RSS

Archives de Catégorie: LES FILMS DE JACK NICHOLSON

« BATMAN » (1989)

batman

MICHAEL KEATON

Quand on découvre les magnifiques décors de studio d’Anton Furst, quand démarre la BO de Danny Elfman et qu’on s’accoutume au sombre univers visuel créé par Tim Burton, on se dit que tout est réuni pour relancer les films de super-héros et signer un chef-d’œuvre. Tout… ou presque. Manque juste un scénario !batman2

« BATMAN » pioche à la fois dans la caricature de la série TV des sixties et dans l’approche plus dramatique des comics de Neal Adams et consorts de la décennie suivante. Mais l’histoire ne va nulle part, elle se résume à une succession de saynètes répétitives et confuses, noyées dans les fumigènes. Burton a laissé Jack Nicholson vampiriser son film : il est tellement idéalement distribué en ‘Joker’ fou à lier, ricanant et malfaisant, que c’en est un pléonasme. L’acteur surjoue de façon quasi-obscène, fait n’importe quoi avec un narcissisme inouï et empêche le personnage de Batman (Michael Keaton) de vraiment exister et de susciter intérêt et empathie. Ce ne sont au fond, que deux psychopathes déguisés, chacun d’un côté de la barrière de la loi. Seule petite trouvaille par rapport à la BD d’origine : un flash-back fait du Joker l’assassin des parents de Bruce Wayne.

Les protagonistes n’ayant pas de but précis, pas d’urgence particulière à faire ce qu’ils font, tous les rebondissements étant parfaitement aléatoires et gratuits, les deux heures passent très lentement et le dernier show de Nicholson dansant sur une chanson de Prince en balançant des dollars dans la foule, est quasiment insupportable.

Laminé par son partenaire, Keaton est donc un Batman falot et transparent. Kim Basinger est renversante de beauté mais n’a rien à faire à part pousser des petits cris perçants. Des personnages importants comme le commissaire (Pat Hingle) sont à peine esquissés. On est content de revoir, même brièvement, ce vieux Jack Palance en caïd essoufflé. Nicholson en fait d’ailleurs une excellente imitation dans une scène avec Tracey Walter.

batman3

JACK NICHOLSON, MICHAEL KEATON, KIM BASINGER ET JACK PALANCE

Beau à regarder donc, « BATMAN » est et demeure une déception de chaque instant, une belle occasion manquée. Ce qui ne l’a pas empêché d’être un des plus grands succès de l’Histoire du cinéma U.S., précisons-le tout de même. Dommage car, le temps de quelques instants çà et là, on subodore le film unique qu’il aurait pu être avec un vrai scénario…

 

« CE PLAISIR QU’ON DIT CHARNEL » (1971)

carnalInspiré des dessins de presse pour adultes signés Jules Feiffer, « CE PLAISIR QU’ON DIT CHARNEL », réalisé par le caustique Mike Nichols, est une sorte d’autopsie sans indulgence du mâle américain des seventies.

Suivant plusieurs étapes de la vie de deux copains de fac, le cynique et amoral Jack Nicholson et le naïf Art Garfunkel (oui, de Simon et…), le scénario est une chronique des fantasmes masculins confrontés à la dure réalité de la femme qui évolue et prend son autonomie. Chacun à sa façon, les protagonistes sont terrifiés par le sexe opposé. Nicholson en multipliant les conquêtes, à la recherche de la « bimbo » idéale, mais qui manifeste des petits soucis érectiles et Garfunkel qui au fond, ne comprend rien à rien et ne fait que s’ennuyer à mourir.

On a un peu de mal au début à croire que les deux copains et Candice Bergen, l’étudiante qu’ils se « partagent » ont à peine vingt ans, ce qui fausse légèrement le propos et la compréhension de leurs actions. Mais la description quasi-clinique et pas spécialement drôle de ces individus immatures et complètement creux, est d’une terrible acuité. Nicholson excelle à jouer les machos misogynes et colériques cherchant à tout prix à masquer sa fondamentale impuissance. En face d’eux, le seul personnage intéressant est Ann-Margret, qui apparaît souvent dénudée dans toute la splendeur de ses formes plantureuses, et qui incarne LA femme dont rêvent tous les ados lecteurs de Playboy ou Penthouse. À part que si on creuse – et c’est ce que fait le film – on devine l’être humain derrière le fantasme stéréotypé et la triste réalité (la dépression, la dépendance) au-delà des mensurations de rêve.

