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Archives de Catégorie: LES FILMS D’ALAIN DELON

« LA VEUVE COUDERC » (1971)

veuvePierre Granier-Deferre signa ses trois œuvres les plus marquantes en 1970 et ’71 : « LA HORSE », « LE CHAT » et « LA VEUVE COUDERC », d’après un roman de Georges Simenon.

Situé pendant les années 30, en pleine campagne, dans le huis clos à ciel ouvert d’une écluse, le film plonge un jeune forçat évadé (Alain Delon) au sein d’une guéguerre sordide entre une veuve (Simone Signoret) et sa belle-famille convoitant sa ferme. Une étrange histoire se noue entre le « desperado » taiseux au passé mystérieux et la femme endurcie, au seuil de la vieillesse. La force principale du film est de ne rien expliquer. Il montre, se contente du strict minimum dans les échanges dialogués et décrit les personnages par leur comportement, leurs regards, leur animalité. A priori improbable, le duo Delon-Signoret fonctionne à merveille : lui effacé, tout en retenue, elle massive, autoritaire, avec des instants d’extrême vulnérabilité (la longue scène muette où elle l’attend en chemise de nuit dans sa chambre, alors qu’il couche avec une jeune femme, en dit plus long que des pages de texte). Il se passe quelque chose de très fort entre les deux acteurs, reliés par leurs regards également félins, par leur aplomb et leur présence physique. Ils sont très bien entourés par Ottavia Piccolo en simplette « Marie-couche-toi-là » et par Jean Tissier fabuleux en pépé à moitié sourd et pas si gâteux qu’il n’en a l’air.

Linéaire, très ramassé et compact, « LA VEUVE COUDERC » n’a pratiquement pas vieilli, hormis peut-être une photo un peu plate et des nuits trop éclairées. Il capte comme rarement l’âpreté de la vie campagnarde, la dureté des paysans, les rancœurs, le rejet de l’autre et même – en filigrane – la seconde guerre mondiale qui se profile à l’horizon. Un beau film simple et rugueux qui garde tous ses secrets après le mot « FIN ».

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SIMONE SIGNORET ET ALAIN DELON

 

« LA PISCINE » (1969)

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ROMY SCHNEIDER ET ALAIN DELON

« LA PISCINE » est le premier film que Jacques Deray tourna avec Alain Delon. C’est un huis clos dans une villa de Saint-Tropez, une sorte de mélange des univers de Françoise Sagan et Patricia Highsmith, où un couple de « beautiful people » (Delon et Romy Schneider) passe son été à se prélasser au soleil et à faire l’amour, jusqu’à l’intrusion d’un vieil ami (Maurice Ronet) un fêtard pique-assiette et de sa fille (Jane Birkin).piscine2

Aux premières notes de la BO terriblement datée de Michel Legrand, on tique. Quand on apprend que Delon joue un écrivain raté devenu un publicitaire dépressif et Ronet un producteur de disques amateur de bolides, on se dit qu’on va avoir du mal à s’intéresser. Mais heureusement, il se passe quelque chose dans « LA PISCINE » qui transcende l’anecdote, densifie les protagonistes. Une sorte d’alchimie indéfinissable qui le rapproche plus ou moins consciemment de « PLEIN SOLEIL » le chef-d’œuvre de René Clément tourné neuf ans plus tôt, avec déjà Delon, Ronet, la Méditerranée et même Romy qui tenait un bref caméo. Une fois encore, la relation entre les deux hommes s’achèvera en drame car Delon ne pourra réellement exister que lorsqu’il aura éliminé son mauvais génie qui « le dépasse d’une tête et des épaules » et passe son temps à l’humilier discrètement, à lui rappeler qui est le « mâle dominant ».

