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Archives de Catégorie: FILMS DE GUERRE

« LE JOUR ET L’HEURE » (1963)

JOURSitué en 1944 dans la France occupée (mais plus pour longtemps), « LE JOUR ET L’HEURE » de René Clément concentre les années de guerre sur la fuite d’un couple improbable : une bourgeoise dépressive haïssant son milieu et un pilote américain plus jeune, cherchant à gagner l’Espagne après avoir été abattu.

C’est Simone Signoret, belle, mûrissante, incertaine, lâche parfois, qui laisse sa vie derrière elle pour aider cet homme (Stuart Whitman) qui symbolise à ses yeux l’aventure et l’imprévu. La passion qu’elle n’a manifestement jamais connue. Ensemble, ils traversent la France, sont arrêtés, relâchés, passent des mains des collabos à celles du maquis, toujours en danger, toujours côte à côte. C’est un beau film, très physique, toujours en mouvement, où personne n’a vraiment le temps de se dire les choses, où il faut sauver sa peau entre deux dénonciations. Le début ressemble à du Mauriac, mais dès que le couple quitte Paris, cela devient un road movie intense et palpitant. Signoret est vraiment magnifique, donnant une réelle épaisseur humaine à son rôle. Whitman est bien, mais on aurait tout de même aimé un acteur plus charismatique, à la hauteur de sa partenaire. Parmi les excellents seconds rôles, on aperçoit Michel Piccoli en résistant héroïque, Pierre Dux, exceptionnel de duplicité et Marcel Bozzuffi totalement odieux en flics collabos et même Reggie Nalder, le vampire de « SALEM’S LOT » en agent de la gestapo au look de mort-vivant.

Parfaitement maîtrisé, accrocheur du début à la fin, « LE JOUR ET L’HEURE » manque peut-être parfois d’émotion, de sensualité, mais c’est probablement dû à la différence de niveau entre les deux comédiens principaux. Sorti de ce petit souci, c’est un des bons films de Clément qui prouve sa maestria dans la longue séquence du train ou de l’interrogatoire de l’Américain par les résistants. À voir.

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SIMONE SIGNORET, MARCEL BOZZUFFI, PIERRE DUX ET STUART WHITMAN

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« GOOD » (2008)

GOOD.jpgRéalisé par l’autrichien Vicente Amorim d’après une pièce de théâtre, « GOOD » est une coproduction anglo-allemande qui démarre à Berlin en pleine montée du nazisme et s’achève dans un camp de la mort.

C’est surtout le portrait d’un professeur d’université et père de famille (Viggo Mortensen), approché par les nazis à cause d’un livre écrit il y a des années et parlant d’euthanasie. Homme effacé et neutre, Viggo va s’inscrire au parti, enfiler l’uniforme et même participer à la « nuit de cristal », tout en se persuadant qu’il ne fait rien de mal, qu’il ne fait que survivre du mieux qu’il peut. Progressivement, le scénario démontre comment un individu banal, foncièrement honnête et plutôt sympathique, finit par perdre son identité jusqu’à devenir un monstre parmi les monstres, sans même s’en rendre compte. La dernière scène – celle de sa terrassante prise de conscience dans l’enceinte d’un camp – est saisissante d’émotion et d’horreur mêlées. Le film très platement réalisé, est magnifiquement porté par Mortensen, très crédible dans ce rôle « d’homme qui n’était pas là » (pour reprendre le titre d’un film des frères Coen), capable de porter des œillères jusqu’au dernier moment, jusqu’à la disparition de son meilleur ami qui était juif. Un personnage complexe auquel on peut parfois s’identifier tout en le trouvant ignoble. À ses côtés d’excellents acteurs anglais comme Jason Isaacs jouant son psy et ami, Anastasia Hille jouant sa première épouse, Jodie Whittaker incarnant la seconde, un rôle odieux qu’elle campe à merveille. Mark Strong apparaît brièvement en dignitaire impassible qui « enrôle » Mortensen au début.

Assez proche du téléfilm dans sa facture, « GOOD » se laisse regarder pour son thème intrigant, son absence de manichéisme et pour son remarquable casting.

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VIGGO MORTENSEN, JODIE WHITTAKER ET JASON ISAACS

 

« LÉGITIME VIOLENCE » (1977)

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WILLIAM DEVANE

Écrit par Paul Schrader, réalisé par John Flynn, « ROLLING THUNDER » (le titre français « LÉGITIME VIOLENCE » a été complètement oublié) est un des tout premiers films prenant pour héros des POW (prisonniers de guerre) rentrant au pays chargés de leurs traumatismes et de leurs pulsions suicidaires.ROLLING.jpg

