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Archives de Catégorie: LES FILMS D’ALAIN DELON

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8 FILMS D’ALAIN DELON POUR LE PRIX DE 4 ! ÇA VIENT D’ESPAGNE PAR DVD EN DOUBLE-PROGRAMME. DU BON, DU MOYEN… INTÉRESSANT.

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« LES FÉLINS » (1964)

FÉLINSQuatre ans après l’inoxydable « PLEIN SOLEIL », voir se reformer le tandem René Clément-Alain Delon pour une Série Noire tournée dans un décor méditerranéen, cela ne peut que réjouir le cinéphile. Hélas, « LES FÉLINS » manque de pas mal d’ingrédients pour prétendre à égaler son prédécesseur, ne serait-ce qu’un roman de Patricia Highsmith comme base et un second rôle comme Maurice Ronet pour se confronter à Delon.

Le film démarre bien, dans un format Scope et noir & blanc. Mais comme il fut tourné en anglais, le doublage gêne rapidement et sonne terriblement faux, surtout quand les deux actrices U.S. dialoguent entre elles en français avec un accent à couper au couteau. Le parti-pris de ne donner aucun aspect sympathique à aucun des personnages n’aide pas non plus à susciter une folle passion pour ce qui peut leur arriver. Alors on assiste passivement à ce long jeu malsain entre un gigolo traqué par des gangsters new-yorkais et deux belles Américaines exilées sur la Côte d’Azur, qui veulent l’utiliser pour une machination se voulant diabolique. Le scénario arrive à bout de souffle à la moitié environ, ensuite l’action patine, se fige, devient confuse et de plus en plus inintéressante. Pourtant, elle est bien belle Lola Albright en « veuve noire » sensuelle, elle est bien sexy Jane Fonda en fausse ingénue perverse et bien moins naïve qu’elle ne paraît. Quant à Delon, il joue avec une certaine verve les petite frappes arrogantes et exécute lui-même quelques cascades impressionnantes. Mais on a beau s’accrocher, la mayonnaise ne prend jamais. Difficile de dire pourquoi. Clément réalise au cordeau, comme d’habitude, les cadrages sont recherchés, mais rien à faire : on se fiche royalement des protagonistes quasiment désincarnés et d’une histoire dont les aspects les plus captivants ont l’air d’avoir eu lieu avant le début du film. Sans oublier de mentionner une BO jamais en harmonie avec les images, voire carrément pénible par moments. Et pourtant… signée Lalo Schifrin !

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LOLA ALBRIGHT, JANE FONDA ET ALAIN DELON

Une vraie déception donc, que « LES FÉLINS », thriller psychologique sans psychologie, thriller (presque) sans action et film érotique sans sexe. « PLEIN SOLEIL » restera donc un miracle unique. Tant pis… et tant mieux.

 

« COMME UN BOOMERANG » (1976)

COMMEJosé Giovanni tourna trois films d’affilée avec Alain Delon. « COMME UN BOOMERANG » est le dernier. On peut aisément deviner pourquoi. Dès le début on entre de plain-pied dans le monde de l’auteur : diatribes contre la justice, les flics, les médias, plaidoyer pour les anciens malfrats qui n’ont jamais fini de payer leur dette à la société, relations père-fils compliquées, etc. Cela aurait pu fonctionner, mais le scénario est d’une linéarité décourageante, le dialogue – le plus souvent un prêchi-prêcha assommant – d’une platitude et d’une lourdeur invraisemblables. Quant au casting, il est truffé d’idées plus que bizarres : Jacques Rispal en horloger-dealer (sic), Christian de Tillière en juge d’instruction maniéré, Dora Doll en ex-épouse de Delon de quinze ans plus âgée que lui, etc. Tout est décalé, même les bons moments (les frères Malet bousculant leur père pour lui soutirer du cash !) détonent, comme s’ils appartenaient à un autre film.