Œuvre intelligente, lucide, mais sombre et désespérée, « CE PLAISIR QU’ON DIT CHARNEL » malgré ses promesses affriolantes, laisse un arrière-goût amer. Même le charisme naturel de Nicholson se retourne contre lui, en particulier dans la dernière séquence, avec la prostituée campée par Rita Moreno, où il devient carrément pitoyable.

carnal2

CANDICE BERGEN, JACK NICHOLSON ET ANN-MARGRET

À noter que dès le générique, en voyant les cadrages, l’utilisation de la musique et même la façon de jouer des comédiens, on se dit que le film a dû avoir une forte influence sur Woody Allen à partir de « ANNIE HALL », tourné six ans plus tard.

 

« CROSSING GUARD » (1995)

guard

JACK NICHOLSON

« CROSSING GUARD » est le second long-métrage en tant que réalisateur de Sean Penn après le beau « INDIAN RUNNER », déjà interprété par David Morse quatre ans plus tôt.guard3

Le scénario est simple : Jack Nicholson, joaillier dépressif et divorcé attend la sortie de prison du chauffard (Morse) qui tua sa fille, avec la ferme intention de l’abattre. Les trois jours qui séparent la première rencontre assez ridicule des deux hommes (Freddy a oublié de charger son pistolet !) et leur confrontation finale, vont être décisifs pour leur existence. Cela aurait pu être un énième film de « vigilante » et de vengeance, mais Penn opte pour une approche cassavetsienne de son histoire et se repose sur la présence écrasante de Nicholson. Amaigri, le visage hâve, fripé, il n’a semble-t-il jamais été autant « à nu » que dans ce rôle terrible et antipathique de quidam détruit, qui perd sa vie dans les boîtes de strip sordides à boire avec des minables et à rentrer chez lui avec des prostituées. Sa seule obsession : tuer le temps en attendant de tuer… l’assassin de sa fille. Personnage tragique, pathétique, presque grandiose dans sa médiocrité, ‘Freddy’ est une des plus belles performances de Nicholson, qui ne ressort aucun de ses vieux « trucs » d’acteur. À peine perçoit-on le spectre du Jack Torrance de « SHINING » dans son ultime face-à-face avec son ex-femme, campée par Anjelica Huston, qui se trouve être… l’ex de Nicholson ! C’est dire l’authenticité plus que dérangeante de leurs affrontements, l’aigreur et la rancœur qui s’en dégagent et qui placent le public en position de voyeur.

guard2

ANJELICA HUSTON ET DAVID MORSE

« CROSSING GUARD » ne maintient hélas, pas toujours le même niveau. Ainsi toutes les scènes où apparaît l’irritante Robin Wright, plaquées sur l’action, sont incroyablement faibles et complaisantes. Comme tirées d’un autre film et datant des années 70, qui plus est. Heureusement, on a plaisir à retrouver de grands seconds rôles comme Penny Allen en obsédée des trajets en bus, Joe Viterelli en barman, Piper Laurie et Richard Bradford en parents dévoués ou John Savage dans un monologue poignant, dans de très courtes apparitions.

Penn se regarde souvent filmer, abuse d’effets inutiles, mais la photo de Vilmos Zsigmond est splendide, certaines séquences ont une portée émotionnelle irrésistible. De toute façon, le film – malgré ses nombreux défauts – se doit d’être vu pour Jack Nicholson, dont l’intensité autodestructrice crève littéralement l’écran. Comme jamais auparavant, peut-être.

À noter : les parents de Sean Penn, Eileen Ryan et Leo Penn apparaissent dans des petits rôles.

 

« THE TWO JAKES » (1990)

jakesTourné seize ans après « CHINATOWN », « THE TWO JAKES » (sorti en France avec le sous-titre : « PIÈGE POUR UN PRIVÉ ») réunit une bonne partie de l’équipe d’origine, petits rôles inclus, pour une sequel parfaitement inutile, voire dommageable au souvenir qu’on garde du film de Roman Polanski. Car il y a tout dans cette suite, absolument tout sauf… Polanski ! Remplacé par Jack Nicholson derrière la caméra. Ce qui n’est pas tout à fait la même chose.

