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Archives de Catégorie: FILMS DE GUERRE

« GUERRE ET AMOUR » (1975)

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DIANE KEATON ET WOODY ALLEN

« GUERRE ET AMOUR » est le dernier film de la première période de la carrière de Woody Allen, c’est-à-dire les films purement « comiques ». C’est aussi un des plus délectables, toutes époques confondues, et contenant en germe tout l’avenir du cinéaste.GUERRE

C’est, à la base, un pastiche de la littérature russe du 19ème siècle, surtout de Tolstoï et Dostoïevski, truffé d’anachronismes, d’hommages visuels à Ingmar Bergman, et suivant deux personnages extrêmement bien dessinés : Woody d’abord, fils de paysans couard et obsédé sexuel et Diane Keaton femme libérée avant l’heure, sorte de Mme Bovary exaltée. Ensemble, ils traversent les guerres napoléoniennes, tentent même d’assassiner l’empereur dans une espèce d’euphorie contagieuse provoquée par une avalanche ininterrompue de bons mots, de situations absurdes et d’allusions salaces. Tourné en France et en Hongrie, avec des moyens conséquents, avec une équipe principalement française (Ghislain Cloquet à la photo), « GUERRE ET AMOUR » ne cesse de faire sourire et réserve plusieurs éclats de rire mémorables. Comment résister au vieux père de Woody trimbalant sur lui son minuscule lopin de terre ? Au premier mari de Diane obsédé par les harengs ? À la balle tirée en l’air qui retombe sur notre « héros » ? À tant d’autres gags verbaux ou visuels qui font mouche pratiquement à chaque fois… Diane Keaton n’a jamais été aussi charmante, aussi précise dans le timing de comédie, aussi excentrique. Elle fait jeu égal avec Woody, pareil à lui-même. Les apparitions de la Grande Faucheuse vêtue de blanc renvoient à Bergman, le petit rôle de Jessica Harper à la fin est un magnifique clin d’œil à « PERSONA » et la danse finale de Woody avec la Mort dans un décor bucolique, clôture ce petit chef-d’œuvre d’humour référentiel et trivial, sur une note idéale.

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WOODY ALLEN, DIANE KEATON ET HOWARD VERNON

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« L’ARME À L’ŒIL » (1981)

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DONALD SUTHERLAND

« L’ARME À L’ŒIL » est adapté d’un roman de Ken Follett, c’est un des sept longs-métrages réalisés par l’intéressant Richard Marquand disparu trop jeune et un des rares films des années 80 à vraiment retrouver l’atmosphère et la simplicité apparente des Hitchcock d’antan, grandement aidé – il faut bien le dire – par la belle mais délibérément datée BO de Miklós Rózsa.EYE.jpg

La première originalité du scénario est que le « héros », dont nous suivons les pérégrinations dans l’Angleterre de la WW2, est en même temps le « méchant ». Un espion allemand fondu dans la population qui détient un renseignement capable de renverser le cours de la guerre. Mais il s’échoue sur une île et se retrouve au sein d’une famille complètement isolée, se sent attiré par la femme et… Ne spoilons pas ! Très bien écrit et monté, sans le moindre temps mort, même lors des passages obligés avec les services secrets traquant le nazi, « L’ARME À L’ŒIL » offre un des meilleurs rôles de sa carrière à Donald Sutherland (pour un homme qui a 200 films à son palmarès, cela veut dire quelque chose), irréprochable dans ce personnage de tueur sans pitié, impassible, véritable terminator courtois et sans état d’âme, que sa rencontre avec la très sensuelle Kate Nelligan va faire dévier de sa trajectoire. Le couple fonctionne magnifiquement et apporte humanité et passion à ce film qui aurait pu n’être qu’un banal suspense rétro.

« L’ARME À L’ŒIL » n’est pas exempt de défauts : la photo un peu trop terne et granuleuse, la pénible nullité du crispant gamin jouant le fils de l’héroïne et le jeu sans nuance du généralement excellent Ian Bannen. Mais cela ne suffit pas à gâcher le plaisir procuré par ce film robuste et austère à l’étonnant dénouement jusqu’au-boutiste. À voir et revoir, donc.

