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Archives de Catégorie: FILMS DE GUERRE

« THE MACHINE » (2013)

MACHINE2Réalisée par Caradog James, « THE MACHINE » est une production britannique au scénario de SF très prometteur. Dans un futur où la guerre avec la Chine semble inévitable, le gouvernement s’efforce de fabriquer des androïdes pouvant faire office de soldats. C’est le chercheur Toby Stephens qui crée « Machine » (Caity Lotz) à partir d’un scan de son assistante décédée. Mais la jeune femme artificielle s’avère beaucoup plus humaine que prévu et Stephens bien moins discipliné que sa hiérarchie le souhaiterait.

Le sujet, depuis « BLADE RUNNER », a été souvent exploité dans des œuvres de diverse qualité. Celui-ci pâtit clairement d’un budget beaucoup trop étriqué, cloisonnant l’action dans une espèce de bunker sous-éclairé à la machinerie informatique bien peu convaincante. Si le scénario tourne assez vite court et semble ellipser des moments importants, le film pose tout de même certaines questions intéressantes, adresse des clins d’œil à des classiques comme « 2001 : L’ODYSSÉE DE L’ESPACE » et se laisse regarder, surtout grâce à la présence de Caity Lotz. Elle est très étonnante dans ce (double) rôle. En cyborg à la fois candide et invincible, elle est d’une beauté irréelle, pure et inquiétante. Elle adopte une gestuelle d’une précision inouïe et fait preuve d’une rare photogénie. Autour d’elle, le cast est hélas, très faible, composé de comédiens transparents, sans personnalité.

À voir donc, même si on aurait préféré un produit plus abouti, plus riche visuellement. Mais Caity Lotz vaut à elle seule qu’on tente l’expérience.

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CAITY LOTZ ET TOBY STEPHENS

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« SOLDIER » : épisode de « Au-delà du réel » écrit par Harlan Ellison

SOLDIEREn hommage à Harlan Ellison qui vient de nous quitter, un petit retour sur « SOLDIER », un des deux épisodes de la série TV « AU-DELÀ DU RÉEL », dont il signa le scénario.

Réalisé par Gerd Oswald, avec les restrictions budgétaires inhérentes à cette série-culte, ce téléfilm préfigure dès son ouverture le postulat de « TERMINATOR » (au point d’ailleurs, qu’Ellison attaqua James Cameron pour plagiat)  : des soldats aux ordres de machines, combattant sur une planète dévastée, qui pourrait bien être la terre dans le futur ! Le développement est en revanche très différent du film de 1984.

Michael Ansara, un guerrier étrangement harnaché, se retrouve projeté dans le passé. Interné en HP, il se laisse peu à peu approcher par Lloyd Nolan, un linguiste qui va tenter de communiquer avec lui. Mais le « soldat » est paranoïaque, ne fait confiance à personne et se montre aussi dangereux qu’une grenade prête à exploser. C’est alors qu’un « ennemi » débarque à son tour du futur bien décidé à en découdre…

C’est évidemment très rudimentaire, essentiellement fait d’échanges de dialogues, les décors sont cheap, les accessoires ressemblent à des jouets de Noël, le ridicule guette à chaque coin de séquence. Mais force est de reconnaître que le thème est intrigant, que le message pacifiste passe plutôt bien. Affublé de faux sourcils et d’une armure pittoresque, Ansara s’en sort étonnamment bien. Nolan et Tim O’Connor en agent du FBI accomplissent leur travail de façon très routinière.

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MICHAEL ANSARA ET LLOYD NOLAN

À voir donc pour l’admirateur de feu Mr Ellison curieux de connaître son œuvre télé et pour faire le parallèle avec le film de Cameron.

 

« U.S.S. INDIANAPOLIS : MEN OF COURAGE » (2016)

Comment oublier le terrifiant monologue de Robert Shaw dans la meilleure scène des « DENTS DE LA MER » ? Celle où il se remémore le naufrage de l’U.S.S. Indianapolis torpillé par les Japonais, alors qu’il venait de livrer la bombe d’Hiroshima. La description par « Quint » des quatre jours d’horreur des marins survivants, décimés par les requins, file encore aujourd’hui des frissons rétrospectifs.USS

On se dit, tout naturellement, qu’un film consacré à cet événement devrait rassembler tous les éléments d’un gros morceau de cinéma à la fois historique, horrifique, symbolique, dramatique, etc. Réalisé par Mario Van Peebles, « U.S.S. INDIANAPOLIS – MEN OF COURAGE » est pourtant un ratage quasi-total. Dès les premières images de combat aérien aux CGI lamentables, on sait que le film ne s’en relèvera pas. Et la présence d’un Nicolas Cage bouffi et hagard, dégageant l’énergie d’un Droopy sous Lexomil, en capitaine héroïque ne fait que confirmer cette mauvaise impression. La première partie fait penser à une version fauchée du « PEARL HARBOR » de Michael Bay, avec triangle amoureux à la clé, la seconde – la confrontation avec les squales – est tellement mal fichue, décevante, insuffisante, bâclée, que c’en est exaspérant ! Quant à l’épilogue, le procès de Cage, les enjeux sont confus et franchement peu intéressants.

