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Archives de Catégorie: FILMS DE GUERRE

« LOIN DES HOMMES » (2014)

Écrit et réalisé par le français David Oelhoffen, d’après « L’HÔTE », une nouvelle d’Albert Camus, « LOIN DES HOMMES » se situe en Algérie en 1954 et prend pour protagoniste un instituteur espagnol né là-bas (Viggo Mortensen), chargé d’escorter un paysan accusé de meurtre (Reda Kateb) vers son exécution certaine.LOIN copie.jpg

Le scénario, habile, est focalisé sur la relation évolutive entre les deux hommes, et ne montre de la guerre que ce qu’ils en voient pendant leur périple. On pense parfois à certains westerns comme « 3 :10 POUR YUMA » par la beauté des paysages, la photo cristalline et le caractère rugueux des personnages. Le discours politique et historique reste à l’arrière-plan, constamment présent, mais jamais pesant. Ce qui surprend le plus, à vrai dire, c’est l’aisance avec laquelle Mortensen joue son rôle en français et en arabe, presque sans accent, au point de faire complètement oublier qu’il est une vedette américaine au sein d’une coproduction. Il donne une belle humanité et une réelle profondeur à cet homme pacifique, idéaliste, marqué par son passé militaire et son veuvage. Son face à face avec Kateb, parfaitement crédible en pauvre fermier inculte, prêt à donner sa vie pour sa famille, est le centre d’intérêt du film, au-delà des péripéties et des séquences de combat.

« LOIN DES HOMMES » offre une perspective dynamique et esthétiquement soignée à cette « guerre » généralement traitée de façon semi-documentaire au cinéma. Maîtrisé et souvent émouvant, le film est surtout à voir – nous l’avons dit – pour la performance de Mortensen, qui trouve un de ses plus jolis rôles. Sa scène avec une jeune prostituée est une des plus belles choses qu’il ait faites à l’écran.

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« L’HOMME QUI AIMAIT LA GUERRE » (1962)

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STEVE McQUEEN

En regardant attentivement la filmo de Steve McQueen, on se rend compte qu’entre 1962 et ’63, il a joué trois fois le même rôle d’affilée : le chien de guerre obsessionnel, solitaire, insoumis, à la limite du psychopathe. D’abord dans « L’ENFER EST POUR LES HÉROS », puis dans « L’HOMME QUI AIMAIT LA GUERRE » où le portrait s’approfondit et enfin dans « LA GRANDE ÉVASION » où il est teinté d’humour et d’héroïsme hollywoodien.WAR2.jpg

Le film de l’anglais Philip Leacock offre certainement à l’acteur un des rôles les plus proches de sa véritable personnalité qu’il ait jamais joués. Pilote émérite, canaille narcissique et arrogante mais extrêmement douée, « Buzz » est un personnage odieux et fascinant, un prédateur amoral et cruel, sans pitié pour les faibles. Il faut l’avoir vu humilier gratuitement une grosse serveuse dans un bar, ou tenter de séduire la girl friend de son meilleur ami dès que celui-ci a le dos tourné. Un sale type, un « bad boy » dont les côtés répulsifs finissent par prendre le dessus sur un indéniable charisme. McQueen nage comme un poisson dans l’eau, il semble connaître le moindre recoin de cet individu complexe et dangereux dont il laisse deviner l’âme noire et la désespérance. Sans lui, le film n’aurait été qu’un mélodrame de plus sur la WW2, comme le prouvent les séquences entre Robert Wagner et Shirley Ann Field, d’une irritante mièvrerie. L’ambiance de l’Angleterre sous les bombes est honnêtement rendue, les scènes aériennes sont raisonnablement efficaces, mais si « L’HOMME QUI AIMAIT LA GUERRE » mérite d’être revu aujourd’hui, ce sera uniquement pour l’intensité fiévreuse et suicidaire de Steve McQueen qui incarne son personnage sans jamais tenter de le rendre émouvant ou un tant soit peu sympathique : Buzz Rickson est un malade mental, probablement détruit par une jeunesse terrible dont on ne saura rien. Et c’est seul qu’il finira, faisant corps avec son avion appelé « the body ». Un de ses meilleurs rôles dans un film hélas, pas tout à fait à la hauteur.

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ROBERT WAGNER, SHIRLEY ANN FIELD ET STEVE McQUEEN

 

« AVENGERS : L’ÈRE D’ULTRON » (2015)

Trois ans après, Joss Whedon reprend les manettes de la franchise avec « AVENGERS : L’ÈRE D’ULTRON », énorme machine à effets spéciaux, qui parvient dans un inextricable fouillis de personnages anciens et nouveaux, de batailles titanesques, à préserver un semblant d’âme et des enjeux à échelle (presque) humaine.AVENGERS 2.jpg