Bien sûr, 45 ans c’est un âge avancé pour n’importe quel film et « LA PISCINE » a un peu vieilli : l’érotisme torride du début, un peu trop appuyé, peut prêter à sourire, mais l’essentiel est intact. Et en le revoyant aujourd’hui, on se rend compte que le personnage par qui le malheur arrive n’est pas vraiment Ronet, pervers de pacotille plus irritant que vraiment nocif, mais… sa fille. Sous ses allures de godiche maussade, c’est elle qui insuffle le poison, qui allume la mèche avec une fausse naïveté qui mènera au meurtre. Et à l’élimination de ce père qu’elle méprise. À noter que si la prestation de Birkin paraît quelque peu laborieuse en français, elle prend toute sa dimension dans la version tournée en anglais, exploitée dans le Blu-ray sorti il y a quelques années.

Certaines ambiances, comme celle de la dernière partie où l’été s’achève, sont magnifiquement retranscrites et la fin ambiguë ne manque pas de sel.

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MAURICE RONET, ROMY SCHNEIDER ET ALAIN DELON

« LA PISCINE » est surtout un film d’acteurs. Le couple Schneider-Delon crève vraiment l’écran par son évidence, transcendant des rôles pourtant pas spécialement profonds ou bien développés. On est dans la pure alchimie. Ronet est irremplaçable en salopard égoïste et charmeur. Et Paul Crauchet apparaît à la fin, en flic marseillais perspicace et placide.

Peut-être pas tout à fait un classique, mais un film sensuel, encore plein de mystères et de violence feutrée.

 

ITALIANO DELON…

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4 JAQUETTES DE DVD ÉDITÉS EN ITALIE DE FILMS AVEC ALAIN DELON DES ANNÉES 60 ET 70. UNE APPROCHE DIFFÉRENTE DE CES FILMS !

 

« MR. KLEIN » (1977)

klein2« MR. KLEIN » fait partie des meilleurs films de Joseph Losey et il s’affirme comme l’ultime chef-d’œuvre de la longue filmographie de sa vedette/producteur Alain Delon. Sur un scénario de Franco Solinas, d’une richesse thématique inouïe, c’est une fable schizophrénique et kafkaïenne sur la perte d’identité, le déni et la culpabilité, déguisée en enquête policière.

Pendant l’occupation allemande, le marchand d’art Delon, un profiteur oisif et égoïste est pris, à cause de son nom ‘Robert Klein’ pour un homonyme juif recherché par la police. Il se lance à la recherche de ce doppelgänger sans visage, mais qui paraît tant lui ressembler, et pénètre dans un labyrinthe dont les contours deviennent de plus en plus flous à mesure qu’il progresse. Ce long cauchemar absurde et inéluctable s’achèvera dans le wagon bondé d’un train de marchandises, lors d’une rafle tristement célèbre. La réalité s’immisce peu à peu dans l’onirisme (les plans rapides et muets sur les préparations de la rafle) et le voyage intérieur de Klein en quête de lui-même sera finalement oblitéré par l’Histoire en marche, qui broiera tout sur son passage. Si Klein n’était pas juif au commencement du récit, il l’est devenu !

De la première à la dernière image, « MR. KLEIN » fascine, envoûte et immerge dans son univers paranoïaque, qui évoque parfois « LE TROISIÈME HOMME » de Carol Reed. Présent dans toutes les scènes, Delon trouve peut-être son plus beau rôle, celui en tout cas où il se montre le plus profond, le plus sensible. Étonnant de voir progressivement « l’autre » M. Klein prendre le dessus sur la personnalité froide et inhumaine du premier. Et la lugubre figure de Jean Bouise, obligé de vendre un tableau précieux à vil prix, réapparaît à la fin, symbole du destin de Klein qui a sans doute perdu son âme ce jour-là, en achetant la toile.

