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Archives de Catégorie: LES FILMS DE JACK NICHOLSON

« IRONWEED – LA FORCE DU DESTIN » (1987)

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JACK NICHOLSON

Écrit par William Kennedy d’après son propre roman, réalisé par l’Argentin Hector Babenco, « IRONWEED – LA FORCE DU DESTIN » se situe pendant la Grande Crise, et suit quelques jours de la vie d’un clochard hanté par les fantômes de son passé.IRONWEED

Difficile de juger objectivement un tel film : Jack Nicholson y est extraordinaire de justesse et d’émotion. Des scènes comme la visite à sa famille qu’il n’a pas vue depuis 20 ans, le montrent plus sincère et sans artifice qu’il n’a jamais été. Meryl Streep est également magnifique en ancienne pianiste à la dérive, rendue à moitié folle par la misère et la souffrance, Tom Waits est bouleversant en « bum » rongé par le cancer. Mais comment dire ? Au bout d’à peine une demi-heure (sur 140 minutes quand même !), on se demande déjà pourquoi on s’inflige le déprimant spectacle du désespoir, de la crasse, de la maladie, d’autant plus que le scénario, languide et déstructuré, ne génère que très peu d’intérêt. Ce sont les comédiens qui maintiennent le navire à flot et encore, pas toujours. La photo est belle, la reconstitution historique irréprochable, mais c’est infiniment trop long, trop lent et surtout complaisant, comme ce numéro de Streep chantant dans un bar ou ces fantasmes récurrents de Nicholson revoyant tous les défunts croisés au cours de sa vie. Parmi les seconds rôles, Carroll Baker est excellente en ex-épouse loyale et douce, Diane Venora apparaît peu mais fait impression en fille amère et agressive.

« IRONWEED » aurait pu être un grand film sur les laissés-pour-compte de l’American Dream, sur les destins brisés, mais il n’est finalement qu’un écrin sans éclat aux performances d’acteurs de Streep et Nicholson, avec leurs dents gâtées, leurs cheveux crasseux et leur démarche titubante. Quand enfin arrive le mot « FIN » on se demande quel était le but de ce périple pénible et cafardeux. À part justement offrir des rôles juteux à des stars qui avaient déjà à peu près tout joué dans leurs carrières.

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MERYL STREEP, JACK NICHOLSON ET CARROLL BAKER

 

« DES HOMMES D’HONNEUR » (1992)

FEW.jpgÉcrit par Aaron Sorkin d’après sa propre pièce, « DES HOMMES D’HONNEUR » de l’éclectique Rob Reiner est une parfaite machine hollywoodienne, 100% efficace, menée à un train d’enfer et ne relâchant jamais la tension pendant deux bonnes heures.

Pourtant, le sujet n’est pas évident : la mort d’un marine bizuté par deux soldats, sur ordre d’un ou plusieurs officiers. Un jeune avocat de l’U.S. Navy (Tom Cruise) doit les défendre et pour cela, affronter un colonel intimidant (Jack Nicholson) réputé intouchable. La force du film est d’avoir donné plusieurs facettes à tous les personnages, jusqu’au plus modeste et d’avoir utilisé les défauts de Cruise, son côté tête-à-claques, son narcissisme, pour enrichir son rôle. Il est incroyablement bien entouré par un des plus beaux castings des années 90 : Demi Moore excellente en co-défenseuse, Kevin Pollak, Kevin Bacon en procureur subtil et honnête, J.T. Walsh impeccable comme d’habitude, Kiefer Sutherland détestable à souhait, et des visages connus comme Cuba Gooding, Jr., Noah Wyle dans de courtes apparitions. Mais le clou du spectacle, c’est bien sûr Nicholson, dans un rôle assez court en minutage, mais qui domine le film tout entier. En officier glacial, cassant et sûr de son bon droit, il électrise littéralement l’écran à la moindre réplique. Son face à face final avec Cruise, au tribunal, évoque ce que faisait Bogart dans « OURAGAN SUR LE CAINE » et constitue par la seule puissance de l’acteur, le morceau de bravoure de « DES HOMMES D’HONNEUR ». C’est une grande scène, magnifiquement dialoguée, où Nicholson menace d’imploser d’une seconde à l’autre face à son pire ennemi, qui n’est pas Cruise, mais son propre ego.

