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Archives de Catégorie: FILMS DE GUERRE

« LA SEPTIÈME AUBE » (1964)

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CAPUCINE

Si on met un moment à comprendre le contexte historique – à savoir la guérilla birmane pour l’indépendance au début des années 50, et les tenants et aboutissants politiques, « LA SEPTIÈME AUBE » prend tout son intérêt quand il se resserre sur une triangle amoureux original : trois compagnons de la WW2, un yankee qui ne cherche qu’à s’enrichir grâce au caoutchouc (William Holden), sa maîtresse eurasienne (Capucine) et un révolutionnaire charismatique (Tetsurô Tanba). Triangle à quatre côtés en fait, puisqu’une jeune Anglaise (Susannah York) vient bientôt s’immiscer !AUBE2

La seconde partie du film, très physique, assez âpre, est très bien menée par le fiable Lewis Gilbert qui signe de belles scènes de marche forcée dans la jungle, aidé par la photo de Freddie Young. Et dès que le suspense s’installe, impossible de lâcher l’écran des yeux, jusqu’à la fin totalement surprenante qui tourne le dos à la ‘happy end’ avec un sacré culot. Dans la foulée de son rôle dans « LE PONT DE LA RIVIÈRE KWAÏ », Holden est très bien en cynique égoïste mais amoureux à la Bogart. Il paraît beaucoup plus âgé que ses 46 ans et sa « trogne » d’amateur de scotch s’intègre idéalement au paysage birman. À ses côtés, Capucine prête ses beaux traits anguleux à un personnage emblématique. Elle a rarement été mieux utilisée. Miss York, un peu gauche, est bien castée en naïve romantique qui apprend la vie à la dure. Quant à Tanba, il hérite du rôle de fourbe de service ce qui pourrait paraître un tantinet raciste, si les Anglais n’étaient pas eux-mêmes dépeints sous un jour aussi peu flatteur.

« LA SEPTIÈME AUBE » est un film méconnu et réussi dans son créneau, qui surmonte les aspects mélodramatiques du scénario par un dialogue rude et efficace et une belle ampleur dans la mise-en-scène. Les séquences de batailles et de fusillades sont d’un réalisme à toute épreuve.

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WILLIAM HOLDEN, TETSURÔ TANBA ET SUSANNAH YORK

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« JULES ET JIM » (1962)

JULESLa mémoire collective n’a curieusement retenu de « JULES ET JIM », un des grands classiques de François Truffaut, qu’une joyeuse histoire de ménage-à-trois, une jolie chanson (« Le tourbillon de la vie ») et une course insouciante sur un pont de Paris.

Pourtant cette charmante image d’Épinal ne pourrait pas être plus éloignée de l’atmosphère véritable de ce film qui débute effectivement de façon gaie et excentrique pour s’assombrir au fur et à mesure jusqu’à son terrible dénouement. À bien y regarder, la musique de Georges Delerue annonce l’orage qui approche et les brusques changements d’humeur de Jeanne Moreau pourraient mettre la puce à l’oreille. Dans ce qui demeurera sans doute le rôle le plus emblématique de sa carrière, elle se présente comme une femme libérée dans la France de l’avant-guerre de 14-18, un peu instable, difficile à comprendre et à aimer, mais fascinante tout en étant intoxicante. Cette ‘Catherine’ est vraiment un personnage en trois dimensions, qu’on aime autant qu’on la craint.

Malgré quelques tics de l’auteur, comme l’abus d’une voix « off » omniprésente trop littéraire ou des arrêts sur image pas toujours heureux, « JULES ET JIM » est clairement une œuvre en état de grâce, une sorte de long poème lumineux et sombre à la fois, hanté par la guerre et la folie. Si Jeanne Moreau domine le film lui apportant toute son ambiguïté mortifère, Oskar Werner excelle dans le rôle du doux et patient ‘Jules’. Seul Henri Serre, rigide et dépourvu d’humour, dépare le trio.

