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Archives de Catégorie: FILMS DE GUERRE

« LE VIEUX FUSIL » (1975)

VIEUXIl n’est pas toujours évident de définir ce qui rend un film « parfait », indémodable et incritiquable, d’autant plus qu’on ne tombe pas dessus aussi fréquemment qu’on le souhaiterait. L’alchimie se produit parfois de façon inattendue. Ainsi, « LE VIEUX FUSIL », aujourd’hui considéré de façon unanime comme un indiscutable classique du cinéma français, aurait pu n’être qu’un film de guerre mâtiné de « vigilante movie » et ne pas perdurer.

Mais Robert Enrico a eu l’idée géniale de proposer le rôle de l’épouse assassinée d’un chirurgien provincial à Romy Schneider.  L’ossature de l’histoire est la vengeance implacable et quasi-westernienne de Philippe Noiret suite au massacre de sa famille par les nazis. Mais le cœur du film est l’improbable love story entre ce bourgeois replet et cette femme libérée et « trop belle pour lui ». Le mélange entre le présent situé à Montauban pendant la débâcle allemande et les flash-backs non-chronologiques, se fait avec une harmonie sans faille. Et l’émotion est décuplée quand on assiste au coup de foudre de Noiret avant la guerre, alors qu’on sait déjà comment finit cette union, dans les larmes et le souffle brûlant du lance-flammes.

Tout fonctionne dans « LE VIEUX FUSIL ». Du scénario, simple et sans fausse pudeur devant les sentiments les plus basiques, jusqu’à la musique de François de Roubaix qui est pour beaucoup dans l’incroyable portée émotionnelle qui se dégage de ces images. Alors qu’elle n’apparaît que dans des scènes assez brèves et finalement plutôt rares, Romy Schneider trouve un de ses rôles les plus emblématiques. Elle est resplendissante, à fleur de peau et bien sûr, terriblement tragique. Noiret offre également une de ses meilleures prestations, porté par la profondeur du drame. On lui pardonne quelques tics de jeu récurrents, tant il surprend au cours de l’action. Autour du duo, on est heureux de retrouver l’irremplaçable Jean Bouise dans son emploi de « meilleur ami » et on reconnaît Antoine Saint-John (« IL ÉTAIT UNE FOIS LA RÉVOLUTION ») en soldat allemand. « LE VIEUX FUSIL » n’a pas pris une ride et provoque la même émotion qu’à sa sortie il y a quatre décennies.

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ROMY SCHNEIDER ET PHILIPPE NOIRET

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« NOM DE CODE : ÉMERAUDE » (1985)

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ED HARRIS

Écrit par Ronald Bass d’après son roman, réalisé par Jonathan Sanger (surtout connu comme producteur), « NOM DE CODE : ÉMERAUDE » est un film d’espionnage situé pendant la WW2 à Paris et décrivant la mission d’un agent double (Ed Harris) envoyé par les Anglais pour faire évader (ou éventuellement tuer) un jeune officier prisonnier (Eric Stoltz) détenteur de renseignements cruciaux sur le D-Day.CODE2

Une histoire classique, cousue de clichés (ah ! Ces airs d’accordéon dans les rues de Paris !), proprement filmée et surtout photographiée par Freddie Francis. Le film tient à peu près la distance grâce à un superbe casting et par l’ambiguïté de tous les protagonistes qui semblent tous jouer double ou triple jeu. En tête, un Harris de 35 ans, déjà un peu dégarni, tout à fait crédible dans un rôle de manipulateur désinvolte et sympathique. Son histoire d’amour avec Cyrielle Clair paraît légèrement plaquée, mais ses rencontres avec le trio Horst Buchholz, Max Von Sydow et Helmut Berger valent le coup d’œil. Le premier surtout, est remarquable en officier nazi si calme et réfléchi qu’on finit par croire qu’il a basculé du « bon côté ». Von Sydow est lui aussi très bien dans un rôle moins clairement défini et Berger qui retrouve son uniforme des « DAMNÉS » campe un SS particulièrement odieux. On reconnaît également des visages familiers comme Patrick Stewart et Julie Jézéquel.