Réalisé au cordeau, sans signe particulier, entièrement au service de l’histoire, c’est une des grandes réussites de l’inégal Reiner et le portrait complexe et inquiétant de ces hommes censés « monter la garde » et sauver nos vies. Passionnant.

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TOM CRUISE, KEVIN BACON, DEMI MOORE ET JACK NICHOLSON

 

« POUR LE PIRE ET POUR LE MEILLEUR » (1997)

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JILL THE DOG ET JACK NICHOLSON

« POUR LE PIRE ET POUR LE MEILLEUR » de James L. Brooks est typiquement le genre de film dont on peut tomber instantanément amoureux, de manière inattendue et improbable, et qu’on aime à revoir régulièrement avec une délectation toujours renouvelée. Ce n’est pourtant qu’une « romcom » (comédie romantique) classique, à la différence qu’elle est dépourvue de mièvrerie, que le dialogue est finement ciselé et… qu’elle a Jack Nicholson dans un des deux ou trois meilleurs rôles de sa carrière. Ce qui n’est pas rien !GOOD2

Écrivain misanthrope, raciste, victime d’une impressionnante collection de TOC qui en font un quasi-reclus, Jack n’a pour seul point d’ancrage qu’une humble serveuse (Helen Hunt) dans le restaurant où il déjeune tous les jours à la même table. Grâce à elle, à un voisin gay (Greg Kinnear) en pleine panade et au petit chien de celui-ci, l’affreux personnage va s’humaniser et faire preuve d’une générosité inespérée, même si souvent étrangement motivée.

Que dire ? Si on entre dans le mood, ce film est un régal, un pur moment de bonheur. Les face-à-face Hunt/Nicholson sont d’une exceptionnelle qualité d’écriture, le chien est totalement craquant, et le cabotinage de l’acteur, parfaitement millimétré et canalisé épouse les contours du rôle sans jamais le vampiriser. S’il fallait trouver un défaut, on dirait que l’action s’enlise un peu lors du périple en voiture, mais c’est une broutille. On se délecte de répliques très politiquement incorrectes, des changements d’expression d’un Nicholson en état de grâce, de la précision du timing de la délicieuse Helen Hunt (tous deux obtinrent l’Oscar cette année là) et pour de bons seconds rôles comme Cuba Gooding, Jr., Missi Pyle, Lisa Edelstein, Julie Benz et les apparitions clin d’œil des réalisateurs Lawrence Kasdan en psy, Harold Ramis en médecin, Todd Solondz ou Shane Black.

À placer sans hésiter dans le peloton de tête des grandes réussites nicholsoniennes avec « CINQ PIÈCES FACILES », « CHINATOWN », « VOL AU-DESSUS D’UN NID DE COUCOU », « SHINING » et… quelques autres.

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HELEN HUNT, GREG KINNEAR ET JACK NICHOLSON

 

« UN COIN TRANQUILLE » (1971)

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TUESDAY WELD ET PHIL PROCTOR

À cette époque, le succès de « EASY RIDER » avait incité à peu près n’importe qui à tourner n’importe quoi, avec des petits budgets, des équipes d’amateurs et surtout, pas l’ombre d’un scénario. Ça devait faire trop « Hollywood » ! « UN COIN TRANQUILLE » de Henry Jaglom fait partie de ce mouvement – heureusement éphémère – qui vit proliférer aux U.S.A. des films d’auteur influencés par la Nouvelle Vague française (merci encore, les gars !) et par John Cassavetes. À la différence que Cassavetes lui, avait du talent.

