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Archives de Catégorie: FILMS DE GUERRE

« LE TESTAMENT CACHÉ » (2016)

SECRET2Écrit et réalisé par l’irlandais Jim Sheridan, qui connut son heure de gloire dans les années 90, « LE TESTAMENT CACHÉ » est adapté d’un roman de Sebastian Barry et se déroule sur deux époques : la WW2 où se noue le drame de l’héroïne (Rooney Mara), qu’on retrouve après 40 ans passés dans un hôpital psychiatrique, sous les traits de Vanessa Redgrave.

Malgré son ancrage dans un contexte historique très précis et une vision bien peu glorieuse des institutions et mentalités du pays, c’est un pur mélodrame, qui ne recule devant aucune grosse ficelle, aucun coup de théâtre pour narrer le chemin de croix d’une jeune femme indépendante et libre, qui va se heurter aux désirs d’un prêtre (Theo James) qui va ruiner sa vie, à l’amour absolu dans les bras d’un pilote (Jack Reynor) avant d’être anéantie par l’isolement et les électrochocs. Pas de quoi rire donc, dans « LE TESTAMENT CACHÉ » ! Mais l’intensité de l’excellente Mara au beau visage anguleux et au regard limpide, la finesse de composition de Redgrave, donnent une belle texture au film. La réalisation de Sheridan est sobre, effacée, mais garde une ampleur qui l’arrache au look téléfilm et l’épilogue, même si on finit par le voir venir, est extrêmement émouvant. Autour des deux comédiennes, Eric Bana est parfait en psy s’intéressant au cas de la vieille femme, avant de se rendre compte qu’il est lui-même impliqué dans le drame de sa vie, Susan Lynch offre son regard généreux et plein d’empathie à un personnage anonyme d’infirmière. Les petits rôles de tourmenteurs sont tous idéalement campés.

Sans être un grand film, « LE TESTAMENT CACHÉ » est une œuvre sincère et sérieuse, il parle de l’oppression de la femme, de la haine ordinaire, de l’hypocrisie des religions, de la résilience, sous des dehors de mélo décomplexé.

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THEO JAMES ET ROONEY MARA

 

« LES FORÇATS DE LA GLOIRE » (1945)

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ROBERT MITCHUM

Inspiré des articles du correspondant de guerre Ernie Pyle, pendant la campagne d’Italie de la WW2, « LES FORÇATS DE LA GLOIRE » de William A. Wellman est un classique du film de guerre U.S. réaliste, dépourvu d’héroïsme hollywoodien bidon et centré sur les hommes de terrain et leur misérable existence.GI JOE

Avec comme fil rouge les déambulations de Pyle, joué par Burgess Meredith vieilli par le maquillage, le film se focalise sur un bataillon d’infanterie mené par le capitaine Robert Mitchum, jeune homme usé avant l’âge, constamment harassé, désabusé, prêt à tout pour ses hommes. On apprend à connaître ces soldats sympathiques entre deux bombardements, d’autant plus que le scénario tourne le dos à une construction dramatique traditionnelle, pour se faire chronique du quotidien : les bombardements-surprise, les morts inattendues, la gadoue, la crasse, les petits moments d’humour et de répit, tout est traité avec délicatesse par Wellman qui sait de quoi il parle. Même le second rôle « pittoresque », figure obligée des films de guerre américains, le rital dragueur joué par Wally Cassell parvient à n’être pas trop agaçant. Remarquable interprétation également de Freddie Steele obnubilé par ce 45-tours envoyé par sa femme qui a enregistré la voix de leur fils. Meredith a choisi de tenir son rôle de façon oblique, presque symbolique, en demeurant à l’arrière-plan, parfois simple témoin des événements. Le film est dominé par Mitchum dans le rôle qui le fit connaître, dont certains gros-plans laissent deviner la star qu’il allait devenir. « LES FORÇATS DE LA GLOIRE » est à voir comme une chronique impartiale et sans pathos de la vie des hommes partis au front. Tourné « à chaud », au sortir de la guerre, dans un somptueux noir & blanc de Russell Metty, il fait figure d’émouvant et beau témoignage.

