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Archives de Catégorie: LES FILMS DE JACK NICHOLSON

« UN COIN TRANQUILLE » (1971)

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TUESDAY WELD ET PHIL PROCTOR

À cette époque, le succès de « EASY RIDER » avait incité à peu près n’importe qui à tourner n’importe quoi, avec des petits budgets, des équipes d’amateurs et surtout, pas l’ombre d’un scénario. Ça devait faire trop « Hollywood » ! « UN COIN TRANQUILLE » de Henry Jaglom fait partie de ce mouvement – heureusement éphémère – qui vit proliférer aux U.S.A. des films d’auteur influencés par la Nouvelle Vague française (merci encore, les gars !) et par John Cassavetes. À la différence que Cassavetes lui, avait du talent.

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JACK NICHOLSON

« UN COIN TRANQUILLE » est une catastrophe, un accident, une aberration échappée d’un univers parallèle. Le portrait éclaté d’une espèce de hippie capricieuse (Tuesday Weld) répondant à deux prénoms et errant dans New York en écoutant du Charles Trénet. Elle glande dans Central Park avec un gros magicien cramoisi (Orson Welles, épouvantable) qui rêve de faire disparaître les animaux du zoo en fermant très fort les yeux, elle couche avec le naïf Phil Proctor qui a bien du mérite de supporter sans broncher ses improvisations ridicules et elle revoit de temps en temps Jack Nicholson, un ex-amant désinvolte qui lui lèche le cou sous la pluie. Que dire ? C’est totalement grotesque, d’un ennui mortel, d’une prétention sans égale. On revient constamment sur les mêmes séquences, les mêmes plans, dans un montage en mosaïque d’une absolue pauvreté. Le film est à déconseiller formellement à tous ceux qui veulent garder de l’estime pour le pauvre Welles venu cachetonner, fantasmer sur Tuesday Weld. Nicholson en sort indemne, le petit malin, car il n’apparaît que rarement et ne fait pas grand-chose à part monologuer, une clope à la main.

Témoin d’un certain cinéma typique de la fin des sixties et du tout début des seventies, « UN COIN TRANQUILLE » n’est même pas à recommander au complétiste de Nicholson, car il apparaît assez tard dans le film, et à ce moment-là la grande majorité des spectateurs est déjà endormie.

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« THE KING OF MARVIN GARDENS » (1972)

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JACK NICHOLSON

« THE KING OF MARVIN GARDENS » est le second des six films que Bob Rafelson tourna avec Jack Nicholson en tête d’affiche. C’est un parfait exemple de « film d’auteur » à l’américaine, adoptant une narration hors des sentiers battus, développant un scénario sans réelle colonne vertébrale, tout entier au service des personnages – donc des comédiens – et de l’atmosphère.KING2.jpg

Celle d’Atlantic City, cité balnéaire décatie, cafardeuse est à couper au couteau et ce décor est un arrière-plan idéal aux retrouvailles de deux frères : Bruce Dern, petit escroc mythomane aux rêves de gloire et Nicholson, qui anime une émission de radio déprimante où il réinvente sa morne existence lors d’interminables monologues. Le premier veut entraîner le second dans une galère dangereuse à Hawaii. Ils sont entourés d’une déséquilibrée (Ellen Burstyn) et de sa belle-fille (Julia Anne Robinson) qu’elle prostitue depuis des années. Un quatuor improbable, instable, confiné dans une chambre d’hôtel minable ou errant sur les plages désertes. « Quelque chose doit craquer », pour paraphraser l’ultime film inachevé de Marilyn. Et c’est bien ce qui arrive, quand la communication devient impossible et qu’un revolver traîne à portée de main.

Il n’est pas certain que Rafelson tienne à ce qu’on comprenne tous les tenants et aboutissants de cette singulière histoire. On ne peut que se laisser porter, admirer les acteurs au sommet de leur art : Dern ringard flamboyant et porte-poisse, Burstyn extraordinaire de folie rentrée et Nicholson, introverti, mystérieux, opaque. Avec la magnifique photo de László Kovács et l’apparition de grands seconds rôles de l’époque comme John P. Ryan et Scatman Crothers, « THE KING OF MARVIN GARDENS » est une œuvre difficile d’accès, moins limpide et touchante que le chef-d’œuvre du tandem Rafelson-Nicholson : « CINQ PIÈCES FACILES », mais tout de même envoûtante et, quelque part, inoubliable.

