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Archives de Catégorie: LES FILMS D’ALAIN DELON

« LES ACTEURS » (2000)

Les films de Bertrand Blier sont pratiquement un genre en soi. Ils ont tous (à deux ou trois exceptions près)  les mêmes qualités et les mêmes défauts : une écriture excessivement libre, poussant sa logique jusqu’à l’absurde, un dialogue acéré, mais aussi une propension à s’essouffler à mi-chemin et à perdre le public en route. « LES ACTEURS » ne fait pas exception à la règle.ACTEURS.jpg

Cela démarre par un trio de comédiens dans de savoureux avatars d’eux-mêmes : André Dussollier, Jacques Villeret et Jean-Pierre Marielle. Ils déjeunent à la Maison du Caviar et tout se met à déraper quand le serveur n’apporte pas un pot d’eau chaude réclamé par le susceptible Marielle. Ensuite, les rencontres s’enchaînent. Avec de bonnes surprises comme Sami Frey très drôle, Gérard Depardieu dans une auto-parodie décomplexée et surtout Jean Yanne fabuleux en médecin des assurances indélicat. L’épisode Pierre Arditi-Jean-Claude Brialy traîne en longueur, l’apparition d’un Alain Delon fantomatique est incongrue, pas drôle du tout, et met un peu mal à l’aise. Le dernier tiers part dans tous les sens, alterne les moments brillants et les saynètes qui tombent complètement à plat. Mais il y a des choses étonnantes malgré tout, comme Jean-Paul Belmondo jouant un abruti constamment mort de rire et se laissant insulter par Michel Serrault hors de lui. C’est surréaliste ! L’auteur ose même aller jusqu’à l’émotion brute, sans fard, avec le monologue de Maria Schneider qui lui colle à la peau ou la conclusion où Blier lui-même et Claude Brasseur parlent au téléphone à leurs célèbres pères disparus.

On ne sait pas trop si « LES ACTEURS » est une réussite ou pas. C’est trop désordonné, sans colonne vertébrale. Mais il vaut certainement le coup d’œil pour la richesse de sa distribution, son goût du délire et pour le trio Dussollier-Marielle-Villeret très savoureux. Dommage qu’ils disparaissent progressivement du scénario.

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« SCORPIO » (1973)

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BURT LANCASTER

Sur une thématique proche de celle du « FLINGUEUR » sorti un an plus tôt (le disciple d’un tueur payé pour éliminer son mentor), mais transposé dans l’univers de l’espionnage et de la guerre froide, Michael Winner signe avec « SCORPIO » un bon thriller froid et sans fioriture, hormis celles, évidemment, de sa réalisation à effets et truffée de coups de zoom permanents. Une « signature » qui empêche ses films d’aussi bien passer l’épreuve des ans, que ceux d’un John Frankenheimer, par exemple qui se patinent au lieu de se démoder.SCORPIO

Winner retrouve Burt Lancaster (« L’HOMME DE LA LOI ») et le réunit avec deux de ses anciens partenaires : Paul Scofield (« LE TRAIN ») et Alain Delon (« LE GUÉPARD ») pour une histoire classique d’espion aspirant à la retraite, mais soupçonné de double-jeu par ses employeurs de la CIA qui veulent l’éliminer. Son ex-coéquipier à ses trousses, ‘Cross’ va chercher de l’aide chez un espion russe auquel le lie une camaraderie complexe mais réelle depuis trente ans. Le scénario, moins simpliste qu’il n’en a l’air, brouille constamment les pistes. Delon, le tueur français joli cœur au regard d’acier, rechigne à tuer son vieux maître, tant qu’il n’aura pas les preuves qu’il a vraiment changé de camp. En revanche, « l’ancien » n’est peut-être pas aussi franc du collier qu’il ne paraît. D’ailleurs, qui l’est dans cet univers amoral et tordu ? L’ultime face-à-face entre les deux hommes dans un parking, sera pétri d’ambiguïté et de questions à jamais sans réponses. Malgré sa longueur, des séquences ratées (toutes celles entre Delon et Gayle Hunicutt, aussi mal écrites que filmées), « SCORPIO » se laisse regarder avec un plaisir nostalgique. Il vaut d’être vu pour la longue fuite de l’espion traqué entre Paris, Washington et Vienne, pour la présence toujours formidable de Lancaster qu’on voit, à 60 ans, accomplir d’étonnantes cascades et acrobaties, et pour de bons seconds rôles comme Joanne Linville jouant sa femme ou J.D. Cannon, John Colicos. Delon fait une prestation routinière et sans relief, ne comptant visiblement que sur sa considérable présence physique.