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BURGESS MEREDITH

 

« LA FORMULE » (1980)

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GEORGE C. SCOTT

Écrit par Steve Shagan, d’après son propre roman, réalisé par John Avildsen (« ROCKY »), « LA FORMULE » démarre comme un polar situé à L.A. et se développe en suspense d’espionnage enraciné en Allemagne et dans la WW2. L’enjeu : la formule d’un carburant synthétique censé remplacer le pétrole.FORMULA2

Tout cela et bel et bon. Mais hélas, le scénario se résume à une longue succession d’interrogatoires, de rendez-vous menant à d’autres rendez-vous dans des lieux touristiques de Berlin. L’enquête du flic George C. Scott est fastidieuse, son histoire d’amour avec une « femme fatale » jouée – pas très bien d’ailleurs – par Marthe Keller, n’est pas crédible une seconde et mène à un coup de théâtre à la frontière entre les deux Allemagnes, qu’on voyait venir des kilomètres à l’avance. Un peu âgé et ventripotent pour son rôle, Scott se donne du mal, mais ne parvient jamais à donner chair à ce personnage dont le seul et unique trait de personnalité est d’avoir un fils qu’il aime et dont il nous rabat les oreilles. On aperçoit des visages connus comme John Gielgud, Richard Lynch, Beatrice Straight ou Craig T. Nelson qui n’apparaissent que dans une ou deux séquences. Mais évidemment, celui qu’on attend depuis le début, c’est Marlon Brando. Il incarne un puissant pétrolier, un « maître du monde » cynique et débonnaire avec un je-m’en-foutisme invraisemblable. Le crâne dégarni, affublé d’un faux nez, d’un sonotone, il fait un numéro clownesque et déconcertant, là où on aurait préféré une vraie composition pour lester le film et donner du poids (c’est le cas de le dire) à son discours final, seule chose vraiment intéressante du film. Mais Brando fait preuve d’une complaisance inouïe (la scène totalement inutile avec la grenouille dans sa piscine !) et anéantit une grande partie d’un rôle de tireur de ficelles ultime qui aurait pu être fascinant. « LA FORMULE » est un pensum statique, bavard, tellement truffé de noms propres qu’on s’y perd complètement. À éviter soigneusement, donc. Même pour le fan du grand Marlon, vraiment à côté de la plaque.

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MARLON BRANDO, GEORGE C. SCOTT ET MARTHE KELLER

 

« LA PROMESSE DE L’AUBE » (2017)

« LA PROMESSE DE L’AUBE », roman autobiographique de Romain Gary (1914-1980) consacré à sa mère, fut déjà adapté en 1970 par Jules Dassin, avec Melina Mercouri. Presque un demi-siècle plus tard, Éric Barbier en tourne une nouvelle version avec Charlotte Gainsbourg.AUBE

On peut être rebuté au premier regard par ce choix de casting étonnant. La douce et discrète comédienne française dans un rôle de Russe volcanique et extravertie ? Il ne faut pourtant pas longtemps pour qu’on se fasse à cette idée et qu’on accepte son accent, ses sautes d’humeur. C’est un beau personnage, idéalisé et embelli par la mémoire de son fils unique, une « mère juive » puissance 100 qui prendra toute sa dimension lors d’un épilogue déchirant et romanesque. Pierre Niney, s’il ne ressemble ni de près ni de loin à Gary, s’en sort plutôt bien, même s’il manque du charisme arrogant du romancier. Mais il parvient à faire exister son rôle un peu trop passif, et à former un vrai duo avec Gainsbourg. La réalisation est ambitieuse, ample, professionnelle, jusqu’aux séquences de combat pendant la guerre, dignes d’une superproduction U.S. On ne décèle vraiment aucune des scories habituelles aux films hexagonaux et on applaudit à la précision des reconstitutions historiques, que ce soit en Pologne, à Nice ou à Londres. Dans un casting très homogène, on reconnaît Catherine McCormack en épouse dévouée de Gary âgé ou Jean-Pierre Darroussin en prétendant éconduit. Seule (petite) faute de goût : le numéro excessif et peu drôle de Didier Bourdon en cabot français en exil au début du film.

Très bonne surprise donc, que « LA PROMESSE DE L’AUBE », qui cueille par sa rigueur, sa maîtrise de l’outil cinéma et par sa richesse thématique. À se réconcilier avec le cinéma français ?