William Devane, dans le rôle de sa vie, joue un major torturé pendant sept ans au Vietnam qui, de retour chez lui, trouve sa femme avec un autre homme avant de se faire agresser et mutiler par des voyous pour de l’argent. Ceux-ci prennent la fuite après avoir massacré sa famille. Flanqué d’une jeune paumée (Linda Haynes) folle de lui et d’un ancien codétenu (Tommy Lee Jones) tout aussi déboussolé que lui, Devane va chercher à rendre justice lui-même. Un scénario simple, dans la lignée des polars noirs de cette époque (on pense à « APPORTEZ-MOI LA TÊTE D’ALFREDO GARCIA » ou à « JUSTICE SAUVAGE »), une image granuleuse et verdâtre du grand Jordan Cronenweth, plongent dans une ambiance glauque au possible, au sein d’une Amérique sordide peuplée d’abrutis et de ploucs à chapeaux texans. Les histoires de Schrader ont rarement été des hymnes à la joie et son major pourrait être le grand frère du Travis Bickle de « TAXI DRIVER ». On suit donc ce voyage au bout de l’enfer émaillé de séquences très violentes, qui s’achève dans un bordel pouilleux au Mexique, lors d’un showdown cathartique mais guère héroïque qui laissera pas mal de sang sur les murs.

Profondément ancré dans son époque, sans une once d’espoir ou même d’humour, « ROLLING THUNDER » est devenu un film-culte, probablement grâce à son jusqu’au-boutisme. Devane y est vraiment exceptionnel, tout comme Jones dans un rôle plus effacé mais dont le rire dément lors de la fusillade fait froid dans le dos. Des trognes comme James Best ou Luke Askew complètent parfaitement le tableau.

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LINDA HAYNES ET TOMMY LEE JONES

 

« APOCALYPSE NOW – FINAL CUT » (2019)

À sa sortie, « APOCALYPSE NOW » de Francis Ford Coppola avait subi des coupes trop sévères. Sa nouvelle version : « APOCALYPSE NOW – REDUX » était plus riche, mais infiniment trop longue et complaisante. « APOCALYPSE NOW – FINAL CUT » remonté pour fêter les 40 ans du film, se veut un compromis entre les deux moutures.FINAL.jpg

Oui, c’est vrai, la séquence des playmates est bien allégée (ouf !), celle de la plantation française plus nerveuse (même si elle peine toujours à trouver sa place dans le film)  et le rôle de Kurtz retrouve un peu de mystère en apparaissant moins. Mais affirmer que ce n°3 enterre définitivement ses prédécesseurs semblerait exagéré. Sans doute parce que « APOCALYPSE NOW » est entré dans l’inconscient collectif, qu’il devient difficile, voire impossible de le visionner et de le juger comme un film « normal ». Toujours est-il qu’on a encore du mal à le qualifier de chef-d’œuvre et que si on admire certains passages comme l’ouverture à Saïgon sur la chanson des Doors ou l’arrivée au camp de Kurtz en bateau, on s’agace encore des mêmes défauts : un Marlon Brando physiquement impressionnant, mais qui fait rigoureusement n’importe quoi la moitié du temps (il faut l’avoir vu avec le visage peinturluré en camouflage)  et dont on aurait apprécié qu’il improvise un peu moins et dialogue de façon plus intelligible avec Martin Sheen, l’homme venu l’assassiner. Et il y a Dennis Hopper, lâché en roue-libre très vite agaçant, une scène de nu totalement gratuite (quoi que jolie à voir) d’Aurore Clément à la plantation, etc.

Il reste heureusement des moments sublimes, comme ces scènes de bataille nocturnes, des répliques aboyées par un Robert Duvall en pleine forme symbolisant à lui seul toute la démence de la guerre, et ces images de Sheen émergeant de la boue fumante, machete au poing pour remplir sa mission trop longtemps retardée. Pour tout cela, on peut revoir « APOCALYPSE NOW », film instable et jamais définitivement achevé, mais qui a marqué l’Histoire du cinéma et changé la face des films de guerre.

 

« ZERO DARK THIRTY » (2012)

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JESSICA CHASTAIN

De la petite vingtaine de films tournés par l’inégale mais toujours intéressante Kathryn Bigelow, « ZERO DARK THIRTY » est certainement le plus abouti techniquement parlant et le plus passionnant au niveau du scénario et de sa proximité avec les évènements décrits.1sheet_ZDT_f.indd

C’est tout simplement la traque qui dura une dizaine d’années, menée par une jeune agente de la CIA (Jessica Chastain) pour localiser et éliminer Ben Laden réfugié au Pakistan. Le film est long mais extrêmement dense, d’une nervosité constante et la tension qu’il dégage oblige à capter la moindre réplique, la piste la plus anodine. À partir d’une intuition, l’héroïne – seule contre tous ou presque – va renoncer à toute vie privée, à toute autre mission et va poursuivre son « fantôme », jusqu’à passer pour une cinglée obsessionnelle. Chastain, complètement investie, a rarement été plus juste, elle porte le film sur les épaules et son tout dernier plan dans l’avion du retour aurait dû lui valoir l’Oscar. Autour d’elle, un cast brillant : Jason Clarke remarquable en spécialiste de la torture (la séquence d’ouverture est très éprouvante et même déstabilisante), Mark Strong excellent en chef inquiet mais loyal, James Gandolfini donne un beau relief à son tout petit rôle et on aperçoit de futures têtes d’affiche comme Joel Edgerton, Stephen Dillane, Chris Pratt ou Mark Duplass.

