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Archives de Catégorie: FILMS DE GUERRE

« WORLD INVASION : BATTLE LOS ANGELES » (2011)

Les concepteurs de « WORLD INVASION : BATTLE LOS ANGELES » ont dû visionner de nombreuses fois des films de guerre récents comme « FULL METAL JACKET » et surtout « LA CHUTE DU FAUCON NOIR » avant de tourner leur propre version agrémentée d’un élément perturbateur tel qu’une invasion d’extra-terrestres particulièrement bien équipés.BATTLE.JPG

Le film de Jonathan Liebsman dans son entier n’est qu’une interminable – presque deux heures ! – bataille rangée entre une dizaine de Marines héroïques et une armée d’aliens qui crame tout sur son passage. Si la pyrotechnie et le désir légitime de voir à quoi ressemblent les Martiens maintiennent l’intérêt pendant à peu près une demi-heure, « WORLD INVASION » perd rapidement de son mystère et se met à enquiller les clichés et lieux-communs du genre. On a droit au sergent vieillissant traînant des casseroles et gagnant peu à peu l’estime de ses hommes, aux enfants terrorisés qu’il faut sauver à tout prix, à la belle doctoresse de service, etc. Ne manque plus que le chien-chien à l’appel ! Très vite, les explosions deviennent de plus en plus dantesques, les engins de plus en plus énormes et les fusillades de plus en plus fréquentes. Et ce n’est bientôt plus qu’une bouillie informe de CGI, de gros-plans de visages en sueur, etc. Autant dire qu’on a du mal à tenir jusqu’au bout du périple, guère aidés, il est vrai, par Aaron Eckhart un bon acteur mais totalement dépourvu de charisme et de présence, ni par Michelle Rodriguez a toujours l’air de jouer le même rôle d’un film à l’autre et encore moins par Bridget Monyahan qui n’a rien à faire à part suivre le mouvement.

Bref, un film bâtard, entre le « war movie » et la SF, qui n’apporte strictement rien de neuf à aucun de deux genres et finit dans un ennui épais et assommant.

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« ESPIONS SUR LA TAMISE » (1944)

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RAY MILLAND ET MARJORIE REYNOLDS

« ESPIONS SUR LA TAMISE », inspiré d’un roman de Graham Greene, se situe à Londres en 1944, pendant les bombardements et entraîne dès ses premières séquences dans un suspense haletant qui ne se prend toutefois jamais complètement au sérieux.FEAR.jpg

À vrai dire, on pourrait croire qu’il s’agit d’un film d’Alfred Hitchcock, tant le sujet semble taillé pour lui : un brave type à peine sorti d’hôpital psychiatrique pour avoir aidé sa femme à mourir, se trouve impliqué dans une intrigue d’espionnage qui démarre lorsqu’il gagne un… gâteau lors d’une fête de charité. Traqué par toutes sortes d’individus aussi louches que pittoresques comme un faux aveugle, une voyante sexy (mystérieuse Hillary Brooke), un vieux libraire sympathique et un flic de Scotland Yard moins bête qu’il n’en a l’air, notre héros (Ray Milland) va se faire aider par une jolie Autrichienne exilée (Marjorie Reynolds). Mais les apparences sont trompeuses, les traîtres sont à chaque coin de rue et le microfilm caché dans le fameux gâteau est convoité par tout le monde. Oui, jusqu’au « McGuffin », on se croirait dans un film de « Hitch », mais « ESPIONS SUR LA TAMISE » porte la signature tout aussi vénérable de Fritz Lang !

Le scénario est très bien construit, les fausses-pistes sont parfaitement gérées, les coups de théâtre abondent et Milland fait preuve d’élégance et de dynamisme. Parmi ses partenaires, on reconnaît l’inquiétant Dan Duryea en tailleur pas franc du collier. Ce n’est pas un grand Lang, c’est certain, mais les décors de studio sont remarquables, la photo est très belle et le petit épilogue final – qui suit directement un dénouement légèrement expédié – plutôt amusant. Un bon petit thriller, en somme.