 

« JOSEY WALES HORS-LA-LOI » (1976)

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CLINT EASTWOOD

« JOSEY WALES HORS-LA-LOI » est le 5ème film réalisé par Clint Eastwood, un western ambitieux, à la genèse tourmentée, mais qui demeure encore aujourd’hui, un des chefs-d’œuvre incontournables du réalisateur.JOSEY

On dirait que le sujet n’a été conçu que pour ancrer le personnage d’Eastwood (le pistolero barbu, aussi infaillible qu’implacable) dans l’Histoire américaine et le réimplanter dans ses racines en oubliant définitivement l’Europe. L’homme sans nom en a bel et bien un, il a même un passé, une vie antérieure et après s’être métamorphosé en rebelle sans pitié pendant la guerre de sécession, il va progressivement reprendre visage humain. Et même fédérer autour de lui une véritable communauté de laissés-pour-compte et ainsi se reconstituer une famille. Le film est picaresque, ancré dans le réel, la photo est belle mais sans afféteries hollywoodiennes : les visages sont souvent masqués par l’ombre des chapeaux, la violence n’est jamais complaisante, Eastwood n’use pas de ralentis ni de plans picturaux à la John Ford. En tant qu’acteur, c’est un de ses plus beaux rôles, il manie l’humour pince-sans-rire avec précision, laisse filtrer les émotions avec parcimonie. Quelques séquences comptent parmi les plus belles de sa carrière (le face à face avec le chef comanche Will Sampson, celui où il confronte son passé à la fin, avec Bill McKinney et John Vernon, tous deux excellents). Chief Dan George est savoureux en vieil Indien encore vert et plein d’humour en autodérision, Sondra Locke joue une jeune femme pure et évanescente, et on reconnaît des visages familiers comme Richard Farnsworth, John Russell ou Sheb Wooley (partenaire d’Eastwood dans la série TV « RAWHIDE » pendant des années).

Œuvre ample, généreuse, à la fois sombre et lumineuse, « JOSEY WALES HORS-LA-LOI » n’a pas pris une ride. Eastwood manifeste un souci du détail qu’il a un peu perdu par la suite et parvient à donner une dimension supplémentaire à son propre archétype. Indispensable.

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CLINT EASTWOOD, CHEF DAN GEORGE, JOHN VERNON, BILL McKINNEY ET WILL SAMPSON

 

« JOHN CARTER » (2012)

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LYNN COLLINS, TAYLOR KITSCH ET… SAMANTHA MORTON

Adapté de l’œuvre romanesque d’Edgar Rice Burroughs, « JOHN CARTER » d’Andrew Stanton apparaît comme une des superproductions de SF les plus mal-aimées et sous-évaluées de ces dernières années.CARTER

Très difficile à résumer, le scénario emprunte à des films aussi différents que « QUELQUE PART DANS LE TEMPS », « DANSE AVEC LES LOUPS » et « AVATAR » et parvient à créer un univers visuel hallucinant qu’on intègre étonnamment vite. Un officier sudiste (Taylor Kitsch) est projeté sur Mars où il tombe amoureux d’une princesse (Lynn Collins) et devient le héros d’une peuplade de créatures à quatre bras. L’aventure est épique et peu avare en CGI. Mais ceux-ci servent l’histoire, sont particulièrement beaux et parviennent à générer – chose rarissime – poésie et émotion. On en prend plein les yeux pendant deux heures, presque sans temps mort, on s’attache à des personnages improbables, à des situations folles et même les batailles ne sont jamais ennuyeuses. C’est dire ! Le fait d’avoir introduit le jeune Burroughs, en tant que neveu de son propre héros, est une brillante idée créant une mise en abyme vertigineuse, puisqu’on finit par se demander si l’oncle est mytho, le futur écrivain crédule ou si tout ce qu’on vient de voir n’est, finalement, que la base de son premier livre. Les scénaristes n’ont méprisé ni leur matériau littéraire d’origine, ni le public, et c’est pour cela que « JOHN CARTER » enthousiasme et réjouit de A à Z, rendant complètement incompréhensible l’oubli dans lequel il est déjà tombé. Outre Kitsch et Collins, aussi séduisants que parfaitement à leur place, on apprécie des vétérans comme Dominic West en infâme de service, Mark Strong, Ciarán Hinds ou Bryan Cranston en sosie de Custer. Sans oublier le travail vocal de Willem Dafoe, Samantha Morton ou Thomas Haden Church. Sans oublier le « chien » numérique Woola, très jolie réussite jamais infantile ou grotesque.

En un mot comme en mille, « JOHN CARTER » se doit d’être redécouvert, réévalué, pour prendre enfin la place qu’il mérite dans l’histoire de la science-fiction U.S.

