entièrement dans une ferme perdue non loin d’une forêt.WITCH

Ce que raconte en filigrane ce film étrange, statique, austère et presque rébarbatif, c’est la lente désagrégation d’une famille puritaine, confrontée au péché en la personne de la fille aînée (Anya Taylor-Joy) en train de devenir une séduisante adolescente. Eggers montre peu et laisse beaucoup à deviner. Quand un évènement atroce se passe – comme l’assassinat d’un bébé par exemple – c’est hors du champ de la caméra. Mais on en a vu suffisamment pour que l’imagination fasse le reste. C’est assez virtuose, très maîtrisé, mais il faut s’accrocher un peu, tant l’ambiance est plombée de A jusqu’à Z, sans la moindre respiration ou instant de répit. Les cadrages rigoureux, la photo monochrome et la BO très angoissante participent de cette immersion qui anesthésie le sens critique.

« THE WITCH » flirte avec le fantastique, le film d’horreur, sans en respecter les codes. La peur naît de l’inconnu, de la mince frontière séparant le réel du cauchemar et surtout de la folie des hommes obnubilés par la religion et la peur de l’enfer. Dominée par la remarquable Taylor-Joy, la distribution est parfaitement homogène : Ralph Ineson plus vrai que nature dans un rôle ambigu de pater familias hypocrite, Kate Dickie (« GAME OF THRONES ») est superbe en mère fanatique et instable.

Une œuvre personnelle, incontestablement intéressante, mais peut-être pas tout à fait à la hauteur de son exceptionnelle réputation. À tenter, de toute façon, pour son originalité foncière et quelques moments authentiquement stressants. Le bouc noir incarnant le diable est une belle trouvaille…

 

« HOPE AND GLORY : LA GUERRE À SEPT ANS » (1987)

HOPESitué dans la carrière de John Boorman entre « LA FORÊT D’ÉMERAUDE » et le très oublié « TOUT POUR RÉUSSIR », « HOPE AND GLORY : LA GUERRE À SEPT ANS » est une œuvre autobiographique sur les années de guerre du petit garçon qu’il fut pendant la WW2.

À l’instar du classique hollywoodien « MADAME MINIVER » (chroniqué sur WW2), ce film est une sorte de journal intime centré sur la population civile bombardée. Tout est vu à travers le regard du jeune Sebastian Rice-Edwards, alter-ego de l’auteur, enfant vif et observateur vivant dans un environnement féminin. Le ton est constamment enjoué et gentiment ironique, même dans les moments les plus dramatiques. Boorman ne s’apitoie jamais, ne cède pas au sentimentalisme et brosse une galerie de portraits pittoresques avec une affection sans complaisance. Sarah Miles tient un beau rôle de mère protectrice et pétrie de regrets, Ian Bannen est excellent en grand-père colérique, seule Sammi Davis paraît un peu gauche en ado précoce. On remarque la fugace apparition de Charley Boorman, fils de John, en pilote allemand abattu.

La tendresse émanant de « HOPE AND GLORY » n’empêche pas la mort de rôder au-dessus de toutes les scènes. Les plans de la ville à moitié rasée par les bombes sont vraiment impressionnants de réalisme et rappellent en permanence la fragilité de cette famille à la fois banale et excentrique.

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SARAH MILES, DERRICK O’CONNOR, ANNIE LEON ET IAN BANNEN

Après presque deux heures de projection, tous les protagonistes ont pris de l’épaisseur, aucun n’est détestable, ni héroïque. Boorman a su mêler l’Histoire et l’anecdote avec brio. Quant à la dernière séquence, celle de la rentrée des classes, elle laisse sur une sensation d’euphorie et de liberté absolument extraordinaire que comprendront tous les vieux enfants qui ont haï l’école. Un très joli album de souvenirs, modeste et pétri d’humanité, un des plus simples et attachants de son auteur.

 

« L’INSOUMIS » (1964)

INSOUMISLa première partie de « L’INSOUMIS » est trompeuse. On se croit parti pour un film sur la guerre d’Algérie et l’action de l’OAS. Ça démarre à Alger en 1961, par l’enlèvement d’une avocate lyonnaise (Lea Massari) organisé par des déserteurs de la Légion Étrangère. Puis l’un d’eux, Alain Delon, mercenaire et taiseux, décide d’aider l’otage à s’enfuir. À partir de là, on oublie la guerre et l’ancrage historique, pour se concentrer sur la fuite en avant de ce jeune homme perdu, romantique et suicidaire, qui ira retrouver à Lyon Massari, dont il est tombé amoureux et l’entraînera dans une histoire d’amour sans espoir.

Il y a quelque chose d’indéfinissable dans ce film qui accroche instantanément l’intérêt pour ne jamais le relâcher. La photo de Claude Renoir déjà, qui offre à Delon ses plus beaux gros-plans depuis « PLEIN SOLEIL ». Alain Cavalier, visiblement fasciné par son acteur (et producteur), ne le lâche pas d’une semelle, multiplie les close-ups en clair-obscur, et retrouve à la fois l’innocence angélique de « ROCCO ET SES FRÈRES » et la dangerosité qui émanait de lui dans le chef-d’œuvre de René Clément cité plus haut. Habité, Delon a rarement été meilleur, plus animal, plus touchant, que dans ce personnage qu’on devine condamné à l’avance, bête traquée, dont la fin rappelle irrésistiblement celle du ‘Dix’ de « QUAND LA VILLE DORT » de John Huston.