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HILLARY BROOKE ET DAN DURYEA

 

« LE TRAIN » (1964)

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BURT LANCASTER ET MICHEL SIMON

Commencé par Arthur Penn, repris par John Frankenheimer, réalisateur-fétiche de Burt Lancaster, « LE TRAIN » est une coproduction franco-américaine tournée en France, sur la WW2 et tout particulièrement sur un train rempli d’œuvres d’art volées par les nazis à la veille de la Libération, et que tentent de stopper les résistants.TRAIN.jpg

Bon sujet, qui se résume à un jeu de chat et souris entre un fonctionnaire des chemins de fer entré en Résistance (Lancaster) et un officier allemand obsédé par les toiles de maîtres. Les moyens sont conséquents, les trains et véhicules militaires envahissent l’écran et le rythme ne retombe jamais. À partir d’un certain point, le film devient quasiment muet, entièrement focalisé sur l’action et la survie. Le noir & blanc est ultra-piqué et contrasté, et la BO de Maurice Jarre ajoute un souffle d’héroïsme à l’aventure. Bien sûr, tout n’est pas parfait : il faut déjà accepter le Burt en cheminot français à mâchoire carrée, admettre que tout le monde – même les comédiens hexagonaux – parlent la langue de Shakespeare, que le méchant nazi soit campé par un Anglais (Paul Scofield) et que Jeanne Moreau tienne un petit rôle rigoureusement inutile au scénario, manifestement écrit pour avoir un nom féminin au générique. Mais sorti de ces broutilles, « LE TRAIN » a bien vieilli et on ne peut qu’admirer l’implication physique de Lancaster, qui à 50 ans, accomplit toutes ses nombreuses cascades sans ciller. Il est bien entouré par des visages familiers comme Suzanne Flon, Donal O’Brien, Arthur Brauss, Howard Vernon et même Michel Simon grandiose de cabotinage dans quelques scènes.

« LE TRAIN » vaut donc un coup d’œil curieux pour la force indéniable de ses images, pour son thème cruellement ironique : les inestimables tableaux convoités par un authentique esthète seront finalement sauvés par un prolo inculte qui n’en a cure.

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PAUL SCOFIELD, BERNARD FRESSON, JEANNE MOREAU ET BURT LANCASTER

À noter : on aperçoit un tout jeune Bernard Fresson en soldat allemand conduisant le train dans quelques plans. Un rôle d’ailleurs absent de toutes les filmographies de l’acteur. Une dizaine d’années plus tard, le réalisateur le réemploiera en covedette de « FRENCH CONNECTION II ».

 

« OURAGAN SUR LE CAINE » (1954)

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HUMPHREY BOGART

Adapté d’un roman de Herman Wouk, réalisé par Edward Dmytryk, « OURAGAN SUR LE CAINE » a laissé un grand souvenir dans la mémoire du cinéphile, même si en le revoyant aujourd’hui, il semble que seule l’extraordinaire prestation d’Humphrey Bogart et à un degré moindre, de José Ferrer, mérite réellement cet enthousiasme rétrospectif.caine2

La première demi-heure, mettant en scène le jeune premier Robert Francis et sa fiancée May Wynn est insupportable, les deux comédiens étant aussi incompétents et tête-à-claques l’un que l’autre. Leurs misères sentimentales avec future belle-mère au milieu, semblent provenir d’un autre film. Et pas des meilleurs. La mise en train du scénario à bord du ‘Caine’ est fastidieuse, inutile. Heureusement, l’heure qui suit voit arriver Bogart jouant le nouveau capitaine. Petit, chétif, le visage ravagé, le regard fuyant, il compose un ‘Queeg’ absolument saisissant. Sous ses airs de « Capitaine Bligh » tyrannique, c’est pauvre type miné par les combats, démoli et pathétique qui craque à la moindre pression. Il a des moments oscarisables, des expressions qu’on ne lui connaissait pas. Face à lui, peu font le poids, hormis Fred McMurray en officier faux-jeton et « fouteur de merde » d’une lâcheté à toute épreuve. Son ultime face-à-face avec Ferrer, jouant l’avocat du mutin Van Johnson, est d’une tension inouïe.