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JACK NICHOLSON, JULIA ANNE ROBINSON, BRUCE DERN ET ELLEN BURSTYN

 

« SELF CONTROL » (2003)

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JACK NICHOLSON

« SELF CONTROL » commence de façon très laborieuse, prend un temps infini à mettre en place son postulat, à présenter les personnages, à démarrer la machine burlesque. On pourrait se décourager, mais on aurait bien tort ! Non pas que le film de Peter Segal devienne progressivement un chef-d’œuvre, mais on se surprend à sourire, puis à rire, puis à exploser de rire, comme dans la séquence du monastère bouddhiste avec John C. Reilly totalement surréaliste ou celle dans la voiture où les deux protagonistes chantent « I’m so pretty ».ANGER2

L’idée est simple : un garçon timide et complexé (Adam Sandler) se voit obligé à la suite d’un quiproquo, de suivre une thérapie pour gérer ses colères, avec un psy excentrique (Jack Nicholson) qui va lui coller aux basques, jusqu’à le rendre fou. L’invraisemblance totale du sujet est (un peu) rattrapée par un sympathique ‘twist’ final qui remet les pendules à l’heure.

Sandler est plutôt plus supportable que d’habitude dans son rôle de victime-née, mais il est bien sûr oblitéré par Nicholson, à qui on a visiblement demandé de « nicholsoniser » à donf, dans ce rôle de manipulateur allumé et tête-à-claques. Même s’il dérape souvent dans le n’importe quoi, il a de grands moments comiques et s’éclate de façon communicative. L’autre bonheur du film, ce sont les vedettes venues jouer les « guest stars » dans des petites apparitions hilarantes : Luis Guzmán en « folle perdue », John Turturro en fou furieux paranoïaque, Woody Harrelson en travesti à l’accent allemand, Harry Dean Stanton en aveugle combatif, January Jones en porn star lesbienne, etc. C’est un défilé parfaitement orchestré. Sans oublier la toujours charmante Marisa Tomei un peu sous-employée. À noter également le bref mais savoureux caméo de John McEnroe…

Il faut donc voir « SELF CONTROL » sans rien à attendre de génial, mais en se tenant prêt pour quelques éclats de rire irrépressibles et salutaires.

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MARISA TOMEI, JACK NICHOLSON, ADAM SANDLER ET WOODY HARRELSON

 

« VAS-Y, FONCE ! » (1971)

DRIVE2Autant tout le monde adore l’acteur Jack Nicholson, surtout quand il est un tant soit peu dirigé, autant il est difficile, voire impossible de défendre son œuvre en tant que réalisateur. Heureusement, celle-ci ne compte que trois films : « VAS-Y, FONCE ! », « EN ROUTE VERS LE SUD » et « THE TWO JAKES ». Tous les trois aussi maladroits, sans rythme ni raison d’être les uns que les autres.

« VAS-Y, FONCE ! » qu’il tourna juste après son succès dans le magnifique « CINQ PIÈCES FACILES » se veut une sorte d’instantané sur la révolution dans les campus américains, en pleine guerre du Vietnam. Le scénario informe suit deux étudiants, un joueur de basket (le fade William Tepper) plutôt glandu et porté sur le sexe et un « rebelle » complètement allumé (Michael Margotta) prêt à tout pour échapper à la guerre. On dirait un personnage écrit sur-mesure pour Nicholson lui-même et peut-être le film se serait mieux porté s’il l’avait joué. L’un couche avec la femme (Karen Black, bêtement gaspillée) de son prof, l’autre fait n’importe quoi et finit tout nu dans une salle du campus, à libérer les reptiles en cage. Pourquoi ? Pas idée…

