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Archives de Catégorie: LES FILMS DE JACK NICHOLSON

« SELF CONTROL » (2003)

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JACK NICHOLSON

« SELF CONTROL » commence de façon très laborieuse, prend un temps infini à mettre en place son postulat, à présenter les personnages, à démarrer la machine burlesque. On pourrait se décourager, mais on aurait bien tort ! Non pas que le film de Peter Segal devienne progressivement un chef-d’œuvre, mais on se surprend à sourire, puis à rire, puis à exploser de rire, comme dans la séquence du monastère bouddhiste avec John C. Reilly totalement surréaliste ou celle dans la voiture où les deux protagonistes chantent « I’m so pretty ».ANGER2

L’idée est simple : un garçon timide et complexé (Adam Sandler) se voit obligé à la suite d’un quiproquo, de suivre une thérapie pour gérer ses colères, avec un psy excentrique (Jack Nicholson) qui va lui coller aux basques, jusqu’à le rendre fou. L’invraisemblance totale du sujet est (un peu) rattrapée par un sympathique ‘twist’ final qui remet les pendules à l’heure.

Sandler est plutôt plus supportable que d’habitude dans son rôle de victime-née, mais il est bien sûr oblitéré par Nicholson, à qui on a visiblement demandé de « nicholsoniser » à donf, dans ce rôle de manipulateur allumé et tête-à-claques. Même s’il dérape souvent dans le n’importe quoi, il a de grands moments comiques et s’éclate de façon communicative. L’autre bonheur du film, ce sont les vedettes venues jouer les « guest stars » dans des petites apparitions hilarantes : Luis Guzmán en « folle perdue », John Turturro en fou furieux paranoïaque, Woody Harrelson en travesti à l’accent allemand, Harry Dean Stanton en aveugle combatif, January Jones en porn star lesbienne, etc. C’est un défilé parfaitement orchestré. Sans oublier la toujours charmante Marisa Tomei un peu sous-employée. À noter également le bref mais savoureux caméo de John McEnroe…

Il faut donc voir « SELF CONTROL » sans rien à attendre de génial, mais en se tenant prêt pour quelques éclats de rire irrépressibles et salutaires.

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MARISA TOMEI, JACK NICHOLSON, ADAM SANDLER ET WOODY HARRELSON

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« VAS-Y, FONCE ! » (1971)

DRIVE2Autant tout le monde adore l’acteur Jack Nicholson, surtout quand il est un tant soit peu dirigé, autant il est difficile, voire impossible de défendre son œuvre en tant que réalisateur. Heureusement, celle-ci ne compte que trois films : « VAS-Y, FONCE ! », « EN ROUTE VERS LE SUD » et « THE TWO JAKES ». Tous les trois aussi maladroits, sans rythme ni raison d’être les uns que les autres.

« VAS-Y, FONCE ! » qu’il tourna juste après son succès dans le magnifique « CINQ PIÈCES FACILES » se veut une sorte d’instantané sur la révolution dans les campus américains, en pleine guerre du Vietnam. Le scénario informe suit deux étudiants, un joueur de basket (le fade William Tepper) plutôt glandu et porté sur le sexe et un « rebelle » complètement allumé (Michael Margotta) prêt à tout pour échapper à la guerre. On dirait un personnage écrit sur-mesure pour Nicholson lui-même et peut-être le film se serait mieux porté s’il l’avait joué. L’un couche avec la femme (Karen Black, bêtement gaspillée) de son prof, l’autre fait n’importe quoi et finit tout nu dans une salle du campus, à libérer les reptiles en cage. Pourquoi ? Pas idée…

Le film, tourné façon reportage, avec un maximum de plans flous ou décadrés, est un véritable pensum. À la rigueur peut-on y jeter un rapide coup d’œil pour la réalité des seventies qu’il capte naturellement grâce au style improvisé et « sur le vif », pour la prestation nerveuse de Bruce Dern en ‘coach’ exaspéré, mais c’est vraiment tout. Et c’est peu…