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MICHEL LONSDALE, ALAIN DELON ET JEAN BOUISE

On peut trouver de nombreuses interprétations à un scénario aussi intense et intelligent. Sans rechercher le réalisme à tout prix, Losey capte l’air du temps de 1942 (les spectacles de cabaret antisémites, l’ouverture du film avec l’humiliante visite d’un couple chez le médecin) et s’inscrit comme une des œuvres définitives sur l’occupation et la collaboration. Autour d’un Delon magistral, on retrouve Michel Lonsdale, visqueux à souhait en avocat ambigu, Juliet Berto fragile et pathétique, Michel Aumont en commissaire soupçonneux et beaucoup d’autres visages familiers. Seule l’apparition de Jeanne Moreau paraît légèrement hors-sujet.

« MR. KLEIN » est un très grand film qui interroge à de nombreux niveaux et hante longtemps après la projection.

 

L’INSOUMIS…

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PUISQUE NOUS FÊTONS LES 81 ANS D’ALAIN DELON, RÉCLAMONS LA SORTIE DVD D’UN DE SES RARES FILMS INÉDITS : « L’INSOUMIS » !

 

« LA MOTOCYCLETTE » (1968)

MOTOJack Cardiff fut un des plus grands directeurs de la photo des années 50 et 60. Marianne Faithfull est une figure majeure du rock anglais. Leur grandeur a-t-elle perduré quand ils sont passés l’un à la réalisation, l’autre à la comédie ?

En voyant « LA MOTOCYCLETTE », on serait tenté de répondre vigoureusement par la négative, tant le film ressemble à une énorme monstruosité sur celluloïd. Mais il est tellement ancré dans son époque, qu’il en devient une sorte de témoignage, d’instantané. De là à dire qu’il est passionnant serait sans doute excessif. Ou mensonger…

Jeune mariée, Faithfull part en moto rejoindre son amant suisse (Alain Delon) et se remémore en flash-backs psychédéliques à décoller la rétine leur rencontre aux sports d’hiver, leur première nuit d’amour, leur relation sado-maso. Le nez à l’air, un sourire béat aux lèvres, roulant sans casque, la pauvrette finira encastrée dans un pare-brise avant d’arriver au terme de son voyage. Ça ne tirera les larmes à personne !

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MARIANNE FAITHFULL ET ALAIN DELON

Que dire ? Dès le début, les scènes « oniriques » provoquent l’hilarité (Ah ! Delon en M. Loyal avec son fouet !), les scènes de route sont fréquemment tournées devant des transparences absolument affreuses, un comble pour un ‘road movie’ ! Et les séquences « solarisées » sont d’une laideur dantesque. Quant au dialogue, il atteint des abysses inexplorés de nullité solennelle et de provocation éventée. On se demande un peu ce qu’est venu faire Delon là-dedans à ce stade de sa carrière. Dans un rôle de professeur – à lunettes s’il vous plaît ! – il parle d’amour libre à ses étudiants et se montre indifférent et cruel envers sa maîtresse dévote et tête-à-claques. Basée uniquement sur le sexe, leur relation ne génère aucune émotion et pire… aucun intérêt. Utilisé en objet de désir et de fantasmes, l’acteur traverse le film en oblique sans jamais avoir l’air d’y être vraiment.

Pratiquement irregardable sans piquer du nez, « LA MOTOCYCLETTE » fait partie des quelques films bizarroïdes et inclassables qui parsèment l’éclectique carrière de Delon. Pour le complétiste maniaque et lui seul…

 

AUJOURD’HUI, IL A 80 ANS…

POUR FÊTER ÇA, VOICI LE TOUT PREMIER PLAN DANS LEQUE APPARUT ALAIN DELON À L’ÉCRAN DANS « QUAND LA FEMME S’EN MÊLE » AVEC JEAN SERVAIS ET JEAN LEFÈBVRE.

POUR FÊTER ÇA, LE PREMIER PLAN DANS LEQUEL APPARUT ALAIN DELON À L’ÉCRAN DANS « QUAND LA FEMME S’EN MÊLE » AVEC JEAN SERVAIS ET JEAN LEFÈBVRE.