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JEANNE MOREAU, OSKAR WERNER ET HENRI SERRE

Il faut donc oublier ses a priori sur ce film qui n’a rien d’une histoire d’amour extravagante et enjouée. « JULES ET JIM » parle d’amour certes, mais d’un amour destructeur et stérile. À redécouvrir, donc.

 

« THE LOST CITY OF Z » (2017)

S’inspirant de la vie réelle de l’explorateur anglais Percival Fawcett, James Gray signe avec « THE LOST CITY OF Z » un film ample et ambitieux, en collant à son personnage jusque dans ses plus intimes contradictions.LOST

À cause de l’Amazonie, on pense bien sûr à « AGUIRRE, LA COLÈRE DE DIEU » auquel Gray rend de discrets hommages çà et là, on pense aussi au méconnu « AUX SOURCES DU NIL » et ce n’est pas toujours à l’avantage du présent film. En optant pour une photo sombre et monochrome tirant sur le vert, due au grand Darius Khondji, l’auteur tourne le dos à l’esthétisme « hollywoodien » d’œuvres comme « MISSION » ou « LA FORÊT D’ÉMERAUDE ». Les images souvent tournées façon reportage refusent l’exotisme facile ou l’emphase. Il en résulte un film certainement proche de la réalité, mais aussi lassant pour l’œil et un brin monotone à la longue. Le thème lui, est fascinant : c’est une histoire édifiante bâtie sur l’échec, sur un rêve jamais accompli, sur un destin fracturé. Et Gray retrouve son obsession des relations père-fils en donnant de l’importance à l’aîné qui accompagne son père dans une ultime expédition qui paraît bien plus fantasmée qu’authentique.

Charlie Hunnam est parfait dans le rôle de Fawcett, bien entouré par Sienna Miller en épouse opiniâtre féministe avant l’heure, par Angus Macfadyen en explorateur traître haïssable ou Robert Pattinson en bras-droit étonnamment effacé. On notera la fugitive et très anecdotique apparition de Franco Nero dans un personnage déplaisant d’esclavagiste cynique.

Malgré des séquences très fortes, un dialogue soigné et l’intérêt d’une belle leçon d’Histoire, « THE LOST CITY OF Z » se déroule comme un rêve, sans marquer vraiment la mémoire ni susciter de passion ou d’enthousiasme. Comme Fawcett toujours à deux doigts de toucher enfin son « El Dorado » qui s’éloigne à mesure qu’il s’en approche, on reste frustré et vaguement déçu après le mot « FIN ».

 

« PEARL HARBOR » (2001)

PEARLSans l’époustouflant morceau de bravoure que représente l’attaque japonaise en elle-même, il y a fort à parier que « PEARL HARBOR » serait à ranger dans le rayonnage des navets pompiers et grandiloquents de Michael Bay.

D’ailleurs, la première heure mélodramatique à souhait, assaisonnée d’un patriotisme vibrant et de love stories abêtissantes au possible et d’un dialogue consternant, ressemble à un pastiche (pas drôle) des films à gros budget des années 40. On s’attend presque à y croiser les fantômes de Robert Taylor, Vivien Leigh ou David Niven. Alors oui, la photo (John Schwartzman le mal nommé) et la BO de Hans Zimmer sont des modèles du genre, oui décors et costumes sont magnifiques. Mais l’ennui gagne vite, l’agacement aussi… Jusqu’au bombardement qui survient à peu près à la moitié des trois heures de projection. Là, tout esprit critique disparaît d’un coup. La perfection des CGI, la minutie du montage, la maîtrise des scènes de panique atteignent une grandeur rarement atteinte. On est littéralement cloué à son fauteuil pendant de longues minutes, mis KO par l’énormité et la brutalité parfois difficilement supportable du spectacle.