L’alchimie avec Lea Massari ne saute pas aux yeux. La distance créée par le doublage, peut-être ? La comédienne italienne est pourtant excellemment postsynchronisée, mais il manque une sensualité, une passion dans sa relation à l’écran avec son partenaire. Autour d’eux, de bons seconds rôles comme Georges Géret en lieutenant impassible et déterminé, Maurice Garrel en mari étonnamment compréhensif.

INSOUMIS copie

ALAIN DELON, LEA MASSARI ET GEORGES GÉRET

Œuvre rare, pas exploitée en vidéo, « L’INSOUMIS » est une franche réussite et un des films déterminants de la mythologie d’Alain Delon, qui installe les bases de son personnage de cinéma tragique, orgueilleux et désespéré. Tout le début, dans l’appartement en travaux d’Alger (tourné à Marseille, comme les extérieurs), est d’une tension dramatique exceptionnelle et définit les protagonistes avec un minimum de dialogue. Un des grands films de Delon, à réhabiliter de toute urgence, ne serait-ce qu’avec une sortie Blu-ray adéquate.

 

« RANGOON » (1995)

John Boorman's Beyond Rangoon (1995) with Patricia ArquetteTourné « à chaud » dans le but évident de faire connaître à un vaste public international le drame birman, « RANGOON » pâtit de ses bonnes intentions qui – on le sait depuis longtemps – n’ont jamais fait les bons films.

Entre les mains expertes de John Boorman, c’est pourtant loin d’être un ratage complet, une fois passé les quarante premières minutes. Tout ce début est en effet confit de clichés : le deuil de l’héroïne censé justifier à lui seul tout son comportement, les flash-backs/rêves sur l’enfant mort, le dialogue d’une platitude et d’un didactisme inouïs, la séquence où apparaît un avatar d’Aung San Suu Kyi d’une naïveté navrante, etc.

Mais dès que l’action se concentre en course-poursuite dans la jungle, le film décolle, trouve ses marques et confirme qu’un discours, même politique, est bien plus efficace quand il n’est pas asséné au burin, mais démontré en images et en symboles. Outre une photo magnifique de John Seale et une BO très émouvante de Hans Zimmer, « RANGOON » doit énormément à la sympathie naturelle dégagée par Patricia Arquette, qui transcende un rôle sans réelle profondeur, plombé par des répliques souvent agaçantes de vieux bon sens yankee. Sa relation au professeur U Aung Ko, jouant son propre personnage, soutient l’intérêt et génère parfois une véritable empathie. Dommage que Frances McDormand disparaisse après le premier quart d’heure ! Son apparition en sœur protectrice ne marquera pas les esprits.

À prendre et à laisser donc, dans ce « RANGOON » sincère et visuellement très beau, que l’excès de sentimentalisme hollywoodien finit par rendre souvent irritant et contre-productif.

RANGOON

PATRICIA ARQUETTE ET FRANCES McDORMAND

 

« UN CRIME DANS LA TÊTE » (2004)

CRIME2Éternelle question qu’on se pose en voyant un remake : quel intérêt de refaire un film si ce n’est pas pour améliorer le score ? Pour remettre l’histoire au goût du jour ? Remplacer – comme ici – la guerre de Corée par l’Irak ? Re-tripatouiller le roman d’origine jusqu’à le rendre incompréhensible ?

Toujours est-il que « UN CRIME DANS LA TÊTE » de John Frankenheimer sorti en 1962, n’a pas pris une ride et que la nouvelle mouture de Jonathan Demme ne possède rien qui justifie son existence.

Le postulat a beau être passionnant (le lavage de cerveau de héros de guerre en vue d’un coup d’État), le film s’avère être un pensum interminable où la vie ne pénètre jamais. Le casting, pourtant brillant, paraît amorphe, sous-employé, tellement en retrait que lorsque des pointures comme Meryl Streep, Jon Voight ou Liev Schreiber partagent l’écran, il ne se passe quasiment rien. Même Denzel Washington, dans un rôle en or, semble distant, jouant sur une seule et même tonalité monocorde et franchement ennuyeuse. Comme si tout le monde s’économisait…

Alors bien sûr, on ne peut s’empêcher de comparer : l’étrangeté cauchemardesque, hypnotique du film original à la fadeur parfois télévisuelle de son inutile remake. D’excellents seconds rôles comme Vera Farmiga ou Bruno Ganz (qu’est-il venu faire dans cette galère ?) ne peuvent rien y changer. « UN CRIME DANS LA TÊTE » fait deux heures et paraît en durer une de plus. On se demande comment Demme a pu même louper à ce point le suspense final pendant le meeting électoral. Les enjeux sont forts, ce n’est pas mal filmé… Mais on s’en fiche ! Aucune âme…

CRIME

DENZEL WASHINGTON, MERYL STREEP, LIEV SCHREIBER ET VERA FARMIGA

À noter pour la petite histoire, que Jon Voight et Liev Schreiber joueront un père et son fils dans la série TV « RAY DONOVAN » dix ans plus tard, et que le second se prénommera à nouveau ‘Raymond’ comme dans le présent film.