Le film, tourné façon reportage, avec un maximum de plans flous ou décadrés, est un véritable pensum. À la rigueur peut-on y jeter un rapide coup d’œil pour la réalité des seventies qu’il capte naturellement grâce au style improvisé et « sur le vif », pour la prestation nerveuse de Bruce Dern en ‘coach’ exaspéré, mais c’est vraiment tout. Et c’est peu…

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KAREN BLACK ET BRUCE DERN

À noter pour la petite histoire, puisqu’il n’y a pas grand-chose à dire sur le film lui-même, que le professeur cocufié est incarné par le scénariste Robert Towne responsable trois ans plus tard de « CHINATOWN » et qu’un des producteurs se nomme Harry Gittes. On se souvient bien sûr du nom de Nicholson dans « CHINATOWN » : ‘J.J. Gittes’. Voilà, that’s all folks…

 

« EASY RIDER » (1969)

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DENNIS HOPPER ET PETER FONDA

Certains films sont de petits miracles cinématographiques, qui parviennent – parfois « à l’insu de leur plein gré » – à capter l’air du temps, à en encapsuler l’atmosphère, à synthétiser des états d’esprit. « EASY RIDER » est clairement de ceux-là.easy2

Revu presque 50 ans après sa mise en production, on s’étonne de sa simplicité, de son évidence. Le scénario, aussi improvisé soit-il, est l’essence-même du ‘road movie’ : deux petits dealers de L.A. qui viennent de gagner un gros paquet de dollars, partent à moto pour aller voir le carnaval de New Orleans. En chemin, ils rencontrent de gentils hippies, des ploucs intolérants, des prostituées et un avocat alcoolique. Peter Fonda, sorte d’avatar ultra-cool d’Eastwood, joue « capitaine America », un « dude » souriant et idéaliste, Dennis Hopper – également réalisateur du film – est son copain plus brouillon et rigolard.

Cherchent-ils l’Amérique, comme l’affirme la ‘tagline’ sur l’affiche ? Ou désirent-ils simplement goûter à la liberté, maintenant qu’ils sont riches ? Est-ce la désillusion du voyage qui transformera leur périple en cauchemar ?

Le bande-son extraordinairement bien dosée est pour beaucoup dans le charme inaltérable de « EASY RIDER », au même titre que la photo splendide de László Kovács. Manifeste pour une jeunesse utopiste à sa sortie, en pleine guerre du Vietnam, le film est aujourd’hui un véritable bond dans le passé. Malgré des longueurs, c’est brillamment réalisé et monté (la séquence du ‘bad trip’ au LSD) et si Fonda et Hopper sont irremplaçables, ils sont rudement concurrencés par la prestation de Jack Nicholson, formidable en fils de famille ivrogne et bavard au destin tragique. Le rôle qui le fit connaître. Parmi les seconds rôles, des visages familiers comme Luke Askew, Karen Black et Robert Walker, Jr. Bridget Fonda, enfant, apparaît fugitivement en fillette dans la communauté hippie.

Si une décennie devait être résumée, concentrée en 95 minutes, ce seraient assurément les années 60 dans « EASY RIDER ».

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PETER FONDA, JACK NICHOLSON, DENNIS HOPPER ET KAREN BLACK

 

« THE PLEDGE » (2001)

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JACK NICHOLSON

Adapté d’un polar suisse, « THE PLEDGE » est, de loin, le meilleur film réalisé par Sean Penn, une œuvre complexe, tourmentée, obsédante qui s’enfonce progressivement dans le cauchemar, s’émancipant des passages obligés d’un genre qu’il est censé illustrer.pledge2

Sur la piste d’un serial killer tueur de fillettes, le vieux flic Jack Nicholson promet à la mère de la dernière victime (Patricia Clarkson, superbe) de retrouver l’assassin. Il jure même sur le salut de son âme. Est-ce à cause de cela qu’il fait mine d’ignorer son départ à la retraite et poursuit l’enquête ? Qu’il achète une station-service pour surveiller les va-et-vient des suspects potentiels ? Qu’il y accueille une jeune femme (Robin Wright) et aussi et surtout sa fille pour qu’elle serve d’appât ? Qu’il commence à entendre des voix dans sa tête ?