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JACK NICHOLSON

« UN COIN TRANQUILLE » est une catastrophe, un accident, une aberration échappée d’un univers parallèle. Le portrait éclaté d’une espèce de hippie capricieuse (Tuesday Weld) répondant à deux prénoms et errant dans New York en écoutant du Charles Trénet. Elle glande dans Central Park avec un gros magicien cramoisi (Orson Welles, épouvantable) qui rêve de faire disparaître les animaux du zoo en fermant très fort les yeux, elle couche avec le naïf Phil Proctor qui a bien du mérite de supporter sans broncher ses improvisations ridicules et elle revoit de temps en temps Jack Nicholson, un ex-amant désinvolte qui lui lèche le cou sous la pluie. Que dire ? C’est totalement grotesque, d’un ennui mortel, d’une prétention sans égale. On revient constamment sur les mêmes séquences, les mêmes plans, dans un montage en mosaïque d’une absolue pauvreté. Le film est à déconseiller formellement à tous ceux qui veulent garder de l’estime pour le pauvre Welles venu cachetonner, fantasmer sur Tuesday Weld. Nicholson en sort indemne, le petit malin, car il n’apparaît que rarement et ne fait pas grand-chose à part monologuer, une clope à la main.

Témoin d’un certain cinéma typique de la fin des sixties et du tout début des seventies, « UN COIN TRANQUILLE » n’est même pas à recommander au complétiste de Nicholson, car il apparaît assez tard dans le film, et à ce moment-là la grande majorité des spectateurs est déjà endormie.

 

« THE KING OF MARVIN GARDENS » (1972)

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JACK NICHOLSON

« THE KING OF MARVIN GARDENS » est le second des six films que Bob Rafelson tourna avec Jack Nicholson en tête d’affiche. C’est un parfait exemple de « film d’auteur » à l’américaine, adoptant une narration hors des sentiers battus, développant un scénario sans réelle colonne vertébrale, tout entier au service des personnages – donc des comédiens – et de l’atmosphère.KING2.jpg

Celle d’Atlantic City, cité balnéaire décatie, cafardeuse est à couper au couteau et ce décor est un arrière-plan idéal aux retrouvailles de deux frères : Bruce Dern, petit escroc mythomane aux rêves de gloire et Nicholson, qui anime une émission de radio déprimante où il réinvente sa morne existence lors d’interminables monologues. Le premier veut entraîner le second dans une galère dangereuse à Hawaii. Ils sont entourés d’une déséquilibrée (Ellen Burstyn) et de sa belle-fille (Julia Anne Robinson) qu’elle prostitue depuis des années. Un quatuor improbable, instable, confiné dans une chambre d’hôtel minable ou errant sur les plages désertes. « Quelque chose doit craquer », pour paraphraser l’ultime film inachevé de Marilyn. Et c’est bien ce qui arrive, quand la communication devient impossible et qu’un revolver traîne à portée de main.

Il n’est pas certain que Rafelson tienne à ce qu’on comprenne tous les tenants et aboutissants de cette singulière histoire. On ne peut que se laisser porter, admirer les acteurs au sommet de leur art : Dern ringard flamboyant et porte-poisse, Burstyn extraordinaire de folie rentrée et Nicholson, introverti, mystérieux, opaque. Avec la magnifique photo de László Kovács et l’apparition de grands seconds rôles de l’époque comme John P. Ryan et Scatman Crothers, « THE KING OF MARVIN GARDENS » est une œuvre difficile d’accès, moins limpide et touchante que le chef-d’œuvre du tandem Rafelson-Nicholson : « CINQ PIÈCES FACILES », mais tout de même envoûtante et, quelque part, inoubliable.