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LYNN COLLINS, TAYLOR KITSCH, SAMANTHA MORTON ET… WOOLA

 

« LES BAROUDEURS » (1970)

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CHARLES BRONSON ET TONY CURTIS

Co-production internationale tournée en Turquie par l’anglais Peter Collinson (« L’OR SE BARRE »), « LES BAROUDEURS » (traduction osée de : « ON NE PEUT PAS GAGNER À TOUS LES COUPS ») est un remake inavoué de « VERA CRUZ » situé en 1922, en pleine guerre civile.BAROUDEURS

Il y a tout pour plaire dans ce film : deux stars charismatiques comme Tony Curtis et Charles Bronson, une belle Française comme Michèle Mercier, des paysages grandioses et une photo qui flatte l’œil. Alors pourquoi ressort-on de cette projection aussi dépité ? D’abord parce que hormis le squelette d’histoire copieusement pompé sur le film de Robert Aldrich par le scénariste/comédien Leo Gordon, le récit se résume à une enfilade de trajets touristiques en bateau, à pied, en voiture, en train, à cheval ou à dos d’âne. Ensuite les dialogues sont d’une effarante lourdeur, confrontant un Curtis narquois à un Bronson primesautier. Ils tentent d’établir une complicité, mais tout paraît forcé, jamais naturel. Quand on pense à l’alchimie entre Gary Cooper et Burt Lancaster ! Bronson, qui jouait déjà un petit rôle dans « VERA CRUZ », aurait dû mieux observer ses aînés et s’en inspirer. Il commet d’ailleurs une erreur de débutant : il éclate de rire à toutes les saillies « spirituelles » de Curtis, quand c’est le spectateur qui devrait rire. Que reste-t-il alors ? De bonnes scènes de foule avec une impressionnante figuration, des batailles crédibles. Hélas, ces moments de grand spectacle n’étant sous-tendus par aucun enjeu humain, tombent à plat et semblent durer des heures. « LES BAROUDEURS » manque de nerf, de raison d’être, c’est d’autant plus regrettable que la première rencontre entre les deux protagonistes sur un bateau de pêche grec est très prometteuse et fleure bon la grande aventure, avec ces visages tannés par le soleil, cette guimbarde dont joue Bronson comme dans un western italien. Hélas, à l’arrivée au port, c’est la débandade immédiate et les petits apartés de Curtis, ses sourires fripons et ses réparties du tac-au-tac deviennent vite agaçantes. Typiquement le genre de film qu’on regrette de ne pas aimer.

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TONY CURTIS, CHARLES BRONSON, LEO GORDON ET MICHÈLE MERCIER

 

« ENNEMIS JURÉS » (2011)

CORIOLANUSCe n’est pas la première fois qu’une pièce de Shakespeare est adaptée à une époque plus « moderne » quoi qu’imprécise. On se souvient du « HAMLET » de Branagh et du « RICHARD III » avec Ian McKellen.

« ENNEMIS JURÉS » réalisé et interprété par Ralph Fiennes, transpose « CORIOLANUS » dans une Rome alternative (filmée en Serbie) où les personnages portent des costumes et uniformes d’aujourd’hui et parlent couramment la langue du grand Will. On met du temps à s’y habituer, d’autant que la réalisation de Fiennes est assez rebutante avec sa caméra perpétuellement « bougée », ses flous et sa photo sans grâce. C’est en fait l’histoire de ce général fanatique, véritable chien de guerre dressé par sa propre mère (Vanessa Redgrave) et banni par son peuple, qui maintient l’intérêt. Trop focalisé par lui-même et par le rôle écrasant qu’il s’est octroyé, Fiennes ne laisse pas suffisamment de place à Gerard Butler, son ennemi juré auquel il finit par s’associer pour se venger de son ingrate patrie. On n’assiste donc pas au face à face promis par le titre français, mais plutôt aux tourments de ce Coriolanus banni, rongé par son orgueil et son manque d’humanité. Dommage, car le scénario insuffle un sous-texte crypto-gay entre les deux antagonistes, pas assez développé, et décrit l’armée des Volsques comme une bande de taulards musculeux, chauves et tatoués. Mais on l’a dit, tout excellent qu’il soit dans ses trop rares moments, Butler s’efface derrière son réalisateur, acteur sérieux mais limité, dont l’absence de charisme nuit au film tout entier. Outre Redgrave, remarquable, on retrouve des comédiens qu’on aime comme Brian Cox, John Kani et Jessica Chastain, à peine visible en épouse soumise. À voir pour découvrir une pièce peu connue de Shakespeare, mais « ENNEMIS JURÉS » est un film qui manque d’ampleur et de cœur. Et, concernant l’acteur/réalisateur, d’un peu d’humilité.