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BURT LANCASTER, JAMES B. SIKKING, ALAIN DELON ET PAUL SCOFIELD

« SCORPIO » manque un peu d’âme et de profondeur, mais le dialogue est souvent inspiré (la soûlerie de Scofield et Lancaster) et il est plaisant de retrouver, dix ans après le chef-d’œuvre de Visconti, le guépard et Tancrède sur un même écran.

 

« BORSALINO » (1970)

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JEAN-PAUL BELMONDO ET ALAIN DELON

Revoir « BORSALINO » aujourd’hui, un demi-siècle après sa sortie, permet de comprendre l’importance du contexte et de la mythologie dans l’appréciation d’un film. Car objectivement, si le projet était ambitieux et excitant, si tout a été mis en œuvre pour en faire un classique (on compte tout de même Jean-Claude Carrière et Claude Sautet parmi les auteurs !), ce n’est pas la grande réussite dont on aurait pu rêver. Tous les participants ont déjà fait mieux par le passé, le scénario manque d’étoffe historique et psychologique, la mise-en-scène de Jacques Deray demeure confinée, sans parvenir à faire exister le Marseille des années 30. Et la confrontation des deux stars, Alain Delon et Jean-Paul Belmondo, apparaît comme superficielle et le talent des acteurs pas suffisamment mis à l’épreuve.BORSALINO.jpg

Et pourtant… Malgré ces récriminations, ces réticences légitimes, « BORSALINO » est incontestablement un film-date, l’équivalent français de « BUTCH CASSIDY & LE KID », l’unique occasion de revoir deux figures du cinéma hexagonal en pleine possession de leurs moyens, au sommet de leur considérable charisme. Sans oublier la BO de Claude Bolling, quelques bonnes répliques et d’excellents seconds rôles comme Michel Bouquet, Julien Guiomar et la très sensuelle Catherine Rouvel, qui fait office d’Etta Place pour nos Butch et Sundance phocéens.

Alors oui, bien sûr, l’image est trop éclairée, manque d’atmosphère, la bande-son est très inégale, la mort d’un des deux protagonistes à la fin est totalement grotesque. Mais que dire ? Cela fonctionne tout de même. Et chaque séquence où Belmondo et Delon apparaissent côte à côte provoque la même nostalgie, le même frisson. Difficile donc, de se faire une opinion bien tranchée sur « BORSALINO ». Quant au « duel » de stars, qui en sort vainqueur ? Belmondo se promène, désinvolte et rigolard, sans chercher à aller au-delà des apparences. Delon, plus impliqué, plus intense compose un vrai personnage de voyou ambitieux et implacable prêt à tout pour gravir l’échelle sociale. Une petite scène pourtant, nous laisse entrevoir le film qu’aurait pu être « BORSALINO » avec un tout petit supplément de profondeur : celle où, derrière une fenêtre, Delon l’air amusé et ému à la fois, regarde sa mère rire avec Belmondo qui la fait danser dans ses bras. Peut-être le plus beau moment du film. Indispensable… Malgré tout !

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ROCH SIFFREDI ET FRANÇOIS CAPELLA

 

LES 83 ANS DU SAMOURAÏ…

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ALAIN DELON A 83 ANS AUJOURD’HUI. ON EN PROFITE POUR RÉCLAMER 4 DE SES FILMS INTROUVABLES. PAS FORCÉMENT DES CHEFS-D’OEUVRE, MAIS BON…

 

« IL ÉTAIT UNE FOIS UN FLIC… » (1972)

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MICHEL CONSTANTIN

Michel Constantin était un ancien volleyeur devenu comédien grâce au « TROU » de Jacques Becker. Il atteignit même un certain vedettariat dans les années 70, en tournant plusieurs fois sous la direction de Georges Lautner et José Giovanni. Acteur monolithique, à la diction hasardeuse, à la raideur d’automate, il est pourtant irremplaçable dans « IL ÉTAIT UNE FOIS UN FLIC… » de Lautner, film qui le résume et le transcende.FLIC.jpg