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KAREN BLACK ET BRUCE DERN

À noter pour la petite histoire, puisqu’il n’y a pas grand-chose à dire sur le film lui-même, que le professeur cocufié est incarné par le scénariste Robert Towne responsable trois ans plus tard de « CHINATOWN » et qu’un des producteurs se nomme Harry Gittes. On se souvient bien sûr du nom de Nicholson dans « CHINATOWN » : ‘J.J. Gittes’. Voilà, that’s all folks…

 

« EASY RIDER » (1969)

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DENNIS HOPPER ET PETER FONDA

Certains films sont de petits miracles cinématographiques, qui parviennent – parfois « à l’insu de leur plein gré » – à capter l’air du temps, à en encapsuler l’atmosphère, à synthétiser des états d’esprit. « EASY RIDER » est clairement de ceux-là.easy2

Revu presque 50 ans après sa mise en production, on s’étonne de sa simplicité, de son évidence. Le scénario, aussi improvisé soit-il, est l’essence-même du ‘road movie’ : deux petits dealers de L.A. qui viennent de gagner un gros paquet de dollars, partent à moto pour aller voir le carnaval de New Orleans. En chemin, ils rencontrent de gentils hippies, des ploucs intolérants, des prostituées et un avocat alcoolique. Peter Fonda, sorte d’avatar ultra-cool d’Eastwood, joue « capitaine America », un « dude » souriant et idéaliste, Dennis Hopper – également réalisateur du film – est son copain plus brouillon et rigolard.

Cherchent-ils l’Amérique, comme l’affirme la ‘tagline’ sur l’affiche ? Ou désirent-ils simplement goûter à la liberté, maintenant qu’ils sont riches ? Est-ce la désillusion du voyage qui transformera leur périple en cauchemar ?

Le bande-son extraordinairement bien dosée est pour beaucoup dans le charme inaltérable de « EASY RIDER », au même titre que la photo splendide de László Kovács. Manifeste pour une jeunesse utopiste à sa sortie, en pleine guerre du Vietnam, le film est aujourd’hui un véritable bond dans le passé. Malgré des longueurs, c’est brillamment réalisé et monté (la séquence du ‘bad trip’ au LSD) et si Fonda et Hopper sont irremplaçables, ils sont rudement concurrencés par la prestation de Jack Nicholson, formidable en fils de famille ivrogne et bavard au destin tragique. Le rôle qui le fit connaître. Parmi les seconds rôles, des visages familiers comme Luke Askew, Karen Black et Robert Walker, Jr. Bridget Fonda, enfant, apparaît fugitivement en fillette dans la communauté hippie.

Si une décennie devait être résumée, concentrée en 95 minutes, ce seraient assurément les années 60 dans « EASY RIDER ».

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PETER FONDA, JACK NICHOLSON, DENNIS HOPPER ET KAREN BLACK

 

« THE PLEDGE » (2001)

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JACK NICHOLSON

Adapté d’un polar suisse, « THE PLEDGE » est, de loin, le meilleur film réalisé par Sean Penn, une œuvre complexe, tourmentée, obsédante qui s’enfonce progressivement dans le cauchemar, s’émancipant des passages obligés d’un genre qu’il est censé illustrer.pledge2

Sur la piste d’un serial killer tueur de fillettes, le vieux flic Jack Nicholson promet à la mère de la dernière victime (Patricia Clarkson, superbe) de retrouver l’assassin. Il jure même sur le salut de son âme. Est-ce à cause de cela qu’il fait mine d’ignorer son départ à la retraite et poursuit l’enquête ? Qu’il achète une station-service pour surveiller les va-et-vient des suspects potentiels ? Qu’il y accueille une jeune femme (Robin Wright) et aussi et surtout sa fille pour qu’elle serve d’appât ? Qu’il commence à entendre des voix dans sa tête ?

Le paradoxe de ce suspense psychologique suffocant, c’est que Nicholson a beau avoir raison à 100% depuis le début et suivre la bonne méthode (celle du pêcheur à la ligne qu’il est), il n’en est pas moins en train de devenir complètement fou. Et même presque aussi monstrueux que celui qu’il traque, puisqu’il joue plus ou moins consciemment avec les sentiments, voire la vie, de deux innocentes qu’il manipule. La conclusion sera terrible, désespérée, d’une sombre ironie, d’une noirceur sans échappatoire. Autour d’un Nicholson omniprésent, d’une rigueur sans la moindre faille, d’une intensité extraordinaire, Penn a réuni de bons acteurs comme Benicio Del Toro en Indien attardé mental, Aaron Eckhart en flic tête-à-claques et une brochette de stars dans des caméos comme Helen Mirren, Vanessa Redgrave, Harry Dean Stanton et surtout Mickey Rourke bouleversant dans une courte séquence. À vrai dire, leurs apparitions sont plus distractives qu’autre chose, et le film aurait fort bien pu s’en passer, mais on est toujours content de les retrouver.

