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Archives de Catégorie: LES FILMS D’ALAIN DELON

« BORSALINO » (1970)

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JEAN-PAUL BELMONDO ET ALAIN DELON

Revoir « BORSALINO » aujourd’hui, un demi-siècle après sa sortie, permet de comprendre l’importance du contexte et de la mythologie dans l’appréciation d’un film. Car objectivement, si le projet était ambitieux et excitant, si tout a été mis en œuvre pour en faire un classique (on compte tout de même Jean-Claude Carrière et Claude Sautet parmi les auteurs !), ce n’est pas la grande réussite dont on aurait pu rêver. Tous les participants ont déjà fait mieux par le passé, le scénario manque d’étoffe historique et psychologique, la mise-en-scène de Jacques Deray demeure confinée, sans parvenir à faire exister le Marseille des années 30. Et la confrontation des deux stars, Alain Delon et Jean-Paul Belmondo, apparaît comme superficielle et le talent des acteurs pas suffisamment mis à l’épreuve.BORSALINO.jpg

Et pourtant… Malgré ces récriminations, ces réticences légitimes, « BORSALINO » est incontestablement un film-date, l’équivalent français de « BUTCH CASSIDY & LE KID », l’unique occasion de revoir deux figures du cinéma hexagonal en pleine possession de leurs moyens, au sommet de leur considérable charisme. Sans oublier la BO de Claude Bolling, quelques bonnes répliques et d’excellents seconds rôles comme Michel Bouquet, Julien Guiomar et la très sensuelle Catherine Rouvel, qui fait office d’Etta Place pour nos Butch et Sundance phocéens.

Alors oui, bien sûr, l’image est trop éclairée, manque d’atmosphère, la bande-son est très inégale, la mort d’un des deux protagonistes à la fin est totalement grotesque. Mais que dire ? Cela fonctionne tout de même. Et chaque séquence où Belmondo et Delon apparaissent côte à côte provoque la même nostalgie, le même frisson. Difficile donc, de se faire une opinion bien tranchée sur « BORSALINO ». Quant au « duel » de stars, qui en sort vainqueur ? Belmondo se promène, désinvolte et rigolard, sans chercher à aller au-delà des apparences. Delon, plus impliqué, plus intense compose un vrai personnage de voyou ambitieux et implacable prêt à tout pour gravir l’échelle sociale. Une petite scène pourtant, nous laisse entrevoir le film qu’aurait pu être « BORSALINO » avec un tout petit supplément de profondeur : celle où, derrière une fenêtre, Delon l’air amusé et ému à la fois, regarde sa mère rire avec Belmondo qui la fait danser dans ses bras. Peut-être le plus beau moment du film. Indispensable… Malgré tout !

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ROCH SIFFREDI ET FRANÇOIS CAPELLA

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LES 83 ANS DU SAMOURAÏ…

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ALAIN DELON A 83 ANS AUJOURD’HUI. ON EN PROFITE POUR RÉCLAMER 4 DE SES FILMS INTROUVABLES. PAS FORCÉMENT DES CHEFS-D’OEUVRE, MAIS BON…

 

« IL ÉTAIT UNE FOIS UN FLIC… » (1972)

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MICHEL CONSTANTIN

Michel Constantin était un ancien volleyeur devenu comédien grâce au « TROU » de Jacques Becker. Il atteignit même un certain vedettariat dans les années 70, en tournant plusieurs fois sous la direction de Georges Lautner et José Giovanni. Acteur monolithique, à la diction hasardeuse, à la raideur d’automate, il est pourtant irremplaçable dans « IL ÉTAIT UNE FOIS UN FLIC… » de Lautner, film qui le résume et le transcende.FLIC.jpg

Sur un scénario classique mais efficace d’infiltration, le film décolle grâce à l’excellent dialogue de Francis Veber qui se concentre sur le portrait d’un commissaire parisien des Stups enquêtant à Nice et affublé d’une famille-couverture. Un flic de terrain, vieux garçon, maniaque, radin, râleur, à vrai dire peu sympathique, mais qu’on apprend à connaître à mesure qu’il s’attendrit devant son « fils » de neuf ans et sa jolie maman veuve de policier (Mireille Darc). Les séquences sont tellement bien conçues et les personnages si précisément dessinés, que c’est un bonheur de voir Constantin face à Michel Lonsdale – improbable face-à-face proche du choc de cultures ! – en collègue patient et placide, de le voir harcelé par deux flics pénibles, exaspéré par un voisin collant (Robert Castel) et surtout échangeant d’hilarantes répliques avec le petit Hervé Hillien extraordinairement à son aise.

Alors oui, la musique est envahissante, les coups de zoom fatiguent l’œil et les décors sont hideux, mais l’humour teinté de tendresse emporte tout sur son passage et « IL ÉTAIT UNE FOIS UN FLIC… » fait partie des vraies réussites de son réalisateur, bien qu’il soit étonnamment sous-estimé par rapport aux « TONTONS FLINGUEURS » et autres « BARBOUZES ». Dans un casting globalement savoureux, on reconnaît Venantino Venantini en ‘hitman’ américain et même… Alain Delon dans un fugitif caméo de trois secondes, mal rasé et clope au bec.