Handicapé par des répliques impossibles, Delon alterne les scènes émouvantes (son face-à-face avec Suzanne Flon) et l’excès de pathos (ses visites en prison à son fils). Il fait trop jeune pour qu’on puisse croire à son lointain passé de caïd du Milieu et sa relation avec sa riche épouse (pauvre Carla Gravina, venue figurer en voisine) est pratiquement occultée par le scénario. On est tout de même content de le voir deloniser à fond, d’écouter ses échanges avec Charles Vanel en vieil avocat paternaliste. Mais faut-il qu’on l’apprécie pour rester jusqu’au bout !

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ALAIN DELON, CHARLES VANEL ET CARLA GRAVINA

« DEUX HOMMES DANS LA VILLE » a gardé une bonne partie de sa force, « LE GITAN » a étonnamment bien vieilli, mais « COMME UN BOOMERANG » ressemble au « film de trop » pour le tandem Giovanni-Delon et ne suscite qu’une certaine gêne.

 

CURIOSITÉS AMÉRICAINES…

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BIENTÔT DES U.S.A. : UNE BIZARRERIE ITALIENNE AVEC TRINTIGNANT, LANG MUET, MELVILLE VIA CRITERION ET LA SUITE DE LA SÉRIE « SERGENT ANDERSON ».

 

« SOIS BELLE ET TAIS-TOI » (1958)

TAIS2S’il existe une raison – et une seule – de jeter aujourd’hui un coup d’œil distrait à « SOIS BELLE ET TAIS-TOI », c’est parce qu’il recèle la première rencontre à l’écran d’Alain Delon (23 ans) et Jean-Paul Belmondo (25 ans), alors seconds rôles inexpérimentés et quasi-débutants.

Pour le reste, Marc Allégret signe un avatar de Série Noire autour d’un gang de trafiquants de bijoux et de braqueurs, utilisant des « mômes » jouant aux caïds pour passer leur marchandise. Pourquoi pas ? Bien sûr… Mais le problème c’est que le film est entaché de comédie débile et d’une lourdeur terrible, représentée par un Darry Cowl en roue-libre complète, jouant (improvisant serait plus juste) un flic zézayant et incompétent qui prend une place anormale dans le scénario, alors qu’il n’est que le coéquipier du héros, le fade Henri Vidal. Celui-ci épouse Mylène Demongeot, délinquante mineure associée à la bande de petits voyous. Un salmigondis laborieux au possible, paresseusement filmé, faiblement dialogué dans un argot d’époque (« Ferme ton capot, toi ! »).

Si Demongeot parvient à être charmante et même touchante, si Roger Hanin est à peu près crédible en malfrat surnommé ‘Charlemagne’, si on retrouve avec plaisir Robert Dalban en commissaire atrabilaire, les futures stars des sixties sont vraiment au stade embryonnaire : Delon en petit frimeur à l’intelligence plus que limitée qui se fait bousculer ou tabasser à la première occasion et se laisse manipuler par sa fiancée. Et Belmondo en sympathique benêt serviable et pas bien malin non plus. On est très très loin de leur mythologie future ! Mais les apercevoir (ils n’ont pas de très grands rôles) côte à côte avec leurs têtes de gamins, vaut tout de même le déplacement.

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MYLÈNE DEMONGEOT, HENRI VIDAL, JEAN-PAUL BELMONDO ET ALAIN DELON

« SOIS BELLE ET TAIS-TOI » est donc à regarder d’un œil d’archéologue complétiste à l’extrême rigueur, mais sans plus. Si on aurait eu du mal à deviner l’avenir glorieux des deux compères, on s’étonne en revanche que Mylène Demongeot n’ait pas mené une carrière plus importante. Elle avait vraiment quelque chose.

 

« LE GITAN » (1975)

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ALAIN DELON

Qui l’eût cru ? Les années ont été clémentes envers « LE GITAN » qui a pris une belle patine nostalgique, alors qu’il avait laissé dubitatifs (c’est un euphémisme) jusqu’aux défenseurs les plus acharnés de l’œuvre de José Giovanni.GITAN2 Adaptant un de ses romans, celui-ci prend pour héros un voyou charismatique, issu des « gens du voyage ». Il se croit obligé d’aligner plusieurs laïus un brin pénibles sur le sort réservé aux Gitans, à la fois lourds et naïfs qui desservent la cause qu’ils sont censés défendre. L’autre point faible du scénario est cette double intrigue policière dont l’une (celle mettant Paul Meurisse en vedette) est d’une désolante platitude.