Il fallait bien cela, car « PEARL HARBOR » ne s’arrête hélas, pas là et retombe après ce climax dans les travers de sa première partie. Il faut dire que Ben Affleck a rarement été aussi fade et inexpressif. C’est dire ! Kate Beckinsale n’a pas grand-chose à faire, déchirée entre le grand bellâtre et son copain d’enfance, le plus attachant Josh Hartnett. Autour du trio, des vétérans comme Jon Voight méconnaissable en ‘FDR’, Alec Baldwin en officier sympathique, des jeunots comme Jennifer Garner en infirmière nunuche, Michael Shannon en copilote lent d’esprit et aussi Dan Aykroyd, William Fichtner, Cuba Gooding, Jr. et beaucoup d’autres.

C’est une grosse machinerie hollywoodienne sans âme, confite de clichés antédiluviens et en cela difficile à avaler sans faire la grimace. Mais pour cette incroyable et heureusement longue séquence de l’attaque, le film vaut d’être vu, car c’est une des plus ahurissantes réussites du genre, de mémoire de cinéphile.

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KATE BECKINSALE

 

« L’HOMME DE GUERRE » (1994)

WAR2Qu’est-ce qui différencie « L’HOMME DE GUERRE » des dizaines de DTV tournés par Dolph Lundgren au fil des ans ? Réalisé par le téléaste Perry Lang, le film a en effet la réputation d’être le meilleur film de l’acteur. C’est sans aucun doute la griffe du talentueux auteur (et réalisateur) John Sayles, qui pimente un scénario plutôt faiblard d’ironie et de dérision et même d’une petite critique du capitalisme et de l’ingérence U.S. via les infâmes commanditaires de l’entreprise, sortes de geeks sans foi ni loi. Le film démarre comme « LES 7 MERCENAIRES » : le soldat de fortune Lundgren, devenu plus ou moins clochard, réunit sa vieille équipe pour un job en Thaïlande : obtenir les droits d’exploitation d’une petite île. Quel est le si précieux trésor qu’elle contient ? C’est une des rares surprises du scénario, donc pas de ‘spoiler’ !

C’est contemplatif, touristique par moments, la sauce ne prend jamais vraiment et les comédiens sont globalement épouvantables, à commencer par Trevor Goddard, sorte de mélange de Schwarzie et de… Colin Farrell, en méchant musculeux et hystérique (et un peu gay, aussi). Dolph fait ce qu’il sait faire, pas davantage, Charlotte Lewis est bien agréable à contempler et on a l’heureuse surprise de retrouver ce vieil Aldo Sambrell en ‘bad guy’ à moitié brûlé arborant un dentier en or. Mais c’est B.D. Wong qui éclipse tout le monde dans un rôle de « native » à l’humour pince-sans-rire. Le meilleur moment du film ? Accueillis au village, les mercenaires sont obligés de manger des oisillons encore vivants sortis d’énormes œufs. Quand Lundgren, après s’être exécuté, demande à Wong s’ils mangent ça tous les jours, celui-ci répond hilare : « Ça va pas ? On ne bouffe pas cette merde-là ! », provoquant le fou-rire de tous les villageois. Joli retournement d’un vieux cliché.

On peut voir « L’HOMME DE GUERRE » pour ses paysages à couper le souffle, pour quelques assauts plutôt bien réglés, mais malgré des touches d’humour, on reste dans le sous-Rambo et la BO reprend même sans vergogne des accords de celle de « PREDATOR ».

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DOLPH LUNDGREN, ALDO SAMBRELL ET B.D. WONG

 

« UNE FEMME À SA FENÊTRE » (1976)

FENÊTRE2Adapté par Jorge Semprun d’un roman de Drieu La Rochelle, situé en Grèce pendant la WW2, « UNE FEMME À SA FENÊTRE » a tout d’un film de Costa-Gavras, mais c’est Pierre Granier-Deferre qui le réalise. Et dès le départ, on sent que quelque chose cloche et va clocher jusqu’au bout. Le scénario est bâti « à l’envers » sans qu’on n’en ressente jamais la nécessité. C’est plus confus qu’autre chose. Le mélange d’histoire d’amour romanesque et de pensum politique ne se fait jamais harmonieusement et plombe le film tout entier. Mais le plus grave est encore la faute de casting majeure, qui offre à Victor Lanoux – si parfait en « beauf » ou en individu trouble dans « DUPONT LAJOIE » et autres – un personnage de fugitif communiste et… bel amant romantique de Romy Schneider ! Autrement dit, un personnage qui semblait plutôt taillé pour un Alain Delon.