L’amateur de polar appréciera cette vision de la guerre des polices, ces règlements de comptes au sein de la french connection. Mais l’essentiel n’est pas là : des plans comme celui où le garçonnet glisse sa main dans celle de son « père », valent qu’on revoie ce film unique et attachant, un des meilleurs de Lautner.

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MIREILLE DARC, MICHEL CONSTANTIN, JEAN-JACQUES MOREAU ET ALAIN DELON

 

SPANISH SAMOURAÏ…

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« LES FÉLINS » (1964)

FÉLINSQuatre ans après l’inoxydable « PLEIN SOLEIL », voir se reformer le tandem René Clément-Alain Delon pour une Série Noire tournée dans un décor méditerranéen, cela ne peut que réjouir le cinéphile. Hélas, « LES FÉLINS » manque de pas mal d’ingrédients pour prétendre à égaler son prédécesseur, ne serait-ce qu’un roman de Patricia Highsmith comme base et un second rôle comme Maurice Ronet pour se confronter à Delon.

Le film démarre bien, dans un format Scope et noir & blanc. Mais comme il fut tourné en anglais, le doublage gêne rapidement et sonne terriblement faux, surtout quand les deux actrices U.S. dialoguent entre elles en français avec un accent à couper au couteau. Le parti-pris de ne donner aucun aspect sympathique à aucun des personnages n’aide pas non plus à susciter une folle passion pour ce qui peut leur arriver. Alors on assiste passivement à ce long jeu malsain entre un gigolo traqué par des gangsters new-yorkais et deux belles Américaines exilées sur la Côte d’Azur, qui veulent l’utiliser pour une machination se voulant diabolique. Le scénario arrive à bout de souffle à la moitié environ, ensuite l’action patine, se fige, devient confuse et de plus en plus inintéressante. Pourtant, elle est bien belle Lola Albright en « veuve noire » sensuelle, elle est bien sexy Jane Fonda en fausse ingénue perverse et bien moins naïve qu’elle ne paraît. Quant à Delon, il joue avec une certaine verve les petite frappes arrogantes et exécute lui-même quelques cascades impressionnantes. Mais on a beau s’accrocher, la mayonnaise ne prend jamais. Difficile de dire pourquoi. Clément réalise au cordeau, comme d’habitude, les cadrages sont recherchés, mais rien à faire : on se fiche royalement des protagonistes quasiment désincarnés et d’une histoire dont les aspects les plus captivants ont l’air d’avoir eu lieu avant le début du film. Sans oublier de mentionner une BO jamais en harmonie avec les images, voire carrément pénible par moments. Et pourtant… signée Lalo Schifrin !

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LOLA ALBRIGHT, JANE FONDA ET ALAIN DELON

Une vraie déception donc, que « LES FÉLINS », thriller psychologique sans psychologie, thriller (presque) sans action et film érotique sans sexe. « PLEIN SOLEIL » restera donc un miracle unique. Tant pis… et tant mieux.

 

« COMME UN BOOMERANG » (1976)

COMMEJosé Giovanni tourna trois films d’affilée avec Alain Delon. « COMME UN BOOMERANG » est le dernier. On peut aisément deviner pourquoi. Dès le début on entre de plain-pied dans le monde de l’auteur : diatribes contre la justice, les flics, les médias, plaidoyer pour les anciens malfrats qui n’ont jamais fini de payer leur dette à la société, relations père-fils compliquées, etc. Cela aurait pu fonctionner, mais le scénario est d’une linéarité décourageante, le dialogue – le plus souvent un prêchi-prêcha assommant – d’une platitude et d’une lourdeur invraisemblables. Quant au casting, il est truffé d’idées plus que bizarres : Jacques Rispal en horloger-dealer (sic), Christian de Tillière en juge d’instruction maniéré, Dora Doll en ex-épouse de Delon de quinze ans plus âgée que lui, etc. Tout est décalé, même les bons moments (les frères Malet bousculant leur père pour lui soutirer du cash !) détonent, comme s’ils appartenaient à un autre film.

Handicapé par des répliques impossibles, Delon alterne les scènes émouvantes (son face-à-face avec Suzanne Flon) et l’excès de pathos (ses visites en prison à son fils). Il fait trop jeune pour qu’on puisse croire à son lointain passé de caïd du Milieu et sa relation avec sa riche épouse (pauvre Carla Gravina, venue figurer en voisine) est pratiquement occultée par le scénario. On est tout de même content de le voir deloniser à fond, d’écouter ses échanges avec Charles Vanel en vieil avocat paternaliste. Mais faut-il qu’on l’apprécie pour rester jusqu’au bout !

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ALAIN DELON, CHARLES VANEL ET CARLA GRAVINA

« DEUX HOMMES DANS LA VILLE » a gardé une bonne partie de sa force, « LE GITAN » a étonnamment bien vieilli, mais « COMME UN BOOMERANG » ressemble au « film de trop » pour le tandem Giovanni-Delon et ne suscite qu’une certaine gêne.

 

CURIOSITÉS AMÉRICAINES…

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BIENTÔT DES U.S.A. : UNE BIZARRERIE ITALIENNE AVEC TRINTIGNANT, LANG MUET, MELVILLE VIA CRITERION ET LA SUITE DE LA SÉRIE « SERGENT ANDERSON ».