Si on ajoute que Tom Sizemore a rarement été aussi mauvais (il faut l’avoir vu avec sa jambe arrachée qu’il serre contre lui !), que tous les seconds rôles, hormis les vétérans Thomas Jane et James Remar, sont tout aussi atroces, on en arrive à la conclusion que ces deux heures farcies de clichés et manquant cruellement de budget, sont une pure perte de temps. On peut se consoler en revoyant « LES DENTS DE LA MER » et écouter un vrai grand acteur en action ou attendre patiemment qu’un bon réalisateur s’empare sérieusement du sujet un jour ou l’autre.

 

« LE VIEUX FUSIL » (1975)

VIEUXIl n’est pas toujours évident de définir ce qui rend un film « parfait », indémodable et incritiquable, d’autant plus qu’on ne tombe pas dessus aussi fréquemment qu’on le souhaiterait. L’alchimie se produit parfois de façon inattendue. Ainsi, « LE VIEUX FUSIL », aujourd’hui considéré de façon unanime comme un indiscutable classique du cinéma français, aurait pu n’être qu’un film de guerre mâtiné de « vigilante movie » et ne pas perdurer.

Mais Robert Enrico a eu l’idée géniale de proposer le rôle de l’épouse assassinée d’un chirurgien provincial à Romy Schneider.  L’ossature de l’histoire est la vengeance implacable et quasi-westernienne de Philippe Noiret suite au massacre de sa famille par les nazis. Mais le cœur du film est l’improbable love story entre ce bourgeois replet et cette femme libérée et « trop belle pour lui ». Le mélange entre le présent situé à Montauban pendant la débâcle allemande et les flash-backs non-chronologiques, se fait avec une harmonie sans faille. Et l’émotion est décuplée quand on assiste au coup de foudre de Noiret avant la guerre, alors qu’on sait déjà comment finit cette union, dans les larmes et le souffle brûlant du lance-flammes.

Tout fonctionne dans « LE VIEUX FUSIL ». Du scénario, simple et sans fausse pudeur devant les sentiments les plus basiques, jusqu’à la musique de François de Roubaix qui est pour beaucoup dans l’incroyable portée émotionnelle qui se dégage de ces images. Alors qu’elle n’apparaît que dans des scènes assez brèves et finalement plutôt rares, Romy Schneider trouve un de ses rôles les plus emblématiques. Elle est resplendissante, à fleur de peau et bien sûr, terriblement tragique. Noiret offre également une de ses meilleures prestations, porté par la profondeur du drame. On lui pardonne quelques tics de jeu récurrents, tant il surprend au cours de l’action. Autour du duo, on est heureux de retrouver l’irremplaçable Jean Bouise dans son emploi de « meilleur ami » et on reconnaît Antoine Saint-John (« IL ÉTAIT UNE FOIS LA RÉVOLUTION ») en soldat allemand. « LE VIEUX FUSIL » n’a pas pris une ride et provoque la même émotion qu’à sa sortie il y a quatre décennies.

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ROMY SCHNEIDER ET PHILIPPE NOIRET

 

« NOM DE CODE : ÉMERAUDE » (1985)

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ED HARRIS

Écrit par Ronald Bass d’après son roman, réalisé par Jonathan Sanger (surtout connu comme producteur), « NOM DE CODE : ÉMERAUDE » est un film d’espionnage situé pendant la WW2 à Paris et décrivant la mission d’un agent double (Ed Harris) envoyé par les Anglais pour faire évader (ou éventuellement tuer) un jeune officier prisonnier (Eric Stoltz) détenteur de renseignements cruciaux sur le D-Day.CODE2

Une histoire classique, cousue de clichés (ah ! Ces airs d’accordéon dans les rues de Paris !), proprement filmée et surtout photographiée par Freddie Francis. Le film tient à peu près la distance grâce à un superbe casting et par l’ambiguïté de tous les protagonistes qui semblent tous jouer double ou triple jeu. En tête, un Harris de 35 ans, déjà un peu dégarni, tout à fait crédible dans un rôle de manipulateur désinvolte et sympathique. Son histoire d’amour avec Cyrielle Clair paraît légèrement plaquée, mais ses rencontres avec le trio Horst Buchholz, Max Von Sydow et Helmut Berger valent le coup d’œil. Le premier surtout, est remarquable en officier nazi si calme et réfléchi qu’on finit par croire qu’il a basculé du « bon côté ». Von Sydow est lui aussi très bien dans un rôle moins clairement défini et Berger qui retrouve son uniforme des « DAMNÉS » campe un SS particulièrement odieux. On reconnaît également des visages familiers comme Patrick Stewart et Julie Jézéquel.