La facture conventionnelle du film et son déroulement pépère l’empêchent d’être davantage qu’un téléfilm pour grand écran, surtout que la toute fin trop hâtive et invraisemblable laisse sur une drôle d’impression de bâclage. Mais « NOM DE CODE : ÉMERAUDE » se laisse regarder sans déplaisir et contient une des prestations les moins tourmentées d’Ed Harris.

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HORST BUCHHOLZ, MAX VON SYDOW ET ERIC STOLTZ

 

« L’ENFER DU DEVOIR » (2000)

RULESLa signature de William Friedkin ne doit pas leurrer l’admirateur : « L’ENFER DU DEVOIR » est très professionnellement tissé, très bien filmé, mais il ne porte en aucun cas la griffe du grand réalisateur des années 70.

Le film démarre au Vietnam en 1968 et il faut d’emblée se faire violence pour accepter les quinquagénaires Samuel L. Jackson et Tommy Lee Jones en G.I.s de vingt ans. Ensuite on se retrouve dans une mission de sauvetage au Yémen 28 ans plus tard, tournant au cauchemar. Jackson a-t-il massacré d’innocents manifestants pour sauver sa peau ou ceux-ci étaient-ils armés comme il l’affirme ? La VHS pouvant disculper l’officier a été détruite par un politicien (Bruce Greenwood) désireux de lui mettre l’incident sur le dos et c’est la cour martiale.

Même si toute la séquence à l’ambassade assiégée est palpitante et remarquablement bien montée, c’est quand le film se mue en « courtroom drama » qu’il prend tout son intérêt. Car le scénario est bien agencé, les confrontations sont tendues à craquer et Jones est excellent en avocat militaire complexé et alcoolique qui trouve dans ce procès une possible mais difficile rédemption. On ne s’ennuie guère pendant deux heures, on reste accroché par l’issue des audiences et on se réjouit de revoir de bons comédiens comme Ben Kingsley en ambassadeur planche-pourrie, Anne Archer dans un rôle écrit avec une cruelle lucidité, Amidou (qui retrouve Friedkin après « LE CONVOI DE LA PEUR ») en médecin et Guy Pearce détestable à souhait en procureur acharné et sans état d’âme. On retrouve çà et là le goût du réalisateur pour la provocation (le plan sur la fillette déchargeant son arme sur les Marines, l’exonération symbolique de Jackson par l’officier vietnamien à la fin), mais il parvient à maintenir un certain équilibre idéologique sur un thème tout de même très « glissant ».

« L’ENFER DU DEVOIR » se laisse voir sans aucun problème, sans rien révolutionner et en cédant même parfois au cliché (la bagarre à poings nus entre Jackson et Jones), mais au final, c’est un bon film bien carré, pour tuer deux heures.

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TOMMY LEE JONES, SAMUEL L. JACKSON ET GUY PEARCE

 

« LA BATAILLE D’ALGER » (1966)

ALGERCe qui frappe immédiatement en découvrant aujourd’hui un film comme « LA BATAILLE D’ALGER » datant tout de même de plus de 50 ans, c’est l’extraordinaire modernité de sa réalisation qui rend invisibles tous les artifices techniques déployés pour obtenir ce rendu quasi-documentaire. Gillo Pontecorvo nous plonge dès les premiers plans noir & blanc et granuleux, dans cette année 1957, où le FLN multiplie les attentats à Alger, jusqu’à l’arrivée des paras français chargés de les éliminer.

C’est le début d’une lutte pour l’indépendance qui s’acheva cinq ans plus tard et le scénario, magnifiquement agencé en vignettes éclatées, s’efforce de ne jamais prendre parti, de montrer au lieu d’asséner, de ne jamais caricaturer aucun camp, ni d’ailleurs de les glorifier. Que de sentiments contradictoires suscitent ces scènes où des femmes algériennes vont déposer des bombes dans des lieux publics !

Coproduction italo-algérienne tournée sur les lieux de l’action, « LA BATAILLE D’ALGER » est une leçon d’Histoire extrêmement instructive sans jamais être didactique ni partisane. Bien sûr, le sublime dernier plan clôturant le film ne laisse guère de doute sur les sympathies des auteurs ! Mais le personnage du colonel des paras, joué par le glaçant Jean Martin, n’est pas dépeint comme une brute sadique. Impitoyable certes, mais également intelligent et capable d’empathie. À ses côtés, on se souviendra du visage creusé et inquiétant de Brahim Hadjadj. Tous les comédiens – amateurs pour la plupart – sont parfaitement crédibles et bien dirigés.