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RALPH FIENNES, VANESSA REDGRAVE, JESSICA CHASTAIN ET GERARD BUTLER

 

« SIERRA TORRIDE » (1970)

SARA« SIERRA TORRIDE » (traduction un peu osée de « DEUX MULES POUR SŒUR SARA ») est le second des cinq films que Don Siegel tourna avec Clint Eastwood. Rien que les noms alignés au générique donnent envie de l’aimer : le grand Gabriel Figueroa à la photo, Ennio Morricone à la BO et une histoire originale de Budd Boetticher ! N’en jetez plus.

Mais il faut déchanter, à notre grand regret. Le scénario est faible, beaucoup trop dilué, le montage est d’une mollesse inhabituelle chez Siegel (presque 120 minutes pour raconter ça ?) et la bataille finale dans le fort français paraît durer des heures. L’histoire de ce mercenaire échappé d’un film de Leone qui rencontre une nonne (Shirley MacLaine) au Mexique et leur trajet pour retrouver des juaristes, est parsemé d’embûches sans intérêt, les seconds rôles sont bâclés. On pense de temps en temps à deux films de John Huston : « AFRICAN QUEEN » et « DIEU SEUL LE SAIT » et la comparaison ne joue pas en faveur de « SIERRA TORRIDE ». Alors pourquoi reste-t-on jusqu’au bout ? Et pourquoi – à notre grand étonnement – y prend-on un certain plaisir ? Uniquement grâce aux magnifiques extérieurs admirablement mis en valeur et surtout grâce au duo Eastwood-MacLaine, qui fonctionne à merveille. Lui en mercenaire cynique et ultra-cool un peu plus humain que l’anti-héros de spaghetti westerns (il s’intéresse au beau sexe !) et elle, très en verve, qui effectue ses cascades elle-même et tient tête à son partenaire. Évidemment, si les auteurs s’attendaient à ce qu’on soit surpris par la révélation de la véritable identité de la bonne sœur, ils s’y sont mal pris !

Film mal écrit, assez ennuyeux dans l’ensemble « SIERRA TORRIDE » est donc en partie sauvé par ses deux stars et surtout par Morricone, dont les notes en forme de cantique ironique ajoutent un sous-texte fort sympathique aux images. Sans oublier le très joli générique-début, intégrant le héros et sa monture dans la nature, au milieu de la faune sauvage.

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CLINT EASTWOOD ET SHIRLEY MacLAINE

 

« LES PROIES » (1971)

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GERALDINE PAGE ET CLINT EASTWOOD

« LES PROIES » d’après le roman de Thomas Cullinan est sans doute le film le plus atypique de la filmo de Don Siegel, et fait plutôt penser au style d’un Robert Mulligan.PROIES

Un soldat nordiste blessé, un refuge pour jeunes fille sudistes, un huis clos sensuel chargé de frustrations, de mensonges lourds de non-dits, voilà l’univers dans lequel on étouffe pendant la durée de ce film envoûtant, malsain et sans échappatoire. Le scénario utilise toutes les ficelles narratives pour désorienter le spectateur (flash-backs démentant ce que dit le soldat, voix « off » sporadiques, moments horrifiques) et transforme peu à peu le loup en victime impuissante et les jeunes pucelles effarouchées en prédatrices sans pitié. C’est assez brillant, la photo de Bruce Surtees, jouant des clair-obscur et la BO de Lalo Schifrin sont pour beaucoup dans l’atmosphère de ce drame de la manipulation renvoyant dos à dos femmes et hommes. La vraie révélation c’est Clint Eastwood, acteur qu’on pensait alors monolithique, qui campe un des rares vrais « méchants » de sa carrière, un menteur pathologique, un beau parleur sans honneur, incapable de résister à ses pulsions, mais se croyant plus malin qu’il n’est réellement. Il a des scènes extraordinaires de duplicité avec la jeune nympho Jo Ann Harris et ses face à face avec Geraldine Page sont des merveilles. Celle-ci joue la directrice du collège, femme de tête hantée par son passé incestueux avec son frère et n’hésitant jamais à user les grands moyens pour préserver son univers clos. Tout le cast est d’ailleurs remarquable, à commencer par Elizabeth Hartman en vierge amoureuse, létale à sa façon et Mae Mercer excellente en esclave dure-à-cuire.

Un des meilleurs films de Siegel, même s’il ne ressemble à aucun autre, et un rôle complètement à part dans le travail de comédien d’Eastwood qui fait taire toute réticence quant à ses qualités professionnelles. Il chantonne la chanson des génériques début et fin, faisant définitivement pardonner son dérapage ridicule dans « LA KERMESSE DE L’OUEST ».

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MAE MERCER, CLINT EASTWOOD ET GERALDINE PAGE