Romy et Philippe Noiret, ça fonctionne (« LE VIEUX FUSIL »), Romy et Umberto Orsini ont déjà joué des ‘ex’ dans « CÉSAR ET ROSALIE », c’est crédible. Mais Romy littéralement folle d’amour, liquéfiée de passion, prête à mourir pour le ‘Bouly’ de « UN ÉLÉPHANT, ÇA TROMPE ÉNORMÉMENT », c’est juste impossible. Leur absence d’alchimie à l’écran est presque douloureuse à contempler. C’est le concept même du film qui s’écroule. L’actrice pourtant dans la plus belle période de sa carrière, semble absente et laisse jouer ses chapeaux à sa place : on dirait qu’elle en change à chaque nouvelle séquence ! Noiret se traîne dans un rôle d’amoureux éconduit qui peine à s’imposer comme central. Parmi les seconds rôles, Gastone Moschin est très bien en flic (grec !) sadique mais intelligent et Jean Martin apparaît non-mentionné au générique dans le rôle de Drieu La Rochelle en personne, filmé de façon à ce qu’on ne voie jamais son visage. Pourquoi ? Pas idée…

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ROMY SCHNEIDER ET VICTOR LANOUX

Malgré son affiche attractive, ses beaux paysages et son pédigrée, « UNE FEMME À SA FENÊTRE » n’est donc pas très recommandable et tend à démontrer qu’une seule faute de goût, un seul vice-de-forme peut faire s’enrayer une belle machine comme celle-là. À méditer…

 

« KONG : SKULL ISLAND » (2017)

À première vue, on se dit que cette nouvelle version de King Kong arrive un peu tôt après celle de Peter Jackson. Mais en y regardant de plus près, on s’aperçoit que « KONG : SKULL ISLAND » oublie totalement la structure narrative du film de 1933 pour inventer une toute nouvelle histoire, située juste après la guerre du Vietnam.KONG

On est en territoire immédiatement familier, visuellement parlant : entre « APOCALYPSE NOW » et « JURASSIC PARK III ». Et le manque de complexe de Jordan Vogt-Roberts, son excellent sens du rythme, font très vite retomber en enfance, dans les continents oubliés et inexplorés à la Edgar Rice Burroughs et au cœur de l’aventure avec un grand « A ».

Les paysages vietnamiens sont glorieusement exploités et la fusion avec les CGI est parfaite de bout en bout. Les personnages sont bien dessinés et même Samuel L. Jackson et John Goodman font preuve d’une certaine retenue, ce qui est toujours appréciable. Tom Hiddleston est un héros un peu effacé et Brie Larson passe son temps à sourire, l’air ébahi. John C. Reilly, très en verve, tient un rôle clin d’œil à celui de Lee Marvin dans « DUEL DANS LE PACIFIQUE ».

On ne s’ennuie pas une seconde, les monstres – et Kong en tête – sont absolument magnifiques et les combats, qu’il s’agisse du grand singe contre les hélicos ou contre les reptiles venus des profondeurs, sont époustouflants de violence et de beauté graphique. À noter au passage que Kong est infiniment plus grand que dans l’original et dans tous ses remakes. Dans sa paume, l’héroïne a l’air un asticot. D’un petit asticot !

Bien sûr, ça ne raconte pas grand-chose, mais le spectacle est total et pour peu qu’on accepte d’y pénétrer sans rechigner, on passe deux heures de vrai plaisir, de « cinoche » énergique et qui fait oublier son quotidien. Que demander de plus ?