En dehors de toute considération politique, Pontecorvo a signé une œuvre puissante, cinématographiquement époustouflante, surtout compte tenu des moyens techniques de l’époque, dans laquelle on s’immerge avec un malaise croissant.

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JEAN MARTIN ET… LE DERNIER PLAN DU FILM

À noter que la BO est cosignée par Ennio Morricone et… Pontecorvo, lui-même ! La seconde équipe est dirigée par le réalisateur Giuliano Montaldo. Dans le genre, un authentique chef-d’œuvre.

 

« TRAQUÉ » (2003)

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TOMMY LEE JONES

Depuis « TO LIVE AND DIE IN L.A. » en 1985, William Friedkin avait enchaîné les projets bizarres, les films décevants, quelques téléfilms moyens. Aussi son retour en fanfare avec « TRAQUÉ » quelques 18 ans plus tard, ravit-il ses admirateurs fidèles contre vents et marées.HUNTED copie

Qu’est-ce que « TRAQUÉ » ? C’est simple, on prend le postulat de départ du premier « RAMBO », on en retire le folklore stallonien, le patriotisme, les ‘one liners’ et la musique « héroïque » et on confie la mise-en-scène à un grand réalisateur plutôt qu’à un bon faiseur. Et le résultat est un film compact, organique, en mouvement perpétuel. La confrontation d’une sauvagerie inouïe entre un ex-soldat « gone loco » transformé en psychopathe et l’homme qui l’a « formé » à devenir une machine à tuer. Le thème est puissant, les symboles freudiens abondent et les séquences d’action sont d’une violence époustouflante. Mais ce qui marque le plus dans « TRAQUÉ », ce sont les face-à-face pourtant peu bavards entre Benicio Del Toro extraordinaire dans ce rôle de serial killer programmé pour tuer et incapable d’appuyer sur la touche ‘off’ une fois revenu à la vie civile et son mentor Tommy Lee Jones, assumant jusqu’au bout sa réelle responsabilité. Les deux hommes, également amoureux de la nature et des animaux, lutteront jusqu’à la mort. Juste aboutissement du destin du « maître » qui a enseigné à des centaines de soldats à tuer à mains nues, sans jamais avoir ôté lui-même la vie.

Les extérieurs de l’Oregon sont magnifiquement exploités par un Friedkin régénéré, Jones est dans une incroyable forme physique à 57 ans et Del Toro, monstrueux mélange de Rambo et du colonel Kurtz, donne une dimension quasi-surnaturelle à ce guerrier désaxé semblant évoluer dans son cauchemar intérieur. À leurs côtés, Connie Nielsen n’a pas grand-chose à défendre en fliquette tenace.

Dans son genre, « TRAQUÉ » est un authentique chef-d’œuvre du cinéma d’action intelligent, à réévaluer dans l’œuvre de son réalisateur.

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BENICIO DEL TORO, CONNIE NIELSEN ET TOMMY LEE JONES

 

« TANT QU’IL Y AURA DES HOMMES » (1953)

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MONTGOMERY CLIFT

Fred Zinnemann parvient à condenser en deux heures le « pavé » de James Jones situé à Hawaii juste avant (et pendant) l’attaque de Pearl Harbor. Le scénario de « TANT QU’IL Y AURA DES HOMMES » est un curieux mélange de ‘soap opera’ sentimental dépourvu de mièvrerie et de description assez âpre de la vie en garnison.FROM2

C’est surtout le portrait d’un authentique rebelle joué par Montgomery Clift. Un soldat individualiste, insoumis et endurant, qui se fait haïr de tous avant de susciter le respect pour sa détermination à rester lui-même. Un des rôles les plus marquants de l’acteur au sommet de son magnétisme. Mais le film suit également en parallèle la passion du sergent Burt Lancaster, militaire viril et charismatique, mais aussi timoré et dénué d’ambition, pour la femme (Deborah Kerr) de son capitaine. Le nombre de personnages est conséquent, mais tous parviennent à trouver leur place et leur épaisseur psychologique. C’est une œuvre ample et intelligente contournant adroitement la censure d’époque pour brosser des portraits d’une grande lucidité : Donna Reed, prostituée exilée rêvant de respectabilité, même post-mortem, Ernest Borgnine brute épaisse à la violence bestiale. Seul Frank Sinatra déçoit par la banalité de son jeu, dans un rôle de « bon copain » constamment ivre. C’est pourtant lui qui obtint l’Oscar cette année-là !