Le scénario de Robert Towne n’est en fait pas réellement une suite, mais une sorte de radotage. Comme l’entêtement à vouloir revenir sur le passé, à réfléchir sur son propre travail, à se mesurer à l’empreinte qu’on a laissé. Mauvaise idée ! Car « THE TWO JAKES », s’il démarre plutôt bien, si la photo de Vilmos Zsigmond flatte l’œil, s’embourbe rapidement dans ses propres références. Cette fois ce n’est pas l’eau l’enjeu, mais le pétrole. On trouve un autre vieillard machiavélique (Richard Farnsworth remplaçant John Huston), une blonde en péril et un héros, J.J. Gittes de retour de la WW2 malmené et largué par les événements jusqu’à la toute fin.

Le charme canaille de Nicholson s’est évaporé avec les années et les kilos. Son Gittes est empâté, plutôt lent d’esprit, il se laisse piquer la vedette par Harvey Keitel jouant son client portant un lourd secret. On passe le temps avec une belle brochette d’acteurs qu’on aime : Eli Wallach en avocat matois, Madeleine Stowe en harpie hystérique ou Meg Tilly, femme-mystère dont on devine aisément la véritable identité, bien avant ce qui est censé être un « coup de théâtre ».

jakes2

JACK NICHOLSON, MADELEINE STOWE ET HARVEY KEITEL

On s’ennuie ferme et de plus en plus à mesure que le film avance. Alors que tout se dénoue, on se rend compte qu’on n’en a rien à faire et on en veut aux auteurs d’avoir mis deux heures à nous rabâcher ce qu’ils avaient si bien raconté en 1974. « Le passé ne s’en va jamais », dit Gittes dans son dernier plan. La preuve ! Mais pour rester sur une note positive, retenons une magnifique réplique signée Robert Towne et adressée par Gittes à l’avocat Frederic Forrest : « Ce que je fais pour gagner ma vie n’a peut-être rien d’honorable, mais moi je le suis. Dans cette ville, je suis le lépreux à qui il reste le plus de doigts ». Si tout le film avait été de cette veine-là !

À noter : l’œil attentif pourra distinguer une fine cicatrice sur la narine de Nicholson, à l’endroit où avait tranché le couteau du « gnome » dans le premier film.

 

« TOUT PEUT ARRIVER » (2003)

tout2Nancy Meyers, scénariste et réalisatrice spécialisée dans les « sitcoms » pour grand écran basés sur des « high concepts », signe avec « TOUT PEUT ARRIVER » un film sans aucun point-de-vue esthétique (à part que tout doit être très éclairé, tout le temps) et à 100% au service de ses stars.

À bien y regarder, le scénario est un dialogue ininterrompu entre ses deux personnages principaux, épicé parfois d’interventions fugaces de seconds rôles sans intérêt et rythmé par des changements de décors. Le thème, il est simple : c’est « l’amour chez les seniors », pour le reste tout repose sur le métier (considérable) de Diane Keaton et Jack Nicholson.

La première, sortant de sa réserve habituelle, est surprenante en dramaturge à la fois coincée et exubérante, passant en un instant du rire aux larmes et s’offre même à 57 ans, une scène de nu inattendue (et drôle). Face à elle, le monstre Nicholson dans ses œuvres. Ventru, congestionné, le sourire auto-satisfait d’un gros matou repu, il délaisse toute vanité de star pour se montrer dans tout le ridicule de sa soixantaine fatiguée : la calvitie ébouriffée, les fesses à l’air, l’œil vague, le viagra à portée de main, il est en sur-cabotinage en roue-libre, mais force est de reconnaître qu’il est très amusant. On sourit donc souvent de leurs face-à-face drolatiques, malgré un dialogue surabondant, répétitif et parfois même superflu. Le tandem retient malgré tout l’attention et oblitère Frances McDormand en sœur délurée, le revenant Paul Michael Glaser ou la pétillante Amanda Peet. Quant à Keanu Reeves, en gentil médecin attiré par les femmes mûres, c’est à peine s’il impressionne la pellicule, comme à son habitude.

tout

JACK NICHOLSON ET DIANE KEATON

Si on est bien disposé, si on aime Keaton et Nicholson, on prendra un certain plaisir pépère à leurs échanges. Sinon, cette logorrhée risque d’agacer les amateurs de vrai cinéma. À voir en connaissance de cause, donc.

 

« CHINATOWN » (1974)

chinatown2« CHINATOWN » fait d’abord penser à un hommage au ‘film noir’ des années 40, au « film de privé » dont « LE FAUCON MALTAIS » demeure l’archétype. La présence du réalisateur de ce film, John Huston, en tant qu’acteur de celui de Roman Polanski, n’est pas due au hasard. Mais assez rapidement, par la complexité de son scénario, par la profondeur des personnages, loin de tout cliché, « CHINATOWN » se hisse au-dessus du pastiche esthétisant pour s’affirmer lui-même comme un joyau du genre.