Le paradoxe de ce suspense psychologique suffocant, c’est que Nicholson a beau avoir raison à 100% depuis le début et suivre la bonne méthode (celle du pêcheur à la ligne qu’il est), il n’en est pas moins en train de devenir complètement fou. Et même presque aussi monstrueux que celui qu’il traque, puisqu’il joue plus ou moins consciemment avec les sentiments, voire la vie, de deux innocentes qu’il manipule. La conclusion sera terrible, désespérée, d’une sombre ironie, d’une noirceur sans échappatoire. Autour d’un Nicholson omniprésent, d’une rigueur sans la moindre faille, d’une intensité extraordinaire, Penn a réuni de bons acteurs comme Benicio Del Toro en Indien attardé mental, Aaron Eckhart en flic tête-à-claques et une brochette de stars dans des caméos comme Helen Mirren, Vanessa Redgrave, Harry Dean Stanton et surtout Mickey Rourke bouleversant dans une courte séquence. À vrai dire, leurs apparitions sont plus distractives qu’autre chose, et le film aurait fort bien pu s’en passer, mais on est toujours content de les retrouver.

« THE PLEDGE » réunit la plupart des qualités de précédents films de Penn et pratiquement aucun de leurs défauts. Le scénario est parfaitement vissé, les ambiances sont magnifiquement captées par la photo de Chris Menges, et Nicholson qui a campé tant de cinglés dans sa carrière, en donne ici une variante des plus réalistes et émouvantes. Un superbe film à tous points-de-vue.

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JACK NICHOLSON, ROBIN WRIGHT ET MICKEY ROURKE

 

« WOLF » (1994)

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MICHELLE PFEIFFER ET JACK NICHOLSON

Quand on lit au générique d’un film de loup-garou les noms de Mike Nichols à la réalisation, du romancier Jim Harrison au scénario, du chef-op de Fellini et Visconti, Giuseppe Rotunno à la photo et d’Ennio Morricone à la musique, on se dit que « WOLF » n’a certainement rien d’un banal film d’horreur.wolf3-copie

De fait, le film transporte le mythe du lycanthrope dans l’univers de l’édition new-yorkaise des années 90, semble d’abord vouloir parler de la perte des traditions et des valeurs, du vieillissement de l’homme civilisé cédant la place au profit et à l’arrivisme aveugle. Mais rapidement, Jack Nicholson, gentil éditeur effacé, qui vient de se faire mordre par un loup, se transforme en prédateur. Et au lieu de passer pour un monstre, il s’intègre au contraire bien mieux dans ce monde impitoyable où tout le monde s’entredévore.

Satire sociale, comédie de mœurs, « horror movie » suivant assez respectueusement les règles du genre, « WOLF » est un vrai plaisir, qui prend le temps de fouiller ses personnages, de raconter une histoire d’amour adulte et crédible, de rester ancré dans une réalité très concrète, jusqu’à la fin quand éclate un étonnant romantisme échevelé où les amants hurlent à la lune.

Le scénario tire un peu à la ligne hélas, se répète parfois, ellipse des moments importants qu’on aurait aimé voir, plutôt que s’attarder sur l’enquête sans grand intérêt du flic Richard Jenkins. Cela ne gâche pas le plaisir, fort heureusement, d’autant qu’autour d’un Nicholson nageant comme un poisson dans l’eau sans jamais cabotiner et d’une Michelle Pfeiffer attachante ‘tough girl’ au cœur sensible, tous les seconds rôles sont savoureux : Christopher Plummer en grand patron suave, James Spader en jeune collègue sans éthique ou Kate Nelligan en épouse infidèle.

Avec un petit quart-d’heure de moins, « WOLF » aurait été irréprochable. Tel quel, il demeure intelligent, incisif, parfois très dingue, bref, tout à fait recommandable.

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JACK NICHOLSON, CHRISTOPHER PLUMMER, MICHELLE PFEIFFER ET JAMES SPADER