« THE PLEDGE » réunit la plupart des qualités de précédents films de Penn et pratiquement aucun de leurs défauts. Le scénario est parfaitement vissé, les ambiances sont magnifiquement captées par la photo de Chris Menges, et Nicholson qui a campé tant de cinglés dans sa carrière, en donne ici une variante des plus réalistes et émouvantes. Un superbe film à tous points-de-vue.

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JACK NICHOLSON, ROBIN WRIGHT ET MICKEY ROURKE

 

« WOLF » (1994)

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MICHELLE PFEIFFER ET JACK NICHOLSON

Quand on lit au générique d’un film de loup-garou les noms de Mike Nichols à la réalisation, du romancier Jim Harrison au scénario, du chef-op de Fellini et Visconti, Giuseppe Rotunno à la photo et d’Ennio Morricone à la musique, on se dit que « WOLF » n’a certainement rien d’un banal film d’horreur.wolf3-copie

De fait, le film transporte le mythe du lycanthrope dans l’univers de l’édition new-yorkaise des années 90, semble d’abord vouloir parler de la perte des traditions et des valeurs, du vieillissement de l’homme civilisé cédant la place au profit et à l’arrivisme aveugle. Mais rapidement, Jack Nicholson, gentil éditeur effacé, qui vient de se faire mordre par un loup, se transforme en prédateur. Et au lieu de passer pour un monstre, il s’intègre au contraire bien mieux dans ce monde impitoyable où tout le monde s’entredévore.

Satire sociale, comédie de mœurs, « horror movie » suivant assez respectueusement les règles du genre, « WOLF » est un vrai plaisir, qui prend le temps de fouiller ses personnages, de raconter une histoire d’amour adulte et crédible, de rester ancré dans une réalité très concrète, jusqu’à la fin quand éclate un étonnant romantisme échevelé où les amants hurlent à la lune.

Le scénario tire un peu à la ligne hélas, se répète parfois, ellipse des moments importants qu’on aurait aimé voir, plutôt que s’attarder sur l’enquête sans grand intérêt du flic Richard Jenkins. Cela ne gâche pas le plaisir, fort heureusement, d’autant qu’autour d’un Nicholson nageant comme un poisson dans l’eau sans jamais cabotiner et d’une Michelle Pfeiffer attachante ‘tough girl’ au cœur sensible, tous les seconds rôles sont savoureux : Christopher Plummer en grand patron suave, James Spader en jeune collègue sans éthique ou Kate Nelligan en épouse infidèle.

Avec un petit quart-d’heure de moins, « WOLF » aurait été irréprochable. Tel quel, il demeure intelligent, incisif, parfois très dingue, bref, tout à fait recommandable.

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JACK NICHOLSON, CHRISTOPHER PLUMMER, MICHELLE PFEIFFER ET JAMES SPADER

 

« BATMAN » (1989)

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MICHAEL KEATON

Quand on découvre les magnifiques décors de studio d’Anton Furst, quand démarre la BO de Danny Elfman et qu’on s’accoutume au sombre univers visuel créé par Tim Burton, on se dit que tout est réuni pour relancer les films de super-héros et signer un chef-d’œuvre. Tout… ou presque. Manque juste un scénario !batman2

« BATMAN » pioche à la fois dans la caricature de la série TV des sixties et dans l’approche plus dramatique des comics de Neal Adams et consorts de la décennie suivante. Mais l’histoire ne va nulle part, elle se résume à une succession de saynètes répétitives et confuses, noyées dans les fumigènes. Burton a laissé Jack Nicholson vampiriser son film : il est tellement idéalement distribué en ‘Joker’ fou à lier, ricanant et malfaisant, que c’en est un pléonasme. L’acteur surjoue de façon quasi-obscène, fait n’importe quoi avec un narcissisme inouï et empêche le personnage de Batman (Michael Keaton) de vraiment exister et de susciter intérêt et empathie. Ce ne sont au fond, que deux psychopathes déguisés, chacun d’un côté de la barrière de la loi. Seule petite trouvaille par rapport à la BD d’origine : un flash-back fait du Joker l’assassin des parents de Bruce Wayne.