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KATE NELLIGAN ET DONALD SUTHERLAND

 

« GLADIATOR » (2000)

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RUSSELL CROWE

« GLADIATOR » un des plus grands succès commerciaux et artistiques de Ridley Scott, a déjà presque vingt ans et il mûrit admirablement bien. Mélange harmonieux de leçon d’Histoire antique, de politique, de mélodrame et de péplum décomplexé, il entraîne pendant près de trois heures dans du grand, du vrai, du pur « cinoche » comme Scott n’a vraiment réussi à en produire que trois ou quatre fois durant sa belle carrière.GLADIATOR2.jpg

Porté par la majestueuse BO de Lisa Gerrard et Hans Zimmer, le film suit le destin d’un général romain (Russell Crowe dans le rôle de sa vie) dont la famille est massacrée par le jeune empereur parricide Joaquin Phoenix. Il devient gladiateur puis quand son charisme naturel lui fait retrouver sa position de meneur d’hommes, il menace la toute-puissance romaine. Un personnage icônique, parfaitement incarné par un Crowe massif, mutique et puissant, qui occupe l’espace avec une présence inouïe, qu’il a étonnamment perdue par la suite. Les esprits chagrins se plaindront peut-être de scènes d’intrigues de palais un peu trop longues et bavardes, mais les décors – virtuels ou « en dur » – aident à passer le temps entre deux morceaux de bravoure, ainsi que l’interprétation imprévisible et inquiétante de Phoenix en émule de Caligula et la beauté marmoréenne de Connie Nielsen. On est heureux de revoir deux soiffards légendaires en fin de carrière : Richard Harris en vieil empereur mourant et surtout Oliver Reed magnifique en trafiquant d’esclaves haut-en-couleur.

« GLADIATOR » est un film d’une très grande violence, qui n’épargne aucune mutilation, aucune giclure de sang, mais qui garde un souffle épique grâce à un scénario foisonnant et romanesque, des images inoubliables (la maison de Maximus sur la colline, l’intérieur du Colisée) et un lyrisme constant qui frôle parfois le pompier sans jamais y céder complètement. C’est tout simplement du grand cinéma populaire intelligent et plein de sève, qui gagne à chaque re-vision.

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JOAQUIN PHOENIX, CONNIE NIELSEN, OLIVER REED ET RUSSELL CROWE

 

« BODYGUARD » (2018)

« BODYGUARD » est une minisérie anglaise de 6×55 minutes, située dans l’univers de la politique et du terrorisme, et prenant pour héros Richard Madden, vétéran de la guerre en Afghanistan, nommé garde-du-corps personnel de la ministre de l’Intérieur (Keeley Hawes) menacée pour des récentes prises de position qui lui ont fait beaucoup d’ennemis.BODYGUARD.jpg

Dès la toute première séquence dans un train menacé par une djihadiste armée d’une ceinture d’explosifs, on est agrippé. C’est haletant, imprévisible, addictif. Et cela ne se relâche pratiquement jamais. La relation qui se noue entre l’ex-soldat d’élite et la politicienne laisse deviner le développement de l’intrigue, mais… pas du tout ! Au 4ème épisode, la série prend un virage en épingle à cheveux et tout s’accélère, révélant progressivement un complot d’envergure en vue de la préparation d’un coup d’État. Mais ce n’est encore qu’une facette de ce scénario à tiroirs, bourré de fausses-pistes admirablement gérées sur la longueur, de chausse-trappes et d’incertitudes. Ici, n’importe qui peut mourir à n’importe quel moment, tout le monde – absolument tout le monde – est un suspect potentiel et les failles psychologiques des protagonistes font partie intégrante du suspense.

De la grande télévision donc, une écriture au rasoir, des comédiens formidables, parmi lesquels Gina McKee d’une exceptionnelle ambiguïté et au final un instantané terrible de notre monde paranoïaque, englué dans une guerre souterraine et sans espoir apparent de résolution. Les leçons de « HOMELAND » ont été bien retenues par les auteurs anglais qui ont même réussi à améliorer la sauce. On en redemande !

Histoire de pinailler, regrettons l’épilogue qui semble rajouté a posteriori et n’a strictement aucun rapport avec le mood de l’ensemble des six épisodes.

 

« LES IMMORTELS » (2011)

Le réalisateur indien Tarsem Singh était déjà connu pour ses délires visuels, ses excès psychédéliques sans garde-fou avec des résultats variant du pire (pratiquement tout ce qu’il a fait au cinéma) au meilleur (« THE CELL »). Alors lui donner accès aux CGI pour « LES IMMORTELS » était l’assurance d’un film visuellement… spécial. Ce qui est bien sûr le cas !IMMORTALS

La mythologie revue par l’esthétique du jeu vidéo, c’est quelque chose de particulier. On se croirait parfois dans le « SATYRICON » de Fellini à la sauce grecque, boosté aux pixels numériques. Les choix de Singh sont déroutants : tous les extérieurs se passent sur d’immenses falaises abruptes, les Dieux de l’Olympe – eux aussi au bord de leur falaise ! –semblent échappés d’une opérette gay, les batailles sont irréelles, pourries de ralentis systématiques. Bref, on n’est guère convaincus, même si certains décors ont indéniablement de la gueule et que ce vieux Mickey Rourke fait la blague dans le rôle du très cruel roi Hypérion, pansu et balafré. Ses partenaires sont hélas, moins réjouissants : le transparent Henry Cavill qui rappelle les héros de péplums italiens des sixties, Freida Pinto en Phèdre hindoue ou le toujours pénible Stephen Dorff. On est tout de même content de revoir John Hurt en mentor rusé et Stephen McHattie en roi pas très malin.