Imposante mosaïque dont on peut déplorer qu’il fut tourné en noir & blanc et en format « carré », « TANT QU’IL Y AURA DES HOMMES » fait partie des grandes réussites de Zinnemann. Malgré certains aspects légèrement désuets, il suscite toujours de l’émotion, de l’indignation. Ses morceaux de bravoure (le combat à poings nus où Clift retrouve l’envie de boxer, sa confrontation au couteau avec Borgnine dans une ruelle sombre) n’ont rien perdu de leur puissance émotionnelle et des images célébrissimes comme l’étreinte de Lancaster et Kerr dans une crique déserte, font toujours leur effet. L’excellent casting est complété par une ribambelle de seconds rôles familiers comme Claude Akins, Robert J. Wilke, Jack Warden, George Reeves ou la toujours belle Jean Willes.

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BURT LANCASTER, DEBORAH KERR, JEAN WILLES, MONTGOMERY CLIFT ET ERNEST BORGNINE

Un beau film qui ne vieillit pas vraiment, mais se patine avec élégance, à voir de toute façon pour les monstres sacrés indémodables que furent ‘Monty’ Clift et Burt Lancaster.

 

« U.S.S. ALABAMA » (1995)

USSAffichant ses références directement dans le dialogue, « U.S.S. ALABAMA » est un des plus puissants films « de sous-marin » qui se puisse voir et très certainement une des deux ou trois plus incontestables réussites de Tony Scott.

Le scénario, admirablement vissé, pose rapidement ses enjeux, dessine deux protagonistes irréconciliables et les confronte avec la WW3 en ligne de mire. Le drame se noue progressivement, les dissensions puis la haine montent entre l’officier blanchi sous le harnais (Gene Hackman) et son second plus jeune et plus « intellectuel » (Denzel Washington). Et quand il s’agit de lâcher des missiles nucléaires sur la Russie et de déclencher l’Holocauste, les deux hommes vont au clash.

Quand un film est parfait, il est parfait. Et ce n’est pas parce que Scott n’a jamais eu auprès des cinéphiles la légitimité d’un John McTiernan que son film n’en est pas moins infiniment meilleur que « À LA POURSUITE D’OCTOBRE ROUGE ». La photo est aussi belle qu’efficace (Dariusz Wolski), la BO de Hans Zimmer remplit une fois de plus son office et le montage est une véritable leçon de suspense.

Le casting est extraordinaire : Hackman magistral dans un rôle complexe, jamais traité avec manichéisme ni campé comme un banal « méchant ». Washington est égal à lui-même mais parfaitement distribué. Leurs affrontements sont d’une tension hors du commun. Et pour ce qui est des seconds rôles, c’est carrément la fête : Viggo Mortensen excellent en officier littéralement écrasé par le doute, James Gandolfini, George Dzundza, Matt Craven et même Jason Robards qui apparaît à la fin, non-mentionné au générique en amiral.

Si « U.S.S. ALBAMA » n’est pas un chef-d’œuvre, il n’est en tout cas pas passé loin de se qualifier. Le film offre deux heures d’action pure, sans céder au spectaculaire décérébré et donne même à gamberger. Ce qui en fait un oiseau rare.

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GENE HACKMAN MATT CRAVEN, DENZEL WASHINGTON ET JASON ROBARDS

À noter que certains « hommages » aux comics U.S., aux films des années 50 et à la série « STAR TREK » furent écrits par un Quentin Tarantino non crédité. On s’en serait volontiers passé, pour tout dire, tant les répliques paraissent plaquées et hors-propos.