Tendu, haletant (même si tout le monde connaît l’issue), « ZERO DARK THIRTY » est un beau morceau de cinéma qui atteint des sommets dans le suspense viscéral lors de l’assaut contre la « forteresse » d’UBL. Et encore une fois, respect pour les Américains qui savent traiter « à chaud » leur Histoire récente, sans trop de faux-fuyants.

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MARK STRONG, JESSICA CHASTAIN, JASON CLARKE ET JAMES GANDOLFINI

 

« PREDATORS » (2010)

PREDATORS2.png« PREDATORS », variation façon comic books du classique de John McTiernan, et signé Nimród Antal, est typiquement le genre de film devant lequel on n’a pas envie de faire la fine gueule. Le scénario est un grand n’importe quoi infantile, bordélique et faisant fi de toute vraisemblance, mais au bout de quelques minutes, se retrouvant en terrain familier et devant la belle photo de Gyula Pados, on renonce à pinailler et on profite du Grand-8.

Parachutés (littéralement) sur une planète servant de terrain de chasse aux predators, une poignée de personnages violents, des guerriers, des serial killers, des mercenaires, des tueurs des cartels et même un Yakuza, se retrouvent traqués par des aliens encore pires que ceux des films précédents (la preuve : ceux-ci leurs servent aussi de gibiers !). Le scénario est relativement élaboré et ne se contente pas d’un simple jeu de massacre. La présence d’un acteur « sérieux » comme Adrien Brody à la place d’un musclor, dans le rôle du leader impitoyable apporte un petit quelque chose d’indéfinissable qui arrache le film à la série B. Il est très bien entouré par Alice Braga en sniper israélienne, Oleg Taktarov excellent en soldat russe loyal, Mahershala Ali, Walton Goggins et même Danny Trejo qui disparaît trop rapidement. Seul Laurence Fishburne détone un peu dans un rôle pas vraiment nécessaire, qu’il surjoue sans avoir l’air d’y croire. Mais le groupe fonctionne dans l’ensemble et le look des predators est toujours à la hauteur.

« PREDATORS », c’est de la pure « pulp fiction », un cinéma de distraction sans autre ambition que divertir. Les moyens sont là, les CGI savent rester discrets et les scènes de violence sont parfaitement maîtrisées. Pas à placer dans la même catégorie que les deux premiers films de la franchise, certes, mais un excellent moment tout de même.

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ADRIEN BRODY, ALICE BRAGA, DANNY TREJO ET OLEG TAKTAROV

 

« CASABLANCA » (1942)

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INGRID BERGMAN

Sur le papier, « CASABLANCA » de Michael Curtiz, avait tous les attributs d’un banal mélo de propagande antinazis de la Warner, un de ces films de circonstances rapidement oubliés au fil de l’Histoire.CASA.jpg

Mais, considéré aujourd’hui comme un des plus beaux accomplissements du vieil Hollywood, « CASABLANCA » a bénéficié d’une incroyable alchimie de tous les talents réunis et s’impose clairement comme un chef-d’œuvre d’émotion. Le scénario théâtral mais mixant admirablement l’anecdote amoureuse et une plus noble vision du sacrifice nécessaire en temps de guerre, un dialogue subtil, allusif, spirituel, une photo sublime d’Arthur Edeson, des décors « exotiques » splendides et pour finir l’immortelle chanson : « As time goes by », symbole du temps qui passe et des amours perdues. Sans oublier l’atout principal : le couple Ingrid Bergman-Humphrey Bogart qui crève l’écran. Rarement un ‘tough guy’ comme Bogart a osé se montrer aussi vulnérable et démuni (il sanglote littéralement parce qu’il revoit la femme qui l’avait largué sans préavis !). Le personnage de Rick, cynique et cassant, est en réalité un sentimental idéaliste et un grand amoureux romantique. Quant à Bergman, magnifiée par des gros-plans qui sont de véritables œuvres d’art, elle irradie et parvient à rendre crédible cette love story sinueuse et ce dilemme insoluble, par sa seule présence. À leurs côtés, Claude Rains est formidable en préfet français ambigu et profiteur, Paul Henreid remplit bien son office de héros noble et incorruptible et des personnalités comme Sidney Greenstreet, Peter Lorre (une courte mais très mémorable apparition)  ou S.Z. Sakall occupent agréablement l’arrière-plan.

« CASABLANCA » fait partie de ces films qu’on peut revoir régulièrement et indéfiniment, pour leur esthétique, leur atmosphère et parce que les relations entre les protagonistes sont si complexes et ambiguës qu’on peut toujours y déceler des subtilités et des paradoxes, même après de multiples visionnages. Une pierre blanche du cinéma américain.

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CLAUDE RAINS ET HUMPHREY BOGART