Mais ce film lourd, empesé, beaucoup trop long et plombé par une terrible musique « patriotique », vaut principalement pour la séquence du procès (qui fit l’objet d’une pièce de théâtre à elle toute seule)  et bien sûr, pour le témoignage de Bogart, qu’on voit littéralement se décomposer sous nos yeux, jusqu’à n’être plus qu’une pauvre chose apeurée et ridicule, sous le regard consterné de ses pairs. C’est d’une virtuosité hors-pair. Parmi les seconds rôles, on reconnaît Lee Marvin en marin nommé ‘Meatball’ (« Boulette de viande ») qui change de tenue et de pilosité à chaque apparition et son acolyte Claude Akins. Ils forment une sorte de tandem comique tout au long du film, le temps de courtes saynètes. Marvin a tout de même SON moment, quand il dépose au procès, tout propre et rasé de frais dans son bel uniforme.

« OURAGAN SUR LE CAINE » vaut donc d’être vu pour Bogart, c’est incontestable, mais tout ce qui concerne Robert Francis est à jeter aux orties. Et cela occupe hélas, beaucoup, beaucoup de temps !

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JOSÉ FERRER, VAN JOHNSON, ROBERT FRANCIS, FRED McMURRAY, LEE MARVIN ET CLAUDE AKINS

 

« TRIPLE FRONTIÈRE » (2019)

Ses trois premiers films avaient été de réelles réussites, aussi attendait-on J.C. Chandor au tournant. « TRIPLE FRONTIÈRE » vient confirmer la maîtrise de l’auteur et son éclectisme, ce qui le fait directement entrer dans la « short list » des réalisateurs à suivre.TRIPLE

Sous ses dehors de film d’action façon « 12 SALOPARDS » ou « RETOUR VERS L’ENFER », « TRIPLE FRONTIÈRE » est une saisissante fable guerrière sur la rédemption et le poids du péché. La première partie (le braquage haletant par cinq anciens soldats de la forteresse d’un narcotrafiquant en pleine jungle brésilienne) aurait déjà largement suffi à remplir un scénario tout entier. Mais il ne s’agit que de la mise en train. Tout remarquable soit-elle. C’est quand les « héros » prennent la fuite avec un butin colossal, que le film démarre vraiment. Alourdis par les sacs de dollars, ralentis par cette fortune qui les handicape gravement, les protagonistes vont aller jusqu’au bout d’eux-mêmes. Les sacs symbolisent clairement leur passé de tueurs et leur périple est un chemin de croix expiatoire qui n’est pas sans rappeler le calvaire subi par Robert De Niro dans « MISSION » de Roland Joffé, qui traînait derrière lui son armure et ses armes jusqu’à épuisement complet. À l’issue de ce « voyage au bout de l’enfer », quelque chose aura changé pour les survivants, laissant l’espoir d’une possible renaissance. Heureusement, le petit « twist » final évite de sombrer dans le prêchi-prêcha. À la tête d’un cast impeccable : le désormais incontournable Oscar Isaac en leader entêté, fébrile et réglo. Il est magnifiquement secondé par Ben Affleck en ex-militaire trop avide et à la gâchette nerveuse, Pedro Pascal excellent en pilote d’hélico accro à l’adrénaline ou Charlie Hunnam.

« TRIPLE FRONTIÈRE » confirme donc l’opinion qu’on pouvait avoir de J.C. Chandor et enthousiasme du début à la fin. Un grand film humaniste déguisé en « actioner » frénétique.