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JACK NICHOLSON, JULIA ANNE ROBINSON, BRUCE DERN ET ELLEN BURSTYN

 

« SELF CONTROL » (2003)

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JACK NICHOLSON

« SELF CONTROL » commence de façon très laborieuse, prend un temps infini à mettre en place son postulat, à présenter les personnages, à démarrer la machine burlesque. On pourrait se décourager, mais on aurait bien tort ! Non pas que le film de Peter Segal devienne progressivement un chef-d’œuvre, mais on se surprend à sourire, puis à rire, puis à exploser de rire, comme dans la séquence du monastère bouddhiste avec John C. Reilly totalement surréaliste ou celle dans la voiture où les deux protagonistes chantent « I’m so pretty ».ANGER2

L’idée est simple : un garçon timide et complexé (Adam Sandler) se voit obligé à la suite d’un quiproquo, de suivre une thérapie pour gérer ses colères, avec un psy excentrique (Jack Nicholson) qui va lui coller aux basques, jusqu’à le rendre fou. L’invraisemblance totale du sujet est (un peu) rattrapée par un sympathique ‘twist’ final qui remet les pendules à l’heure.

Sandler est plutôt plus supportable que d’habitude dans son rôle de victime-née, mais il est bien sûr oblitéré par Nicholson, à qui on a visiblement demandé de « nicholsoniser » à donf, dans ce rôle de manipulateur allumé et tête-à-claques. Même s’il dérape souvent dans le n’importe quoi, il a de grands moments comiques et s’éclate de façon communicative. L’autre bonheur du film, ce sont les vedettes venues jouer les « guest stars » dans des petites apparitions hilarantes : Luis Guzmán en « folle perdue », John Turturro en fou furieux paranoïaque, Woody Harrelson en travesti à l’accent allemand, Harry Dean Stanton en aveugle combatif, January Jones en porn star lesbienne, etc. C’est un défilé parfaitement orchestré. Sans oublier la toujours charmante Marisa Tomei un peu sous-employée. À noter également le bref mais savoureux caméo de John McEnroe…

Il faut donc voir « SELF CONTROL » sans rien à attendre de génial, mais en se tenant prêt pour quelques éclats de rire irrépressibles et salutaires.

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MARISA TOMEI, JACK NICHOLSON, ADAM SANDLER ET WOODY HARRELSON

 

« VAS-Y, FONCE ! » (1971)

DRIVE2Autant tout le monde adore l’acteur Jack Nicholson, surtout quand il est un tant soit peu dirigé, autant il est difficile, voire impossible de défendre son œuvre en tant que réalisateur. Heureusement, celle-ci ne compte que trois films : « VAS-Y, FONCE ! », « EN ROUTE VERS LE SUD » et « THE TWO JAKES ». Tous les trois aussi maladroits, sans rythme ni raison d’être les uns que les autres.

« VAS-Y, FONCE ! » qu’il tourna juste après son succès dans le magnifique « CINQ PIÈCES FACILES » se veut une sorte d’instantané sur la révolution dans les campus américains, en pleine guerre du Vietnam. Le scénario informe suit deux étudiants, un joueur de basket (le fade William Tepper) plutôt glandu et porté sur le sexe et un « rebelle » complètement allumé (Michael Margotta) prêt à tout pour échapper à la guerre. On dirait un personnage écrit sur-mesure pour Nicholson lui-même et peut-être le film se serait mieux porté s’il l’avait joué. L’un couche avec la femme (Karen Black, bêtement gaspillée) de son prof, l’autre fait n’importe quoi et finit tout nu dans une salle du campus, à libérer les reptiles en cage. Pourquoi ? Pas idée…

Le film, tourné façon reportage, avec un maximum de plans flous ou décadrés, est un véritable pensum. À la rigueur peut-on y jeter un rapide coup d’œil pour la réalité des seventies qu’il capte naturellement grâce au style improvisé et « sur le vif », pour la prestation nerveuse de Bruce Dern en ‘coach’ exaspéré, mais c’est vraiment tout. Et c’est peu…

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KAREN BLACK ET BRUCE DERN

À noter pour la petite histoire, puisqu’il n’y a pas grand-chose à dire sur le film lui-même, que le professeur cocufié est incarné par le scénariste Robert Towne responsable trois ans plus tard de « CHINATOWN » et qu’un des producteurs se nomme Harry Gittes. On se souvient bien sûr du nom de Nicholson dans « CHINATOWN » : ‘J.J. Gittes’. Voilà, that’s all folks…