La facture conventionnelle du film et son déroulement pépère l’empêchent d’être davantage qu’un téléfilm pour grand écran, surtout que la toute fin trop hâtive et invraisemblable laisse sur une drôle d’impression de bâclage. Mais « NOM DE CODE : ÉMERAUDE » se laisse regarder sans déplaisir et contient une des prestations les moins tourmentées d’Ed Harris.

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HORST BUCHHOLZ, MAX VON SYDOW ET ERIC STOLTZ

 

« L’ENFER DU DEVOIR » (2000)

RULESLa signature de William Friedkin ne doit pas leurrer l’admirateur : « L’ENFER DU DEVOIR » est très professionnellement tissé, très bien filmé, mais il ne porte en aucun cas la griffe du grand réalisateur des années 70.

Le film démarre au Vietnam en 1968 et il faut d’emblée se faire violence pour accepter les quinquagénaires Samuel L. Jackson et Tommy Lee Jones en G.I.s de vingt ans. Ensuite on se retrouve dans une mission de sauvetage au Yémen 28 ans plus tard, tournant au cauchemar. Jackson a-t-il massacré d’innocents manifestants pour sauver sa peau ou ceux-ci étaient-ils armés comme il l’affirme ? La VHS pouvant disculper l’officier a été détruite par un politicien (Bruce Greenwood) désireux de lui mettre l’incident sur le dos et c’est la cour martiale.

Même si toute la séquence à l’ambassade assiégée est palpitante et remarquablement bien montée, c’est quand le film se mue en « courtroom drama » qu’il prend tout son intérêt. Car le scénario est bien agencé, les confrontations sont tendues à craquer et Jones est excellent en avocat militaire complexé et alcoolique qui trouve dans ce procès une possible mais difficile rédemption. On ne s’ennuie guère pendant deux heures, on reste accroché par l’issue des audiences et on se réjouit de revoir de bons comédiens comme Ben Kingsley en ambassadeur planche-pourrie, Anne Archer dans un rôle écrit avec une cruelle lucidité, Amidou (qui retrouve Friedkin après « LE CONVOI DE LA PEUR ») en médecin et Guy Pearce détestable à souhait en procureur acharné et sans état d’âme. On retrouve çà et là le goût du réalisateur pour la provocation (le plan sur la fillette déchargeant son arme sur les Marines, l’exonération symbolique de Jackson par l’officier vietnamien à la fin), mais il parvient à maintenir un certain équilibre idéologique sur un thème tout de même très « glissant ».

« L’ENFER DU DEVOIR » se laisse voir sans aucun problème, sans rien révolutionner et en cédant même parfois au cliché (la bagarre à poings nus entre Jackson et Jones), mais au final, c’est un bon film bien carré, pour tuer deux heures.

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TOMMY LEE JONES, SAMUEL L. JACKSON ET GUY PEARCE

 

« LA BATAILLE D’ALGER » (1966)

ALGERCe qui frappe immédiatement en découvrant aujourd’hui un film comme « LA BATAILLE D’ALGER » datant tout de même de plus de 50 ans, c’est l’extraordinaire modernité de sa réalisation qui rend invisibles tous les artifices techniques déployés pour obtenir ce rendu quasi-documentaire. Gillo Pontecorvo nous plonge dès les premiers plans noir & blanc et granuleux, dans cette année 1957, où le FLN multiplie les attentats à Alger, jusqu’à l’arrivée des paras français chargés de les éliminer.

C’est le début d’une lutte pour l’indépendance qui s’acheva cinq ans plus tard et le scénario, magnifiquement agencé en vignettes éclatées, s’efforce de ne jamais prendre parti, de montrer au lieu d’asséner, de ne jamais caricaturer aucun camp, ni d’ailleurs de les glorifier. Que de sentiments contradictoires suscitent ces scènes où des femmes algériennes vont déposer des bombes dans des lieux publics !

Coproduction italo-algérienne tournée sur les lieux de l’action, « LA BATAILLE D’ALGER » est une leçon d’Histoire extrêmement instructive sans jamais être didactique ni partisane. Bien sûr, le sublime dernier plan clôturant le film ne laisse guère de doute sur les sympathies des auteurs ! Mais le personnage du colonel des paras, joué par le glaçant Jean Martin, n’est pas dépeint comme une brute sadique. Impitoyable certes, mais également intelligent et capable d’empathie. À ses côtés, on se souviendra du visage creusé et inquiétant de Brahim Hadjadj. Tous les comédiens – amateurs pour la plupart – sont parfaitement crédibles et bien dirigés.

En dehors de toute considération politique, Pontecorvo a signé une œuvre puissante, cinématographiquement époustouflante, surtout compte tenu des moyens techniques de l’époque, dans laquelle on s’immerge avec un malaise croissant.

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JEAN MARTIN ET… LE DERNIER PLAN DU FILM

À noter que la BO est cosignée par Ennio Morricone et… Pontecorvo, lui-même ! La seconde équipe est dirigée par le réalisateur Giuliano Montaldo. Dans le genre, un authentique chef-d’œuvre.