 

« GUERRE ET AMOUR » (1975)

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DIANE KEATON ET WOODY ALLEN

« GUERRE ET AMOUR » est le dernier film de la première période de la carrière de Woody Allen, c’est-à-dire les films purement « comiques ». C’est aussi un des plus délectables, toutes époques confondues, et contenant en germe tout l’avenir du cinéaste.GUERRE

C’est, à la base, un pastiche de la littérature russe du 19ème siècle, surtout de Tolstoï et Dostoïevski, truffé d’anachronismes, d’hommages visuels à Ingmar Bergman, et suivant deux personnages extrêmement bien dessinés : Woody d’abord, fils de paysans couard et obsédé sexuel et Diane Keaton femme libérée avant l’heure, sorte de Mme Bovary exaltée. Ensemble, ils traversent les guerres napoléoniennes, tentent même d’assassiner l’empereur dans une espèce d’euphorie contagieuse provoquée par une avalanche ininterrompue de bons mots, de situations absurdes et d’allusions salaces. Tourné en France et en Hongrie, avec des moyens conséquents, avec une équipe principalement française (Ghislain Cloquet à la photo), « GUERRE ET AMOUR » ne cesse de faire sourire et réserve plusieurs éclats de rire mémorables. Comment résister au vieux père de Woody trimbalant sur lui son minuscule lopin de terre ? Au premier mari de Diane obsédé par les harengs ? À la balle tirée en l’air qui retombe sur notre « héros » ? À tant d’autres gags verbaux ou visuels qui font mouche pratiquement à chaque fois… Diane Keaton n’a jamais été aussi charmante, aussi précise dans le timing de comédie, aussi excentrique. Elle fait jeu égal avec Woody, pareil à lui-même. Les apparitions de la Grande Faucheuse vêtue de blanc renvoient à Bergman, le petit rôle de Jessica Harper à la fin est un magnifique clin d’œil à « PERSONA » et la danse finale de Woody avec la Mort dans un décor bucolique, clôture ce petit chef-d’œuvre d’humour référentiel et trivial, sur une note idéale.

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WOODY ALLEN, DIANE KEATON ET HOWARD VERNON

 

« L’ARME À L’ŒIL » (1981)

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DONALD SUTHERLAND

« L’ARME À L’ŒIL » est adapté d’un roman de Ken Follett, c’est un des sept longs-métrages réalisés par l’intéressant Richard Marquand disparu trop jeune et un des rares films des années 80 à vraiment retrouver l’atmosphère et la simplicité apparente des Hitchcock d’antan, grandement aidé – il faut bien le dire – par la belle mais délibérément datée BO de Miklós Rózsa.EYE.jpg

La première originalité du scénario est que le « héros », dont nous suivons les pérégrinations dans l’Angleterre de la WW2, est en même temps le « méchant ». Un espion allemand fondu dans la population qui détient un renseignement capable de renverser le cours de la guerre. Mais il s’échoue sur une île et se retrouve au sein d’une famille complètement isolée, se sent attiré par la femme et… Ne spoilons pas ! Très bien écrit et monté, sans le moindre temps mort, même lors des passages obligés avec les services secrets traquant le nazi, « L’ARME À L’ŒIL » offre un des meilleurs rôles de sa carrière à Donald Sutherland (pour un homme qui a 200 films à son palmarès, cela veut dire quelque chose), irréprochable dans ce personnage de tueur sans pitié, impassible, véritable terminator courtois et sans état d’âme, que sa rencontre avec la très sensuelle Kate Nelligan va faire dévier de sa trajectoire. Le couple fonctionne magnifiquement et apporte humanité et passion à ce film qui aurait pu n’être qu’un banal suspense rétro.

« L’ARME À L’ŒIL » n’est pas exempt de défauts : la photo un peu trop terne et granuleuse, la pénible nullité du crispant gamin jouant le fils de l’héroïne et le jeu sans nuance du généralement excellent Ian Bannen. Mais cela ne suffit pas à gâcher le plaisir procuré par ce film robuste et austère à l’étonnant dénouement jusqu’au-boutiste. À voir et revoir, donc.

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KATE NELLIGAN ET DONALD SUTHERLAND