La surenchère du début laisse craindre le pire, mais le film trouve son rythme de croisière et le plaisir de retrouver intact l’excellent casting du n°1 incite à la patience. C’est cette fois l’archer Jeremy Renner qui se taille la part du lion, mais l’idylle bourgeonnante entre Scarlett Johansson et Mark Ruffalo ne manque pas de sel et les « petits nouveaux » tels qu’Elizabeth Olsen, convaincante Sorcière Écarlate et Paul Bettany très réussi Vision sont tout à fait à la hauteur. Alors bien sûr, l’essentiel du spectacle est constitué de bagarres à plus ou moins grande dimension. Les villes s’élèvent dans le firmament, les armées de robots grouillent dans les airs et chacun y va de son petit flash-back. Mais, on ne sait par quel miracle, on parvient à ne pas se noyer dans la masse d’informations et à ne pas se lasser de ces images en CGI surpeuplées, ni de cette bande-son saturée d’explosions, de moteurs et de cris. Si le pari était de recréer le plaisir simple des histoires complètement délirantes, sans aucune limite des comic books, on peut dire que : pari réussi à 100%. Outre les vétérans des films Marvel et les acteurs déjà cités, on aperçoit des visages connus dans des caméos comme Idris Elba, Julie Delpy, Andy Serkis et évidemment Stan Lee qui tient mal l’alcool extraterrestre.

À voir donc, ce n°2, si possible dans la foulée du premier film si on veut y comprendre quelque chose. C’est un cinéma à part, artificiel, apparenté au jeu vidéo, mais qui parvient à maintenir l’intérêt par quelques thèmes audacieux, comme ce monstre de métal tirant son pouvoir d’Internet et qui n’est autre que le « fils » numérique de Tony Stark.

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ULTRON, ELIZABETH OLSEN ET PAUL BETTANY

 

« AVENGERS » (2012)

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CHRIS HEMSWORTH, JEREMY RENNER, SCARLETT JOHANSSON, MARK RUFFALO, CHRIS EVANS ET ROBERT DOWNEY, JR.

Dans la masse tentaculaire que représentent à présent les films de superhéros de la Marvel, « AVENGERS », écrit et réalisé par Joss Whedon est une sorte de film-monstre, entremêlant toutes les franchises déjà existantes et réunissant les protagonistes en collant ou en armure, pour une bande, à la façon des « 7 SAMOURAÏS », afin d’affronter d’affreux ennemis déterminés à détruire la terre. Oui, comme d’hab.AVENGERS.jpg

Ça a beau être très long, mettre longtemps à démarrer et être fait aux trois-quarts de CGI, c’est un bon spectacle. Les morceaux de bravoure sont composés d’explosions apocalyptiques et de bagarres homériques à mains nues, certes répétitives et ne menant souvent nulle part, mais extrêmement bien fichues et impliquant des personnages bien dessinés (c’est le moins, puisque c’est un comics au départ !) et attachants. Vu le nombre de héros, chacun aura ses préférés et il faut bien avouer que c’est Hulk (Mark Ruffalo) qui est le mieux servi. À la fois hilarant et terrifiant, il s’octroie les meilleurs moments. On pense en particulier à la mémorable branlée qu’il met à Loki (Tom Hiddleston) qu’on dirait sortie tout droit d’un « ASTÉRIX ». Éclat de rire assuré ! Scarlett Johansson crève l’écran en espionne russe/rousse, Samuel L. Jackson en fait des tonnes, même quand il est sobre, Robert Downey Jr. Joue Iron-Man les doigts dans le nez, sauf dans ses scènes avec la décourageante Gwyneth Paltrow, vraiment éprouvantes. Les vétérans Powers Boothe et Jenny Agutter n’apparaissent qu’à travers des moniteurs vidéo. À noter le bref mais savoureux caméo du cher Harry Dean Stanton et la rituelle apparition de Stan Lee.

Plutôt dans la bonne moyenne donc, ce mélange de franchises devenu lui-même une franchise. On ne s’y ennuie pas, on sourit souvent et les CGI sont vraiment spectaculaires sans jamais gâcher le plaisir simple d’un scénario pour ados attardés. Et puis, surtout ne pas zapper le générique final : le petit épilogue muet, tout à la fin, est absolument succulent. Comme un bon shawarma…

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ROBERT DOWNEY, JR. ET SCARLETT JOHANSSON

 

« LÉON MORIN, PRÊTRE » (1961)

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JEAN-PAUL BELMONDO

Adapté par Jean-Pierre Melville du roman de Béatrix Beck, « LÉON MORIN, PRÊTRE » peut apparaître au premier abord comme une interminable conversation à épisodes entre un jeune prêtre (Jean-Paul Belmondo) et une ancienne communiste (Emmanuelle Riva) au sujet de la foi et de l’existence de Dieu.LEON