Les protagonistes n’ayant pas de but précis, pas d’urgence particulière à faire ce qu’ils font, tous les rebondissements étant parfaitement aléatoires et gratuits, les deux heures passent très lentement et le dernier show de Nicholson dansant sur une chanson de Prince en balançant des dollars dans la foule, est quasiment insupportable.

Laminé par son partenaire, Keaton est donc un Batman falot et transparent. Kim Basinger est renversante de beauté mais n’a rien à faire à part pousser des petits cris perçants. Des personnages importants comme le commissaire (Pat Hingle) sont à peine esquissés. On est content de revoir, même brièvement, ce vieux Jack Palance en caïd essoufflé. Nicholson en fait d’ailleurs une excellente imitation dans une scène avec Tracey Walter.

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JACK NICHOLSON, MICHAEL KEATON, KIM BASINGER ET JACK PALANCE

Beau à regarder donc, « BATMAN » est et demeure une déception de chaque instant, une belle occasion manquée. Ce qui ne l’a pas empêché d’être un des plus grands succès de l’Histoire du cinéma U.S., précisons-le tout de même. Dommage car, le temps de quelques instants çà et là, on subodore le film unique qu’il aurait pu être avec un vrai scénario…

 

« CE PLAISIR QU’ON DIT CHARNEL » (1971)

carnalInspiré des dessins de presse pour adultes signés Jules Feiffer, « CE PLAISIR QU’ON DIT CHARNEL », réalisé par le caustique Mike Nichols, est une sorte d’autopsie sans indulgence du mâle américain des seventies.

Suivant plusieurs étapes de la vie de deux copains de fac, le cynique et amoral Jack Nicholson et le naïf Art Garfunkel (oui, de Simon et…), le scénario est une chronique des fantasmes masculins confrontés à la dure réalité de la femme qui évolue et prend son autonomie. Chacun à sa façon, les protagonistes sont terrifiés par le sexe opposé. Nicholson en multipliant les conquêtes, à la recherche de la « bimbo » idéale, mais qui manifeste des petits soucis érectiles et Garfunkel qui au fond, ne comprend rien à rien et ne fait que s’ennuyer à mourir.

On a un peu de mal au début à croire que les deux copains et Candice Bergen, l’étudiante qu’ils se « partagent » ont à peine vingt ans, ce qui fausse légèrement le propos et la compréhension de leurs actions. Mais la description quasi-clinique et pas spécialement drôle de ces individus immatures et complètement creux, est d’une terrible acuité. Nicholson excelle à jouer les machos misogynes et colériques cherchant à tout prix à masquer sa fondamentale impuissance. En face d’eux, le seul personnage intéressant est Ann-Margret, qui apparaît souvent dénudée dans toute la splendeur de ses formes plantureuses, et qui incarne LA femme dont rêvent tous les ados lecteurs de Playboy ou Penthouse. À part que si on creuse – et c’est ce que fait le film – on devine l’être humain derrière le fantasme stéréotypé et la triste réalité (la dépression, la dépendance) au-delà des mensurations de rêve.

Œuvre intelligente, lucide, mais sombre et désespérée, « CE PLAISIR QU’ON DIT CHARNEL » malgré ses promesses affriolantes, laisse un arrière-goût amer. Même le charisme naturel de Nicholson se retourne contre lui, en particulier dans la dernière séquence, avec la prostituée campée par Rita Moreno, où il devient carrément pitoyable.

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CANDICE BERGEN, JACK NICHOLSON ET ANN-MARGRET

À noter que dès le générique, en voyant les cadrages, l’utilisation de la musique et même la façon de jouer des comédiens, on se dit que le film a dû avoir une forte influence sur Woody Allen à partir de « ANNIE HALL », tourné six ans plus tard.