Sur un scénario classique mais efficace d’infiltration, le film décolle grâce à l’excellent dialogue de Francis Veber qui se concentre sur le portrait d’un commissaire parisien des Stups enquêtant à Nice et affublé d’une famille-couverture. Un flic de terrain, vieux garçon, maniaque, radin, râleur, à vrai dire peu sympathique, mais qu’on apprend à connaître à mesure qu’il s’attendrit devant son « fils » de neuf ans et sa jolie maman veuve de policier (Mireille Darc). Les séquences sont tellement bien conçues et les personnages si précisément dessinés, que c’est un bonheur de voir Constantin face à Michel Lonsdale – improbable face-à-face proche du choc de cultures ! – en collègue patient et placide, de le voir harcelé par deux flics pénibles, exaspéré par un voisin collant (Robert Castel) et surtout échangeant d’hilarantes répliques avec le petit Hervé Hillien extraordinairement à son aise.

Alors oui, la musique est envahissante, les coups de zoom fatiguent l’œil et les décors sont hideux, mais l’humour teinté de tendresse emporte tout sur son passage et « IL ÉTAIT UNE FOIS UN FLIC… » fait partie des vraies réussites de son réalisateur, bien qu’il soit étonnamment sous-estimé par rapport aux « TONTONS FLINGUEURS » et autres « BARBOUZES ». Dans un casting globalement savoureux, on reconnaît Venantino Venantini en ‘hitman’ américain et même… Alain Delon dans un fugitif caméo de trois secondes, mal rasé et clope au bec.

L’amateur de polar appréciera cette vision de la guerre des polices, ces règlements de comptes au sein de la french connection. Mais l’essentiel n’est pas là : des plans comme celui où le garçonnet glisse sa main dans celle de son « père », valent qu’on revoie ce film unique et attachant, un des meilleurs de Lautner.

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MIREILLE DARC, MICHEL CONSTANTIN, JEAN-JACQUES MOREAU ET ALAIN DELON

 

SPANISH SAMOURAÏ…

DELON SPAIN

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« LES FÉLINS » (1964)

FÉLINSQuatre ans après l’inoxydable « PLEIN SOLEIL », voir se reformer le tandem René Clément-Alain Delon pour une Série Noire tournée dans un décor méditerranéen, cela ne peut que réjouir le cinéphile. Hélas, « LES FÉLINS » manque de pas mal d’ingrédients pour prétendre à égaler son prédécesseur, ne serait-ce qu’un roman de Patricia Highsmith comme base et un second rôle comme Maurice Ronet pour se confronter à Delon.

Le film démarre bien, dans un format Scope et noir & blanc. Mais comme il fut tourné en anglais, le doublage gêne rapidement et sonne terriblement faux, surtout quand les deux actrices U.S. dialoguent entre elles en français avec un accent à couper au couteau. Le parti-pris de ne donner aucun aspect sympathique à aucun des personnages n’aide pas non plus à susciter une folle passion pour ce qui peut leur arriver. Alors on assiste passivement à ce long jeu malsain entre un gigolo traqué par des gangsters new-yorkais et deux belles Américaines exilées sur la Côte d’Azur, qui veulent l’utiliser pour une machination se voulant diabolique. Le scénario arrive à bout de souffle à la moitié environ, ensuite l’action patine, se fige, devient confuse et de plus en plus inintéressante. Pourtant, elle est bien belle Lola Albright en « veuve noire » sensuelle, elle est bien sexy Jane Fonda en fausse ingénue perverse et bien moins naïve qu’elle ne paraît. Quant à Delon, il joue avec une certaine verve les petite frappes arrogantes et exécute lui-même quelques cascades impressionnantes. Mais on a beau s’accrocher, la mayonnaise ne prend jamais. Difficile de dire pourquoi. Clément réalise au cordeau, comme d’habitude, les cadrages sont recherchés, mais rien à faire : on se fiche royalement des protagonistes quasiment désincarnés et d’une histoire dont les aspects les plus captivants ont l’air d’avoir eu lieu avant le début du film. Sans oublier de mentionner une BO jamais en harmonie avec les images, voire carrément pénible par moments. Et pourtant… signée Lalo Schifrin !

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LOLA ALBRIGHT, JANE FONDA ET ALAIN DELON

Une vraie déception donc, que « LES FÉLINS », thriller psychologique sans psychologie, thriller (presque) sans action et film érotique sans sexe. « PLEIN SOLEIL » restera donc un miracle unique. Tant pis… et tant mieux.