Mais comment résister au plaisir de retrouver le trio mythique de « ROCCO ET SES FRÈRES » ? Alain Delon, qui s’est fait une « gueule » formidable, Annie Girardot et Renato Salvatori. Égal à lui-même, mais parfois plus vulnérable, Delon crève l’écran en tueur aussi impitoyable qu’hypersensible. Il a des moments exceptionnels comme sa rencontre avec Jacques Rispal en vétérinaire généreux et d’autres d’une balourdise terrible, comme ce face-à-face avec un gamin « un peu malade » au bord de la Marne. Avec ses cheveux longs, son énorme moustache (rien à voir avec le petit postiche du « CERCLE ROUGE ») et son petit chapeau tzigane, il crée une silhouette frappante. Il est très bien entouré : Marcel Bozzuffi royal en flic sardonique, Salvatori en acolyte linguiste, Maurice Barrier excellent en obsédé sexuel, Bernard Giraudeau très bien en jeune flic tête-à-claques. Girardot n’a qu’une brève participation caricaturale et Meurisse, trop âgé, est très peu crédible en braqueur de coffres dur-à-cuire.

Tout cela est inégal, bancal, voire parfois embarrassant, mais au bout du compte, « LE GITAN » tient étonnamment bien la distance. La musique de Django Reinhardt n’y est certainement pas pour rien et l’évidente implication de Delon non plus. Ce ne sera jamais un classique du polar à la française, certes, mais c’est tout à fait regardable.

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PAUL MEURISSE, MARCEL BOZZUFFI, MAURICE BARRIER ET ALAIN DELON

 

« ARMAGUEDON » (1977)

ARMAGUEDONÉcrit et réalisé par le singulier et peu prolifique Alain Jessua, « ARMAGUEDON » est un thriller psychologique étonnamment prémonitoire des maux de notre monde d’aujourd’hui. Le forcené désireux de faire chanter la terre entière est mû par ce besoin de reconnaissance tellement aigu (à l’époque, pas de Facebook !) qu’il mute en narcissisme criminel. Quant au psy chargé de le débusquer, il est une sorte de profileur avant la lettre.

Visuellement et techniquement, le film a beaucoup vieilli, ce qui est inévitable après quatre décennies, mais ce qui atténue sévèrement sa portée. En fermant la porte à toute émotion simple, l’auteur développe bien sa thématique mais interdit qu’on s’y implique ou qu’on entre en empathie avec les personnages, réduits à l’état de silhouettes sans âme. De plus, certaines scènes, comme l’électrocution des deux prostitués, sont totalement ratées et tirées par les cheveux. Pourquoi se donner tant de mal pour un résultat aussi peu spectaculaire ? ‘Armaguedon’ est non seulement fou, mais en plus il manque d’esprit pratique ! Dans le rôle du fou à lier, Jean Yanne dans la lignée de son assassin dans « LE BOUCHER » de Chabrol, se sort plutôt bien du contremploi, mais son dialogue est trop explicatif, trop ingénu par moments. À ses côtés, Renato Salvatori est excellent en demeuré surnommé ‘Einstein’, l’assistant dans ses délires. L’affiche promettait un face-à-face entre deux vedettes aussi dissemblables que Yanne et Alain Delon, il n’a hélas, pas lieu. Leurs seuls échanges se font par téléphone et Delon – également producteur du film – paraît distrait, parfois carrément absent, laissant le champ entièrement libre à son partenaire. Il n’est pour tout dire, pas très crédible en psychiatre compassé et doutant de lui-même. Ce « retrait »  volontaire au second plan est la plus grosse déception du film.

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JEAN YANNE, RENATO SALVATORI ET ALAIN DELON

« ARMAGUEDON » se laisse regarder sans ennui, mais la facture est vraiment trop désuète pour qu’on puisse le prendre encore au sérieux. Quant à l’épilogue dans le théâtre, il semble vouloir donner raison à Yanne quant à sa haine envers l’Humanité, mais le manque de moyens se fait cruellement ressentir et le message ne fait que brouiller inutilement et maladroitement les pistes.