Rien de bien affriolant, a priori. Mais le film se déroule pendant l’occupation dans un village et, si on lit le scénario comme l’histoire d’un grand amour impossible, on peut oublier les tunnels dialogués, les échanges sur des thèmes pas forcément passionnants pour tout le monde. Alors l’œuvre prend chair, et entre les lignes, se dessinent deux personnages extrêmement forts : elle, sensuelle, douce mais insolente et provocatrice, lui brusque, déterminé et volontiers moqueur. Le couple pourtant bien improbable formé par la cérébrale Riva et le juvénile et charismatique Belmondo apparaît rapidement comme une évidence. Leurs échanges cimentent le film. Melville parvient à faire exister le contexte historique et l’atmosphère complexe de ces années-là sans jamais s’appesantir, ce qui enracine le sujet dans une réalité nourrie par une multitude de détails quotidiens et de personnages secondaires intrigants. On retiendra Irène Tunc, dans un rôle de « collabo » décomplexée. Howard Vernon, protagoniste du « SILENCE DE LA MER » du même Melville, apparaît le temps d’une séquence quasi-comique, en officier nazi à monocle. Un clin d’œil un peu bizarre, à vrai dire !

« LÉON MORIN, PRÊTRE » n’est pas exempt de longueurs, de redites et de petits effets visuels ou sonores un brin maladroits, mais il vaut le détour, même pour les agnostiques, pour les face à face opposant Emmanuelle Riva et Belmondo.

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EMMANUELLE RIVA, JEAN-PAUL BELMONDO ET MONIQUE BERTHO

 

« CATFIGHT » (2016)

Écrit et réalisé par Onur Tukel, « CATFIGHT » apparaît au premier abord comme une comédie noire décrivant la haine féroce, sur plusieurs décennies, entre deux « camarades » de fac : Sandra Oh, une bourgeoise snob et égoïste et Anne Heche, artiste lesbienne et égocentrique.CATFIGHT

Mais le film se révèle rapidement plus ambitieux qu’il n’en a l’air. Cela se passe dans un futur proche ou une réalité parallèle. Les U.S.A. sont en guerre et les jeunes partent se faire massacrer par centaines. Et les affrontements entre les deux femmes, de plus en plus brutaux, voire sanglants, deviennent une évidente parabole sur la guerre. Leur relation explosive et jamais résolue démonte les mécanismes immuables enclenchant malheur et désolation. Pris dans cet engrenage, on cesse assez vite de sourire, même jaune, pour contempler avec un certain effarement, ces femmes qui perdent tout : enfants, famille, argent, place dans la société, dans le seul but d’assouvir cette inimitié absurde dont on ne connaîtra jamais les fondements. Les confrontations physiques sont d’une violence insensée, amplifiées par le bruitage des coups qui rappelle les spaghetti westerns. On a rarement vu des bagarres d’une telle violence entre deux femmes à l’écran et celles-ci durent longtemps, jusqu’au malaise. « CATFIGHT » n’est donc pas une grosse comédie de baston, mais il s’attaque frontalement à pas mal de tares de la vie contemporaine. La critique acide du monde l’art moderne par exemple, est d’une causticité inouïe, tout comme le regard que porte l’auteur sur les inégalités sociales. Et ne parlons même pas de ce talk show politique quotidien où intervient un « péteur » qui vient détendre l’atmosphère et émettant de bruyantes flatulences, et que le public adore.

À voir donc, ce « CATFIGHT » noir, sans issue, d’une méchanceté telle, qu’il en oublie l’humour et le second degré. Et surtout pour Anne Heche et Sandra Oh, impliquées et aussi inquiétantes l’une que l’autre.

 

« TRIPLE ÉCHO » (1972)

« TRIPLE ÉCHO » est le premier long-métrage de Michael Apted. C’est un drame en quasi-huis clos, situé dans une ferme du Wilshire, pendant la WW2. Une femme seule (Glenda Jackson) a une liaison avec un jeune soldat (Brian Deacon) qui finit par déserter. Elle l’oblige à se déguiser en femme pour justifier sa présence, mais bientôt un sergent (Oliver Reed) trouve la « petite sœur » très à son goût.ECHO.jpg

Le film fonctionne sur la complexité des relations, le trouble qui naît de la féminisation progressive de l’amant, l’amour qui se détériore, et la menace de plus en plus pesante du militaire magnifiquement incarné par un Reed taurin et libidineux. Le malaise atteint son comble dans la scène du bal où, ce qui n’était qu’un jeu, se transforme en suspense quasiment insoutenable et où le truculent imbécile devient une brute dangereuse. Tout cela se met en place par petites touches, comme un piège qui se referme très lentement et malgré la linéarité du scénario, impossible de décrocher un instant. On pense parfois à « LA VEUVE COUDERC » sorti un an auparavant, et d’ailleurs Glenda Jackson, le visage rude mais sensuel, n’est pas sans évoquer Simone Signoret dans certains plans. Deacon est très bien dans le rôle ambigu du déserteur et Reed a rarement été plus menaçant.

« TRIPLE ÉCHO » est un film singulier, maîtrisé, assez exigeant, dont la tonalité ne fait que s’assombrir à mesure que le dénouement approche. Quand celui-ci survient enfin, il est à la fois choquant, logique et inévitable. Une vraie claque !

À voir donc, ce « TRIPLE ÉCHO » qui réunit les deux vedettes du « LOVE » de Ken Russell trois ans après.