 

« CENTURION » (2010)

CENTURION2À la suite du remarquable « THE DESCENT » en 2005, le réalisateur anglais Neil Marshall a grandement déçu avec « DOOMSDAY » et s’est un peu rattrapé avec « CENTURION », avant de se consacrer aux séries TV.

Sans être un chef-d’œuvre, « CENTURION » contient tout de même pas mal d’éléments positifs, une belle maîtrise du tournage en extérieurs (les montagnes glacées d’Écosse) et un indéniable goût pour la violence la plus débridée. Après une assez longue mise en place, le film décolle quand ce qui reste d’une cohorte romaine menée par un centurion inexpérimenté (Michael Fassbender) doit fuir une tribu picte aux mœurs barbares, décidée à les exterminer. C’est un véritable ‘survival’ bien plus riche et complexe qu’il n’en a d’abord l’air : en effet, si on reste du point-de-vue des Romains, le scénario ne décrit pas leurs ennemis comme des bêtes sauvages (comme dans « LE 13ème GUERRIER », par exemple). Après tout, ils sont parfaitement en droit de défendre leur territoire annexé et de venger les exactions des envahisseurs sur la population.

Ainsi, si les soldats traqués sont attachants et bien dessinés, on peut éventuellement se ranger dans l’autre camp et comprendre la pisteuse picte, Olga Kurylenko, certes terrifiante, mais dont le passé peut justifier ses actes les plus atroces. Ce regard dépourvu de manichéisme rend le film passionnant à suivre et la conclusion amère et nihiliste enfonce le clou. Ici pas de bons, pas de méchants. À chacun de choisir qui est qui.

Fassbender est parfait de sobriété dans un personnage évolutif et sensible. Kurylenko bouffe littéralement l’écran dès qu’elle apparaît, et les seconds rôles sont tenus par des pointures comme Dominic West, Ulrich Thomsen ou Liam Cunningham.

Hormis quelques petites facilités (la « sorcière » exilée dans les bois a, quelle heureuse surprise, un physique de top-model), « CENTURION » est un excellent film d’action rugueux et sans chichi, où on s’étripe à tout-va, sans jamais délaisser la progression de l’histoire ou la profondeur des protagonistes.

CENTURION

OLGA KURYLENKO, DOMINIC WEST ET MICHAEL FASSBENDER

 

« TU NE TUERAS POINT » (2016)

Inspiré des actes d’héroïsme de Desmond Doss, un infirmier à Okinawa pendant la WW2, le 5ème long-métrage de Mel Gibson provoque des réactions diverses et parfois contradictoires.hacksaw

« TU NE TUERAS POINT » (titre français peu engageant) est divisé en deux parties : la jeunesse et l’enrôlement dans l’U.S.-Army d’un jeune homme croyant et objecteur de conscience, suivis de la prise d’une falaise à Okinawa en 1945. La première retrouve étrangement des accents pompiers et sentimentaux dignes du Hollywood des années 50. Le chemin de croix de ‘Doss’, maltraité par ses officiers et ses copains de chambrée qui le prennent pour un lâche, rappellent fortement celui de Montgomery Clift dans « LE BAL DES MAUDITS » d’Edward Dmytryk. C’est très bien fait, mais légèrement décalé et truffé de clichés qu’on ne voyait plus depuis des années. La seconde nous fait retrouver Gibson dans ce qu’il sait filmer le mieux : l’action, les batailles, le sang et les tripes. Ses séquences d’attaques sont époustouflantes de réalisme et d’horreur, immergeant totalement dans l’ultra-violence des champs de bataille et n’épargnant aucune atrocité, aucune mutilation.

Andrew Garfield domine le film sans problème dans ce personnage attachant que l’insistance de Gibson à rendre christique dessert plus qu’autre chose. À ses côtés, Vince Vaughn n’a jamais été meilleur qu’en sergent gueulard mais humain, Sam Worthington impeccable en capitaine borné, Hugo Weaving et Rachel Griffiths sont remarquables en parents déchirés et Teresa Palmer est vraiment très jolie.

Difficile d’affirmer qu’on adore « TU NE TUERAS POINT » tant il est parfois « corny » et emphatique, tant il enfonce trop fort et trop souvent le clou religieux, mais encore plus difficile de le rejeter complètement tant il est bien confectionné et tant il propose les scènes de guerre les plus concrètes et choquantes depuis « IL FAUT SAUVER LE SOLDAT RYAN ».

À noter pour la petite histoire, que le scénariste Robert Shenkkan fut acteur et qu’il joua un des trois tueurs qui abattent Charley Bronson dans son lit à la fin de « ACT OF VENGEANCE ».