« LES IMMORTELS » est une sorte de bande-démo de tout ce qu’on peut faire aujourd’hui en post-production, 3-D incluse. En tant que prouesse technique, cela vaut le coup d’œil, mais en tant que film, c’est d’une vacuité et d’une confusion insensées.

 

« BROTHERS » (2009)

En 2004 sortait « BRØDRE » un remarquable film danois. Aussi, quand cinq ans à peine plus tard s’annonce le remake américain « BROTHERS », ne le voit-on pas forcément d’un bon œil. Le nom de Jim Sheridan à la réalisation et la richesse du casting rassurent quelque peu et éveillent même une certaine curiosité. Et tant mieux ! Car le remake vaut largement l’original et si son existence ne s’imposait pas, il mérite largement le coup d’œil.BROS.jpg

Tobey Maguire, un marines, part en Afghanistan laissant sa femme (Natalie Portman) et ses deux petites filles. Porté disparu, il laisse la place à son frère le « bad boy » Jake Gyllenhaal, mal-aimé de la famille, qui va progressivement prendre avantageusement sa place. Seulement Maguire n’est pas mort et c’est un homme transformé en spectre par la détention, qui revient parmi les siens. Sujet fort, très bien développé, sans trop d’artifices mélodramatiques et évitant tous les lieux-communs. Ainsi, la fille aînée, l’extraordinaire Bailee Madison à la maturité de jeu stupéfiante, est-elle traitée avec la profondeur d’un personnage adulte, sans aucun cliché ou condescendance. Si Gyllenhaal est excellent, Portman touchante, si Sam Shepard et la toujours parfaite Mare Winningham sont de crédibles parents, la vraie surprise du film vient de l’habituellement falot Tobey Maguire, qui fait une composition époustouflante. Le changement entre l’officier serein du début et le survivant décharné et paranoïaque de la fin est à peine croyable. La scène du dîner d’anniversaire où il affronte sa fille, est d’une tension insoutenable.

À voir donc, ce remake, en surmontant l’antipathie suscitée par ce genre de produit. Il n’ôte rien à la force du film original, mais apporte quelques nuances intéressantes et parvient à impliquer émotionnellement et à atteindre l’universalité.

 
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Publié par le 10 décembre 2018 dans DRAMES PSYCHOLOGIQUES, FILMS DE GUERRE

 

« LA PROMESSE » (2016)

Situé à l’aube de la WW1, « LA PROMESSE » de Terry George retrace le génocide arménien de façon très lisible et frontale, sans exagérer les aspects mélodramatiques, ni se transformer en cours d’Histoire fastidieux. Le scénario, bâti autour d’un triangle amoureux, rappelle celui de « DOCTEUR JIVAGO », transposé dans cette terrible période.PROMISE

Le film doit beaucoup à Oscar Isaac, qu’on suit depuis son petit village jusqu’à Constantinople où il poursuit des études de médecine. Pris dans la tourmente de la guerre, il tombe amoureux de la très mignonne et lumineuse Charlotte Le Bon, fiancée à Christian Bale, reporter américain tête brûlée, seul à couvrir les événements tragiques du massacre du peuple d’Arménie.

Cela dure plus de deux heures, la réalisation est efficace mais effacée, à l’inverse de ce qu’aurait fait un David Lean. On s’identifie instantanément au personnage de ‘Mikael’ grâce au jeu fiévreux mais contenu du décidément toujours parfait Isaac. « LA PROMESSE » parvient à faire comprendre les rouages politiques, les forces en présence, à montrer l’horreur du massacre sans céder à la violence excessive. C’est peut-être parfois un peu trop « sage » et raisonnable. Quelques images-choc auraient sans doute généré de salutaires électrochocs. Mais des séquences comme l’éradication du village ou la fuite sur le navire français sont très fortes et bien conçues. Dans un cast sans défaut, on retiendra Shohreh Aghdashloo, émouvante en mère-courage, Angela Sarafyan en épouse malchanceuse et même Jean Reno barbu dans une fugitive apparition en capitaine magnanime.

Pas un chef-d’œuvre cinématographique, c’est certain, mais un film ample, sérieux, esthétiquement soigné sans ostentation, à voir pour s’instruire et pour la belle performance de son acteur principal.