Sur plus de deux heures, le scénario de Robert Towne développe une enquête excessivement tortueuse (il faut plusieurs visions pour saisir toutes les nuances du complot et capter les multiples indices et détails), qui commence par un adultère, se poursuit en meurtre et s’achève par un trafic d’eau potable à L.A. révélant une corruption généralisée au plus haut niveau.

Au cœur de tout cela, celui qui fait l’intérêt véritable du film et lui donne son âme et sa singularité : le détective J.J. Gittes, ex-flic cynique et pas très raffiné, qui offre à Jack Nicholson – dans la meilleure période de sa carrière – un des rôles de sa vie. Avec ses méthodes de voyou, son air arrogant et moqueur, sa voix nasillarde, Nicholson compose un personnage en trois dimensions dont les réactions aux événements s’avèrent au fond, plus intéressantes que les événements eux-mêmes. Sa relation avec l’étrange et instable Faye Dunaway sont fascinantes et l’alchimie entre les deux comédiens fonctionne à plein régime.

chinatown

JACK NICHOLSON, FAYE DUNAWAY ET JOHN HUSTON

Héros faillible et au bout du compte impuissant devant les forces du Mal, Gittes s’installe avec Sam Spade et Philip Marlowe parmi les grands mythes du détective de cinéma. La photo mordorée de John A. Alonzo, la BO envoûtante de Jerry Goldsmith, la lenteur délibérée du montage, tout est réuni pour qu’on se laisse happer par ce petit chef-d’œuvre à la fois rétro et étonnamment moderne, qui s’achèvera en tragédie sur la chaussée du quartier chinois, ramenant Gittes à son passé dont on ne saura pas grand-chose, mais qu’on finira par deviner à partir de quelques bribes.

Un des deux ou trois meilleurs films de Polanski, qui apparaît lui-même en homme de main maniant le cran-d’arrêt. À noter que 16 ans plus tard, Towne écrira une suite : « THE TWO JAKES » que Nicholson réalisera tout en reprenant le rôle de J.J. Gittes. Hélas, beaucoup moins brillante…

 

« POLICE FRONTIÈRE » (1982)

border2Le scénariste Walon Green, Warren Oates, le Mexique… On pense automatiquement à « LA HORDE SAUVAGE ». Mais hélas, l’éclectique Tony Richardson n’est pas Sam Peckinpah et « POLICE FRONTIÈRE » aurait pu être un très bon film en d’autres mains. Complètement hors de son élément, le réalisateur anglais gâche un matériau potentiellement intéressant.

Le scénario tourne autour de la prise de conscience d’un petit flic frontalier au Texas (Jack Nicholson), qui se dresse contre la corruption de sa hiérarchie participant au trafic d’êtres humains à la frontière mexicaine. Dès le prologue et la piteuse façon dont est filmé un tremblement de terre, on sent que quelque chose ne va pas. Richardson ne sait pas filmer l’action (le « shoutout » final est incroyablement bâclé et mal fichu alors qu’on l’attend depuis le début), il demeure en superficie quant à la psychologie de ses personnages et ôte toute vigueur et colonne vertébrale au film.

Heureusement, Nicholson parfaitement sobre et contenu, porte « POLICE FRONTIÈRE » sur les épaules. Pauvre type velléitaire, marié à une idiote vulgaire et dépensière, il se met en quête de rédemption en voulant sauver une jeune clandestine (Elpidia Carillo) et son bébé. C’est ce fil narratif assez ténu qui maintient tout de même l’intérêt jusqu’au bout, ainsi que l’évolution subtile de cet antihéros lent d’esprit mais de plus en plus attachant à mesure qu’il retrouve sa dignité. Autour de lui, Valerie Perrine est excellente dans le rôle (difficile) de sa gourde d’épouse, Oates fait tapisserie en capitaine corrompu et Harvey Keitel est étonnamment nuancé en ripou manipulateur.

border

JACK NICHOLSON, ELPIDIA CARILLO ET HARVEY KEITEL

Pour les magnifiques extérieurs de désert, pour la BO de Ry Cooder, pour quelques scènes touchantes entre Nicholson et Carillo, « POLICE FRONTIÈRE » vaut d’être vu. Mais il laisse une sensation de gâchis très agaçante. Il n’en aurait pas fallu beaucoup…